Pdv : Jennifer
Dans une sorte d'accord tacite, nous ne révélâmes rien de la soirée précédente à nos amis. Je fus bien entendu harcelé de questions par Lily et Alice qui avait été mise au courant de la situation par la rousse. Je devais cependant avouer que j'aurais fait pareil à leur place, surtout vu qu'ils nous avaient réveillés le lendemain matin alors que nous dormions dans les bras de l'autre.
Par ailleurs, notre petit rituel à moi et Remus était devenu une habitude. Le soir quand tout le monde dormait, j'allais le retrouver dans la salle commune et on passait un moment à deux, tout simplement. Parfois, nous passions des heures à discuter de tout et de rien avant de sombrer dans le sommeil. D'autres fois, je poursuivais mes leçons de danse avec lui. Et de temps en temps, il me faisait douter de ce pour quoi j'avais instauré des limites en me donnant un petit aperçu du paradis.
Remus était incroyable, il mettait un point d'honneur à respecter scrupuleusement toutes les limites que je lui imposais sans même savoir pourquoi je le lui interdisais. Il était prévenant, tendre et ne se laissait jamais aller avant que je n'aie fait le premier pas, comme s'il attendait mon accord. Cependant, si moi je donnais le signal de départ, c'était lui qui avait le dernier mot. Il arrêtait toujours avant que nous n'allions trop loin, bien que je sentais que cela lui coûtait.
Chaque nuit, je finissais donc par m'endormir contre lui sur le grand canapé près du feu et chaque matin nos amis passaient nous réveiller et nous repartions chacun de notre côté comme si de rien n'était avec la conviction de recommencer la nuit tombée.
Notre petit manège dura un moment avant qu'Alice entraîne les maraudeurs et Lily dans son plan et ne nous oblige du même coup, sous la pression conjointe de tous nos amis à modifier légèrement nos habitudes. Ce soir, j'allais retrouver Remus dans la salle sur demande.
Je passai une cape sur mes épaules et sortie de ma chambre sur la pointe des pieds. Je longeai les couloirs sombres de l'école et finis par arrivée au lieu de rendez-vous. Malgré la cape j'étais frigorifié et c'est avec bonheur et appréhension que j'entrai dans la petite pièce invoquée par mon ami. L'endroit était une copie parfaite, en version réduite, de la salle commune des rouges et or à quelques exceptions près… Certains motifs sur la cheminée, les cadres au mur, la couleur du plancher, mais le plus frappant c'était l'apparition d'un lit dans ce lieu si familier.
Je déposai ma cape et m'approchai de la forme assise sur le canapé. Il se retourna instantanément, averti de ma présence par le bruit de mes pas, et son visage s'orna d'un grand sourire.
-Bonsoir, dis-je en me pelotonnant contre lui avec la ferme intention de lui voler sa chaleur.
Il étouffa un rire face à mon attitude devinant mes intentions, puis il me rendit mon bonsoir et me couvrit de ses bras. Lorsque je fus enfin réchauffée, je relevai la tête et l'observai à la dérober comme un petit animal curieux.
J'aimais tellement tout chez lui. Son odeur, ses cheveux dorés, la ligne de son nez, le carré de sa mâchoire, l'or si délicat de ses pupilles, la si délicieuse courbe de ses lèvres…
-Quelque chose ne va pas? me questionna-t-il.
J'aimais le petit pli sur son front et le froncement de ses sourcils lorsqu'il s'inquiétait, son regard brûlant qui me transperçait le cœur lorsqu'il posait les yeux sur moi, le son de sa voix…
-Jenn…?
La manière qu'il avait de prononcer mon nom, l'étreinte de ses bras, sa chaleur, sa présence si rassurante…
Je déposai mes lèvres sur les siennes. Ce soir, je n'avais pas envie de parler, je ne voulais pas réfléchir, je voulais profiter…
Pdv : Remus
Jennifer m'avait purement et simplement fait taire sans dire un mot et maintenant nous étions affalés sur le plancher occupé à parcourir l'autre le cœur battant à tout rompre et le corps en feu. J'étais comme déconnecté de la réalité. Il n'y avait plus que Jennifer dans mon esprit. Mes lèvres quittèrent la peau si douce de son cou pour revenir vers les siennes, comme affamées de baisers. Ses mains avaient déjà fait disparaître mon chandail sans que je ne m'en aperçoive et parcouraient maintenant mon dos en me faisant frémir.
