Bonjour à tous !
Voici le trente-sixième et avant-dernier chapitre de cette histoire. Il ne reste qu'un chapitre et un épilogue, le combat qui commence dans ce chapitre est donc le combat final... J'espère qu'il sera à la hauteur et que ça vous plaira.
Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews !
Bonne lecture :)
Chapitre 36 : The Greatest Show on Earth, Richard Dawkins
Le premier ministre n'avait pas menti. Il consacra une longue interview à un quotidien sérieux, dans lequel il expliquait comment une jeune sorcière, qui avait déjà sauvé une fois sa société, l'avait secouru.
« Sans le courage de cette jeune femme, et sans l'aide inespérée des membres de l'Ordre du Phénix, et le sacrifice hors du commun du Ministre de la Magie en exercice, Percy Weasley, je ne serais pas là à vous parler aujourd'hui. Les sorciers qui m'ont protégé sont bien plus nombreux que ceux qui m'ont menacé, et jamais je ne leur ferai l'affront de craindre tous les hommes dotés de pouvoirs sous prétexte que certains d'entre eux sont dotés de mauvaises intentions. J'entends déjà certains d'entre vous appeler à la guerre contre ces êtres que vous nommez monstres. Moi, je vois des hommes, une société avec des personnes au grand cœur et des êtres malintentionnés, comme chez nous, comme partout. Miss Granger m'a sauvé, et cela m'a fait comprendre une chose : sans eux, nous sommes fichus. »
De leur côté, les sorciers étrangers, notamment américains, avaient commencé à agir contre les Avant-Coureur, car ces derniers œuvraient à découvert et mettaient en danger le Code International du Secret Magique. Leur aide n'était pas encore importante mais permettait d'envisager l'avenir avec plus de sérénité : la coopération internationale qui mènerait au démantèlement de l'organisation terroriste se formait peu à peu, allégeant considérablement le poids qui pesait sur les épaules des membres de l'Ordre.
Hermione secoua la tête. Il fallait dire qu'au milieu d'une famille Weasley endeuillée, et avec cette culpabilité qui lui mordait l'estomac chaque seconde, les remerciements du Premier Ministre et l'actualité internationale n'étaient qu'une piètre consolation. Ils avaient beau être en train de leur permettre de gagner cette guerre, ou d'avancer un peu plus dans la paix avec les moldus, cela ne changeait rien. L'Ordre avait sauvé les meubles en sauvant la vie du chef du gouvernement moldu mais ses membres avaient tous l'amère impression qu'ils avaient tout perdu. Hermione avait beau se dire qu'ils avaient eu de la chance qu'il n'y eût pas plus de pertes... Cela ne changeait rien. Et se dire que Percy avait eu l'occasion de réaliser le rêve de sa vie avant de mourir n'offrait qu'un réconfort limité...
Au Terrier ce jour-là, tous songeaient à abandonner la lutte. Hermione avait séché les cours, sans l'ombre d'un scrupule, Harry et Ginny avaient fait de même. La boutique de George était restée fermée : qui aurait pu être d'humeur à rire dans de telles circonstances ? Charlie avait fait le voyage depuis la Roumanie, rendant la scène encore plus cruelle : la famille Weasley était désormais au complet avec deux membres de moins.
Avec la mort de Percy, c'était la mort de Fred qui se rejouait. C'était une déchirure insoutenable, c'était la famille la plus unie du monde sorcier qui se délitait doucement...
Hermione avait de la peine, mais c'était pour Molly et Arthur qu'elle était le plus triste... Aucun parent n'aurait dû avoir à enterrer ses enfants, et être contraint de le faire deux fois, à un intervalle si rapproché était d'une cruauté sans nom. Hermione avait de la peine pour Ron aussi, qui se relevait à peine d'une crise qui avait bien failli l'emporter définitivement dans la folie, semblait à deux doigts d'y replonger pour ne jamais en sortir.
La jeune sorcière était sur le point de quitter la pièce. La peine de tous ces gens qu'elle aimait était insoutenable. Sa propre peine était insoutenable. Elle ne savait pas où elle voulait aller, elle ne savait pas ce qu'elle voulait faire, mais elle avait l'absurde impression qu'en quittant cet endroit lugubre, elle quitterait aussi le désespoir qui lui collait à la peau depuis la veille.
