oOo
— Je ne pensais pas qu'on rigolait autant, à la messe.
Parlant d'un ton enjoué, Dwalin marchait en tenant la main de Billie, qui retenait un gloussement, tandis que John
maugréait :
— Ça n'était pas censé se passer comme ça ! Nous sommes vraiment désolé, madame Robben, Lucien est quelque peu-
— Il n'y a pas de mal… Pour une fois que la crèche vivante était animée… D'ailleurs, comment va-t-il ?
— Il est… Étrangement calme…
Porté par Fili, l'enfant était, effectivement, en veille, le regard écarquillé et la bouche ouverte.
— Vous pensez qu'il a eu l'illumination du Christ ?
— Ça n'est pas drôle, Sherlock ! Et puis que t'est-il passé par la tête ? Tu n'aurais pas pu laisser ce pauvre prêtre finir son sermon avant de prendre sa place pour jeter à la face des gens toutes leurs réalités cachées ? Personne ne voulait savoir qu'untel couche avec untel ! C'est un petit village ici, tout le monde connaît tout le monde !
— C'était tellement drôle !
Billie et Jayden échangèrent un regard amusé, et même Mary retint un petit rire en revivant la scène et elle se tourna vers Prunille, qui avait une très grosse bosse sur le front :
— Qu'as-tu pensé du petit Jésus ?
— Puant et moche.
— A MORT !
Dans un hurlement effroyable, Lucien se débattit soudainement, frappant Eirik au visage, et le jeune islandais, dans un gémissement de douleur, le laissa tomber. L'enfant en profita pour partir en courant, hurlant et battant des bras vers la maison, qui n'était plus qu'à quelques mètres, soulevant les regards consternés des autres :
— Il serait vraiment temps que Rob s'occupe de son cas…
— Eirik, ça va ?
Gentiment, John avait posé sa main sur le blond qui se tenait l'arrête du nez, du sang coulant abondamment le long de son avant-bras et tombant en grosse gouttes sur la neige immaculée.
— Je crois…
— C'EST VOTRE FIN, ODIEUX MORTELS !
Lucien passa dans l'autre sens sans cesser de gesticuler et Jayden l'attrapa au vol sans effort.
— NON, MEURT ! MOURREZ TOUS ! JE VOUS HAIS BANDE DE NAINS EXECRABLES !
Coincé sur l'épaule du plus grand, il chercha à se débattre, mais Prunille vint se mettre aux pieds de Dwalin en hurlant à son tour :
— C'EST TOI LE NAIN ! TU VAS ALLER EN ENFER C'EST LE PRÊTRE QUI L'A DIT !
— LE PRÊTRE IL RACONTE N'IMPORTE QUOI !
— TOI AUSSI ! T'ES UN GROS BÉBÉ, LES DRAGONS, CA EXISTE PAS !
— SI, PARCE QUE J'EN SUIS UN !
— ALORS MOI, JE SUIS UNE FÉE !
— NON, TOI, T'ES UNE HUMAINE PATHÉTIQUE, T'ES TROP NULLE ! TU PEUX MÊME PAS VOLER !
— TOI NON PLUS !
— SI, REGARDE !
Avec majesté, il écarta les bras et, prenant Jayden au dépourvu, il décolla, pour s'écraser lourdement dans la neige, face contre le sol, position dans laquelle il resta, pensif :
— Je comprend pas… Normalement, ça marche.
— Pff… T'es trop nul. Tu seras jamais mon amoureux.
— MÊME PAS VRAI, C'EST TOI QUI SERAS JAMAIS MON AMOUREUSE ! T'ES TROP BÊTE, COMME UN BÉBÉ !
— C'EST TOI LE BÉBÉ ! JE SUIS SUR QUE JE VAIS PLUS VITE QUE TOI !
Et, sans ajouter un mot, elle partit en courant vers la maison, poursuivie par Lucien et, aussi, Tom, à la traine, mais peu désireux d'être en reste.
— J'aimerai vraiment savoir ce qu'il y a dans sa tête…
— Moi, je crois que je ne préfère pas savoir…
John avait répondu à Jayden d'un ton inquiet et, gardant sa main sur l'épaule d'Eirik dont le nez continuait de saigner, il l'accompagna jusqu'à la porte tandis que, fermant la marche, Sherlock sifflait distraitement l'air un chant de Noël.
oOo
— Mauvaise fréquentation ?
