Remerciements à Marina ("Give me your name and I'll give you mine", c'est ça ? J'imagine Meryl le dire avec la même voix sexy que Raine lors de la première confrontation avec Zélos... Oh ! l'image qui me vient en tête !), Lou Celestial, LauraNyra et Melfique pour leurs reviews !.
Playlist de la semaine : Neverending story, Within Temptation - Alice and June, Indochine
Chapitre 36 – Le chat et les souris
LORENZO, s'asseyant sur le bord de la fenêtre.
Que la nuit est belle, que l'air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie !
SCORONCONCOLO
Viens, maître, nous en avons trop fait ; sauvons-nous.
LORENZO
Que le vent du soir est doux et embaumé ! Comme les fleurs des prairies s'entrouvrent ! Ô nature magnifique, ô éternel repos !
SCORONCONCOLO
Le vent va glacer sur votre visage la sueur qui en découle. Venez, seigneur.
LORENZO
Ah ! Dieu de bonté ! quel moment !
Lorenzaccio – Alfred de Musset
« Méfait accompli. »
-Formule d'effacement de la Carte du Maraudeur
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Theodore souriait toujours tandis que son regard détaillait chaque personne dans la salle. Toutes étaient en position de combat, prêtes à riposter. Mais lui se contentait de les tenir en joue, davantage paré pour se défendre que pour attaquer. Son absence de réaction suscita l'incompréhension et la méfiance parmi ses ennemis.
« Nott, souffla Neville, le regard plissé.
-Londubat, quel plaisir de te revoir, » répondit t-il, le ton enjoué.
Le plaisir n'était pas partagé, à en voir la grimace du chef des Rebelles face à cette remarque. Cet homme avait été un Serpentard, et Ted savait qu'à leur époque, ces derniers n'étaient pas appréciables ou dignes de confiance.
« A dire vrai, je suis agréablement surpris. Certains visages ici me rappellent de charmants souvenirs. Hum, que je devine… Lovegood ? Oui, je me rappelle de toi, il n'existait pas de fille plus atypique que toi à Serdaigle. Des cheveux roux, ici… Un Weasley, sans doute. Tu es sans doute un frère de l'acolyte de Harry Potter, tu sembles plus âgé. »
Bien que surpris par le fait qu'un Mangemort osât prononcer le nom du Déchu sans l'ombre d'une hésitation, Ted ne put s'empêcher de nourrir un sentiment de répulsion et de fascination mêlées vis-à-vis de cet homme. Il dégageait un charisme impressionnant, et sa voix était si douce, sa façon de parler si poétique… Il pouvait passer pour l'homme le plus saint du monde afin de mieux masquer la cruauté qui vivait en lui, et cela le rendait incroyablement dangereux et redoutable.
« Laissez-moi deviner la raison de votre visite… Vous êtes venus me voler quelque chose ? Oui, je le vois bien… Mais vous ne l'avez pas encore trouvé, et vous êtes pressés. Dommage, vous êtes pris sur le fait. Je pourrais appeler les autorités si je le voulais… »
Les corps des intrus se tendirent, et Nott sourit.
« Hélas, ils sont trop occupés pour la plupart d'entre eux. Tous sur la piste de la jeune Greylord, pauvre enfant disparue… Parlant d'elle, vous semblez la connaître, je le vois à l'expression de vos visages. Et vous avez même l'air d'en savoir beaucoup trop à son sujet… »
Il avait plissé le nez vers la fin de sa phrase, ce qui le faisait d'une certaine manière ressembler à un lapin. Neville eut un rictus. A l'école, ses camarades avaient souvent fait la même comparaison.
« Hum, cela ne va pas du tout, le Seigneur ne serait pas très heureux s'Il apprenait que je vous ai laissés partir malgré le piège que je vous ai tendu. Fort heureusement, Il n'est pas au courant. Et Il ne le sera sans doute jamais si vous suivez ce que j'ai à vous dire. »
Tout le monde fronça les sourcils d'incrédulité et de suspicion. Le regard du Mangemort balaya la salle, se posa sur Ted. Il sourit.
« Un garçon, si jeune ici… Vous êtes impitoyables, vous les Rebelles, à les envoyer se battre si jeunes.
-Les Héros valent-ils mieux, alors qu'ils passent leur temps à endoctriner des jeunes pour les préparer à devenir de la chair à canon ?
-C'est dans l'intérêt d'un seul que nous le faisons, et non d'une cause indéfendable et absurde désormais.
-Elle n'est pas absurde, il n'y a bien que des pourritures dans ton genre qui osent dire cela ! »
Theodore darda un regard pénétrant sur Neville, qui parut soudain mal-à-l'aise face à son intensité.
« Pourriture, moi ? Mais voyons, si seulement vous me connaissiez mieux, vous ne diriez pas une telle chose !
-Tu n'as pas changé, Nott, commenta paisiblement Luna. Toujours secret et indéfinissable.
-En effet. Lovegood a toujours été très douée pour comprendre la personnalité des gens. Mais je suis persuadé qu'elle n'a jamais su percer plus avant la mienne, n'est-ce pas ? Après tout, un garçon solitaire plongé dans ses livres finit par se forger une armure autour de lui. Et quand ce garçon se trouve à Serpentard, la maison la plus malfamée de Poudlard, il en est d'autant moins abordable. »
Encore un nom interdit. Ted s'attendait désormais à tout avec cet homme. C'était encore plus terrifiant que s'il avait réussi à définir ses motivations.
« Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? demanda Neville, le ton hargneux.
-C'est plutôt moi qui devrais poser cette question. Mais je crois déjà deviner vos raisons. »
Nott recula en faisant un léger signe de main derrière lui. Une silhouette s'avança, venant de l'ombre d'une tenture. Ted poussa une exclamation en la reconnaissant.
« Katie ! »
Il ne put s'en empêcher, il courut pour la serrer dans ses bras. C'était si bon de la revoir, après tout ce temps…
Mais il y avait quelque chose de froid dans cette étreinte. Elle ne lui répondait pas, ses bras restaient raides, le long de son corps, tandis que les siens lui caressaient le dos dans l'excitation des retrouvailles.
« Katie ? » appela t-il, le cœur battant à tout rompre.
La jeune fille ne répondit rien. Elle était maigre, sans nul doute, le visage émacié, les cheveux ternes et mous, d'une longueur qui ne lui ressemblait pas. Elle se contenta seulement de tourner la tête vers Nott, qui les regardait en silence, le sourcil levé et le sourire moqueur.
« Maître ? »
Sa voix était grêle, hésitante, comme celle d'un enfant effrayé. L'emprise de Ted se resserra autour d'elle, puis il s'éloigna, ses doigts s'accrochant aux épaules de son amie. En plongeant dans son regard, il ne vit que le vide, pas la lueur vivace d'autrefois.
« Katie, ça va ? Tu me reconnais ? C'est moi, Ted !
-Elle t'a oublié. Ce n'est qu'une poupée de chiffons, maintenant. Une poupée qui m'est entièrement soumise. »
Le jeune Métamorphomage tressaillit, puis soudain la colère le saisit et il lâcha Katie pour se diriger vers l'homme, les poings serrés.
« Qu'est-ce que tu lui as fait, enfoiré ?!
-Moi ? Je n'ai aucunement contribué à ce qu'elle est devenue. Si seulement ta directrice était encore en vie, ce serait à elle que tu aurais pu demander. »
N'enregistrant pas immédiatement cette information nouvelle, Ted se jeta sur le sorcier et commença à le frapper, au visage, au torse, partout où il le pouvait. Mais l'homme ne se laissa pas faire. Il sortit sa baguette et lança un « Expulso ! » qui envoya l'adolescent loin de lui.
« Ted, ça va ? demanda Luna, en se précipitant pour l'aider à se relever.
-Que lui as-tu fait ? répéta Neville, la voix lourde de menaces.
-Je vous l'ai dit, c'est miss Jessica Goldheart qui a usé délibérément de ses tortures sur elle, au point qu'elle ne sache plus qui elle est. Je l'ai récupérée pour pouvoir l'aider, rien de plus. Sans moi, à présent, elle est totalement perdue.
-Menteur, Katie a toujours su se débrouiller d'elle-même ! cria Ted, dont le cœur se brisait à la vue de son amie, son homologue féminin au Pensionnat, dans un état à présent lamentable et méconnaissable.
-Vraiment ? Je le regrette. Mais encore une fois, je n'y suis pour rien. Je l'ai prise à mon service pour lui éviter une mort possible, car après tout, les malades mentaux ne sont pas trop utiles à notre société actuelle.
-Tu oses dire que Katie est une…
-Notre société l'aurait considérée comme telle, en tout cas. Et les handicapés, les malades, les vieux, tous ceux-là ne contribuent pas à la rendre parfaite. Il est parfois bon de les éliminer pour établir un équilibre. Il en va de même pour les Rebelles et tous ceux dont les idées divergent des opinions du Seigneur. »
Il se tourna vers Katie, lui tendit le bras, et elle avança vers lui pour s'en saisir, le serrant avec… affection ?
-Katie… » souffla Ted.
Mais ses yeux emplis d'adoration étaient entièrement dirigés vers le Mangemort.
« Si vous l'emmenez, elle sera malheureuse, parce que je ne serai pas là pour elle. Elle vous prendra pour ses ennemis, son comportement sera dangereux pour vous tous. Je vous jure néanmoins que je prends soin d'elle.
-Menteur, » retentit une voix, et Ted la reconnut comme étant celle de Tessa.
La femme avait délaissé ses tenues extravagantes pour une robe de sorcière entièrement noire, et des cheveux tout aussi sombres. Sa baguette en main, elle regardait Nott avec une expression nouvelle, comme une forme de dégoût.
« Nous nous sommes renseignés, nous savons ce que vous lui faites. Il n'y a rien de plus répugnant.
-Je m'en doute, s'esclaffa son interlocuteur. C'est bien pour cette raison que je me cache, sinon, mes camarades ne l'accueilleraient pas très bien.
-Mais alors, nous pourrions vous dénoncer.
-Pour me discréditer ? Mes ennemis n'attendent que cela, après tout. Faites donc, mais avant cela, écoutez ma proposition. »
L'homme était désormais tendu, les yeux tellement sombres que ses iris semblaient un puits sans fond.
« Il nous reste peu de temps. Je n'ai pas l'intention de passer par quatre chemins : je ne poursuis pas tout à fait le même but que mes confrères. A dire vrai, mes ambitions rejoignent, par certaines façons, les vôtres.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? exigea Neville, agressif.
-Je ne pourrais pas le dire si tu m'interromps sans cesse, Londubat. Je dis simplement que je souhaite atteindre les mêmes objectifs que vous, même si mes… méthodes divergent. »
Il y eut un moment de silence. Ted regardait Katie avec horreur, cherchant à voir si elle allait enfin réagir, si une partie d'elle allait se réveiller et le reconnaître. Mais elle n'avait d'yeux que pour cet homme affreux, en qui il ne plaçait aucune confiance. Les paroles de Tessa lui revinrent : cet homme… Un porc, rien qu'un porc, qui avait osé profiter d'une jeune fille de près de quinze ans de moins que lui.
