The Rise and Fall
Les blas-blas de Xérès : Hello ! Un chapitre bien dramatique que voilà (bah oui, on s'en doutait, en même temps), et vous allez voir que chacun va réagir à sa manière à la disparition d'Hermione. Accepter, ne pas accepter… continuer de chercher ? La réponse ci-dessous ! Bonne lecture et n'oubliez pas la petite review qui fait plaisir !
Merci à tous mes nouveaux followers (feltonmeds, littlemarii), ainsi qu'à Ellexa, Erza Robin, miss damdam, Serdra, Audrey917000, BabarKiller, Eliane Gil, DramioneTouch, Goutte-de-Mer, Keiry95, Elena Grape, Hardcoredrugs, Lety31, SatouneDV, misslilly, sarahblue1, laloudu77, CybellaYuitsi, MortalFlower, Criss-Pine, TatieBella, Sarah, Petitestef, D-Dey, faerycyn, PetitMilou pour leurs reviews et à ceux qui sont venus faire un tour sur mon Facebook !
RAR :
Ellexa : je suis complètement d'accord avec toi, les pieds mal entretenus c'est un tue-l'amour total. Tout comme les mains. Je ne supporte pas les ongles rongés, avec des petites peaux et des coupures partout. Baaaaah ! XD Merci pour ta review ! Bisous
Misslilly : merci beaucoup, j'espère que la suite continuera de te plaire !
Sarah : Merci beaucoup ! Bon, on ne va pas beaucoup voir Nott et Hermione dans ce chapitre, seulement au début, mais c'est juste pour le moment, il fallait d'abord finir correctement les conséquences de la bataille. Merci pour ta review !
Chapitre 37 : Trauma
Hermione avait tout juste eu le temps de voir Théodore plaquer sa paume droite sur le front de Draco que la gauche s'abattait sur le sien. Dans un état de semi-conscience, elle avait ensuite vu Nott s'éloigner prestement en direction d'un chêne voisin, avant de sombrer dans les Ténèbres, les doigts crispés sur sa baguette… pour reprendre conscience dans un déluge de couleurs et de sensations floues. Elle transplanait.
Lorsqu'après un interminable voyage forcé et jalonné par de multiples étapes, les pieds d'Hermione touchèrent enfin la terre ferme (Merlin soit loué, elle tenait encore entre ses doigts engourdis la baguette d'ébène des Malfoys), son premier réflexe fut d'échapper au bras de Nott qui enserrait douloureusement sa gorge et de maudire ce sale con avec tous les sortilèges qui lui passeraient par la tête. Mais le bras l'étouffait, comprimait sa trachée et ses voies respiratoires, et malgré toute sa bonne volonté elle ne parvint qu'à brandir sa baguette par-dessus son épaule sans pour autant émettre le moindre son. Des points blancs commençaient déjà à danser devant ses yeux lorsqu'elle parvint enfin à écraser le pied de son assaillant avec son talon. Elle entendit Nott pousser un léger cri de surprise et de douleur, puis la pression sur sa gorge s'atténua. Se refusant à commettre l'impardonnable en prononçant un sortilège interdit, Hermione prononça pour la seconde fois de la matinée le premier sort qui lui passa par la tête.
« SECTUMSEMPRA ! », hurla-t-elle en dirigeant sa baguette au hasard par-dessus son épaule. Derrière elle, Nott grogna. Le sortilège avait rasé son cou et les veines qui y saillaient. A deux centimètres près, elle lui tranchait la gorge. Mieux valait ne pas lui laisser une chance de recommencer.
D'une main ferme et en resserrant un peu plus son bras sur la gorge d'Hermione, Théodore saisit le poignet qui tenait la baguette et le tordit si violemment qu'Hermione poussa un cri et lâcha prise (non sans insulter et griffer copieusement son agresseur). Dès qu'il se fut saisi de la baguette, il repoussa violemment Hermione et tendit le bras devant lui pour l'empêcher de l'attaquer.
La lionne a de sacrées griffes…, pensa-t-il avec un sourire narquois.
Mais au lieu de l'attaquer, comme il s'y était attendu, Hermione lui jeta un regard furieux tout en observant avec amertume sa baguette dans la main du Serpentard. Puis d'un bref mouvement de tête, elle fit l'état des lieux. Un chemin de cailloux blancs, entouré d'immenses pelouses bordées d'arbres en tout genre. Un parc. Et là, juste à une centaine de mètres sur la droite, des habitations. Désarmée et ne pouvant plus pratiquer la magie, Hermione opta donc pour une bonne vieille solution moldue. Courir et hurler.
« AU SECOURS, AIDEZ-MOI ! », se mit à hurler Hermione en prenant ses jambes à son cou. Sidéré par cette réaction si primaire, Nott la regarda un instant s'enfuir, les yeux écarquillés, alors qu'elle tentait de rameuter tout le voisinage. Elle s'était éloignée d'une bonne trentaine de mètres lorsqu'il reprit ses esprits et d'un simple mouvement de main, les hurlements d'Hermione se turent et elle s'étala de tout son long dans l'herbe verte et encore humide de rosée. Pour ne plus bouger. Incrédule, Théodore la rejoignit et pencha la tête vers elle. Seuls les yeux d'Hermione bougeaient encore et au vu du regard furieux qu'elle lui lançait, il fut content de l'avoir immobilisée.
« Sérieusement, Granger ? Courir et crier ? », se moqua-t-il en haussant les sourcils. Les yeux d'Hermione devinrent encore plus furibonds, si c'était possible, et Théodore gloussa. « Allez, viens par-là, il ne faut pas traîner… »
Soulevant l'un de ses bras qu'il passa autour de ses épaules, il la redressa et libéra ses jambes pour qu'elle puisse marcher à côté de lui, mais le reste de son corps était toujours figé. La démarche d'Hermione était donc quelque peu chaloupée lorsque Théo l'escorta hors du parc et qu'ils se retrouvèrent dans une petite rue calme. Tout en réfléchissant à mille à l'heure à un moyen de se sortir de cette situation, Hermione se mit à observer les lieux pour trouver une échappatoire. Une rue propre, des bâtiments anciens mais très bien entretenus, un style classique, des pavés gris et rose, des balcons en ferronnerie. Elle ne se souvenait pas avoir vu un pareil style architectural en Angleterre. Et il faisait également beaucoup plus doux qu'en Angleterre alors qu'on était encore tôt dans la matinée. Une Mercedes classe A noire flambant neuve les dépassa doucement et Hermione voulut tourner la tête pour attirer l'attention du conducteur ou encore apercevoir la plaque d'immatriculation, mais Théodore n'avait pas libéré les muscles de la partie supérieure de son corps et la voiture tourna au coin de la rue sans leur avoir prêté attention.
