Chapitre 32 : « Hier, aujourd'hui, et tous les jours suivants : t'aimer »

À l'aide du miroir, de sa main droite, il ferma les derniers boutons de sa chemise et fit glisser sur le col, une cravate noire. La nouer n'avait pas été acte facile, mais avec patience et attention, le costume trois pièces qu'il portait était enfin complet. Enfilant sa parka grise, il commanda un taxi et l'attendit au pied de l'immeuble.

La nuit lui avait portée conseil et ce matin, il s'était réveillé avec une hargne féroce, l'envie de donner tort à tous ceux qui le sous-estimaient. Il reconnaissait avoir baissé les bras – ironie – devant l'adversité violente de la vie, mais n'avait-il pas toujours eu envie de la combattre cette fatalité depuis sa venue au monde ? C'était son idéologie, l'ironiser, la rendre sarcastique pour ne pas la laisser piétiner sa destinée.

Le bruit des essuie-glaces s'activant sur le pare-brise le sorti de sa léthargie, son cœur battait incroyablement fort, pour la première fois de sa vie, il affrontait la peur, sa propre peur et reconnaissait le peu d'estime qu'il avait pour son existence.

On l'avait traité de « lâche » plus d'une fois en moins d'un jour et ce terme l'irritait, le répugnait, il détestait les gens qui abandonnaient et qui se repliaient sur eux-mêmes et il avait été le parfait croquis de ce genre d'individus pendant plusieurs mois. Lorsqu'il repensait à ses mots, à ses actes, personne ne pouvait plus le détester sur terre que lui-même. Parfois, c'était l'homme le plus méprisable, il le savait, mais ses démons prenaient tellement le dessus sur son cœur, qu'il s'abandonnait au pire.

« Révolution », révolu, voilà ce qui encourageait sa démarche aujourd'hui, ce matin au réveil, que le passé soit derrière lui et qu'il affronte en adulte cet avenir qui le terrifiait. Terrifiant, mais également rassurant en sachant que là où il se rendait, une personne aurait confiance en lui, une personne l'encouragerait jusqu'au bout, remuant ciel et terre pour le soutenir.

- Monsieur, nous sommes arrivés !

Sasuke reprit ses esprits et concentra son regard sur l'imposant bâtiment devant lequel le taxi c'était stationné. Il remarqua immédiatement le changement de nom de la société : « production MTH » - le changement de direction était bien plus radical qu'il l'imaginait.

Soit, aucune importance, il gardait son objectif et personne ne l'impressionnerait, ni Tomas et sa célèbre arrogance et pas même Monsieur Rosenberg dont le caractère autoritaire et sa poigne de fer pour les affaires n'étaient de secret pour quiconque.

Sasuke s'annonça à l'accueil et on appela Jill pour confirmer que cet homme avait bien rendez-vous avec Monsieur Rosenberg. Jill n'avait pas de rendez-vous noté pour Göran, mais comme elle connaissait Sasuke, elle l'autorisa à venir à l'étage.

Sasuke la salua et la remercia en arrivant à l'étage « Soul Artist ». Jill essaya de l'empêcher de débarquer dans le bureau de Monsieur Rosenberg sans prévenir, sans rendez-vous officiellement prit – ce n'était pas le tolérant Yuri Ourbanovski – mais sa motivation n'avait d'égal que sa détermination et il se moquait des conventions de politesses.

Sasuke frappa à la porte de son bureau, mais entra sans attendre l'autorisation de pénétrer dans la pièce.

- Qu'est-ce qui vous prends ? Et qui êtes-vous ?

- Je viens poser ma candidature pour le poste d'ingénieur du son de Soul Artist !

. . . . . . . . . .

Sergueï – le garde du corps et chauffeur d'Hayley – regardait sa protégée s'avancer dans l'allée du cimetière. Elle portait une longue robe noir, un manteau noir, une paire de bottine à talons noirs, tout était noir chez elle aujourd'hui, même son regard. Elle avait demandé à être seule, à ne pas être suivie, mais Sergueï avait des consignes : celles de ne jamais quitter des yeux Mademoiselle Farber.

Hayley arriva au pied de la tombe de sa mère et s'agenouilla pour déposer le bouquet de rose rouge qu'elle avait acheté ce matin.

- Hi mum…

Hayley s'assit par terre, sur les pavés gris et blanc et froids, humidifiés par la pluie de cette nuit. Sergueï s'inquiétait, sa protégée était dans un mutisme depuis ce matin, comme hypnotisée, happée par le souvenir morose de sa mère… La voici assise devant sa tombe, caressant le monument de pierre, où au pied se posait des bouquets de fleur – sûrement des fans qui venaient déposer une pensée à leur artiste défunte.

Hayley versait des larmes et Sergueï voyait ses lèvres bouger : elle lui parlait.

- Maman… J'ai si mal…

Hayley confia à l'âme de sa mère qu'elle souffrait à cause d'un garçon. Le cœur brisé, la tête compressé, le corps tremblant de doute, elle souffrait de ne pas connaître l'homme dont elle était follement amoureuse, parce qu'elle se l'avouait enfin, le hurlait à l'intérieur,

- Je l'aime maman… Je l'aime…

Hayley n'avait plus aucun doute – fut-il qu'elle en ait eu un jour – elle aimait Tomas. Loin de lui pendant la tournée d'été, elle n'avait pas cessé de penser à lui, tout le temps, il lui manquait affreusement, et elle ne pensait pas retrouver un inconnu en revenant à Tokyo…

L'histoire de son passé avec Mélanie y était pour beaucoup, c'était vrai, Tomas était passé par plusieurs facettes, enfant, adolescent, jeune adulte et homme. La vie l'avait changé, mais pas apprivoisé, c'était un électron libre, libre de penser, et de faire. Trop longtemps emprisonné par l'ego de son père et de son ex-beau-père, il avait sûrement l'impression d'avoir à moitié réussi sa vie…

Aussi, Hayley savait que Koko, Jack, Yann et même Jill se connaissaient bien et depuis longtemps, mais elle n'aurait pas imaginé une telle amitié, un tel lien, comme celui qu'elle avait avec sa propre bande d'ami. Et puis : Loan. Hayley n'était pas dupe, pas stupide, ni naïve et encore moins idiote, Loan n'était ni une rivale ni une maîtresse de plus pour Tomas, c'était un amour, un vrai amour et il suffisait de les regarder et d'observer leurs yeux plongés l'un dans l'autre pour le comprendre, le deviner, s'en enrager…

Et ce secret, ce secret qui les unissait dont Mélanie avait refusé de lui parler. Qu'est-ce que c'était ? Quel événement pouvait les avoir tous unis et en même temps désunis ainsi ?

