Chapitre 37
Salle de travail, 12ème District, 16h30.
Dans la salle de travail, alors que Castle, concentré sur son ordinateur, poursuivait son investigation concernant le trésor, Ryan et Esposito échangeaient des théories face aux photos de leurs deux suspects accrochées sur le tableau blanc. Jake, le clochard, avait été suffisamment lucide pour leur expliquer qu'un homme lui avait donné cent dollars vendredi dernier afin qu'il achetât un produit spécial dans la boutique de ce vieux marchand chinois. Il ne savait pas vraiment ce que c'était, et n'avait pas posé de questions, trop content de gagner une telle somme d'argent sans rien n'avoir à faire. Il ne connaissait pas cet homme, ne l'avait jamais vu traîner dans les environs, et avait été incapable de le reconnaître sur les photos des membres de « Plaisir masqué ». Tout ce qu'il avait retenu c'est qu'il portait une casquette, et qu'il était très grand, d'au moins une tête de plus que lui. D'après leurs estimations, leur acheteur de poison devait donc mesurer aux environs d'1m90, ce qui, s'ils ne s'étaient trompés dans aucune de leurs déductions, ne laissait plus que deux suspects possibles : John Silver et Antonio Calderon. Mais ils n'avaient en leur possession aucun élément permettant de faire pencher la balance vers l'un plus que vers l'autre. Ni les interrogatoires, ni les perquisitions, ni les recherches concernant leur passés et leurs relations, n'avaient permis d'avoir le moindre doute à leur égard.
- Moi, je parie sur le chirurgien argentin, lança Esposito, l'air sûr de lui.
- Vraiment ? Ce gars a prêté serment de sauver des vies, tu crois qu'il irait empoisonner des étudiants ? lui rétorqua Ryan. Nan … Je mise cinquante dollars sur Monsieur Cerf …
- Silver ? Tu plaisantes, mec ? Ce mec est l'un des plus puissants des Etats-Unis. Il préside la NBA … Impossible. Soixante dollars sur le chirurgien …
- Castle ? fit Ryan en se retournant vers lui comme s'il attendait sa réponse.
- Hum …, marmonna Rick, sans quitter des yeux son écran.
- Sur qui tu paries ? demanda Ryan.
- Beckett va nous tuer si on parie de l'argent sur les suspects, répondit-il, simplement, n'écoutant que d'une oreille les conversations de ses amis.
- « Beckett va nous tuer si on parie de l'argent sur les suspects », répéta Esposito prenant une petite voix nasillarde. Depuis quand tu as peur d'elle, mec ?
- Depuis qu'il est marié …Tu verras … Une fois qu'on les a épousées, les femmes peuvent devenir terrifiantes …, constata Ryan, faisant une petite moue craintive, alors que Castle relevait enfin la tête vers eux, pour les dévisager.
- Je n'ai pas peur de Beckett, expliqua-t-il, d'un ton clair et net. C'est juste que … la dernière fois qu'on a joué de l'argent pendant une enquête, elle ... Non, rien …
- Quoi ? Elle t'a puni la dernière fois ? rigola Ryan.
- Une petite fessée, Castle ? le taquina Esposito. Ou privé de câlin ?
- Je ne peux pas vous le dire, mais elle était si fâchée que c'en était … excitant, sourit Castle, d'un air songeur.
- Tu vois, mec …
- Un petit pari ne fera pas de mal, ajouta Ryan, tentant de l'amadouer.
- Je suis sûr que Beckett adore quand tu lui désobéis …, continua Esposito, tout sourire.
- Hum …. Je pense qu'elle aime me rappeler à l'ordre, oui … Elle aime bien dom…., commença-t-il, pensif, avant de réaliser qu'il valait mieux qu'il n'aille pas plus loin dans ses explications.
Un instant, il eut l'air de réfléchir, en dévisageant ses deux amis qui le regardaient avec de grands sourires ravis n'attendant qu'une chose, qu'il se laissât aller à faire des confidences.
