Chapitre 35 : A découvert

Dean entend une voix grave l'appeler. Une voix familière. Une voix qu'il doit protéger.

Instinct gravé si profondément en lui qu'il lutte de toute ses forces pour reprendre conscience. Pas une petite commotion qui va avoir raison de lui ! Pas quand c'est Sam qui l'appelle de cette manière. Il a besoin de lui. Ils ne sont que deux.

Dean se débat, bataille comme un forcené pour obliger ses yeux à s'ouvrir malgré la douleur. Quand il y parvient enfin tout ce qu'il voit c'est le visage soulagé de Sam.

Sam. Ses yeux brillent encore. Dean devine les larmes contenues avec peine. Aie. Ça fait mal ! Mal d'imaginer Sam si désespéré. Est-ce qu'il a cru que c'était la fin ? Que Dean accepterai jamais de le laisser seul, tout seul au monde ?

Il lève un bras, les yeux encore aveuglés par la lumière trop forte, la tête pulsant au rythme des battements de son cœur.

« Me regarde pas comme ça, joli cœur, je suis pas encore mort » se moque-t-il d'une voix rauque et mal assurée.

Sam lui sourit. Son soulagement est si évident que Dean ressent soudain le besoin de lui prouver qu'il est toujours là. Que seule la mort peut les séparer, certes, mais que ce n'est pas encore son heure.

Il ferme les yeux et attrape le menton de son frère, l'attirant à lui dans un baiser qu'il veut rassurant. Pour lui ou pour Sam, il ne fait plus la distinction. Après tout, il ne connaît pas d'autre manière de se sentir vivant.

Hmm finalement ça valait le coup de se faire balancer comme une vieille chaussette. Comment Sam fait il pour avoir des lèvres si douces ?! Jamais Dean n'aurait cru qu'un homme pourrait avoir cette bouche si exquise. Pas qu'il veuille en tester d'autres, d'ailleurs... Beurk.

Sam est l'exception à toutes les règles.

C'est quand il sent la légère résistance de son frère qu'il comprend que quelque chose cloche. Il ouvre avec peine les paupières. Tout est flou autour deux. Le monde tourne.

« Heu Dean ? » fait Sam à mi-voix une fois leurs lèvres séparées « On est pas vraiment seuls... »

Dean se redresse brutalement en position assise. Et d'un coup, il se retrouve face à une bonne quinzaine de paires d'yeux curieux. Un sacré paquet de patients, et deux infirmiers, pour être exact.

« Oh bordel ! » est tout ce qu'il arrive à exprimer.

Il profite de son statut de blessé au combat pour placer un bras devant ses yeux et cacher sa gêne.

Vanessa les fixe, la bouche grande ouverte, en une expression de surprise silencieuse. Elle n'est pas la seule. Sam lui adresse un sourire crispé. Ben oui, ça explique des choses, forcément. Puis il ramène immédiatement son attention sur Dean.

« Hé doucement ! »

Il le soutient adroitement quand il essaie de se lever en grognant.

« Tu devrais rester assis...

-Ça va Sam, j'ai pas besoin que tu me maternes » le rabroue Dean un peu méchamment.

Avant de se rendre compte que sa main posée sur le bras de Sam est rouge de sang.

« Mais Sam ! Tu as besoin d'un bandage, t'attends quoi ?! »

Johnny s'avance et sort un pansement de sa pochette, fort à propos. Tandis qu'il s'occupe de la blessure de Sam, Dean le fixe d'un œil attentif.

Et réprime tout ces sentiments inutiles qui l'envahissent.

La colère. Contre lui même, pour s'être ainsi exposé devant tous le monde. Bravo, lui qui prêchait la discrétion, c'est gagné ! Contre Sam. Pour ne pas l'avoir empêché de se ridiculiser ainsi.

La honte aussi. Pour quoi est-ce qu'il passe maintenant ?! Personne n'a rien dit, et c'est heureux. Il n'aurait pas pu supporter le moindre commentaire.

Sa migraine ne se calme pas, au contraire, elle monte encore d'un cran, et il a de plus en plus de mal à réfléchir. Bon Dieu, cette journée est interminable ! Pour ne pas perdre ses moyens, Dean décide de juste ignorer ce qu'il vient de se passer. Technique qui a fait ses preuves dans le passé. Jusqu'à un certain point ...