Théodore l'entraîna en direction d'un immeuble en vieille pierre blanche à l'allure très chic et alors qu'ils traversaient la rue, deux femmes d'un âge avancé et vêtues de tailleurs Chanel vieillots, leurs jetèrent des regards courroucés. Deux adolescents à l'allure dépenaillée, dont une jeune fille qui semblait incapable de marcher sans l'aide de son partenaire, voilà qui ne cadrait pas avec la bonne éducation qu'elles avaient reçue. Mais c'était une autre époque.
Théo se pencha vers l'oreille d'Hermione. « Je sais que tu ne peux pas bouger mais tente quoi que ce soit de stupide et je bute les vieilles… », menaça-t-il à voix basse. Hermione n'eut de toute façon pas d'autre choix que de se laisser entraîner et les regards appuyés des deux vieilles femmes se firent carrément méprisants.
« Ma petite amie a un peu trop bu, hier soir*… », Théo crut bon de justifier (en français) en croisant leurs aînées. Il leur décocha à toutes les deux un grand sourire contrit avant d'ajouter : « Bonne journée, mesdames*… »
Si Hermione avait pu écarquiller les yeux, elle l'aurait fait. On est en France, comprit-elle en reconnaissant la langue de Molière pour avoir passé quelques vacances avec ses parents dans le pays. Mais qu'est-ce qu'on fiche ici ? Hermione n'avait absolument rien compris à ce que Nott venait de dire mais elle supposait qu'il s'excusait pour leur tenue peu orthodoxe. Les deux femmes disparurent au coin de la rue et Théodore attendit qu'elles soient hors de vue pour sortir un trousseau de clefs de sa poche et ouvrir une large porte cochère en bois et heurtoir chromé. La porte s'ouvrit avec un léger grincement et Nott fit s'engouffrer Hermione à l'intérieur. Il referma derrière lui, s'assura que personne ne se trouvait dans la cage d'escaliers et fit léviter Hermione jusqu'à son étage, avant d'ouvrir son appartement.
Il fit entrer la Gryffondor, la déposa sans cérémonie dans l'entrée et remarqua que la jeune fille (encore à moitié figée) jetait des regards interloqués autour d'elle, la tête penchée et immobile sur le côté.
« Sympa, non ? », fit joyeusement Théodore en fermant la porte à clef, avant de jeter une série de sortilèges. « Notre nouveau chez nous. »
Les yeux d'Hermione esquissèrent une expression si horrifiée qu'il éclata de rire et libéra l'intégralité de son corps d'un mouvement de la main. « Parle, va, ce sera plus pratique… », s'esclaffa-t-il en poussant les doubles portes qui menaient au salon.
A peine Hermione avait-elle recouvré l'usage de ses membres qu'elle se précipita sur la porte pour s'acharner sur la serrure en hurlant à pleins poumons. Mais la porte ne bougea pas. Théodore s'était quant à lui retourné et la regardait avec une expression agacée.
« Ça ne sert à rien, tu sais… J'ai jeté suffisamment de sortilèges à cet appartement pour nous éviter d'être dérangés pendant un bon millier d'années… », grommela-t-il tandis qu'Hermione cessait enfin de tambouriner sur le panneau. Mais la Gryffondor refusait de s'avouer vaincue pour le moment. Dépassant à grands pas Théodore pour faire irruption dans le salon, elle se rua sur les fenêtres (qui donnaient malheureusement sur un écran de verdure) et tenta de les ouvrir mais sans succès, sous le regard placide du Serpentard. Le flegme britannique de ce-dernier sembla néanmoins s'ébranler lorsqu'il la vit saisir un tisonnier près de la cheminée et s'approcher dangereusement des grandes portes vitrées.
« Ok, là ça va trop loin », marmonna le jeune homme en la désarmant d'un mouvement de la main. Le tisonnier s'envola d'entre les mains d'Hermione et alla se replacer sagement sur son portant. La Gryffondor le fusilla du regard mais se figea en le voyant s'approcher, menaçant. D'une main ferme, il la saisit par les cheveux et Hermione poussa un cri de protestation. « Tu sais quoi, Hermione ? », demanda-t-il en l'entraînant en direction d'un couloir à l'autre bout du salon. « J'avais vraiment envisagé un instant de te donner une des chambres, confortables, douillettes, avec un lit rien qu'à toi et même une salle de bains… »
Hermione grimaça tandis qu'il l'emportait toujours plus loin, et remontait le couloir dont le parquet parfaitement ciré craquait sous leurs pas. Il poussa une porte, qui s'ouvrit sur une jolie chambre ensoleillée mais il l'immobilisa, l'empêchant d'entrer.
« Tu vois un peu ce que tu rates, Hermione ? », lui demanda-t-il, si près que la jeune fille sentit son souffle chaud sur son cou et frissonna de terreur. « Tu vois un peu ce que tu aurais pu avoir si tu n'étais pas aussi… bornée ? »
Hermione ne sachant pas quoi dire, elle se contenta de lui adresser une expression incrédule et apeurée. « Et alors, tu vas faire quoi ? », souffla-t-elle, tremblante.
« Je suis d'avis que les jolies chambres, ça se mérite, vois-tu… », continua Théodore en fronçant les sourcils. « Tout comme les vêtements, la nourriture, et autres privilèges… Et pour l'instant, je pense que non seulement tu ne mérites rien de tout ça, mais en plus il va te falloir une petite piqûre de rappel pour que tu saches à quel point toutes ces choses ne sont pas acquises. »
La lèvre d'Hermione se mit à trembler. « Ramène-moi, Nott… », supplia-t-elle en portant ses mains à ses cheveux, que Nott maintenait toujours serrés dans son poing. « Je ne sais pas ce que tu comptes faire ici et je m'en tape, mais ramène-moi à la maison. C'est tout ce que je te demande. »
Théodore l'ignora et tendit la main sur sa gauche. Une lourde porte s'ouvrit et Hermione tourna la tête du mieux qu'elle put pour voir ce dont il s'agissait. C'est alors que Théodore la poussa à l'intérieur, si violemment qu'elle trébucha et s'étala de tout son long… sur un matelas. Hermione se mit à quatre pattes, un peu sonnée et regarda, incrédule, le tissu sous ses doigts et ses genoux. Puis elle regarda à gauche, à droite. Une pièce sans fenêtres. Un matelas unique à même le sol. Un lavabo et des toilettes dans un coin. Une seule porte. Non… Non, Merlin, tout mais pas ça.
