Bêta : Chibigoku2002

Chapitre 37: Compréhension

Dès que la porte du bureau de la directrice fut fermée, Severus ajouta quelques sorts de son cru pour s'assurer que sa conversation avec le professeur Dumbledore reste privée.

Lorsqu'il croisa enfin le regard bleu de son ancien directeur, pour la première fois depuis cet instant où il lui avait jeté le sortilège de mort, Severus eut la gorge serrée.

- Severus, commença le directeur d'une voix calme, j'ai senti que vous ne vous étiez pas ennuyé ces derniers mois ?

Severus eut un geste d'agacement : il n'était pas là pour parler de la pluie et du beau temps, et encore moins de sa vie amoureuse ! Il jeta donc au directeur un regard noir, puis demanda à voix basse :

- Est-ce que vous savez Albus ? Est-ce que vous vous êtes rendu compte de ce qu'était réellement la connexion entre Harry et Voldemort ?

Le directeur soupira longuement, et Severus crut même voir ses yeux s'embuer derrières ses lunettes rondes, mais le directeur tourna la tête trop rapidement dans son portrait pour qu'il puisse entre être sûr. Néanmoins, sa réaction prouvait à Severus que oui, le directeur savait.

- Depuis quand, Albus ? Depuis quand savez-vous ? Reprit-il d'une voix rauque.

Après une longue minute de silence, le professeur Dumbledore répondit à voix basse :

- Depuis les premiers cauchemars d'Harry, très certainement, peut-être ai-je même commencé à me douter de quelque chose dès la première année d'Harry ici, sans vraiment vouloir me l'avouer …

- Cela fait donc deux ans …

- Oui, soupira le vieil homme, deux longues années, avec la peur rétrospective depuis un an de ce qui aurait pu se passer si les boucliers veela n'avaient pas protégé Harry pendant toutes ces années.

Severus laissa passer quelques instants, puis il reprit :

- Que s'est-il passé vraiment au Ministère, Albus, entre Harry et Voldemort à la fin de sa cinquième année ?

- Tom a tenté de prendre possession du corps d'Harry, de son esprit, très certainement de le broyer comme il l'a fait à tant d'autres, mais il s'est heurté à la magie vélane. Et celle-ci est bien trop pleine d'amour pour qu'il puisse le supporter.

- Il n'y a que la magie vélane qui l'a protégé en cet instant, ou la magie du sacrifice de sa mère pouvait-elle encore agir ?

- Hélas, cette magie là a été annihilée lorsque Voldemort a pris le sang d'Harry pour renaître il y a deux ans. Sinon, il ne pourrait pas le toucher, comme il en a été incapable lorsqu'il abritait dans corps de Quirell. Tom le savait, et je pense que c'est pour cela qu'il a tenté de prendre possession d'Harry ce soir-là …

- Mais il est alors tombé devant le fameux pouvoir qu'il ignore, la magie vélane, conclut Severus.

- Ainsi, Harry vous a vraiment tout raconté, commenta le professeur Dumbledore avec un petit sourire triste.

- Ce qui m'inquiète plus, rétorqua Severus, c'est ce qu'il ne va pas nous dire, mais comprendre seul. Merlin, Albus, vous savez très bien qu'il serait capable de se suicider rien que pour éliminer ce morceau d'âme qu'il en lui !

- Il ne le fera pas tant qu'il a d'autres hocruxes à détruire, répondit tranquillement Dumbledore. D'autant plus que j'ai eu de longues heures pour réfléchir à comment forcer ce morceau d'âme à quitter le corps d'Harry sans pour autant lui enlever la vie.

- Alors vous avez intérêt à cracher le morceau, rétorqua froidement Severus. Car nous n'avons pas attendu tout ce temps avec Lucius pour perdre notre compagnon quelques mois après notre union.

Dumbledore lui fit un petit sourire qui fit grimacer Severus, mais l'ancien directeur reprit néanmoins :

- Vous êtes les seuls à pouvoir avoir un plein accès aux pensées d'Harry désormais. Vous savez comme moi, Severus, que par legillimencie, on peut non seulement voir les souvenirs, mais également faire des dégâts dans le cerveau humain. Je pense que vous pourriez, à vous deux, vous coordonner de façon suffisamment habile pour forcer le morceau d'âme à se dévoiler, et à partir de ce moment là, pouvoir l'anéantir de l'intérieur, ou le forcer à sortir du corps d'Harry. Si vous en arrivez là, je pense que vous pourriez temporairement enfermer ce morceau d'âme dans un réceptacle, avant de le détruire plus facilement.

