Le lendemain, au petit déjeuner, Severus était présent.

Elena arriva juste après lui et il remarqua que les cernes présents sous ses yeux avaient été maladroitement dissimulés sous un charme.

Les sortilèges de make-up n'étaient pas la spécialité de son amante. Il la préférait de toutes façons au naturel, disons même sans artifice… Aucun.

Un sourire étira ses lèvres en pensant à leur dernière soirée.

Il avait presque réussi à lui faire rater l'heure de la retenue de Drago.

Ce qui aurait d'ailleurs mieux valu.

Le courrier qu'il avait reçu de Lucius hier matin avait confirmé que la jeune professeure était décidemment devenue la nouvelle cible à abattre.

Elle n'aurait jamais dû toucher au jeune Malefoy, son père semblait décidé à prendre sa revanche.

Severus avait eu toutes les peines du monde à lui faire comprendre de temporiser. Il avait dû, à regret, lui assurer qu'il ferait tout pour que la jeune femme ne revienne pas l'année suivante.

Où comment se mettre une nouvelle fois dans une situation inextricable… En fait, une de ses spécialités !

Alors que Severus observait du coin de l'œil la jeune femme, celle-ci faisait de même avec Ron et Harry.

MacGonagall se leva et tapa dans ses mains pour faire une annonce.

Très absorbés par leur conversation, dont Elena devinait sans mal l'objet, les deux garçons mirent quelques instants avant de réagir.

Un coup de coude bilatéral bien placé des jumeaux Weasley retint leur attention.

- Chers élèves, commença Minerva. Je dois vous annoncer que les examens commenceront au 1er Juin. Sont plus particulièrement concernés les élèves de cinquième année qui passeront leurs BUSE et les dernières années pour leurs ASPIC.

Je tiens à rappeler aux autres élèves que leurs examens sont également importants. Ils nous aident à mesurer ce que vous avez retenu de l'enseignement de l'année.

Severus laissa échapper un soupir de dédain. Elena assise à côté, lui décocha un regard noir.

Le professeur de potions reprit aussitôt un visage attentif et impassible.

Minerva termina son discours, alors que les élèves réagissaient avec plus ou moins d'étonnement. Avec tous les évènements, beaucoup pensaient que les examens de fin d'année n'auraient pas été maintenus.

Ron semblait particulièrement dépité. D'ailleurs les Weasley en général n'avaient pas été les plus enthousiastes face au discours de Minerva, y compris Percy, le préfet.

Elena remarqua que les rouquins qui se chamaillaient souvent, faisaient cette fois-là preuve de cohésion.

Il n'y avait, à la rigueur que la petite dernière de la famille pour ne pas trop exprimer son mécontentement. Elle semblait d'ailleurs un peu trop pâle, comme malade.

Elle avait à peine touché son assiette.

Les paupières d'Elena se plissèrent alors qu'elle regardait la table des Gryffondors. Une idée venait de lui traverser l'esprit :

Les rouquins, la rouquine….Ginny Weasley !

Quelles avaient étaient exactement les paroles de la sorcière Albinos ?

« … J'ai rêvé d'une fille rousse qui avait dans les cheveux des serpents aux crocs dégouttants de venin. »

Et les mots de Mimi Geignarde : « La fille rousse, Jenny… je crois »

Et si c'était elle ?

Absorbée dans ses pensées, Elena ne comprit que la fin de la phrase prononcée pas Rogue :

- … après notre cours commun ?

En sursautant elle se retourna vers lui, manquant de renverser son café.

- Pardon, je n'ai pas tout saisie…

- Je m'en rends compte ! Puis plus doucement il susurra : Heureusement que vous n'êtes pas toujours aussi peu attentive à ce que vous faites.

Si Elena n'était pas si préoccupée, elle aurait peut-être souris à l'allusion.

Elle se contenta de répondre :

- Nous en reparlerons !

Puis se levant brusquement, elle se dépêcha de suivre les élèves qui sortaient de la salle, leur petit-déjeuner terminé.

Elle devait en avoir le cœur net. Elle devait découvrir si Ginny Weasley était la jeune fille rousse impliquée dans l'ouverture de la Chambre des Secrets !

Severus était resté assis, encore soufflé par le départ précipité de la jeune femme.

Albus l'avait chargé de la surveiller. Lucius de l'en débarrasser. Lui voulait la garder, enfin il commençait à y penser...

L'un des problèmes étant qu'il ne savait pas ce qu'elle désirait…

Mais dans tous les cas cette femme restait réellement insaisissable ! Comme un mirage qui s'éloigne à chaque pas…

- Baron, pouvez-vous m'accorder quelques minutes ?

- Miss Graves, Peeves aurait-il encore fait des siennes ?

- Pas à ma connaissance, j'avais juste une question à vous poser.

- Si cela est de ma compétence Nous les fantômes, sommes toujours prêts à venir en aides aux mortels.

Venez dans mon salon, nous y serons plus tranquille…

Tout en suivant le Baron Sanglant, Elena commenta :

- J'ignorais que vous aviez gardé vos appartements à Poudlard.

- Etre l'esprit attitré de la Maison Serpentard confère quelques avantages. Même si nous n'avons plus d'enveloppe charnelle, il nous est agréable d'avoir un endroit où nous retirer, loin de l'agitation des élèves. Le fantôme de Serdaigle à une chambre en haut de la tour. J'ai, pour ma part, conservé une pièce dans les dessous de Poudlard.