« Je te laisse réfléchir à ta situation. Si tu es raisonnable, tu pourras sortir… », acheva-t-il en s'avançant pour refermer la porte.
Prise d'un élan de désespoir, Hermione se releva et s'élança en direction du battant, qui se referma au moment où ses avant-bras se plaquaient contre l'acier froid et dur. « NOTT ! PITIE, NON, LAISSE-MOI SORTIR ! »
Une voix étouffée lui parvint de l'autre côté du panneau de métal. « Tu sortiras quand tu seras calmée. Il faut que je parte, tu vas avoir quelques heures pour méditer… »
Les poings d'Hermione se remirent à marteler furieusement la porte qui ne vacillait même pas d'un millimètre sous les coups. « JE T'EN SUPPLIE, JE NE PEUX PAS REVIVRE CA ! PAS ENCORE ! NOTT ! NOOOOTT ! »
Mais personne ne lui répondit. Plaquant son oreille contre le métal, Hermione distingua nettement le bruit de la porte d'entrée qui claquait. Il était parti. Il l'avait abandonnée là. Seule. Enfermée entre quatre murs. Hermione poussa un dernier cri de rage et de désespoir, puis se laissa glisser contre la porte avant de fondre en larmes. Il était hors de question d'être à nouveau en cage. Pas après tout ce qu'elle avait vécu. Elle n'y survivrait pas. Elle sentait la solitude et la peur, telles deux vieilles amies délaissées, revenir insidieusement la hanter. Comment pourrait-elle à nouveau supporter la prison, après tous ces moments de bonheurs aux côtés de ses amis retrouvés. Aux côtés de Blaise. Aux côtés de Draco. Draco. La simple évocation du Serpentard redonna un semblant d'espoir à Hermione. Il ne cesserait pas de la chercher. Il la retrouverait coûte que coûte, elle le savait. Et Blaise, et Harry et Ron aussi. Ils ne s'arrêteraient pas avant de l'avoir à nouveau auprès d'eux.
Les yeux débordant de larmes, Hermione se recroquevilla sur le sol et enfouit son visage entre ses genoux, refusant de voir le matelas, les murs nus trop proches, la porte trop solide. Tout lui rappelait son enfer dans les geôles du Manoir. Comment Nott pouvait-il lui faire ça une nouvelle fois ? Et pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle lui avait fait, par Merlin, pour mériter ça ?!
Elle abattit un poing rageur sur le sol carrelé et renifla. Draco, viens me chercher…, gémit-elle. Avant d'éclater à nouveau en sanglots.
~o~
A Poudlard, les renforts menés par Kingsley Shacklebolt avaient fini par venir à bout des Mangemorts qui ne s'étaient pas volatilisés ou qui n'étaient pas morts durant l'attaque. Les secours s'organisaient à présent. On recensait, couvrait et emportait les morts, on soignait les blessés, on transférait les plus gravement touchés à l'infirmerie de Mrs Pomfresh, transformée en hôpital de guerre pour l'occasion. Des Médicomages de Ste-Mangouste s'étaient déplacés pour gérer les blessures les plus profondes.
Kingsley et sa troupe d'agents du Ministère recrutés en secret s'occupaient également d'emmener les prisonniers et le tout se passait dans un calme relatif, parfois brisé par les sanglots d'une famille en deuil ou les cris d'un blessé se tordant de douleur. Les parents des jeunes élèves en sécurité à Pré-au-Lard avaient été contactés (pour ceux qui disposaient de moyens de communication sorciers) et dans le village, les retrouvailles et les embrassades fébriles des premiers arrivés allaient bon train.
Et au milieu de tout ça, un garçon, brun, aux yeux vert émeraude comme ceux de sa mère, aux vêtements tachés de sang, et au visage défait, contemplait la scène. Encore une fois, il avait survécu. Au détriment de dizaines d'autres, au détriment d'amis, au détriment d'ennemis. Il Survivait, alors que d'autres mourraient. Il était encore là, debout, alors qu'on emmenait les corps de Colin, Flitwick, Marietta Edgecombe, le professeur Chourave. Il avait serré les poings lorsqu'avaient retenti les hurlements déchirants de Molly Weasley, quand elle avait découvert son époux Arthur raide mort, étendu dans l'un des escaliers qui menaient aux remparts. Il avait senti ses genoux trembler lorsqu'on avait recouvert le corps mutilé de Parvati Patil d'un drap, dont la blancheur immaculée se teinta très vite de rouge au niveau du torse. Mais rien ne lui faisait plus mal, rien n'était comparable à la douleur qu'il avait ressentie en trouvant Hermione étendue sous ce chêne. Pourquoi était-il encore vivant ? Pourquoi méritait-il de rester debout alors que tous ces gens courageux avaient dû perdre la vie ? Et pour quoi ? Pour lui. Harry se surprit à regretter de ne pas être sous un de ces draps, de ne pas être un de ceux qu'on pleurerait et qu'on enterrerait bientôt sous quelques mètres cubes de terre meuble. A quoi bon vivre s'ils n'étaient plus là. A quoi bon vivre si sa fidèle amie Hermione n'était plus là ? Harry se trouva alors affreusement égoïste mais il n'y pouvait rien. Rien du tout.
Une main se posa doucement sur son épaule mais le jeune homme réagit à peine. La voix de Rémus Lupin lui paraissait si lointaine, si faible. Harry ne voulait pas l'entendre. Sauf si Rémus lui disait qu'Hermione n'était pas vraiment morte, que ce n'était qu'un mauvais rêve, il ne voulait pas entendre ce qu'il avait à dire.
« Harry… », insista Rémus en le secouant doucement.
Le Survivant tourna la tête lentement et fixa Rémus sans le voir.
« Harry, ils sont en train d'emmener Malfoy… », reprit Rémus en le forçant à se tourner vers le groupe de Mangemorts prisonniers.
Harry sortit de sa transe et fronça un instant les sourcils. Ah oui, le marché. Lucius était censé se rendre aux autorités et être jugé pour ses actes. Lucius Malfoy, qui avait détourné l'attention du Seigneur des Ténèbres suffisamment longtemps pour que Nott l'embroche avec l'épée de Gryffondor et qu'Hermione soit hors de danger. Même si ça n'avait servi à rien. Lucius Malfoy, qui respectait à présent ses engagements. Harry tourna ses pupilles vers la silhouette menottée de l'ex-Mangemort. Son épouse Narcissa était à ses côtés, mais celle-ci ne cessait de jeter des regards inquiets en direction de la civière sur laquelle son fils unique était étendu, tiré d'affaire selon les Médicomages mais encore inconscient. Et soudain, Harry se sentit obligé de faire quelque chose. S'éloignant en silence de Rémus, le Gryffondor s'avança à pas lents en direction des deux Malfoys, entourés d'autres Mangemorts aux poings liés et d'agents du Ministère, auto-proclamés Aurors pour l'occasion.
