Chapitre 32 :

Qui te dit que je suis anxieux ?

Elle marchait à côté de lui. Ni l'un ni l'autre ne parlait. Eslie aurait préféré rester couchée aujourd'hui. Mais son devoir d'exorciste l'avait sorti de son lit. Lavi s'était levé également, sans le moindre regard. Tous deux avaient enfilé leurs tenues, et étaient sortis dans le froid de la montagne.

Eslie leva les yeux. Il avait accéléré le pas, et elle ne pouvait à présent que fixer son dos. L'adolescente sentait ce désagréable picotement dans sa main. Elle voulait attraper le cuir noir qui se balançait. Elle voulait lui parler, s'expliquer… Mais qu'est-ce qu'il y avait à dire ? Il n'y avait aucune justification à son comportement de la nuit dernière. Pourtant Karwel voulait entendre le son de sa voix. Le ton rieur de son petit ami lui manquait. Ses bras l'enroulant. Le parfum de ses cheveux. La sérénité de son regard. Ce n'était pas la première fois que cela lui était enlevé. Mais ce manque lui était toujours aussi pénible.

L-Lavi…, murmura-t-elle.

Peut–être le jeune homme se posait-il les mêmes questions. Cet espoir que Lavi n'arrive pas à faire le premier pas lui donna du courage. Telle une flamme qui se ravive en soufflant doucement dessus.

Délicatement, elle tendit la main, et referma les doigts sur le cuir de jais.

Lavi se pétrifia sur place. Il dégluti, puis se tourna. Sans un regard à sa partenaire, il tira sur la main, lui faisant lâcher prise. L'adolescent osa un furtif coup d'œil vers la bouche de Karwel, puis lui tourna le dos. Il refusait de croiser ses prunelles océans. L'ancien bookman se doutait que son comportement devait paraitre froid. Mais il ne se contrôlait pas. C'était trop dur…

Eslie appela de nouveau son nom. Sa gorge se serra. Il laissa échapper un soupir malgré lui et se retourna vers la fille.

Quoi ? fit-il d'un ton plus dur qu'il ne le voulait.

Il vit la flamme d'espoir dans les yeux de l'adolescente s'éteindre. Elle détourna son visage et reprit la marche.

Non, rien.

Lavi posa une main sur l'épaule d'Eslie. Sans s'y attendre il sentit les bras de l'adolescente s'enrouler autour de ses côtes, la tête enfonçait dans son sternum. L'exorciste voulait lui rendre son étreinte. Son cœur en mourrait d'envie. Il se sentait défaillir dans ses bras. Pourtant, quelque chose l'en empêchait.

- Eslie, chuchota le roux en éloignant doucement les épaules de l'adolescente. Je… Je regrette, je ne peux pas…

En quoi tu ne peux pas ? dit-elle en raidissant ses bras sur les côtes du garçon.

Le visage masculin s'assombri. Il ouvrit la bouche, mais il lui fallut quelques secondes pour articuler ses paroles.

Sinon je vais te sauter dessus encore une fois, lâcha-t-il d'un ton froid.

Il repoussa la jeune fille, dont les bras tombèrent le long du corps.

Tu n'es pas forcé de le faire, dit-elle simplement d'un ton tout aussi froid.

Lavi lâcha un rire, puis posa son iris émeraude sur Eslie.

Tu ne comprends pas… Ce n'est pas aussi simple.

En quoi c'est compliqué ? s'irrita l'adolescente. Il suffit de rester le même.

Sauf que je ne veux pas que les choses restent ainsi ! siffla-t-il.

Lavi avait dit cela en haussant le ton. Quelques passants leur lancèrent un coup d'œil, messes basses aux lèvres, tout en poursuivant leur chemin. La petite dame qui tenait le café devant les exorcistes, curieuse, avait même entrouvert la porte pour écouter ce qu'ils disaient.

Le rouquin fixait Eslie. Après avoir cligné plusieurs fois des paupières, désemparée, elle afficha un regard froid. Comme le fond abyssal des océans. Sombre. Karwel se prépara à répondre quelque chose, mais l'ancien bookman ne lui en laissa pas l'occasion.

Je suis désolé Eslie. Mais il en est ainsi. J'ai envie que ça évolue. C'est quelque chose de normal dans un couple ! Pourquoi il faut toujours que l'on en passe par là ?

- Normal…, murmura-t-elle dans un rire moqueur. De quel droit tu te permets de juger de ce qu'y est normal ? Tu trouves que le monde normal ! Et bien je suis désolée, Lavi. Je ne trouve pas cela normal de vivre dans un monde régit par la peur, la mort et la guerre. Tu n'es pas normal ! Tout comme moi, je ne le suis pas ! Ni Allen, ni Yû, ni Timothy, ni Arystar… ! Nous ne sommes pas normal, Lavi… Et je pense que nous ne le seront jamais.

L'adolescente marqua une pause, pensant que le rouquin en profiterait pour réagir. Mais il ne dit rien, la laissant reprendre la parole.

- Je t'aime, Lavi. Tu le sais. Et être avec toi est déjà mon principal bonheur. J'ai plus que je n'en ai rêvé. Mais… Te regarder, te serrer dans mes bras, t'embrasser… J'ai déjà tout le bonheur du monde. Cette relation me suffit amplement, sourit-elle doucement.

Le regard de Lavi n'avait pas changé depuis tout à l'heure. Il continua juste à la fixer. Puis, sa voix résonna telle une gifle sur la joue de l'adolescente.

- Et bien moi, cette relation ne me suffit pas.

Le rouquin tourna les talons. Il avait mal. Il savait que ses paroles blessaient Eslie. Et pourtant, Lavi se sentait quelque part plus léger. Cela lui plaisait-il de la faire souffrir ?