Et elle, qu'est-ce qu'elle était au milieu de tout ça ? Elle était seulement Hayley Farber, la chanteuse du groupe Soul Artist, une artiste de plus dans la production de Tomas Ourbanovski ? Que pouvait-elle être de plus ? Tomas et elle avaient toujours eu une relation professionnelle et ce n'était pas deux, trois baisers échangés qui allaient les rapprocher.

Hayley n'était pas intime avec Tomas, elle ignorait tout de lui, de ce qu'il était vraiment… C'était presque un inconnu, une connaissance, un collègue de travail qu'on croit connaître parce qu'on le voit tous les jours, mais qu'au fond, on ignore tout de sa personne, de sa vie, de son intimité.

- What I go doing ?

Hayley admirait Karin pour ça, pour son courage, pour la solution qu'elle avait trouvé à cette situation : elle avait décidé de rendre sa liberté à Sasuke pour qu'il trouve le bonheur, son propre bonheur. Karin l'aimait pourtant, l'aimait plus que tout, mais savoir Sasuke heureux était plus fort que cet amour en réalité égoïste. Sasuke ne pouvait pas lui appartenir juste parce qu'elle l'aimait, elle voulait qu'il est une belle vie, avec ou sans elle…

- Maman… Si tu étais là, toi, tu saurais que faire, que dire…

Sergueï regardait le ciel s'assombrir encore plus et il sentait la pluie venir et Mademoiselle Farber qui ne bougeait pas et n'avait pas de parapluie. S'il s'approchait d'elle, elle saurait qu'il n'avait pas tenu sa promesse et ne lui avait pas laissé l'intimité qu'elle désirait.

Et en parlant d'intimité, Sergueï vit soudainement quelque chose briller dans les buissons et bouger. Il fit le tour de l'allée pour ne pas être vu d'Hayley et parti en direction de son interrogation. En vrai professionnel, Sergueï ne se fit ni voir ni entendre et chopa par le col de son pull, un termite de paparazzi.

Sergueï le traîna sur le sol et le jeta dos contre un arbre. Le garde du corps se félicita de son intervention, mais s'inquiéta de l'identité du paparazzi qu'il connaissait très bien.

- Tu es revenu en ville toi ! S'agaça Sergueï

- J'ai flambé l'argent de Monsieur Ourbanovski chez les Geishas !

- …

- Mais c'était très aimable à lui de me payer pour quitter la ville…

Le sourire fourbe et orgueilleux de ce paparazzi fit céder les nerfs à Sergueï et le chopa violemment par le col en le faisant se relever et le regarder droit dans les yeux. En sachant ce qu'il avait fait subir à la famille Ourbanovski et son entourage, cet homme, aussi jeune soit-il, n'aurait le droit à aucune faveur. Et puisqu'il ne comprenait pas par les mots, Sergueï se contenta de le menacer en lui disant de ne plus s'approcher de Mademoiselle Farber s'il tenait à la liberté.

- La censure ne fait pas parti de la liberté cher ami… Répliqua le paparazzi

Sergueï ne se laisserait pas intimidé par la philosophie de quartier de ce petit délinquant, devenu paparazzi uniquement pour l'argent.

- L'éthique, elle, fait partie de la liberté !

Sergueï arracha des mains l'appareil photo du paparazzi et le détruisit à plusieurs coups de pied. Le paparazzi cria son mécontentement, il était indépendant et avait ramé pour acheter ce genre d'appareil photo performant.

- J'enverrai la facture à la production MTH !

- Dégage de là !

Le paparazzi s'en alla en courant, se servant de sa veste pour se protéger de la pluie – Sergueï se rendait seulement compte maintenant qu'il pleuvait. Il accouru vers la tombe de la mère d'Hayley, il ne pouvait pas laisser sa protégée se mouiller les os sous la pluie, mais lorsqu'il arriva près de la tombe, il vit qu'Hayley n'était pas seule : une jeune femme la protégeait avec son parapluie.

- Vous allez attraper froid, relevez-vous… Conseilla la jeune femme

Hayley se releva, les jambes vacillantes, engourdis par la position qu'elle tenait depuis plusieurs minutes. La jeune femme était d'une classe folle. Elle portait elle aussi une robe noire, un manteau sombre, un chapeau avec une voilette, des gants de cuir, des cheveux couleur des ténèbres, longs et ondulés, une vraie beauté. La seule couleur qu'elle portait était les deux saphirs glacés qui était la mélanine de ses yeux qu'on découvrait à travers la dentelle de la voilette.

Hayley en rougit tellement la beauté de cette femme un peu plus âgée qu'elle la bouscula, elle en serait même presque jalouse. Elle l'aida à se relever en prenant sa main et lui donna même un mouchoir de soie blanche sublime pour s'essuyer son visage mouillé.

Hayley fut gênée d'utiliser un aussi beau tissu pour essuyer son visage d'eau de pluie rouillée, mais la jeune inconnue insista en lui disant qu'elle pouvait même le garder. Hayley remarqua une jolie broderie couleur or sur le mouchoir, une broderie qui représentait des initiales : A.B.C – pourquoi l'offrir s'il était personnalisé ?

- Vous voulez marcher avec moi jusqu'à la sortie ? Proposa l'inconnue, la protégeant sous son parapluie

- Mh…

Hayley ressentait un étrange sentiment à ses côtés, elle était intimidée, honteuse d'avoir été aperçu dans cet état, en train de parler à une tombe, de s'adresser à une pierre, cette inconnue polie et courtoise devait la trouver glauque et effrayante.

- Moi aussi je fais ça… Avoua l'étrangère

- Mh ?

