Hey !
Je sais que je n'ai pas posté depuis un moment, mais je dois avouer avoir été à cours d'inspiration dernièrement (syndrôme de la page blanche, tout ça, tout ça), et aussi pas mal prise par les études. J'essaye de surmonter ce blocage dans mon écriture, mais je dois avouer que c'est assez difficile. J'avoue que j'ai des doutes quant à ce chapitre. J'ai peur qu'il ne soit pas à la hauteur des précédents et que vous soyez déçus. Je m'en excuse si cela s'avère être le cas et vous promets d'essayer de me reprendre.
Je vous souhaite quand même une bonne lecture et si d'aventure vous pouviez me laisser quelques commentaires, j'avoue que ça me ferait le plus grand bien. Merci à tous pour votre fidélité et votre patience.
Chapitre 37
Un poste fort convoité
Ce fut lors du quatrième jour de cette semaine précédent le retour des élèves que Heather eut une vision d'horreur. En effet, alors qu'elle rentrait d'une visite à Hagrid dans le cours de la matinée, elle aperçut une personne qu'elle aurait aimé ne jamais recroiser. Elle l'avait entrevu au mariage de Narcissa, mais heureusement, il ne s'y était pas attardé et était reparti assez vite sans vraiment la voir.
Aujourd'hui, cependant, elle ne semblait pouvoir l'éviter puisqu'il l'avait vue arriver. Que faisait cet homme mauvais ici ? Celui que beaucoup de personnes de la société dans laquelle elle avait évolué ces derniers mois, appelaient « le maître », ou bien « le seigneur noir ».
- Tiens, la jeune et jolie Apodis Selwyn, bientôt l'épouse de ce cher Regulus, fit-il quand elle arriva près de lui.
Aussitôt, elle le sentit envahir subtilement son esprit et força toute pensée, connaissance ou souvenir dangereux au plus profond de son esprit, derrière ce mur infaillible qu'elle avait appris à ériger sans difficulté, laissant les pensées futiles refaire surface : essentiellement des pensées de préparation de cours ou encore de moments intimes avec Regulus. C'était généralement le genre de chose qui poussait les intrus à quitter son esprit dans la seconde.
Nullement déçue du résultat, elle le sentit repartir aussi discrètement qu'il s'était insinué dans sa tête. Le sourire quelque peu lubrique qui étira ensuite les lèvres de cet homme lui fit un instant froid dans le dos et revenir sur sa décision. Peut-être que ce genre d'images n'était pas la meilleure chose à lui montrer.
A la sensation de ces yeux parcourant son corps sans se cacher avec un intérêt certain, elle comprit qu'il fantasmait totalement sur une possibilité quelconque de faire partie de ce genre de scène à la place de Regulus. Au bon sang, elle avait la nausée rien que d'y songer.
- Puis-je m'enquérir de la raison de votre visite ? demanda-t-elle finalement pour le distraire.
- Je suis venu postuler pour le poste vaquant de Défense Contre les Forces du Mal, mais il semblerait que ma candidature ait été rejetée, murmura-t-il.
Il ne semblait toutefois ni en colère ni surpris. Au contraire, il semblait comme… satisfait ? Cette satisfaction émanant de lui l'amena immédiatement à la conclusion qu'il n'avait pas fait que postuler pour le poste. Mais qu'avait-il pu faire ici qui le rendait aussi… confiant, fier ? Elle ne voyait pas.
Soudain la prophétie de Meliorne lui revint à l'esprit. Le danger qui menaçait, c'était sûrement lui. Il avait définitivement fait quelque chose. Mais quoi ? Ce n'était cependant pas le moment de penser à cela avec un maître en légilimencie qui risquait de s'apercevoir de quelque chose.
- Je suis navrée de l'apprendre, tenta-t-elle en détournant les yeux.
- Puis-je espérer vous revoir très bientôt ? demanda-t-il en plissant les yeux. J'aurais des… projets pour lesquels votre aide serait pour le moins… utile.