- Albus ! Vous avez une idée de ce qu'il faut faire pour détruire un morceau d'âme ? Vous voulez que je vous rappelle Gringotts et même la bague des Gaunt ?

- Mais mon cher Severus, ce qui a été dangereux à ce moment là, ce n'étaient pas tant les morceaux d'âmes en eux-mêmes que les protections mises en place par Voldemort ! Et au fait, hier soir, quelle était la protection ?

Severus lui jeta un regard noir avant de cracher entre ses dents :

- Un Feudeymon.

- Oh, Merlin, souffla Dumbledore abasourdi. Il n'a pas osé ?

- Croyez-vous que Voldemort s'arrête à ça ? Mais c'est tout de même pure folie ce que vous envisagez là, Albus, nos esprits seront totalement à découvert avec Lucius pendant ce processus …

- Pas tant que cela, mon ami. Le morceau d'âme, si vous ne parvenez pas à le détruire tant qu'il est dans Harry, vous devrez le forcer à sortir. Or, il ne pourra s'accrocher à l'un d'entre vous, et …

- Pourquoi ne pourrait-il pas s'accrocher à l'un de nous, puisqu'il l'a déjà fait sur Harry ? Coupa âprement Severus.

- Parce que vous y serez prêts. Le bébé qu'était Harry à l'époque n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait et n'a pas pu à ce moment empêcher l'âme de Voldemort de passer par la légère blessure qu'il portait à la tête. Vous, vous y serez prêts et je suis certain que vous ne le laisserez pas passer. Et de ce fait, ce morceau d'âme devrait se dissoudre de lui-même, sa magie absorbée par Poudlard.

- Pourquoi n'errerait-il pas en cherchant un réceptacle comme l'a fait Voldemort à partir du trente-et-un octobre mille neuf cent quatre-vingts ?

- Parce que l'immense différence réside dans le fait que Voldemort a un corps à nouveau. Son dernier morceau d'âme ne pouvait se dissoudre à cette époque, car elle était attachée par la magie des horcruxes, dans ce cas précis, le morceau ne pourra rejoindre le corps physique de Voldemort, mais étant donné qu'il y a un corps déjà réceptacle, ce morceau d'âme ne pourra résister et devra se dissoudre s'il ne trouve pas d'autre corps à envahir.

Severus réfléchit un moment, puis demanda à nouveau :

- Le morceau d'âme du journal est-il vraiment détruit en ce cas ? Car à cette époque, Voldemort n'avait pas de corps …

- Ce morceau d'âme a forcément été détruit, pour une bonne raison Severus : le poison de basilic a fait son œuvre. Aussi il n'y avait dans la Chambre des Secrets à ce moment-là que deux humains : Harry et la jeune Ginny Weasley. Il est certain que la jeune Ginny a failli devenir le réceptacle de l'âme de Voldemort, mais Harry ayant plongé le croc de basilic dans le journal, la connexion entre le morceau d'âme et la jeune fille a été rompue. Harry était bien sûr un réceptacle idéal pour le morceau d'âme en perdition et en train de mourir à cause du venin, mais il ne pouvait investir le garçon, puisque ce dernier supportait déjà un morceau d'âme …

Oh, Merlin, pensa Severus. Mais ce garçon était vraiment destiné à devenir un horcruxe de Voldemort !

- Mais, objecta Severus, un morceau d'âme peut survivre et se déplacer puisqu'il a pu investir Quirell !

Un sourire rusé apparût sur le visage de Dumbledore.

- Ah, oui, je sais à quoi vous pensez, Severus. Depuis que vous avez connaissance des horcruxes, vous pensez, comme je l'ai longtemps fait, que ce cher Quirinus avait été investi par le dernier morceau d'âme créé lors de la mort des Potter ? Et bien sincèrement, je ne le pense pas.

- Mais comment pourrait-il en être autrement ? S'insurgea Severus.

