Pairing – Drago Malefoy / Hermione Granger. _ Et oui, enfin... :P _ et y'a toujours quelques couples qui tentent de passer faire coucou d'temps en temps.
Genre – Romance/Famille.
Rating – M.
Disclaimer – Je laisse la parole à Bêtachoupinette d'abord...
Note de la beta - Je prends l'initiative de laisser une note afin de vous expliquer pourquoi ce chapitre a été aussi long a venir. Ceux qui me lisent aussi le savent parfaitement mais pour les autres, sachez déjà que ce n'est aucunement la "faute" (notez bien les guillemets) de Bewitch_Tales, mais la mienne. Et si j'ai déjà pu délibérément retenir un chapitre afin de motiver notre chère auteur, là c'est ma faute mais faute involontaire. Si ce chapitre a été aussi long à venir, c'est tout simplement parce que mon cher ordinateur est parti en réparation (et il l'est d'ailleurs toujours au moment où j'écris). J'ai imprimé le chapitre afin de le corriger sur papier et n'avoir juste qu'à retaper les corrections sur ordi mais la réparation a pris plus de temps que prévu. Si vous pouvez l'avoir d'ailleurs c'est parce que le monsieur de la boutique a eu pitié de moi et m'a prêté un ordi.
Donc voila, si vous voulez vous en prendre a quelqu'un, prenez-vous en a moi, et rappelez-vous qu'il y a plein d'auteurs sur ce site qui ne postent qu'une fois par an, et encore. Alors gardez la pèche (et la patience). L'épilogue sera moins long à venir... Je crois xD (il est possible que je fasse une dépression pour cause de fin de fic et que refuse de livrer cet épilogue... Non je rigole xD)
J'attend les blâmes, les plaintes et tout cas mais essayez pas de m'assassiner parce que ca pourrait très mal se passer xD
Et je reprends la parole… Désolée donc pour ce retard -les trois derniers jours sont de mon fait… :P
Et merci, merci pour tous vos messages ! :D Vous êtes à chaque fois plus nombreux & ça me fait tellement, tellement, tellement plaisir… Alors merci !
Et, petits gens qui m'avez envoyé tout plein d'messages, je suis sincèrement désolée, mais quand vous êtes des Guest, comment je fais pour vous répondre hein ? :P Faut laisser un moyen de contact quand on pose des questions…
Et soit dit en passant, j'apprécie beaucoup moins les "revieweurs énervés"… Vous êtes meugnons certains, à ne jamais avoir reviewé, mais d'un coup à péter un câble parce que je ne poste pas suffisamment vite. xD Mais à la limite, comme le dit Loufoca Granger, y'a des auteurs qui postent tous les 36 du mois. Il faut aussi se rappeler que les auteurs sur ce site écrivent & postent pour le plaisir. Ce n'est pas un travail, nous n'avons aucune obligation. Je culpabilisais à une époque, mais maintenant, ce genre de message me fait juste lever les yeux au ciel… u_u' (Et par un effet de rébellion bizarre, me donne envie de ne PAS poster xD)
Mais je remercie vraiment tous ceux qui sont venus me parler en mode inquiets, genre "tout va bien, t'es vivante ?" & m'ont dit attendre la suite avec impatience… :P
Quoi qu'il en soit… Voilà le dernier chapitre, tant attendu, tant désiré et qui, je l'espère de tout mon coeur, ne vous décevra pas. C'est toujours dur de poster un dernier chapitre, même si épilogues & OS suivront. Alors, je croise les doigts pour qu'il vous plaise, qu'il réponde à toutes vos attentes… Et… Je vous souhaite une bonne lecture !
Un Air de Famille
Chapitre 35
« Bon travail, ma puce...»
Anaïa releva la tête, surprise de ne pas avoir entendu son père entrer. Occupée à remettre de l'ordre dans la chambre de Kylian –il avait intérêt à ne pas en faire une habitude!- elle ne s'était pas aperçue de sa présence. Elle mit quelques secondes à comprendre de quoi il parlait avant de suivre son regard qui s'attardait sur les meubles fraichement ordonnés.
Elle s'empourpra légèrement, embarrassée par ce qu'il pouvait bien penser de ses cachotteries. Elle ne savait pas exactement quel était son avis au sujet des secrets: elle savait que sa mère haïssait cela, mais n'avait pas encore eu l'occasion de tester son père à ce sujet. Mais il était un Serpentard après tout, il devait en connaître un rayon en matière de dissimulations !
Il lui adressa un petit sourire complice et elle faillit pousser un soupir de soulagement. Elle qui s'était crue suffisamment sûre d'elle se découvrait tous les jours de nouvelles angoisses au sujet de son père : elle avait été abandonnée par le premier et craignait de ne pas suffire aux attentes du second. Après tout, il avait eu Kylian comme fils et ce dernier n'était pas loin d'être parfait en tout : bon élève, studieux, calme, intelligent… A côté, elle se donnait l'impression d'être une vraie calamité.
« C'est Ky qui l'a demandé ? s'enquit finalement Drago après avoir fait le tour des combles.
- Oui, admit-elle d'une toute petite voix. En plus, sa chambre... je veux dire, celle où je vis maintenant, c'était la plus grande et... il voulait que je l'aie.
- C'est ta chambre, Ana. Je m'en suis rendu compte en voyant cette affiche de Poppy Licorny sur le mur et toutes tes peluches. Et puis, tu as fait de cet endroit quelque chose de génial. Il voulait vivre ici quand il était petit, pendant sa période « Astronomie »... Il devait avoir sept ou huit ans. Il pensait qu'il devait être au plus proche des étoiles et qu'il pourrait installer des télescopes à chaque lucarne.
- Pourquoi tu as dit non ?
- Je ne l'ai pas fait, s'esclaffa Drago en levant les yeux au ciel face à sa propre incapacité à refuser quoi que ce soit à son fils. Je lui ai mis une pile de matelas juste là (Il désigna un coin de la pièce) et il a dormi ici pendant plus de trois semaines. Jusqu'au jour où il s'est endormi en laissant les lucarnes ouvertes et où une chauve-souris est entrée. Il en a fait des cauchemars ! Je suppose qu'il s'en est remis depuis le temps... »
Ana ne put s'empêcher de rire en imaginant la scène, même si elle n'en aurait pas mené bien large à sa place. Elle réalisa alors que son père évoquait volontairement Ky pour la première fois depuis le début des vacances. Elle avait craint que l'absence de son frère après une nuit en sa compagnie rende Drago encore plus bougon, qu'il se renferme encore davantage sur lui-même mais ce dernier semblait au contraire rempli d'espoir.
Elle se demanda ce qu'ils avaient bien pu se raconter lorsqu'ils s'étaient enfermés dans le petit salon durant une demi-heure. Elle savait juste que Kylian avait pleuré –puisqu'il était ressorti de là les yeux rougis par les larmes- mais lui avait paru d'un peu meilleure humeur que la veille chez les Weasley. Elle aurait pu poser la question, mais se doutait que son père ne répondrait pas.
« On pourrait remplir un peu plus cette bibliothèque, tu ne crois pas ? lança son père avant qu'elle n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit de regrettable.
- Pour Kylian ?
- Pour qui d'autre ? Ta mère a déjà envahi toutes les étagères de la bibliothèque du rez-de-chaussée.
- Alors tu penses que… bredouilla Anaïa, hésitante.
- Je ne pense pas, ma puce. Je me contente d'espérer. »
Anaïa faillit insister, puis se contenta d'hocher la tête. Détournant les yeux afin de dissimuler son angoisse à l'idée que Kylian ne revienne jamais, elle tapota l'oreiller qu'il avait écrasé quelques heures auparavant. Puis, sans regarder son père, elle alla fermer la lucarne ouverte –mieux valait prévenir que guérir, pas question de se transformer en chasseuse de chauve-souris !
« Et puis, on pourrait aller chercher des jouets pour le bébé, ajouta son père en se rapprochant, conscient de son inquiétude. Ta mère est bien trop grosse pour s'en charger...»
Elle se retourna vers lui, l'air faussement offensée qu'il ait pu prononcer une telle remarque et il lui adressa un clin d'œil. Il l'avait fait exprès pour la faire réagir évidemment : le sujet « poids d'Hermione pendant la grossesse » était à éviter à moins de vouloir souffrir pendant des heures ou essuyer des torrents de larmes.
Anaïa sourit, ne pouvant résister à l'envie de se moquer un peu de sa maman qu'elle n'avait jamais connue aussi émotive –même le divorce avec Ron ne l'avait pas faite tant pleurer. Puis, empruntant un rictus parfait au répertoire Malefoy, elle se lança dans le premier chantage d'une longue lignée :
« Si j'ai droit à un cadeau moi aussi, je te promets de ne pas répéter à maman ce que tu viens de dire ! »
Lorsque la porte se referma dans son dos, Kylian prit conscience que son mutisme pourrait être mal interprété. Mais s'il avait bel et bien promis à son père de rester lui-même, mettre en application cette promesse s'avérait bien plus compliqué. Ainsi, il n'avait pas desserré les lèvres de tout le trajet –hors du terrain de sa maison, lors du transplanage, puis durant la centaine de mètres qui les séparait de l'appartement de Ronald Weasley.
Il se creusa la cervelle quelques secondes, cherchant quelque chose à dire qui ne serait ni méchant, ni arrogant… Mais rien ne lui vint. Il n'avait simplement aucun sujet de conversation à aborder avec cet homme. Il leva légèrement la tête en sentant le regard de Ron sur sa nuque et conclut que ce dernier n'était pas franchement plus à l'aise que lui. Ils détournèrent le regard au même moment, alors que Kylian comprenait soudain ce qui le troublait tant : le silence.