- Quand je viens sur la tombe de mon frère je ne peux pas m'empêcher de lui parler, ça me fait du bien…

Hayley stoppa ses pas à l'entente de cette confession – elle en rougit de honte, elle l'avait bel et bien surpris en train de parler à un fantôme. L'inconnue avoua que s'adresser ainsi à une tombe froide et humide relèverait de la psychiatrie pour certains médecins, mais elle se sentait légère et écoutée lorsqu'elle faisait ça, et n'en n'avait absolument pas honte.

- Mh… Sourit-elle

- Vous avez perdu votre langue Mademoiselle Farber ?

- Vous… Vous savez qui je suis ?

- Vous êtes la chanteuse du groupe Soul Artist non ?

- Ah, euh, oui, oui…

Hayley oubliait souvent, trop souvent qu'elle était populaire maintenant, « connue », c'était une chanteuse, une artiste, elle n'était donc plus une « anonyme ». Hayley fut raccompagnée jusqu'à la grille de l'entrée du cimetière par cette inconnue et fut étonnée de voir une belle et longue limousine garée juste derrière la Land rover noire de Sergueï.

Hayley vit soudainement le chauffeur ouvrir une porte et un autre homme s'avancer vers l'inconnue en tenant un parapluie ouvert.

- Madame, vous êtes trempée !

- Madame… Murmura Hayley

- Je suis ravie d'avoir fait votre connaissance Mademoiselle Farber…

- Moi aussi… Et merci, euh…

- Mademoiselle Beauvoir-Chastellux…

Sergueï tilt à ce nom, il était certain d'avoir reconnu cette silhouette élégante et raffinée… Décidément, c'était la journée des retrouvailles et sa protégée se retrouvait naïvement au milieu de ces individus.

La jeune femme grimpa dans la limousine à l'aide de son chauffeur et ils disparurent dans le brouillard de la pluie. Sergueï se rappela par ailleurs que lui aussi avait une « demoiselle » à mettre à l'abri et Hayley était déjà trempée de la tête au pied – il allait se faire licencier.

. . . . . . . . . .

À la production MTH, dans les couloirs de « Soul Artist » on pouvait entendre des cris, des incertitudes dans les voix, de la fatigue et de la hargne à ce débat stérile.

Monsieur Rosenberg avait refusé la candidature de Sasuke, indigné par son impertinence de s'être présenté à lui sans politesse et sans rendez-vous. En plus, il avait déjà trouvé un ingénieur du son, il avait même signé son contrat ce matin et ne comptait pas rompre son engagement.

- Vous êtes borné et têtu ! S'impatientait Tomas

Tomas était venu en renfort pour convaincre Göran d'embaucher Sasuke – Naruto essayait de parlementer avec le patron depuis des heures, mais sans succès. Il ne voulait pas embaucher quelqu'un de plus à l'enregistrement studio, il devait faire des économies, et le groupe « Soul Artist » bénéficiait déjà assez de salarié recruter uniquement pour eux, payés parfois à attendre que le génie de ce groupe éclose.

- Vous pourriez l'embaucher à mi-temps ! Répondit Tomas

- Vous voulez surtout avoir encore le monopole des décisions dans cette production et c'est hors de question ! Argumenta Göran

Sasuke en avait assez attendu et il était fatigué, épuisé de voir que d'autre personne que lui pouvait avoir autant de fierté et se battre, se déchirer par ego. Il ne voulait pas de la charité de Göran et encore moins de la pitié de Naruto et Tomas. Dans le brouhaha des disputes, il prit congé.

Jill vit Sasuke s'approcher de l'ascenseur vivement et le visage abattu. Il devait être perturbé et déçu, la tête ailleurs, et il percuta sans faire attention Hayley qui descendait de l'ascenseur.

- Sasuke ?

- Hayley, tu es trempée !

Sasuke défit sa parka et la déposa sur les épaules d'Hayley qui tremblait de froid, elle était mouillée de la tête au pied, l'eau dégoulinante à même le sol. Hayley était surprise d'une telle intention de la part de Sasuke : eux qui ne s'étaient jamais appréciés, il avait là un geste fortement amical.

- Tu veux attraper la mort et être aphone !

Sasuke redevenait lui-même, piquant et distant. Hayley se demandait quand même ce qu'il faisait ici, à la production et pourquoi il avait l'air de fuir comme un accusé.

- Je venais pour le poste d'ingénieur du son…

- Monsieur Rosenberg t'a dit non ? S'étonna Hayley

- Il a déjà recruté quelqu'un ! Et je ne veux pas être le bouc-émissaire de Monsieur Rosenberg et son ex-gendre…

- Oh !

Hayley râla, Tomas ne pouvait pas s'empêcher de se mêler de tout et de se disputer avec Göran au lieu d'essayer de le convaincre avec de véritable argument – s'il l'insultait d'autoritaire et de têtu, il n'aurait rien.

Hayley attrapa la main de Sasuke et le traîna derrière elle – il râlait. Il ne voulait pas de son aide, ils n'étaient pas amis et il se refusait de devoir quelque chose, une place, un travail grâce à elle.

- Tu crois que tu as vraiment le choix ?! S'arrêta Hayley

- Tu vas me faire la leçon toi aussi ?

- J'ai passé ma nuit à consoler Karin contre mon cœur à cause de toi !

- …

- Ce n'est pas une leçon qu'il te faut, mais une nouvelle chance !

Sasuke n'en revenait pas de se faire malmener psychologiquement par une fille qu'il détestait, méprisait par sa prétention et ses caprices. N'empêche. Il la suivi cette fille, qui avait repris sa route vers le bureau de Monsieur Rosenberg, qui maintenant se disputait avec non seulement Naruto et Tomas, mais également Yuri et le reste de son groupe, venu en soutient à leur ami et manager.

- On vous dérange ? Râla Hayley

L'assemblée arrêta ses arguments jetés dans le vide, tellement il y avait de bruit, Hayley se demandait comment ils pouvaient bien comprendre les mots de chacun. Riichi s'approcha immédiatement de sa meilleure amie en constatant qu'elle était trempée mouillée, des gouttes d'eau tombant de ses cheveux.