Putain… Faut vraiment qu'on arrête… Ou bien que je trouve un moyen de contourner cette foutue limite!
La table de chevet, beaucoup trop dans le chemin à mon avis, alla percuter le mur et se brisa lorsque je la repoussai d'une main.
-Jenn, je… viens de… détruire la table basse…
-Humm…
Sa bouche parcourait mon torse, y déposant des myriades de petits baisers. Je m'étais relevé sur mes bras, mais j'y renonçai tellement je tremblais à chaque fois qu'elle apposait ses lèvres sur ma peau. N'y tenant plus, je la pris dans mes bras sans arrêter de l'embrasser et l'amenai sur le lit.
Au moins comme ça je vais arrêter de détruire le mobilier…
Cette fille me rendait fou. Elle était tout à fait consentante, mais m'imposait une putain de limite.
Argh! Pourquoi je n'ai pas le droit de l'avoir rien qu'à moi…. Pas en bas de la ceinture… la ceinture hein?
Je laissai mes mains courir sur ses jambes remontant doucement sur ses cuisses, haut très haut jusqu'à atteindre la bordure des shorts qui lui servait de pyjama et arrêtai d'un coup sec.
-Re'm, geignit Jennifer frustrée.
-À ce que je sache, je suis en bas de la ceinture là.
-Ok, changement de règle : tant que je garde mes shorts on est correct.
Mes mains remontèrent sur ses hanches franchissant la ligne de tissu, puis redescendirent sur ses fesses. Je la rapprochai encore plus de moi. Jusqu'à sentir ses seins se plaquer sur mon torse et son corps suivre le mien. Mes mains s'insinuèrent sous son chandail créant des arabesques sur sa peau si douce. De longs frissons coururent sur sa peau et Jennifer relâcha sa prise sur mes cheveux.
Le feu dans mes veines me brulait de l'intérieur et mon esprit était comme embrumé. Je n'arrivai plus à réfléchir. Je fis passer le chandail de mon amie par-dessus sa tête et la contemplai un moment avant de céder à mes envies. Je la plaquai sur le lit et fis courir ma langue sur son ventre descendant jusqu'à cette foute limite qui attisait encore plus mon désir avant de remonter vers sa bouche, mordillant ses lèvres si délicieuses et son cou où de jolies marques finirent par apparaître face à mon insistance.
Mettant un terme à ma torture, j'accédais à la demande persistante de Jennifer et ma bouche vint se joindre à la sienne. Nos langues se mêlaient, mon corps était écrasé contre le sien et mon désir presque douloureusement enfermé dans mes Jeans se rappelait constamment à moi, m'envoyant des éclairs de plaisirs dans tout le corps.
Aux gémissements de Jennifer se mêlait maintenant les miens, plus rauques alors que nos corps bougeaient doucement l'un contre l'autre. Ses mains s'énervaient contre ma ceinture, refusant de l'ouvrir d'un côté et de l'autre, incapable de s'empêcher d'arrêter.
Arrêter… Je dois….
Décidant de sauter une étape, ses mains descendirent sur mes cuisses m'arrachant un autre gémissement et faisant sauter les barrières de mon esprit. Mes baisers devinrent incontrôlés et mon souffle se dérégla alors que je m'acharnais contre la limite. Mes mains s'infiltrèrent en dessous caressant ses fesses avec envie et je finis même par déchirer une partie du tissu.
Elle ne t'arrêtera pas Remus…
Cette fois, ma ceinture ne résista pas bien longtemps. Même Jennifer semblait avoir perdu toute retenue. Elle tremblait de tout son corps et haletait sans relâche. Doucement, elle effleura la bosse qui déformait mes pantalons.