Et de chasser. Tuer ce qui tue. Dean ne se ment pas à lui même, voilà quelque chose qu'il aime faire. Ça tombe bien, là tout de suite, ils en ont désespérément besoin !

Il parcourt rapidement la foule du regard, cherchant à décider de leur prochaine action. Avec un peu de chance, la mèche de cheveux brûlée les a débarrassé de la femme de Mark. Ne reste plus qu'une folle à cramer !

Ils sont à moi. Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

Il s'aperçoit soudain que Vanessa se tient dans son coin, nerveuse au possible. Elle se tord les doigts. Allons bon ! Dean vient se placer en face d'elle.

« Est-ce que ça va ? » s'enquit -il.

« Je … je crois que je l'ai reconnu.

-Qui ?

-Je … c'est … alors les fantômes sont réels ?

-Certains oui.

-C'est... c'était Edwige.

-Edwige ? » l'encourage Dean.

Le mystère de l'identité du second esprit sera-t-il résolu aussi rapidement ? Pour une fois ce serait pas mal ! D'ailleurs cette histoire a intérêt à ne pas traîner en longueur, Dean a du mal à s'empêcher de tourner de l'œil.

Quel merdier !

Vanessa prend une grande inspiration avant de se lancer.

« Edwige était infirmière en chef ici. Il y a de ça … je sais pas … cinq ou six ans.

-Continue » commande Dean, trop fatigué pour adoucir son ton.

« Elle... enfin, c'est délicat, rien n'a jamais été prouvé, mais … on l'a soupçonné d'avoir des rapports particuliers avec certains patients …

-Particuliers ? »

Sam ouvre grand les oreilles, à quelque pas d'eux, tandis que Johnny enroule le bandage autour de son bras.

« Oui, des rapports trop intimes... »

Elle jette un coup d'œil en direction de Sam.

« Un peu comme vous deux quoi. »

Réflexion qui ne la rend pas plus sympathique aux yeux de Dean, loin de là. Son regard s'assombrit. Est-ce qu'elle essaie de faire de l'humour ? C'est raté en tout cas !

Alors ça va être comme ça maintenant ? Les gens vont faire des blagues sur lui et Sam ? Vraiment ? Sa fierté est gravement touchée et Dean ressent plus que jamais le besoin de tuer quelque chose.

« Bon, et ensuite ? »

Effort surhumain de ne pas lui sauter à la gorge. La chasse d'abord.

« Ensuite elle est morte. Quand les accusations ont commencé à être de plus en plus pressantes, elle a choisit de mettre fin à ses jours. »

Cette fois la jeune femme baisse les yeux, attristée par ce souvenir noir.

« Chez elle. Dans sa baignoire.

-Laisses moi deviner, avec un couteau de boucher ? »

Dean est bon au cluedo. Il visualise très bien l'arme avec laquelle elle l'avait menacé dans la chambre.

« Je suis trop con ! » s'accuse soudainement Sam.

Tout le monde se tourne vers lui.

« J'ai cherché les meurtres de l'hôpital, pas les suicides !

-Cherché les … Ok je ne veux même pas savoir comment tu as fait pour fouiner la dedans ! Je n'ai rien vu venir. T'es sacrément doué tu sais ? » se récrimine Vanessa.

« C'est mon travail » se justifie Sam adroitement « mais je ne me rappelle pas de mentions de soupçons d'abus sur les patients dans les archives de l'hôpital...

-C'est parce qu'ils ont cherchés à étouffer l'affaire sans doute. Ça faisait pas bon genre » devine Vanessa.

« Ils sont allés jusqu'à effacer toute référence à Edwige ? Pas très malin » grommelle Sam.

« C'est un institut privé ... » rajoute Vanessa comme si ça expliquait tout.

« Ils sont à moi » répète Dean, cherchant un peu à couper cet échange dans lequel il se sent exclu « D'accord, je crois que j'ai saisi l'idée. Elle était jalouse. Elle a eu peur que je lui pique ses minions ? Tout ça parce que j'en ai interrogés quelque uns... Tu parles de comportement tordu ! » fait Dean.

Sam lui jette un regard curieux. Il est sérieux ? Parce qu'en matière de jalousie, il n'a pas vraiment à donner des leçons, cet idiot !