- Monsieur Rosenberg, s'il vous plaît, embauchez Sasuke…

- Ah ! Il ne manquait plus que vous Farber ?! Dit-il, se rasseyant à son bureau

- Sasuke a déjà travaillé pour la production, c'est lui qui a enseigné la guitare à Benoît et il a aussi ouvert sa propre école de musique…

- Passionnant ! D'autre chose à ajouter à son curriculum Mademoiselle Farber ?

- C'est un battant et un bosseur ! Et un passionné aussi…

Sasuke ricana dans le dos d'Hayley, nerveusement, mais en réalité, il était gêné. Gêné qu'Hayley parle de lui ainsi, comme d'un bon professeur de musique alors qu'il n'avait plus qu'un bras, et son école, il ne l'avait plus, toujours à cause de ce bras manquant. Il ne pourrait pas être ingénieur du son avec un seul bras, à quoi bon se battre, Monsieur Rosenberg n'osait tout simplement pas l'avouer.

- Je ne vous permets pas jeune homme !

- Pourquoi ? Ce n'est pas ça qui vous retient ?!

- Ton handicape n'a rien à voir Sasuke… Radoucit Hayley

- Un bras en moins ça divise de moitié le talent pourtant… Dit-il, un peu tristement

- Mais ça devrait multiplier ta motivation !

Sasuke remarqua un détail, une chose qu'il n'avait jamais bien regardée chez Hayley : c'était sa persévérance. Depuis qu'ils étaient entrés dans le bureau, elle ne décolérait pas de le défendre, de le vendre même, en quelque sorte, et surtout, surtout,

- Tu veux bien lâcher ma main…

Hayley s'empressa de le faire rapidement, à peine la demande émise. Elle tenait en effet une place qui n'était pas la sienne, ce n'était pas professionnel de débarquer dans le bureau du Directeur de la production et de contredire sa décision et de poser des arguments pour le convaincre d'embaucher Sasuke…

Hayley ne faisait même pas ça pour Sasuke, elle ne l'aimait pas et à cause de la souffrance qu'il infligeait à Karin, elle l'aimait encore moins. Elle voulait que Sasuke ait cette place d'ingénieur du son pour reprendre une vie normale et peut-être donner une chance à l'amour de Karin… Elle avait des désirs qui n'étaient pas les siens, mais elle voulait les faire éclore à travers elle, parce que lorsqu'elle aimait, ce n'était pas à moitié, toujours dans l'excès, dans la démesure.

Monsieur Rosenberg essayait justement de lui faire comprendre qu'être artiste était un vrai travail, un vrai métier, qu'elle faisait partie d'une société, avec de l'argent en jeu et des salariés à respecter et des décisions à accepter. Mais après sa réponse à Göran au rapport de sa question d'hier, il doutait d'elle, d'elle et de sa place ici et surtout du pourquoi, de la raison d'être « Hayley Farber ».

Hayley était fâchée contre elle-même, mais malgré le fait qu'on n'accepte pas ses sentiments, qu'on la demande plus professionnelle, plus sérieuse, plus exigeante, elle ne pourrait jamais taire son cœur, et ses amis passaient en premier, avant sa fierté.

- Une chance Monsieur Rosenberg, je vous demande une seule chance…

- Et je peux savoir de qui vous parlez ?

- Sasuke… Je parle de Sasuke bien sûr…

Tomas s'agaçait de son côté, il se demandait bien quel genre de conversation pouvait avoir eu Monsieur Rosenberg et Hayley pour que son artiste soit aussi perturbée et si peu confiante. Qu'est-ce qu'il avait mis dans sa tête pour qu'elle aille chercher des réponses sur la tombe de sa mère et se tremper l'esprit à la réflexion ?

Tomas n'était peut-être plus le PDG de cette société, mais il était encore le manager de Soul Artist et c'était à lui de résoudre ce problème.

- J'ai une solution !

Tomas s'approcha d'Hayley et enleva la parka de Sasuke et son manteau pour qu'elle ne prenne pas froid avec des vêtements humides sur le dos. Elle ne partirait pas se sécher avant que cette situation soit réglée, et surtout, elle n'en démordrait pas tant que Sasuke ne serait pas embauché – soit, il avait une idée.

- Bien évidemment cette solution doit te convenir aussi Paul !

Paul, c'était l'ingénieur du son embauché par Göran. C'était un homme du même âge que Maurice, recommandait par lui, son ami de toujours dans le milieu. Il avait accepté la place proposé par le coach vocal, appréciant l'idée de travailler avec lui, dans la production MTH et d'y finir sa carrière tranquillement, au service d'un groupe à succès.

Tomas proposa la solution suivante : Sasuke pourrait être embauché à mi-temps comme assistant sans rémunération d'abord pendant ces trois mois de période d'essai, ce qui laisserait du temps à Paul de le former au métier. Sasuke, s'il convient, pourrait être embauché toujours à mi-temps comme assistant en ingénieur du son.

- On a tous eu notre chance dans ce métier, j'accepte pour ma part ! Confirma Paul, faisant un clin d'œil à Hayley

- Puis-je négocier deux mois d'essais ?

- Trois mois c'est le temps qu'il va falloir à Farber pour créer une chanson ! Pas de dépense inutile pendant ce temps ! Argumenta Tomas

- Hé ?! Râla Hayley, gonflant ces joues en regardant son manager

- Et toi, ça te convient Göran ? Sourit Yuri, se tournant vers son ami

Göran n'appréciait pas ce tutoiement, car il y avait bien longtemps qu'ils n'étaient plus amis. Néanmoins, Monsieur Rosenberg restait d'abord professionnel et il devait avouer trouver l'idée de Tomas astucieuse : il valida.

- Merci Monsieur Rosenberg ! S'enchanta Hayley, se penchant sur son bureau

- Vous ressemblez à une grenouille noyée Farber, hors de mon bureau !

Hayley ricana entre ses dents et parti immédiatement dans sa loge se sécher et se changer. Prête, elle se concentra sur le sac posé sur sa coiffeuse – les affaires de Sasuke rendu par Karin. Il venait de vivre une situation compliquée, même s'il avait obtenu gain de cause, être à mi-temps, sans rémunération pendant trois mois – Hayley se réjouissait de la solution trouvée par Tomas, mais serait-ce suffisant pour que Sasuke rebondisse ?

- Tu cherches à faire disparaître un corps ?