- Je ne peux vous le promettre, votre grâce, répondit-elle en inclinant la tête. Comme vous vous en doutez, mon travail va me prendre tout mon temps pendant les prochaines années, sans compter la planification du mariage, clarifia-t-elle.
- Navrant, en effet, répondit-il sans pour autant sembler surpris là encore. Je demanderai à votre cher fiancé quand vous serez tout deux libres dans ce cas.
Sur ces dernières paroles, il s'éloigna vers la sortie. Il savait très bien qu'il n'aurait jamais de poste ici, alors pourquoi était-il venu ? Même si la guerre n'était pas ouverte pour le moment, elle se déroulait néanmoins dans l'ombre.
Voulant en avoir le cœur net, Heather bifurqua et se hâta vers le bureau de son père. Elle le trouva soucieux, regardant fixement par la fenêtre sans esquisser le moindre mouvement indiquant qu'il avait remarqué sa présence.
- Que voulait vraiment cet homme ? demanda-t-elle de but en blanc. Sûrement n'est-il pas venu avec le seul but de récupérer le poste vacant.
Dumbledore soupira et se tourna vers elle avant de se diriger vers son fauteuil, l'invitant d'une main à prendre place dans celui qui avait sans doute dû accueillir cet oiseau de mauvais augure. La ride au milieu de son front s'était accentuée, lui redonnant ainsi tout le poids de ses années.
- J'ignore la raison qui a poussé Tom à venir ici, reprit-il finalement. Toujours est-il que son but était ailleurs. Je n'arrive cependant pas à déterminer lequel.
- Sûrement a-t-il caché quelque chose entre ces murs, souffla-t-elle en repensant aux paroles de Meliorne. Une arme, que sais-je !
- Ne te préoccupes pas de ça, Heather. Concentre-toi sur ton apprentissage, répondit-il avec une certaine finalité dans la voix qui ne fit rien pour calmer la jeune sorcière.
- Comment veux-tu que je ne m'en préoccupe pas quand il m'a très clairement fait comprendre son intérêt pour moi ?! s'écria-t-elle.
A cette révélation, il releva immédiatement la tête pour la fixer avec inquiétude. Il se leva et, en quelques longues enjambées, se posta devant elle et l'attrapa fermement par les épaules. Il semblait alarmé à cet instant, n'aidant en rien à calmer la panique qui menaçait d'engloutir Heather d'une minute à l'autre.
- Qu'a-t-il dit ? demanda-t-il immédiatement.
- Il m'a dit qu'il voulait me revoir et qu'il… aurait un projet pour lequel il aurait besoin de moi, répondit-elle, la voix encore chancelante.
Il la lâcha et se remit à faire les cent pas dans le bureau. Une manie qu'elle l'avait souvent vu adopter quand quelque chose le tracassait et qu'il n'arrivait pas à trouver de solution au problème. Elle demeura immobile, silencieuse pour ne pas perturber ses réflexions.
- J'aurais espéré ne pas te mêler à tout ça, Heather, mais il semblerait que je n'ai pas le choix. Si tu as piqué l'intérêt de Tom, alors tu es en grand danger. Il voudra sûrement que tu le rejoignes et si tu refuses…
- Que suggères-tu que je fasse ? Que je le rejoigne pour espionner ses moindres gestes et t'en rende compte après ? railla-t-elle avant de comprendre qu'il était très sérieux. Mais tu n'y penses pas ?! Cela ne te suffit pas que Regulus te fasse passer en douce des informations qu'il grapille au risque de sa propre vie ?!
Devant l'air stupéfait de Dumbledore, elle comprit qu'il n'avait pas supposé un seul instant qu'elle puisse être au courant qu'il travail pour lui dans l'ombre. Pourtant, c'était elle qui l'avait poussé à tenir Dumbledore au courant de tout ce qu'il pouvait amasser comme information. Sans elle, il n'aurait jamais essayé de le contacter pour combattre le seigneur noir.
