Sympathy for the devil - The Rolling Stones

Personnages : Jeanne, Hao...

Rating : T

Genre : Drama, légèrement polar, UA, OS

Ce machin faisait partie de la série de drabbles HJ que j'ai publiée dans le précédent chapitre mais je me suis dit que ça valait un peu plus de cent mots, alors je l'ai mis à part et je l'ai écrit comme je le voulais, d'un coup. J'y ai passé deux heures et une relecture alors j'espère que ce ne sera pas trop maladroit.

En fait, c'est un texte que j'aime bien parce qu'il fait la jonction entre deux pairing phares de ce fandom (:p). Deux pairing entre lesquels je n'arrive pas à choisir, parce que j'aime bien les deux et qu'ils sont aussi riches en possibilités l'un que l'autre.

C'est drôle, parce que maintenant que j'y réfléchis, je ne sais pas quel est mon pairing préféré...


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Jeanne surveille de très près ses écrans et dissimule tout dès qu'elle le sent arriver.

Hao se veut imprévisible mais, pour l'instant, elle a toujours réussi à éviter la catastrophe.

Elle l'accueille avec un sourire impeccable. Pas un cheveu ne dépasse de son élégant chignon, pas un pli ne froisse son tailleur.

Le grand patron, qu'elle connaît sur le bout des doigts, louche sur ses jambes interminables. C'est là son moindre défaut. Elle supporte ce regard, même lorsqu'il plonge ses yeux dans les siens. Elle n'a jamais eu peur de lui comme les autres et puis, tant qu'il ne fait que cela, regarder ses jambes, ça ne la gêne pas, sinon elle mettrait un pantalon et puis voilà.

Sourire, sourire encore, ignorer le pincement de cœur, lui signaler les rendez-vous, lui tendre l'agenda, rappeler Nobu, décliner Michael, confirmer Van der Bilt, noter ses ordres, ne pas oublier sa réservation, sourire encore et lui tendre son courrier, être toujours souriante et disponible, parce qu'elle est LA perle, la secrétaire parfaite et gentille, un poil plus sexy et moins maternelle que Pepper Potts dans Iron Man, parce qu'Hao n'est pas Tony Stark, c'est un pourri jusqu'au bout des ongles et qu'elle ne sera jamais, jamais, jamais amoureuse de lui. Elle préférerait se jeter par une fenêtre.

Il relouche et elle sourit encore. Masque impénétrable et hypocrite qu'elle lui sert depuis longtemps et qui cache tout ce qu'elle pense de lui. Le moindre de ses défauts, oui.

Ensuite il s'enferme dans son immense bureau et elle retourne au sien, noter, rappeler, annuler. Elle n'a oublié ni son café, ni son whisky, ni rien du tout, elle est aux petits soins. Elle n'oublie pas même de rougir légèrement lorsqu'il approche pour lui laisser s'imaginer, oh juste un petit peu, qu'elle est attirée par lui. De quoi saupoudrer son ego d'un voile léger qui le flattera et aveuglera sa méfiance.

C'est ainsi qu'en douceur elle a fait sa place et s'est rendue indispensable.

Et Jeanne de retourner, sitôt la porte claquée, à ses occupations. Elle doit vite se dépêcher de tout transférer à Anna.

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Hao ne se doute pas que la petite Jeanne qui lui mange dans la main travaille contre lui, pour ses ennemis. Elle n'est pas là par hasard, c'est son propre frère qui l'a placée sur sa route. Son frère, Yoh, qu'il a dépossédé de son héritage et qui n'a eu de cesse de démolir son empire à coups de procès avortés et d'accusations qu'il a toujours réussies à contrer. Yoh et Anna se sont épuisés en procédures vaines, ont passé des années à enquêter, à chercher des preuves contre lui, sans obtenir le moindre résultat probant. Car Yoh est intègre, Hao ne l'est pas. Jamais cela ne marchera tant que l'un pourra effacer ses traces et que l'autre persistera à employer des moyens légaux. Anna a beau dire, bien mal acquis ne profite jamais, Hao ne fait qu'en rire.

Mais il ignore que Yoh l'a compris depuis longtemps, qu'il a décidé de parer à cette éventualité, qu'il garde un atout dans sa manche. Yoh a son joker, et ce joker s'appelle Jeanne.