Hayley sursauta et bondit de peur par l'arrivée dans son dos de Naruto – elle tenait son cœur. Naruto avait remarqué le regard de son amie dans le vide sur ce sac noir, qu'avait-il de particulier ce sac ?

- Je te remercie de t'être battue pour Sasuke… Sourit Naruto

- C'est normal…

- Tu aurais pu être une empêcheuse de tourner en rond ! Se moqua Naruto

- Je suis une adulte maintenant !

Hayley tourna le dos à Naruto et prit le sac pour le mettre en haut de son armoire. Sasuke allait encore vivre des moments de doutes et d'incertitude en commençant une nouvelle aventure, il allait devoir sur surpasser, se battre avec lui-même, inutile de lui mettre sous le nez le sac qui comprenait ses affaires définissant l'arrêt du combat d'amour de Karin pour Sasuke.

- Hayley, est-ce que ça va… ?

Hayley se retourna en souriant et embrassa sur la joue son ami pour avoir posé une question aussi gentille et attendrissante. Naruto était toujours attentif et adorable, mais elle le rassura en lui assurant que ça allait mieux depuis qu'elle s'était rendue sur la tombe de sa mère…

Naruto prit sa main et ils partirent tous les deux en direction du studio pour se mettre au travail. À l'accueil, Jill interpella Hayley.

- Tu as fait tomber ça tout à l'heure…

- Merci Jill !

En tendant le mouchoir de soie, Jill remarqua la broderie sur le mouchoir et elle s'arrêta nette, instantanément et regarda attentivement les points au fil d'or cousu sur le tissu : A.B.C.

- Jill ?

- Où as-tu eu ce mouchoir ?

- Une jeune femme me la donner au cimetière… Pourquoi ?

Jill semblait perturbée par ce mouchoir, et elle caressait les broderies comme si elle savait ce qu'elles représentaient ? Hayley s'interrogeait sur le comportement de Jill, elle si discrète, souriante, d'humeur égale et constante, elle paraissait perturbée.

- Jill ?

- Il est magnifique… Prends-en soin…

Jill disparue comme par enchantement et Hayley se demandait bien pourquoi elle s'était intéressait à ce mouchoir délivrée par une inconnue, une inconnue au nom important, pour ne pas dire bourgeois, noble, riche, un nom de la haute société française… Peut-être que ce mouchoir avait de la valeur parce qu'il était fabriqué par cette famille aristocratique ?

. . . . . . . . . .

Naruto rentra chez lui après une journée pas très productive au studio, mais en joie d'annoncer à Hinata la bonne nouvelle concernant Sasuke. Hinata était sur le balcon en train de peindre. Elle portait sa blouse blanche, décorée par le fusain et les traces de peinture. Un crayon de couleur rouge tenait ses longs cheveux de nuit attachés en chignon. Et son bras tatoué faisait des mouvements vifs sur le tableau blanc.

Hinata était belle, et il se retrouvait en homme poisson, la bouche ouverte, en train d'observer, d'admirer ce bout de femme rien qu'à lui.

- Naruto ?!

- Mh ?

Hinata ria à l'air bêta de Naruto et l'embrassa tendrement. Elle l'avait appelé au moins cinq fois avant qu'il ne débloque son regard de son corps – elle en rougissait, encore…

- J'ai… J'ai une excellente nouvelle Hinata !

- Je t'écoute…

- Sasuke a été embauché comme ingénieur du son à mi-temps à la production !

Naruto expliqua plus en détail confortablement installés dans le canapé les conditions dans lesquelles il avait été engagé, mais c'était un grand pas dans la nouvelle vie de Sasuke, pour une chance de plus. Sasuke avait accepté les conditions sans rechigner et paraissait satisfait de faire à nouveau parti de la production MTH.

- Et tu dis qu'Hayley s'est battu bec et ongle pour Sasuke ?

- Incroyable n'est-ce pas ? Pour être honnête avec toi, elle m'inquiète un peu…

Naruto raconta qu'Hayley était arrivée trempée mouillée après s'être recueilli sur la tombe de sa mère. Et puis cette journée de repos que Monsieur Rosenberg lui avait accordé après une réponse non satisfaisante suite à sa question.

- C'était quoi cette question qu'il vous a tous posé ?

- « Pourquoi vous êtes devenu artiste ? »

Hinata s'interrogea, c'était une question plutôt simple. Les garçons avaient répondu qu'ils étaient des passionnés et avaient toujours rêvés de vivre de leur musique, idole ou pas, tout ce qu'ils désiraient, c'était être sur scène et jouer, donner du plaisir. Mais pour Hayley, c'était différent, elle n'avait jamais aspiré à vivre une carrière de chanteuse, même pas pour sa mère, c'était le hasard qui l'avait conduit là…

- Tu te trompes mon chéri, ce n'est pas le hasard… Conclu Hinata

- Et bien, quoi d'autre ?

Hinata était toujours séduite par la naïveté de Naruto, cet homme était d'un paradoxe attendrissant, comment pouvait-il être si aimant, généreux, et ne rien voir de ce qu'il se passait sous son nez – il fallait voir combien de temps il avait mis avant de comprendre les sentiments d'Hinata pour lui.

- Tomas… C'est Tomas qui la mise sur scène…

- Oui, d'accord, mais si elle ne voulait pas, elle ne l'aurait pas fait ! Pas jusqu'au bout ?!

Hinata prit le visage en coupe de Naruto et l'embrassa, passionnément. Naruto ignorait donc ce qu'une femme était capable de faire pour l'homme qu'elle aime. Prête à tous les sacrifices, à tous les changements, à subir l'indifférence, à accepter les rivales et celles qui deviennent des relations concrètes et qu'elles jalousent, jalousent si fort qu'elle pourrait en mourir de chagrin…

Naruto le savait. Et c'est dans cet élan de regret qu'il ouvrit avec fièvre la blouse d'Hinata pour la basculer sur le canapé et l'appartenir charnellement, amoureusement, car bien plus que le corps, c'est bien le cœur de cette femme qui le rendait complètement ivre de bonheur.

. . . . . . . . . .

Depuis quelques temps, ça devenait une habitude, les cris, les hurlements, les désaccords, les chamailleries, les couloirs de la production MTH – surtout l'étage Soul Artist – étaient des plaidoiries ambulantes.