- Pour une raison bien simple, mon ami. Peter Pettigrow.

- Que vient faire ce sale rat là-dedans ?

- C'est très simple, mon cher Severus. Le soir même où Peter Pettigrew a échappé à la vindicte de Sirius et de Remus, il a rempli une deuxième prophétie faite par Sybille qui est « Ca se passera ce soir ! Le Seigneur des Ténèbres est là, solitaire, abandonné de ses amis. Pendant douze ans, son serviteur a été enchaîné. Ce soir, avant minuit, le serviteur brisera ses chaînes et ira rejoindre son maître. Avec l'aide de son serviteur, le Seigneur des Ténèbres surgira à nouveau, plus puissant et plus terrible que jamais. Ce soir... avant minuit... le serviteur ira... rejoindre... son maître.. ». Or, vous savez comme moi, que Peter Pettrigrow ne possédait pas de baguette. Et, sans baguette, un transplanage aussi lointain que l'Albanie est inenvisageable.

- Pourtant, Voldemort lui-même l'a affirmé, protesta encore Severus.

- Et cela renforce encore mon idée, affirma le professeur Dumbledore avec force en se levant de sa chaise dans son tableau. Il y a, ou plutôt, il y avait en Albanie quelque chose de précieux pour Voldemort, très certainement un horcruxe. Et savez-vous précisément où est allé Quirinus Quirell l'année précédant l'entrée d'Harry à Poudlard ? En Albanie justement !

- Il aurait trouvé …

- Oui, Severus, je pense que Quirinus a trouvé un horcruxe. Il a été envahi par le morceau d'âme, incapable de se défendre car il n'était guère compétent en boucliers mentaux, reconnaissons-le ! Nous ne saurons certainement jamais quel était l'objet employé par Voldemort, mais les faits sont là !

- Mais pourquoi Voldemort a dit le contraire alors ?

- Mais pour protéger ses horcruxes ! En faisant croire qu'il avait été en Albanie tout ce temps, il éloignait toute suspicion d'un endroit où se trouvait son dernier morceau d'âme, l'ultime créé par le sacrifice de Lily Potter !

- Godric Hollow, souffla Severus. Tout ce temps, il était là-bas ? Mais c'est impossible ! Enfin, des tas de gens sont allés là-bas, il aurait pris pour cible l'un d'eux ! Son morceau d'âme aurait envahi le premier venu !

- C'est ma seule grande interrogation, effectivement, Severus, admit le professeur Dumbledore. Pourquoi ce morceau d'âme là précisément n'a-t-il envahi personne ? Pourquoi avoir attendu Peter Pettigrow ? Pourquoi ne pas avoir envahi Pettigrow mais obligé ce dernier à lui retrouver un corps ? Comment ce dernier a-t-il pu retrouver la baguette de Voldemort ? Ma seule explication, c'est qu'étant le dernier morceau, il ne pouvait pas se comporter comme tous les autres. Il était plus qu'un simple morceau d'âme, il contenait beaucoup plus de conscience que les autres morceaux. Mais en tout état de cause, Peter Pettigrow ne pouvait transplaner ce soir-là jusqu'en Albanie, alors qu'il était parfaitement en mesure de se rendre à Godric Hollow. Est-ce que Tom a préféré attendre encore un moment pour retrouver un corps plutôt que de dépendre du corps d'un autre sorcier ?

- Mais pourquoi Pettigrow est-il retourné là-bas à ce moment-là et pas avant, quand il était chez les Weasley ? Demanda encore Severus.

- Alors là, mon cher Severus, j'ai beau me targuer de connaître la nature humaine, je serai bien en peine de vous répondre. Peut-être était-ce le fait d'avoir revu ses deux amis d'enfance Sirius et Remus ? Avoir vu Harry l'épargner alors qu'il est le responsable de la mort de ses parents ? Revenir simplement sur le lieu de ce qu'il considère très certainement comme son triomphe, le lieu qui lui a valu toute la confiance de son Maître ? Les hypothèses sont nombreuses …

Severus médita pendant plusieurs minutes en silence, puis reprit :

- Si je récapitule, vous avez compté sept … Tenez, d'ailleurs, pourquoi sept ?