Raphaël sursauta lorsque le padre de Kili, qu'il n'avait pas entendu venir, s'approcha de lui en désignant sa joue balafrée. Les autres étaient dans le salon, à siroter une flute de champagne en attendant l'arrivée de ceux qui étaient à la messe et le plus jeune, occupé à vérifier la cuisson du plat, haussa les épaules:
— Petits problèmes avec mon supérieur…
— Ça ne m'étonne pas… Tout le monde ne nait pas pour obéir aux ordres…
Raphaël lui lança un regard suspicieux en fermant le four et il allait se redresser, mais, subitement, la coupe que tenait le mafieux glissa entre ses doigts. Vivement, dans un geste fulgurant, la réincarnation de Thranduil eut le réflexe de l'attraper avant qu'elle ne touche le sol et seul le liquide pétillant déborda, laissant une flaque collante sur le carrelage. L'italien n'ajouta pas un mot, son regard ancré dans celui, effaré, de Raphaël, toujours agenouillé au sol, puis il se contenta de tourner les talons en parlant d'un ton maitrisé :
— Ce fut un plaisir de discuter avec toi, Raphaël.
Le jeune blond fronça les sourcils, pas vraiment à l'aise et il se redressa, posant la flute sur la table avant de laver sa main couverte de champagne puis il passa un rapide coup d'éponge au sol. Il se rendit ensuite auprès des autres, évitant le regard convoitant du mafieux que, ni Salaï, ni Théo, ne manquèrent.
Il y eut alors un fracas épouvantable à la porte, suivit du hurlement de Prunille et, immédiatement, les Robben se ruèrent à l'entrée.
Ils y découvrirent Lucien, sans connaissance, étalé dans la neige, les bras en croix, et un fin filet de sang s'écoulant de son front. A deux pas de lui, Prunille le regardait, les yeux écarquillés et les mains couvrant sa bouche :
— Il est mort ?
— Simplement assommé…
Rob s'était penché sur l'enfant pour le prendre dans ses bras au moment où les autres arrivaient et, avisant le visage ensanglanté d'Eirik, Kili et le Padre montrèrent immédiatement les dents de manière dangereuse :
— Ce figlio di puttana de chinois a osé s'en prendre à toi ?
Kili lança un regard fondamentalement menaçant à son padre qui eut une grimace désolée, mais Eirik, sans comprendre la question, fit signe que non, regardant avec surprise son beau-père, dont la présence ici lui semblait incongrue, qui posa une main affectueuse sur son épaule pour l'inviter à l'accompagner à l'intérieur.
— Quelqu'un peut-il m'expliquer ce qu'il vient de se passer, au juste ?
— Pour Lucien, c'est simple et malheureux, il a doublé Prunille au moment où ils sont arrivés à la porte, il a oublié de s'arrêter… Pour Eirik, c'est tout aussi simple : il tenait Lucien quand celui-ci a décidé de se bloquer en mode dingo…
Sans entrer dans les détails, John répondit rapidement à la question de Finn et le vieux mafieux, qui l'avait entendu, demandant d'un ton menaçant :
— Lucien ?
— L'enfant crétin qui a eu la très bonne idée de s'assommer… Je commençais à me demander si on aurait l'occasion de gouter au calme au moins une fois dans la soirée…
oOo
— Je crois que ce fut le réveillon le plus étrange de ma vie…
En chœur, Billie, Jayden et John hochèrent la tête aux mots de Finn tout en terminant de faire la vaisselle. Le repas s'était franchement bien passé, peut-être que l'état comateux de Lucien avait aidé à garder un certain calme bienvenue, mais certaines tensions, notamment entre le Padre et Thorin, n'avaient pu être ignorées, ni même la guerre farouche qui avait opposée Finn et Sherlock, encore une fois. Le maintenant lointain épisode du restaurant à Londres n'avait pas été suffisant pour faire comprendre aux autres que placer ces deux là trop proches l'un de l'autre pendant un repas n'amenait jamais rien de bon.
Les autres étaient éparpillés dans le chalet : Sarah et Rob couchaient leur enfants, surexcités à l'idée d'avoir les cadeaux le lendemain, Mary, fatiguée, s'était retirée elle aussi et le reste terminait de ranger la maison ou bien installaient déjà les cadeaux sous le sapin pour les enfants.
— Tout va bien ?
Dans la salle de bain, Eirik sursauta lorsque Salaï, sans un bruit, ferma la porte et se glissa dans son dos en l'enlaçant. Face au miroir, le jeune blond palpait douloureusement son nez, mais, finalement, la douleur avait très rapidement disparu et, mise à part une légère marque, il ne gardait aucune séquelle.