« Merci Johnny, ça va maintenant »

Sam se relève et fait signe à son frère. Dean le rejoint. Ils se placent un peu à l'écart.

« Quoi ? »

Regard inquiet. Qu'est-ce qui ne va pas ? Un problème avec son entaille ?

Sam hésite une seconde. Mais c'est tellement agréable de retrouver son frère, avec tous ses défauts aussi, qu'il ne résiste pas à une petite provocation.

« Un bisou magique ? » quémande-t-il en désignant son bras.

L'expression révoltée de Dean est tellement comique que Sam a toute les peines du monde à se retenir de rire. Bon Dieu, il ne se lassera jamais de le taquiner ! Mais après sa frayeur de tout à l'heure, il estime qu'il a bien le droit à un peu d'amusement.

Peut être qu'il en a besoin aussi. De tester cette complicité. De s'assurer que le lien est toujours là. Même à travers ce genre de petite dispute si courantes entre eux.

« Tu m'a bien regardé ?! » s'énerve son frère

« Allez Dean...

-Même pas en rêve ! Et baisse d'un ton, on est pas seul.

-Désolé mais après le gros patin de tout à l'heure, tu fais plus vraiment illusion …

-Merci de remuer le couteau dans la plaie.

-Très drôle » répond Sam en portant une main à son bras blessé.

« J'ai un humour incisif » conclue Dean avant de s'éloigner en direction de Vanessa avec une certaine froideur.

Elle est loin, l'embrassade en mode bébé panda. Sam a vraiment besoin de se procurer ces pilules...

« Hola, attends un peu, Dean !

-Tu as fini tes conneries ? »

Ambiance glaciale, Sam reçoit le message cinq sur cinq. Dean n'est pas en état de goûter à la plaisanterie. Alors concentrons nous sur l'affaire.

« Je crois qu'on sait de quoi il retourne maintenant » s'avance Sam.

« Une infirmière en chef … tellement de possibilités gâchés pour une première rencontre » Dean fait semblant de se désoler.

« C'est elle depuis le début ! Tout est logique maintenant. Je ne crois pas que la femme de Mark ait tué ces patients » affirme Sam.

« Ouais, juste le meilleur ami, sans doute. Et Marcus. Ça fait jamais que deux » raille Dean « Au fait, pourquoi des scalpels ? Tu le sais ?

-Elle était chirurgienne.

-Ah … alors peut être que le meilleur ami était moche, tout simplement.

-Peut être. Mais tu crois qu'elle a pu sentir qu'on voulait se débarrasser d'elle ? Que c'est pour ça qu'elle est entré dans une grande colère ? Parce que j'ai brûlé ses os ? Est-ce que les esprits sont capables de percevoir ce genre de chose ?

-Putain alors là, pas la moindre idée.

-Peut être qu'elle voulait juste rester avec lui. Avec Mark. Malgré sa mort » regrette Sam.

« Roméo et Juliette, c'est dépassé Sammy. Et de toute façon ce qui est mort doit rester mort. Tu le sais bien » rappelle-t-il avec aplomb.

Sam pince les lèvres et hausse les épaules. Attristé de cette situation, qui a poussé une femme aimante à attaquer comme une furie.

« Enfin, laisses moi résumer » souffle Dean, essayant de rassembler ses esprits malgré cette douleur lancinante sous son crane « La femme de Mark meurt. Elle revient et tue Henry, un mec qu'elle n'a jamais pu piffrer. Ensuite elle suit son mari grâce aux cheveux dans le médaillon.

-Jusque là, je suis d'accord.

-Cinq ans auparavant, une infirmière cochonne fait mumuse avec ses patients.

-Ouaip.

-Puis décide de s'ouvrir les veines quand tout le monde l'apprend. Ensuite Mark déballe pile dans cet hôpital parce qu'il affirme avoir vu un fantôme. Permets moi de dire que ce mec a une sacrée poisse ! Parce que paf ! Il se retrouve à traîner le fantôme de sa femme dans un asile déjà hanté !

-J'ai mal la tête.

-Entre temps la méchante infirmière revient assassiner les patients qui l'ont conduit à se donner la mort. Tu me suis ?

-Elle aurait profité des deux ?

