Chapitre 36 : Loup inoffensif, vampire muselé

Un trou noir. La sensation de vide.
La peur.
J'aspire une grosse goulée d'air. Mon cri reste bloqué dans ma gorge.
Une chute. Les battements de mon cœur qui s'intensifient.
Le choc. Un bruit sourd.
Mes paupières s'ouvrent brusquement. Mon cerveau carbure pour analyser la situation.
La douleur.

-Aïe !

Une mèche de mes cheveux qui vole. Un corps accroupi près du mien. Le visage d'Edward.

-Bella ?

Ses yeux qui m'examinent. Ses mains qui se posent sur mon visage, mes épaules. Je serre les paupières alors que mon coude, ma hanche me lancent.

-Tout va bien ?

Edward m'assoit de force. Mes yeux s'ouvrent grands, je repousse, j'essaie, les mains d'Edward.

-Tu aurais pu me prévenir !

Je réajuste la serviette qui me couvrait de moitié.

-Ce n'est pas ce dont je me suis soucié en premier lieu...

-Je ne sais pas si je dois me vexer de cette remarque. Marmonnais-je.

Edward sourit tendrement en déposant un baiser sur ma tempe.

-Tu souffres ?

-Oooh mon égo s'en remettra...

Un éclat de rire, un délice pour les oreilles.

-Je parlais de douleur physique mon ange, suite à ta chute.

-Oh, hum, si. Là (mon coude), là (ma hanche) et un peu ici (ma tête). Me plaignis-je telle une enfant.

-Carlisle...

-Je ne veux pas allez voir Carlisle pour une chute si ridicule. Le coupais-je. Où est Lorenzo ? Enchainais-je pour ne pas lui laisser le temps de me contredire.

-Parti.

-Parti..parti ? Sans dire au revoir ?

-Je lui est...conseillé de te laisser dormir.

-Tu l'as fait exprès !

-Tu en avais besoin.

-Tu ne voulais pas que je lui dise au revoir.

-Pourquoi tenais-tu tant à lui dire au revoir ?

-Ce n'est pas la question. Ce n'est pas que j'y tenais mais que...je ne me suis même pas rendu compte de quand il s'est arrêté de me masser.

-Il s'est arrêté, c'est tout ce qui compte.

-Tu es impossible. Soufflais-je faussement fâchée en m'appuyant sur son épaule pour me relever.

[…]

Assise en tailleur devant la baie vitrée donnant sur la forêt de la chambre d'Edward je fixe la feuille dans ma main puis le ciel.

-Du soleil, du soleil, du soleil...

-Psalmodier inlassablement ne fera pas venir ton astre chéri. S'amusa Alice.

-Si seulement il voulait bien apparaître ne serait-ce que pour quelques heures, ce serait tellement plus...pratique pour ce que je compte faire.

-J'imagine que l'eau glacée en refroidirait plus d'un, sans mauvais jeux de mot. Sourit-elle.

-Chuuut ! Si jamais Edward découvre ce que je compte faire, je ne donne pas cher de ma, de nos peaux. Chuchotais-je.

-Je suis alors désolé de te dire qu'il a entendu dans son intégralité cette petite conversation.

-Mince. Soufflais-je en passant une main sur le visage.

-Ne t'en fais pas. Il fait la sourde oreille.

-Et qu'est-ce qui se cache derrière ça ? Soupçonnais-je.

Alice haussa les épaules.

-J'imagine qu'il attend que tu lui en sois reconnaissante. Rit-elle.

-Comment ça...?

-Laisse tomber. Je plaisantais. Elle haussa la voix et mima une voix bourgeoise. Nous savons tous qu'Edward est bien trop gentleman pour faire quoique soit qui attende un retour...quel qu'il soit. Elle haussa de façon suggestive les sourcils.

-Tu te moques et je trouve que tu côtoie trop Emmett pour ton bien.