Hao ne se doute pas du trafic qui se joue sur l'ordinateur de son assistante car, c'est sa faiblesse, il ne songe qu'aux charmes de la demoiselle et à ce merveilleux talent qu'elle a de savoir toujours tout arranger, gérer trois crises en même temps et deviner ses besoins avant même qu'il n'en fasse mention.

De belles secrétaires, il en a toujours eu, et dans tous les sens du terme. Ce n'est pas un problème. Ce qui l'ennuie davantage, c'est qu'il n'éprouve pas le même intérêt pour celle-ci que pour les autres. Elle est honnête, travailleuse, douce, candide et cela le fascine.

Sa décision est prise : il la veut, il l'aura. Mais pas comme les autres.

Sourire, inventer des tâches, lui demander n'importe quoi, du moment que c'est crédible, juste pour le plaisir de croiser son regard et de la contempler, s'agitant dans tous les sens pour satisfaire ses caprices, sourire encore, l'inviter un soir à dîner « pour se faire pardonner » après l'avoir surchargée de travail jusqu'à vingt-deux heures, savourer son embarras, lui faire la totale, restaurant chic, limousine, champagne, jouer les gentleman, effleurer sa main plusieurs fois, sourire encore et à pleines dents, attendre, espérer, la voir disparaître aux toilettes, revenir, la raccompagner, attendre encore, ne rien obtenir, repartir déçu, ne pas se décourager, offrir des fleurs le lendemain, l'inviter à déjeuner ensuite, sortir le grand jeu, opéra, ballet, théâtre, galas de charité, promenades, cadeaux de plus en plus expansifs et chers... Attendre, espérer, sourire. Encore.

Et ne rien obtenir.

Enrager.

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Jeanne ne sait plus comment s'extirper de l'inextricable filet dans lequel l'enserre Hao. Filet de soirées, danses, dîners aux chandelles et de rires complices qui font chavirer sa résolution. Elle fixe la fenêtre.

Pas possible qu'elle soit aussi bête. Se laisser séduire par des moyens aussi grossiers ! De la poudre aux yeux, des paillettes, du champagne... rien de tout cela n'est vrai à côté de tout ce qu'elle sait : pots de vin, malversations, argent sale, comptes off-shore (qu'il ne lui cache même pas), relations douteuses, pétrole dans la mer et déchets toxiques, ouvriers exploités, manipulations judiciaires peu glorieuses, intimidations, et elle en passe. N'oublions pas son sens de la famille qui lui a fait écraser comme une mouche son propre petit frère pour ne pas avoir à partager l'empire familial. Elle sait mieux que personne qui est Hao, elle en qui il a toute confiance, elle qui nettoie ses chemises et aussi tout son linge sale. Et pourtant, quand il sourit derrière son verre de Saint-Emilion, quand il en compare la robe avec ses yeux, cite Shakespeare et l'emmène dans sa voiture en replaçant son manteau sur ses épaules, quand il rit en lui souhaitant bonne nuit, elle fond... Elle fond telle la neige sur laquelle on allume un feu.

Sourire, sourire encore, glisser le cheveu qui s'échappe derrière son oreille, prendre ses instructions, rester toujours pro, continuer de le trahir et s'en mordre les lèvres, continuer aussi de dîner avec lui et de fondre, lentement, sourire en ravalant l'amertume, et aussi se détester, se mépriser, sentir que la pente devient glissante, hésiter à appeler Yoh au secours, ne rien faire par peur de quitter Hao, se sentir perdue, fixer la fenêtre, et puis sourire.

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C'est toujours sans s'en douter que Hao la prend au dépourvu. Arrivé plus tôt que prévu, il la surprend, rouge de confusion, à ses écrans. Cette couleur qui pare ses pommettes... plus que tout elle le fait craquer. Il n'en connaît pas la véritable raison : il lit l'invite sur ces joues rouges, sans deviner la crainte. Car sur l'ordinateur, l'arrière-plan grouille de preuves accablantes : preuves contre elle à ses yeux, et contre lui à ceux du monde. Preuves qu'elle doit envoyer absolument à Anna et qu'il ne doit pas voir, sinon...

C'est aussi à cause de ces preuves confondantes que, lorsqu'il lui saute dessus, elle en fait autant.

Sourire, tout accepter, prier pour que le transfert ne se termine qu'au moment où il ne pensera plus à rien... en attendant, s'offrir entièrement, le prendre lui, se jeter à la mer et tout lâcher, de toute manière, c'est pile ou face, maintenant. En profiter. C'est la dernière chose qui reste.