- Parce c'est le nombre magique par excellence, Severus. Au delà, Voldemort n'aurait pas survécu, son âme aurait été trop fragmentée. Mais sa confiance en lui était telle, qu'il a certainement été au maximum de ce qu'il pouvait. Mais nous ne devons pas compter Harry, car il n'est pas le réceptacle d'un morceau d'âme créé par le rituel des horcruxe, mais le pur produit d'un accident.

- Albus, soupira Severus. Est-ce que vous avez une petite idée de combien j'en ai marre que ce gosse ne fasse rien comme les autres ?

- Mon cher Severus, c'est tout de même cette manie qui l'a emmené en vie jusqu'ici, alors je serai vous, je ne m'en plaindrai pas trop. Je doute franchement que Lucius Malefoy aurait survécu à la disparition de son deuxième compagnon voilà seize ans aujourd'hui !

Severus lui jeta un nouveau regard noir mais ne répliqua rien. Après quelques instants, il reprit le fil de sa première idée :

- Nous disions donc, sept morceaux d'âme, plus Harry. Si nous enlevons dans l'ordre : Quirell selon vous, le journal, la bague des Gaunt, la coupe de Poufsouffle et le médaillon de Serpentard, il ne nous resterait qu'un seul horcruxe avant de pouvoir nous attaquer à Voldemort ? Pouvons-nous également conserver le morceau qui est en Harry et s'en occuper après ?

- Sincèrement, malheureusement je ne le pense pas, répondit Dumbledore en se rembrunissant. Si le morceau d'âme reste ancré en Harry, au moment où Voldemort mourra, ou du moins où son corps mourra, s'il reste un morceau d'âme en Harry, les deux morceaux risquent de vouloir se rattacher l'un à l'autre. Et là, je ne suis pas sûr que les boucliers vélanes tiennent le coup ! Sans compter que cela ne remplirait pas tout à fait les conditions de la prophétie, puisqu'Harry seul ne peut pas se défaire du morceau d'âme qu'il porte en lui …

- Donc, un horcruxe, Harry, puis Voldemort ?

- C'est ce qui semble le plus logique …

- Donc un objet ayant appartenu à Gryffondor ou à Serdaigle …

- C'est probable, vu la vanité de Tom. Aurait-il pu accéder à l'épée de Gryffondor, je ne le pense pas, mais existe-t-il un autre objet ayant appartenu au fondateur dont je n'aurai pas eu connaissance ?

- Et Serdaigle ? Avez-vous des idées, Albus ?

- Hélas, mon cher ami, si j'en avais eu, croyez bien que j'en aurai fait part de mon vivant à Harry ! Non, vraiment, tout ce que je savais, hormis sur lui-même, je le lui ai dit.

Severus le regarda encore un long moment puis reprit à mi-voix :

- Vous nous avez donc laissé le sale boulot ?

Dumbledore eut la bonne grâce de paraître gêné, mais il répondit d'une voix douce à Severus :

- Comment aurai-je pu poser encore cela de plus sur ses épaules, Severus ? Ginny Weasley ne lui portait pas suffisamment d'amour pour l'épauler de façon durable. Je ne pouvais pas non plus lui dire à ce moment là qu'il était lié à vous deux, je ne pouvais pas faire ça sans qu'il commence à être apprivoisé par la magie de Lucius Malefoy. Je ne …

- Et sortir Lucius de prison, vous y avez songé ? Coupa sèchement Severus.

- Oui. Dès que j'ai su, j'y ai pensé, affirma Dumbledore sans détour. Malheureusement, vous savez que je n'étais pas dans les petits papiers de Rufus. J'avais fait emprisonné moi-même M. Malefoy deux mois auparavant, quelle raison aurai-je eu de le faire sortir ? Aurai-je du dévoiler sa nature, votre relation ? C'était impossible, vous le saviez, sinon vous l'auriez payé de votre vie à cause du serment inviolable auquel vous avait contraint Mme Malefoy. Si je l'avais fait, non seulement nous vous aurions perdu, M. Malefoy et vous, mais je n'étais pas sûr de ne pas perdre Drago Malefoy également, et dans ce cas, je condamnais Harry et Remus à une vie sans amour totalement vrai ?

Severus serra les dents. Que pouvait-il répondre devant la justesse de ce raisonnement ? C'était ça le plus agaçant en fait !