« Les mêmes objectifs… ? murmura Neville, incrédule. Qu'entends-tu donc par…
-Vous êtes si longs à la détente, souffla Theodore, d'un air exaspéré. Je considère juste qu'il n'est en effet pas très bénéfique à la société sorcière de subir trop longtemps le règne d'un homme qui n'en est plus un. »
Ses grandes phrases alambiquées ne semblaient surgir que pour les plonger encore plus dans la confusion. Ted serra les poings ; il ne pouvait pas le laisser les embobiner. Il se leva, ses yeux lançant des éclairs, tandis que son corps prenait la stature d'un homme solidement charpenté, suffisamment fort pour pouvoir frapper correctement cette ordure.
« Garçon, pourquoi ne te comportes-tu pas en vrai sorcier et n'utilises-tu pas ta baguette ? Cela serait bien plus simple, même si, je l'avoue, tu ne saurais me battre au duel. J'ai affronté et vaincu des plus forts que moi alors que tu faisais encore dans tes couches. »
Suite à cette remarque, il ne lui prêta plus attention, et le jeune homme se sentit totalement désœuvré. Emporté par sa colère, il en oubliait à présent l'arme qui l'avait toujours accompagné sa vie durant depuis ses onze ans…
« Tu veux renverser Tu-Sais-Qui en personne ? Laisse-moi rire. Je sais bien ce que tu es, Nott, et tu es à placer dans le même sac que tous tes autres complices : Zabini, Malefoy, Goyle… Une pourriture au service d'une entité capable de garantir ta survie tant qu'elle le peut encore. »
L'autre plissa les yeux. La tirade du chef des Rebelles ne lui avait pas du tout plu.
« Tu insinues que tous les Héros sont des ordures, Londubat ? Détrompe-toi, tu serais bien surpris de voir qu'en réalité peu d'entre nous sommes véritablement dévoués au Seigneur jusqu'à la mort. »
Comme ses ennemis fronçaient les sourcils de suspicion, il enchaîna avant d'être interrompu grossièrement :
« Beaucoup ne voient que leur intérêt dans leur asservissement pour la cause que défend le Seigneur. Celui-ci est le porte-drapeau capable de les réunir pour porter leurs projets jusqu'au bout, autrement ils ne seraient que des groupuscules désorganisés qui ne feraient que s'entredéchirer malgré leurs alliances vaines et leurs mariages de convenance. Lorsqu'il est apparu et a dispensé sa parole jusque dans les grandes familles sorcières, certaines ont vu une opportunité de se faire entendre et d'asseoir leur puissance. Dans les premiers temps, il n'était qu'un pion pour elles. Mais il s'est avéré que le pion est devenu un roi, et elles se sont retrouvées dépassées par leurs propres manigances. Pourtant, certaines personnes ont vraiment adhéré entièrement aux convictions du Seigneur : je pense à ma lointaine cousine par alliance, Bellatrix Lestrange. D'autres, comme les Malefoy, cherchent à se faire bien voir de lui pour redorer leur blason. Aujourd'hui, tout le monde croit impossible de renverser ce dirigeant tout-puissant. Mais je peux vous affirmer que moi, je détiens une solution. »
Il vit qu'il avait perçu l'entière attention de son auditoire. Il sourit. Mais la partie n'était pas encore entièrement jouée.
« Permettez-moi de devenir votre allié, et je vous divulguerai volontiers ce secret. Autrement, nous devrons œuvrer chacun de notre côté. Mais je veux avoir l'assurance que vous ne neutraliserez pas un de vos compagnons de combat.
-Tu avouerais donc que tu es un Rebelle ?
-Pas tout à fait, je n'emploie pas vos méthodes grossières, ricana Nott, en posant une main sur l'épaule de Katie et en lui tournant autour (son absence de réaction fit frissonner Ted). Non, j'ai une ambition plus noble, mais il faut s'arrêter à ce qui vous concerne. »
Il s'arrêta de marcher, ses yeux noirs fixés sur Katie dont il caressait à présent les cheveux.
« Katie est avec moi, et j'ai besoin d'elle pour mener ma tâche à bien. Vous savez que la vengeance est un plat qui se mange très froid. Sans doute faudra t-il plusieurs années pour arriver au bout de nos peines. Je vous connais, vous les Rebelles : toujours à agir sans réfléchir, à faire les choses trop vite dans l'espoir vain d'obtenir un résultat. Moi, j'ai de la patience, et beaucoup plus d'espoir que vous aussi. Car c'est cela le mot-clé, l'espoir n'est-ce pas ? »
Près de Ted, Tessa fronçait les sourcils, ses cheveux toujours aussi sombres, ses doigts crispés sur sa baguette. Il la regarda : elle semblait tracassée par les mots de Theodore : avait-elle saisi le sens caché de son explication ?
« A quoi te sert-il de profiter d'une adolescente vulnérable ? Tu oses nous dire que ce n'est pas uniquement pour ton plaisir personnel ? gronda Neville.
-Hélas non. Je vous avoue que j'ai toujours considéré les femmes comme des instruments utiles à ma cause, et Katie en fait partie. En temps ordinaire elles ne m'auraient jamais intéressé. C'est pour leur disposition génétique que je les affecte à mon service.
-Leur disposition… »
Tessa jeta un bref coup d'œil à Ted, et voyant qu'il mettait du temps à comprendre, elle intervint aussi vite :
« Je vois, je pense que tout le monde comprend ce que vous voulez faire. Quel monstre d'immoralité vous faîtes ! C'était donc cela le mot de passe de votre bibliothèque ? »
Nott sourit, d'un sourire dantesque et dément.
« Vous devinez plus vite que je ne le pense, c'est bien. J'adore jouer aux devinettes avec des inconnus, cela me permet de tester leurs capacités intellectuelles. Je crois deviner que tout expliquer devant un enfant serait malvenu. Ses chastes oreilles en seraient souillées.
-Quoi ? s'exclama Ted, qui savait que les autres souhaitaient à tout prix lui cacher quelque chose sur les motivations de Nott. De quoi il s'agit, à la fin ? Ce que vous comptez faire avec Katie, c'est…
-Une petite expérience, rien de plus. Comme l'ont fait les scientifiques moldus sur des animaux à une certaine époque.
-Ne traitez pas Katie d'animal ! »
Ted pointa sa baguette vers Nott, mais Tessa s'approcha de lui et l'abaissa d'un geste autoritaire.
« Comme Ted, ce n'est pas l'envie qui me manque de vous étriper. Aucun de nous n'oserait jamais se servir d'innocents pour justifier leur cause. Je ne peux pas dire que tous les Rebelles sont exemplaires, mais vous êtes le pire malfrat que je connaisse à ce jour.
-Merci du compliment. »
Nott souriait de toutes ses dents, serrant Katie contre lui comme s'il souhaitait montrer qu'elle lui appartenait. Cette vision donnait envie au jeune Métamorphomage de vomir. Pas Katie, la fille forte qu'il avait connue jusqu'ici, qui ne se laissait jamais démonter, toujours douce et posée…
« Alors, accepteriez-vous de joindre vos forces aux miennes ? Sachez que je vous suis autant indispensable que vous-mêmes me l'êtes. Grâce à moi, le but que vous recherchez depuis quinze ans sera d'ores et déjà atteint !
-Eh bien, la proposition est alléchante, commença Neville, dont la voix était grinçante. Mais je crains de ne pouvoir adhérer à ton point de vue, Nott. Les nôtres sont trop divergents, et puis, nous avons déjà notre solution…
-Et laquelle donc ? Vous allez encore organiser une de vos ridicules petites batailles contre les armées du Seigneur ? Alors que vous savez depuis longtemps que cela ne sert à rien, que chaque fois vos victimes ressortent plus puissantes, épanouies et tenaces que la précédente ?
-Et toi, penses-tu que ta tentative hasardeuse portera ses fruits ? Après tout, tu as déjà échoué une première fois, Nott… »
La voix douce de Tessa fit s'abattre le silence, et l'homme tourna brusquement la tête vers elle. Son sourire s'était légèrement effacé l'espace d'un instant, puis s'était reformé, quoique plus crispé qu'auparavant.
« Je vois… Tu m'espionnais ? J'aurais dû m'en douter. Je le savais, même, même si j'ignorais quel camp s'intéressait d'aussi près à moi.
-Je te connais suffisamment pour savoir quels genres de crimes tu as commis. Et parmi lesquels, celui que tes esclaves ici présentes peuvent expliquer. »
Il y eut un sursaut dans l'ombre. Tout le monde se retourna. Ted put apercevoir deux paires de pieds nus dans l'obscurité d'une porte, une plus petite que l'autre, toutes deux sombres. Il les reconnut immédiatement et sentit son échine se glacer.
La paire de pieds nus plus petite se souleva tout d'un coup dans les airs et l'autre s'avança, la démarche chancelante. On vit apparaître une femme tenant une petite fille dans ses bras, cette dernière contemplant l'assemblée, les yeux écarquillés. Il s'agissait de la femme et de l'enfant de tout à l'heure, les deux esclaves à qui Ted avait parlé. La mère avait la mine grave.
Nott les contemplait sans broncher, l'air même profondément dédaigneux.
« Elles seront punies lorsque tout ce cirque sera terminé, » dit-il, d'une voix forte.
L'enfant enfouit sa tête brune dans le cou de sa mère, qui jetait un regard haineux à son maître, avant de reculer et de se ranger parmi les Rebelles. Elle semblait avoir décidé de ne pas se laisser faire.
« Pouvons-nous te laisser répéter ton erreur, Nott ? continua Tessa, crachant presque. Moi je ne l'accepte pas, et même si certains sont séduits par ton idée, ils ne peuvent laisser des êtres innocents se faire condamner par tes folles machinations, même si cela doit contribuer à évincer le Seigneur.
-Je reste pantois face à votre naïveté. Une guerre s'est-elle jamais achevée sans sacrifices ? Hélas, il faut accepter cette idée : Katie a accepté d'elle-même de contribuer à ma réussite, car elle sait ce qui en résultera. Et peu importe que son corps pourrisse, tant qu'elle sert à quelque chose. C'est là le plus grand des honneurs. »
En disant ces mots, il caressait les cheveux de la jeune fille. Ted n'avait même plus la force de le traiter d'ordure, tant il avait eu d'occasions de le faire.
« Puisque vous semblez si indécis, je vois que je n'ai pas le choix. Même si vous vous bornez à rester mes ennemis, je peux vous laisser œuvrer de votre côté, tout en sachant pertinemment que vos efforts sont vains. En contrepartie, pour les besoins de mon plan, Katie restera avec moi, vous ne pouvez pas la récupérer.
-Laissez-la en dehors de cette histoire ! » s'écria une nouvelle fois Ted, tandis qu'il tendait un bras vers Katie comme pour la faire venir à lui par la seule force de son esprit.
Celle-ci se contentait de sourire vaguement, sans tourner une seule fois son regard vide vers lui. Elle ressemblait véritablement à une poupée débraillée.
« Trop tard. »
Theodore Nott balaya l'assemblée du regard, avant de plaquer Katie contre son torse. Les Rebelles comprirent trop tard ce qui arrivait.