-Tu crois ? Sourit-elle innocemment. Enfin bref. Si mon cher frère décide de nous laisser le champs libre, profitons en avant qu'il ne découvre (elle pointa sa tête de son index) ce que nous manigançons.

-Je lui es promis qu'après cette après-midi il serait mis dans la confidence. Et puis je croyais qu'il était impossible d'avoir des secrets dans cette famille ?

-Oh, c'est possible. Cela nécessite seulement des années d'entrainement et beaucoup, beaucoup trop, de vigilance. Crois-moi nous avons tous hâtes de pouvoir enfin penser librement. Cette histoire est d'un compliquée ! Comment veux-tu que je te suggères des idées quand je ne peux même pas y réfléchir. Souffla t-elle.

-Désolé. Je saurais me faire pardonner.

-Je n'en doute pas. Sourit-elle. Et puis ces petits désagréments valent bien le plaisir que nous prenons à t'aider à vivre tes derniers instants humaine. C'est un peu un adieu à notre humanité que nous faisons à travers toi. Ce qui explique certains points, hum loufoques, de la liste. Désolé. S'empressa t-elle de me couper. Mais comprends bien qu'il est difficile de freiner les ardeurs d'Emmett, de tout le monde à vrai dire. Avoua t-elle.

-Je préfère ne pas y penser, je suis beaucoup trop détendue pour ça.

-Génial ! Alors maintenant venons en au plus important, ta tenue ! Pour ce début d'après-midi le ciel restera couvert, bien que le soleil soit absent, comme toujours. Le temps sera assez chaud, dans les normales de saison. D'après mes prévisions le vent sera léger au bord de mer et l'eau approximativement à 19 degré.

-Merci bien miss météo. Dois-je en déduire que tes visions ne te font plus défauts ?

-Oui !Sautilla t-elle. Incroyable non ? Je n'y croyais plus. J'ai bon espoir que nos ennuis soient de mauvais souvenirs, nous nous sommes certainement bêtement inquiété pour un nomade un peu trop curieux et une jeune mariée angoissée à l'esprit fertile.

-J'aimerais pouvoir en être aussi sur que toi.

-Passons. Maintenant suis moi, que je t'apprête un tant soit peu.

[…]

Rosalie leva les yeux de ses ongles parfaitement manucurés et fronça le nez.

-Le clébard est là. Dit-elle faisant visiblement un effort pour ne pas cracher cette phrase.

Je sautais sur mes pieds, embrassais rapidement Edward assis sur le canapé et adressais un signe aux autres membres dispersés dans la pièce.

J'atteignais presque la porte lorsqu'Edward me saisit la main.

-Pas si vite. Passer ton après-midi avec lui est une chose, mais te mettre en danger en est une autre. On est bien d'accord ?

-Tu as fini par ne plus assimiler « Jacob » à « danger » je vois. Si je ne te connaissais pas si bien je dirais que tu ne lui fais pas confiance. Le taquinais-je.

-Bella...

-On en a déjà parlé. Je reviendrai, vivante.

-Tu as intérêt. (J'allais répliquer piquée au vif mais il me prit de court) N'oublie pas que lorsque tu prends des risques, ce n'est pas seulement ta vie que tu mets en péril, mais aussi la mienne.

Stupide manie de se rendre adorable alors qu'il se comporte en paternaliste agaçant.

-Je te promets de te revenir en un seul morceau.

Je l'embrassais tendrement et franchis la porte sans qu'il n'ajoute rien. Je sentis cependant sa présence dans mon dos.

Jacob nonchalamment adossé contre un tronc d'arbre me sourit en tendant une main vers moi. Je me pressais de la saisir et d'enlacer mon ami. La peau nu de son torse irradiait contre la mienne alors qu'il tardait à me relâcher.

-N'en profite pas Black. L'avertit Edward.

Jacob l'ignora et me permis de me détacher de son corps. Il m'observa de la tête aux pieds.

-Alice c'est ça ?

-Hum. Marmonnais-je en tirant nerveusement sur mon (court) short en jeans.