Pour la première fois depuis qu'il vivait là, l'appartement était plongé dans le silence le plus complet. Ashton n'était pas en train de faire un caprice, Clare ne pleurnichait pas et Gabrielle n'était pas occupée à gérer tout ce petit monde en chantonnant pour les calmer.
Il ne put s'empêcher de grimacer. Génial, il n'y avait plus personne pour faire tampon entre Ron et lui. Et l'adulte apparaissait aussi conscient que lui de ce fait. Pour la toute première fois, ils se retrouvaient seuls tous les deux dans cet appartement qui rapetissait de minutes en minutes.
Alors, enfin, il trouva quelque chose à dire.
« Je soutiens les Canons de Chudley moi aussi !»
Ron sursauta presque, comme s'il ne s'était pas attendu à ce que l'un d'eux finisse par rompre le silence. Ky le prit presque en pitié en réalisant à quel point il semblait perdu. Ron cilla plusieurs fois, comme pour s'échapper de ses pensées, et balbutia avec étonnement :
« Vraiment ?
- Oui. Papa dit qu'ils sont minables, mais je les trouve hyper-courageux d'oser encore se présenter aux tournois alors qu'ils perdent tout le temps. Rien que ça, ils devraient obtenir une médaille ! »
Ron se renfrogna un instant lorsqu'il cita son père, mais ne s'appesantit pas sur le sujet. Sans doute était-il conscient des efforts faits par l'enfant, puisqu'il s'obligea même à sourire. Le silence s'imposa momentanément, mais ils refusèrent de le laisser s'installer, chacun pour des raisons qui leur étaient propres. Kylian parce qu'il craignait de ne pas trouver le courage de lancer une autre conversation. Ron parce qu'il doutait de survivre au silence qui lui rappelait tant l'absence de sa famille.
« Quand j'avais ton âge, j'ai assisté à l'une de leurs victoires. A l'époque, ils étaient plus appréciés que maintenant et leurs supporters étaient bien plus nombreux. Je continue à les soutenir en espérant qu'ils remontent la pente...
- Ils devraient remplacer leur gardien pour ça ! s'emporta Kylian en fronçant les sourcils. Avec un manchot pareil devant les buts, on ne peut pas s'attendre à un miracle. »
Son ton passionné fit sourire Ron et Ky baissa les yeux, embarrassé de s'être laissé emporter. Mais il n'y pouvait rien, voir des joueurs pathétiques obtenir des postes dans une équipe –déjà nulle à la base- le mettait dans tous ses états. Et puis, ce sujet de conversation en valait bien un autre : il n'avait pas l'impression de se dévoiler plus que nécessaire, était forcément à l'aise puisqu'il n'était pas intimement concerné… Son avenir ne dépendait pas des Canons de Chudley après tout il pouvait bien l'évoquer avec un homme qu'il détestait pourtant de toutes les fibres de son être.
Alors, avec une nervosité dont il ne parviendrait sans doute pas à se départir, il proposa :
« J'ai un livre sur eux… Vous voulez que je vous le montre ? »
Ron remonta la couverture jusqu'au menton de Kylian et esquissa un petit sourire en l'entendant ronchonner. Apparemment, le jeune homme avait le sommeil léger. Tout ton contraire, sifflota une petite voix perfide qui envahissait son esprit. Il la chassa par habitude, malgré tout torturé par ce qu'elle suggérait.
Sur la pointe des pieds, il quitta la chambre habitée par Kylian la mine sombre : maintenant que Ky s'était endormi, il se retrouvait à devoir affronter le vide. Aucun jouet ne trainait –Gabrielle avait embarqué tout ce que leurs enfants aimaient. Il ne glisserait sur aucun biberon. Son odorat ne serait agressé par l'odeur d'aucune couche sale. Ses tympans ne siffleraient pas en fin de journée à force d'avoir subi les pleurs hystériques de Clare et les nombreuses récriminations d'un Ashton trop gâté.
Il aurait dû être soulagé, mais tous ces bruits, tous ces signes de vie lui manquaient déjà, après seulement vingt-quatre heures. Il aurait pu profiter de cette tranquillité pour rattraper toutes les heures de sommeil en retard qu'il accumulait, ou réfléchir à un plan correct pour ramener son épouse à la raison…
Au lieu de ça, il prit une bouteille de Whisky-Pur-Feu dans un placard et s'empressa de la décapsuler dans l'espoir d'embrumer un peu son esprit et d'oublier que sa vie partait à vau-l'eau. Il se laissa tomber dans le canapé, la gorge nouée par une irrépressible angoisse. Et si Gabrielle ne lui pardonnait pas ? Son honneur de Weasley ne survivrait pas à un deuxième divorce, mais ce n'était pas ce qui l'inquiétait le plus : il n'y survivrait pas.
Sa séparation d'avec Hermione l'avait rendu fou et sans Gabrielle pour le soutenir, il aurait sans nul doute fini par supplier Hermione de le reprendre, même s'il la haïssait. Il n'était pas fait pour vivre seul. Il avait besoin de sa famille, de ses amis… Et il s'était noyé à cette époque, avec Gabrielle pour seule bouée. Elle avait été là pour lui, alors que tous l'abandonnaient –Hermione méritait apparemment plus de compassion, pour une raison qu'il ne comprenait toujours pas.
Elle avait pansé son cœur avec la douceur qui lui était propre et y avait laissé sa marque. Il ne s'était pas rendu compte qu'il était amoureux d'elle avant qu'il ne soit trop tard pour reculer. Leur mariage s'était fait tout naturellement et Ashton avait été l'accident le plus incroyable de toute son existence.
Contrairement à ce que pensaient nombre de gens, il n'avait pas remplacé Hermione par Gabrielle, il n'avait pas juste voulu se consoler, fonder une nouvelle famille pour oublier l'ancienne… Non, Gabrielle était juste la femme de sa vie. Elle était tout ce qu'il attendait chez un membre du sexe opposé : douce, maternelle, compatissante et réfléchie tout à la fois.
Alors qu'Hermione –il s'en était rendu compte bien trop tard- ne l'était pas. Il avait eu de l'admiration pour elle évidemment, elle était forte, courageuse, intelligente. Il fallait bien du courage pour supporter de vivre avec une femme pareille. Drago Malefoy n'avait certainement pas la carrure pour l'assumer, mais Ron s'en fichait : il n'attendait que de voir cet étrange couple se briser.
Et le sien revenir à la normale.
Ce n'était pas à lui de souffrir après tout. Il avait fait ce qu'il convenait de faire. Et pourtant, Malefoy se retrouvait avec une femme, lui. Alors que la sienne était à des kilomètres de lui.
« Il n'y a pas de justice !» soupira-t-il avant de boire une gorgée de sa boisson.
Gabrielle n'aimait pas qu'il boive. Selon elle, ça le rendait stupide. Mais il ne s'arrêta pas, puisqu'elle n'était pas là pour le faire.
Il se demanda à quel moment sa vie avait basculée pour devenir aussi déréglée, et trouva rapidement la réponse : Kylian. Il ricana amèrement. Il avait fait entrer un élément perturbateur dans sa parfaite petite vie organisée. Il aurait pu le regretter, mais ce n'était étrangement pas le cas. Un coup d'œil à la porte close de la chambre de Ky lui suffit à comprendre pourquoi. Quoi qu'en disent Malefoy, ou Hermione et même –à son plus grand désespoir- sa mère Kylian était son fils biologique. Il devait donc prendre soin de lui, peu importait à quel point cela s'avérait complexe.
Il esquissa un sourire en se rappelant que cette journée n'avait pas été affreuse au final. Certes, il y avait eu des moments de silence tendus entre eux. Mais Kylian semblait s'être calmé –il se doutait que Malefoy y était pour quelque chose, mais ne comprenait pas pourquoi cet homme aurait fait quelque chose pour lui. Ils avaient discutés Quidditch pendant une bonne partie de la journée, et il avait même réussi à le faire rire ! L'enfant avait vite repris son sérieux, mais peu importait : il avait rit, grâce à lui…
Ron s'enfonça plus profondément dans les coussins et songea avec espoir que la situation n'était peut-être pas aussi critique qu'il le pensait. S'il se rapprochait de Kylian, Gabrielle comprendrait peut-être de nouveau que tout pouvait bien se passer. Oui, il récupérerait son épouse et ses enfants...Et Kylian allait l'y aider.
Après tout, s'ils aimaient la même équipe de Quidditch, peut-être avaient-ils d'autres points communs. Et Ron était prêt à tout pour les découvrir.
Avec un soupir de soulagement, Drago éteignit la lampe qui avait éclairé ses parchemins durant des heures cet après-midi là. Le soleil était désormais couché depuis longtemps et il savait pertinemment que ç'aurait aussi dû être son cas mais il s'était retrouvé happé par l'un de ses dossiers. Il le referma avant de le glisser dans le tiroir de son bureau, espérant que cela suffirait à couper court à la curiosité d'Hermione. Il en doutait.
Il quitta son bureau quelques minutes plus tard, se demandant si le moment n'était pas venu d'expliquer à Hermione ce qu'il fichait enfermé dans cette pièce jour après jour. Mais curieusement, il craignait d'admettre la vérité avant d'être sûr et certain que son projet se concrétiserait. Il ne voulait pas lui donner de faux espoirs, ni la décevoir. Il esquissa un sourire en réalisant que pour la première fois depuis très longtemps, l'avis d'une autre personne comptait à ce point pour lui.