« Dans trois jours, lorsque votre décision sera prise, revenez me voir à Stonehenge. J'y serai avec Katie. Au cas où vous refuseriez, vous devrez me promettre de ne pas interférer dans mes plans.
-Enfoiré ! » cria quelqu'un, tandis que Neville et d'autres Rebelles se précipitaient pour les retenir.
Mais la fumée noire avait déjà enveloppé les deux corps qui disparurent subitement.
« Malgré tous ses bons sentiments, ça reste un Mangemort, grommela Neville, dont les yeux envoyaient des éclairs à l'endroit où le sorcier s'était tenu plus tôt.
-Pas un Mangemort. Il est autrement plus dangereux qu'eux, parce qu'il agit à son compte. Nous le savons, maintenant, c'est un autre ennemi à affronter avec Tu-Sais-Qui, dit Luna.
-Cela signifie t-il refuser son marché ? » s'immisça Tessa.
Ses yeux étaient plus noirs que la nuit. Pour la première fois depuis qu'il l'avait rencontrée, Ted vit à quel point elle était inquiète et confuse.
« Il ne nous a pas tout dit, répondit le chef des Rebelles, la voix tranchante. Nous savons que Katie est importante pour lui à présent, mais il reste néanmoins qu'il a d'autres informations, à propos de Tu-Sais-Qui, des enfants du Pensionnat, peut-être même de Greylord…
-Londubat, Webb, qu'est-ce qu'on fait de ces deux-là ? »
La voix qui les avait interrompus était celle de l'homme aux yeux sereins qui avait raconté à Ted l'histoire de Harry Potter. Il désignait d'un geste du bras les deux esclaves silencieuses qui les avait rejoints durant leur altercation avec Nott. La plus âgée avait une mine très triste et sombre, tandis que la fillette tremblait dans ses bras, la tête enfouie dans son cou.
Les yeux de Neville croisèrent ceux de la femme. Elle ne souriait pas, restait neutre, mais au fond de son regard, il pouvait lire une lueur vive de crainte et de supplication. Elle savait qu'ils voulaient leur bien, et elle leur faisait confiance.
« Nous n'avons pas le choix, Tessa. A défaut de Katie, on va les emmener avec nous. Elles ont sans doute des renseignements de la plus haute importance à nous confier.
-Et les autres esclaves ?
-Les ordres restent les mêmes. Nous n'avons pas la place pour abriter autant de personnes, et elles ne savent rien pour le moment. Nous ne pouvons pas grand-chose pour elles, pour le moment. Le seul endroit où elles sont en sûreté, c'est malheureusement ici.
-C'est vrai, murmura faiblement la femme, d'une voix enrouée. Nous avons toujours été bien traités par le maître… Du moins, tant que nous ne l'intéressions pas. »
Tout le monde la regarda gravement. Sans nul doute, elle avait vécu des choses, entre ces murs, dont elle voulait parler, tout en répugnant à le faire. C'était un traumatisme pour elle.
« Luna, peux-tu prendre la petite avec toi ? Nous allons vous transporter en lieu sûr, n'ayez pas peur, » ajouta t-il, à l'adresse de la femme qui avait resserré son emprise sur la fillette dans un instinct de protection maternel.
A contrecœur, elle délaissa sa fille à Luna qui la prit à son tour dans ses bras, tandis qu'elle sanglotait à chaudes larmes, comme si le trop-plein d'émotions qui s'était accumulé en elle avait fini par éclater.
« A-t-elle déjà fait du transplanage d'escorte ? demanda t-elle.
-Je… Je ne sais pas ce que c'est, » répondit l'autre, les mains tremblantes.
Neville et Luna se regardèrent.
« C'est un transport sorcier. Vous connaissez la téléportation ? Eh bien c'est de ça qu'il s'agit, » dit finalement Tessa, d'une voix sèche.
Intimidée, la femme acquiesça, mais ses lèvres tremblaient.
« Ce n'est pas dangereux si on s'y prend correctement. Je vous promets que votre fille arrivera en un morceau, la réconforta Luna, d'une voix aérienne, tandis qu'elle tapotait le dos de l'enfant en pleurs.
-Quant à vous, je vous confie à Bill. Emmenez-les au camp de Tessa, et donnez-leur les premiers soins. Lorsque viendra le temps, nous irons leur parler. »
Le ton de Neville était redevenu celui d'un chef. Les deux principaux concernés hochèrent la tête, et Luna sortit du hall en premier avec l'enfant, tandis que Bill saisissait doucement le bras de la femme en lui disant des mots rassurants. Quelques secondes plus tard, tous deux étaient partis.
« Nott n'a pas appelé les autorités, on dirait. Il agit vraiment seul, commenta Tessa, en regardant autour d'elle.
-Comme il a toujours fait. Je me suis toujours étonné de voir qu'il faisait partie des hauts dignitaires de l'Empire. Finalement, nous savons que c'est un double-jeu. Nous possédons un certain ascendant sur lui.
-Mais il peut tout aussi bien nous déjouer, il nous l'a clairement fait comprendre. J'ai l'impression qu'il ne nous laisse pas le choix. Malgré toute la répulsion qu'il m'inspire, ce type a de la suite dans les idées… »
Elle s'aperçut tout d'un coup de la présence de Ted qui n'avait pas pipé un mot depuis tout à l'heure. Il continuait de fixer le point où se trouvaient Katie et Nott avant qu'ils ne disparussent.
« Nevy, je crois qu'on a des choses à lui expliquer, » remarqua t-elle, en désignant du pouce le jeune homme.
Tous deux s'approchèrent de lui, et posèrent chacun une main sur son épaule. Il ne sursauta même pas. Il semblait ailleurs.
« Ted… Je suis désolé, murmura Neville.
-Qu'est-ce vous me cachez ? » rétorqua ce dernier, d'une voix sourde et brisée.
On ressentait dans son ton toute la rancœur et le désespoir qui l'animaient.
« Ta chérie n'est pas encore morte, on peut la récupérer, soupira Tessa. Même si je doute qu'elle redevienne exactement comme avant…
-Arrêtez de parler d'elle comme si c'était une poupée ! s'écria soudain le jeune homme. Je sais quelle est la condition du marché : dans les deux cas, que vous acceptiez ou non de vous joindre à lui, vous le laissez faire ses manigances et la détruire à petit feu ! Mais regardez ce qu'elle est devenue ! Vous avez vu ce qu'il a fait d'elle ?
-Oui, on a vu, répliqua Tessa, en haussant le ton à son tour. Et on sait qu'il ne la laissera pas mourir facilement, même si elle devait devenir un légume ambulant. Il a trop besoin d'elle pour ses cochonneries…
-En quoi consistent exactement ces cochonneries ? » exigea Ted, la voix de nouveau grave et tremblante comme s'il avait peur de connaître la réponse.
Les deux autres soupirèrent.
« Ce n'est pas l'endroit pour l'expliquer. On t'emmène au camp et on parle en tête-à-tête, tous ensemble. Il n'y a pas de raison que tu sois tenu à l'écart de tout ça. »
Sur ces mots, Neville fit un signe aux autres Rebelles qui s'en allèrent à l'air libre, laissant le hall vide. Neville tendit la main à Ted qui s'en saisit sans se le faire dire deux fois, n'ayant qu'une hâte : quitter cet endroit. Tout le long du chemin qui les séparait de la ligne de transplanage, il garda la mine sombre. Tessa les suivait, tout aussi silencieuse. Pour autant, elle apparaissait insensible.
Finalement, sans jeter un seul coup d'œil au Manoir Nott, où se trouvaient encore des centaines d'esclaves ignorants du drame qui venait de se dérouler, puisque enfermés dans des salles soumises au silence, ils disparurent avec le reste des troupes.
Si Neville et Tessa avaient eu pour projet de tout expliquer à Ted une fois de retour, ils ne purent mettre leur plan en action. Car aussitôt arrivés, Bill alla à leur rencontre d'un pas précipité, un air grave sur le visage qui ne présageait rien de bon.
Il jeta un bref coup d'œil à Ted puis aux Rebelles présents, avant de concentrer son entière attention sur Neville, tandis que Luna et Max les rejoignaient tous deux, l'une marchant calmement, l'autre plissant les paupières et se mordant la lèvre.
Les quelques mots qu'il prononça suffirent instantanément à faire oublier à Ted et ses aînés les récents évènements :
« Meryl Greylord a disparu. »
~oOo~
La jeune femme les regardait paisiblement, immobile, les bras le long de sa longue robe blanche, avec l'ombre d'un sourire rêveur sur ses lèvres fines. Sa peau, d'une pâleur que Meryl n'avait jamais observée auparavant, contrastait avec le pourpre de ses yeux, dont elle ne pouvait détacher le regard. Ses cheveux semblaient presque noirs en comparaison avec son teint, mais en réalité, ils étaient beaucoup plus clairs ; elle aurait dit châtains. Ils étaient attachés en une longue natte qui descendait le long de sa colonne vertébrale, jusqu'à ses fesses, et quelques mèches rebelles rebiquaient sur son crâne, ce qui n'enlevait rien à son étrange beauté. Elle dégageait cependant une aura étrange qui rendait Meryl confuse : devait-elle avoir peur d'elle ou au contraire se sentir en confiance ?
Elle entendait, derrière elle, Brian répéter continuellement :
« Qu'est-ce qu'on est venus faire là, qu'est-ce qu'on est venus faire là, qu'est-ce qu'on…
-C'est rare que j'aie de la visite, dit finalement la jeune femme, en souriant davantage. En général, il n'y a que lui qui vient. C'est lui qui vous envoie ? »
Les deux autres ne surent répondre. Ils ne savaient pas qui était « lui ».
« En tout cas, je me sentais seule, j'aime bien avoir de la compagnie. Vous avez vu le paysage par la fenêtre ? C'est magnifique. Toute cette blancheur…
-Vous êtes… la Princesse ? » s'enquit Meryl, mal assurée.
Elle craignait de faire un faux pas. Elle souhaitait reculer et s'enfuir, mais l'étrangeté de cette fille la clouait sur place. Elle ne savait si elle était dangereuse ou non, même si elle savait qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences.
L'autre se contenta de sourire.
« Je sais préparer du thé, en général il aime bien ça, alors je lui en fais toujours. Et puis j'aime bien parler avec lui du temps qu'il fait dehors, et de ce qu'il se passe… Quand est-ce qu'il revient, d'ailleurs ? J'ai l'impression que cela fait longtemps… »
La jeune femme parlait toute seule. Meryl et Brian se regardèrent l'un l'autre. Ni l'un ni l'autre n'osait dire un mot de plus.
La tranquillité de cette inconnue semblait quasiment surnaturelle. Sa voix était d'une infinie douceur, impersonnelle, et ses yeux… Ses yeux prenaient toute la place dans l'esprit de Meryl : d'un incroyable rouge sang, au milieu de cette peau blanche comme la mort, et de ces cheveux presque noirs qui encadraient son petit visage fin. Comme…
Mais ce n'est pas possible. Ces yeux-là… Comme ils le disaient dans le Vox…
Les paroles du Vox étaient désormais lointaines dans la mémoire de Meryl, mais elle ne pouvait oublier la mention des yeux rouges, puisqu'ils s'associaient indubitablement à la planète Jupiter qu'elle voyait si souvent graviter dans son livre d'astronomie.