Il vit le regard bleu électrique de Lucius Malfoy accrocher le sien tandis qu'il approchait et ses sourcils se froncer. Harry s'arrêta à deux mètres de lui et ouvrit la bouche. Mais sa voix semblait ne pas vouloir lui obéir. Il se racla la gorge doucement et refit une tentative.
« Vous vous êtes rendus », commenta Harry d'une voix faible.
« Un marché est un marché, Mr. Potter », répondit posément Lucius avant de jeter un coup d'œil en direction de sa femme, qui surveillait toujours la civière de Draco. « J'attends de vous que vous respectiez le vôtre. »
Harry hocha la tête. « J'y veillerais », répondit-il de son étrange voix blanche. Deux hommes du Ministère arrivèrent alors pour escorter Malfoy et Harry allait se détourner lorsque Narcissa s'interposa et se cramponna au bras de son mari.
« Encore cinq minutes, s'il vous plaît », supplia-t-elle. « Laissez-moi lui dire au revoir. »
« Si vous voulez on peut vous embarquer aussi, ça ira plus vite », grommela l'un des hommes en la fusillant du regard.
« Touchez-la et je vous égorge d'un simple coup de dent », gronda Lucius en faisant un pas menaçant en direction de l'agent, qui leva sa baguette.
« LAISSEZ-LEUR CINQ MINUTES », aboya Harry en direction du type, qui se renfrogna mais n'ajouta rien. Harry se tourna une dernière fois en direction de Lucius et Narcissa et vit Lucius hocher brièvement la tête, ce qui dans son langage équivalait à un remerciement. Harry répondit par le même geste et s'éloigna, le visage sombre.
Le couple le regarda partir et Narcissa serra son mari dans ses bras.
« On ne dirait pas qu'il vient de gagner une guerre, le môme », souffla Lucius en regardant Harry partir.
« Son amie est morte, Lucius… », répondit Narcissa d'une voix à peine audible. Elle-même ressentait une vague de tristesse la submerger à cette idée. « Merlin, qu'est-ce que je vais pouvoir faire de Draco… »
Lucius fronça soudain les sourcils. « Comment ça ? Quelle amie ? La petite Weasley est morte ? »
Narcissa se recula et le regarda avec une pointe de surprise. « Personne ne t'a dit… ? »
« Qu'est-ce que tu veux qu'on me dise, Cissa ? Je suis enchaîné à l'entrée de cette foutue école depuis la fin de la bataille et les seuls mots qu'on m'a adressé depuis l'arrivée de ces imbéciles du Ministère, ce sont des insultes… », s'énerva Lucius en jetant un regard mauvais en direction du type du Ministère qui l'attendait à l'écart.
Narcissa le dévisagea avec tristesse, regarda en direction de la civière sur laquelle gisait Draco, puis ferma les yeux. « Ce n'est pas Ginny qui est morte, Lucius. C'est Hermione. »
Même s'il tentait de n'en rien laisser paraître, la nouvelle lui fit l'effet d'une douche froide. Ce n'était absolument pas cohérent. Il l'avait vue partir avec Draco et Nott, ainsi que les autres élèves en direction de Pré-au-Lard. Puis ensuite, lorsqu'il était sorti pour se battre contre Avery aux abords du lac, il avait aperçu de loin Nott, seul avec Hermione et avait supposé que Draco était occupé ailleurs. Ou blessé, comme il l'avait constaté lorsqu'on lui avait ramené son fils, KO mais vivant, sur une civière.
« Et le fils Nott, il est où celui-là ? », demanda aussitôt Lucius, que quelque chose dérangeait sans qu'il ne sache quoi.
« Qu'est-ce qu'on s'en fiche de ce sale gosse », cracha Narcissa avec amertume. « Je viens de te dire que la petite amie de ton fils est décédée et toi tu t'inquiètes de savoir où est ce dingue ? »
« Mais non, c'est juste que… et la baguette de ma grand-mère, vous avez retrouvé la baguette ? », fit-il précipitamment en voyant les hommes du Ministère approcher de nouveau.
« Lucius Abraxas Malfoy… sans cœur et matérialiste, par moments je me demande encore comment je peux te supporter depuis si longtemps… », siffla Narcissa en se détournant. Puis tout en essuyant une larme sur ses joues rougies, elle fit signe aux hommes du Ministère de l'emmener. « Allez-y, finalement je crois que je l'ai assez vu… »
Les deux hommes empoignèrent Lucius qui se débattit comme il le put et éleva de nouveau la voix. « Attends ! Narcissa, réponds-moi… Nott et la baguette, où sont-ils ? »
Narcissa lui jeta un dernier regard de reproche et de surprise, puis elle disparut de son champ de vision. Les hommes venaient de le faire transplaner et l'instant d'après Lucius Malfoy arrivait sous bonne garde au Ministère de la Magie. Ignorant ses protestations, on l'enferma dans une salle d'interrogatoire, huit étages sous terre.
~o~
Blaise sortit de la chambre que Draco occupait depuis déjà trois jours à Ste Mangouste. Son ami ne s'était toujours pas réveillé et Blaise, lui, n'avait toujours pas dormi ou presque, restant à son chevet jour et nuit. Le personnel avait d'abord insisté pour qu'il rentre chez lui, puis Narcissa était intervenue pour leur dire que le jeune homme n'avait plus vraiment de domicile depuis que ses parents étaient en fuite, et sa présence était depuis tolérée.
Il avait donc élu domicile dans un petit sofa de deux places dans la chambre de Draco, tandis que Narcissa passait le plus clair de son temps dans un fauteuil placé à côté du lit de son fils. De temps à autre, comme maintenant, il sortait acheter à manger dans Londres ou poussait jusqu'au Chemin de Traverse, dont certaines boutiques rouvraient petit à petit, au fur et à mesure des rénovations. Ou il visitait Neville, à l'étage supérieur, qui souffrait d'une douzaine de fractures aux côtes dont une ayant perforé le poumon lors de sa chute. Les médecins étaient confiants et il pourrait bientôt rentrer chez lui. Il avait également entraperçu Lavande, escortée d'une infirmière mais elle ne l'avait pas vu. Blaise avait appris plus tard qu'elle était entrée au service de psychiatrie de Ste Mangouste, où elle était soignée pour un « stress post-traumatique ». Soit le terme médical et aseptisé pour « a vu sa meilleure amie se faire déchiqueter par un loup garou enragé ». Il avait à peine fait quelques pas dans le couloir blanc et lumineux, saturé des forts relents de potions en tous genres et de désinfectant, qu'on l'appela. L'Italien se retourna et vit Ron Weasley presser le pas pour le rejoindre.