Il passa rapidement à la salle de bain, aussi vite que possible pour la rejoindre sous les draps et retrouva leur chambre. Dans la pénombre, il tâtonna pour rejoindre le lit qu'ils partageaient, et ne mit que quelques secondes à comprendre qu'elle ne s'y trouvait pas. L'angoisse l'étreignit momentanément avant qu'il ne parvienne à retrouver son calme : depuis qu'elle était enceinte jusqu'aux yeux, il aimait savoir où elle se trouvait à chaque seconde.
Il jeta un coup d'œil à la chambre d'Anaïa qui –assise à son bureau, une plume à la main- ne l'entendit même pas. Puis il s'assura qu'Hermione n'était pas encore en train d'organiser les jouets du bébé en éternelle insatisfaite qu'elle était –elle avait fondu en larmes un peu plus tôt parce que les peluches n'étaient pas bien rangées par nuances de bleus. Finalement, il descendit à la cuisine où il avait bien des chances de la trouver. Il commençait à se demander comment il pourrait la déplacer jusqu'à Sainte-Mangouste sans un sortilège permettant de déplacer de très lourds objets.
La lumière de la cuisine était bel et bien allumée et il poussa un soupir de soulagement en entendant la voix de Dondre prendre ce ton « spécial maitresse » : soumis et presque charmeur. Puis il se crispa en entendant renifler. S'il devait encore la réconforter à cause d'une teinte de peluche, il ne répondrait plus de rien. Il poussa néanmoins la porte et se tourna vers le tabouret sur lequel était assise Hermione. Les yeux rouges et gonflés de cette dernière n'atténuèrent étonnamment pas le désir qu'il éprouvait continuellement pour elle : lui qui s'était fichu de Théo qui trouvait sa femme belle quelle que soit la situation…
« Qu'est-ce qu'il se passe, mon cœur ? »
Mon cœur... Il pouvait déjà entendre Blaise ricaner si –par le plus grand des malheurs- un tel surnom franchissait de nouveau ses lèvres. Hermione esquissa un petit sourire à travers ses larmes, puis plongea sa cuillère dans une part de gâteau au chocolat –il aurait dû mettre des actions dans une entreprise de fabrication en apprenant qu'elle était enceinte. Il ne put la lâcher des yeux lorsqu'elle glissa la cuillère dans sa bouche et laissa échapper un petit gémissement de plaisir. Merlin.
Il chassa Dondre d'un signe discret de la tête et regarda l'elfe filer sans demander son reste. Apparemment, la pauvre créature avait dû gérer sa maitresse pendant un moment et n'avait attendu qu'une chose : la possibilité de fuir. Il compatissait très sérieusement.
Enfin seul avec Hermione, il se rapprocha d'elle et la serra doucement contre son torse où elle se laissa aller sans protester, preuve qu'il n'était pas responsable de ses larmes. Il passa doucement sa main dans son dos, se surprenant de nouveau à être satisfait de ce contact pourtant peu sensuel puis déposa un léger baiser contre son front.
« Je peux faire quelque chose ? »
Il s'attendait à l'une de ses demandes farfelues habituelles, telles qu'une soudaine envie de gâteau chocolat-citrouille, un besoin irrépressible de se faire masser les pieds ou de prendre un bain parfumé à la noix de coco… Il avait pris l'habitude de combler chaque désir qu'elle formulait à haute-voix, tant que cela ne mettait pas sa santé en danger comme lorsqu'elle avait voulu transplaner jusqu'à la maison de ses parents. Il ne perdait jamais son sang-froid. Plus rien ne pouvait réellement le surprendre. Ou du moins, c'est ce qu'il pensait avant d'entendre :
« J'ai besoin de toi. »
Il s'éloigna très légèrement d'elle afin de veiller à l'expression de son visage qu'il n'avait pas imaginé cette phrase mais non : elle avait rougi, apparemment embarrassée d'oser admettre une faiblesse si désespérément humaine. Il resta bouche bée un instant, puis répliqua –aussi dur que ce soit de lui refuser quoi que ce soit, surtout une chose qu'il désirait lui même si ardemment, il ne prendrait aucun risque.
« Hermione, tu sais qu'on ne peut pas. »
Elle le fusilla de son regard le plus noir et il fut parfaitement conscient de la chance qu'il avait eue d'être élevé par Lucius Malefoy : sans cela, il aurait reculé de peur. Elle le repoussa avec une fermeté surprenante pour une femme enceinte et quitta son tabouret. La peine avait été remplacée par une colère monumentale, et Drago se demanda comment gérer cette nouvelle émotion qu'il connaissait si peu chez elle.
« Dis plutôt que tu ne veux pas ! le fustigea-t-elle en déposant brutalement son assiette vide dans l'évier.
- Tu…
- Ne mens pas. Je n'aurai pas envie de moi si j'étais à ta place. Je suis énorme, j'ai une mine d'inferi… Très franchement, qui pourrait avoir envie de ça ?! »
Elle se désigna d'un geste large de la main et il réalisa qu'elle avait de nouveau les yeux brillants de larmes. Il supplia Merlin de lui donner la force d'affronter cette situation, de trouver les mots qu'il fallait et surtout –le plus important- de ne pas craquer. Il aurait pu lui prouver qu'il la désirait toujours autant en la culbutant sur le plan de travail après tout. Cela lui aurait pris moins de temps que de chercher à la rassurer. Mais il résisterait.
« Hermione, chuchota-t-il en l'approchant tout doucement. Je t'ai prouvé plusieurs fois que ton corps me plait encore... Tu sais pertinemment que je n'ai aucun problème avec ça. Et puis, de toute façon, dans quelques mois, tout sera redevenu à la normale ! Tu te rendras compte que ce n'était pas si horrible. Tu es fatiguée. Tu as besoin de te reposer.
- Non ! riposta-t-elle en le saisissant par le col de son t-shirt. Ce dont j'ai besoin, c'est de ça.»
Le baiser qu'elle posa sur sa bouche lui coupa littéralement le souffle. Elle paraissait affamée, non de chocolat comme c'était le cas depuis des mois, mais de lui… Il se tendit douloureusement à son contact et regretta instantanément de l'avoir rejointe : comment était-il censé résister à ça, après des mois d'abstinence ? Il aurait fallu être un Saint ; et il n'en était clairement pas un.
Une sonnette d'alarme retentit néanmoins dans son esprit lorsque le ventre d'Hermione se colla contre le sien. Il s'efforça à retrouver son sang froid, au moins pour son fils qui n'était supposé naitre que deux semaines plus tard. Il pouvait tenir deux semaines. Quatorze jours n'étaient rien après plus de deux cents. Il cala donc fermement ses mains contre ses hanches et s'arracha à son contact. Elle poussa un petit cri de protestation qui lui rappela bien des souvenirs, mais il tint bon.
« Hermione, ne fais pas ça...
- Pourquoi pas ? demanda-t-elle d'une toute petite voix pleine de frustration.
- Tu es plus forte que ça. On peut tenir le coup, d'accord ? Purce nous a dit d'éviter toute émotion forte, et crois-moi, lorsqu'on refera l'amour, ce sera plus qu'émotionnellement troublant...»
Elle cligna plusieurs fois des paupières, laissant sa remarque s'insinuer dans son esprit et Drago comprit qu'elle s'était calmée lorsqu'elle se laissa aller contre son torse en soupirant. Il l'entoura de ses bras en lui chuchotant des promesses qu'il était impatient de pouvoir tenir. Lorsqu'il l'entendit sangloter, il eut pourtant bien plus de mal à ne pas craquer. Il aurait tout fait pour qu'elle cesse de pleurer et il espérait qu'après l'accouchement, il n'aurait plus jamais l'occasion de voir une seule larme sur son visage.
Mais en cet instant, tout ce qu'il pouvait faire était de la serrer plus fort.
Anaïa quitta sa chambre sans faire de bruit, refusant de réveiller sa mère si celle-ci dormait déjà. Elle avait vraiment besoin de repos après tout, comme tout le monde dans la maison depuis qu'elle était devenue une vraie fontaine. Elle frotta ses poings contre ses yeux, retint un bâillement, puis toqua tout doucement à la porte de la suite parentale. Un « Entrez » un peu assoupi lui répondit et elle se glissa à l'intérieur.
Son père était allongé sur le lit, le dos appuyé sur des coussins, un livre à une main, l'autre étant trop occupée à parcourir le dos de sa mère qui semblait endormie. Il lui adressa un petit sourire encourageant et elle s'approcha de lui le plus silencieusement possible.
« Elle ne dort pas encore, chuchota Drago en caressant les cheveux d'Hermione. Tu n'es pas encore couchée à cette heure ci ?
- Non, j'avance mes devoirs, répondit Anaïa sur le même ton.
- Tes devoirs ? Nous sommes en juillet, ma puce. N'es-tu pas censée, comme la plupart des enfants de ton âge, faire tout ton travail à la dernière minute ?
- Drago, ronchonna Hermione en ouvrant à demi les yeux. N'essaie pas d'avoir une mauvaise influence sur elle...»