- Tu pensais vraiment que je n'en savais rien ? Voyons papa ! Je suis liée à lui d'une manière si profonde que tu ne pourrais même pas le concevoir. Me croirais-tu idiote ?
- Non, Heather. Je ne t'ai jamais prise pour une idiote, dit-il calmement, semblant se résigner au fait qu'elle n'en ferait qu'à sa tête, comme toujours.
Il avait supposé qu'avoir plus d'une personne dans le camp adverse pour l'informer serait plus sûr, mais il devait aussi se rendre à l'évidence. Heather n'aurait jamais les épaules pour ce genre de mission. Elle était certes une brillante sorcière comme on en voyait peu, mais son cœur n'était pas aussi résistant qu'il l'aurait voulu. De bien des manières, elle se laissait guider par ses émotions. Ce n'était pas un défaut en soi, mais contre Tom, ça ne ferait que la mettre en danger.
Regulus prenait déjà d'énormes risques en lui envoyant ses messages codés. Ils avaient convenu qu'il ne communiquerait avec lui qu'ainsi, et en usant d'un nom de code afin que rien ne puisse lui nuire si le message venait à être intercepté par la mauvaise personne. Il se souvenait encore du jour où le garçon était venu le trouver, juste avant la fin de l'année.
Il avait frappé à la porte de son bureau et était entré après quelques minutes de silence. Quand il l'avait vu, Dumbledore avait été quelque peu surpris de sa visite. Il était rare qu'un Serpentard vienne le trouver. Regulus, il le savait, ne lui faisait pas confiance. Il ne pouvait décemment lui jeter la pierre. Sa méfiance était sûrement la raison pour laquelle il était encore en vie.
Il avait été évident pour Dumbledore que Regulus n'avait de loyauté qu'envers une seule personne. Et cette personne, ce n'était pas lui. C'était la fille qu'il avait adoptée et élever. Cette fille dont, il l'avait compris au moment même où Regulus était entré dans la pièce, le jeune sorcier avait fini par tomber amoureux bien malgré lui.
- Je ne viens pas vers vous parce que je vous fais confiance, mais Apodis à confiance en vous. La situation évolue rapidement et je crains qu'elle ne finisse très vite par être en danger. Et ce à cause de moi. Alors je vous propose un marché qui je suis sûr vous conviendra, avait-il dit sans préambule, se tenant fièrement campé sur ses jambes au centre de la pièce.
- Je vous écoute, avait répondu le directeur en le regardant par-dessous ses lunettes en demi-lune.
- Je vous ferais parvenir des informations grâce à des messages codés que seul vous et moi pourrons déchiffrer. Personne ne devra savoir que je suis celui qui vous informe, pas même les membres de votre ordre secret, pas même Apodis.
- Pensez-vous vraiment qu'elle soit dupe ? Ma fille n'est pas née de la dernière pluie, avait-il répondu en croisant ses mains sous son menton. Et elle est bien trop observatrice pour que vous puissiez espérer le lui cacher indéfiniment.
- Je sais bien qu'elle s'en rendra compte, je la connais bien mieux que vous. Toutefois, je ne veux pas la mêler à tout ça. Elle est suffisamment en danger par ma faute. Je veux la protéger et la tenir à l'écart de tout ça le plus longtemps possible.
- Malgré toutes vos bonnes intentions, pensez-vous vraiment qu'il ne la remarquera pas ? Un jour viendra ou votre relation l'amènera à s'intéresser à elle. Peu de sang-purs se marient par amour. Et vous n'avez pas caché le fait que vous éprouvez des sentiments puissants pour elle.
Regulus n'avait pas nié ces dernières paroles. Il avait même avoué n'avoir pas trouvé d'autres solutions pour garder leur lien secret. Leurs fiançailles étaient d'ailleurs le meilleur moyen pour la protéger des autres sorciers qui tenteraient de se l'attacher pour des raisons bien moins nobles. Ce à quoi Dumbledore n'avait rien trouvé à redire. Il n'en restait pas moins que, se considérant comme le père de la jeune femme, il était difficile de la voir s'envoler de ses propres ailes et de lier son sort à un autre. Toutefois, il y avait bien longtemps qu'il l'avait perdue en ce sens.