« Salut », souffla le roux en s'arrêtant devant lui.
Blaise hocha la tête et sentit une gêne s'installer entre eux. Ils savaient tous deux de quoi ils allaient parler mais aucun ne voulait être le premier à lancer le sujet. Finalement, Blaise brisa le silence.
« Tu reviens de l'enterrement de ton père ? », demanda-t-il doucement, tandis que Ron hochait la tête. « Et euh… c'était bien ? Enfin, je veux dire, tu sais, bien… » Blaise referma la bouche, il détestait bafouiller à ce point. Mais Ron sembla comprendre ce qu'il voulait dire et esquissa un faible sourire.
« Hmm, je suppose que c'était 'bien' », répondit-il en pinçant les lèvres. « Tous mes frères étaient là, même ce gros poltron de Percy… Il faisait partie des renforts de Kingsley », ajouta-t-il avec un rictus éloquent.
« Tu veux dire les grands courageux qui n'ont voulu participer à la bataille qu'une fois Tu-Sais-Qui bel et bien mort ? », ironisa Blaise.
« Ouais, ceux-là », répondit Ron en lui rendant son sourire. « Enfin, peu importe. Il était là aujourd'hui et… je pense que c'était important. Pour Maman, je veux dire. »
Blaise hocha la tête. « J'allais nous acheter quelque chose à manger et à boire, tu m'accompagnes ? »
Ron acquiesça et les deux garçons remontèrent le couloir de l'hôpital jusqu'aux escaliers. « Et pour Hermione, c'est cet après-midi, c'est ça ? », demanda Blaise dans un souffle.
Les sourcils de Ron se froncèrent et Blaise regretta aussitôt d'avoir amené le sujet. « C'est ça. A quinze heures », répondit Ron en regardant obstinément par terre.
Ils descendirent les escaliers en silence et ce ne fut que lorsqu'ils furent sortis de l'hôpital, dissimulé derrière l'enseigne de Purge & Pionce Ltd, que Blaise reprit la parole. « Vous tenez le coup ? Je veux dire … Potter et toi. »
Ron renifla et haussa les épaules. « Je sais pas trop. J'imagine qu'on est tous un peu à la ramasse en ce moment. Lavande qui part en sucette. Harry qui n'est pas loin de prendre le même chemin. Ma mère et Ginny qui passent des journées entières à pleurer dans leurs chambres. Bref. Si c'est ça, tenir le coup, alors ouais on tient le coup. »
Blaise hocha lentement la tête. Il avait envie de poser une question à Ron. Et toi, comment tu te sens ? Tu ne fais que me parler des autres, mais toi… Mais il ne le fit pas. De ce qu'il en avait vu jusqu'à présent, Ronald Weasley n'était pas du genre à s'apitoyer sur son sort. Tant qu'il y aurait des gens pour pleurer sur son épaule, il tiendrait. Mais quand tout le monde finirait par aller mieux, Blaise était persuadé que ce ne serait qu'à ce moment-là que Ron se laisserait enfin aller.
Les deux garçons se dirigèrent vers une petite boutique de produits alimentaires et se mirent à déambuler dans les rayons maigrement achalandés. Blaise saisit un panier, qu'il remplit de pommes, de lait, d'eau, de gelée aux fruits, et de biscuits, suivi par Ron, qui regardait d'un air absent les rares marchandises sur les étalages. « Tu vas venir ? », demanda le roux en tournant et retournant dans sa main un pot de marmelade avant de le reposer sur une étagère.
« Cet après-midi ? », demanda Blaise pour ne pas dire : 'à l'enterrement d'Hermione'. Trop brutal, trop réel. Ron opina du chef. « Je ne sais pas. Je crois que j'ai peur de quitter Draco trop longtemps… », reprit Blaise. Mais ce n'était qu'une excuse. A vrai dire, l'idée même de se rendre au cimetière le terrifiait. « Je pense que j'irai la voir plus tard avec Draco, quand il se réveillera. Parce qu'il voudra y aller, je suppose. »
« S'il se réveille », marmonna Ron, le visage fermé.
Blaise lui jeta un regard dur. « Quand. Quand il se réveillera », insista-t-il sèchement. Et comme Ron lui jetait un regard dubitatif, il répéta, comme pour s'en convaincre. « Il va se réveiller. »
« Comme tu voudras », céda Ron en le suivant au comptoir où Blaise entreprit de régler ses achats.
« 9 livres et 25 pence, s'il vous plaît », claironna la vendeuse, une femme d'une trentaine d'années, dont le sourire était tellement large qu'il semblait presque incongru en ce jour de deuil.
Blaise lui tendit la somme réclamée parmi les pièces moldues, qu'il avait fait changer à Gringotts pour justement pouvoir faire des courses plus près de l'hôpital, et récupéra son sac de victuailles.
« Passez une excellente journée ! », s'écria la vendeuse en redoublant de sourires.
Ron la fusilla du regard et les deux garçons sortirent de la boutique. « Passez une excellente journée », l'imita Ron en prenant une voix de cinglé. « Connasse », acheva-t-il en grommelant.
Blaise écarquilla les yeux et regarda Ron, qui rosit légèrement avec une mine contrite. « Quoi ? Elle m'énerve avec ses sourires. Personne ne devrait sourire comme ça. Pas une journée comme aujourd'hui, merde. »
Blaise changea son sac de nourriture de main et tapota l'épaule de Ron. « Viens, on y retourne. Tu n'as qu'à déjeuner avec nous. »
Ron hocha la tête et les deux garçons reprirent le chemin de l'hôpital.