Oui. Oui, cela lui faisait plaisir. Le fait qu'Eslie l'ait rejeté la nuit dernière lui était resté en travers de la gorge. Sa raison lui disait de faire profil bas, qu'Eslie avait besoin de temps. Mais non. Lavi n'y arrivait pas. Il n'arrivait plus à ne penser qu'à elle. Il voulait aussi penser à lui un peu. Qu'Eslie pense à lui, aussi. Elle ne voyait pas jusqu'où il allait pour elle. Ni depuis combien de temps il refoulait ses pulsions.

Parfois, il lui arrivait de vouloir qu'Eslie ne soit pas Eslie. Qu'elle n'ait pas ce passé là. Qu'elle ne soit pas si innocente…

C'en était risible. La fille pure, dans les bras du séducteur.

Pourtant, il l'aimait. Ça, il en était persuadé.

- Lavi !

L'adolescent sentit les mains de Karwel lui attraper le poignet.

- En quoi est-ce mal ? chuchota-t-il suffisamment fort pour qu'elle entende. Qu'est-ce qu'il y a de mal, hein ? Je sais qu'il te faut du temps, je l'ai bien compris. Mais je suis aussi humain, Eslie ! Moi aussi j'ai parfois besoin d'être entendu.

Karwel se mordait les joues. Cela faisait longtemps qu'elle avait compris qu'elle en demandait trop. Elle avait vu, et espérait qu'en lui rendant son amour aussi fort que possible, sa dette envers Lavi était levée. De toute évidence, cela ne suffisait pas à le satisfaire.

Eslie resserra ses mains. Méritait-elle pourtant de telles paroles ? Méritait-elle cette colère, ce regard ? L'adolescente aurait bien voulu lui donner ce qu'il voulait. Mais quelque chose l'en empêchait. Une chose puissante à laquelle, Eslie avait du mal à lutter.

Il la blessait. Et Eslie sentait dans sa voix que le garçon le faisait délibérément. Pensait-il ses mots ? Elle ne le savait pas. Mais les disait-il exprès ? Là elle connaissait la réponse.

- J'entends bien, murmura-t-elle.

Lavi se tourna en sentant la prise lâcher son poignet. Il osa balancer le regard vers la fille. Le roux resta impassible, mais son sang se glaça en retrouvant l'expression de Yû dans ce bleu sombrement rivé sur lui.

- De toute évidence tu as besoin d'assouvir certains besoins. Comme je te l'ai montré hier, je ne veux pas être ton défouloir. Mais vas-y, dit-elle en pointant un bâtiment du doigt. Tu as l'habitude des prostitués. La maison close devrait t'accueillir bras ouverts.

Eslie avait dit cela à voix haute.

Lavi se raidit et sentit le rouge lui monter jusqu'aux oreilles. De toute évidence, il avait tapé fort. Mais Karwel savait cogner encore plus fort. Elle savait que c'était faux, mais pour le blesser, elle était prête à jouer sur tous les terrains.

- Les jeunes de nos jours…

Lavi lança un coup d'œil vers le regroupement de personne, mais ne bougea d'un pouce.

- Et le mariage ! Ils y pensent…

- C'est inadmissible…

- Avoir une conversation pareille en public…

- Il n'y a plus aucun honneur chez les jeunes…

Lavi serra les poings et se retourna vivement.

- LA FERME VOUS ! hurla-t-il avant de se tourner de nouveau vers l'exorciste aux mèches d'argents. Et toi ! Tu sais quoi, Eslie ? Tu me soules !

Le rouquin se tut et leva les yeux en direction de la montagne. Eslie en avait fait de même. Sans réfléchir, les deux exorcistes se précipitèrent vers le jet de lumière violet qui s'était élevé une fraction de seconde dans les airs. Eslie était en tête. Alors qu'elle passa par-dessus un muret délimitant le village, l'adolescente s'empara fermement de son katana. On pouvait presque entendre le rire démoniaque de ces immondes machines de là où ils étaient.

Lavi évita de justesse le tir de l'akuma. De simples niveau deux. Ils en auraient vite fini. Eslie poursuivit son chemin, courant toujours plus vite en entendant la rafale de détonations dans son dos.

- Tu vas arrêter de faire mumuse, bordel ! lança la deuxième machine plus qu'exaspérée, assise sur la branche d'un des arbres. Le Prince nous attend et on en a plus que fini ici !

L'akuma soupira en voyant son partenaire continuer à tirer sans se préoccuper de lui. Il revint bien vite à la réalité en esquivant de justesse le maillet de Lavi, qui fracassa le bois. La machine fixa l'exorciste de ses yeux meurtriers, mais il ne bougea pas. Le Prince avait été précis : Ne vous arrêtez sous aucun prétexte, même pour une Innocence, n'engagez aucun combat, revenez juste à moi.

Un souffle fit comprendre à Lavi et à l'akuma qu'Eslie en avait fini avec l'autre. La machine prit donc la fuite, dévoilant une charge sur son dos. Une cage avec un loup blanc à l'intérieur. Lavi ne le laissa cependant pas faire, et il vola en un écran de fumé. La cage tomba lourdement au sol, et se fracassa. Les exorcistes virent l'animal se dépêtrer comme il put. Son pelage, maculé de sang, montrait que les akumas n'y étaient pas allés de main morte.

- Pourquoi ce n'est toujours pas un tapis de poussière ? se demanda Eslie dans un murmure.

Prudemment l'adolescente avança un pas vers le canin sauvage. Le loup prit les jambes à son cou sans aucune hésitation, obligeant Eslie à partir à sa poursuite sous les contres indications de Lavi. Le borgne fini par courir également, au risque de se retrouver isolé. Lorsqu'il rattrapa Karwel, elle était seule. L'animal devait lui avoir échappé.