Il n'était pas temps de tergiverser avec cette incroyable découverte. Passée la surprise de découvrir cette inconnue, Brian s'accrocha au bras de Meryl pendant que celle-ci leur tournait le dos.
« Barrons-nous en vitesse : on en a assez vu.
-Cette fille…
-Crois-moi, je ne passerai pas une seconde de plus avec elle dans cette pièce. »
Mais tandis qu'il la tirait vers elle en posant la main sur la poignée de la porte, quitte à être surpris dans le couloir par l'inconnu qui les poursuivait, la jeune femme se retourna en les contemplant d'un air de surprise passive.
« Vous partez déjà ? Mais… Oh, j'ai compris ! Vous faîtes une partie de cache-cache ? »
Ses yeux s'étaient illuminés, donnant l'impression qu'ils rougeoyaient comme les flammes de l'enfer.
« J'aime beaucoup faire ça. Mais cela fait longtemps que je n'en ai plus fait : il m'a dit que j'étais trop grande maintenant. Je ne vois pas en quoi : il y a tellement de cachettes ici ! Et puis, vous avez mon âge, on dirait. »
Elle les rejoignit en quelques enjambées, nullement gênée par sa robe qui aurait pu l'empêcher de courir.
« Laissez-moi jouer avec vous, il n'en saura peut-être rien. Et puis, je connais la maison comme ma poche. »
Brian tiqua légèrement au mot « maison », mais déjà, la jeune femme passa devant lui, et il fut surpris de la douceur de son parfum. Cela sentait les fleurs, comme au-dehors. Sortait-elle souvent d'ici ? Sans doute pas, vu qu'elle ne semblait pas avoir pris le soleil une seule fois dans sa vie.
« Voilà, je crois qu'il n'y a personne. On y va ?
-Mais attends, nous ne… » balbutia t-il.
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre. Déjà, elle ouvrait la porte. Que fallait-il faire ? A présent, ils se retrouvaient avec une fille étrange qui prenait leur situation pour un jeu. Aucun des deux ne savait ce qu'il convenait de faire. Si cette fille était réellement la Princesse, elle ne correspondait pas au portrait dessiné par les tableaux (1).
La jeune fille sortit de la pièce à pas de loups, et ils n'eurent d'autre choix que de la suivre, non sans avoir jeté un coup d'œil curieux à la chambre qu'ils quittaient. Peut-être que s'il avait existé un moyen de s'enfuir par la fenêtre…
Mais à leur hauteur, cela aurait été du suicide.
« Dépêchez-vous ! entendirent-ils.
-Mais qui es-tu, à la fin ? » demanda Brian, tandis qu'ils la suivaient, le cœur battant à toute allure tandis qu'ils tendaient l'oreille, à l'affût du moindre bruit suspect.
La jeune fille ne prit pas la peine de lui répondre. Elle souriait et avançait à pas dansants, inconsciente du danger qu'ils couraient.
« Tu n'aurais pas plutôt une sortie à nous proposer ? s'enquit-il, en désespoir de cause.
-Vous voulez vous cacher dans le jardin ? Oh non, on est tellement mieux à l'intérieur !
-Qu'est-ce que c'est que cet endroit, au juste ?
-Ma maison ! »
Malgré toutes les questions qu'ils posaient, ils n'obtenaient aucune réponse satisfaisante.
« Écoute, on a besoin de partir d'ici, nous, il en va de notre survie. Tu serais bien gentille de nous indiquer une sortie, peu importe par où, mais qu'au moins on puisse s'éloigner !
-Ce ne serait pas du jeu d'aller se cacher aussi loin. »
La jeune femme s'était arrêtée et fronçait le nez, déçue que ses compagnons ne s'adonnassent pas autant au jeu.
« Ce n'est pas un jeu, souffla Meryl. Et nous sommes en danger. »
Visiblement, leur interlocutrice ne savait pas ce que signifiait le mot « danger ». Mais l'instant d'après, elle tendit l'oreille et ses yeux s'écarquillèrent.
« C'est lui… Je reconnais ses pas. Il va me gronder, mais s'il joue avec vous, il ne m'en voudra pas tellement ! Vite, allons nous cacher avant qu'il nous trouve là sinon il va marquer un point ! »
Elle avait l'ouïe vraiment fine, car s'ils ne le perçurent pas immédiatement, l'instant d'après, le bruit sonore de pas se fit clairement entendre, les mêmes que ceux de tout à l'heure. Leur poursuivant avait sans doute exploré quelques couloirs avant de revenir sur ses pas, dans leur direction. Et visiblement, il semblait impatient.
« Venez ! » souffla leur étrange compagne, en tirant le bras de Brian qui s'accrocha à celui de Meryl. En file indienne, ils ne purent que longer les murs, en évitant les armures et de déranger les potentiels portraits.
Pour espérer survivre, ils n'avaient plus qu'à se remettre entre les mains de cette femme-enfant au comportement si inhabituel.
~oOo~
Drago Malefoy marchait à toute vitesse, le souffle court. Les derniers évènements avaient été précipités. L'attaque d'un Pensionnat avait été comme un coup de tonnerre pour le Nouveau Ministère, de surcroît parce qu'il s'agissait de celui qui avait déjà connu des ennuis, quelques mois auparavant, avec la disparition de ses élèves. Drago n'avait pu connaître la réaction du Seigneur, Celui-ci étant très pris par des occupations dont Lui seul avait la connaissance, mais il savait qu'il était de son devoir de connaître la réelle gravité de la situation. De plus, de nombreuses activités inquiétantes avaient été recensées dans l'Oxfordshire, habituellement un repère réputé de Rebelles, sans qu'on sût réellement où les trouver. Le camp S avait été attaqué une nouvelle fois, et cette fois-ci les méthodes des attaquants avaient en tout point divergé par rapport à l'habitude : non contents de faire des blessés, ils avaient aussi constitué des prisonniers.
Le Seigneur n'accordait pas tant d'importance à la vie de Ses soldats, qui n'étaient rien de plus que de la chair à canon facilement remplaçable, mais Drago ne pouvait s'empêcher d'être inquiet : qu'avaient en tête ces Rebelles ? Les Héros avaient bien assez à faire avec leurs soucis.
Et pourtant, l'héritier des Malefoy savait que tous ces incidents avaient un lien entre eux. Et pour cause : ces deux endroits étaient liés à une seule et même personne, la jeune fille disparue dont il entendait si souvent parler depuis la soirée du réveillon de Noël. Le Seigneur n'avait pas manqué de S'en ouvrir à lui plusieurs fois, et Malefoy détenait sur elle bien plus d'informations qu'il n'en aurait désirées. Pour autant, il restait une chose que le Seigneur ne lui avait pas dite : l'identité véritable de cette orpheline, qu'Il semblait garder solidement secrète, même à l'égard de Son plus proche conseiller.
Nott avait déjà tenté de lui soutirer des informations à son sujet, mais il avait habilement dévié ses manœuvres, pressentant le danger que représentait cet homme. Par ailleurs, son ami Blaise lui avait confié par la suite qu'il était venu leur rendre visite avant de ne plus faire parler de lui, s'étant reclus dans son manoir situé plus au nord de l'Angleterre. Il savait qu'il devait garder Nott à l'œil, mais il n'avait pas assez de preuves pour pousser le Seigneur à se débarrasser de lui, bien qu'Il se méfiât parfaitement de cet homme.
Pris d'un pressentiment, Malefoy avait finalement décidé de rendre une nouvelle visite à sa protégée, qui n'était au courant d'aucune de ces choses-là. Ce n'étaient pas ses affaires, après tout, avait décrété le Seigneur, elle devait se cantonner à la tâche qu'Il lui assignait dans le futur. Cette tâche dont Drago ne savait pas plus des choses qu'au sujet de la Greylord.
Il savait qu'il risquait gros, en venant ici. Il n'avait pas reçu l'autorisation de son Maître, et il devait à tout prix faire promettre à la jeune fille de ne rien dire. Chose étonnante, malgré son insouciance, elle était capable de tenir serment, notamment parce qu'elle craignait qu'après cela, il ne se fâchât et ne choisît de ne plus lui rendre de visite. C'était l'une de ses principales hantises. Mais comment Drago pourrait-il jamais lui en vouloir ? Car elle était l'une des choses à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux.
Il arriva finalement devant la porte, soupira et leva la main pour frapper, sans autre préambule. Comme il le craignait, il ne reçut pas de réponse. D'habitude, il y avait toujours un « entrez » prononcé par une voix douce et passive. Il la trouvait dans son fauteuil en train de regarder le paysage, avant qu'elle ne se tournât pour le vriller de ses yeux étonnants.
Il appela son nom, doucement d'abord, puis plus fortement. Elle ne répondait toujours pas.
Il tourna la poignée. La porte n'était jamais fermée à clé, le Seigneur faisait suffisamment confiance à la jeune femme pour qu'elle ne s'enfuît pas. Elle était même libre de se promener partout où elle le voulait. A la connaissance de Drago, elle n'avait jamais quitté sa précieuse chambre, et si elle le faisait, alors c'était en cachette, comme une bêtise qu'elle accomplissait. Il ne l'avertissait jamais de sa venue, se pouvait-il que pour une fois… ?
Mais c'était impossible. Elle avait toujours été douée d'une sorte de prescience, et elle avait pris l'habitude de deviner quand quelqu'un allait venir, même si aucun signe précurseur ne se dévoilait. Il ouvrit la porte d'un coup sec. La pièce était vide de présence humaine.
Le cœur battant, il lâcha la poignée et se précipita à l'intérieur, comme pour essayer de deviner si elle ne s'était pas cachée quelque part. Mais non, ses doutes étaient fondés : elle n'était pas là.
Il sortit dans le couloir et rejoignit le tableau le plus proche pour le réveiller.
« Où est-elle partie ?
-Un peu de politesse, jeune homme ! Je ne sais pas, je dormais... Oh, comme je me sens mieux, tout d'un coup…
-Dis-moi où est partie la Princesse ! » s'écria t-il.
Le nom eut l'effet d'un coup de tonnerre sur le portrait et ses voisins alentours, qui s'agitèrent. Tous les portraits la craignaient, et c'était une chose que n'avait jamais compris Drago. Elle ne dégageait pas une aura particulièrement menaçante, et pourtant, son nom suscitait la terreur en ces lieux.
« La… La Princesse ? Partie ? Oh, bon débarras ! » ricana le portrait.
Soupirant, il sut qu'il devait sévir. Il murmura, dirigeant sa main vers sa baguette enfouie dans une poche intérieure de son manteau.
« Si tu ne me dis pas ce que tu sais, dans une seconde je te pulvérise…
-Je n'en sais rien, je vous jure, je dormais ! » glapit le portrait, en plaquant ses bras contre son torse comme pour se protéger. Il avait la parfaite pose du mort dans son cercueil.