- J'imagine que vous allez lui faire votre demande bientôt, avait alors soupiré Dumbledore. Si je puis vous conseiller un endroit pour faire votre demande, ce serait la plage sorcière de Brighton, et je n'en dirais pas plus.
- Dois-je conclure que vous accepter le marché que je vous propose ? avait alors demandé Regulus sans se laisser intimider ni amadouer.
- J'accepte, avait-il conclut en faisant un mouvement de sa baguette qui avait envoyé un parchemin vers Regulus. Voici la clé du codage que nous utiliserons, vous trouverez facilement comment vous en servir, j'en suis sûr. Quand vous l'aurez retenu, je vous conseille de le détruire. Mon nom de code sera Demi-Lune, puis-je savoir le vôtre ?
- Renard de Teumesse, avait-il fini par répondre après un moment de réflexion.
- Espérons que tout comme ce renard de légende vous ne puissiez pas vous faire attraper, avait alors déclaré Dumbledore.
Pour le moment, Regulus avait envoyé le compte rendu de chacune de ses entrevues avec le seigneur noir sans faillir. Il était un espion remarquable qui avait une très grande valeur pour l'Ordre du Phoenix, même si personne ne savait à quel point ils lui étaient tous redevable. En ce cours lapse de temps, il avait réussi à sauver quelques-uns des membres de l'ordre d'une embuscade mortelle, sans compter que plus d'un sorcier né de parents moldus lui devait la vie.
- De plus… espionner sans être démasquer demande une très grande compétence en occlumancie, et je suis loin d'être un maître en la matière, fit Heather, le ramenant brutalement dans l'instant présent. Ce serait du suicide. Et comme je risque d'être amenée à revoir cet homme, mieux vaut également que je ne sache rien sur tes faits et gestes ou ceux de l'ordre. Je me force même à ne pas prendre connaissance de ce que Regulus te donne comme information pour être sûre que mon manque de défense mentale ne puisse le desservir.
- Heather, quoi que tu ais pu interpréter, tu te trompes. Je ne veux pas que tu te mettes en danger. Je n'ai jamais insinué que tu devais t'infiltrer dans ses rangs pour l'espionner, mais plutôt que tu gardes une oreille tendue à ce qui pourrait se dire dans les cercles qui lui sont favorables. Et, bien évidemment, je veux que tu en fasses part à Regulus. Il en va de même pour tout ce qu'il pourra te dire si jamais tu étais amenée à le revoir. Même si cela te paraît anodin.
Heather chercha son regard un instant avant de soupirer et d'acquiescer. Elle ne voulait pas revoir cet homme. Toutefois, elle avait conscience qu'elle ne pourrait le fuir éternellement. Elle devait tout faire pour que Regulus ne soit pas mis en danger et puisse continuer sa mission. Elle devait le protéger.
- Heather, la rappela Dumbledore alors qu'elle allait quitter son bureau.
Elle se retourna vers lui, le regard inquisiteur. Dumbledore semblait peser le pour et le contre avant de se lancer. Regulus n'allait certainement pas aimer qu'il lui confie tout ça, mais il sentait qu'il était important qu'elle le sache.
- Ce que Regulus fait, c'est pour te protéger. Il n'est loyal qu'envers toi, et personne d'autre. N'en doute jamais. Et si un jour il devait choisir d'agir d'une certaine manière qui dépasserait ta compréhension, dis-toi qu'il a une bonne raison. Il t'aime, c'est une certitude.
- Merci papa, je garderai ça à l'esprit, sourit-elle timidement avant de quitter son bureau.