Dans la salle de réunion, un homme était pris à parti – un peu comme un loup solitaire soudainement entouré par les crocs acérés d'une meute. Riichi traversait le couloir pour apporter du café à son groupe, lorsqu'il avait été interpellé par les insultes jetées contre les murs. Il ressentait cette énergie, cette odeur, cette ardeur d'un combat de rue et il fut immédiatement attiré, tel le vampire attiré par le sang.

- Hé bien mesdames, on se crêpe le chignon ? Moqua Riichi

Pénétrant dans la pièce, il vit Ren, le guitariste de Trapnest, sa petite-amie, Nana, chanteuse de Blast, Shuishi, chanteur de Bad Luck et Tomas et sa cour : Loan, Yann, Koko, Jack et même Jill, et ils paraissaient être les plus à cran dans la pièce. Et au milieu de ce cercle, un jeune homme – pas très grand, pas très beau, brouillon, pas bien habillé, débraillé, basique, avec une lèvre déjà saignante, qui avait tiré le premier ?

- Allons manager, vous faites de la promotion pour la violence ?

- Casses-toi Riichi ! S'agaça Tomas

- Qu'est-ce que j'aime lorsqu'on s'échange des mots d'amour !

Riichi posa sa main sur l'épaule de Tomas, il tremblait et semblait vraiment à bout de nerf et ça ne lui ressemblait pas de frapper un homme. Tomas était une grande gueule, mais pas un violent, alors qu'avait bien pu faire cette brebis égarée ?

- C'est un paparazzi ! Répondit subitement Mélanie, entrant dans la pièce

- Ah, Madame Ourbanovski, mon chasseur de papillon, quel plaisir de vous revoir…

Mélanie eut un rictus aussi maléfique que magnifique, elle s'approcha du paparazzi et lui balança un magazine au visage – répugnée.

- C'est Mademoiselle Rosenberg maintenant, abruti…

Riichi apprécia la répartie de Mélanie et fut plutôt fier d'un tel répondant, c'était une femme battante et sa dignité ne serait jamais écrasée et surtout pas à cause d'un homme. Le pianiste ricanait lorsque ses yeux se posèrent sur les pages du magazine qu'avait jeté Mélanie et il pâlit aux clichés en le ramassant.

Riichi devint incontrôlable à la vue de ces photos et attrapa violemment le paparazzi par le col de son puant tee-shirt. Mélanie s'en affola, paniqua, et Tomas, lui, ramassa le magazine afin de comprendre pourquoi subitement son musicien s'en prenait à cette « ordure » et son sang ne fit qu'un tour.

- Tu as osais espèce d'enflure ! L'insulta Tomas

- Ça suffit tous les deux, calmez-vous ! Tempéra Mélanie

- Tu comptais me le dire quand ? S'injuria Tomas, s'adressant à Mélanie

- Je venais t'en parler quand les insultes que tu poussais m'ont amené ici !

- Dans ce cas laisse Riichi lui refaire le portrait !

- Tu veux un procès ou quoi ?

- Un procès ?! C'est toi qui parle ou ton père ?

- Hé ?!

L'interjection fit tout le monde se retourner vers une Hayley scandalisée de voir Riichi tenant au col un inconnu, le poing levé et sur le point de le frapper. Elle s'interposa immédiatement et le pianiste céda à ce regard pacifiste – elle haïssait la violence.

- Mais enfin, qu'est-ce qu'il se passe ici ?

Hayley avait l'impression qu'il se tenait un tribunal révolutionnaire dans cette pièce, toute cette colère, toute cette électricité, est-ce qu'un seul homme méritait vraiment toute cette haine, ce mépris, cette hargne ?

- Vous tombez bien Mademoiselle Farber, vous me devez un appareil photo ! Osa le paparazzi

- Ne t'approche pas d'elle ! L'arrêta Riichi

- Et bien dit donc, vos gardes du corps ont la rage Mademoiselle Farber !

Hayley s'épuisait, elle ne comprenait pas ce qu'il se passait, qui était ce jeune homme, pourquoi on voulait sa peau, et surtout, pourquoi dire « vos » gardes du corps.

- Cet homme est un paparazzi Hayley… Répondit Riichi

- Jun, pour vous servir Madame… ! Dit-il, faisait la révérence

Hayley était amusée par la révérence de ce garçon dont elle connaissait enfin le prénom : Jun. Un jeune homme au physique assez banal, mais très charismatique, il en imposait par sa présence et surtout, il n'avait pas la langue dans sa poche. C'était aussi un paparazzi redouté par les plus grandes stars, fourbe, manipulateur et doué dans son domaine.

- Je n'appellerais pas « doué » un homme qui se fait du sucre sur notre vie privée ! S'énerva Nana

Jun était le responsable de plusieurs « scandales » et notamment la révélation de la relation entre Nana et Ren, mais surtout l'addiction pour la drogue du guitariste. Aujourd'hui, il était en cure et guéri, mais Jun avait pris une photo compromettante et non flatteuse de Ren en train de se piquer en soirée. Une photo qui avait entachée sa réputation et qui n'était pas digne d'une star adulée par des jeunes gens. Il avait également révélé l'homosexualité de Shuishi et sa relation sulfureuse avec le don juan Eiri Yuki, auteur à succès. Une photo désavantageuse avait également circulée dans des magazines.

- Et vous, pourquoi vous le détestez ? Demanda immédiatement Hayley à Tomas

Jun s'en délecta, le « grand », « l'intouchable » Tomas Ourbanovski venant de pâlir devant la question de sa chanteuse – il aurait adoré prendre le cliché de ce moment de doute et de peur sur le visage de Tomas, mais Riichi s'empressa d'intervenir.

- Il t'a pris en photo hier, quand tu étais au cimetière…

Riichi montra la photo à Hayley, qui prit le magazine dans ses mains. Elle ne dit mot, resta silencieuse, le visage fermé, elle devait être anéanti de voir que ses fans, son public puisse l'avoir vu dans cet état de deuil, de recueillement intime.