- Et maintenant, vous me laissez le choix entre tout avouer à Harry ou vivre en lui mentant ?

Dumbledore ne répondit pas à cette question, bien trop conscient du terrible choix qui s'offrait à son ancien élève.

Severus chassa temporairement cette idée de sa tête, puis demanda sur un ton assez ironique :

- Pourquoi donc avoir dit la vérité à Minerva ?

- Parce qu'elle vous connaît trop bien Severus, avoua Dumbledore. Parce qu'elle a remarqué, bien que vous ayez pris un grand soin pour les camoufler, tous ces petits tics qui sont l'apanage d'une personne. Et qu'elle s'apprêtait, ni plus ni moins, à faire appel à un bataillon d'aurors, trop mortifiée d'avoir fait entrer le loup dans la bergerie. Je dois cependant avouer, ajouta-t-il d'un ton rêveur, que sa mine lorsque je lui ai appris l'identité de Steve Donson, ainsi que les véritables liens entre vous reste l'un de mes meilleurs souvenirs, y compris de ceux de mon vivant …

Severus lui jeta un regard exaspéré, mais ne répondit encore une fois rien.

- Je dois même dire qu'elle était assez horrifiée au départ, puis qu'elle a réalisé toute l'ironie de la situation de vous avoir confié la maison Gryffondor.

- Moi aussi, j'avais trouvé ça très ironique, grinça Severus. Merlin, j'ai le pire de ses représentants dans mon lit, et en plus il faut que je tienne toute la maison !

- Vous n'avez pas l'air de trop vous plaindre de la proximité d'Harry, susurra Dumbledore avec détachement.

- Qui suis-je pour aller contre la magie vélane ? Rétorqua Severus avec mauvaise foi. Albus, vous êtes conscient qu'Harry nous fera mourir d'une crise cardiaque avec Lucius ?

- Je suis surtout conscient que sa présence va enfin obliger M. Malefoy à jeter toutes ses forces dans la guerre contre Voldemort. Et compte tenu de vos talents, de votre savoir, de votre puissance, ça n'est pas un atout négligeable !

- Vous ne cherchez que cela depuis plus de vingt ans, hein ? Tout ce que vous pouvez amener de votre côté contre Voldemort. Déclara Severus avec ressentiment.

Dumbledore se fit un instant songeur, puis reprit, tout pétillement dans les yeux envolé :

- Malheureusement, Severus, la guerre ne peut se gagner en ne comptant que sur les sentiments. Et oui, un peu de manipulation est forcément inévitable.

- Me faire l'espion de Voldemort, et risquer ma vie à chaque réunion ?

- C'était une décision cruelle à votre encontre Severus, mais vous seul aviez la capacité de le faire. Je vous ai fourni toutes les armes que j'avais en ma possession pour garantir votre sécurité.

- Et pourquoi continuer à envoyer Harry chez sa tante alors même que la protection du sang était obsolète ? En sachant qu'il y était moins bien traité qu'un elfe de maison ?

- Parce que les protections que j'avais mises là-bas le protégeaient encore des mangemorts, Severus. La maison leur était inaccessible tant qu'Harry et sa tante vivaient là-bas. Oui, Voldemort ne craignait plus le contact direct avec Harry, mais il n'existait pas de maison plus sûre pour lui que Privet Drive ou Poudlard. Il faut bien que vous soyez conscient qu'à chaque fois que j'ai laissé Harry sortir des murs de Privet Drive, j'ai pris un risque pour lui, Severus. Le Terrier, la Coupe du Monde, et même Square Grimmaurd, tout était plus risqué pour lui que Privet Drive.

- Enfin Harry a pu tout de même sortir pour aller à l'école, même petit, s'insurgea Severus.

- Et à chaque fois qu'il l'a fait, si un mangemort était passé par là, il aurait pu s'en prendre à lui. Je ne vous laisserai pas sous-estimer les efforts que j'ai fait pour lui organiser une vie aussi normale que possible, avec le moins de contraintes possible ! Certes, sa tante s'est révélée nettement moins aimante que sa mère, et l'a certainement beaucoup moins bien traité que je ne l'avais espéré, mais je ne regrette pas de l'avoir fait élevé par des moldus Severus. Cette éducation lui a donné une certaine compréhension de Tom Jedusor qu'une éducation choyée chez les sorciers n'aurait pas fait !