~o~
« En ces jours-là, j'entendis une voix qui venait du ciel. Elle me disait d'écrire ceci : Heureux désormais les morts qui s'endorment dans le Seigneur. Oui, dit l'Esprit de Dieu, qu'ils se reposent de leurs peines car leurs actes les suivent. »
Ron, les mains croisées devant lui, jeta un regard étrange en direction du prêtre, debout près de la tombe en granit gris. Heureux les morts ? Qu'est-ce que c'est que cette connerie… Je suis quasiment sûr que si Hermione avait son mot à dire, elle préfèrerait ne pas être morte…, pensa-t-il avec amertume. Mais il ne dit rien. Harry, tête inclinée vers l'avant, l'avait déjà rappelé à l'ordre une fois, lui expliquant que les textes lus par l'homme en noir n'étaient pas à prendre au pied de la lettre, mais à méditer intelligemment. N'empêche, pensa à nouveau Ron. Je ne vois pas comment les morts pourraient être heureux d'être morts.
« Voici la demeure de Dieu avec les hommes il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et il n'y aura plus de mort et il n'y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse car la première création aura disparu. »
Ron jeta un regard en direction de la stèle. Le nom d'Hermione s'étalait en lettres dorées sur la surface grise, mais malgré tout, Ron avait l'impression que tout ceci n'était qu'une comédie. Qu'Hermione allait se réveiller et bondir hors de son cercueil en hurlant « je vous ai bien eus ! ». Qu'Harry allait éclater de rire et la serrer dans ses bras. Qu'ils pourraient reprendre une vie normale. Un souffle de vent s'engouffra dans le trou déjà prévu pour le cercueil posé à la surface et un remugle de terre humide, d'eau ferrugineuse et de racines pourries vint chatouiller les narines de Ron. Non. Plus rien ne serait jamais comme avant.
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen », acheva le prêtre en faisant un signe de croix de sa main droite, imité par toutes les personnes présentes autour de la tombe. Ron tenta de les imiter maladroitement et sa croix ressembla plutôt à un triangle, mais personne ne sembla le remarquer. Ou peut-être que tout le monde s'en fichait. Deux fossoyeurs vinrent actionner le mécanisme permettant de faire descendre le cercueil en terre et Ron sentit sa gorge se serrer. Pas de surprise. Pas de « je vous ai bien eus ». Juste le grincement des engrenages tandis que la boîte en chêne laqué descendait lentement sous la surface avant de se poser au fond du gouffre avec un bruit sourd. Autour d'eux, les invités s'éparpillèrent les uns après les autres, têtes baissées, qui avec un mouchoir collé au menton, qui armé d'un parapluie noir malgré le soleil radieux. Bientôt Ron, Harry et Ginny se retrouvèrent seuls face au tombeau, et Ron trouva maintenant de plus en plus difficile de retenir ses larmes. Les fossoyeurs commençaient à jeter la terre sur le cercueil et toute sortie en semblait désormais impossible. Il lui fallait se rendre à l'évidence. Hermione était bel et bien morte.
« C'est tellement injuste… », fit la voix de Ginny, étouffée par un sanglot. « Pourquoi est-ce qu'il a fallu que ça tombe sur elle ? Encore ? »
Harry voulut prendre la main de Ginny dans la sienne mais la jeune fille se dégagea et s'éloigna en se mouchant bruyamment. La main d'Harry retomba à plat sur sa cuisse et il ne fit pas un geste pour la rattraper.
« Malfoy ne s'est toujours pas réveillé », souffla Ron tandis qu'Harry fixait inlassablement le tas de terre remplir petit à petit l'excavation. « Pourtant, je suis certain qu'il a vu quelque chose. »
« Ron… », fit Harry d'une voix lasse.
« Rappelle-toi, avant de reperdre connaissance, il a dit un truc… comme quoi Nott avait enlevé Hermione… », se défendit Ron tandis qu'Harry se pinçait l'arête du nez en soupirant.
« Arrête », lâcha-t-il en fronçant les sourcils.
« Mais écoute, ça pourrait être important ! », reprit le rouquin en élevant la voix. « Quand Malfoy se réveillera, il faudra lui demander ce que-
« RON, CA SUFFIT ! », beugla Harry en le poussant brutalement au niveau des épaules. Ron fit un pas en arrière, surpris et regarda Harry sans comprendre. « C'EST TERMINÉ, TU COMPRENDS ? HERMIONE EST MORTE ! », s'écria le brun en désignant la tombe du doigt. « Il faut que tu arrêtes de… de croire qu'il existe encore un moyen… de la ramener… »
« Mais-
« REGARDE LES CHOSES EN FACE, RON ! », reprit le Survivant dont la voix se brisait peu à peu. « C'est fini. Toi, moi, Hermione. Le trio. Terminé. Et si tu veux savoir, c'était même terminé depuis la seconde où tu as quitté la tente cet hiver. »
« Excuse-moi ? », s'écria Ron en serrant les poings. « Répète un peu ce que tu viens de dire ? »
« Hé, les gars, un peu de respect, si vous voulez vous battre, sortez au moins du cimetière », les héla un fossoyeur d'une voix douce mais ferme. Harry et Ron le regardèrent brièvement puis Harry leva une main.
« Désolé », gronda-t-il avant de se tourner une dernière fois vers Ron. « Tu sais quoi, t'avais raison ce jour-là. Visiblement, être mon ami comporte des risques pour la santé. Si tu ne veux pas finir comme Hermione, alors peut-être que tu devrais rester loin de moi. »
Puis sans un mot de plus, il tourna les talons et enfonçant les mains dans les poches de sa veste, planta un Ron complètement abasourdi au beau milieu des tombes.
~o~
Depuis l'enterrement d'Arthur et d'Hermione, trois jours plus tôt, Harry Potter n'était plus sorti de la minuscule chambre qu'il louait seul au Chaudron Baveur. Depuis trois jours, il s'était contenté de quelques tasses de thé et de vieux pain rassis. Depuis trois jours, il n'avait même pas ouvert les volets, restant obstinément dans les ténèbres, étendu sur le lit trop dur. Ginny n'avait pas quitté le Terrier ni donné signe de vie. Ron ne voulait manifestement plus lui parler depuis leur dispute au cimetière. Et il avait de toute façon renvoyé quiconque était venu frapper à sa porte. Lupin et Rogue avaient pourtant tenté de lui parler à travers le panneau de bois mais Harry s'était contenté de les envoyer se faire voir et de lancer un sortilège pour ne plus les entendre.
Quelle ironie…, pensa-t-il pour la centième fois en fixant toujours la même lézarde sur le plafond jauni. Pour la première fois de ma vie, je peux vivre libre… et la seule chose dont j'ai envie est de me laisser mourir.