Le coupable s'esclaffa avant de grimacer lorsqu'elle lui pinça un genou. Puis, retrouvant son sérieux, il revint à sa fille qui veillait sur sa mère, les sourcils tout à coup froncés. Il aurait voulu la rassurer, mais ne voulait pas mettre Hermione mal à l'aise en expliquant la raison de sa dernière crise de larmes. Heureusement, Anaïa ne posa pas la moindre question et reporta son attention sur lui.
« Je me suis dit que je devais m'y mettre tout de suite cette année. Une fois que le bébé sera né, je vous aiderai alors...»
Elle haussa nonchalamment des épaules, et Drago abandonna son livre pour lui caresser la joue. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'Hermione avait vraiment fait du bon travail avec elle. Aurait-il pu éduquer une telle jeune fille, à lui tout seul ? Probablement pas… Parfois, il songeait que l'erreur de l'infirmière avait eu plus d'effets positifs que négatifs au bout du compte même s'il n'oserait jamais l'admettre à haute voix, surtout pas à une Hermione hypersensible.
« Je bloque sur un exercice de potions, murmura finalement Ana après un court silence, expliquant ainsi la raison de sa venue. Tu peux m'aider ?»
Drago jeta un coup d'œil à Hermione qui était presque passée dans les bras de Morphée, puis hocha la tête. Apparemment, elle n'aurait plus besoin de lui, contrairement à sa fille. Il embrassa donc doucement sa femme –ou du moins escomptait-il qu'elle le soit dans un futur très proche- puis sortit du lit. Elle riposta d'un soupir, mais il ne se laissa pas attendrir.
« Je reviens vite.
- D'accord...»
Il était certain qu'elle dormirait déjà profondément lorsque ce serait le cas, mais il savait qu'elle avait du mal à dormir seule depuis quelques temps. Dès que le bébé bougeait, elle avait envie d'un massage. Et dès qu'il appuyait sur sa vessie, elle avait besoin d'aide pour rejoindre la salle de bain. Il avait beau aimer la voir dans cet état et en être passablement fier, il se promit que ce serait la dernière fois. Il était trop vieux pour ces choses là...
Anaïa le conduisit jusqu'à sa chambre où elle lui présenta un exercice de potions qu'il trouva étonnamment compliqué –à moins que son cerveau ne soit rouillé à force d'inactivité. Pourtant, en cherchant dans les tréfonds de sa mémoire, il parvint à résoudre le problème. Il était près de minuit lorsqu'enfin, il remonta la couette d'Anaïa jusqu'à son menton et lui embrassa le front.
« Papa ?
- Oui, ma puce ?
- Pourquoi est-ce qu'elle a pleuré maman ? »
Elle observa son père se figer et sut qu'il allait lui mentir. Etonnamment, elle ne ressentit pourtant pas le besoin de le pousser dans ses retranchements et attendit qu'il trouve une manière convenable de lui expliquer les choses. Il éteignit sa lampe de chevet avant de s'asseoir au bord du lit. Malgré la pénombre, elle remarqua ses sourcils froncés et son rictus embarrassé et décida qu'elle n'avait vraiment pas envie de savoir de quoi il retournait. Si la cause des larmes de sa maman faisait rougir Drago Malefoy, elle n'était clairement pas apte à l'entendre.
« Disons qu'elle veut quelque chose et que j'ai refusé.
- Comme quand elle a voulu aller faire les courses au Chemin de Traverse alors que le Médicomage lui avait expressément conseillé de ne pas trop s'agiter ?
- Oui, dans ce genre là.
- Mais… le bébé va bien maintenant, pas vrai ? Et maman aussi ?
- Bien sûr, ma puce, la rassura-t-il en caressant ses cheveux. Tout va bien se passer.
- Alors il n'y a plus aucun risque, si ? »
Il parut surpris, comme si lui-même n'avait pas envisagé les choses de cette manière. Un instant, un éclat étrange anima ses iris, puis il secoua la tête et reprit sa mine renfrognée. D'une voix rendue rauque par elle-ne-savait-quoi, il répondit :
« Mieux vaut faire ce que Purce a dit, Ana. Le bébé sera bientôt là et tout est normal, mais prendre des risques serait idiot à ce stade...
- Même si ça faisait plaisir à maman ?!»
Il grimaça. De toute évidence, cette discussion ne lui plaisait pas mais elle refusa d'abandonner. Sa mère pleurait de plus en plus souvent, et même si elle savait que les hormones en étaient la cause –et non une quelconque « faiblesse de femme » comme l'avait sous-entendu Blaise- elle aurait fait n'importe quoi pour qu'elle cesse. Elle espérait que son père serait du même avis qu'elle. Après tout, le bébé était presque prêt à naître… Et même Purce l'avait dit à sa dernière visite : tout allait bien.
Alors, elle se redressa sur son lit et –avec tout le sérieux du monde- ordonna, inconsciente des risques et de ce que cela pourrait provoquer :
« Papa, si ça peut rendre maman heureuse et faire qu'elle arrête de pleurer tu dois lui donner ce qu'elle veut ! »
Kylian retint difficilement un éclat de rire, comme tous les matins depuis presque une semaine : voir Ronald Weasley préparer un petit-déjeuner avait de quoi amuser n'importe qui. De toute évidence, il n'avait jamais eu à cuisiner jusque là. Et si Molly l'avait pris en pitié –sans doute pour que Kylian ne meure pas le faim- et lui avait préparé pleins de plats à réchauffer, elle n'avait néanmoins pas pu s'occuper des œufs et du bacon matinal.
Avec un sadisme qui ne lui ressemblait pas, Ky l'en remerciait : Ron était involontairement hilarant. Un spectacle à lui tout seul. L'homme surveillait les aliments comme s'ils pouvaient prendre feu à la moindre contrariété. Ky se demandait s'il ne le faisait d'ailleurs pas un peu exprès –personne ne pouvait être à ce point inquiet à l'idée de tenir une spatule.
« Monsieur Weasley ?
- Ky, je t'ai déjà dit de m'appeler Ron, articula l'homme entre ses dents serrées –non pas par colère, mais parce qu'il était concentré par l'omelette qu'il essayait de ne pas transformer en œufs brouillés.
- Oui, Ron, répéta Kylian avec un rictus de doute. Je pourrais passer la journée avec Cameron aujourd'hui ? »
Ron abandonna l'idée de l'omelette. Tant pis, des œufs brouillés seraient aussi bon –ou aussi mauvais puisqu'ils étaient cuisinés par sa main. Il renversa une portion écrabouillée dans une assiette, rajouta une tranche de bacon carbonisé puis la posa devant Kylian qui grimaça.
« J'en profiterai pour prendre le petit-déjeuner chez les Potter si on part maintenant...
- Oh, allez, ça ne peut pas être si mauvais que ça ! » l'encouragea Ron avant de prendre une assiette à son tour.
Il s'assit face à Kylian à une table qui paraissait désormais bien trop grande pour eux deux, et porta une bouchée d'œufs écrabouillés à ses lèvres avec un enthousiasme débordant. Dix secondes plus tard, Ky éclata de rire en l'entendant jurer. De toute évidence, c'était bel et bien aussi dégoûtant que l'apparence du déjeuner le laissait soupçonner. Ron débarrassa les assiettes en bougonnant et Ky ne résista pas à lui accorder un peu d'aide. Après tout, ce n'était pas entièrement sa faute si ses efforts n'amenaient aucun résultat probant.
« Ce n'est pas si grave, vous savez, déclara-t-il avec un petit sourire. Vous n'avez pas l'habitude vous occuper de ce genre de choses, c'est tout...
- Oui, c'est Gabrielle qui le fait d'habitude. »
Comme toujours lorsque le prénom de son épouse se glissait dans la conversation, les traits de Ron se figèrent et Ky faillit lui tapoter le bras pour le réconforter. Il n'était pas certain d'apprécier Ronald Weasley, malgré tous les efforts qu'ils faisaient pour aller l'un vers l'autre depuis six jours ; mais il s'était trompé sur de nombreux points.
Le plus flagrant était l'absence d'intimité qu'il avait cru déceler entre Ron et Gabrielle. Il avait cru que les deux adultes étaient en couple sans pour autant s'aimer ; mais il s'était de toute évidence fourvoyé. Peut-être n'étaient-ils simplement pas doués pour le montrer ; ou peut-être s'aimaient-ils différemment de ses parents –si démonstratifs même dans leurs chamailleries… Ou peut-être que le quotidien avait dévoré toute notion de vie amoureuse entre eux. Ils devaient être bien occupés à être parents et à travailler dans le cas de Ron. Il aurait voulu partager son analyse avec quelqu'un afin de s'assurer qu'il avait bien compris la situation ; mais ne se voyait pas en discuter avec des personnes extérieures.
« Je vais te déposer chez les Potter avant d'aller travailler, marmonna finalement Ron, interrompant le cours de ses pensées. Je reviendrai te chercher après le déjeuner et on fera ce que tu voudras, d'accord ? »
Ky hocha la tête. Le programme était devenu habituel, même s'il passait normalement ses matinées en compagnie d'Arthur et Molly –apparemment, Ron craignait qu'il ne fugue s'il se retrouvait trop souvent en compagnie de Cameron. Il ne s'en offusquait plus, et ce même si s'amuser avec Cameron lui aurait plu bien davantage. Molly et Arthur étaient très gentils, mais les enfants Weasley étaient souvent présents. Ils avaient peut-être enterrés la hache de guerre depuis l'incident d'Ana, mais Ky pressentait qu'elle pourrait être sortie de terre à la première confrontation.