Les yeux gris de l'homme le sondèrent un moment. Il ne pouvait malheureusement pas lire les pensées d'un portrait, ce dernier n'ayant pas la même constitution qu'un être humain et cet art lui étant tout à fait inconnu. Mais pour autant, il ne pouvait tolérer l'insulte faite tout à l'heure.
« D'accord, » il recula un peu plus et pointa sa baguette vers le tableau : « Confringo ! »
L'objet vola en éclats avant que son propriétaire n'eût pris conscience du sort qui lui avait été réservé. Autour de lui, ses voisins poussèrent des cris d'effroi, effrayés à l'idée de subir le même sort.
« Si quelqu'un sait où se trouve la Princesse, qu'il me le dise ou d'autres subiront le même sort, » dit Drago, d'une voix sourde et menaçante.
Les personnages des portraits tremblaient de tous leurs membres, pour la plupart incapables de prononcer un mot. Aucun ne souhaitait se faire remarquer.
« Nous ne savons rien, seigneur… Nous dormions tous, osa toutefois avouer une femme vêtue à la mode élisabéthaine, les mains plaquées sur les joues tandis que ses yeux balayaient le couloir. Mais sans doute d'autres portraits plus loin vous le diront… Après tout, elle ne nous a jamais alertés si d'aventure elle sortait… »
Soupirant, la baguette toujours en main, Drago se détourna et prit la direction opposée à celle d'où il venait. Il n'aurait pu croiser la jeune femme s'il venait de l'autre direction, et il fallait prier pour qu'elle ne fût pas trop loin. Cet endroit était une fourmilière, un dragon aurait peiné à y trouver son petit.
Il l'appela, à plusieurs reprises, sans jamais recevoir de réponse. Il pesta : c'était la première fois qu'elle lui faisait un coup pareil ! Pourquoi voulait-elle se jouer de lui justement aujourd'hui ? Elle le faisait souvent étant plus jeune, mais à présent qu'elle avait grandi, elle était censée avoir gagné en maturité !
Un rictus prononcé se dessina sur ses lèvres. Bien sûr que non, elle n'était pas plus mature. Sa mission était de la cantonner dans son rôle d'éternelle enfant, de l'empêcher de grandir, de développer sa magie et sa curiosité du monde alentour. Elle faisait peur aux habitants du lieu pour une bonne raison, parce qu'elle leur avait prouvé par le passé qu'elle n'était pas à sous-estimer.
Il leva sa baguette tout en avançant à pas vifs, prononçant distinctement « Hominum Revelio » en priant pour que le sort fonctionnât dans le périmètre où il était limité. Il perçut confusément une présence non loin, non, plusieurs… Son cœur battit, ainsi donc ils n'étaient pas seuls ici ? Il ne put s'empêcher de songer à quel point la situation était grave. Qui donc aurait réussi à entrer ici ? Ce lieu était incartable, seul le Seigneur pouvait donner l'autorisation de s'y rendre !
Personne ne pouvait tromper le Seigneur. Il fallait que ce fût une personne de confiance. Or, seul Drago et quelques autres dignitaires avaient connaissance de cette bâtisse secrète où était enfermé le plus précieux des trésors. Il lui fallait arrêter ces personnes afin de s'aviser de leur identité. Drago savait qu'il aurait dû être prévenu de cette intrusion intempestive.
« Lumos Maxima, » souffla t-il, après s'être assuré de la direction qu'avaient pris les fuyards. Une vive lumière jaillit de sa baguette et éclaira le couloir, beaucoup plus puissante que celle projetée par un Lumos normal. Il marcha sans faire attention aux râles de mécontentement poussés par les tableaux, uniquement concentré sur sa cible. De temps à autre, il éteignait la lumière pour relancer son sort de détection et ainsi découvrir où se dirigeaient ceux qu'il poursuivait. Ils ne marchaient pas vite, il aurait vite couvert la distance qui les séparait. Il semblait qu'ils s'arrêtaient quelquefois, comme pour étudier l'endroit où ils se trouvaient, puis ils continuaient leur chemin, mais de façon insouciante, comme si le danger leur était inconnu. Il trouvait cela suspect, et n'en avait que plus hâte de les rencontrer pour les interroger, et si possible retrouver sa protégée.
Ses pas claquaient sur le sol, secs et assurés, à l'image de ceux de son père qu'il s'était tant évertué à imiter dans sa jeunesse. Aujourd'hui, il avait à peine conscience de tant lui ressembler, sa démarche lui étant devenue naturelle et caractéristique. Seuls la passivité de son regard et ses cheveux courts le différenciaient de ce qu'avait été Lucius Malefoy avant sa déchéance.
Tandis qu'il lançait une énième fois le sort, il s'aperçut très vite que les intrus avaient arrêté de progresser. Ils semblaient s'être arrêtés dans une salle et semblaient… attendre. Cela n'avait aucune logique, ils ne semblaient aucunement le fuir, au contraire… se cacher.
Une grimace déforma son expression. Il n'avait jamais constaté pareille naïveté et bêtise chez des personnes. Il fallait être un Moldu pour se comporter de telle façon.
Mais un Moldu ne pouvait pas s'introduire ici, ce qui renforçait l'ironie de sa remarque.
Il suivit donc le chemin qui devait le mener jusqu'aux inconnus, calmement, sûr de lui, paré à attaquer si le besoin se faisait ressentir. Bientôt, la distance s'amenuisa et il contourna le dernier couloir avant de se retrouver devant la porte de la salle où se terraient ses proies. Un sourire mince et inquiétant aux lèvres, il affaiblit la lumière de sa baguette, et tourna lentement la poignée. Il tendit l'oreille pour percevoir du bruit à l'intérieur. Un petit gloussement. Le sien, si caractéristique. Il suspendit son geste. Que faisait-elle ici, avec des inconnus ? Croyait-elle à un jeu ? Sans nul doute… Il allait en avoir le cœur net. Il ouvrit.
Quelque chose se jeta alors contre lui, lui coupant le souffle. Il la reconnut sans peine, riant entre ses bras écartés, tandis qu'elle l'enserrait fortement contre elle. Il resta sans voix, ne sachant que dire face à cette situation des plus étranges.
« Mince, tu m'as trouvée ! »
Il chancela, et instinctivement ses bras se refermèrent autour d'elle, tandis que ses yeux gris scrutaient l'obscurité, à la recherche des autres présences qu'il avait repérées. Il y en avait deux, il en était sûr. Il ne pouvait pas définir ce qu'elles étaient, son sort ne pouvant que lui signifier quelque présence humaine et leur nombre.
« Reste près de moi, compris ? » chuchota t-il, à la jeune femme, qui acquiesça, obéissante. Elle gloussait toujours.
Il la ramena derrière lui, tandis qu'elle se plaquait contre lui, ne se souciant pas du danger. Il lui dit alors, d'un ton mi-sévère mi-inquiet :
« Il y avait d'autres personnes avec toi, non ?
-Oh, ils se cachent, ils sont timides, trouve-les. De toute façon, après, c'est à moi de compter. »
Il soupira d'exaspération. Elle se croyait dans un jeu de cache-cache comme elle en faisait étant petite. Lui avait toujours détesté ce jeu, la bâtisse étant grande et ne lui permettant jamais de la trouver tant les cachettes étaient habiles et improbables (un enfant de petite taille pouvait facilement se faufiler dans n'importe quel interstice.). Il ne prit même pas la peine de lui signifier son erreur. Le plus important était d'abord de mettre la main sur les intrus.
~oOo~
Cachée derrière un immense tableau de maître, posé contre un mur, et où dormait un inconnu ronflant fortement, Meryl se forçait à demeurer silencieuse, se mordant les phalanges jusqu'au sang. Elle ne savait pas pourquoi elle avait fait confiance à cette inconnue. Celle-ci les avait guidés jusqu'ici avec un sourire immense et les avait pressés de se cacher au plus vite avant l'arrivée de leur poursuivant. Celui-ci ne s'était pas fait attendre, comme s'il savait déjà où ils se trouvaient. Juste avant qu'il ouvrît la porte, elle s'était souvenue de l'efficacité du sortilège de détection qu'elle avait déjà utilisé pour mettre la main sur Ted et son ami avant qu'ils ne la prissent en embuscade. Cet homme l'avait indéniablement utilisé, et désormais ils étaient faits comme des rats.
La situation s'était aggravée lorsque, en riant, la jeune femme s'était précipitée vers l'homme qui avait ouvert. Elle le connaissait manifestement et ne nourrissait aucune crainte. Même, elle lui faisait entièrement confiance, de ce qu'avait déduit Meryl après avoir saisi les brèves paroles qu'ils s'étaient échangées. La Princesse prenait manifestement tout cela pour un jeu. Cela allait forcément mal se terminer. Plus loin, Brian se dissimulait tant bien que mal sous une sorte de grande toile qui ressemblait à une nappe. Sa cachette était moins habile que celle de Meryl, mais il ne pouvait désormais plus en changer, seulement prier pour ne pas être pris.
Elle entendit des cliquetis, signe que l'intrus s'avançait dans la pièce, balayant de la lumière de sa baguette la vaste salle, une sorte de remise où s'entreposaient des tas d'objets anciens, qui devaient sans nul doute prendre la poussière depuis des lustres. Elle en venait à retenir sa respiration pour s'éviter d'éternuer face à l'importante accumulation de moisissures et autres saletés. Figée, elle attendait, s'empêchant même de déglutir.
On entendait toujours les gloussements de la Princesse tandis que l'homme inspectait la pièce, les plongeant, elle et Brian, dans une incertitude oppressante. Il allait finir par les trouver, elle le savait… Elle ne pouvait voir son compagnon, et elle se demandait comment il réagissait, de son côté. A un moment ou un autre, l'un ou l'autre trahirait sa présence, et ce serait la fin…
Elle crut que son univers s'effondrait lorsqu'elle entendit l'homme se racler la gorge et un cri retentir : celui de Brian ! Ce dernier se débarrassa de la toile en dessous de laquelle il se tapissait pour s'éloigner de l'homme, qui l'avait d'ores et déjà repéré.
« Mais qui vois-je… Quelle surprise. Qu'est-ce qui amène un inconnu jusqu'en cette demeure ? »
Le ton de voix était froid, velouté. Elle en frissonnait presque à chaque syllabe articulée. La voix était pompeuse, confiante, condescendante. Elle appartenait sans nul doute à un aristocrate ; le propriétaire de ce manoir, qui sait ?
« Je ne suis pas sûr qu'on m'ait signalé votre visite, monsieur… ? »
L'autre se moquait. Brian, quant à lui, ne répondait rien, tétanisé par la peur, jetant par-dessus l'épaule de son ennemi un coup d'œil à la jeune femme qui lui souriait d'un air complice.
« Il est impoli d'entrer dans une demeure sans autorisation, il faut que vous le sachiez. Je serais d'ailleurs bien curieux de savoir comment vous avez réussi à percer les défenses de ce lieu. Il ne me semble pas que quiconque puisse être capable d'entrer sans être immédiatement repéré.
-Je… J'en sais rien, moi ! Je sais pas comment je me suis retrouvé ici ! glapit le jeune homme, et Meryl faillit soupirer d'exaspération et de terreur mêlées.