Le Survivant ferma les yeux, mais comme à chaque fois, le visage d'Hermione s'imposa derrière ses paupières et il les rouvrit aussitôt… pour voir apparaître des filaments d'énergie blanche s'amonceler au centre de la pièce. Harry se redressa sur ses coudes. Un Patronus. Encore un énième message de Lupin…
Mais au lieu du loup argenté de Rémus, c'est un tout autre Patronus qui se matérialisa sous ses yeux. Un Patronus qu'il ne connaissait pas. Un renard. Mais la voix qui s'éleva alors dans la pièce, il la reconnut entre toutes. Zabini.
Salut, vieux… hem, j'espère que tu te sens mieux. Je voulais juste te prévenir : Draco est réveillé. Donc si jamais il te prenait l'envie de passer… Chambre 119. Enfin, tu fais ce que tu veux. Porte-toi bien. Au fait, c'était Blaise.
Harry regarda le renard se dissiper, puis disparaître complètement. Malfoy était réveillé. Malgré tous ses efforts, Harry ne put empêcher une petite voix dans sa tête de seriner les dernières paroles que Ron et lui avaient échangées. Peut-être qu'il a vu quelque chose. Peut-être que-
Harry donna un coup de pied dans les draps, qui se roulèrent en boule au pied du lit. C'était n'importe quoi. Ron refusait simplement de voir la vérité en face. Si c'était sa manière de faire son deuil, grand bien lui fasse. Mais Harry ne voulait pas s'accrocher à de faux espoirs. Il savait que la chute n'en serait que plus dure, ensuite. Il irait voir Malfoy. Mais seulement pour prendre de ses nouvelles, pas pour le questionner à propos des derniers instants d'Hermione.
Harry regarda une dernière fois l'endroit où était apparu le Patronus de Zabini quelques instants plus tôt. Puis il baissa les yeux. Mêmes vêtements depuis trois jours, pas un seul coup de peigne… il devait vraiment avoir l'air de sortir d'un tas de purin. Soudain l'idée qu'il se dégoûtait lui-même lui traversa l'esprit. Si Hermione était là, elle me secouerait les puces.
L'espace d'une seconde, Harry sourit. Puis le sourire disparut lorsqu'il réalisa que plus jamais elle ne ferait irruption dans sa vie pour lui redonner la force de continuer. Il resta un long moment immobile, avec la sensation d'être devenu inutile, vain. Puis mu par une soudaine impulsion, il se leva et se dirigea vers la salle de bains. Il faut que j'y aille. Hermione m'en voudrait de ne pas le faire, pensa-t-il en ôtant ses vêtements crasseux.
Après une longue douche et avoir enfilé de nouveaux vêtements, Harry s'arrêta au comptoir de Tom pour régler une semaine d'avance et avaler un déjeuner frugal. Il se sentait au bord de l'évanouissement. Ayant repris quelques forces, il quitta le Chaudron Baveur et rejoignit le centre de Londres à pied, jusqu'à Ste-Mangouste. Marcher lui faisait du bien et de toute façon, il se sentait trop faible pour transplaner. Arrivé devant la fausse vitrine de Purge & Pionce, Ltd., Harry s'adressa au mannequin de la vitrine, expliquant qu'il venait voir le patient Draco Malfoy et la porte s'ouvrit devant lui. A l'intérieur, un groupe de jeunes sorciers patientait à la réception, hilares, tandis que l'un des leurs expliquait à la secrétaire (un énorme torchon plaqué sur le nez) comment il s'était fait déchiqueter le nez par les crocs acérés d'un gnome de jardin colérique. Harry les contourna, esquissant un léger sourire en voyant la secrétaire retirer précipitamment son registre du comptoir alors que le blessé ôtait son torchon de son nez, déversant un flot de sang sur le cahier. (« Vous voyez ? Ca saigne, je vous dis ! ») Lentement, il s'engagea dans les escaliers et se mit en quête de la chambre 119. Arrivé devant la porte bleue portant le bon numéro, Harry se figea, la main prête à frapper.
Qu'est-ce que je fous là ?
Harry baissa lentement la main, soudain assailli par le doute, la peur, et une foule d'autres sentiments dont il n'arrivait pas à trouver le nom. Mais avant qu'il n'ait pu tourner les talons et repartir se terrer dans sa chambre plongée dans le noir, la porte s'ouvrit sur Narcissa Malfoy, dont les yeux étaient rouges et humides. Elle sembla surprise de le voir, puis soulagée et enfin heureuse. Harry regarda le visage de Mrs Malfoy passer par tout un éventail d'expressions diverses, ne sachant pas vraiment quoi lui dire.
« Je suis contente de te voir… », renifla-t-elle en épongeant précipitamment ses joues de sa manche. « Comment est-ce que tu te sens ? »
Harry détourna le regard et haussa les épaules.
« Tu es venu voir Draco… », reprit Narcissa en lui adressant un pauvre sourire. « Ça tombe bien, il faut que je m'absente quelques heures… », acheva-t-elle en enfilant un manteau richement brodé d'argent.
Harry fronça les sourcils. « Où est-ce que vous allez ? », demanda-t-il d'une voix légèrement cassée. Et pour cause, elle n'avait quasiment pas servi depuis trois jours.
« Le procès de Lucius a lieu demain. J'ai rendez-vous avec son avocat », marmonna-t-elle avec une grimace. « Cet homme est un âne. Mais comme le Magenmagot a gelé notre compte à Gringotts jusqu'à ce que le jugement soit rendu, c'est malheureusement le seul que nous pouvons nous offrir. »
Harry fronça les sourcils. Etait-ce la procédure normale ? Ou bien le Magenmagot avait-il d'ores et déjà décidé que Mr. Malfoy n'avait pas le droit à une défense digne de ce nom ? Narcissa le tira de ses pensées en posant sa main pâle sur son épaule.
« J'y vais. Merci encore d'être venu. C'est … assez difficile depuis qu'il s'est réveillé. » Et avant qu'Harry ait pu lui demander ce qui était difficile, elle s'éloigna. Le brun déglutit et fixa de nouveau la porte de la chambre. Toutefois, il ne pensait désormais plus à fuir et après avoir pris une longue inspiration, il posa la main sur la poignée et l'actionna.
Lorsqu'il entra, il vit le visage de Blaise se tourner vers lui, arborant une expression de pur soulagement. Harry s'avança vers le lit et vit qu'un autre visiteur se trouvait dans la pièce. Ron. Le rouquin lui jeta un regard teinté de colère et détourna les yeux sans lui adresser un mot. Quant à l'occupant de la chambre, il était assis, calé sur une énorme pile de coussins, mais son regard semblait étrange, éteint, comme si le vrai Draco n'était plus à l'intérieur de ce corps et qu'il ne subsistait désormais qu'une coquille vide.