Les après-midis se déroulaient bien mieux qu'il ne l'avait craint au départ. Il avait tellement pris l'habitude d'être désagréable que retrouver son caractère paisible s'était avéré étrangement complexe, comme s'il revêtait un costume devenu trop petit pour lui. Il avait finalement décidé d'oublier toute considération de Gentil ou de Méchant Kylian, et s'exerçait à être le nouveau lui-même : un mélange des deux.
Un nouveau lui dont devraient désormais se contenter les gens qui l'aimaient. Un nouveau lui que Ronald Weasley tentait de connaître d'une heure de l'après-midi à l'heure du coucher.
Ils avaient assisté à deux matchs de Quidditch, avaient visité la fabrique de Farces et Attrapes de George Weasley, étaient allés voir la mer en dégustant des glaces… Et même si Kylian s'était imposé quelques barrières, il devait admettre s'être bien amusé. Ronald Weasley était un homme étonnamment simple, et si Ky avait espéré le découvrir foncièrement méchant, il aurait été bien déçu. Ron était peut-être naïf, définitivement jaloux –il suffisait qu'il parle de son père pour s'en rendre compte- et envieux de tout... Mais pas mauvais.
Le soir, lorsqu'il se couchait, il tentait d'imaginer à quoi aurait pu ressembler sa vie avec Ron et Hermione. Il aurait été sans nul doute très différent. Peut-être aurait-il même atterrit à Gryffondor. Il aurait embêté Ana dans les couloirs en compagnie de ses cousins. Il aurait été proche de Cameron évidemment, puisqu'ils avaient le même âge, mais aussi de Chase ou Freddie. Il aurait grandi avec deux parents et cela aurait influencé sa vision de tout un tas de choses... Ce Kylian là –qui ne se serait jamais appelé Kylian mais Andrew ou Anton- aurait été tout son contraire.
Jamais Kylian ne regrettait quoi que ce soit pourtant. Sa vie aurait été plus simple, plus normale mais quel intérêt ? Il avait aimé cette vie entre garçons avec son père. Peut-être avait-il souffert de l'indifférence teintée de cruauté de Lucius et Narcissa, peut-être avait-il été trop solitaire pour un enfant, peut-être qu'une présence féminine lui avait manquée… Mais telle avait été sa vie, et il n'en aurait changé pour rien au monde.
Il aurait aimé pouvoir faire comprendre cela à Ron alors que ce dernier préparait ses affaires. Il aurait aimé lui dire : « Vous savez, ça ne rattrapera jamais les douze années perdues » parce qu'il avait bien compris que c'était ce que tentait de faire Ron. Il essayait d'être son père, mais Kylian n'avait pas l'intention d'être son fils. Leur relation était donc vouée à l'échec dès le départ.
« Mons...Ron ? »
Ce dernier leva les yeux et esquissa un sourire. La culpabilité l'obligea à se taire. Il ne pouvait simplement pas faire ça, pas alors que l'adulte tentait si maladroitement d'être un père parfait pour lui, de rattraper son absence et ses erreurs. Kylian ne pouvait qu'espérer que Ron finirait par comprendre ce qu'il savait déjà depuis un moment : il n'aurait jamais de place dans sa vie, dans sa famille et probablement pas davantage dans son cœur.
Et il croisa les doigts pour que cela se produise le plus vite possible.
Drago se réveilla avec son problème matinal habituel, tel un adolescent handicapé par un sérieux excédent de libido. Il devait avouer que la position de son corps et de celui d'Hermione n'aidait clairement pas à atténuer le souci. Comme toujours, au cours de la nuit, ils avaient fini par emprunter la seule position qui permettait à Hermione de ne pas écraser son fils, et au dit fils de ne pas faire mal à son père en s'agitant : la cuillère.
Malheureusement, leurs hanches étaient étroitement liées, ne laissant à Hermione aucun moyen d'ignorer son état. Et instinctivement, lorsqu'elle s'éveilla, son corps partit à la recherche du sien, son charmant postérieur se frottant à lui comme pour le rendre fou. Il savait qu'elle n'était pas consciente de son geste, mais lui en voulait quand même.
Après sa discussion avec Anaïa, il s'était retrouvé incapable de fermer l'œil, l'esprit envahi de « Et si... » tortueux. Il essayait de se rassurer en pensant que même Purce lui donnerait son accord –après tout, il l'avait dit un jour, « une maman heureuse rendait le bébé heureux ». Et il pouvait être certain qu'un orgasme rendrait Hermione euphorique. Au final, s'il craquait, cela ne serait que bénéfique à son fils.
Il faillit se claquer pour se sortir cette idée de la tête. Il se mentait à lui-même. Déshabiller Hermione et profiter de leur réveil pour la combler ne serait profitable qu'à leur « partie sud », comme disait Kylian.
Pourtant, lorsqu'Hermione s'agita un peu plus en soupirant, il ne put s'empêcher de la toucher. Doucement, il glissa sa paume contre son ventre, comme pour s'assurer que son fils bougeait toujours, preuve qu'il allait bien. Puis, il laissa sa main remonter jusqu'à la poitrine tendue qui s'offrit à ses caresses. Hermione se réveilla presque instantanément et posa ses doigts par-dessus les siens, comme pour l'arrêter, avant de lâcher un petit hoquet de surprise.
« Tu...
- Oui, je suis réveillé, sourit-il contre sa nuque.
- Et tu veux...
- Si tu veux aussi. Je comprendrai que ta petite crise d'hier soit passée. »
Il priait pour que ce ne soit pas le cas, mais il suffirait d'un mot d'Hermione pour qu'il arrête. Ses maigres excuses ne tiendraient jamais le coup face à un refus, et une part de lui espérait qu'elle dise non. Pourtant, lorsqu'elle lâcha ses doigts, il poussa un soupir de soulagement et enfouit son visage dans son cou. Cette situation le rendait presque schizophrène. Et il éclata de rire quand elle lui ordonna de ne pas faire trainer les choses.
Il n'était pas le seul à manquer de contact. Même s'ils les provoquaient depuis des semaines, les étreintes et les baisers étaient insuffisants après tout ce qu'ils avaient partagés. Certes, elle l'avait touché intimement à de nombreuses reprises, mais ce plaisir égoïste ne lui avait pas suffit. Il voulait lui rendre la pareille et escomptait bel et bien lui obéir en se pressant plus que d'ordinaire.
Alors doucement, il reprit ses caresses, sa main libre trouvant le chemin jusqu'à ses cuisses. De toute évidence, la grossesse avait du bon. Elle lui paraissait étonnamment réceptive. Exacerbées par le manque, ses hormones s'affolaient ; et il revint sur sa décision prise la veille : peut-être pourrait-il la remettre enceinte un jour finalement... et en profiter pleinement cette fois ci !
Il déposa un baiser dans son cou, sans cesser d'attiser son désir, puis fronça les sourcils en la sentant se crisper quelques secondes plus tard. Son esprit embrumé par l'impatience crut pendant un court instant qu'elle avait eu un léger orgasme... Puis il chassa cette possibilité lorsqu'elle gronda. Ses mains l'abandonnèrent alors qu'elle se tendait à nouveau et il se hissa sur un coude pour apercevoir son visage.
« Hermione ? Je t'ai fait mal ? »
Elle secoua la tête, les yeux clos, puis posa ses mains à plat sur son abdomen. Il ne mit qu'une seconde à comprendre ce que cela signifiait et son petit souci de camping disparut de lui-même, comme conscient de l'importance de la situation.
« Contraction ? Parvint-il à articuler et elle hocha la tête. Ok. »
Il répéta le mot « ok » environ douze fois avant de réaliser que ce n'était pas tout à fait ce qu'elle attendait de lui. Il se répéta mentalement toutes les étapes prévues –Purce les lui avait apprise lors de sa dernière visite. Son sac était déjà prêt depuis des jours. Il devait simplement glisser le courrier déjà prévu dans la cheminée, l'expédiant à Sainte-Mangouste pour prévenir de leur arrivée imminente et envoyer Anaïa chez Blaise qui la conduirait à l'hôpital dès que le bébé serait né –il était inutile qu'elle patiente si l'accouchement prenait des heures. Une fois cela fait, il...
La main d'Hermione se tendit vers la sienne et la broya, lui faisant perdre le fil de son programme. Elle avait les dents si serrées qu'il craignit un instant qu'elle ne se les brise. Il lui caressa doucement les cheveux, espérant ainsi la détendre, mais en vain.
« Il a vraiment mal choisi son moment, ce bébé, tu ne trouves pas ? plaisanta-t-il afin de la faire penser à autre chose qu'à la douleur.
- Drago, la ferme.
- Ok.
- Arrête de dire « ok ».
- Ok. Je veux dire... D'accord. Ça va aller. Je vais me lever et faire tout ce qu'il faut et...
- Non ! »
Elle sanglota presque et –alors qu'il s'apprêtait à quitter le lit un instant- il la serra contre lui. Elle soupira de soulagement et mêla ses doigts aux siens, les écrabouillant une fois de plus quelques minutes plus tard.
« Elles sont proches les unes des autres ou c'est moi ? s'inquiéta-t-il soudain.
- Non. C'est trop rapide. Douze minutes. C'est trop rapide. »
Il remarqua qu'elle était étrangement pâle et prit conscience qu'il ne pouvait pas rester sans réagir. Il aurait fait n'importe quoi pour être capable de se dédoubler : il aurait pu rester allongé près d'elle pour la soutenir, tout en filant à Sainte-Mangouste, gérant Anaïa, prévenant tous les gens qu'Hermione voulait présents pour l'occasion. Mais il était tout seul.