-Allons donc… fit l'homme, avant de se désintéresser brièvement de sa proie : il me semble avoir repéré une troisième personne dans cette pièce. Où se cache t-elle ? »
Un silence suivit sa remarque. Encore une fois, Meryl suspendit sa respiration. Que fallait-il faire, maintenant, pour qu'ils s'en sortissent ? Se rendre et tenter un subterfuge ? Ou laisser Brian à son sort ? Non, elle ne pouvait pas le faire, non qu'elle s'en voudrait par la suite, mais si elle retrouvait les Rebelles, le fait d'avoir abandonné un de leurs compagnons serait considéré comme un acte de trahison. Dans l'un ou l'autre des cas, elle mourrait assurément. Elle se retrouvait dans une impasse.
« Allons, montrez-vous, c'est peine perdue. »
Elle ne répondit rien. Elle resta recroquevillée derrière la toile de maître, se mordant les phalanges toujours plus fort, et n'osant plus en retirer ses dents. Elle sentait un goût salé dans sa bouche, et la salive coulait, s'asséchant sur sa main. Au goût encore douceâtre du sang, venait se mêler l'amertume de l'angoisse.
Encore une fois, elle sentit le cliquetis des semelles. Il n'était qu'à quelques pas d'elle, et pourtant il ne faisait pas mine d'approcher. Savait-il où elle se terrait ?
Il se passa un long moment, quand soudain, elle perçut un léger cri et une étrange odeur de roussi.
Elle osa bouger la tête et vit du coin de l'œil une petite lueur orangée, qui s'agrandissait. Une flamme léchait le bas de la toile. Elle se retint de crier, mais plus elle attendait, plus le feu se répandait, venant grignoter le portrait. A en juger par son silence, celui-ci ne s'était encore rendu compte de rien, tout endormi qu'il était.
Elle ne pouvait pas rester là. Elle allait être brûlée si le feu continuait de se répandre.
Discrètement, elle se faufila en dehors de sa cachette, prenant soin de ne pas être vue. Elle rampait, et sa position inconfortable l'empêchait de vérifier si elle était visible ou non.
Mais ce fut l'expression du visage de la Princesse qui la trahit. Celle-ci, venant de l'apercevoir, élargit son sourire, et il en fallut peu pour que Drago le remarquât.
« Merci beaucoup, » lui souffla t-il.
Et il marcha à grands pas vers Meryl qu'il mit en joue de sa baguette.
« On ne bouge plus. »
Meryl s'arrêta instantanément, et enfouit son visage dans le creux de ses bras en guise de protection. L'instant d'après, Drago était auprès d'elle, et la saisissait sans ménagement pour la mettre sur le dos.
A la lueur de sa baguette, il put deviner les contours d'un visage féminin assez jeune, encadré de cheveux blonds visiblement très longs, et de grands yeux d'une couleur incertaine à cause de l'obscurité, mais qu'il jugea grise ou noire. Il eut une désagréable impression de familiarité à la vue de ce visage qui le fixait d'un air terrorisé.
« De mieux en mieux. »
Il la souleva alors, la tenant par l'épaule et la ramenant vers son compagnon.
« Maintenant, suivez-moi sans résistance.
-Le jeu est terminé ? »
Il tourna la tête vers la Princesse qui le fixait d'un air suppliant.
« Malheureusement, oui. Tu vois, ces gens n'étaient pas invités à l'origine, il faut les punir en conséquence.
-Oh… »
La jeune femme parut pensive.
« Mais pourquoi les punir ? Il faut simplement les mettre dehors. »
Drago soupira. Elle ne saisissait pas la gravité de la situation, comme toujours.
« En plus, ils ne faisaient rien de mal.
-Ils auraient pu te mettre en danger.
-Mais ce n'est pas vrai ! Ils jouaient à cache-cache, eux aussi. »
Sans répondre, Drago saisit sans ménagement les deux jeunes gens et les guida vers la porte, vérifiant qu'ils ne se débattaient pas. Sa protégée les suivit, incertaine et déçue.
« Je vous en prie, ne nous faites pas de mal, nous ne savons pas ce que nous faisons là ! supplia la jeune fille, qui tentait vainement de se dégager de sa poigne.
-Je n'ai pas de temps à perdre à vous écouter, ce n'est pas à moi que revient cette tâche. »
Meryl détailla à la lueur des torches le profil de cet homme. Il avait le nez pointu, le crâne légèrement dégarni et des cheveux d'un blond presque blanc. Il semblait avoir la trentaine environ. Ses soupçons étaient fondés : elle se trouvait face à un sorcier de noble lignée, elle pouvait presque voir le sang pur qui coulait dans ses veines, et elle en ressentit un frisson d'effroi. Cet homme exécutait froidement ses tâches, et sans doute n'était-ce finalement qu'un domestique… Mais non, un domestique n'avait pas tant de prestance.
Elle se débattit encore plus, et Brian fit de même, essayant de tordre le bras de leur adversaire. Mais ce dernier, intraitable, décocha un coup de pied au jeune homme, qui grogna. Mais l'instant d'après, le poing de Brian vint percuter la mâchoire de Drago qui chancela, affaiblissant de ce fait sa poigne. Brian se libéra et ses bras s'enroulèrent autour du cou de l'homme, le bloquant. Meryl se dégagea et s'éloigna, tenant solidement sa baguette dans sa main tremblante.
Drago ne réagit pas. Il se contenta de regarder la jeune fille, dont le visage tout juste éclairé par les torches le dérangeait indéniablement. Il la voyait mieux et ne pouvait s'empêcher d'être fasciné par la cascade de cheveux blonds s'écoulant sauvagement dans son dos, ainsi que par l'air effrayé de son visage. D'une voix forte, elle appela son compagnon :
« Il faut partir maintenant, Brian !
-J'arrive, attends. »
L'autre resserra son emprise contre le cou de Drago et lui décocha un coup de genou dans le dos. Grimaçant, l'homme fut étourdi par le choc, juste assez pour que les deux inconnus eussent le temps de s'enfuir.
« Non... marmonna t-il, tendant le bras tandis qu'ils disparaissaient à l'angle du couloir. Mère ! »
Il se tut. Pourquoi avoir laissé échapper ce mot ?
Plus loin, Meryl freina. Elle avait eu le temps d'entendre la dernière parole de Drago, et son cœur se refroidit. Elle se retourna subitement.
« Qu'est-ce que tu fais ? pesta Brian. Il faut qu'on s'éloigne d'ici en vitesse !
-Il a dit « mère »… Il a dit « mère » !
-Et alors ?
-Alors tu ne comprends pas ?
-Mais qu'est-ce que je devrais comprendre ? »
C'était vrai, cela n'avait pas de sens… Elle ne pouvait pas être sûre de ce qu'elle assurait… Elle n'assurait même rien du tout. Comment pouvait-elle tirer une conclusion si hâtive ?
Il m'a confondue avec sa mère ?
Cela arrivait. Mais un homme qu'elle ne connaissait pas le moins du monde, de surcroît bien plus âgé qu'elle… Elle n'avait aucune preuve.
« Allez, viens ! »
Ne pouvant s'empêcher d'être intriguée, elle suivit son compagnon qui s'était remis à courir, tenant plus que tout à sa vie.
Après ce qui lui parut une longue course, ils finirent par s'arrêter, à bout de souffle. Brian gronda, exaspéré :
« Il n'y aura jamais de sortie ici ou quoi ? »
Elle ne répondit rien. Elle regrettait d'être venue ici. Il semblait n'y avoir d'issue nulle part. Elle maudit alors sa curiosité de l'avoir menée cette fois beaucoup trop loin.
En désespoir de cause, Brian fit un pas dans une nouvelle direction. Avant de s'arrêter. Au loin, des bruits feutrés retentissaient.
Il poussa un juron. La situation ne pouvait être plus mauvaise.
Pourtant, des pieds nus et fins se dessinèrent bientôt, dépassant des pans d'une longue robe blanche. Le visage livide de la Princesse ne tarda pas à devenir visible.
« Encore toi ! s'écria Brian, tandis que Meryl tendait sa baguette en le devançant :
-Est-ce que cet homme t'accompagne ? »
Rien n'expliquait la présence si soudaine de cette jeune fille. Elle était, à peine quelques minutes plus tôt, restée avec leur agresseur qu'ils avaient fini par semer. La même pensée les traversa : si la Princesse avait emprunté un passage secret, alors l'autre homme aussi, indéniablement, dans le but de les coincer.
Pourtant, elle secoua la tête, tout sourire.
« Non, je lui ai encore faussé compagnie. La partie n'est pas finie, je connais une autre cachette, cette fois, il ne nous trouvera pas du tout. »
Brian souffla bruyamment :
« Écoute, j'en ai assez de tes délires, on n'est pas dans un jeu à la fin ! On est en danger de mort, ça te dit quelque chose au moins ?! »
Ignorant sa remarque, la jeune fille jeta un coup d'œil derrière elle puis commença à reculer, leur faisant signe de la main :
« Venez ! »
Elle disparut dans l'ombre.
Meryl savait qu'elle n'aurait pas dû accorder de deuxième chance à cette fille. Après tout, elle les avait pris au piège une première fois. Mais quelque chose lui disait qu'elle ne jouait pas la comédie – qu'elle était même très loin de jouer un rôle, aussi grotesque fût-il. Cette femme respirait la candeur, l'insouciance et l'ignorance. Le monde n'était pour elle qu'un vaste terrain de jeu, et elle était incapable de saisir des concepts trop élaborés pour elle. Elle se croyait encore dans une partie de cache-cache, et l'instinct de Meryl lui soufflait qu'elle disait vrai, que malgré sa dangerosité la Princesse pouvait les sortir d'ici, bien malgré elle par ailleurs. Elle la suivit, malgré les protestations de Brian. L'instant d'après, elle l'entendait respirer de façon saccadée derrière elle, pestant contre la stupidité des membres de la gent féminine.
Ils percevaient des chuchotis, tout autour d'eux, des murmures de terreur, des cris. Le passage de la Princesse éveillait quelque crainte dans les rangs des portraits qu'ils croisaient. Ils allaient d'étage en étage, sans s'arrêter. Le pas dansant, la jeune femme ne s'arrêtait jamais, et même son absence de chaussures ne pouvait la faire ralentir. Derrière elle, Meryl et Brian peinaient à la suivre.
« Eh ! Moins vite ! » s'écria Brian, mais il se tut immédiatement en s'apercevant qu'il était dangereux de crier alors qu'ils étaient sans nul doute traqués dans tout le manoir.
Le rire de la Princesse leur parvint, plusieurs mètres devant eux. Il ressemblait à une brise de printemps, passant si vite que même l'écho n'avait pas le temps de lui répondre. Quelque chose de surnaturel émanait de cette fille qui donnait la sensation à Meryl qu'elle suivait un esprit de l'air.
Finalement, ils la retrouvèrent, immobilisée face à une grande porte qu'elle ouvrait précipitamment, les invitant à la suivre. Non sans avoir jeté un coup d'œil à droite et à gauche, ils ne se firent pas prier deux fois et s'engouffrèrent dans la nouvelle cachette.