Elle n'en eut pas le temps.
Kingsley fit son entrée dans la pièce, accompagné d'un Drago passablement angoissé. L'ancien ministre de la magie avait l'air gêné, mais déterminé.
- Excusez-moi de vous déranger dans un tel moment... Drago vient de quitter le manoir des Parkinson, et il y a surpris une conversation de la plus haute importance.
- Oui, je suis sûr qu'on n'a pas cherché à me piéger, étant donné que les propos que j'ai entendus ne m'étaient pas destinés. Une réunion générale des Avant-Coureurs se tiendra ce soir, elle aura pour but de changer les stratégies face à leurs diverses défaites.
- Et ? demanda Bill avec agressivité.
Molly posa une main apaisante sur son épaule, tandis que Kingsley se chargeait de répondre.
- Nous comptons profiter de l'occasion pour mener une attaque éclair. Cela ruinerait la couverture de Drago mais nous ne pouvons pas nous cacher pour toujours. Aidés des Aurors, nous parviendrions peut-être à neutraliser totalement la cellule britannique de l'organisation... Le danger ne pourrait alors venir que de l'extérieur, et nous serions à deux doigts de remporter cette guerre.
- N'y a-t-il pas de meilleur moment pour ça ? soupira Ron.
Le regard de Kingsley fut éloquent.
- Nous n'obligeons personne. Ceux qui refusent de se battre peuvent rester ici, nous le comprenons parfaitement. Je souhaitais tout de même informer ceux que cette opération intéresse.
Le silence se fit, comme si Bill et Ron remarquaient à quel point leur comportement, pourtant compréhensible, avait été injuste. Les personnes présentes dans pièce, perdues dans des pensées morbides se secouèrent, et une réunion informelle s'organisa, afin de planifier au mieux l'attaque à venir. On contacta tous les membres de l'Ordre, on examina les plans que Drago peut donner du manoir Parkinson.
Si la réunion générale dont il avait entendu parler avait effectivement lieu, alors cette bataille marquerait leur victoire ou leur défaite définitive. Tout se jouait là.
- Si ma couverture est grillée de toute manière, annonça Drago de but en blanc, je veux me battre. Il est hors de question que je reste à l'arrière alors que vous risquez votre vie, surtout si cette opération est l'opération du siècle.
Kingsley accepta malgré lui et les tractations reprirent, toujours plus détaillées.
Le chagrin n'avait pas quitté le Terrier, et l'ombre de Percy flottait toujours dans les cœurs et sur les yeux rougis. Cependant, l'espoir d'une victoire qui ferait du plus jeune Ministre de la Magie de l'histoire un héros de guerre les poussait tous à avancer.
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Quand l'heure de la bataille arriva, Harriet était plus nerveuse que jamais. Ce n'était pas la première opération à laquelle elle participait, mais c'était sans doute celle où elle risquait le plus de se faire tuer. Elle n'avait pas l'ombre d'une chance, avec son pauvre révolver. Elle avait entendu parler du fils de Molly qui, pourtant armé de sa baguette, n'avait pas pu opposer la moindre résistance... On lui avait bien proposé de rester chez elle, mais elle n'aurait accepté pour rien au monde. Elle mourrait s'il le fallait, et si elle parvenait à emmener l'un de ces salopards d'Avant-Coureurs avec elle dans la tombe, elle s'estimerait heureuse.
Molly l'avait emmenée en transplanage d'escorte près du quartier général des terroristes, et ils avançaient désormais avec précaution. Les Aurors attaqueraient par l'avant, menés par Kingsley et Harry, et les membres de l'Ordre restants devaient attaquer par l'arrière, pour que les Avant-Coureurs n'aient pas l'occasion de s'enfuir. Un commando supplémentaire, constitué de professeurs de Poudlard, était chargé de mettre en place des protections anti-transplanage, avant de se joindre à l'attaque. D'après les calculs savants de Bill, les terroristes n'avaient aucune issue... Harriet en était bien moins sûre, mais n'avait pas osé le moindre commentaire.