Il ne lui fallut qu'une seconde pour comprendre qu'il se trompait et hurla le prénom de Dondre qui apparut presque immédiatement. L'Elfe de Maison écarquilla ses grands yeux lorsqu'il comprit la situation et écouta les ordres de son maitre avec un sérieux surprenant. Et pourtant, il ne put s'empêcher de laisser échapper un couinement de surprise lorsque Drago acheva :
« Il faut que j'aille voir Ana... Préviens Blaise qu'il va perdre les os de sa main et qu'il n'a pas intérêt à se défiler ! »
Kylian s'installa à la table des Potter sans attendre : son estomac grondait presque depuis que l'appétissant fumet du petit-déjeuner préparé par Harry avait envahi ses narines. Si le cliché des femmes derrière les fourneaux n'avait pas été révolu, Harry se serait probablement chargé de le faire : une crêpe voleta à quelques dizaines de centimètres de la poêle avant d'y retomber, parfaite. Mais Ky était bien plus intéressé par le bacon encore chaud que Ginny venait de disposer dans son assiette.
« Tu veux quelque chose à manger, Ron ? s'enquit poliment Harry, non sans laisser percer son animosité.
- J'ai du boulot à rattraper et je dois filer, mais merci. Je viendrai le récupérer en début d'après-midi, précisa-t-il à l'adresse de sa sœur.
- Pas de soucis. Je ne travaille pas aujourd'hui. Et puis, Logan et Quincy seront chez des amis toute la journée, alors si tu préfères travailler un peu, on trouvera de quoi s'occuper Kylian, Cameron et moi... »
Elle ébouriffa les cheveux de Ky au passage et ce dernier lui accorda un sourire, dents serrées pour ne pas laisser échapper un morceau de bacon. Cameron profita de cette distraction pour en chiper un bout dans l'assiette de son ami, ce qui lui valut un regard assassin de son père lorsqu'il fut surpris.
« T'avais qu'à en préparer plus ! se défendit-il. Je suis en pleine croissance, moi. J'ai besoin de manger.
- J'apprécierais que tu cesses de grandir immédiatement, mon grand. Tu nous coûtes une fortune en vêtements ces derniers temps... »
Cameron esquissa un sourire qui n'était pas peu fier, conscient qu'il s'apprêtait à dépasser son grand frère –plus trapu que lui- dans les mois qui venaient. Il n'avait aucune envie d'arrêter sa croissance, surtout si cela pouvait lui permettre d'en coller une à son oncle Ron dans quelques années. Et de protéger Ana et Ky dès que ce serait nécessaire. Surtout Ana en fait.
« Je reviendrai tôt, intervint Ron avec un sourire. A tout à l'heure, Kylian.
- A plus ! » répondit l'enfant avec un petit signe de la main.
Ron parut hésiter une seconde, puis se dirigea vers la cheminée. Il n'eut pas le temps de l'atteindre qu'un homme en sortit, l'air passablement inquiet, ses vêtements froissés ne lui convenant pas du tout.
« Malefoy ? Qu'est-ce que tu...
- Je n'ai pas le temps de m'occuper de toi, Weasley. »
Drago passa devant lui comme s'il n'avait pas eu plus d'intérêt qu'un Scroutt-à-Pétard et toute l'importance de son travail échappa à Ron qui le suivit jusqu'à la cuisine. Il serra les dents lorsque Kylian aperçut son père et se précipita dans ses bras, abandonnant le repas qui avait eu tant d'importance pour lui un peu plus tôt.
« Papa ! »
Drago parut prendre une seconde à reconnaître son fils et tous remarquèrent qu'il était trop dépenaillé, trop tremblant pour être dans son état normal. Le cœur de Ron se crispa dans sa poitrine un court instant et il faillit ne pas comprendre pourquoi : il avait peur.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? s'empressa de demander Harry, posant la question que tous se posaient, l'angoisse tordant ses traits aussi violemment que ceux de Drago.
- Hermione est... Le travail a commencé. Purce est à la maison. Il a dit qu'on n'aurait pas le temps de la conduire à Sainte-Mangouste et qu'elle ne tiendrait pas debout suffisamment longtemps, qu'elle ne peut pas quitter son lit et... »
Il parlait si vite que même Ginny –pourtant habituée aux papas en pleine crise de panique- avait du mal à le suivre. Elle prit cependant la situation en main, tendant sa tasse de tisane à Drago dont la peau habituellement pâle était devenue aussi blanche qu'un parchemin neuf.
« Je vais y aller, déclara Ginny en le forçant à boire. Purce est un excellent Guérisseur, Drago. Tu n'as pas à t'inquiéter. Qui est avec elle en ce moment ?
- Blaise. Mais elle voulait que vous soyez là tous les deux, alors...
- Et Ana, elle est où ? s'inquiéta Cameron avec son sens des priorités habituelles.
- A la maison. Elle a compris que quelque chose n'allait pas, mais je n'ai pas osé...
- Je m'occupe de ça, proposa Harry avec un sourire un peu crispé. On va venir avec toi et...»
Il parut brusquement se souvenir de la présence de Ron et de Kylian, et s'interrompit. Il ne pouvait pas parler pour tous, sans compter que Kylian était supposé rester là toute la journée. Ils auraient pu laisser Cameron et Kylian seuls évidemment –ils avaient treize ans, ou presque, après tout mais il se doutait que son fils voudrait absolument rejoindre Ana… Et que Kylian était dans le même état d'esprit. Il ouvrit la bouche, prêt à tenter de convaincre Ron ; mais Kylian le devança.
« Je veux y aller. »
Ron baissa les yeux pour fixer le jeune homme qui n'avait jamais paru aussi sûr de lui. Il parut sur le point de répondre par la négative, mais Kylian ne lui laissa pas le temps de faire. Avec toute la conviction dont il était possible de faire preuve à cet âge, il se planta devant Ron et expliqua :
« Pour une fois, ça n'a rien à voir avec mon père, d'accord ? Mais Ana est ma sœur et je n'ai pas envie qu'elle soit toute seule aujourd'hui alors que je suis sûrement le seul à savoir ce qu'elle va ressentir. Et Hermione est ma maman. Vous ne pouvez pas dire que c'est faux, parce que ça signifierait que vous refusez d'être mon père aussi ! Et je veux être avec elle aujourd'hui. Et ce bébé, même si dans mon cœur, c'est mon petit frère, je sais que vous direz que je me trompe... Mais vous ne pouvez pas. Parce qu'il partage la moitié de mon ADN de toute façon ! C'est ma famille. Je veux être avec eux. Juste aujourd'hui. »
Ron resta silencieux, l'air soudain aussi malade que Drago. Il aurait dû refuser, il était même prêt à le faire ; mais il devina des larmes dans les yeux de Kylian. Et celui-ci murmura ce qui l'acheva aussi sûrement qu'un sortilège :
« Je vous en supplie. »
Le manoir n'avait jamais été aussi rempli de vie et de bruits, comme si le monde entier s'était réuni dans une pièce trop petite. Kylian regardait les gens aller et venir : Blaise, Théodore et sa femme, Molly, Harry... Cameron et Anaïa étaient assis à ses côtés sur le canapé, les yeux rougis par les larmes d'Ana provoquant une intense douleur dans sa poitrine à chaque fois qu'il les croisait.
Elle était morte de peur, malgré les discours de Purce lorsqu'il était venu leur dire que le travail avançait et que tout allait bien, malgré la main de Cameron qui enveloppait la sienne, et les sourires encourageants d'Harry. Et il se sentait exactement comme elle. Il ne parvenait simplement pas à s'enlever l'idée de la mort de sa mère de la tête, pas vraiment sa mère, mais celle qu'il avait cru l'être pendant onze ans. Pansy était morte en mettant Ana au monde. Il ne pouvait pas croire qu'il se reproduirait la même chose, et pourtant...
« Vous voulez quelque chose les enfants ? demanda Molly dans l'intention évidente de se rendre utile au lieu de creuser un trou dans le sol à force de faire les cent pas. Vous devez avoir faim ou soif, ça fait des heures qu'on attend...»
Ils secouèrent tous les trois la tête d'un même mouvement et elle parut sur le point d'insister, en bonne mamie poule qu'elle était, mais Blaise l'arrêta d'un regard noir. Contrairement aux autres, il ne semblait pas inquiet, mais furieux : contre l'incompétence des guérisseurs qui n'avaient pas prévu que quelque chose puisse mal se passer à ce stade, contre Hermione qui avait forcément dû faire une bêtise et contre Drago qui était responsable de toute façon puisqu'il n'avait pas été « capable de lancer un foutu sortilège de protection, cet imbécile ! ». Ana avait presque souri en l'entendant morigéner le monde entier.
« Ils ne pourraient pas se dépêcher un peu, non ? s'emporta-t-il encore en fusillant du regard les escaliers menant au premier. A croire qu'ils n'ont jamais fait ça avant !
- Blaise, calme-toi, intervint Théo en soupirant. Je sais que tu es stressé et que tu gères habituellement cette étrange émotion en frappant dans quelque chose, mais tu nous énerves tous là...