Tout l'air s'échappa d'un coup de mes poumons alors que mon corps entier semblait avoir explosé.
Elle fera ce que tu veux Remus, mais elle ne sera pas à toi…
-Jenn, dis-je d'une voix rauque. Je ne peux pas… Pas comme ça.
-Je sais, mais j'ai tellement envie de toi.
-Alors explique-moi… Je te veux, à moi, entière et pas partiellement, pas comme ça avec cette putain de limite.
Je serrai le bout de tissu si fort que les coutures cédèrent et que les déchirures s'agrandirent.
-Je ne peux pas Remus, c'est trop dangereux.
Je grognai de frustration passant ma rage sur cette foutue bordure de tissu blanc.
-Je me fou du danger Jenn, j'ai besoin de savoir, j'ai besoin de toi…
-Non, je ne peux pas…
Je passai mes mains et ma joue sur son corps une dernière fois espérant la faire changer d'avis. Mais elle s'éloigna, consciente de son effet sur moi.
-D'accord. Acceptai-je simplement.
Je me relevai et me dirigeai vers une porte au fond de la salle qui venait d'apparaître. J'avais besoin d'une bonne douche froide. Lorsque je revins après m'être douché et changé, Jennifer s'était glissée sous les couvertures et dormait. Son sommeil était agité et son visage était contracté par la peur.
Je m'approchai doucement, me glissai sous les couvertures et après l'avoir entouré de mes bras, je sombrai dans le sommeil alors que ses cauchemars s'évanouissaient grâce à moi.
Pdv : Jennifer
Depuis la soirée à la salle sur demande Remus était perdu. Il ne savait plus comment agir envers moi et avec raison : mes actions avaient été plutôt contradictoires avec mes paroles. Bref, j'avais parfois le droit à un rejet total, d'autres fois à de simples sourires d'ami et de temps en temps il me plaquait dans un recoin de l'école et je me faisais carrément dévorer.
J'essayais d'instaurer un équilibre, mais il n'y avait rien à faire. C'était soit tout soit rien. Pas de demi-mesure, de zones grises ni de juste milieu. Plus le temps passait, plus j'étais déchiré de l'intérieur. Je ne savais plus quoi faire, j'étais terrorisée à l'idée même de mon secret et en même temps je voulais toujours avoir plus avec Remus. Je n'arrivai plus à dormir. Je passai mes nuits éveillées dans la salle commune et à chaque fois, Remus venait me voir. Il arrivait derrière moi, me demandait si j'avais choisi et comme je ne répondais pas, il s'en allait sans rien dire. Ça me tuait de l'intérieur. J'aurais tellement voulu qu'il ne me force pas à choisir, mais dans un sens je le comprenais.
Mes amis étaient au bout du rouleau, incapable de nous endurer alors que nous changions d'attitude toutes les trente secondes. Ils sentaient bien qu'il s'était passé quelque chose lors de la soirée à la salle sur demande, mais comme nous refusions d'expliquer quoi que ce soit, ils rageaient en silence sans nous en demander plus.
J'avais cependant eu le droit à toute une scène le lendemain matin dans la grande salle.
Flash-back
-Bonjour! lançai-je à mes amis.
Remus était déjà attablé jouant sans grande conviction avec sa cuillère dans son bol de céréales. Il ne releva pas la tête et ne me répondit pas. Le matin, je m'étais sauvé sans un bruit de la salle sur demande. Je me doutais qu'il avait fait semblant de dormir tout le long étant donné qu'il avait surement été averti de ma fuite dès que j'avais posé le pied hors du lit compte tenu de son ouïe surdéveloppée.
D'ailleurs, personne ne m'avait répondu… tous avaient les yeux ronds comme deux galions et faisait des aller-retour du regard entre moi et le maraudeur aux yeux d'or qui semblait vouloir rentrer sous terre au fur et à mesure que les regards se faisaient plus intense.
-Je peux savoir, c'est quoi le problème! demandai-je exaspérée.
Alice s'approcha de moi un sourire retors aux lèvres.
-Ça s'est bien passé votre soirée?