- Et en quoi cette compréhension va l'aider à le tuer, Albus ? Lui qui n'est pas capable de lancer un impardonnable ? Demanda Severus avec une certaine colère.

Les yeux de Dumbledore pétillèrent avec une malice que Severus ne put que qualifier de malsaine.

- C'est la toute dernière chose que j'ai pu mettre en place, murmura Dumbledore avec un petit rictus. Voyez-vous …

….

Lorsque Severus sortit du bureau d'Albus, il était hébété. Le plan tordu de Dumbledore n'aurait jamais pu germer dans son propre esprit, c'était trop … fou …


Lorsqu'Harry ne vit pas Severus et Lucius prendre leur place pour le déjeuner, il ne s'inquiéta pas outre mesure. Tout d'abord parce qu'il était trop fatigué pour le faire, ensuite parce qu'il se doutait qu'après la discussion avec Dumbledore, Severus aurait besoin de parler à Lucius.

En revanche, il fut étonné, comme toute la Grande Salle, de constater qu'un hibou déposait devant la directrice une missive, alors qu'on était en pleine journée et que l'heure du courrier était passée depuis longtemps.

Et lorsqu'il vit l'expression de son visage, puis son rapide regard vers lui bien qu'elle eut immédiatement tourné les yeux, il sut que cette missive le concernait directement. Et il sentit un poids sur son estomac lorsqu'elle passa la lettre à Remus.

Ce dernier s'en empara et lut vivement :

Minerva

Le ministère est tombé. Ils ont assassiné Rufus, même si ce dernier ne sera déclaré mort que ce soir. Les premiers ordres tombent et ils concernent tous Poudlard : recensement des élèves, test des baguettes magiques, et remaniement du corps professoral.

Remus doit quitter le château au plus vite, mais il est censé être remplacé par Carrow.

Mettez Harry en sécurité.

K.S.

Remus frissonna violemment en imaginant Amycus Carrow en train d'enseigner sa matière. De toute façon, il était effectivement inenvisageable que Carrow s'approche à moins de cent mètres d'Harry ! Il regarda Minerva gravement et dit à mi-voix :

- Allons trouver Steven et Andrew. Nous avons des décisions à prendre !

Et Harry sentit le poids s'alourdir dans son ventre en voyant Remus et la directrice quitter précipitamment la table des professeurs. Il regarda Hermione et Ron : la première mordillait nerveusement une mèche de cheveux, et le deuxième tenait une fourchette pleine à sa main sans la porter à sa bouche. Il sursauta presque lorsqu'il entendit la voix grave de Neville :

- Tu te souviens ce qu'à dit Prince, Harry ? Ensemble, nous sommes plus forts …

Harry vit également Hermione serrer brutalement les dents, puis bondir de la table et se diriger rapidement vers Luna. Elle lui chuchota quelques mots à son oreille et les deux jeunes filles sortirent en courant de la Grande Salle.

Quelques minutes plus tard, il vit Severus et Lucius entrer au pas de course et se diriger vers eux, suivis de près par la directrice et Remus :

- On part, Harry, lança brutalement Lucius. Voldemort tient le ministère et Poudlard est son prochain objectif.

Des hoquets d'horreur se firent entendre au fur et à mesure où la nouvelle se répandait comme une traînée de poudre dans la Grande Salle. Drago était déjà sur ses pieds et Ron le fixait du regard. Il se leva à son tour, mais très lentement, réfléchissant intensément. Voldemort était très certainement avide de lui mettre la main dessus, mais peut-être pas seulement. Poudlard avait été sa maison comme elle avait été celle d'Harry pendant toutes ses années d'études. Il était même revenu au château pour y briguer un poste d'enseignant … Jusqu'à présent, Voldemort avait placé ses horcruxes dans des lieux significatifs : dans les trois grandes lignées de sang-pur acquis à sa cause, dans la maison de sa mère, dans la cave où il allait tous les ans avec l'orphelinat …

Soudain, Harry acquit une certitude : le dernier horcruxe qu'il cherchait était à Poudlard. Il ne devait pas laisser Voldemort remettre un pied à Poudlard. Il fixa donc Lucius du regard et hocha la tête négativement.