- Bon, ok. Laissez-moi voir nos deux suspects, leur fit Castle, sur le ton du défi, en se levant pour scruter les photos sur le tableau blanc.
Les gars observèrent Castle, qui silencieusement, lut les quelques annotations entourant les photos des hommes, et sembla étudier leurs visages.
- Alors à ma gauche, le chirurgien vigneron, surnommé le tigre argentin …. et à ma droite, Monsieur NBA en personne, alias le cerf canadien, résuma Castle, avec un petit sourire en coin. Lequel pourrait être notre empoisonneur ?
- Lequel surtout pourrait être un si mauvais coup que sa femme lui préfère les jeunes étudiants ? répondit Esposito, moqueur.
- Tu crois que ça se voit sur leur visage ? lui fit remarquer Ryan.
- Bien-sûr que ça se voit … Regarde-moi …, répondit Esposito, frimeur, en faisant mine de se contempler lui-même. Musculature parfaite, charisme … efficacité maximale. Aucune fille ne s'est jamais plainte …
- Pas à toi, non …, lui lança Castle, sur un ton plein de sous-entendus.
- Comment ça ? Tu sais quelque chose, mec ? répondit Esposito, passant tout à coup du sourire à une petite moue inquiète.
- Oh … Lanie dit des choses à Beckett … et Beckett me dit des choses …, expliqua Castle, restant volontairement évasif, alors que Ryan se retenait de pouffer de rire.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'elle lui a dit ?
- Il paraît que tu ne tiens plus la distance ces derniers temps … Elle pense que tu manques un peu de condition physique.
- Hein ? Moi ? Je ne tiens plus la distance ? s'offusqua Esposito. Elle va voir à qui elle a affaire ce soir ! Je suis un marathonien moi !
Castle ne put se retenir de rire, emportant par la même occasion Ryan dans un fou-rire communicatif.
- Tu te fous de moi, c'est ça ? lui lança Esposito, en le regardant avec une petite moue dépitée.
- C'est tellement facile …, sourit Castle.
- Ouais … Tu ferais bien de faire attention à toi, mec ..., le menaça Esposito prenant un air sévère. Moi-aussi, je sais des choses …
- Quoi ? fit Castle, soudain l'air inquiet.
- Oh … Beckett a dit des choses à Lanie … et Lanie m'a dit des choses …
- Impossible … Beckett m'a dit que …
- Ah oui ? Je ne sais pas ce que Beckett t'a dit, mais moi Lanie m'a dit que …
- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? lança la voix de Kate dans leur dos.
Ils se tournèrent vers elle, la dévisageant avec leurs airs innocents. Elle les avait laissés tous les trois seuls plus d'une heure pendant qu'elle peaufinait les détails de leur stratégie, et n'avait aucun doute sur toutes les conversations farfelues qu'ils avaient pu tenir en son absence.
- Je préfère ne rien savoir, soupira-t-elle en s'asseyant, exaspérée à l'avance par ce qu'ils pouvaient être amenés à lui expliquer. Bon, si on faisait le point ?
- Ok, répondirent-ils tous en chœur, l'air sages et disciplinés, en s'installant à leur tour à la table.