- Eslie, grommela le roux alors qu'elle se mit à chercher dans les broussailles.

Les deux adolescents poussèrent un cri en voyant le loup sortir tel un fauve. Lavi, mains moites fermement serrés sur le manche de son arme, chercha à lutter contre sa peur. Si l'animal le sentait, c'était fini. Le garçon observait sa fourrure gonflée, les muscles de ses membres prêts à bondir, ses crocs exhibés dans de furieux grognements.

Le loup feinta une attaque.

- Eslie ! Mais tu es complètement folle ! dit-il en voyant la fille avancer vers l'animal blessé.

Elle ne l'écouta pas, avançant avec retenu mais sans peur. L'adolescente laissa échapper quelques murmures apaisant, mais l'animal continua à grognasser. Elle avança encore un pas. Lavi brandit son maillet alors que l'animal bondit en avant.

L'arme anti-akuma ne toucha pas sa cible. Le maillet, toujours en l'air, avait vu sa trajectoire stoppée. Il fallut quelques secondes à Lavi pour pouvoir de nouveau réfléchir. Il prolongea son regard le long du manche, jusqu'à voir les doigts féminins de Karwel fermement refermés dessus. Il posa ensuite le regard sur l'animal, à juste un mètre de l'adolescente.

Comment ? Comment Karwel avait-elle pu arrêter un maillet de cette taille d'une seule main ? Krory avait déjà réussi un tel exploit avec ses dents… mais ce n'était pas la même chose. La dentition d'Arystar était composée d'Innocence.

- Eslie, souffla-t-il. Comment tu as… ?

- Chut ! coupa-t-elle.

Sentant le maillet reprendre sa taille normale, l'adolescente lâcha le manche. Toute en douceur, elle s'accroupie face au carnivore. L'animal cessa ses râles. Eslie détourna les yeux, et fit signe à Lavi de regarder. Il n'eut pas besoin de se pencher, car la créature sortie d'elle-même à petits pas.

- Un louveteau…

Eslie posa de nouveau son regard sur la louve, dans ses yeux bleus clairs. Les mêmes yeux qu'elle. Un rayon traversa le regard de l'adolescente. La louve se détendit, et leva les oreilles avec étonnement. L'adolescente sourit tristement. Elle tendit la main. La louve tressaillie, puis finalement y effleura son museau.

Lavi regarda la scène, plus perplexe que jamais. Eslie venait de faire quelque chose. Ça il le sentait. L'air autour d'Eslie avait changé. Comme si une partie de son Innocence symbiotique avait été activée. Avait-il raison ?

Un flash lui revint à l'esprit. Il se tenait sur le dos d'une énorme créature. Un pelage. Une odeur. Une impression familière.

Un mouvement devant sa vue lui refit prendre les pieds sur Terre. La louve et le louveteau avaient disparu. Eslie se releva, un objet lumineux en main. Une Innocence à l'état pur.

Eslie s'apprêta à dire quelque chose. Mais elle se ravisa en voyant Lavi la dépasser sans un mot, le visage crispé. L'adolescente fronça les sourcils, et fini par lui emboiter le pas.

Karwel regagna sa chambre, tandis que Lavi, lui, continua de laisser aller ses pas dans les ruelles du village montagnard. Il marcha, et marcha encore. Le roux aurait dû être content de la découverte d'une Innocence. Mais Eslie… Eslie lui revenait toujours en tête. Eslie et ses mystères. Eslie et son mauvais caractère. Eslie et leur dispute.

Le rouquin laissa échapper un gémissement. L'homme qui lui était rentré dedans, s'excusa précipitamment et reprit son chemin à grandes enjambés. Lavi lança un coup d'œil au bâtiment d'où sortait l'homme. Il se mordit la joue et serra le poing. Il resta ainsi sans bouger durant quelques minutes. La voix d'Eslie cognait à ses tempes.

- Et puis merde ! lâcha-t-il en passant l'entrée.

La porte de la Maison close se referma derrière lui.

Ça ne ressemblait pas à ce qu'il s'était imaginé. Lavi se retrouva dans une grande pièce, plutôt sombre, avec des murs décorés de lourds rideaux bordeaux. Le sol était tapissé de motifs rouge et or, et de grands fauteuils vides se tenaient sur les bords de la pièce.

Le rouquin fixa ses pieds, presque honteusement, et s'avança vers le meuble d'accueil. Une femme maigre se tenait derrière, un fume cigarette en jade dans la main. Ses cheveux courts ondulés étaient tenus par un serre-tête, surmonté d'une magnifique plume, et son corps était habillé d'une robe aussi sombre que les draperies de la salle. Elle haussa un sourcil en voyant l'exorciste s'avancer vers elle, et ses lèvres s'étirèrent lorsqu'il toussota en respirant la fumée.

- Voilà bien longtemps que je n'avais pas vu un jeune homme de cet âge entrer dans mon humble bâtisse. Mais que voulez-vous… avec une population vieillissante et le changement des mœurs… Notre métier risque bien de disparaitre ou d'évoluer, dit-elle d'une voix grinçante.

- …

- Et bien mon garçon. Qu'est-ce qui t'amène ici ? demanda la femme alors que le roux continuait à fixer ses pieds. C'est la première fois que tu entres dans un bordel ?

Lavi hocha la tête, et la propriétaire éclata de rire. Un rire qui raidit le garçon. Elle posa ses yeux aussi noirs que la nuit sur lui, l'examinant sans aucune gêne. Un rictus étira sa bouche en surprenant les doigts tremblants du jeune homme.

- … C'est ton choix après tout, dit-elle simplement. Eleonora !

Une femme entra dans la pièce. Elle était belle, désirable dans sa robe mettant en avant ses charmes féminins. Ses longues boucles de miel lui tombaient sur l'épaule, dévoilant son cou. Sa peau était pâle, mais son regard aussi vivant que envoutant.