- Il est plus de midi ! Midi ! Ce bébé avait l'air pressé de sortir tout à l'heure quand cette fichue Sang-de-Bourbe me cassait les pieds à brailler ! Alors pourquoi est-ce qu'il joue les timides maintenant, hein ?! Quelqu'un peut me le dire ? »
Théodore haussa un sourcil, l'air de lui demander s'il voulait vraiment choisir ce moment pour être un abruti, mais Blaise n'y prêta pas la moindre attention puisque quelqu'un était prêt à lui offrir une réponse. Anaïa se redressa légèrement et avec le rictus le plus Malefoyen possible, rétorqua :
« Peut-être qu'il t'entend crier depuis dix minutes et que tu lui fais trop peur. »
Blaise parut réfléchir à cette possibilité durant quelques secondes, puis il secoua la tête. Son corps s'affaissa tout à coup et il se laissa tomber sur un fauteuil, abandonnant son masque de colère pour laisser passer une émotion bien plus logique : l'appréhension.
« C'est le fils d'Hermione. Il n'aura probablement peur de rien... »
Drago se demanda si son sang circulerait de nouveau dans sa main un jour, mais au fond il s'en fichait tant que son fils naissait avec ses dix doigts et ses dix orteils, tant qu'Hermione cessait de pleurer, de grimacer, de crier de douleur. Il jeta un coup d'œil vers Purce qui essayait tant bien que mal de positionner correctement le bébé pour faciliter sa venue au monde. Mais le petit Pas-Vul avait décidé de leur présenter ses pieds en premier, se fichant apparemment du mal qu'il pourrait causer à sa maman.
«Tout va bien, chuchota Ginny à l'intention d'Hermione, épongeant la sueur de son front et les larmes de ses joues. Ça prend juste un peu plus de temps que pour Kylian, n'est-ce pas ?
- Je ne m'en souviens pas, admit Hermione en serrant les dents. J'étais totalement assommée.
- Mais tu te souviens que ça en vaut la peine ? Tu oublieras à quel point ça fait mal dès qu'il sera là. »
Hermione hocha courageusement la tête avant de détourner les yeux pour observer Drago. Il paraissait plus sombre que jamais, dévoré par des angoisses qu'elle ne pouvait que deviner. Il avait perdu sa première femme dans une situation presque identique. Rien de ce qu'elle pourrait dire ne le rassurerait et pourtant, elle tenta de l'aider à passer cette épreuve, alors qu'elle-même aurait tout donné pour dormir un peu au lieu de subir les pires douleurs.
« Au moins, on est sûrs que ce sera bien le nôtre, pas vrai ? Pas d'autres bébés dans le coin avec lesquels le confondre...»
Drago prit quelques secondes à réagir à sa plaisanterie, mais lorsqu'il sourit, elle faillit fondre en larmes : il faisait semblant, juste pour elle. Il caressa tendrement sa joue, ses iris d'un gris d'orage s'emplissant d'une émotion qu'elle n'avait aucun mal à saisir, et il admit :
« Je ne le lâcherais pas des yeux de toute façon. Jusqu'à ce qu'il ait au moins... vingt ans.
- Et pour Poudlard, comment comptes-tu t'y prendre ?
- J'engagerai des Aurors rien que pour veiller sur lui à chaque seconde.
- Il te détestera.
- Tant pis, s'esclaffa-t-il, un peu forcé. Je m'y habituerais. S'il va bien, qu'importe qu'il m'en veuille d'être un peu protecteur ?
- Engager des Aurors me paraît exagéré, Drago, même pour un papa pro... »
Elle serra furieusement la mâchoire, incapable de finir sa phrase alors qu'une énième contraction se faisait sentir. Drago la laissa broyer ses doigts, incapable de ressentir cette douleur là, trop obsédé qu'il était par ce qui risquait d'arriver si Purce ne se décidait pas à réagir.
« Qu'est-ce que vous attendez ? intervint-il finalement en fustigeant le Guérisseur.
- Que les contractions se rapprochent, Monsieur Malefoy, répondit calmement Purce. Il existe un sortilège permettant d'aider le bébé à se retourner, mais employer la magie sur un être aussi minuscule comporte des risques... Je préfère donc attendre le dernier moment. Je sais ce que je fais, ça ne devrait plus tarder. »
Drago serra les poings, prêt à expliquer à ce fichu Guérisseur qu'Hermione souffrait depuis de longues heures, ce qui ne serait jamais arrivé s'il avait été compétent ; mais cette dernière l'arrêta en lui réclamant :
« Drago, parle au bébé...
- Quoi ?
- Il bouge sans cesse, c'est ça qui me fait mal... Ta voix le calme toujours, parle-lui. »
Le regard de Drago passa du Guérisseur à Ginny, ces deux derniers le fixant avec une lueur d'intérêt toute neuve. Apparemment, ils le croyaient incapable de parler au ventre de sa femme et il devait avouer qu'il aurait largement préféré que leur avis sur le sujet ne change pas. Pourtant, tout en se sentant parfaitement crétin, il posa sa main au niveau du nombril d'Hermione et se lança, oubliant la présence de deux personnes qui n'auraient jamais dû assister à une discussion intime :
« Salut, mon grand... Ce serait gentil si tu cessais un peu de gigoter. Je te jure que le vieux bouc que tu vois à la sortie n'est pas aussi dingue qu'il en a l'air. Et la rouquine là, elle va sûrement te nourrir de temps en temps quand nous aurons besoin d'intimité ta maman et moi. Sans compter que si tu continues, tu risques de blesser tout un tas de gens, moi y compris. Et que pour me venger, je t'affublerai du prénom le plus ridicule qui soit. Pas Vul, non. Je compléterai carrément le mot pour en faire un truc importable...
- Drago, je t'ai dit de lui parler, pas de le menacer, s'écria Hermione, un sourire irrépressible aux lèvres.
- Désolé, désolé. Quoi qu'il en soit, si tu pouvais te calmer un peu, tu nous rendrais service. Tout est prêt pour toi ici. Tu as les vêtements les plus mignons du monde qui t'attendent, même si selon ta maman, un bébé n'a pas besoin d'une chemise noire. Mais elle n'y connaît rien, alors quelle importance ? Et tu as tout un tas de jouets qui sont rangés par couleurs parce que tu as rendu ta maman totalement folle dingue. Dans quelques années, tu auras même un balai de course. On sera discret parce que je doute que ta maman soit d'accord. Elle va dire que c'est dangereux, je l'entends déjà...
- Tu me fais passer pour une méchante...
- Mais non ! démentit Drago en lui souriant, sans remarquer que Ginny et Purce paraissaient aussi amusés qu'Hermione. Ta maman est super cool, mon grand. Et elle t'attend avec impatience. En partie parce qu'elle a très envie de perdre ce ventre, mais aussi parce qu'elle est en manque de câlins. (Il veilla la réaction d'Hermione et cela ne manqua pas : elle rougit jusqu'aux oreilles.) Elle est pressée de t'en faire ! Et moi aussi. De t'en faire, de lui en faire...
- Drago ! »
Il ne put s'empêcher de rire franchement cette fois en voyant sa mine courroucée. Elle leva les yeux au ciel, apparemment agacée par ses plaisanteries indignes d'une grande personne, et il reporta son attention sur son fils.
« Tout ça pour dire qu'on t'attend tous impatiemment ici. Ta maman et moi. Ana et Ky qui t'adorent déjà. Ton parrain Blaise qui a l'intention de t'amener draguer dès que tu auras l'âge –neuf ans environ selon lui. Et pas mal de rouquins dont je ne parviendrai pas à me débarrasser malgré mes efforts... Alors, plus vite tu laisseras le guérisseur s'occuper de toi, plus vite tu auras tous ces cadeaux, ces câlins et tout ce qui va avec. »
Le silence se fit dans la chambre, un court instant avant que Ginny ne se penche sur Hermione pour lui chuchoter à l'oreille quelque chose que Drago perçut distinctement :
« Je viens de comprendre pourquoi tu l'aimes. »
Puis, la voix de Purce lorsqu'il examina Hermione pour la sempiternelle fois :
« Madame Malefoy, vous n'allez pas tarder à devoir pousser. »
Personne n'eut à cœur de le corriger. Et Drago ne put s'empêcher de remarquer que le nom Malefoy allait étonnamment bien à Hermione lorsqu'elle s'empourpra en l'entendant.
Ron débarqua au Manoir quelques minutes après treize heures. Il n'avait pas voulu paraître stressé ou impatient, mais il n'aurait pas pu tenir plus longtemps loin de Kylian. Il pressentait que les choses ne seraient pas simples lorsqu'il devrait récupérer Ky et le ramener chez lui ce soir là. Lorsqu'il apparut dans le salon, de nombreux visages surpris se tournèrent vers lui et il s'étonna de l'angoisse qui défigurait leurs traits.
«Hermione n'a pas encore accouché ?
- Non, elle y est enco... »
Harry fut interrompu par un cri sonore qui fit bondir toutes les personnes présentes de leurs sièges. Ron n'eut aucun mal à comprendre pourquoi : ce n'était pas un hurlement de femme. Le tout premier cri d'un nouveau-né. Ky et Ana s'échappèrent vers les escaliers avant que quiconque n'ait le temps de les arrêter : ils s'arrêtèrent pourtant après quelques marches, comme conscients qu'ils ne pouvaient entrer sans prévenir. De dépit, ils s'assirent au bas des escaliers, tordant le cou pour surveiller le premier étage, en l'attente d'une chose qui ne tarda pas à venir.
Un interminable quart d'heure plus tard, Drago Malefoy apparut tout en haut des marches. Le visage déformé par la peur que Ron avait aperçut quelques heures auparavant avait laissé place à une expression émerveillée alors qu'il contemplait le petit être qui gigotait entre ses bras, emmailloté dans une couverture verte. Il descendit les marches sans le quitter des yeux, puis accorda un petit sourire à ses enfants lorsqu'il les aperçut.