« Salut Malfoy… », souffla Harry avec un sentiment de gêne. Pas de réponse. Harry fronça les sourcils. Draco n'avait pas bougé, pas cillé, pas esquissé le moindre geste pouvant laisser croire qu'il avait remarqué la présence du Survivant. Celui-ci se tourna vers Blaise avec un regard inquisiteur.
L'Italien comprit sa question silencieuse et fit la grimace. « Les Médicomages viennent de lui administrer un léger sortilège de sédation. En se réveillant, il s'est débattu pendant plusieurs dizaines de minutes. Ils ne voulaient pas l'immobiliser aussi vite après son réveil, mais il essayait tout le temps de se lever et hurlait qu'il devait… retrouver Hermione », acheva Blaise à mi-voix. « Le chef du service a dit qu'il mettrait sans doute un peu de temps à accepter la réalité. »
« Et c'est en le changeant en zombie qu'ils pensent qu'il va aller mieux ? », cracha Harry avec un semblant d'amertume.
« Je crois qu'ils avaient surtout peur qu'il ne devienne un danger pour lui-même ou pour les autres… », répondit Blaise en secouant la tête.
Ron se décolla silencieusement du mur contre lequel il était adossé, et croisa les bras sur son torse. « En tous cas, ce qui est sûr c'est qu'il maintient sa version, lui… », marmonna-t-il en fusillant Harry du regard.
« Ce qui veut dire ? », fit sèchement Harry.
« Qu'il dit que Nott est derrière tout ça et qu'Hermione est toujours en vie », rétorqua Ron en plissant les paupières.
Harry secoua la tête, sentant la colère lui monter au nez. « Mon pauvre Ron… », siffla-t-il. « Alors voilà où tu en es ? A te raccrocher aux paroles d'un type qui n'a pas ouvert l'œil depuis la bataille et que les médecins jugent complètement incapable de rester éveillé sans se faire du mal ? »
« C'est toujours mieux qu'être le type qui s'enferme dans le noir et s'évertue à essayer de perdre le peu d'amis qu'il lui reste », riposta Ron avec véhémence.
Harry fit deux pas en direction de Ron et pointa son index sur sa poitrine. « Moi au moins je ne vis pas dans le mensonge ! »
« Ouais, parce que bien sûr, tout tourne toujours autour de toi, pas vrai ? », ironisa le roux en secouant la tête.
« Euh, les gars… », commença Blaise en se levant.
« Je n'aurais pas dû venir, c'était une erreur… », cracha Harry en regardant une dernière fois Ron de travers. Il rajusta son manteau et s'apprêtait à quitter la pièce lorsque la voix de Ron s'éleva de nouveau.
« Mais oui, c'est ça, repars t'enfermer dans ta piaule. Surtout ne t'inquiète pas pour nous autres ! Après tout, le monde continue très bien de tourner sans toi… », lâcha Ron, rouge de colère.
« Merci de l'info, je tâcherai de m'en souvenir », gronda Harry, en ouvrant la porte.
« T'es pathétique… »
Harry se figea. Il n'arrivait pas à croire que Ron venait de lui dire ça. En moins d'une seconde, il avait refermé le battant et revenait à grands pas vers son meilleur ami, le visage déformé par la colère.
« Moi, je suis pathétique ? Et toi, tu es quoi, Ron ? », s'exclama-t-il en poussant plusieurs fois Ron par le torse. « Tu t'es vu, à traîner dans cette chambre en espérant entendre de la bouche de Malfoy qu'Hermione va revenir d'on ne sait où ? Elle est morte, Ron ! MORTE ! JAMAIS ELLE NE REVIENDRA ! ET EXCUSE-MOI SI JE RAMENE ENCORE UNE FOIS TOUT A MOI, MAIS C'EST DE MA PUTAIN DE FAUTE ! »
Ron ouvrit la bouche pour répondre mais Harry se mit soudain à vaciller et tomba à genoux. Et tandis que Ron tentait de reprendre ses esprits, des sanglots à peine audibles montèrent de la poitrine du brun, recroquevillé sur le sol.
Blaise et Ron eurent à peine le temps d'échanger un regard sidéré que la porte de la chambre s'ouvrit toute grande sur une infirmière furieuse. « Dites donc, ça ne va pas de hurler comme ça ? Vous êtes dans un hôpital, ici ! », tempêta la jeune femme en dévisageant Ron, Blaise puis Harry toujours à terre, avec colère.
« Désolé, Madame », s'empressa de répondre Blaise en la forçant à reculer vers la porte. « On se calme tout de suite. L'ambiance était juste… un peu tendue. »
L'infirmière agita un doigt vengeur sous son nez. « Je laisse passer pour cette fois parce que vous êtes ici depuis près d'une semaine et que vous êtes un bon garçon, mais au moindre nouveau cri, je vous mets dehors. Tous les trois. C'est clair ? »
Blaise hocha la tête. « Très clair. Merci, Madame. » Puis il referma la porte et soupira. Dans la chambre, Harry pleurait toujours en silence sur le carrelage et Ron le regardait, impuissant et les yeux gonflés de larmes. Puis le roux s'agenouilla et, ravalant sa fierté, entoura les épaules d'Harry de ses bras. Cela sembla rompre une barrière dans le cœur du brun, qui laissa libre cours à ses larmes en gémissant. Blaise renifla. Lui-même était à deux doigts de sombrer. Il détourna donc la tête et reporta son attention sur le visage inexpressif de Draco. Mais quelque chose avait changé.
Les yeux bleus étaient toujours vides et sans essence. La bouche était toujours fermée. Les traits étaient toujours neutres. Pourtant les paroles de Potter avaient dû heurter quelque chose à l'intérieur du brouillard sédaté que devait être l'esprit du blond en cet instant. Et Blaise vit ce qui avait changé. Une larme, unique, solitaire, roulait lentement sur la joue blafarde du jeune homme. Draco Malfoy pleurait.
oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Eeeeet ce sera tout pour aujourd'hui ! Oui, je sais, quelle tristesse ce chapitre ! Mais il était nécessaire, car je me devais de dépeindre l'état d'esprit de nos amis face à la « perte » de leur petite Mione. A venir : le procès de Papa Lulu, les activités bizarres de Nott, la nouvelle cage d'Hermione et bien d'autres choses encore ! J'espère que ce chapitre vous aura plu et j'ai hâte d'avoir vos avis ! Je suis sûre que vous devez commencer à entrevoir le rôle de Lucius dans la suite de l'histoire, non ? Allez zou, aux reviews et à lundi prochain !
Bisous bisous
Xérès