Kate leur fit un compte-rendu rapide de la réunion qui venait de se tenir avec Gates, mais aussi avec Monsieur Talbott d'Abzac, riche homme d'affaires chez qui était organisée la soirée de « Plaisir masqué », Sydney et Deborah Neo, le couple d'amis de longue date de Victor Harper, Silvia et Abott Martin, les Kiwi, et enfin les trois étudiants employés par la confrérie, dont Tad Buckley. Il avait fallu d'abord expliquer à monsieur d'Abzac toute l'affaire, et sonder ses liens avec la confrérie. Mais l'homme ne semblait pas entretenir de rapports amicaux particuliers avec les confrères. Il connaissait quelque peu certains des membres fondateurs pour les avoir fréquentés lors d'un ou deux événements mondains, et le grand maître en particulier, qui l'avait tanné pendant des mois pour qu'il lui prêtât sa demeure afin d'organiser cette grande soirée de St Valentin. Malgré cela, leurs relations se limitaient à quelques échanges ponctuels, et Talbott d'Abzac, âgé d'une soixantaine d'années, n'avait accepté d'organiser une soirée libertine chez lui que pour satisfaire l'envie d'exotisme de sa jeune épouse. Le couple n'avait aucunement l'intention d'y participer, et ne serait que spectateur. Néanmoins, en apprenant les tragiques événements qui avaient eu lieu ces derniers jours, la première intention de Talbott d'Abzac avait été d'annuler tout simplement la soirée. Il n'avait aucune envie que sa demeure ne devienne une scène de crime. Mais Gates et Beckett l'avaient convaincu des enjeux, de l'importance que cette soirée se déroulât comme elle était prévue, et que personne au sein de la confrérie ne puisse s'apercevoir que l'événement serait placé sous protection policière. Ainsi, Monsieur d'Abzac rentrerait chez lui en fin d'après-midi, en compagnie d'un couple de policiers en civil, qui passeraient pour des amis auprès des membres de « Plaisir masqué » déjà occupés à installer les décors de leur soirée. Ces policiers auraient pour mission de mettre en place le matériel d'écoute dans la chambre du propriétaire des lieux, afin de pouvoir avoir toujours un œil et une oreille sur les événements.
Les trois étudiants avaient dû être rassurés sur le risque qu'ils encouraient à jouer les appâts. Le tueur recherché n'était pas impulsif, ni un tueur de sang-froid. Il n'était certainement pas armé, et misait sur la discrétion. Il y avait peu de chance pour qu'il changeât de mode opératoire. S'il devait passer à l'action, ce serait de sa façon habituelle : en ayant recours à cette poudre empoisonnée, que bien-sûr, il fallait s'abstenir de consommer désormais, quoi qu'il arrivât. Ils seraient tous trois équipés de micros afin qu'on puisse suivre leurs déplacements au sein de la demeure, et savoir où ils se trouvaient et en compagnie de qui à tout moment. La principale consigne les concernant serait d'être le plus naturel possible, et de rechercher en priorité à avoir des relations avec les épouses des deux suspects.
Sydney et Deborah Neo les avaient assurés également de leur entière collaboration. Ils seraient équipés de micros eux-aussi et auraient pour mission de tenir les équipes informées des allers et venues des Dauriac et des Weyburn qui étaient les seuls à connaître Castle et Beckett. Quand ces derniers feraient leur entrée, les Neo les présenteraient aux uns et aux autres comme un couple d'amis qu'ils initiaient aux plaisirs libertins pour la St Valentin. D'après eux, il y avait toujours des novices conviés à ces soirées et la présence impromptue de ce nouveau couple n'attirerait nullement l'attention.
Les plus difficiles à convaincre avaient sans conteste été Sylvia et Abott Martin, qui sous les traits des Kiwis avaient eu des relations avec Victor Harper le jour de sa mort. Gates et Beckett leur avaient expliqué qu'avec leur accord, ils devraient passer pour les suspects arrêtés et mis en examen dans cette affaire. Concrètement, ils n'avaient rien d'autre à faire que de passer leur soirée de St Valentin au poste de police, pas en cellule bien-sûr, mais en salle de repos, à attendre que le dénouement espéré ait bien lieu. Sydney et Deborah Neo se chargeraient de faire courir la rumeur très facilement, via messageries téléphoniques et réseaux sociaux, que des suspects avaient été arrêtés pour le double homicide. Ainsi, sans aucun doute, tous les participants à la soirée seraient informés, et iraient prendre du bon temps le cœur léger et l'esprit tranquille. Les conditions seraient ainsi réunies pour que le tueur se sente libre de passer à l'acte de nouveau.
- Alors, vous allez réellement vous infiltrer dans une soirée libertine ? conclut Ryan, d'un air sceptique.