- Hayley, tu… Essaya de consoler Mélanie

- Mélanie…

- …

- Est-ce que mes cheveux ont vraiment cette allure vue de côté ? Pleurnicha Hayley

L'assemblée en tomba à terre – quelle idiote. Cet homme venait d'outrager son intimité, de montrer au grand public sa tristesse, son désarroi, ses faiblesses, sa faille, de salir sa réputation, et elle se préoccupait de ses cheveux vu de côté ?

- Vous êtes très belle de profil… Avoua Jun, amusé par sa spontanéité

- Vous n'avez pas entendu ce que je disais à ma mère au moins ?

- Je suis paparazzi Farber, pas agent de la CIA ! Grimaça-t-il

Hayley ria, ce garçon était naturel et très vif, il l'amusait. Elle reconnaissait que ce n'était pas bien ce qu'il avait fait, mais est-ce qu'il méritait une correction, elle ne le pensait pas.

- Ça vous fait rire Farber ? Intervint Tomas, soudainement

- J'imagine que ça fait « aussi » partit du jeu d'artiste… Dit-elle, regardant Jun

- Vous n'êtes pas comme les autres vous ! Complimenta le paparazzi

Tomas n'était pas d'accord, et Hayley l'énervait, l'agaçait comme jamais, il n'était pas du tout d'accord avec elle, et il n'appréciait pas que ce vautour, ce charognard, ce chacal se régale de la vie de ses artistes pour se faire de l'argent. Tomas ne décolérait pas, il poussa Jun contre le mur, son avant-bras serré contre sa gorge, sous un cri de stupeur d'Hayley.

- Tomas, vous êtes fou, lâchez-le !

- Écoute bien espèce de fumier, je t'interdis de t'approcher d'un seul de mes artistes, je suis clair !

- Tu…

- Je te rappel que tu as une mesure d'éloignement ! Évite de jouer au con si tu ne veux pas finir en prison !

- La mesure ne concerne que les membres du groupe « Soul Musician » et sa délégation…

- Le groupe « Soul Musician » ? Interrogea Hayley

- Mh… Et bien manager ? On a des secrets pour « ses » artistes !

Tomas en avait assez entendu, et Jun n'aurait jamais dû le snober, le provoquer : il lui infligea un sévère coup de poing au menton – incontrôlable. Riichi l'attrapa pour le retenir, sous les supplications de Loan de partir et de se calmer. Tomas s'apaisa aux mots de Loan, mais se défit violemment de l'emprise de Riichi.

- Tu ferais mieux de déguerpir avant qu'on se mette tous à t'en coller une ! Menaça Yann

Jack le releva, pendant que Jun se tenait la mâchoire où le sang coulait et où un bleu se formait déjà. Hayley tendu ses mains vers lui, un peu peinée qu'ils en soient arrivés là, mais elle fut retenu par Koko et son regard noir.

Hayley senti quelque chose se briser tout au fond d'elle, encore un mensonge, encore un secret, encore les démons de Tomas qui régnaient en maître dans cette relation, dans cette relation qui n'existait pas d'ailleurs, elle n'avait même pas réussi à le calmer, alors qu'il avait suffi des cris de Loan pour le faire stopper.

En trop, Hayley se sentait en trop au milieu de toutes ces personnes étrangères. Elle avait une chance d'avoir une place avant l'arrivée de Loan, mais depuis son retour, c'était comme si la nostalgie avait repris sa place pour reformer le passé…

Hayley n'avait aucune chance face au passé.

La tristesse se transforma en colère et Hayley accouru derrière Tomas pour comprendre ce qu'il venait encore de se passer. Est-ce que la dispute qu'ils avaient eue avant son départ pour la tournée mondiale n'avait pas suffit ? Allait-il encore longtemps se comporter en Tiran ? Allait-il encore de nombreuse fois glisser entre ses doigts…

- Vous ne savez pas vous contrôler !

- Laissez tomber Farber, ce n'est pas le moment… Conseilla Loan

Hayley n'apprécia pas que Loan lui réponde de la sorte, elle parlait à la place de Tomas désormais ? Une colère encore plus sombre s'empara de son cœur d'or et elle se mit dans la tête de rattraper le paparazzi pour le faire parler.

- Farber ! Cria Tomas

Hayley avait le diable au corps, elle déambulait dans les escaliers qui descendaient les étages alors qu'il aurait suffi de prendre l'ascenseur pour le rattraper. Mais elle avait besoin de vider son corps, de faire courir ses jambes, de faire battre vivement son cœur, de s'essouffler, elle avait envie de pleurer, avait-elle déjà autant souffert par amour ?

En réalité, ce n'est pas Jun qu'elle souhaitait rattraper, mais le passé de Tomas. Hayley sortit de l'immeuble, sous la stupéfaction des agents d'accueil, mais il n'y avait personne à l'horizon sur les trottoirs de la rue, ni Jun ni passé.

. . .

La journée se passa dans une atmosphère glauque sans trêve à la production. Tomas remuait ciel et terre avec Monsieur Rosenberg pour que cet homme ne mette plus les pieds ici et surtout, que ces artistes puissent bénéficier d'un peu plus de garde du corps à l'extérieur de la production. Göran était excédé de recevoir des ordres de Tomas à qui il ne cessait de répéter qu'il n'en n'était plus le patron. Tomas, lui, était excédé de voir que son ex-beau-père ne savait pas traiter les priorités et qu'il n'avait que le mot « finance » à la bouche.

Au studio, les garçons s'inquiétaient de plus en plus du moral d'Hayley – ses émotions ressemblaient à un yoyo. Elle n'écrivait pas, ne chantonnait pas, refusait qu'ils jouent un morceau pour qu'elle s'inspire, elle n'avait la tête à rien, pas même à se confier. Pas même à se servir de ses sentiments pour écrire une belle chanson, comme elle savait le faire…

Hayley se leva, salua ses amis et leur dit banalement « à demain ». À chaque fois qu'ils pensaient qu'Hayley aller mieux, une sorte de nuage noir venait au-dessus de sa tête et l'empêchait de garder le cap.

À l'accueil, Jill s'apprêtait à partir elle aussi, lorsqu'elle croisa Sergueï, venant chercher Hayley.