- Je ne te demande pas ton avis, gronda Lucius.

- Je ne quitterai pas Poudlard, contra fermement Harry.

- Et pour quelle lubie ? Demanda Severus froidement.

- Parce qu'il y en a un ici, c'est certain !

- Comment peux-tu en être sûr ?

- Quelle plus belle preuve d'arrogance pour Voldemort que d'en placer un ici, au nez et à la barbe de Dumbledore ?

- Nous reviendrons, pressa Lucius, quand nous saurons vraiment où il est …

- Non, contra encore Harry. Nous attendons qu'Hermione revienne avec Luna.

- Que vient faire Miss Lovegood là dedans ? Gronda Severus.

- Elle est de Serdaigle …

Severus mit la main sur le bras de Lucius pour l'empêcher de protester. Malheureusement, Harry pouvait avoir raison. Il pouvait y avoir un horcruxe ici, et qui mieux qu'un élève de Serdaigle pour tenter de demander dans sa maison ?

Pendant qu'ils conversaient, tous les yeux de l'école étaient rivés sur eux. Depuis quand Harry pouvait-il parler aussi librement à ses deux professeurs, même s'il s'agissait du père de son veela ? Et depuis quand le dit veela ne réagissait pas ?

Lucius finit par prendre conscience des regards qui s'appesantissaient sur eux et murmura entre ses dents :

- Pas ici, Harry. Allons au moins dans mon bureau …

A cet instant précis, Rusard entra en courant dans la Grande Salle et se précipita vers le professeur McGonagall :

- Professeur McGonagall ! Professeur McGonagall ! Dolorès Ombrage est arrivée, avec Amycus Carrow. Ils demandent à vous voir de toute urgence !

Le professeur McGonagall sembla accuser le coup, et elle dit d'une voix blanche :

- Emmenez-les dans mon bureau, Rusard. Et surtout, qu'ils ne voient aucun élève …

- Il faut les neutraliser, dit froidement Harry. Ca sera toujours deux de moins !

- Tu te fiches de moi ? S'exclama Lucius. On ne va pas commencer à …

- Neutraliser les envoyés de Voldemort ? Coupa Harry. Bien sûr que si. Ca fera toujours ça de moins lors du combat final entre lui et moi. Si Hermione a quelque chose, c'est le début de la fin, Lucius. J'arrêterai de jouer au chat et à la souris avec lui …

- Il en restera encore un autre à trouver, intervint Severus.

- Tu sais très bien que non, commenta Harry d'une voix sans timbre. Tu sais parfaitement où est le dernier, et moi aussi.

- Alors il restera de toute façon à le neutraliser, s'obstina Severus. Et on ne va pas faire ça comme ça, d'un claquement de doigt !

Harry eut un petit sourire triste.

- Je ne crois pas que cela dépende de nous, n'est ce pas ?

- C'est là où tu te trompes, déclara Severus avec force.

Et il fit ce qui était impensable aux yeux de l'école : il empoigna le menton d'Harry dans sa main pour le forcer à se rapprocher de lui et l'embrassa brutalement sur les lèvres.

- Il n'est pas question que nous te perdions maintenant, scanda-t-il à mi-voix contre ses lèvres, faisant fi des réactions diverses des élèves et des professeurs.

Lucius ferma brièvement les yeux, avant des les rouvrir et de soupirer : parfois Severus pouvait être vraiment impulsif ! Il couva un instant du regard Severus et Harry qui s'affrontaient silencieusement avant de jeter un œil vers l'ensemble du corps professoral : la directrice et Remus affichaient des mines interrogatrices, et le reste des professeurs semblaient choqués.

- Les apparences sont parfois trompeuses, dit-il sèchement. Mon fils n'est pas lié à Harry, c'est moi qui le suis.

- Vous ajoutez le mensonge flagrant à l'hypocrisie, siffla le professeur Flitwick outré.

- Je ne mens pas, contra simplement Lucius. Harry, s'il te plait ?

Harry sembla un instant perdu, puis il se rendit également compte de la situation.

- Qu'est-ce que je suis censé dire ? Finit-il par demander car il n'avait pas suivi l'échange entre Lucius et le professeur Flitwick.