— Ça va… sur le coup, j'ai cru que c'était cassé, mais-
— Ce n'est pas de ça que je parle…
Affirmant son étreinte, il plongea son visage dans sa crinière, inspirant profondément cette odeur qu'il aimait tant, en parlant d'un ton bas :
— C'est ton premier noël sans eux…
Fili détourna les yeux en serrant les lèvres et il porta sa main à celle du mafieux pour mêler ses doigts aux siens :
— Ma famille me manque mais… Tu es là…
— Toujours.
Fili eut un sourire triste et il souffla doucement :
— Merci.
Ils restèrent un instant enlacés, profitant d'être cachés des regards, puis, d'une pression, Salaï invita le plus jeune à lui faire face pour clamer sa bouche dans un baiser doux.
Même s'ils ne dépassaient jamais une certaine limite lorsqu'ils étaient avec les autres, ils parvenaient à se retrouver régulièrement en secret pour exprimer passionnément la frustration qu'ils ressentaient à se côtoyer tous les jours en s'ignorant. Mais, cette fois-ci, l'échange resta très chaste, Kili se contenta de l'embrasser intensément, avant de se séparer pour le regarder dans les yeux :
— Mon padre m'a proposé de prendre sa place, aujourd'hui.
Les lèvres de Fili s'ouvrirent dans un « o » silencieux, et, après une brève hésitation, il demanda prudemment :
— Qu'as-tu répondu ?
Le plus vieux serra les lèvres, avant de répondre en glissant une main dans les cheveux dorés :
— Je me rend compte que… Je n'ai pas, ou plus, envie de cette vie là… Mais ce sera dur de le lui faire comprendre, peut-être même dangereux…
— Il ne te laisse pas le choix ?
— Il ne comprendra pas mon refus.
La main quitta les cheveux pour caresser tendrement sa gorge, puis son visage, et il continua d'un ton pensif :
— Toutefois… J'ai l'impression qu'il s'en doute… Il caresse l'idée de prendre quelqu'un d'autre à ma place…
— Raphaël… ? Il n'a parlé qu'à lui toute la soirée…
— Non… Raphaël n'a pas le profil. S'il l'intéresse, c'est plus pour satisfaire son côté collectionneur capricieux… Il aime s'entourer de personnes de qualité et leur apprendre… deux ou trois petites choses qu'il juge essentielles…
Il avait répondu distraitement tout en enlaçant son jeune amant qui resta silencieux, profitant de l'étreinte. Un court silence s'étendit, puis Salaï reprit, curieux :
— As-tu pris ta décision ?
Fili plissa la lèvre en haussant une épaule, baissant les yeux.
— Non… D'un côté, je serai curieux de permettre à Rob de m'aider à retrouver mes souvenirs, pour découvrir cette première vie que vous évoquez sans cesse… De l'autre… J'ai peur que cela change beaucoup de choses… Et… Il y a certaines choses dont je ne veux pas me souvenir.
Conscient que l'unique fois où les souvenirs de Fili étaient revenus à la surface, c'était sous les tortures de Vladimar, qui lui avaient rappelé le pire moment de sa première vie : sa mort, Kili compris ses craintes et il ne chercha pas à l'influencer. Il avait Eirik et, avec ou sans les souvenirs de Fili, ça lui suffisait.
oOo
— Tant que ce n'est pas Bilbo…
La remarque possessive de Raphaël amena un sourire aux lèvres de Théo et il cracha une longue bouffée de cigarette qui se perdit dans la nuit avant de reprendre :
— Mais, au finale, de nous deux, je suis le plus à plaindre…
— Pourquoi ? Même si tu ne risques pas de me tromper avec ton frère, il n'en reste pas moins que, si un jour tu as à choisir, je ne ferais jamais le poids face à Finn…
— Peut-être mais, comme tu le dis, sur certains aspects, tu n'as rien à craindre de mon âme-sœur… Alors que si toi tu viens un jour à rencontrer la tienne… Je ne compterai plus dans la balance…
— Ça t'inquiète ?
Raphaël avait posé sa question dans un souffle mutin en se pressant contre lui et Théo jeta son mégot dans le cendrier avant de passer un bras autour de ses épaules :
— L'idée semble te plaire…
— J'aime savoir que tu as peur de me perdre…
Le ton était provoquant, mais séduisant, son visage levé vers le plus grand, Raphaël dévoilait sa gorge gracile et Thorin attrapa sa nuque pour approcher ses lèvres des siennes en parlant d'une voix grave, séduite :
— Tu sais, Raphaël… Plus j'apprends à te connaître et plus j'oublie de qui tu es la réincarnation…
— Ton ennemi… Pour qui tu n'étais qu'une étoile filante…
— A qui tu t'offres maintenant sans concession…
— Sans concession ? Vraiment ?