- Oui.
- Pourquoi ce n'est jamais sur nous que ça tombe les trucs sympas ? bougonna Esposito.
- Ne vous en faites pas, les gars, je prendrai des photos …, leur lança Castle.
- Sérieusement ? lui fit Kate en le dévisageant d'un air mi- sévère mi- affligé.
- Ce n'est pas tous les jours qu'on va dans une soirée libertine, alors … il faut que j'en profite, ça pourrait me servir pour un futur roman, expliqua Rick.
- Hors de question que tu prennes des photos, Castle … Je vais vraiment finir par me choisir un autre mari pour cette soirée …, soupira Kate, lassée.
- Hein ? Tu plaisantes ? lui fit Rick, comme s'il était réellement inquiet qu'elle ne l'emmène pas avec lui, alors que les gars se retenaient de pouffer de rire devant la mine offusquée qu'il arborait.
Kate se contenta de lui répondre par un petit sourire en coin, avant de se reconcentrer sur l'enquête.
- Bon, les gars, vous avez fini les recherches sur Antonio Calderon et John Silver ? demanda-t-elle en observant les informations écrites sur le tableau blanc.
- Oui. Rien de nouveau … On a épluché leurs relevés téléphoniques, retraits et transferts d'argent, rien de suspect, expliqua Ryan.
- Aucun ne semble avoir eu de contact avec nos victimes en dehors des soirées, ajouta Esposito.
- Et lors des soirées justement ? demanda Beckett.
- Que ce soit les Tigres ou les Cerfs, les deux couples étaient occupés à chaque fois à l'heure du crime. Et il y a des témoins …, répondit Ryan.
- Les témoins, ça s'achète …, constata Castle.
- Et les empreintes sur la boîte avec l'Aconit Napel ? On a du nouveau ? continua Beckett.
- Ce sont celles de notre ami Jake, répondit Esposito.
- Ok. Donc au moins, on a la preuve que le poison acheté par Jake pour notre homme est celui qui a servi à tuer Victor et Aaron, conclut Kate.
- Oui.
- Et si on convoquait les deux suspects et qu'on les confrontait à Jake ? suggéra Ryan. Il reconnaîtrait notre gars …
- Pas forcément …, il était bourré …, constata Esposito.
- Si on met en place une confrontation maintenant, ça saborde tout notre plan pour ce soir, répondit Beckett.
- Oui. Le tueur va se savoir visé, et se faire oublier, ajouta Castle.
- Il sera toujours temps de faire cette confrontation après la soirée, qu'on ait obtenu un résultat ou non d'ailleurs, conclut Beckett. Les gars, il faudrait voir où vous pourrez vous installer pour surveiller les mouvements extérieurs à la soirée, et être prêts à agir si besoin.
- Ok. Qu'est-ce qu'on fait ? On va repérer les lieux sur place ? demanda Ryan.
- Non … allez en discuter avec Talbott d'Abzac. Il pourra nous renseigner. Il est toujours dans le bureau Gates, en train de régler les détails.
- Ok. On s'en occupe.
Les gars quittèrent la pièce, alors que Castle s'installait de nouveau devant son ordinateur.
- Tu es toujours sur la piste du trésor ? lui demanda Beckett, en se postant derrière lui pour lire par-dessus sa tête ce qui s'affichait à l'écran.
- Oui … Cette femme, la dernière descendante des survivants du « Princess Eugenia », d'après la liste de Dauriac. Celle avec le point d'interrogation. Elle est morte en 1985. Sans enfants, expliqua Castle.
- Donc Dauriac est dans une impasse ?
- On dirait bien …, répondit Rick, tout en réfléchissant, les yeux rivés sur son écran, où apparaissaient les informations de l'état-civil de cette femme.
- Mais Dauriac n'a aucune garantie qu'un des survivants ait récupéré des choses sur le navire au moment du naufrage, et qu'en plus ces objets se soient transmis de génération en génération jusqu'à aujourd'hui …, lui fit remarquer Kate, posant une main sur son épaule.