-Très jolie en tout cas, tu as des jambes magnifiques. Je rougis en chuchotant un remerciement. Sans parler de ces formes que je ne me souvenais pas aussi avantageuses, de ces lèvres que je sais douces et sucrées et de bien d'autres endroits encore que je découvrirais tout à l'heure. Chuchota t-il exagérément dans ma direction en fin de phrase.

Je levais les yeux choquée et affreusement embarrassée. Avait-il perdu la tête ? Avais-je bien Jacob, mon ami, en face de moi ?

J'étais partagée entre l'envie de me creuser un trou pour me dissimuler ou lui asséner une prodigieuse gifle.

J'étais alors bouche bée devant lui, partagée entre ces deux possibilités et des milliers d'autres. Laisser Edward lui arracher la tête ou pas ?

Je plissais rageusement les yeux quand je vis le sourire narquois de Jake et la façon qu'il avait de fixer Edward, celui-ci même qui contenait difficilement sa colère. Je compris alors que cette tirade ridicule et indécente ne m'était pas directement adressée.

-Je croyais que vous aviez fini vos combats de coqs !

-Comment ça découvrir tout à l'heure ? Gronda Edward en m'ignorant.

-Il plaisante, tu vois bien que ce n'est qu'un jeux !

-Qu'à moitié Bella, qu'à moitié.

-Oh je t'en pris Jake ferme là !

Le concerné haussa un sourcil surprit alors qu'Edward le fixait le regard débordant de satisfaction.

-Tu as entendu gamin, ferme là. Prononça Edward avec condescendance et une rage contenue.

-Bella ! Hurla Alice en sautillant presque dans ma direction. Tu as failli oublier ta tenue de rechange. Dit-elle en me tendant un petit sac. Je ne t'ai pas mis de maillot de bain vu que tu ne voudras pas te dénuder...

-Pas plus que je ne le suis déjà. La coupais-je.

-Ne t'avises pas de le dire à voix haute ! Gronda Edward me faisant sursauter.

Je faillis lui demander de quoi il voulait bien parler quand je vis son regard darder sur Jacob et non moi.

-Dooo-mm-aaa-geee. Le provoqua Jacob. Mais après tout la lilliputienne ne peut pas voir mon avenir, ni celui de Bella en ma compagnie...alors qui sait, je sais me montrer très persuasif quand il le faut.

J'attrapais en vitesse le poignet d'Edward alors que je le voyais esquisser un geste.

-Tu n'es qu'un abruti Black ! ET je ne suis pas une lilliputienne !

-Alice...Souffla Edward choquait.

-Oh c'est bon Edward, tu es près à lui décrocher la tête mais que je jure en ta présence t'estomaques. Tu semblais pourtant satisfait quand Bella lui a demandé de se taire dans tes termes bien plus familier.

-C'était différent...

-ENFIN BREF ! Bella, je t'ai mis une serviette, une trousse de toilette, un kit de maquillage pour débutante...

-Trop aimable. Marmonnais-je.

-...des sous-vêtements de rechange ainsi qu'une tenue complète avec chaussures.

Je passais les sangles du sac à dos sur mes épaules.

-Merci Alice.

Jacob attrapa ma main et me tira vers des fourrées à l'orée du bois, j'adressais un au revoir de la main à mes deux vampires tout en m'éloignant.

Au loin je vis Alice adressait un signe de tête derrière le dos d'Edward, puis trop rapidement pour mes pauvres yeux, celui-ci fut ceinturé par un Emmett visiblement hilare.

Edward tenta de se débattre un peu mollement, décontenancé. Puis avec plus de vigueur, furieusement même alors que le regard suspicieux qu'il avait adressé à Jacob se transformait en une lueur menaçante. Cependant les paroles d'Alice semblèrent l'apaiser et il finit par abandonner de mauvaise grâce. Je pouvais le constater même d'où je me trouvais. Son regard se porta sur moi puis sur Jacob avant de me revenir. Je pouvais y lire un « je t'ai à l'œil » un peu ridicule vu la position dans laquelle il se trouvait ou bien un « tu ne perds rien pour attendre » si joliment accordé avec sa mâchoire crispée. Pour être les deux à vrai dire...