C'était une vaste salle, plus vaste encore que la précédente. Elle n'était pas encombrée, il n'y avait aucun meuble derrière lequel se cacher. S'ils étaient trouvés ici, ils n'auraient aucune chance d'en réchapper.
La jeune fille alla alors jusqu'à un mur où elle ouvrit une porte qu'ils n'avaient pas encore aperçue, occupés qu'ils étaient à examiner la salle. On aurait dit la nef d'une église, sans son autel ni ses sièges. Il faisait un froid glacial, et on sentait comme une brise alors que, pourtant, il n'y avait aucune fenêtre ouvrant sur l'extérieur. A part…
Meryl sursauta en entendant un léger grincement. La porte ouverte laissa passer un léger courant d'air, et à côté se trouvait l'inconnue, dans une posture conquérante.
« Vous venez ? Il risque de ne pas nous trouver de sitôt ! »
Méfiante, Meryl s'approcha, et regarda dans le couloir sombre sur lequel ouvrait la porte. Elle ne pouvait en voir le bout. Elle dévisagea alors sa compagne en fronçant les sourcils, et celle-ci haussa les épaules.
« Il faut nous dépêcher ! »
Sur ces mots, elle bouscula sa voisine et sortit de la nef. Après s'être échangé un même regard, les deux jeunes gens choisirent de suivre leur nouvelle guide.
« Si c'est un nouveau piège, je ne te fais plus confiance, » lui souffla Brian, dans le creux de l'oreille, et elle hocha la tête, fébrile, ne trouvant rien à répondre à cette remarque.
Le couloir était si sombre qu'ils n'y virent momentanément plus rien, et durent tâtonner pour se repérer. Ils devinaient le souffle des uns et des autres, parfois précipité, et les mains heurtaient les épaules, s'y accrochaient avant de les lâcher, quelque peu intimidées par ce toucher. Enfin, il y eut un grincement, et un jet de lumière se projeta sur leurs visages, les forçant à se protéger de leurs bras.
« Qu'est-ce que c'est… Le jour ? »
Meryl cligna des yeux, le temps de s'habituer à la luminosité, puis baissa les bras, regardant le soleil briller dans le ciel, perçant les nuages gris. Il se projetait sur la neige qui luisait, éclatante, sans pour autant fondre dans l'immédiat. Tout ce paysage n'était pourtant vu que d'une fenêtre, petite et crasseuse, enfoncée dans un mur. La pièce dans laquelle ils pénétrèrent était aussi poussiéreuse qu'un grenier abandonné depuis des années.
« Pouah, je suis allergique aux acariens ! » grogna Brian, en se dissimulant le nez derrière une de ses manches.
Meryl ignorait ce qu'étaient des acariens, et elle ne se formalisa pas de l'exclamation du jeune homme. La pièce sentait le renfermé. Il semblait qu'on ne l'avait pas aérée depuis des lustres.
« Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? demanda t-elle, à la jeune femme.
-C'est la sortie. »
Cette simple réponse fit soupirer Meryl. Il serait difficile de soutirer une réponse claire à cette femme-enfant…
« Et par où sort-on, maintenant ? »
La Princesse se dirigea alors vers une porte en bois sombre et tourna la poignée usée par le temps et l'absence d'entretien. La lumière du jour perça par le rai qui apparut tandis qu'elle ouvrait tout doucement.
« Bien joué, » fit Brian, avec une drôle de voix du fait que son nez était caché derrière sa main. Le premier, il s'empressa de sortir, et la jeune femme le suivit. Meryl balaya la pièce alentour, s'arrêta un moment sur un énième portrait, puis elle sortit.
Ils étaient dans une sorte de ville désaffectée. Toutes les habitations semblaient en tout cas abandonnées et abîmées. De lointaines traces d'incendies demeuraient encore sur les façades, et dans un sens, le chemin était impraticable. Les inscriptions sur les bâtiments avaient été effacées, si bien qu'on ne pouvait savoir lesquels d'entre eux avaient été des boutiques et des maisons. En se retournant, Meryl ne sut pas déterminer quelle était exactement la bâtisse qu'ils venaient de quitter. Elle n'avait jamais connu que son Pensionnat, après tout.
« Eh bien… Jamais je n'aurais pensé voir ça une fois dans ma vie… Une vraie ruine… » commenta Brian, qui s'était remis à parler normalement.
Marchant dans la neige sans paraître gênée par la morsure du froid sur ses pieds nus, la jeune femme accueillait l'air frais avec indifférence. Elle semblait totalement désintéressée de ce qui pouvait se passer au-dehors, et son teint pâle rougissait sous l'effet de la basse température. Meryl eut pitié d'elle, de la voir si peu vêtue et victime du froid.
« Comme ça, il ne nous retrouvera pas, j'en suis sûre. »
Meryl se tourna de nouveau vers elle, prête désormais à en découdre à présent qu'ils avaient la paix :
« Mais qui es-tu à la fin…
-Je ne suis pas sûr que ce soit le moment d'en discuter. Vous êtes encore en danger. »
La voix avait surgi de nulle part, et les trois jeunes gens regardèrent de tous côtés pour savoir d'où elle venait. Ce fut Meryl qui la vit en premier : la silhouette encapuchonnée était assise sur la toiture, méconnaissable. Au son de sa voix, elle devina qu'il s'agissait d'un homme.
« Qui êtes-vous, qu'est-ce que vous nous voulez ? » interrogea Brian, agressif, tandis que la jeune fille pointait sa baguette vers lui dans une attitude défensive.
L'autre se contenta de ricaner.
« Je vois que vous savez vous armer face à un ennemi potentiel. Mais ne vous inquiétez pas, je ne vous veux aucun mal. Au contraire, je souhaite seulement vous aider.
-Et en quoi ? grogna Meryl, une lueur suspicieuse dans le regard.
-Il me semble que vous cherchez à fuir, non ? »
Il se tourna vers la Princesse, qui restait passive, le scrutant curieusement.
« C'est donc elle, depuis ce temps…
-Et comment peut-on vous faire confiance ? »
La remarque de Brian l'empêcha de détailler plus avant la jeune femme.
« Vous croyez que vous avez le choix ?
-Bien sûr, on peut toujours se faire confiance à soi-même. En tout cas, maintenant c'est ce que je ferais, déjà que j'ai accordé ma confiance à la mauvaise personne dès le départ…
-Ce n'est pas vrai, je t'ai forcé, dit Meryl, sans l'once d'un regret dans la voix.
-Peu importe, après j'ai dû te suivre en me disant que tu connaîtrais un moyen de fuir. Après tout c'est toi qui nous as transportés ici. »
L'inconnu dévisagea Meryl. Elle se sentit mal-à-l'aise de ne pas pouvoir savoir ce qu'il pensait derrière le masque que lui constituait sa capuche…
« C'est donc toi la fille qu'ils cherchent ?
-Euh…
-Raison de plus pour fuir au plus vite, j'imagine. Si tu es si importante, c'est sûrement pour une mauvaise raison. Venez, on n'a pas de temps à perdre. »
Comme il descendait du toit et saisissait le bras de la Princesse, Brian hoqueta :
« Elle… On l'emmène aussi ?
-Bien sûr, il n'y a pas d'autre moyen. »
Étrangement, la jeune femme ne semblait pas se scandaliser d'être ainsi kidnappée. Elle suivait docilement le groupe, tout en jetant de fréquents coups d'œil derrière elle, inquiets et emplis d'incompréhension. On aurait dit une petite fille perdue qui aurait délibérément suivi un inconnu, ce qui était vrai, d'une certaine façon.
« Il est impossible de transplaner dans ce périmètre. Il faut donc marcher un moment avant de retrouver la liberté.
-Qu'est-ce que vous veniez faire ici ?
-Ce n'est pas l'heure des questions, on a largement le temps de s'y mettre plus tard. »
Le ton sec de l'homme fit définitivement taire Brian, ce qui était en soi un exploit, ce dernier n'ayant pas la langue dans sa poche et un caractère suffisant qui agaçait grandement Meryl. Elle s'épargna cependant de sourire, l'inconnu ayant parfaitement raison : ils avaient d'autres priorités avant tout.
Il semblait se dégager de lui une sorte de force tranquille, qui l'intimidait malgré tout. Malgré elle, Meryl n'avait pas envie de lui désobéir, non parce qu'elle était en confiance – elle ne savait que penser de ce côté-là – mais parce qu'il semblait sûr de lui. Elle ne savait pas où il les menait, mais il semblait déterminé à les éloigner de ce lieu. Elle voulait elle aussi poser des questions, mais la remarque cinglante adressée à Brian valait aussi pour elle, alors elle prit son mal en patience.
Finalement, l'homme s'arrêta devant un bâtiment, une sorte de grand hangar, et regarda autour de lui, alerte. Sa capuche ne faisait même pas mine de s'agiter, si bien qu'aucun élément de son visage n'apparaissait, à part son nez droit et sa bouche crispée. Il avait le menton carré, remarqua t-elle. Il semblait visiblement très fort, à en juger par sa carrure.
« Par ici. Entrez doucement, nous ne sommes pas à l'abri de nous faire repérer.
-Qui nous repérerait ? tenta t-elle, et elle se sentit brutalement toute petite lorsqu'il tourna vers elle son attention.
-Il peut y avoir des patrouilles, de temps en temps. Cet endroit est d'une importance capitale pour le Seigneur, il aura pris toutes les précautions pour empêcher quiconque de rôder autour. Si tu as été envoyée ici, ce n'est sans doute pas pour rien…
-Mais… commença t-elle, puis elle se tut. Les questions pour plus tard.
-Bien, continuons, » dit l'autre, lorsqu'il comprit qu'elle se retenait de parler.
Il fit avancer Meryl et l'autre jeune femme en premier, avant de faire passer Brian. Il parut vouloir éviter de le toucher, mais même sans cela, le jeune homme sentit un frisson étrange et désagréable lui traverser l'échine au moment où il passait derrière lui pour refermer la porte. Ils se retrouvèrent dans le noir complet.
« Lumos Maxima. »
De la baguette de l'homme émergea alors une puissante lumière, qui éclaira toute la pièce. Lorsqu'il la tourna vers un coin de la pièce, Meryl entrevit une sorte de porte, de laquelle il s'approcha.
« Après cela, nous serons à l'air libre. Nous débarquerons dans une plaine… Hors des limites de transplanage. »
Sans tarder, il alla ouvrir l'issue et invita tout le monde à y pénétrer. La Princesse parut hésiter, mais le signe encourageant qu'il fit de la tête la convainquit d'obéir, même si elle semblait comme apeurée, sans doute à l'idée de quitter ce qu'elle avait toujours connu, et de laisser Drago derrière elle, qui continuait encore à les chercher à l'heure qu'il était…
Comme pour l'aider, Meryl s'approcha d'elle et la poussa légèrement dans le dos. Son contact lui donna un long frisson. Elle n'était pas habituée à toucher les gens aussi familièrement.
La jeune fille souleva sa longue robe blanche et entra dans le petit tunnel. L'instant d'après, elle poussait un cri tandis qu'elle glissait le long d'un toboggan et disparaissait dans l'obscurité.