-Possible non ? »

Sam se concentre un instant, se pince l'arrête du nez.

« Oui, possible. Matt et Ian, les deux victimes, ils étaient là depuis plus de cinq ans. Je l'ai vu dans leurs dossiers. »

Sam remarque que Dean a l'air impressionné par sa mémoire. Il remarque aussi qu'il ne le dit pas, et qu'il prend également grand soin de maintenir une bonne distance entre eux. Comme refroidit par quelque chose. Sam redoute de deviner quoi.

Un baiser public qui risque de ne pas améliorer leur relation.

Mais ce n'est pas le moment de régler ça, et Dean le sait aussi bien que lui.

« Bref, la femme de Mark n'a attaqué que parce qu'elle s'est senti menacée quand j'ai brûlé ses os ? C'est ça tu crois ?

-De toute façon on ne la reverra plus » Dean indique le tas de cendre à sa droite « alors autant se concentrer sur l'esprit restant non ?

-Ouais. Il y a plus qu'à espérer qu'elle soit enterrée dans le coin et qu'elle nous laisse sortir...

-Génial … Elle avait vraiment l'air coopérative en effet »

Dean se passe la main sur l'arrière de la tête dans un réflexe.

« Tu l'a dis » reconnaît Sam « Mais au fait, elle n'a rien fait pendant cinq ans, alors pourquoi se réveiller maintenant ?

-Alors là, aucune idée. Mais Vanessa en sait sans doute plus. »

Il lui fait signe de les rejoindre.

Les patients commencent à s'agiter un peu. Bloqués dans cette unique pièce depuis trop longtemps. Dean sent à nouveau l'urgence le presser.

« Tu étais à son enterrement, pas vrai ? » lui demande-t-il

« Non, elle a été incinérée...

-Bon » fait Sam « alors on est reparti pour le coup de l'objet qui la rattache ici... Des idées ? »

C'est de Johnny que vient la solution.

« Je suis pas sûr mais … Il faut que ce soit un objet lui ayant appartenu, c'est ça ? »

Il apprend vite.

« C'est ça » confirme Sam d'un hochement de tête « Tout ce qui peut contenir une partie d'elle, même infime. Un peu d'ADN suffit généralement. »

« Parce que … j'ai entendu Brenda en parler. Et je sais qu'elles étaient plutôt proches, elle et Edwige.

-Crache le morceau » l'encourage Dean.

« L'autre jour elle est venu avec un nouveau rouge à lèvre. Soit disant qu'elle venait de le retrouver. Il appartenait à Edwige.

-Bingo ! Elle a ramené l'objet pile au mauvais endroit, l'esprit d'Edwige a reconnu les lieux !

-C'est la foire aux objets maudits ici » grommelle Dean « depuis quand c'est fashion de se tartiner les lèvres avec un bâton de gloss ayant appartenu à une suicidée ? Le monde part sérieusement en couille. »

Devant les regards surpris de Johnny et Vanessa, Sam se sent obligé de s'excuser.

« C'est rien, c'est sa façon de dédramatiser. Bon, ce rouge à lèvre, il est dans le vestiaire, pas vrai ?

-Probablement...

-Très bien, allons régler cette affaire pour de bon !

-Je suis prêt ! » annonce Dean.

« Non, tu ne viens pas.

-Pardon ?

-Tu es blessé, Dean.

-Tu es tout autant blessé que moi ! » proteste-t-il

« La différence, c'est que je ne réfléchis pas avec mon bras !

-Non, mais tu sais, un bras, c'est utile pour tenir une arme ! » rétorque vivement Dean.

Ils se fixent un instant, mécontents.

« J'y vais avec lui » propose Vanessa de but en blanc.

Dean éclate de rire.

« Très drôle ! »

Elle le foudroie du regard.

« Je suis sérieuse ! Il a besoin de quelqu'un pour le couvrir, et c'est mon boulot de veiller sur ces gens ! »

Elle englobe tous les patients de la pièce d'un grand mouvement de bras.

« Fantôme ou pas fantôme !

-Ok, c'est très chevaleresque comme attitude, je le reconnais. Mais c'est stupide. Sans vouloir te vexer, tu pèses quoi ? Cinquante kilos à tout casser ? »

Cinquante kilos de rage quand Dean a fini de parler. Une fois encore, c'est Johnny qui coupe court à la dispute. Il se place entre Sam et Vanessa.