Ron recula d'un pas, comme si quelqu'un l'avait frappé.
Ses enfants...
Instinctivement, il avait pensé « ses enfants », incluant Kylian sans le vouloir. Mais alors qu'il observait Drago Malefoy présenter son dernier né aux deux enfants plus grands, il réalisa qu'il ne s'était pas trompé.
Anaïa et Kylian s'étaient penchés au-dessus du bébé et lui souriaient comme pour dire « Salut, on va faire de ta vie un enfer, mais on va bien s'amuser aussi. ». Ils étaient l'image même d'une famille. Il sentit son cœur se serrer à cette vision alors qu'Harry s'approchait de lui, lisant son trouble sur son visage.
« Alors t'as enfin compris, hein ? murmura-t-il, suffisamment bas pour n'être entendu que de lui.
- Je...
- Peu importe ce que tu fais, Ron. C'est ici sa maison. Ce sont ces gens sa famille ! »
Il désigna Drago d'un mouvement du menton et Ron suivit son regard, le posant de nouveau sur les deux enfants.
Anaïa tout d'abord dont le sourire aurait pu illuminer une ville entière alors qu'elle gazouillait au-dessus de son petit frère. Il ne l'avait pas vu aussi heureuse depuis des siècles, sans doute parce qu'il avait été plus responsable de ses larmes que de ses sourires.
Puis Kylian dont les yeux écarquillés semblaient absorber chaque détail de ce qui bougeait sous ses yeux. Il paraissait impressionné, comme s'il n'avait pas cru ce miracle possible, comme s'il avait atteint un but supposément inaccessible. Il était heureux lui aussi, même si ce bonheur semblait obscurci par autre chose. Et lorsqu'il leva légèrement les yeux pour croiser son regard, Ron comprit qu'il était cette « autre chose. »
Anaïa et Kylian, deux enfants qui étaient un peu les siens, mais pas tout à fait.
La fille qu'il avait abandonnée.
Et le fils qui ne lui appartiendrait jamais.
Kylian détourna son attention de Ron pour fixer son petit-frère qui papillonnait des paupières, incapable de fixer son attention sur quoi que ce soit. Ses yeux gris allaient du menton paternel au sourire d'Anaïa puis se posait sur Kylian quelques secondes avant de retourner vers son père. Sa peau était toute rose et fripée, mais Ky savait que cela changerait au fils du temps –il avait lu des livres sur les bébés ces derniers mois. Et la remarque d'Ana fit écho à ce qu'il pensait au même instant.
« Il est trop mignon ! s'extasia-t-elle avec un sourire à dix mille volts qui aurait probablement foudroyé Cameron sur place.
- Maman va bien ? s'enquit Kylian au même moment.
- Un peu fatiguée, mais ça ira. Elle va se reposer un petit moment, le temps que je présente ce petit à tout le monde, puis on ira la rejoindre, d'accord ? »
Les deux enfants hochèrent furieusement la tête et suivirent leur père vers le salon où ils furent rapidement encerclés par les curieux avides de découvrir le nouveau-né ; mais Kylian ne parvint pas à fixer son attention sur eux. Il aurait voulu se rapprocher de son père et ne plus jamais le lâcher, surtout en cet instant. Malheureusement, il savait pertinemment que c'était impossible. Il lui accorda un petit sourire auquel répondit Drago avant de bercer le bébé qui paraissait prêt à pleurer, puis s'éloigna.
Il ne savait pas exactement ce qu'il attendait, mais il avait besoin de voir Ron, de le supplier de lui accorder une journée, juste une pour savourer cette vie qu'il aurait tant voulu vivre. Il souffrirait sans doute en la quittant, mais il pourrait se raccrocher à ce souvenir. Et s'il s'y prenait bien, peut-être pourrait-il...
Il se figea en réalisant que Ron se dirigeait vers la cheminée. Il en oublia de respirer, sous le choc ; puis retrouva l'usage de ses membres et le rattrapa in-extremis avant qu'il n'entre dans l'âtre.
« Qu'est-ce que vous faites ? » s'écria-t-il, bien trop fort, sans réaliser qu'il attirait involontairement l'attention des autres.
Ron se tourna vers lui, les traits figés dans une expression de douleur qui donna à Kylian l'envie stupide de le réconforter, comme lorsqu'ils parlaient de Gabrielle. L'adulte jeta un coup d'œil vers les autres qui les fixaient désormais, puis se concentra sur Ky et murmura :
« Je m'en vais...
- Et... je peux rester ici encore un peu ? »
Ron parut hésiter un court instant, puis il lâcha prise. Son corps tout entier parut s'affaisser, son visage prendre dix ans, mais il hocha la tête, comme si elle était trop lourde pour être tenue par son cou.
« Oui, tu peux rester.
- Jusqu'à quand ? »
Ron couvrit nerveusement ses yeux de sa main et Kylian comprit qu'il était au bord des larmes. Inconsciemment, il s'avança d'un pas de plus et attrapa cette main, la sienne tremblant alors qu'il réalisait ce que ce « tu peux rester » signifiait. Ron esquissa un sourire qui lui sembla douloureux et répondit :
« Pour toujours.
- Vous... Vous ne faites pas de blague, pas vrai ? bredouilla Kylian en sentant ses genoux claquer l'un contre l'autre.
- Je prendrais rendez-vous avec le juge le plus rapidement possible. Et j'espère que... Je pense la situation sera réglée très bientôt. »
Kylian eut l'impression de rêver durant un instant, mais jamais ce moment n'aurait été si dur à vivre en rêve. Dans son sommeil, jamais il n'aurait eu à affronter l'expression tiraillée de Ron qui paraissait à la fois sûr de lui et brisé en mille morceaux. Dans son sommeil, il n'aurait pas eu aussi mal lui non plus, il ne se serait pas senti aussi désespérément coupable de faire souffrir cet homme bien qu'il soit responsable de tous leurs ennuis. Dans son sommeil, il se serait contenté d'être heureux. Alors qu'il se sentait coupé en deux.
Ron se pencha légèrement vers lui, jusqu'à mettre son visage à hauteur du sien et Kylian se rendit compte qu'il pleurait lorsqu'il essuya une larme. Une larme de regret qu'il ait fallu en passer par tout ça pour en arriver là. Une larme de soulagement puisqu'il avait réussi. Enfin.
« C'est ce que tu veux, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Parfait. »
Ron embrassa doucement son front et Kylian prit conscience que c'était là son tout premier geste d'affection. Et qu'il n'était pas certain d'avoir envie que ce soit le dernier. Il jeta un coup d'œil en arrière, vers son père qui –les yeux brillants de larmes- hocha doucement la tête avec un petit sourire. Puis revint à Ron qui se détournait déjà et l'arrêta une dernière fois.
« On pourrait se revoir de temps en temps. Le Quidditch, c'était plutôt sympa. »
Ron parut surpris un instant, puis un léger sourire –nettement plus franc que le précédent- naquit sur ses lèvres. Il acquiesça donc et Kylian prit ce simple geste pour une promesse, la preuve de la compréhension de cet homme qui avait juste mis un peu plus de temps que les autres, trop aveuglé par la colère, la jalousie, les regrets…
Et lorsque Ron disparut par la cheminée, Kylian accepta sa tristesse telle qu'elle était.
Deux ans auparavant, avant même que le procès ne commence, il avait ressenti le besoin de connaître ce père qui –sans être réellement le sien- faisait néanmoins partie de lui, au même égard que Pansy serait toujours un peu sa mère, même s'il ne l'avait jamais connue. Il n'avait pas osé l'admettre à haute voix, puis l'avait oublié –il n'aurait jamais pu aimer Ron au dépend de son vrai père, après tout.
Pour la première fois depuis qu'il avait appris la vérité, il prit conscience qu'il avait le droit de les connaître tous les deux. Que Drago serait toujours son papa, qu'il avait grandi avec lui et deviendrait un homme avec lui... Mais que Ron pouvait aussi être un membre à part entière de sa famille, comme les Weasley, comme Blaise et les Nott, comme Lucius et Narcissa Malefoy même.
Mais lorsqu'il tourna le dos à la cheminée ce fut pour rejoindre sa vraie famille, la seule qui comptait.
Elle n'était pas complète, mais il la reconnaitrait n'importe où. Ils avaient peut-être vécu trop de choses, trop vite, avaient trop souffert, s'étaient sans nul doute trop battus, mais cela en avait largement valu la peine à ses yeux.
Et il n'avait plus aucune raison de douter, aucune raison d'avoir peur.
Il avait réussi.
Note _ …
En fait, là, j'sais même plus quoi dire, quelles questions poser...
Petites questions _ 1. Avez-vous aimer Dragounichou dans ce chapitre ? (Faut dire qu'en dehors de l'épisode des "ok", il gère plutôt bien la situation xD) ; 2. Ron a-t-il gagné un peu de votre -à défaut d'amour- pitié ? ; 3. Qu'imaginez-vous qu'il va se passer dans l'épilogue ? Toujours les mêmes idées de prénoms ? :P ; 4. Ce chapitre vous a-t-il plu ?
…
Ouais, manque total d'inspiration, mais c'est toujours plus dur sur la fin.
Dans le prochain épisode _ … et bien… un épilogue… :-) -sans-déconner.
Bisous bisous, reviews reviews !
Bewitch_Tales
