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Il se dirigea d'un pas lent mais sûr vers la forêt. Un Mangemort se détacha du lot. Il sembla lui dire quelques mots et Harry lui emboita le pas. Et tandis que les autres Mangemorts continuaient de monter la garde, ils s'enfoncèrent dans la forêt.

Ils parvinrent à une clairière sombre, seulement éclairée par un feu de camp qui crépitait au centre. Quelques tentes avaient été dressées, pour abriter les blessés et pour qu'ils puissent se reposer. D'autres partisans se tenaient là aussi mais Harry ne distinguait pas son ennemi de toujours.

- Où est-il ? demanda-t-il au Mangemort qui l'avait accompagné.

- Il n'est pas ici. Votre combat se déroulera ailleurs.

- Dans la forêt ?

- Oui.

L'homme était peu loquace mais cela ne dérangeait pas Harry. Il attendait, presque sereinement à présent.

Il fixait les flammes des yeux, plongé dans ses pensées. Il n'avait pas peur de mourir. Il voulait simplement mettre fin à ce massacre qui durait depuis tant d'années.

Il entendit des bruits de pas qui le firent sortir de sa rêverie et se retourna. Il eut un haut-le-cœur.

- Ron ? que fais-tu là ? Tu as été fait prisonnier ? s'écria-t-il.

Ron s'avança de quelques pas, lui lança un regard désolé et remonta lentement la manche de son pull. Et lorsqu'Harry vit apparaître la tête de mort dont un serpent sortait de la bouche, tatouée à l'intérieur de l'avant-bras de Ron, il lui sembla que le monde s'écroulait autour de lui, en même temps qu'il réalisait que ce n'était pas si illogique.

- Ron, murmura-t-il de nouveau, sans pouvoir ajouter autre chose.

- Je sais ce que tu penses de moi Harry.

- Non, je ne crois pas.

Ron haussa les épaules, comme si l'opinion de son ancien meilleur ami lui importait peu, et à l'aide d'un bâton, tisonna le feu qui se reflétait dans les pupilles du jeune homme.

- De toute façon, qu'est ce que ça changerait ? Je suis un Mangemort à présent et je ne regrette absolument pas mon choix. J'ai choisi ma voix, tout comme toi.

- Pourquoi ? fit Harry en vrillant ses yeux dans ceux de Ron.

- Pourquoi ? répéta le rouquin. POURQUOI ? Tu oses me poser cette question ? ça ne te semble pas évident ?

- Pas vraiment. Je t'ai toujours considéré comme mon meilleur ami. J'aurai fait n'importe quoi pour toi. Je pensais que tu le savais.

Les Mangemorts présents observaient la scène sans broncher, curieux.

- Tu voix Harry, reprit Ron. Puisque tu tiens tant à le savoir, je vais t'expliquer les raisons de ma décision. Depuis que nous nous connaissons, tu as toujours été le survivant, le héros de l'histoire, le personnage principal. Tandis que moi, je n'ai toujours été que Ron, le meilleur ami d'Harry Potter, roux, pauvre et maladroit. Toujours étouffé dans ton ombre.

- Tu étais jaloux ??

- Non, ce n'était pas de la jalousie. J'avais simplement envie que l'on me remarque, que l'on se rende compte que j'existais moi aussi et que peut-être j'avais contribué à certaines de tes victoires, que moi aussi j'étais quelqu'un de bien mais j'étais invisible et je ne recevais jamais la moindre considération.

- Mais je n'ai jamais nié l'aide que tu m'as apporté Ron ! Je ne t'ai jamais mis à l'écart ! Je sais très bien que je n'y serai jamais arrivé seul, sans ton aide et celle d'Hermione.

- Justement ! Parlons-en d'Hermione, s'énerva-t-il. C'est de sa faute, c'est elle qui a tout déclenché, mais tu l'as bien aidée.

- Arrête, tu étais jaloux et amer, simplement parce que tu détestes Malefoy et que tu ne supportes pas l'idée qu'il soit de notre côté et qu'Hermione l'aime comme toi tu voudrais qu'elle t'aime.