Ils échangèrent un bref sourire complice, avant de lier leurs lèvres dans un baiser suave. Les mains de Théo glissèrent dans son dos, frustrées par l'épais pull qui protégeait le plus jeune du froid, et le baiser s'intensifia, toutefois, la porte extérieure s'ouvrit à ce moment et, à contrecœur, ils se séparèrent. Mais Thorin garda le blond contre lui lorsque, en pleine conversation en italien avec Salaï, le padre arriva sur le balcon en portant un cigare à ses lèvres et les deux européens, avisant la présence du couple, les rejoignirent en silence.
Théo et Raphaël, qui n'étaient pas franchement du genre à dégouliner de tendresse l'un pour l'autre lorsqu'ils étaient en public, ni ailleurs, ne s'étaient pas montrés très proches durant la soirée, si bien que le vieil italien n'avait pas encore deviné qu'ils étaient ensembles.
C'est pourquoi une lueur franchement surprise brilla dans son regard lorsqu'il remarqua de quelle manière ils étaient enlacés : intimement et ne laissant aucune place au doute, sans parler du regard possessif et dangereux de Thorin, qui n'avait pas manqué l'intérêt calculateur que le mafieux portait au plus jeune.
Toutefois, celui-ci ne se montra absolument pas intimidé et il proposa sa boîte de cigare aux deux américains, qui refusèrent poliment, avant de s'adresser simplement à Théo, en français :
— Vous savez vous faire apprécier des bonnes personnes, signore.
— Je ne suis pas à plaindre, en effet.
Le plus vieux allait continuer, mais Salaï parla sèchement en italien, et il poussa un soupir avant de désigner son fils d'un signe de tête aussi fier qu'agacé :
— Voilà que le piccolo me donne des ordres maintenant… Il ne veut pas que je vous prenne pour un ennemi…
— Il ne veut pas avoir à choisir entre vous et moi.
Il avait répondu franchement, choisissant de ne pas se laisser entrainer dans une discussion dont chaque mot serait pesé, conscient que le plus vieux n'aurait aucun mal à dominer l'échange. Tout comme il était incapable de baisser sa garde face au mafieux qui mettait son instinct de survie à rude épreuve, car, après tout, malgré l'expérience léguée par Thorin, Théodore Robben n'était encore qu'un jeune homme, à peine plus vieux que Salaï et donc, une proie facile pour un criminel tel que le padre qui le considérait comme un rival, ou, plutôt, un proie, officier haut-gradé ou non. Sa réplique sèche, quoique non provocante, un simple constat, amena un silence tendu et, sans un mot, Raphaël se sépara de lui pour se mettre discrètement en garde, leur laissant ainsi pleine possession de leurs moyens si jamais les choses venaient à mal tourner.
Kili, lui, était resté muet, sondant le canadien d'un regard indéchiffrable dans lequel dansait outre la surprise, l'effarement et la crainte, une lumière mouvante et fragile qui peinait à trouver sa place.
Toutefois, sans se montrer offusqué, l'italien se contenta de souffler une longue bouffée de fumée en étudiant durement Théo, regrettant amèrement de ne pas l'avoir rencontré plus tôt, celui-là, du moins, avant qu'il n'intègre les services gouvernementaux, il aurait pu en faire quelque chose.
— Tu oses nous mettre à égalité, toi et moi ? Aux yeux de celui que je considère comme mon fils ?
Kili pinça les lèvres en échangeant un bref regard avec Thorin qui, dans une autre vie, avait été celui qui l'avait élevé et aimé comme s'il avait été de sa chair et il affirma doucement :
— Vous l'êtes, papa…
L'italien eut un regard effaré et Salaï repris rapidement :
— Mais je ne considèrerais jamais Théo comme mon padre, tu es le seul. Plutôt comme… Mon frère… Et c'est en tant que tel que j'aimerai que tu l'acceptes dans ma vie… Et la tienne.