- Apparemment il est sûr de lui. Il a retrouvé des témoignages de l'époque, et même le journal de bord du capitaine du navire chez l'un des héritiers.
- Et tu y crois ? demanda Kate, un peu sceptique.
- Bien-sûr …, répondit-il avec un sourire. Et je vais trouver la piste de ce trésor. Je suis certain que Dauriac n'est pas resté bloqué dans cette impasse …
- Pendant que tu te creuses la tête, je vais chercher quelques informations supplémentaires sur les Caldéron et leurs vignobles en Argentine, annonça Kate. Si Dauriac fabrique du faux « Tsarine », ils ont peut-être quelque chose à voir dans cette histoire.
- Peut-être. En tout cas, c'est sûr que ce n'est pas à New-York qu'il fait pousser ses vignes. Antonio serait doublement impliqué dans toute cette histoire alors …
- Je vais voir ça …
- Le tigre a sorti ses griffes … empoisonnées pour éliminer les proies un peu trop curieuses et félines auprès de sa tigresse de femme, constata Castle d'un air songeur.
- Toi, mon étalon, n'oublie pas que ton défi n'est pas fini …, le taquina Kate, d'un air souriant
- J'aime quand tu me parles comme ça …, sourit Castle.
- Hum … tu as encore un compliment à faire pour marquer tes trente points …, lui rappela-t-elle en s'éloignant vers la porte.
- Je n'oublie pas …, sourit Rick. Je vais te faire un compliment absolument génial … mais j'attends le bon moment.
- Le bon moment ? s'étonna-t-elle.
- Oui. Je veux que Gates soit présente, sourit-il, fier de lui.
- Tu es obligé de choisir Gates ? soupira Kate.
- Ça va être drôle …
- Je ne pense pas que Gates va trouver ça drôle. Rien de ce qui vient de toi n'est drôle pour Gates…, assura-t-elle.
- Parfois elle sourit …, constata Castle.
- Elle ne sourit pas, elle grimace …
- C'est pareil …
- En tout cas, ne dis pas n'importe quoi devant elle … Tu peux te contenter de dire que je suis gentille, c'est bien suffisant !
- Oui, tu es gentille, très gentille …. Mais tu es aussi très coquine …, sensuelle, d'une souplesse extraordinaire …, répondit-t-il, s'amusant à l'agacer.
- Tu n'as pas intérêt de dire ça …, lui fit Kate, avec un petit sourire, sachant très bien qu'il plaisantait …, du moins elle l'espérait.
- Je n'ai plus rien à perdre …, alors autant s'amuser …
Une heure plus tard …
Kate, assise à son bureau, épluchait les quelques informations qui venaient de lui être transmises par le Service de répression des fraudes concernant les vignobles du couple Calderon en Argentine. L'enquête n'en était qu'à ses balbutiements, et les bureaux des fraudes avaient des affaires bien plus urgentes et importantes à traiter que cette histoire de quelques bouteilles frauduleuses. Néanmoins, le laboratoire avait transmis les résultats et officialisé ce que tout le monde supposait. Les bouteilles trouvées dans la salle de réunion de « Plaisir masqué » au Belleclaire Hôtel ne contenaient pas du véritable « Tsarine », du moins pas celui actuellement commercialisé par la société Chanoine Frères. Le plus difficile était maintenant, pour les services concernés, de prouver que la confrérie avait bien fabriqué, produit ce faux Champagne et en avait peut-être même vendu quelques bouteilles. Remonter la filière, trouver des preuves concrètes, allait s'avérer long et difficile. Mais il y avait de fortes chances que les Calderon et leurs prestigieux vignobles des vallées de Mendoza aient quelque chose à voir avec tout ça. Ce qui, si cela finissait par être prouvé, donnait à Antonio Calderon, l'un de leurs suspects une raison supplémentaire d'avoir voulu éliminer deux des étudiants qui fouinaient un peu trop, même si le mobile, d'après toutes les preuves et toutes les analyses qu'il avaient pu faire du mode opératoire, était de toute évidence, l'un des plus vieux mobiles au monde : la jalousie.