« A ton tour, » l'invita l'homme, en désignant Meryl.
La gorge nouée, elle se mit à son tour en position et commença à glisser, ses yeux essayant de percer l'obscurité. L'instant d'après, elle ne vit plus rien.
Après ce qui lui sembla être un long moment, tant les battements de son cœur étaient nombreux et sonores, elle sentit ses pieds toucher brusquement une surface dure. Grimaçante, elle s'empressa de se relever, tandis qu'elle percevait près d'elle une silhouette pâle. La Princesse.
« J'ai peur, dit celle-ci, d'une voix craintive. Je n'ai plus envie de jouer. »
Elle ne répondit rien, et ne réagit pas lorsque l'autre s'accrocha à son bras. Lorsqu'elle entendit un sifflement dans le tunnel, elle se plaça prudemment de côté, l'autre fille ne la lâchant pas.
« Décidément, tout est fait pour ne pas ménager mon allergie ici. »
La voix de Brian, étrangement, la rassura, et elle tendit sa main libre pour l'aider à se relever. Il la saisit sans se faire prier et ils attendirent finalement que l'inconnu arrivât pour continuer la route. Ils percevaient la présence d'un long couloir devant eux.
Finalement, l'homme encapuchonné arriva, se releva et agita sa baguette pour prononcer de nouveau le sort de luminosité. Sans qu'aucun mot ne fût échangé, ils continuèrent, malgré les claquements de dents de la Princesse qui continuait de s'accrocher à Meryl au point de déformer sa manche.
Après avoir parcouru une longue distance, l'inconnu se dirigea vers un mur et commença à tapoter du bout de sa baguette quelques pierres sur le mur, ce qui n'eut dans les premiers temps aucun effet, jusqu'à ce qu'un bruit sourd se fit entendre.
« Reculez. »
Tandis qu'ils s'exécutaient, une rangée de pierres commença à se rehausser sur le sol, suivie bientôt d'une autre, puis d'une autre encore… De plus en plus haut, ce qui leur fit deviner rapidement qu'un escalier était en train de naître sous leurs yeux.
« Au bout, il y a la lumière, » dit l'homme.
Meryl ressentit une étrange sensation, et se souvint de la phrase du livre moldu qu'elle n'avait pu achever : « nous nous rencontrerons là où il n'y a pas de ténèbres ».
Elle l'effaça immédiatement de son esprit, comme si à chaque instant cette pensée pouvait être perçue et la condamner.
Leur guide les précédant, ils prirent tous la route vers la lumière dont il était question, qu'ils finirent par distinguer au loin. La gorge de Meryl se serra, et, sans même s'en rendre compte, sa main alla chercher celle de la jeune fille mystérieuse qui les avait sauvés, elle et Brian, pour la serrer, très fort… Il n'y avait aucune affinité entre elles, et pourtant, elle ne savait pourquoi, elle sentait comme un étrange et fort sentiment à son égard, comme si cette fille pouvait faire éclater en elle une vérité enfouie…
~oOo~
La neige luisait au sol, et Meryl et Brian frissonnèrent à la sensation du froid sur leur peau laissée à l'air libre. L'homme, quant à lui, éteignit sa baguette et la Princesse fit un premier pas dehors, hésitante, ses pieds nus touchant l'herbe enneigée sans paraître ressentir la moindre sensation glaciale.
« C'est… la neige ? » murmura t-elle, comme si c'était la première fois qu'elle en voyait.
Sans chercher toutefois de réponse, elle s'immobilisa, examinant les lieux. Il n'y avait aucun mur à l'horizon, pas la moindre fenêtre comme celle par laquelle elle avait eu l'habitude de regarder toutes ces années. Il n'y avait que la prairie, et les fleurs écloses magiquement jusqu'à l'horizon…
Il n'y avait pas si longtemps, elle avait dit à Drago qu'elle ne voulait pas sortir, de peur de souiller la neige de ses traces de pas. Aujourd'hui, elle n'avait d'autre choix que de le faire, et elle entreprit d'avancer, constatant avec surprise que contrairement à ce à quoi elle s'attendait, cette surface blanche était molle, si molle et froide… Et qu'en dessous apparaissait l'herbe qu'elle avait l'habitude de voir le restant de l'année.
Elle avança alors jusqu'au sommet de la colline d'où ils avaient surgi, regardant derrière elle les traces informes qu'elle laissait. Elle ne souriait pas, on aurait dit un enfant qui apprenait à marcher et découvrait tout d'un coup à quel point le monde était immense. Les autres l'observèrent ainsi, curieux. Avec sa robe blanche, elle se fondait très facilement au paysage, et seuls ses cheveux châtains apportaient une tâche de couleur à cet étrange tableau. Chacun se surprit à la trouver belle, ainsi, dans son élément.
« Elle n'est jamais sortie, constata l'homme.
-Jamais ? répéta Meryl.
-Regardez-la. Donne t-elle l'impression de savoir quelque chose du monde dans lequel elle vit ?
-Non… balbutia Brian, qui ne pouvait détacher son regard de la femme-enfant.
-C'est l'un des éléments qui a tant d'importance pour lui… A présent qu'elle a été enlevée, il sera fou de rage, et sans pitié.
-Qui ça ? demanda la jeune fille.
-Celui que tous ont pour objectif commun de combattre depuis quinze ans. »
Elle comprit, et se tourna vers lui, les yeux emplis de questions.
« Je sais que tu as des interrogations légitimes, Meryl Greylord, et que tu ne sais pas par laquelle commencer. Je peux t'y aider.
-Vous… Vous connaissez mon nom ? s'enquit-elle, en clignant des yeux.
-Bien sûr, il n'est plus un secret pour personne depuis un certain temps maintenant, et j'ai eu l'oreille suffisamment attentive pour m'informer sur toi…
-Mais qui êtes-vous ? »
L'autre eut un sourire mince mais ne répondit rien, haussant au contraire les épaules.
« Je doute que tu me croies si je te le disais…
-Que faisiez-vous là-bas ? Pourquoi nous avoir sauvés ? Pourquoi suis-je arrivée ici alors que… Alors que personne…
-Pour te retrouver. Je savais que tu devais venir. Je t'ai sauvée pour l'empêcher de parvenir à ses fins. Parce qu'il te veut, coûte que coûte. »
Chaque réponse apportée ne suscitait que plus de questions.
« Pourquoi me veut-il ?
-Tu le sais déjà, j'imagine. »
Meryl regarda ses mains, un moment.
« Mais il y a encore…
-Oui, je me demande les mêmes choses. Sur ta véritable identité. Il est crucial que tu la connaisses, pour comprendre l'ampleur de ton importance. Comprends bien, Meryl : à présent qu'il a perdu deux de ses pièces les plus importantes, le Seigneur ne connaîtra plus le repos ; il fouillera le pays de fond en comble quitte à en saccager une grande partie, notamment les villes moldues qui subsistent encore. Nous sommes à l'aube d'une autre ère après la longue accalmie qui a suivi la victoire des Mangemorts. La lutte deviendra plus acharnée encore, jusqu'à ce que toi et elle remplissiez votre rôle…
-Et quel est son rôle, à elle ? demanda t-elle, en désignant la Princesse.
-Il est encore à venir, bien après le tien. Elle remplira une tâche à la fois semblable et différente… Vous êtes liées et en même temps dissemblables, en nature d'instruments. »
Instrument. C'était donc ce qu'elle était ? Le Seigneur la voulait pour se servir d'elle ? Évidemment, il se servait des gens, mais… Mais elle, qui avait eu si peu d'importance depuis ces dernières années, voilà qu'il l'appelait à une tâche dont elle ne savait rien.
« Qui est cette fille ? »
La voix de Brian, interrompant leur conversation, leur fit reporter leur attention sur la jeune fille qui s'était mise à rire aux éclats, dansant sur la neige épaisse, laissant voir ses pieds rougis et gelés.
« Les portraits l'appelaient la Princesse. Pourquoi ? »
L'autre prit le temps de répondre. Ses lèvres s'étaient de nouveau crispées, cela devait être un tic chez lui.
« Réfléchissez un peu. »
Sur ces mots, il s'avança vers la jeune femme, qui s'arrêta en le voyant venir à sa rencontre, brusquement intimidée. Lorsqu'il fut à peu de distance d'elle, il tendit la main pour caresser sa joue et dégager une mèche rebelle de sa joue. Elle éclata de rire sous le contact de ses doigts.
« Ça me chatouille ! »
L'inconnu jeta un bref coup d'œil aux deux jeunes gens qui s'étaient approchés, intrigués, puis il se pencha vers elle et lui demanda, dans un doux murmure rassurant :
« Quel est ton nom ? »
Prononcée ainsi, la question était plus évidente à saisir pour la jeune femme. Elle sourit joyeusement, heureuse qu'on lui demandât de se présenter. Le nom qu'elle prononça résonnait comme une mélodie sur sa langue, avec une légère accentuation sur la dernière syllabe, plus dure, impitoyable :
« Anita. »
(1) Je sais bien que ce n'est pas du tout le moment mais réfléchissez à la dimension métaphorique de ma phrase.
Blague à part (1) :
Nott (air psychopathe): J'adore jouer aux devinettes avec des inconnus...
.
Blague à part (2) :
Tessa : Tessa, Helena, Theodora, Anita, Maria, Maeva, Lana, Jessica, Gaïa, Cora...
Max : Qu'est-ce que tu fais, Tessa ? Pourquoi tu récites tous ces prénoms ?
Tessa : J'allais te demander, justement, si tu ne leur trouvais pas à tous un curieux point commun...
Max : Euh...
Dans le prochain chapitre :
Ted n'osait y croire. Meryl partie, disparue, c'était comme s'il y avait un grand vide en dedans de lui, en plus de l'absence cruelle de Katie qui avait considérablement changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. Meryl était son ennemie, à l'origine, mais il se sentait comme trahi qu'elle l'eût laissé ainsi, sans laisser la moindre trace.
A cause de tout cela, il avait fallu un certain temps avant que Tessa, Neville et lui cherchassent à s'isoler pour lui donner les explications dont il avait besoin. Puisque personne ne savait rien au sujet de Meryl, il valait mieux détourner les pensées de Ted vers un sujet aussi important : les projets de Theodore Nott concernant Katie.
Un chapitre tout en découvertes, je l'espère pour vous. Et sadique comme je suis, je vais vous imaginer avec plaisir en train de vous torturer les méninges durant le reste de la semaine (à moins que ce soit trop présomptueux de le dire). En tout cas, voyons le verre à moitié plein : je me suis débarrassée d'une partie des mystères que je brûlais de vous apprendre, mais évidemment tout n'a pas été dit. Je vous dis à la prochaine fois pour éclaircir certains points.
La semaine prochaine, je traverserai une zone de turbulence telle que j'ignore si le prochain chapitre arrivera au rendez-vous. Ne vous offusquez donc pas si je vous pose un lapin mes louloups (miam).
Et sinon, dans ma vie, je n'ai jamais tué que des mouches. Depuis, ma tapette est cassée. Commentez donc sans crainte, je ne peux malheureusement pas vous taper sur les doigts.