- Oui, justement. Il est arrivé comme ça, il s'est incrusté dans notre groupe comme s'il en avait toujours fait parti.

- Il pouvait nous aider !

- Hermione, ça faisait des années que je l'aimais, continua Ron comme si de rien n'était. Et l'autre salopard est arrivé et me l'a volée. Et elle a rien fait pour résister !

Harry commençait à sérieusement s'énerver.

- Et tu t'en étonnes, lança-t-il à son ancien meilleur ami d'un air goguenard. C'est forcément de sa faute s'il est plus courageux que toi. Lui au moins il a eu les couilles d'aller vers elle. Chose qu'apparemment tu n'as pas Ron. Parce peut-être que si tu avais agit d'une autre manière que de la regarder à longueur de journée avec ton air larmoyant, elle t'aurait enfin remarqué. Peut-être que si tu t'étais comporté en homme, elle t'aurait vu d'une autre façon.

- Oui bien sur, et toi tu as forcément pris son parti !

- Tu t'attendais à quoi ? Tu étais ridicule ! A pleurer sur ton sort comme d'habitude et incapable de te sortir les doigts du cul pour prouver que t'es un homme. Tu sais ce que tu es Ron ? Tu es un lâche. Tu préfère te réfugier dans le camp de la facilité. C'est tellement plus simple. Mais bien sur, c'est vrai que le camp de la justice, de l'amour et du pardon, ça aurait été trop te demander. Tu as toujours été un faible et j'aurai du me douter que tu nous aurais trahi.

Ron bouillonnait. Harry était tellement déçu et furieux, qu'il avait parlé sans réfléchir et surtout, il se fichait de ce que pouvait ressentir Ron : il les avait trahi sans aucun scrupule simplement par jalousie et ce n'était pas lui qui aurait à affronter le mage Noir.

- De toute façon, je ne comprends même pas pourquoi tu as changé de camp. Ce n'est pas toi qui aurais combattu Voldemort. Tu te serais caché derrière moi comme d'habitude et tu aurais regardé en tremblant. Tu m'étonnes qu'Hermione ne te regardait pas comme elle regarde Drago. Lui au moins, il a le courage de ses convictions. Sale traitre !

Harry venait de lui porter le coup fatal.

Ron sembla devenir comme fou et se jeta sur Harry, tentant de l'étrangler. Le brun lui décocha un coup de poing dans la mâchoire qui fit rouler le rouquin qui repassa à l'attaque.

Les Mangemorts les séparèrent rapidement, ne voulant pas qu'Harry soit amoché pour son combat avec le Lord.

Ron, maintenant par ses nouveaux collègues, lança un regard haineux à Harry.

- J'aurai bien aimé te tuer de mes mains mais je prendrai un immense plaisir à regarder mon nouveau maître le faire.

Et il disparu dans une des tentes qui avaient été dressées.

Les dernières paroles de Ron firent tressaillirent Harry qui regrettait déjà ce qu'il avait dit. Il s'en voulait, pensant qu'il avait à présent contribué à la descente aux enfers de son ancien ami, à tel point qu'il avait rejoint les forces ennemies.

Il entendit un Mangemort ricaner derrière lui et ce retourna. L'homme crasseux et barbu, le regardait en souriant.

- Qu'est ce que ça fait de perdre ses amis un par un ? et il éclata de rire.

Son rire s'étrangla rapidement lorsqu'Harry se jeta sur lui pour pointer sa baguette sur sa gorge.

- Tu trouves ça drôle ? cracha-t-il.

- Nn-nn-non, bégaya l-autre en essayant de se dégager.

- Bien. Je suppose que tu sais que ton maitre estime qu'il est le seul à être digne de m'affronter et qu'il ne s'en formaliserait probablement pas si je t'achevais maintenant.

- Absolument Monsieur Potter, admit une voix froide et sifflante qui s'éleva dans l'air froid de la nuit.