Lavi se rappela soudain qu'il avait besoin de respirer pour exister.

Il prit la main que lui tendait la jeune femme. Elle l'entraina vers une chambre, dans le même style que l'entrée. Eleonora referma la porte avec douceur, puis se retourna vers l'adolescent. Avec légèreté, elle hotta sa robe, qui tomba au sol, dévoilant son corps magnifiquement sculpté. Elle pouvait entendre la lourde respiration du rouquin.

- Je…, grinça la voix de Lavi. Je ne sais pas vraiment comment on…

La prostitué déposa son index sur les lèvres tremblantes du garçon, et leva ses grands yeux ambrés vers la pupille verte. Sa voix cristalline parvint aux oreilles du jeune homme.

- Tu n'as pas à t'inquiéter de cela. Je le sais parfaitement, sourit-elle. Laisse-toi juste te guider. Il est normal d'être anxieux la première fois.

Lavi sentit les doigts féminins lui hotter sa veste d'exorciste, puis s'introduisirent sous son t-shirt. Tout en le levant, les mains laissaient une agréable sensation sur sa peau. Une fois son torse entièrement dévêtu, Lavi afficha un faux sourire.

- Qui te dit que je suis anxieux ?

Eleonora étira tristement ses lèvres. Elle passa les mains dans la chevelure de feu et retira le bandeau.

- Ce n'est pas ici que tu pourras le nier, murmura-t-elle. Encore moins avec moi. C'est à moi que l'on donne la charge de m'occuper des dépucelages. Et ton comportement ne peut mentir. Et ce, même en affichant ce sourire que je suppose faux.

Le rouquin se sentit de plus en plus désemparé.

- Mais je peux t'en dire plus, continua-t-elle en passant ses ongles sur les bras de Lavi. Tu es anxieux et je le vois, à… tes muscles durs. Ton regard fuyant. Tes mains tremblantes. Ton front perlant de sueur. Ta voix balbutiante.

Elle prit délicatement les mains de l'adolescent et les amena toucher la peau pâle de son cou, de son sternum, de sa poitrine. Comme s'il venait de se brûler avec de huile bouillante, le borgne retira sa main. Eleonora rit.

- Il y a aussi, ton hésitation à me toucher, à regarder mon corps dénudé…

- Je ne suis pas anxieux ! lâcha-t-il avec nervosité, un sourire tremblant trahissant ses paroles. Je ne peux pas être anxieux. Pas moi. Pas pour ça…

Elle le fit taire de nouveau.

- L'acte est bien plus terrifiant que le désire. Tout à l'heure, j'ai deviné à ton regard que tu désires les femmes. Et puis, quel homme ne désire pas la chaleur féminine ? dit-elle d'un ton rhétorique. Toutefois, tu es encore un enfant, si je puis dire.

- Je ne suis pas anxieux ! répéta-t-il.

La femme eut un mouvement de surprise en sentant le garçon s'emparer de ses lèvres.

Lavi sentait son cœur s'emballer, alors qu'Eleonora reprit son rôle. C'est elle qui approfondi le baiser. C'est elle qui se colla à lui. Il dénota la chaire féminine de la femme le réclamer contre son torse, et sa fermeture éclair émettre un bruit coulissant. Le corps entier de Lavi frémit au contact de la sensualité d'Eleonora. Ce n'était pas le même sentiment qu'avec Eslie, mais quelque part la même envie.

La catin le poussa sur le lit, faisant attention à ce qu'il ne se blesse pas. Elle quitta ses lèvres pour parcourir avec érotisme les mamelons durcis du rouquin, tout en l'ôtant de son bas, et ses bottes. Elle intensifia ses suçons en remarquant les mains de son clients agripper les draps.

Lavi sentait ses entrailles brûler. Il fixait le plafond, lèvres serraient. Il n'arrivait pas à penser. Ni à bouger. Le roux avait la désagréable impression qu'on lui avait arraché les cordes vocales. Comme s'il était sous hypnose, il se laissait faire. Il aimait ce que cette femme lui faisait. Pourtant…

Le garçon tressauta en sentant une voluptueuse et insistante caresse. Eleonora s'allongea sur lui, l'empêchant de bouger. L'obligeant à supporter l'éveille de son corps. Il se mordit les lèvres alors que la femme plongea dans son cou, le meurtrissant de langoureux suçons. Lavi laissa malgré lui échapper un soupir de plaisir, alors que la main experte cherchait à grandir son délice.

Eleonora laissa un gémissement traverser ses lèvres lorsque le roux planta ses ongles dans son dos. Elle sentait contre sa joue la peau brûlante du garçon, son souffle roque. Tout en laissant un sourire héberger sa bouche, elle se dégagea de l'étreinte douloureuse de l'adolescent et enleva le dernier bout de tissus, dévoilant le corps gorgé de plaisir du jeune homme. Une fois effectué, elle reprit sa position, jouant encore un peu avec la résistance de sa victime.

Lavi se dégoutait lui-même. Il ne supportait pas de n'entendre que sa voix porter dans la pièce. Il ne supportait pas d'être aussi faible, d'être aussi soumit. Toutefois, son corps avait déjà depuis plusieurs minutes abandonné sa raison. Il ne pouvait plus qu'éprouver, laisser ses sens agirent, tel un animal. Se laisser aller, supporter, jouir de cette délicieuse sensation le parcourant. Il écoutait ses plaintes de bien-être se rapprocher. Lavi sentit Eleonora mettre un terme à son supplice, elle se releva légèrement, s'apprêtant à le déflorer. Il posa son regard fiévreux sur le visage toujours aussi blanc d'Eleonora. Il vit ses traits changer, pour adopter le visage de ses rêves, de celle qui faisait battre son cœur. Il la vit ouvrir la bouche, avec son regard océan toujours aussi envoutant.