Une nouvelle fois, il échangea un bref regard avec le brun qui, effectivement, était, dans cette vie, plus comparable à un frère de cœur qu'à un oncle ou n'importe quelle figure d'autorité. Le mafieux sembla considérer un instant cette idée, son regard suintant d'intelligence sonda Théo, puis Raphaël, avant de revenir sur le brun, pensif :
— Je suppose que, avec lui, viennent aussi son frère et son petit-ami…
Kili leva les yeux au ciel. Ce padre… il n'acceptera jamais rien sans tenter de prendre, en plus du beurre et de l'argent du beurre, la fermière, la vache et toute la ferme qui allait avec. Il se contenta d'hausser fatalement les épaules, sans s'occuper de Théo qui fronça furieusement les sourcils, et il concéda :
— Ce ne sera pas sans condition…
Au ton qu'il utilisa, le plus vieux comprit immédiatement de quoi il en retournait et il demanda simplement :
— Tu as un nom ?
— Lucas Fitzgerald. Il convoite Raphaël lui aussi. Jusqu'à maintenant, je me suis simplement contenté de menacer ses proches, pour le tenir tranquille, mais c'est une affaire qui demande un grand doigté et qui ne sera pas sans risque…
Il n'en fallut pas plus pour que le regard du plus vieux, qui, à partir du moment où il décréta que les amis de Kili étaient aussi les siens, les engloba dans sa possessivité jalouse et protectrice, flamboya dangereusement.
— C'est comme si c'était fait…
oOo
Les hurlements hystériques de Prunille et Tom, qui découvrirent les cadeaux entassés sous le sapin, vrillèrent les tympans de leur parents et leurs oncles qui avaient été tirés du lit aux aurores tandis que les autres terminaient leur nuit pour se lever à une heure décente..
Un peu à l'écart, mal à l'aise, Lucien regardait les deux autres enfants arracher les emballage sans cesser d'hurler leur joie et Frérin s'approcha de lui avec un sourire gentil :
— Tu ne veux pas ouvrir tes cadeaux ?
La mine triste, le gamin secoua la tête de gauche à droite, des larmes aux yeux :
— Comme je suis pas sage, le Père Noël il m'amène jamais de cadeau…
— Jamais ?
Il secoua la tête avec un sanglot en regardant Finn dans les yeux et, même s'il s'agissait de la réincarnation de celui qui avait été l'un des responsables de sa mort prématurée, le canadien se sentit profondément désolé pour lui. Mais il ne perdit pas son sourire et il se redressa rapidement pour s'approcher de Sarah et lui parler discrètement :
— Dit moi… La mère de Lucien n'a rien donné à John pour lui ?
— Non… Elle a peut-être oublié… Mais avec Rob on lui a pris un petit truc. Et il me semble que John et Sherlock aussi lui ont fait un paquet.
Il acquiesça et allait retourner auprès de Lucien pour l'inviter à se rendre sous le sapin, mais Prunille et Tom ouvrirent à ce moment une boîte plus grande qu'eux, de laquelle s'enfuit un paquet qui possédait quatre pattes, un gros ventre et des oreilles, emballé des sabots aux naseaux et qui prit la fuite dans le salon en hennissant, la queue en panache.
— UN PONEY !
Fous de joie, les petits voulurent courir derrière l'animal, mais celui-ci, aveuglé par le papier cadeau, fonça dans Thorin qui l'attrapa par le nœud papillon qui ceignait son encolure. Ne comprenant pas vraiment ce qui lui arrivait, pas plus que le reste des adultes de la salle, la bestiole s'immobilisa, le temps que les enfants lui arrachent son habit de papier.
— Ho merde… Ce mec a réussi à trouver un poney en une nuit…
Finn était resté bouche bée face à ce simple constat, plus médusé par le fait que le mafieux, -car il ne doutait pas que ce cadeau venait de la familia de Kili-, avait réussi à emballer intégralement l'animal, qu'autre chose, tandis que Sarah et Rob échangèrent un regard consterné en lisant la carte que le vieux mafieux avait agrafé à l'emballage.
— Il est trop beau !
Intenable, des étoiles dans les yeux, Prunille sautillait autour du poney, petit gros nerveux et ingrat, aux crins ébouriffés, aux aplombs douteux, à la robe sale et au regard mauvais, tandis que Tom, de son côté, s'était plaqué contre le ventre de l'animal, les bras tendus en l'air, et attendait dignement que quelqu'un prenne la peine de le soulever du sol pour le poser sur le dos de l'équidé.
Sans s'occuper de lui, Rob parla nerveusement :
— Hem… les enfants… allez déballer vos autres cadeaux pendant que Raphaël s'occupe de… Ça…
— Pourquoi moi ? J'ai jamais approché un cheval de ma vie !