Pour Hao, c'est sourire, soupirer, éprouver enfin le soulagement de la tenir dans ses bras, l'embrasser, en espérer plus, de toute façon il n'y a personne d'autre à cet étage, et dévorer sa peau, ses lèvres et son cou, la désirer plus encore, et soudain...

...entendre le bip de la fin du téléchargement, lire sur son écran juste sous ses yeux « transfer complete », s'interroger, oublier la situation, se redresser, lire, et puis, comme frappé par la foudre, comprendre...

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Jeanne, surprise, rouvre les yeux et voit Hao lire. Elle voit son regard découvrir sa traîtrise et se remplir d'horreur. Mais rien n'est comparable à celle qu'elle éprouve lorsque ses yeux se posent ensuite sur elle.

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Jeanne, terrifiée, ne pense même pas à s'échapper. Elle songe qu'elle aurait préféré que le téléchargement prenne encore un peu plus de temps, un peu plus de temps qu'elle aurait goûté avec lui et dont elle éprouve à présent le manque...

La rage de Hao est si laide qu'elle ferme les yeux pour ne plus la voir. Elle ne les rouvre que lorsqu'elle sent ses deux mains qui entourent et serrent son cou... ces mains si douces et si désirables lorsqu'elles l'effleuraient par mégarde, qui serrent, serrent, serrent...

Sourire, s'abandonner, tout lâcher, ne rien dire, ne pas crier, regarder, sentir qu'on a perdu, regarder la fenêtre... fermer les yeux. Se laisser fondre dans le noir.

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oOo

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Hao ne sera pas poursuivi pour ce crime. Il a des gens qui l'aideront à faire le ménage. Mais c'est pourtant avec Jeanne que commence son châtiment.

Il renvoie successivement toutes celles qu'il engage pour la remplacer. Il se terre, se referme, songe sans cesse à elle. Il commence à boire, juste un peu plus que d'habitude, puis encore, encore et toujours plus. Il n'a pas trente-cinq ans que déjà des poches apparaissent sous ses yeux. Sa beauté n'en est pourtant pas amoindrie. Mais déjà l'âge vient et l'amertume l'a pris : rien ne l'amuse plus comme avant.

Solitude.

Il ne sait pas que Yoh œuvre toujours contre lui, qu'il n'abandonnera jamais. Il ne sait pas qu'il se prépare à venger Jeanne, en compagnie d'Anna, qu'il lui réserve une surprise.

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Des années ont passé quand Hao se décide à employer une nouvelle assistante.

Pas une femme n'a su lui faire oublier celle qu'il a tuée.

Il décide d'accepter la première qui se présentera avec les références adéquates. Il a besoin de quelqu'un de toute façon. Quelqu'un pour veiller à son bien-être et abattre le plus de travail possible. Quelqu'un qu'il pourra tyranniser sans conséquences, quelqu'un qui ne se défendra pas et à qui il pourra faire payer l'insulte de ne pas être Jeanne. De préférence une femme. Une jolie, décorative. Quelle qu'elle soit, il sera odieux avec elle. Oui, comme ça, il pourra joindre l'utile à l'agréable.

C'est désabusé et lointain qu'il la rencontre.

Air sérieux, professionnel. Tailleur strict, impeccable, chignon parfait. Cheveux d'une couleur peu banale. Elle lui rappelle quelqu'un.

Quand il lui demande son nom avec indifférence, il sait qu'il l'engagera. Il s'en fout, de toute façon, il a juste besoin de ses services. Mais alors, elle répond :

- Je m'appelle Tamao Tamamura.

Hao ne tilte pas. Comment le pourrait-il ? Machinalement, il se contente de sourire en dévoilant ses canines. Il est sûr qu'il ne fera qu'une bouchée de cette mignonne aux yeux d'améthyste liquide.

Sourire, s'en foutre, refuser de regarder ses jambes parfaites (elles aussi), parce qu'on ne l'y reprendra pas deux fois, à tomber amoureux... Se sentir vieux, sage, se tromper, l'engager, sûr de soi, puis signer tous les papiers, lui donner ses horaires, voir son sourire victorieux et mal l'interpréter.

Rester seul, se verser un whisky bien tassé, boire toujours seul, attendre la nuit, penser à Jeanne, se saouler, mettre un bazar pas possible dans son bureau, rire en attendant que la nouvelle débarque demain, s'endormir à même le sol.

Ignorer que l'on s'engage sur une pente glissante, ne rien voir venir.

Sourire.

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