- A qui tu es réellement lié.

Harry eut un léger sourire, puis ancra à nouveau ses yeux dans ceux de Severus.

- A toi, bien sûr, ainsi qu'à Severus.

Des hoquets de stupeur se firent à nouveau entendre, mais lorsque les élèves les plus incrédules regardèrent le visage lisse de Drago, ils ne purent qu'admettre. Ils avaient été bernés pendant deux mois pleins par les deux professeurs et leurs deux camarades. Harry bénit cependant temporairement le sort toujours actif de Severus qui transformait tous ses Severus en Andrew ...

- Mais, hoqueta le professeur Chourave, pourquoi cette mascarade ?

- D'autant qu'on n'a jamais entendu parler d'un veela avec deux compagnons, à moins évidemment que cette histoire soit également un beau mensonge pour camoufler vos tendances perverses ! S'échauffa le professeur Flitwick.

- Calmez-vous Fillius, ordonna le professeur McGonagall. Le professeur Donson est effectivement un veela, et il a effectivement deux compagnons. Le professeur Dumbledore le savait et il savait également pourquoi il fallait garder ce secret le plus longtemps possible ! Ceci dit, je ne pensais pas que ce soit vous, Andrew Prince, qui vendiez ce secret, en pleine Grande Salle, qui plus est.

- De toute façon c'était une question d'heures, intervint Harry. Voldemort veut que Poudlard tombe au plus vite. Il ne prend même pas la peine de s'en cacher, il veut mettre la main sur moi au plus tôt.

- Alors livrons-le, hurla une voix dans leur dos. On sera enfin débarrassé de Potter ! L'école pourra respirer !

Les visages de Lucius et de Severus se durcirent en entendant cette voix. Oh, elle était légèrement plus jeune que celle qu'ils connaissaient, mais ses accents étaient facilement identifiables. Mais avant qu'ils ne puissent ouvrir la bouche, Ron intervint :

- Tu n'as qu'à venir le chercher toi-même, Zabini ! Peut-être que ton maître récompensera le bon chien-chien que tu es ?

- Ca suffit ! Tempêta le professeur McGonagall. Rendez vous tous à vos salles communes ! Exécution ! Les préfets, veillez à ce que tout le monde y soit dans les plus brefs délais ! Les cours sont annulés pour la journée. Ceux qui ne s'exécuteront pas immédiatement auront un mois de retenue avec Rusard.

Un grand brouhaha se fit entendre dans la Grande salle, mais les élèves commencèrent à se diriger vers les portes. Une seule exception se fit : les septièmes années Gryffondor resserrèrent les rangs autour d'Harry, totalement perdus vu ce qu'ils venaient de voir, mais les cours de duel avaient porté leurs fruits. Ils le pressentaient, leur place était auprès d'Harry. Pourquoi ce dernier leur avait menti ? Ils ne le savaient pas, ils savaient juste qu'Harry ne leur avait jamais menti pour des raisons futiles. C'était eux qui avaient parfois refusé de le croire, à tort, ils n'avaient pas la moindre intention de recommencer.

Harry ne regarda pas Lucius et Severus pendant que le vide se faisait et que le calme revenait, mais il interrogea plutôt Hermione du regard. Ses yeux brillants d'excitation, ses mains qui se serraient et se desserraient en rythme, tout concourrait à lui faire croire que son amie avait avancé.

- Combien de temps avons-nous ? Finit-il par dire en regardant le professeur McGonagall.

- M. Potter, qu'avez-vous vraiment en tête ? Contra celle-ci les lèvres pincées.

- Voldemort pense m'avoir sur un plateau, répondit simplement Harry. C'est plutôt moi qui vais l'attendre de pied ferme.

- L'Ordre peut être là en quelques minutes, Minerva, ajouta Remus. Je suis sûr que Kingsley et les aurors sûrs sont déjà en route. Les Weasley sont là également en partie, ce ne sera pas long de faire venir les autres.

- Vous n'envisagez tout de même pas de …

Le professeur McGonagall ne put terminer sa phrase mais Harry le fit pour elle :

- De nous battre ici ? Si professeur. Cet après-midi, ce soir ou cette nuit, ce sera lui ou moi.