- Je t'aime Lavi…

- Arrête !

Le hurlement du rouquin pétrifia la catin quelques secondes. Il s'était relevé, le regard perdu. Sourcils fronçaient, il se dégagea du corps qui le plaquait au matelas. Lavi s'assit sur le rebord sur lit, cachant son visage dans ses mains, retenant les larmes de colère qui demandaient à être libérées.

- Je suis désolé Eleonora…, souffla-t-il. Je… je ne peux pas lui faire ça… même si… je…

La femme glissa hors du lit et attrapa sa robe du bout des doigts afin de se revêtir. Puis telle une mère réconforte son enfant, elle s'agenouilla en face de lui. De sa main délicate, elle releva le menton du rouquin et essuya une larme qui avait réussi à prendre sa liberté. Lavi serra les dents. Il se demandait comment une femme dans cette situation pouvait arborer un visage aussi pur.

- Ce bien ce que je pensais, lui murmura-t-elle sous le regard interrogateur du rouquin. C'est à cause d'une fille.

Une nouvelle vague de dégout frappa le garçon.

- Comme j'ai pu… ? Comment puis-je être quelqu'un d'aussi répugnant ? lâcha-t-il. Ce que je m'apprêtais à faire c'est…

- Tais-toi, souffla-t-elle. La route de la vie sera toujours jonchée d'embuches. Ce n'est pas parce que tu as pris un mauvais chemin, que tu ne peux pas revenir sur tes pas et en emprunter un autre. Du moment que tu ne tombes pas dans la fosse aux serpents, ils ne peuvent t'atteindre. Même si tu y glisses, tu peux te rattraper et éviter leurs crocs emplis du venin du mal. Tu as glissé, certes… mais tes jambes sont encore immaculées.

- Je finirais forcément par lui faire du mal, confia le roux tristement.

Eleonora passa sa main sur la joue humide du jeune homme.

- Il est facile de deviner pourquoi tu es venu nous voir. Mais laisse-moi te dire une chose. Il ne faut pas vivre dans la peur des erreurs. Sinon, tu ne vivras jamais réellement.

- Mais…

- Si elle a refusé ta demande, il faut que tu te dises que c'est qu'il y a quelque chose dernière cela. Je pense que maintenant, il t'ait plus facile de comprendre ses sentiments. La première fois a l'air identique pour l'un comme pour l'autre. Mais beaucoup d'hommes ignorent qu'il faut prendre grand soin que cela soit réussi pour son aimée. Cet acte peut être douloureux, la première fois. Et cela, les femmes le savent. C'est la première chose qu'on leur dit. C'est également pour cela qu'elles doivent être prêtes à le faire…

Lavi soupira.

- Je m'y prends à chaque fois comme un manche avec elle, soupira-t-il.

- C'est la peur de l'inconnu.

Lavi prit les mains d'Eleonora, et lui sourit. Il se rhabilla et elle le raccompagna à l'entrée. La femme maigre était toujours là, à fumer. La catin expliqua la situation, afin que Lavi n'ait rien à régler, puisqu'il n'y avait rien eu. La propriétaire afficha son sourire narquois, et Lavi eut la fâcheuse impression qu'elle savait depuis le début qu'il se défilerait. Lavi salua les deux femmes, et poussa la porte de la maison close, retournant dans le froid de la montagne. L'exorciste sortit son golem d'une de ses poches poche et le ralluma.

- LAVI !

Le rouquin faillit tomber à la renverse.

- O-Oui, Komui !

- Cela fait une demi-heure que je cherche à te joindre. Arystar et Miranda ne vous rejoindront pas finalement. Vous allez tous rentrer à la Congrégation. Eslie m'a appelé et je suis au courant pour l'Innocence. Il est plus qu'important de la mettre en sécurité. Donc, Allen ouvrira l'Arche demain…

- Grand Intendant Komui ! coupa Lavi. Eslie a dû vous le dire, mais on a croisé deux akumas. Est-ce vraiment une bonne idée que de rentrer maintenant ?

- Kanda, Allen, Arystar et Miranda n'ont vu aucun akuma de leur côté. Je pense qu'ils s'agissaient d'akumas isolés. Les tracteurs sont formels. Ils passent leur chemin sans s'arrêter. Il est donc inutile de vous faire perdre votre temps dans un village.

- Mais ! Et si d'autres Innocence… !

- Lavi… les ordres ne sont pas de moi.

Le roux resta silencieux un instant.

- Compris.

- Bien ! s'enjoua le chinois. Et préparez-vous, les festivités vous attendent à votre retour ! Hahaha !

La conversation fut coupée. Komui avait sans doute raccroché. Lavi soupira puis prit le chemin conduisant à l'auberge où il logeait.

Le rouquin resta dressé devant la porte de la chambre. D'après l'aubergiste, Eslie se trouvait à l'intérieur. Sa colère avait beau être passée, il avait peur de ne pouvoir la regarder en face. Il redoutait de se conduire une fois de plus comme un abruti. Il craignait ce qu'elle aurait pu prévoir durant tout ce temps. En laissant Eslie seule face à ses interrogations et ses frayeurs, Lavi se demandait l'expression qu'elle afficherait lorsqu'il franchirait la porte. Mais rien que lui, comment allait-il entrer dans la pièce ? La honte le rongeait encore. La peur aussi…

Il poussa la porte. Eslie était assise sur le lit, son katana entre les mains. Le roux frissonna. Alors qu'Eslie continua à astiquer l'arme pour qu'elle brille davantage, il logea le mur et claqua la porte de la salle d'eau. Lavi se tint debout, poings serraient. Le bruit d'une lame tombant au sol lui arracha un soupir. Il entendit les pas de l'adolescente sur le sol, et le bruit d'une porte s'ouvrir. Ce qui surprit Lavi, ce que ce fut celle de la salle de bain. Karwel entra dans la salle telle une tornade, mais elle s'arrêta dans son dos. Il ne bougea pas.