Molly à sa droite, Hermione et Hugh à sa gauche, elle avançait prudemment. Elle était désillusionnée, mais se sentait si vulnérable que tous les sorts du monde ne seraient pas parvenus à la rassurer.
Elle savait qu'elle retrouverait, dès qu'elle aurait passé le seuil de ce manoir si semblable à celui dans lequel elle avait été enfermée, ce sang-froid qui ne lui avait jamais fait défaut lors des autres expéditions. Aussi n'avait-elle qu'une hâte : que cette bataille commençât, pour ne plus voir le temps passer. Quand viendrait le moment de réfléchir à nouveau tout serait fini, en bien ou en mal.
Elle se prit à maudire ce rythme de marche précautionneux et ralenti, elle aurait voulu courir, voler même vers ce lieu maudit, fréquenté par tant de monstres. Elle se restreignit.
Elle jeta un coup d'œil à Hugh, qui avait l'air d'être dans le même état d'angoisse qu'elle. Il portait sur son dos un immense sac qu'elle savait rempli de matériaux qui ne demandaient qu'à être transformés en bombe artisanale. C'était peut-être moins sûr que le flingue, mais diablement efficace...
Enfin, ils furent devant la grille, qui ne résista pas à la balle qu'elle y tira. Silencieux oblige, leur entrée fut aussi discrète que leur arrivée. La seconde porte, celle de l'arrière du manoir, n'était même pas verrouillée. Les Avant-Coureurs ne s'attendaient visiblement pas à recevoir de la visite...
Ils arrivèrent dans une grande cuisine vide à l'exception d'un étrange petit être qu'Harriet n'avait jamais eu l'occasion de voir. Il avait des yeux globuleux, le teint cireux et d'immenses oreilles rondes. Il était vêtu d'un linge si usé et si sale que la mathématicienne ne put déterminer s'il s'agissait d'un torchon sale ou d'une grenouillère usée jusqu'à la corde. Alors qu'Emmeline Vance levait déjà sa baguette, Hermione la devança.
- Ne lui faites pas de mal, articula-t-elle en agitant sa baguette. Il n'y est pour rien.
Elle n'avait pas prononcé d'incantation, mais le petit être fut immobilisé en une seconde.
- Si son maître l'appelle, cela rompra le sort, grogna Vance.
- Il n'y est pour rien, martela Hermione.
Molly posa sa main sur l'épaule de la jeune femme pour marquer son assentiment, et ils reprirent leur lente progression. Ils pénétrèrent dans un couloir désert. Là, le jeune Malefoy entra en action. Il prit la tête de l'expédition, et les mena vers ce qu'il savait être la salle de réunion. Pour plus de sûreté, il avait bu une potion qui lui avait donné les traits neutres d'un homme aux cheveux châtains et à la peau mate. Il était méconnaissable.
Ils étaient dans l'escalier quand des bruits de lutte leur signifièrent que les Aurors avaient lancé l'attaque. En suivant leur plan bien huilé, ils se divisèrent en groupes et occupèrent toutes les ailes et tous les étages de la bâtisse, afin d'attraper le plus d'Avant-Coureurs possible.
Harriet faisait partie de ceux qui devaient inspecter les caves. Elle s'y rendit, accompagnée d'Emmeline Vance et de Bill et Fleur Weasley, non sans un pincement au cœur pour ceux qu'elle laissait en des lieux plus dangereux.
Dans les sous-sols, ils ne découvrirent pas d'Avant-Coureurs, mais un autre être étrange – Bill l'avait nommé elfe de maison – qu'ils s'empressèrent d'immobiliser, en espérant que son maître n'aurait pas la riche idée de l'appeler. L'endroit ressemblait à une geôle, mais il n'y avait rien d'autre que d'étranges ingrédients, sans doute nécessaires aux potions les plus obscures, et beaucoup de poussière.
- Il n'y a rien ici, trancha Bill une fois qu'ils eurent fait le tour et jeté une poignée de sortilèges. Remontons aider les autres.