« Moi j'irai. Désolé vieux, mais tu n'as vraiment pas bonne mine. »

Il a raison, le teint de Dean tire désagréablement vers le blanc. Trop de coups et trop de pilules.

« Alors je ne parierais pas notre survie à tous sur toi. J'y vais avec lui. »

Il désigne Sam.

« Sam si j'ai bien compris. »

Sam lui sourit, soulagé.

« C'est ça. Merci Johnny. »

Dean et Vanessa croisent les bras, vexés tous les deux, et inconscients de la similitude de leurs réactions.

« Vérifie qu'il y a de l'essence dans ton briquet cette fois » lance Dean avec hargne.

Sam hoche la tête. Dean consent à céder son tisonnier à Johnny.

« Contente toi de frapper tout ce qui apparaît avec ça, d'accord ? Ça devrait suffire. »

Dean les regarde franchir la porte avec appréhension. Ça ne lui plaît pas ! C'est lui qui devrait être avec Sam, personne d'autre ! Question d'habitude, faire face au danger, c'est son boulot, refiler la carotte à quelqu'un d'autre, ce n'est pas bien ! Dean ne sait faire qu'une chose, et perdre son tour, c'est douloureux.

Pas d'apparition dans le couloir. Sam referme la porte derrière eux, après un dernier regard en direction de Dean.

Aie, il n'a pas fini de lui en vouloir pour cette journée...


Dean n'a pas bougé de devant la porte. Il la fixe comme s'il pouvait voir à travers. Veiller sur son frère à travers la matière. Il tend l'oreille mais aucun bruit de lutte ne lui parvient. Ce qui ne veut pas dire grand chose, juste qu'ils sont sans doute trop loin pour que Dean les entende.

Suzanne a reprit son poste à ses cotés. Plus fidèle que jamais. Dean apprécie la chaleur de sa compassion silencieuse. Elle lui sourit, un peu hésitante. Dean ne la chasse pas.

Au bout d'un moment toutefois, la tête lui tourne violemment et il réprime avec peine une brutale envie de vomir. Il est obligé de s'asseoir. Vanessa, qui circulait entre les patients pour s'assurer de leur santé, le voit de loin.

De plus en plus pâle. Elle se résigne à aller vers lui.

« Est-ce que ça va ?

-J'ai jamais été aussi bien.

-A d'autre. Laisses moi examiner ta tête, d'accord ? Tu vas pas tarder à tourner de l'œil à ce rythme là... »

Dean la toise en silence. Mais ne trouve rien à lui reprocher. Elle fait son travail, non ? Alors il acquiesce doucement. Elle récupère une pochette de secours et se place derrière lui. Fait la conversation pour le détourner de la douleur de cet examen.

« Alors comme ça, c'est ça ce que vous faites dans la vie ?

-Ouais.

-Je me demande bien comment on décide de se lancer dans cette carrière …

-Affaire de famille. »

Réponses brèves et pas très chaleureuses. Mais Dean fait de son mieux, Vanessa peut le sentir.

« Oh, d'accord. Et Sam ? Comment vous vous êtes retrouvés à faire équipe ? »

Cette fois la seule réponse qu'elle obtient est le silence.

« Dean ? » elle s'inquiète, pense une seconde qu'il perd conscience.

« Je suis là.

-Alors » relance-t-elle quand le désinfectant coule dans la plaie « si les fantômes existent... quoi d'autre ? »

Dean grimace, retient un cri de douleur. Combien de fois est-ce qu'il l'a fait ? Combien de temps il a passé à attendre que quelqu'un le répare du mieux possible ? C'est une pensée assez décourageante.

« Je crois qu'il vaut mieux pas que tu saches. C'est dur de reprendre sa vie une fois qu'on est au courant.

-Tu essaies de me protéger ? » plaisante-t-elle.

Dean grommelle quelque chose qu'elle n'entend pas. Elle continue son soin en silence quelques instants, avant de reprendre la parole.

« Alors toi et Eric... enfin Sam... »

Dean n'aime pas du tout la direction que prend cette conversation.