- Vas-y ! fit-elle.

Le rouquin resta sans bouger. Il sentit alors l'adolescente le retourner avec violence. Il vit ainsi son visage plein de détresse. Mais le garçon ne réagit toujours pas, se contentant de détourner le regard. Eslie le poussa.

- T'as gagné ! insista-t-elle. Vas-y ! Fais-le ! Si faire évoluer notre relation de cette manière me permet de retrouver le garçon que j'aime, alors vas-y !

Lavi la plaqua au mur, la faisant taire d'un baiser, et commença à la dévêtir. La main tremblante d'Eslie s'agrippa à la veste de l'exorciste. Le rouquin brisa l'embrassade et lâcha Eslie. Elle rouvrit les yeux. Lavi se frotta le crâne. Son visage n'avait jamais été aussi colérique. Il échappa un rire jaune avant de frapper le mur carrelé du poing.

- Tu peux me dire ce que tu me fais là ? dit-il sourcils fronçaient. Tu trembles comme une feuille ! Pourquoi me provoques-tu ainsi alors que tu es morte de trouille ?

Eslie sentait les traits de son visage afficher encore cette expression de désespoir. Mais un sentiment de soulagement calma le tressaillement de ses mains. Les paroles de Lavi avaient beau paraitre dures, elles n'en étaient pas moins pleines de bienveillance. Mais il manquait encore quelque chose. Cette flamme d'amour qu'elle pouvait entrevoir dans le vert de son œil.

- Pourquoi ? souffla-t-elle. Mais parce que je t'aime. Parce que je ne veux pas revoir ce garçon méconnaissable. Quitte à souffrir, je préfère que ce soit parce que tu m'aimes, plutôt que parce que je ne t'ai pas donné ce que tu désirais.

- … Tu…

- Alors vas-y ! dit-elle dans un dernier effort.

Les bras protecteurs de Lavi la serrèrent. Eslie connaissait cette étreinte. Elle la lui rendit alors que l'adolescent enfouit sa tête dans son cou.

- Excuse-moi, Eslie. J'ai compris pas mal de chose, et… je ne te forcerais pas à faire ce que tu ne veux pas. J'attendrais que tu sois prête. Mais merci quand même…

Les deux exorcistes se couchèrent tôt. Mais le sommeil ne gagna pas la symbiotique. Eslie se tourna sous les draps, et enroula Lavi de ses bras en se collant amoureusement à lui. Depuis sa discussion avec l'infirmière, elle désirait de plus en plus son partenaire. Ses rêves se transformaient en fantasmes. Elle voulait pouvoir être aussi spontané que Lavi. Mais elle le savait. Elle était différente de lui.

- Lavi, murmura-t-elle. Tu dors ? demanda la fille alors que le roux lâcha un gémissement.

- Plus maintenant, marmonna-t-il le visage à moitié mangé par le coussin. Qu'y a-t-il ?

- Tu sais, ce n'est pas que je n'ai pas envie de le faire… a-au contraire, balbutia-t-elle. Mais, c'est juste de la peur… Laisse-moi juste le temps de me faire à l'idée. Ça ne prendra pas longtemps… je te le promets, dit-elle en collant son front contre le roux.

Karwel entendit Lavi rire, puis se mettre à ronfler. Elle embrassa le cou du jeune homme, puis chercha à s'endormir également.

Tous les exorcistes rentrèrent le même jour à la Congrégation de l'Ombre, où il régnait un désordre monstre. Les scientifiques courraient dans les couloirs, cartons en mains. Lavi fut emmené de force par Bak. Johnny, lui, tira Eslie. Elle le suivit, troublée, jusqu'au bureau du Chef de la section scientifique. Reever l'accueillit à bras ouverts. Il l'installa sur une chaise, en lui demandant de fermer les yeux.

- Mais dites-moi au moins ce qu'il se passe, rit-elle.

- Ferme d'abord les yeux, lui ordonna le scientifique. Johnny ! Va la chercher.

Lorsqu'il lui autorisa, Karwel sortit ses mains de devant sa vue, laissant apparaitre Jill avec une magnifique tenue entre les mains. Une robe pour la soirée qu'organisait la Congrégation. Les deux scientifiques la poussèrent derrière un rideau pour qu'elle l'essai. Lorsqu'elle ressortit, le binoclard affichait un somptueux sourire.

Elle regarda son reflet dans un miroir que Reever et Johnny avaient porté exprès. Il s'agissait d'une grande robe de soirée. Des longs morceaux de voiles clairs lui tombait jusqu'aux pieds. Sur le côté droit, un large pant d'étoffe noir se repliant sur lui-même contrastait. Il était retenu par une ceinture de cuire rattachée en nœud dans son dos, avec de longues et fines chaines en tombant. Ses épaules étaient nues. Le haut de la robe mélangeait les teintes de l'ensemble dans un simple corset.

- Tu avais raison Johnny ! Elle est parfaite.

- Je vais pas y aller comme ça ! rougit l'adolescente.

- Pourquoi pas ? s'étonna l'australien. Il suffit ! rit-il. Cette robe te va à ravir.

Karwel eut beau chercher des excuses, c'est eux qui eurent le dernier mot. Elle eut pour interdiction de se changer, et d'être vu. Le calme retomba peu à peu. Et quelques heures plus tard, le commandant Reever et Johnny passèrent la chercher. Ils avaient revêtu d'élégants costumes blancs. Tous trois se rendirent dans le réfectoire.