Ils coururent à l'étage, et Harriet remarqua que ces compagnons, comme elle, brûlaient d'aider les autres membres de l'expédition.
Ils ne furent pas arrivés au rez-de-chaussée qu'ils perçurent des cris et des déflagrations. Harriet aperçut un homme à l'aspect patibulaire menacer Hermione, et tira sans hésiter. Il reçut une balle dans l'épaule, et s'effondra. Bill immobilisa l'individu non sans avoir jeté à la mathématicienne un regard admiratif.
Harriet, elle, était contente de n'avoir pas tué le terroriste. C'était un monstre, mais il ne méritait pas pour autant qu'on l'éliminât froidement. Sauf qu'elle ne visait pas assez bien pour être sûre d'atteindre l'épaule et non le poumon ou même le cœur...
Une fois rassurée, elle promena son regard sur ce hall qui était le lieu d'une bataille impitoyable. Les Aurors et les membres de l'Ordre, légèrement en surnombre, peinaient à dominer des adversaires qui n'hésitaient pas à jeter ces affreux sorts dont la lumière verte était le plus horrible des présages de mort. Harriet restait en périphérie, les bras ballants. La scène était trop confuse pour qu'elle osât utiliser son arme, de peur de blesser l'un de ses amis.
Elle aperçut le jeune Malefoy qui, sous ses traits d'emprunt, se battait avec l'énergie de celui qui participe à sa première véritable bataille. Il était de loin le plus féroce des membres de l'Ordre, et portait coup sur coup des sortilèges qui ne semblaient pas être très innocents aux yeux Harriet. Derrière lui, les plaies s'ouvraient, les corps s'effondraient avec violence... Leur espion ne faisait pas partie des Avant-Coureurs, mais ce n'était visiblement pas un tendre...
La bataille dura encore quelques secondes, avant qu'un Auror qu'elle ne connaissait pas ne se mît à l'écart en poussant un affreux juron.
Elle me vit alors retourner sa baguette contre Bill, prononcer une incantation qui commençait par « Ava »... Et dans ce temps à nouveau ralenti par l'adrénaline, elle put saisir son arme, et, sans plus marquer la moindre hésitation, tira sur le traître.
Il s'effondra doucement, en ployant d'abord les genoux. Des flots de sang s'échappaient de la plaie qui béait sa gorge. Harriet frissonna. Malgré toutes ses précautions, elle avait tué un homme. Elle voyait bien que les sorciers qui se battaient à ses côtés immobilisaient, désarmais, blessaient, mais ne tuaient jamais... Mais que pouvait-elle y faire ? Comment pouvait-elle se battre autrement ? Elle avait sauvé la vie du fils aîné de Molly, mais est-ce que cela lui donnait le droit de tuer un homme ?
Immobile au milieu de la mêlée, perdue dans des questionnements qui ne l'avaient pas effleurée lors de ses premières missions, elle avait oublié à quel point elle était vulnérable. Un second Auror, toutefois, semblait s'en être rendu compte. Lui aussi, leva sa baguette.
- Expelliarmus !
L'arme vola à travers la pièce pour finir dans la main de – Harriet se tourna pour voir qui était son sauveur – Harry Potter. Elle lui sourit tant bien que mal, en guise de remerciement, puis, consciente de l'inanité de son attitude, recouvra sa vigilance, et tenta de trouver une ouverture dans la mêlée.
Mais ladite mêlée s'éclaircissait peu à peu, au profit des membres de l'Ordre. La défection de deux des leurs poussait également les Aurors à se battre avec plus d'acharnement encore, pour montrer qu'ils n'étaient pas tous passés du côté de l'ennemi. Une poignée de seconde plus tard, le hall ne contenait plus que des combattants hors d'haleine. Alors que deux Aurors se chargèrent d'évacuer les prisonniers, les autres montèrent vers les étages et la salle de réunion, en quête d'autres adversaires. Molly attrapa Harriet par la manche et lui proposa de venir inspecter le parc à ses côtés. La mathématicienne accepta avec plaisir : elle avait bien besoin de s'aérer l'esprit.