- C'est inutile Sergueï, Hayley m'a fait commander un taxi…

- Quoi ? Fut surpris Sergueï

- Comment ça ? S'indigna Tomas

Tomas s'avança vers Hayley et lui attrapa le bras pour la retenir avant qu'elle ne monte dans l'ascenseur. Il fronça les sourcils de mécontentement, elle aussi, elle eut un geste brusque en dégageant son bras de sa poigne.

- Vous comptez aller où comme ça sans garde du corps ?

- Il me semble que j'ai encore le droit d'aller où je veux et avec qui je veux !

- Bien sûr Farber, après tout, vous n'êtes qu'une femme parmi tant d'autre !

- Et nous savons vous et moi à qui je le dois…

Hayley snoba Tomas, complètement refroidi par les propos de son artiste : est-ce qu'elle venait de lui reprocher d'être ce qu'elle est à « cause » de lui. Quel toupet, quelle indignation, quel manque de respect. Il pensait qu'elle avait changé pendant sa tournée, sa réaction mature et responsable face à Monsieur Rosenberg n'était donc que du vent, qu'un affront combattu par simple fierté ?

- Vous savez combien de jeune femme ou jeune homme désirait votre place Farber ?

- Et bien qu'ils viennent la prendre ! Dit-elle, suppliant à l'ascenseur de s'ouvrir sous ses doigts

- Vous n'êtes pas sérieuse… Murmura Tomas, et en colère et perturbé

Hayley ne cessait d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur, mais c'était comme si l'appareil refusait de descendre à elle, de venir à son secours, son cœur battait à rompre tout l'univers, et même la chance l'avait abandonné.

Sergueï se sentait coupable. Hayley lui en voulait certainement de ne pas avoir su être plus vigilent et de la protéger face à ce paparazzi intrusif. Il avait échoué, échoué en tant que garde du corps et il devait immédiatement présenter ses excuses avant que Monsieur Ourbanovski et Mademoiselle Farber ne s'emportent dans des mots et des gestes qui dépasseront leurs bons et véritables vouloirs.

- Mademoiselle Farber, je suis désolé de ne pas avoir été à la hauteur, c'est ma faute ce qui arrive… J'ai échoué comme votre garde du corps !

- Vous n'êtes pas mon garde du corps Sergueï !

- …

- Vous êtes le garde du corps de l'orgueil de la famille Ourbanovski-Rosenberg et de son clan !

L'ascenseur s'ouvrit enfin, et Hayley se précipita, sauta presque à l'intérieur et cette fois-ci, les portes se refermèrent sous la pression qu'elle donnait au bouton de bien vouloir la conduire ailleurs. Hayley appuya sa tête contre le miroir froid de l'ascenseur, mais bon sang, qu'avait-elle, qu'avait-elle dit ?

À l'extérieur, devant la porte, un taxi l'attendait et elle n'eut que quelques pas à faire pour grimper dedans – un garde du corps de l'accueil l'accompagna.

À peine ferma-t-elle la portière de droite que la portière de gauche s'ouvrit : Jun prit naturellement place.

- Qu'est-ce que vous faites ? S'agaça Hayley

- Je voulais savoir pourquoi vous me courriez après tout à l'heure ?

Hayley s'avouait qu'après tout ce qu'il s'était passé ce matin, elle n'avait pas beaucoup confiance en ce garçon, pour lequel elle éprouvait un peu de pitié. Elle n'avait pas pour habitude de juger et de condamner, elle décida de lui laisser une chance et laissa le chauffeur de taxi les conduire tous les deux à l'adresse indiquée.

- Ce n'est pas l'adresse de chez votre père ! Remarqua Jun

- Vous savez où j'habite en plus ! S'indigna Hayley

- Je suis paparazzi, je sais où toutes les stars vivent Farber !

Hayley remarqua l'énorme bleu et la coupure à sa lèvre à cause de Tomas. Elle avait de la peine que cette histoire de magazine se soit terminée ainsi, mais elle savait au fond d'elle que son manager s'était énervé pour tout autre chose. Encore un bout de son passé qu'elle ignorait et qu'il cachait comme un ancien détenu.

- Vous vous demandez pourquoi Tomas me déteste autant, pas vrai ?

- Non…

- Bonne chanteuse, mais très, très mauvaise menteuse !

Hayley ricana à sa réflexion. Jun se moquait d'elle, mais il était drôlement amusant, spontané et très franc. Quel drôle de garçon ! Elle n'arrivait toutefois pas confortablement bien à le cerner, pouvait-on avoir confiance en un paparazzi qui n'avait qu'une idée en tête : découvrir le plus ardent de vos secrets pour le vendre aux enchères aux rédactions de magazine et gagner le plus d'argent possible sur le dos de la vie privée des artistes.

- J'ai photographié Tomas en train de tromper sa femme…

- Vous mentez aussi mal que moi !

- Quoi ? Comment vous savez que je mens ! Ricana-t-il, à son tour

- Tomas n'avait aucun scrupule à tromper Mélanie sous ses yeux… Ce n'est pas une photo compromettante sur son infidélité qui la rendu si soudainement agressif…

Jun – de par son enfance et son passé difficile avait une personnalité plutôt égoïste et pas du tout sentimental – n'avait jamais ressenti ça : de la compassion. Déjà, il avait menti, il aurait pu lui dire la vérité, les vérités mêmes et surtout celle qui avait rendu incontrôlable Tomas. Et maintenant, le regard transparent d'Hayley, triste, perdu dans le vide de ses interrogations le rendait mou, et il aurait presque eu envie de la prendre dans ses bras pour la consoler…

Le taxi s'arrêta à l'adresse indiquée. Hayley paya le chauffeur, lui donna même plus pour conduire Jun où il souhaitait.

- Vous êtes trop bonne avec votre bourreau ! Se moqua Jun

- Vous avez demandé une trêve le premier !

Hayley sourit à Jun et sorti du taxi avant de changer d'avis et de parcourir toute la ville des heures durant en écoutant le passé de Tomas que cet inconnu même connaissait mieux qu'elle.

Hayley monta à l'étage par les escaliers de fer et frappa à la dernière porte tout à gauche.

Hayley tomba sur le regard fatigué et surpris de Karin,

Ce soir, c'était Hayley qui avait besoin de pleurer sur le cœur d'une amie.