Je haussais les épaules, je n'y comprenais rien et n'y étais absolument pour rien non plus.

L'indien me lâcha subitement récupérant toute mon attention par la même occasion. Il m'adressa un clin d'œil tout en s'éloignant de quelque pas, dos à moi, ses mains occupées à je ne sais quoi devant son buste.

Tout à coup son corps à moitié nu jusqu'à présent m'apparut dans son plus simple appareil. Je fixais ahuri le bermuda à ses pieds tout en rougissant furieusement alors qu'une curiosité malsaine me poussait à lever les yeux.

-Jacob ! Hurlais-je presque. A quoi tu joues !

-Tout doux Bella, c'est ta surprise. Rit-il en tournant la tête, seulement la tête dieu merci, dans ma direction.

Je faillis m'étrangler de honte en m'apercevant que bien contre ma volonté j'avais fini par le reluquer de la tête au pied.

-Ma surprise ! Tu plaisantes j'espère, si tu t'avises de te retourner...

Ceci expliqué le petit numéro orchestré par Alice de tout à l'heure. Emmett servait en quelque sorte de muselière à Edward.

-Mais pas moi, andouille, si tu me laissais faire aussi.

-Edward va te faire la peau...Marmonnais-je en passant une main sur mon visage. Mais pas à moi hein, je n'y suis pour rien après tout si mon meilleur ami est exhibitionniste. Me rassurais-je.

Dans tes rêves. Rit une petite voix dans mon crâne. J'ouvris grands les yeux en voyant le corps de Jacob agitait de violent tremblements.

-Jake tu vas...M'interrompis-je ne reconnaissant le phénomène. Mais qu'est-ce...

Encore une fois je me stoppais. Ce ne serait pas la première fois que j'aurais Jacob sous sa forme de loup devant moi mais c'était la première fois que je le voyais se transformer. J'étais seule avec lui dans cet état d'agitation. Involontairement une crainte me fit reculer d'un pas avant de me ressaisir. Je savais que je n'avais rien à craindre pourtant toutes les mises en garde d'Edward sur l'inconstance des loups garous, leur attitude versatile qui pouvait s'avérer dangereuse me revinrent en tête.

Et puis j'oubliais toute mon égoïste et stupide inquiétude quand je vis une grimace douloureuse déformer le visage de mon ami. Le fait qu'il se soit à présent complètement retourné dénudé, accroupi devant moi, ne me dérangeait plus. Je fixais avec appréhension ses poings se serrer puis ses doigts se détendre lentement pour se contracter.

Jacob releva la tête dans ma direction en m'adressant un sourire rassurant, que je pus lui rendre fascinée et aussi rassérénée de n'avoir constaté aucune lueur animal dans son regard. C'était juste Jacob, un Jacob qui s'apprêtait à se transformer en une énorme boule de poils.

Mes yeux se posèrent sur la peau de son dos, qui comme la terre se soulevant suivant une onde de choc, frémissait avant que la vague perturbatrice n'atteigne la nuque. Et là, tout s'accéléra, à un tel point que je crus avoir perdu le déroulement des événements car en un instant, Jacob était loup. Tout avait été si vite, et pourtant j'étais intiment persuadée que Jacob avait fait en sorte de ralentir le processus de sorte que je profite du spectacle qui m'était accordé.

Combien d'humain avait eu la chance d'assister à une telle chose dans toute leur vie ?

Pour ma part j'étais témoin de beaucoup d'événements surnaturels, souvent à mes dépends il faut l'avouer, mais cette fois-ci était l'un des rares moments que pour rien au monde je ne voudrais échanger.

Et ce n'était qu'une partie de ma surprise...Si un jour on m'avait dit que je ferais ça...