Le plafond était couvert d'étoffes candides. Les lampes avaient été remplacées par de magnifiques lustres opalins. Un large buffet s'étendait au fond de la pièce. Dans un coin, un groupe de musiciens étaient déjà en plein travail. Surement s'agissait-il de tracteurs. Chacun avait sa couleur. Les scientifiques arboraient des tailleurs blancs. Les traqueurs, eux, étaient en gris. Les femmes exorcistes portaient de belles robes noires et blanches. Les hommes exorcistes et Corbeaux, eux, des costumes en queue de pie noirs.

Eslie chercha Lavi des yeux, mais c'est Kanda qu'elle vit en premier. Elle le rejoignit avec un large sourire. Lui affichait encore et toujours ce même visage, fermé.

- C'est beau, hein ?

- Tsss… si tu le dis, se contenta-t-il de répondre.

- Tu pourrais faire un effort, bouda-t-elle.

- Tch'… Alors, ce séjour avec Lavi ?

Eslie fixa ses pieds. Elle chercha ses mots, pour finalement dire une phrase qui n'avait ni queue ni tête. L'adolescente cogna gentiment le japonais qui se moquait d'elle.

- Eslie…

- Oui, dit-elle surprise du ton que prenait le kendora.

- Non, rien.

Les deux exorcistes tournèrent la tête vers le nouvel entrant. Ses cheveux de feu contrastaient magnifiquement avec le noir de jais de son costume. Il croisa le regard d'Eslie, et sourit en la voyant. Kanda se leva et se dirigea vers le buffet, laissant le couple. Le rouquin, lui lança un rapide coup d'œil, puis tendit la main vers Eslie.

- Non, non, se contenta-t-elle de dire en rougissant.

Le borgne fit une moue.

- Pas la peine de faire ce regard, sourit-elle en le plantant sur place.

Eslie rejoint le japonais au buffet, et enfourna un chou à la crème dans la bouche.

- Pourquoi tu as refusé ? demanda le jeune homme les yeux toujours rivés sur la nourriture.

- Che veux pas me ridiculicher devant lui…

- Alors tu comptes rester toute la soirée planté là, pendant que Lavi dansera avec Lenalee ?

- Pourquoi tu dis ç… ? commença-t-elle.

Kanda ne leva même pas les yeux.

- Il perd pas son temps, se blasa Eslie.

- … Jalouse ?

- Dis pas n'importe quoi ! souffla-t-elle.

Yû commença à manger. Mais Eslie l'interrompit du regard.

- Dis-moi… Tu ne voudrais pas… ?

- Non.

- Mais j'ai encore rien dis ! pesta-t-elle.

- Rend Lavi jaloux toute seule. Il y a d'autres poires qui peuvent le faire.

- Tu comptes rester toute la soirée planté là ? ironisa-t-elle.

- Oui, répondit-il simplement.

Eslie lâcha un « crétin » et laissa le garçon face au buffet. Kanda fronça les sourcils. Il prit son assiette et alla poser ses fesses dans un coin de la pièce. Combien de temps resta-t-il là ? Il s'en fichait. Kanda se contenta d'avaler les gourmandises qu'il tenait. Du moins, jusqu'à ce qu'il soit interrompu.

- T'aurais pas vu Eslie, par hasard ?

- Pourquoi je saurais où elle est, Baka Usagi !

- Peut-être parce que tu es son meilleur ami, lâcha le roux.

Kanda lâcha un soupire.

- En face…

Lavi leva les yeux vers l'un des couples au milieu de la piste. Link dans un mouvement parfait guidait sa partenaire. Eslie gagnait en assurance à chacun de ses pas, se concentrant pour acquérir les automatismes de la danse.

- Il s'est passé quelque chose durant votre séjour en tête à tête ? demanda le kendora.

- Tu joues les curieux, Yû ?

- … C'est bien ce que je me disais, conclut-il. En bien ou en mal ?

Lavi crispa un sourire. Ce que le japonais pouvait l'énerver lorsqu'il devinait les réponses tout seul.

- La fin est plus heureuse que le début, murmura Lavi.

Kanda se leva en silence. Puis lentement, posa son indéchiffrable attention sur le rouquin.

- Je peux jouer franc jeu avec toi ?

Lavi fronça les sourcils, mais répondit avec sourire.

- Evidement.

- Tu as intérêt à prendre soin d'elle. Sinon, je n'hésiterais pas à l'arracher de tes bras.

Incrédule, Lavi vit le kendora s'éloigner. Il le rattrapa, lui agrippa l'épaule et le retourna brutalement. Lavi le fixa impétueusement.

- Qu'est-ce que tu sous entends ?

- Ce que tu supposes depuis longtemps. Alors protège ce qui t'appartiens. Sinon je m'en emparerais.

Lavi lâcha le garçon, bouche bée. Il laissa Kanda s'éloigner.

- Peut être devrais-tu t'y mettre dès maintenant. On ne sait jamais où sont ses rivaux…

Le rouquin se retint de lui sauter dessus pour lui casser la figure. Il lança un regard haineux au chien de Luberier. Eslie lui souriait. Elle avait beau détester Link, le rouquin voyait bien qu'elle s'y attachait petit à petit. Comme chien et chat. Comme Allen et Yû. Même si elle se prenait une gifle, elle retournait vers lui. Quand à Link, il était si propre sur lui que l'on ignorait totalement l'état sous son plumage.

- Stop, se murmura-t-il. Ne devins pas parano à cause des paroles de Yû. C'est exactement ce qu'il veut.

Il admira encore une fois sa compagne. Ce sourire lui allait bien. Plus le temps passait, plus il l'embellissait. Lavi s'avança timidement sur la piste. Il se plaça derrière l'allemand, et se racla la gorge. Link lui lança un regard. Poliment, il s'inclina devant Eslie, et disposa.