Alors que les enfants repartaient en courant, Thranduil resta avachi dans le canapé où il terminait sa nuit, lui qui, de bonne grâce, avait consenti à se lever en même temps que Thorin, mais Rob assena d'un ton sans appel :
— Non nous plus… Mais… En plus de six mille ans, tu as bien dû apprendre un ou deux truc sur eux…
— C'est Thorin qui montait des poneys… Et puis il a l'air de s'en sortir à merveille…
Il lança un regard moqueur à Théo qui ne releva pas, occupé à mettre ses doigts à l'abri de la bouche de l'herbivore qui tentait de le mordre furieusement.
— Je vois que les enfants ont déjà déballé mon cadeau ! Comment le trouvent-ils ? Il s'agit du descendant de Bolero Conquest du Haras des Quatre Vents, célèbre poney de concours dans la région qui a gagné plusieurs prix en de beauté !
Le padre, à qui avait été proposé l'une des meilleures chambres du chalet,arriva, en pleine forme malgré l'heure indécente, cintré dans un nouveau costume blanc tout aussi impeccable que les autres et Sarah déglutit avant de parler d'une voix aïgue, dans un jolie sourire forcé :
— Ils l'adorent déjà ! Cet animal a des papiers au moins ?
— Si, Signora. Et un carnet de vaccination à jour. Que voici, avec la carte de propriétaire. Il s'appelle Mathador III des Quatre Vents.
Sarah récupéra les papiers avec un discret soupire de soulagement en apprenant qu'il ne s'agissait pas d'une bête volée ou aux origines douteuses.
Une fois la surprise passée, Finn retourna auprès de Lucien, qui regardait le poney avec des yeux ronds, pour lui prendre la main :
— Viens, le Père Noël ne t'a pas oublié.
Gardant son regard rivé sur Mathador III, Lucien l'accompagna jusqu'au sapin, puis il se concentra sur Finn qui s'agenouilla pour lire les étiquettes et récupérer les paquets adressés au plus petit.
— WOAAA ! Regarde, Finn !
Alors qu'il tendait un premier cadeau à Smaug, qui ne sut pas trop quoi faire avec, Prunille déballait un costume de Samouraï intégral, et le blond, qui était, avec Théo, à l'origine de ce cadeau, feinta la surprise émerveillée avant de quitter le petit roux pour aider sa nièce à revêtir l'armure.
De son côté, avec une lenteur mesurée, Lucien s'assit au sol pour ouvrir son cadeau, qui s'avérait être un livre illustré des histoires des chevaliers de la table ronde, offert par Rob et Sarah. Il le feuilleta un instant puis le posa à côté de lui pour attraper un deuxième cadeau qu'il déballa plus rapidement. Se retrouvant avec un petit objet composé d'entrelacements de pièces de bois, toutes de taille et formes différentes, il resta perplexe un instant, étudiant la chose sans comprendre de quoi il s'agissait, et une ombre le couvrit :
— C'est un casse-tête. Il te faut le manipuler d'une certaine manière pour débloquer des couleurs. Lorsque tu arriveras à faire apparaître le point blanc, tu auras gagné. Ca t'aidera à canaliser tes pensées.
Sherlock, qui s'était penché sur lui, encore en pyjama et peignoir, lui prit l'objet des mains pour lui montrer de quelle manière faire bouger les pièces, et Lucien joua un peu avec, puis haussa les épaules, avant de poser l'objet sur le livre en regardant sous le sapin où restaient encore de nombreux paquets. Un, en particulier, énorme, attira son regard et, lisant son nom écrit en gros sur le papier, suivit d'un mot en italien, il l'ouvrit sans attendre.
oOo
— Franchement, Rob, qu'est-ce que je fais de ce truc ?
— Comment veux-tu que je le sache, Théo ? J'ai jamais aimé les chevaux, moi !
— Tu pourrais peut-être commencer par le mettre dehors…
Raphaël avait, encore une fois, parlé d'un ton morne depuis le canapé, occupé à déployer toutes les pièces d'un vaisseau spatial Polly Pocket Collector pour Tom qui le regardait faire avec attention, et Rob haussa les épaules :
— Je l'avais dit qu'il avait le sens des poneys ! Il ne peut pas oublier ça !
— C'est juste du bon sens…
Le blond avait répondu sèchement, sans s'occuper des deux frères, même lorsque le brun commença à se plaindre :
— Mais il veut pas me suivre !
Théo tenta vainement de tirer sur le licol, mais le poney était, lui, très intéressé par la plante verte du salon et tirait dans l'autre sens pour l'approcher, un rapport de force s'était instauré entre les deux, chacun faisant du sur place.
— Tape dessus !