Elle semble attendre qu'il rajoute quelque chose. Quoi, elle veut qu'il lui fasse tout l'historique de leur relation ? Quelques paroles romantiques peut être ? Un trait d'esprit sur leur couple inattendu ? Elle risque d'attendre longtemps.

Dean crispe la mâchoire.

« Je ne savais pas... »

Elle a l'air de s'excuser. De quoi au juste ? Mais Dean décide qu'il n'a pas envie de savoir. En fait, il voudrait juste parler d'autre chose. Ou mieux encore, être à l'autre bout du pays !

« Ça va » coupe-t-il « On a menti à tous le monde. »

Il pense ainsi clôturer cette discussion gênante. Mais si la jolie blonde a enlevé ses doigts de son crane, elle n'arrête pas de parler pour autant. La voilà qui prend un air songeur à présent.

« J'aurais jamais cru qu'il était plus porté sur les...

-Ok stop ! Ça suffit ! Je ne veux rien entendre de plus !

-D'ailleurs toi non plus tu n'as pas l'air... »

Mais elle se prend pour qui cette greluche ?! Dean est à deux doigts d'exploser.

« J'ai dit stop ! »

Elle le dévisage, surprise par cette colère soudaine. Dean serre les dents, essaie clairement de contenir sa rage.

« Écoute moi bien, je m'en balance pas mal de ce que des gens comme toi peuvent penser de ce qu'il y a entre Sam et moi, c'est clair ?! »

Elle fronce les sourcils, décontenancée. Inconsciente de l'ampleur du tourment de Dean.

« Je ne voulais pas te mettre en colère...

-Ouais, ben moi je ne veux pas te mettre mon poing dans la figure. Pourtant si tu parles encore, ça pourrait bien arriver. Le monde est mal fait.

-Des menaces, carrément ?! »

Elle se redresse, se drape dans sa dignité.

« T'en fais pas, tu es très clair. »

Elle referme sa trousse dans un claquement sec et s'en va.

Bon cette fois c'est sûr, Dean a un problème avec les Vanessa. Rien à faire, ça ne passe pas ! Il ne faut pas bien longtemps pour qu'il regrette son comportement, cependant. Il a quoi, six ans ?! Menacer une femme, ce n'est pas très classe...

Pourquoi a-t-il autant de mal à gérer les choses ? Les autres ont l'air d'y arriver parfaitement, alors pourquoi pas lui ? Qu'est-ce qui cloche exactement dans son cerveau de primate ?!

C'est à ce moment que la porte s'ouvre. Dean tourne immédiatement la tête dans cette direction, le cœur au bord des lèvres. Sam lève le pouce et rompt la ligne de sel du bout du pied.

Dean lui sourit, rassuré. Puis tourne de l'œil.


Dean attend dans la voiture que Sam finisse ses adieux.

Il n'est pas resté inconscient longtemps et Sam a pu le soutenir jusqu'à ce qu'il atteigne son Impala chérie. Il caresse avec amour le volant, hume à plein nez l'odeur du cuir. Voilà ce que sent la liberté. C'est délicieux.

Il jette un coup d'œil vers son frère. Il est en train de serrer chaleureusement la main de Johnny. Pas mauvais ce mec, Dean veut bien le reconnaître. Il les a bien aidé au final. L'accolade que Sam accorde à Vanessa cependant, est un peu de trop.

Dean crispe involontairement ses doigts sur la banquette. Il n'a pas trouvé la force de s'excuser... Pas sûr qu'elle reparte avec une bonne image de lui, celle là … Enfin, ce n'est pas bien grave. Dean est certain de ne plus jamais la revoir. Et puis, elle avait qu'à pas apprécier autant la compagnie de Sam ! Ni à l'interroger comme le pire enquêteur de la Gestapo ! Ça c'était vraiment déplacé !

Dean ronge son frein. Ou plutôt, choisit de klaxonner. Ils doivent partir avant l'arrivée de la police, pas le temps de trop fraterniser non plus ! Dean a bien fait l'effort d'écourter ses adieux avec Suzanne. Ses yeux admiratifs vont lui manquer. Au moins deux jours, décide-t-il.

Ce qu'il regrette, c'est de n'avoir pas pu rester un peu avec Mark. Le pauvre se trouvait au fond du trou quand Sam et Dean ont du s'enfuir. Mais Dean a réussi à en glisser un mot aux deux infirmiers, et espère qu'ils feront ce qu'il faut pour le sortir de là.