- Il m'énerve, dit-elle avec un sourire crispé.

- Maso, rallia le roux.

L'adolescente feint de ne pas l'entendre. Lavi s'inclina devant elle.

- Je t'interdis de te défiler, piqua-t-il.

Karwel sourit doucement et se laissa entrainer par Lavi. Elle plaça ses bras autour de son cou, tandis que lui, les plaça sur ses hanches. L'adolescent sentit sa partenaire poser sa tête contre lui. Avec hésitation, il se pencha à son oreille.

- Strike, murmura-t-il amoureusement.

Karwel releva ses grands yeux bleus vers le jeune homme. Elle voulut lui dire tellement de choses… que les mots en restèrent bloqués. Elle le serra un peu plus, cachant ses larmes de bonheur. Craignant qu'il ne trouve cela idiot.

- Tu es ce à quoi je tiens le plus, Karwel.

- La-Lavi… je commence à en avoir marre de la foule, rougit-elle. On ne pourrait pas quitter cette pièce.

Lavi avait laissé tomber sa veste en queue de pie. Karwel avait détaché ses cheveux, et essayait tant bien que mal de défaire ce corset qui lui coupait la respiration. L'adolescente demanda de l'aide au rouquin. Il s'approcha de son dos, et desserra les rubans de sa gaine. Alors que le vêtement commença à glisser, la jeune femme attrapa les hanches de Lavi. Lentement, il écarta une mèche brune de son cou et commença à y déposer des tendres baisers. La respiration saccadée de Karwel lui fit ouvrir les yeux.

- Tu es sure de toi, Eslie ? souffla-t-il à son oreille. Je continue ?

Comme pour approuver, l'adolescente passa une main dans les cheveux roux ébouriffés. Lavi reprit sa trainée de bises. Elle perçu les doigts du garçon remonter ses flancs, lui laissant une agréable impression de picotement. Elle se laissa pivoter, et entrainer vers son lit. Lavi l'allongea.

- Je peux juste te demander une chose ? fit-elle tremblante. N'y va pas trop fort…

Il s'empara de ses lèvres, caressant amoureusement la peau de la jeune fille. Puis doucement, il descendit son cou, et traversa la vallée de ses seins. Le garçon continua à la couvrir de baisers. Toute en continuant à descendre, il lui retira le dernier sous-vêtement, puis remonta l'intérieur de sa cuisse. Eslie le sentit remonter, puis prendre sa poitrine en bouche. Elle sentait les extrémités de son corps pourléchés durcir sous les coups de langue du garçon.

Lavi voulait entendre sa voix. Il voulait l'entendre quémander ses caresses. L'adolescent décida donc de s'attaquer plus violement au mamelon. Il en mordit un légèrement, tout en massant l'autre généreusement. Premier soupir. Le rouquin releva la tête vers l'adolescente. Eslie, pivoine, avait tourné son visage, honteuse.

- Hahaha ! Tu n'as pas à te sentir gênée, rigola-t-il.

Elle ne le fixa toujours pas, rougissant toujours plus. L'adolescent reprit sa dégustation, meurtrissant avec délice la chaire de sa petite amie. Très vite, il comprit que Karwel retenait les quelques gémissements de plaisir qu'elle aurait pu échapper. L'idée qu'il puisse l'exalter faisait bouillir Lavi. Toute en continuant d'embrasser la chaire féminine, il abandonna le sein qu'il masser, pour descendre le long du ventre d'Eslie. L'adolescent sentit sa peau frémir sous ses doigts. Son geste était quelque peu inexpérimenté, toutefois cela sembla faire son effet. Les doigts masculins parcoururent les commissures féminines, cherchant l'ivresse de Karwel.

Nouveau gémissement. Plus intense.

Lavi continua ses effleurements, sentant son désir accroître à chaque soupire. Il sentait son être se gorger de désir en sentant le corps féminin se courber. Il lâcha un râle en sentant Eslie l'étreindre, ses mains harponnant ses omoplates.

- Lavi… arrête…

Les doigts de l'adolescent quittèrent l'intimité de la jeune femme. Il embrasse la bouche de Karwel toute en se positionnant devant son aisance. La fille ouvrit les yeux, cherchant l'émeraude fiévreux de Lavi. Il lui sourit, tout en la sondant du regard. Elle déglutit et hocha lentement la tête. Lavi agrippa les draps, alors qu'Eslie le serra comme jamais. Le garçon se logea posément jusqu'à la résistance. Il sentait les mains d'Eslie trembler. Il attendit quelques secondes avant de se retirer légèrement et de donner le premier coup de rein.

Eslie poussa un cri et laissa échapper une larme de douleur en sentant son corps céder. Elle vit Lavi s'arrêter, pétrifié.

- Ça va ? dit-il affolé.

La brûlure s'estompa petite à petit, et elle hocha la tête. Il lui demanda s'il devait arrêter.

- Ça va aller, souffla-t-elle en déposant un baiser sur ses lèvres tremblantes.

Lavi attendit encore quelques secondes, puis répéta son mouvement. Eslie étouffa une nouvelle plainte, tandis que Lavi adopta un rythme régulier. La douleur se changea rapidement en volupté, et Karwel entoura les reins du garçon de ses cuisses. Tous deux soupiraient de plaisir, la jouissance grandissant encore et toujours…

Le point de non-retour ne tarda pas à être atteint.

Le vieil homme stoppa ses pas. Visage fermé, il hésita à tendre l'oreille. Finalement, il s'approcha de la porte, discernant les voix du couple. Il ne fallut pas longtemps à Bookman pour comprendre. Il serra les poings, les aiguilles habillant ses doigts se lubrifiant de sangs. Le vieillard n'en supporta pas davantage. Il tourna les talons, bouillant de déception.