Le salon du Baron se trouvait à l'exact opposé des appartements de Severus. La jeune femme comprenait mieux pourquoi elle n'avait jamais croisé le fantôme dans les cachots.

Elle le suivi jusqu'à une immense tapisserie représentant une bataille particulièrement violente, que l'esprit traversa sans mal.

Elena étouffa un rire, le baron n'avait pas réalisé qu'il l'avait laissée à la porte !

Ilressurgit aussitôt masquant une légère confusion :

- Après tout ce temps, j'ai tendance à oublier que les mortels manquent de certaines capacités…

Le mot de passe donné permis à Elena de passer l'obstacle.

Elle apprécia de ne plus avoir sous les yeux les détails de la bataille sanglante. Serait-ce celle ou le baron avait perdu la vie ? Triste souvenir…

- Que désiriez-vous savoir ? Demanda le fantôme de son habituel ton morne.

La salle dans laquelle ils se trouvaient maintenant était décorée, comme il se doit, aux couleurs des Serpentards. Quelques tableaux étaient suspendus ci et là.

La touche personnel du Baron, assez sobre, se révélait dans les armes accrochaient aux murs.

On pouvait encore voir sur certaines, des tâches de rouilles sombres.

Elena ne pût s'empêcher de se demander si c'était là les traces du sang des ennemies de ce terrible combattant. Apparemment la baguette n'était pas le seul instrument dont on se servait dans l'ancien temps.

Stoppant là son examen, la jeune femme se retourna vers le propriétaire des lieux :

- J'ai lu un ouvrage en début d'année concernant les esprits désincarnés.

- C'est donc dans ce livre que vous avez trouvé le moyen de faire peur à Peeves.

- Il vous en a parlé ?

- Oui, il semblait d'ailleurs très inquiet…

- Il a parfois besoin d'un peu d'autorité.

Un fantomatique sourire étira les lèvres du revenant :

- Je ne peux vous contredire. Il serait vraiment infernal si je n'y mettais pas bon ordre. Votre présence m'a permis de relâcher un peu ma vigilance.

- Tant mieux si cela vous a soulagé. J'en reviens à ma question… Un des paragraphes du livre parlait de possession, pouvez vous me dire comment cela fonctionne ?

- Eh bien ce n'est pas dans mes pratiques de procéder à ce genre de méthode, cependant il est vrai que cela existe. Un esprit peu effectivement, s'il le souhaite, prendre le corps d'un mortel pour exercer à travers lui ce qu'il ne pourrait effectuer dans son état désincarné.

- Comme quoi ?

- Les choses basiques par exemple : toucher un objet, le manipuler…

- Ouvrir des portes, proposa Elena dans un sourire.

- Ouvrir des portes, effectivement, bien que je n'en vois pas bien l'intérêt, étant donné que nous pouvons les traverser.

- Que se passe-t-il pour la personne possédée ? Ressent-elle de la douleur ? A-t-elle conscience de ce qu'elle fait contre sa volonté ?

- Chaque esprit à une manière différente de procéder, la possession est toutefois considérée comme une intrusion et rarement basé sur le respect de l'humain.

Le seul avantage, si j'ose dire, c'est qu'aucun des possédés n'a de souvenir de ce qui peut se passer. Douloureux ou pas, cela dépend du but du fantôme, qui peut être une vengeance ou simplement un moyen d'obtenir ce qu'il ne peut avoir sous sa forme spectrale.

Ce dont je suis sûr c'est que cela est physiquement éprouvant pour le mortel.

Avoir deux âmes à sa charge ne peut qu'affaiblir un corps.

- Vos explications sont particulièrement précises, c'est parfait !

- Puis-je vous demander, sans être indiscret, quel est le motif de vos questions ?

- Je cherche la personne qui a ouvert la Chambre des Secrets.

- Et vous pensez donc que c'est un esprit qui est d'ailleurs tout cela ?

- Exactement.

- Salazar serait déçu de voir son œuvre aussi mal employée.

- Il n'avait certainement pas cela en tête. Il ne pouvait prévoir que sa création tomberait dans d'aussi mauvaise main.

- J'apprécie que vous respectiez son travail.

- Il est un fondateur de Poudlard, peut-être pas le plus aimé en ce moment, mais sans lui l'école n'existerait pas.

- Vous devriez faire partie de ma maison.

- Le Choixpeau magique se gratte encore la tête à ce sujet ironisa Elena.

- Ce cher Godric a laissé lui aussi un héritage particulier en léguant le Choixpeau à l'école.

- Il donne une ligne directrice aux élèves. Le hasard n'est pas un bon fil conducteur.

- La méthode et l'ordre, c'est ce qui a dirigé ma vie, et qui m'a fait défaut le jour de ma mort !

- Une bataille mal préparée ?

- Un maître du destin particulièrement versatile et aléatoire !

- C'est-à-dire ?

- L'amour, ma chère !

- Oh !

- Sans commentaire.

- Nul besoin, effectivement, je comprends…

Le Baron sanglant se retourna, tombant dans la contemplation d'un tableau accroché au-dessus de la cheminée. Une magnifique jeune femme, aux traits doux, au sourire triste y était peinte. Dans sa longue chevelure brillait un somptueux diadème.

Laissant le fantôme à ses souvenirs, à son mirage inaccessible, Elena s'esquiva discrètement.