Mark n'a pas sa place dans un asile. Quoi que, s'il décide de faire une dépression, au moins il aura tous les médicaments qu'il faut ...

« Bon courage avec Dean » souffle Vanessa à Sam.

« Ouais, j'en aurai besoin...

-Il a l'air … difficile. »

Sam se pince les lèvres, se retient de rire.

« C'est le moins qu'on puisse dire. Écoutez, si jamais quelque chose de bizarre arrive encore, surtout n'hésitez pas à nous appeler » il leur tend un des numéros de Dean.

« Prenez soin de vous » fait il encore avant de dévaler les marches en direction de la voiture et de chasser Dean de derrière le volant.

« Non vieux, certainement pas. Pas après tout ce qu'il s'est passé. Drogues et commotion cérébrale... Pas un bon cocktail ! T'es gentil, tu me laisses conduire.

-Ça va Rambo, arrête de te la péter » grogne Dean en réponse.

Il se décale à contrecœur.

Quand la voiture démarre, il se retourne et voit les deux infirmiers agiter la main vers eux. Il déchiffre un « merci » sur les lèvres de Johnny.


« Un peu plus de frites, Dean ?

-J'ai pas faim. »

Dean repousse la barquette et tourne la tête en sens inverse. Fait mine d'observer les montagnes qui se dessinent au loin.

Il est comme ça depuis un moment, depuis qu'ils on quittés l'asile en fait. Lui qui devrait respirer à plein poumon cet air chargé de liberté, fredonner ses airs rocks préférés et casser les pieds de Sam, reste étrangement pensif. Et sombre.

Quelque chose le travaille. C'est évident. Et pour une fois, Sam n'a pas vraiment la force de l'affronter de face.

Pourquoi est-ce toujours à lui de mettre les pieds dans le plat ? Après tout, si Dean a quelque chose sur le cœur, à lui de lui en parler non ? Ça semble logique ! Sam est fatigué d'avoir à surveiller les sentiments de son frère autant que les siens.

Merde, il n'est pas infaillible ! Et cette veille permanente l'épuise.

Alors, plutôt que d'asticoter Dean sur cette humeur noire, Sam décide de l'accepter. De faire avec. Dean se lassera avant lui.

Sam laisse ses yeux courir sur l'horizon. Profite du calme. Cette aire de repos est agréable. Et si le vent souffle peut être un poil trop fort, Sam s'accommode à merveille de ce sifflement. Tout plutôt que l'agitation et la chaleur de l'hôpital ! Sam a sa dose pour un bon moment.

Ça n'a pas été un job facile, une fois encore. En réalité, cela fait très longtemps qu'il ne sont pas tombé sur un cas simple. Mais Sam choisirait mille fois les sœurs fantômes aux sorcières de seize ans.

Celle là a encore du mal à passer. Sam déglutit avec difficulté. Il se tourne vers Dean, comme toujours quand un mauvais souvenir le prend aux tripes.

Mais Dean n'est pas disponible. Le regard au loin. Les sourcils froncés. Une ride de contrariété clairement affichée sur son front. Finalement Sam change d'avis. Ce silence est vraiment pénible !

Il avale cul sec son soda, fini sa salade, se lève du banc et balance les frites à la poubelle. Sans rien ajouter, il retourne à la voiture. Il ne s'aperçoit que Dean l'a suivit qu'une fois qu'il s'assoit à ses côtés.

Quand Sam démarre, Dean n'a toujours pas prononcé un mot.


Fin de l'enquête en hôpital psy ! Hmm un petit débriefing sera sans doute nécessaire entre nos frangins ... à voir pour la suite :)

Chapitre 35, j'en reviens pas ! Plus le temps passe, plus je réalise que j'ai pas du tout envie de finir cette histoire x( vous êtes prêts à me suivre pour 35 chapitres de plus ?!

Melanie : tu as bien deviné ! La femme mystère était bien une ancienne infirmière ! Bravo :p Sam et Dean vont bientôt retourner voir Bobby, c'est un chapitre en préparation ;) mais déjà est-ce qu'ils assument leur relation rien qu'entre eux ? Ah ah pas sûr !