— T'es con, Rob.
Mais, soudainement, la bête tourna vivement la tête et ses dents claquèrent à quelques centimètres des doigts de Théo, qui lâcha la longe, et Mathador se déplaça nonchalamment vers la plante verte pour en mâcher les feuilles placidement :
— Ça mange pas de la paille et des pommes, normalement, ces bêtes là ?
Concerné par le sort de son Yucca, Rob se plaça courageusement entre ce qu'il en restait et Mathador III, qui tenta de le feinter pour terminer son repas, mais le grand barbu voulut le chasser en moulinant des bras ce qui n'eut absolument aucun effet.
— Sarah ! S'il te plait, va me chercher le fusil que j'utilise pour chasser les caribous !
— Tu rêves.
Sarah avait répondu froidement en plongeant ses doigts dans la bouche de Tom pour en retirer tout le papier cadeau que le plus petit avait avalé dans un moment d'égarement. Rob se tourna alors vers l'animal pour essayer de lui attraper le licol, mais Mathador fit demi tour et s'éloigna en caracolant vers la deuxième plante verte de la maison : le sapin.
— Je crois que j'ai une idée !
— Une bonne, j'espère !
Rob avait répondu à Théo en grinçant des dents, coinçant l'animal contre un canapé pour le bloquer et l'attraper pour de bon, et le brun grimpa les escalier en assurant :
— Je sais exactement ce qu'il faut faire.
Il ne redescendit que cinq secondes plus tard, trainant derrière lui une Billie Joy endormie, vêtue simplement d'un T-Shirt de Dwalin qui lui tombait sur les genoux et qui recouvrait, tout le monde l'espérait, une petite culotte.
Il posa la jeune femme devant Mathador et celle-ci, parvenant enfin à décoller ses paupières, ne fit que remarquer platement, dans un anglais teinté d'un très fort accent texan, qui, lorsqu'elle ne faisait pas attention, s'affirmait franchement :
— Y a un poney dans l'salon…
— Peux-tu, s'il te plait, nous en débarrasser ?
Elle haussa les épaules et attrapa mollement la longe avant de s'éloigner, le poney suivant sagement ses pas.
— Attend, Ori ! Pas par là !
Mais, pas vraiment réveillée, la jeune fille entendit trop tard le cri de Théo et elle s'écrasa contre la baie vitrée du salon, avant de reculer de quelques pas en se tenant le front.
— Outch…
Le poney tenta fourbement d'en profiter pour s'esquiver, mais elle le rappela à l'ordre d'une simple traction sur la longe et, sans autre cérémonie, il la suivit jusqu'à la porte extérieure sous les commentaires admiratifs de Rob et Théo :
— Ça à l'air tellement simple…
— Après tout, c'est une professionnelle… Une telle maitrise demande certainement des années d'expérience…
Un pleur de bébé s'éleva à ce moment et, machinalement, Rob se tourna vers le couffin qui reposait sur un canapé et dans lequel Julie, habillée avec les couleurs de Noël, se réveillait doucement.
— Attend, je m'en occupe.
Avec douceur, Théo doubla son grand-frère et attrapa sa nièce en pleurs pour la dorloter gentiment et l'emmener aux pieds du sapin où l'attendaient quelques cadeaux. Toutefois, malgré le silence pesant qui stagnait dans la pièce, une vision post apocalyptique l'y cueillit et il se figea, se contentant de demander distraitement :
— Qui a offert un quad électrique à Lucien ?
oOo
— Je crois que les enfants sont occupés pour un moment…
— Billie aussi…
Tous confortablement installés dans les canapés du salon, face à la baie vitrée, ils pouvaient voir la texane, emmitouflée dans une chaude parka, promener Tom sur Mathador III qui trottinait fièrement dans la neige, tandis que Lucien, Prunille en croupe, habillée en samouraï, allait et venait dans tous les sens sur son quad flambant neuf, peint aux couleurs F1.
— C'est l'heure de nos cadeaux ?
Ravi, Finn sautilla joyeusement et il tendit immédiatement un gros paquet à Rob.
— Je sais que tu en rêvais !
Le plus grand le déballa immédiatement et un sourire ravi étira ses lèvres lorsqu'il découvrit un avion de chasse télécommandé, dernière génération, et le blond susurra à voix haute d'un ton mesquin :
— Cette année, Théo, le plus beau cadeau est de ma part !