Il y avait quelque chose de louche dans son attitude.
-Ouais. Répondis-je sur la défensive.
-J'imagine, alors si vous vous entendez si bien maintenant pourquoi vous ne vous regardez même pas?
-Ce n'est pas de tes affaires.
Elle pointa un doigt accusateur sur mon cou et me dit :
-faudrait juste que tu nous expliques comment ces jolies marques rouges sur ton cou sont apparues… puisque j'imagine qu'il doit y en avoir plein d'autres un peu partout sur toi…
Je rougis instantanément en me rappelant comment elles étaient « apparues » et Alice sourit triomphalement. Remus releva immédiatement le regard vers moi et après que ses yeux se soient agrandis à son tour, il avait attrapé un croissant sur la table et était parti à grandes enjambées.
-Alors là, ça nécessite encore plus des explications s'écria Alice, carrément hors d'elle comme elle comprenait que nous n'étions toujours pas ensemble.
Fin flash-back
Finalement, j'en étais arrivé à un constat : J'étais devenue accro.
Accro à cet interdit, accro à lui, accro à ce qu'il me dévore des yeux, qu'il me touche qu'il m'embrasse. Je n'arrivai plus à m'en passer, j'étais comme une droguée en manque. À chaque fois que j'avais le droit à une « dose » j'étais au paradis, puis la réalité me rattrapait et je chutais dans le vide. Ce devenait de plus en plus dur lorsqu'il s'éloignait de moi et lorsqu'il revenait je me faisais l'effet d'une maniaque. C'était devenu au point que j'étais prête à lui sauter dessus à chaque coin de mur s'il avait le malheur d'être un peu trop à proximité. Ça faisait déjà un bon bout de temps qu'il ne m'avait plus approché et j'en crevais. Je n'arrivai pas à tenir en place, tremblant dès qu'il apparaissait dans mon champ de vision.
Avez-vous déjà agité une dose d'héroïne sous le nez d'une junkie en lui interdisant de la prendre juste pour la narguer? Non bien sûr personne ne fait ça c'est trop cruel. Sauf que là, c'était exactement ça qui se passait tous les jours. Il était là, assis juste à côté de moi et je n'avais même pas le droit de l'approcher. Un peu plus et j'allais carrément me déshabiller dans la grande salle devant tout le monde dans le seul but qu'il m'accorde son attention quelques instants. J'étais pitoyable.
Pdv : Remus
J'étais pitoyable. Incapable de la regarder, de l'approcher, de lui sourire tant qu'elle ne m'avait pas donné de réponse. Je regrettais de lui avoir imposé ce choix. J'aurais dû simplement profiter tant que j'avais ma chance. À force de vouloir le soleil tout entier, j'avais perdu tous les rayons. Enfin presque…
Parfois, je n'y tenais plus. Je savais qu'elle n'allait rien faire pour m'empêcher, alors je lui en volais quelques-uns de force.
C'est pourquoi lorsque nous passâmes près de cette salle de classe déserte et qu'elle trébucha en échappant tous ses cahiers, je me précipitai pour l'aider. Espérant l'impossible, mes amis avaient continué leur chemin en nous laissant seuls tous les deux. Les cahiers avaient finalement pris le bord et je l'avais entraîné dans la salle de classe. Il faisait noir, elle n'y voyait probablement rien, mais c'était tant mieux. Moi je voyais et c'était déjà bien suffisant pour me culpabiliser.
Je l'avais plaquée au mur pour ravager sa bouche de la mienne. Elle avait passé ses bras autour de mon cou et ses jambes autour de ma taille. Une main sur ses fesses pour la soulever et l'autre sur sa nuque pour l'empêcher de reculer face à mes assauts. Je m'enivrai d'elle, de son parfum, du goût de ses lèvres, de sa présence… Finalement après avoir déjà profité trop longtemps de l'interdit, je la plantai là et m'enfuis comme un lâche. Je passai le reste de la journée à demi présent, le cerveau complètement dans la brume.
J'allais disjoncter.
Non, j'avais disjoncté.