Elle referma le dossier puisque de toute façon, il n'était pas de son ressort d'approfondir l'investigation concernant le Champagne frauduleux, et entreprit de terminer quelques rapports. Ils n'avaient plus de pistes concrètes à explorer, et devaient désormais patienter jusqu'à la soirée sous couverture, pour passer à l'action, et elle l'espérait, percer à jour l'identité de leur assassin. Ils n'avaient pas vraiment le choix. Sans ça, elle se demandait bien comment ils pourraient parvenir à prouver la culpabilité de l'un ou l'autre de leurs suspects, n'ayant aucune preuve concrète, ni aucun témoignage à même de les relier directement au crime. Elle était perdue dans ses pensées tout en remplissant ses rapports, quand la voix de Castle la fit sursauter.
- Beckett ! J'ai trouvé ! s'écria Rick, arrivant vers elle à grandes enjambées.
- Castle ! Doucement ! lui souffla Kate, alors que tous les regards des officiers présents dans la pièce s'étaient tournés vers lui comme pour voir ce qui se passait.
- Oh … désolé …, répondit-il d'une voix plus posée, en se plantant près de son bureau. J'ai trouvé ! Je suis un génie !
- Un génie … rien que ça …, sourit Kate. Qu'as-tu trouvé ?
- Dauriac prépare un mauvais coup. Je le savais ! Je le savais ! s'exclama-t-il tout excité, en s'asseyant enfin.
- Tu peux en venir aux faits, Castle et m'expliquer ?
- Oui, oui … Ecoute ça. La femme qui est morte en 1985, sans héritier …
- Oui, la dernière descendante …
- Et bien elle avait un mari, dont elle avait divorcé des années plus tôt. Et ce mari avait un fils d'un précédent mariage …, expliqua Castle.
- Ok. Et ?
- Si cette femme avait hérité de biens issus du naufrage …, continua Rick.
- On n'en sait rien, Castle …, l'interrompit Kate.
- Attend … Je disais donc, si cette femme avait hérité de biens issus du naufrage, et qu'elle n'y ait pas accordé beaucoup d'importance. Au moment de son divorce, les objets sont peut-être restés entre les mains de son ex-mari, et quand celui-ci est mort, entre les mains de son fils unique.
- Ça fait un paquet de suppositions ça … Où tu veux en venir ?
- Devine qui est le fils unique de son ex-mari, répondit Castle, avec un grand sourire.
Elle le regarda d'un air interrogateur, n'ayant aucune idée de qui pouvait bien être cet homme, et surtout du rapport entre cette complexe histoire de famille et leur enquête.
- Talbott d'Abzac, annonça fièrement Rick, tout sourire.
- Talbott d'Abzac est le fils du mari …, reprit Kate comme si elle commençait à réaliser ce qu'il venait de découvrir.
- De la dernière descendante des survivants du naufrage, oui. Donc, si elle avait des bouteilles, ou je ne sais quoi qui provenait de ce naufrage, ça a dû finir par atterrir entre les mains de Talbott d'Abzac, expliqua de nouveau Castle.
- Et ça ne peut pas être un hasard si Dauriac organise sa soirée chez cet homme. Talbott d'Abzac a dit que cela faisait des mois que Dauriac le tannait pour que la soirée puisse avoir lieu dans sa demeure.
- Dauriac espère récupérer quelque chose pendant cette soirée. C'est évident. Il prépare un cambriolage …
- Il veut peut-être seulement vérifier si ce qu'il cherche se trouve là-bas, Castle …
- Non … Il nous ment sur ce trésor depuis le début. Donc il prépare un sale coup …
- Viens. Allons voir Gates, lui fit Kate en se levant. Talbott d'Abzac est encore là. On va voir ce qu'il sait.