Son jumeau leva les yeux au ciel, mais il eut un sourire cruel en donnant, à son tour un petit sachet à Rob. Lorsque celui découvrit de quoi il s'agissait, son regard s'illumina :
— Le dernier FMZ ! En édition limité, comprenant l'option apocalypse Zombie et avec des cartes uniques en plus ! Je pensais que c'était introuvable ! Théo, je t'aime !
— Ho non… Pas un jeu vidéo…
Le gémissement de Sarah passa inaperçu et Finn, encore vaincu, croisa les bras sur sa poitrine et se mit à bouder pendant que les autres échangèrent des petits cadeaux, plus symbolique pour fêter l'événement, qu'autre chose.
— Signora, voilà pour vous remercier de votre hospitalité. Je sais que nos voisins ont tout autant de raffinement que nous…
Le Padre mis dans les mains de Sarah une bouteille d'un vin blanc italien racé, à l'étiquette prestigieuse qui valait certainement à lui seul la valeur de la maison dans laquelle ils étaient actuellement. Retenant un vertige, elle remercia le mafieux avant d'emmener la bouteille à l'abri, pour la poser avec toutes les autres. Finn lui avait offert un vin d'Espagne, léger et pétillant, qu'elle appréciait particulièrement, Théo, lui, lui avait donné une bouteille d'un vignoble prestigieux du Québec, qu'elle adorait aussi, et, de Mary, sa belle-mère, elle avait reçu un vin aromatisé qu'elle n'avait encore jamais gouté, mais qu'elle avait hâte de découvrir. Elle regarda sa nouvelle collection d'un œil critique, se rendant soudainement compte qu'aucun de ses proches ne lui avait offert autre chose que du vin. Peut-être avait-elle quelque chose à comprendre là dedans.
— Hey, petit prince, regarde ce que j'ai trouvé pour toi !
Avec malice, Finn mit dans les mains de Raphaël une très jolie rose ouvragée à quatre épines, ainsi qu'une écharpe molletonneuse et, sans le moindre rapport, une lotion pour avoir la peau douce. La réincarnation de Thranduil le regarda sans comprendre, mais Rob arriva à côté de lui pour lui mettre un livre dans les mains :
— Théo m'a dit que tu ne l'avais pas encore lu…
— Le Petit-Prince ?
Haussant un sourcil, Il feuilleta rapidement le livre, écrit en français, qui possédait quelques illustrations :
— Vous trouvez que je ressemble à ça ?
— Raphaël, j'ai un truc pour toi.
A son tour, Thorin arriva avec la version anglaise du Petit Prince et Thranduil tiqua :
— It's a joke ?
Les frères Robben échangèrent un rapide regard, avant que Rob ne parle d'un ton détaché :
— Franchement, les gars, au prochain Noël, on discute ensemble avant de faire des cadeaux… On pense trop à la même chose, c'est pas bon… Maman a tout les siens en trois exemplaires chaque année…
— Heureusement que j'ai prévu autre chose…
Avec un sourire, Théo attrapa la main de Raphaël pour l'éloigner de ses frères afin d'échanger avec lui leurs présents respectifs et, désœuvré, Finn se laissa choir dans le canapé, à côté d'Eirik qui ouvrait l'enveloppe donnée par le Padre.
Il en sortit une simple brochure qui présentait un château de la Renaissance au style florentin du XVème siècle, réaménagé en hôtel de luxe, surplombant la mer Adriatique, aux pieds des Alpes, qui comportait piscines, spas, vastes salons spacieux et chambres qui suintaient d'opulence.
— Hé bien… Il ne se fout pas de toi… Une nuit dans un tel endroit vaut au moins la totalité de mon salaire sur un ans… Voire deux… sans parler du petit-déjeuner et des activité extra… Bowling, terrain de golf, écuries, aérodrome…
— Je ne suis encore jamais allé dans un endroit comme ça… Je ne savais même pas que ça existait…
Derrière le canapé, Salaï, qui discutait avec Sherlock, entendit leur conversation et il se pencha entre les deux blonds pour regarder un instant la brochure en faisant la moue :
— J'y suis déjà allé… La vue est sublime… Mais les chambres sont plutôt froides et la piscine pas assez ombragée…
— Mais… Si j'y vais, ça ne te dérangera pas de venir avec moi ?
— Sinon, moi je prends la place !
Finn avait répondu du tac au tac, mais Salaï eut un sourire amusé :
— Je ne pense pas que tu ais compris, Eirik, mais il ne t'offre pas une nuit dans cet hôtel…
Les deux autres froncèrent les sourcils, puis il se pétrifièrent lorsque Kili termina d'une voix veloutée :
— Tu viens d'en devenir le propriétaire…