Elle avait l'étrange sentiment que son père tentait de la prévenir d'une prochaine action de Regulus qu'il lui serait sans doute impossible à comprendre. Que lui cachaient-ils tous les deux ? Plus le temps passait et plus elle avait l'impression que Regulus gardait pour lui des informations importantes afin de ne pas l'impliquer. Mais c'était un poids bien lourd à porter pour un garçon à peine adulte. Si elle ne pouvait pas le soutenir, alors à quoi servait-elle ? Elle n'était pas sûre de préférer qu'il se mette en danger pour sa propre sécurité. A vrai dire… son cœur se serrait douloureusement, rien que d'y penser.
Les restant de la pré-rentrée devint une routine assez monotone pour Heather qui partageait son temps entre McGonagall, Flitwick et Hagrid à qui elle avait promis une compagnie plus régulière. Elle évitait toujours de manger ses biscuits, mais le thé était toujours excellent. Elle ne croisait que peu Dumbledore qui s'échinait à trouver quelqu'un pour enseigner la DCFM l'année à venir. Par chance, le précédent professeur avait accepté de revenir en insistant bien sur le fait que ce n'était que temporaire.
Ainsi donc Artus Salvius revint à Poudlard la veille de l'arrivée des élèves. Heather eut le plaisir de discuter avec lui lors du repas du soir, savourant le fait qu'il ne la considérait pas comme une étudiante comme la plupart des autres professeurs, mais plutôt comme une jeune collègue encore inexpérimentée qu'il prendrait plaisir à guider si le besoin se présentait.
Artus était un homme sévère à la carrure fine, presque trop, le rendant presque maladif. Une calvitie importante avait eu raison d'une bonne partie de ses cheveux, laissant son crâne à nu. Ses yeux noirs étaient très souvent plissés derrières ses lunettes, lui donnant l'air d'un serpent sur le qui-vive. Car, oui, Artus Salvius avait été à Serpentard et ne s'en cachait pas. Mais tout Serpentard qu'il était, il était, en comportement tout du moins, à l'opposé de Slughorn qui aimait baigner dans la réussite de ses élèves et vanter leurs mérites et sa part de responsabilité dedans. Non. Artus, lui, ne s'attachait pas aux élèves qui n'étaient ici que de passage. Il se réjouissait, certes, de leur réussite, mais cela n'allait guère plus loin que cela. Artus était un ermite, un solitaire, ce qui rendait sa gentillesse à l'égard de la jeune recrue dans le corps enseignant particulièrement touchante.
Après le repas, quand elle décida de se détendre un peu dans la salle réservée au personnel enseignant de l'école, elle ne fut pas dépaysée de voir McGonagall en pleine partie de bataille explosif avec Chourave et Flitwick, Slughorn semblait vouloir faire mourir d'ennui son interlocuteur, le pauvre professeur de Rune qui n'arrivait pas à trouver d'échappatoire tandis que Salvius se tenait devant un plateau d'échec sorcier, apparemment dépourvu d'adversaire. Il ne semblait pourtant pas s'en plaindre, jouant seul, contre lui-même. Au moins était-il sûr de gagner.
- Ah, ma chère Heather ! s'exclama Slughorn en l'apercevant.
Heather tenta en vain de refouler une grimace de désespoir qui reflétait sans doute à merveille celle de son ancien professeur de Rune qui semblait apparemment soupirer d'aise de voir ici une échappatoire offerte. Heather ne pouvait pas lui jeter la pierre, même si elle lui lança un regard de supplique auquel il ne réussi qu'à offrir un triste sourire d'excuse en s'éclipsant de la salle. Bon sang ! C'était donc cela l'effet que ça faisait, comprit-elle en se rappelant le passage d'un de ses livres moldu préféré : Orgueil Préjugé. Elle n'avait jamais réussi à saisir parfaitement la sensation que devait ressentir Elizabeth à se voir abandonner par ses sœurs alors qu'elle ne voulait pas se retrouver seule avec Mr. Collins. Maintenant elle savait.
- Professeur ? répondit-elle avec résignation.
- Je me demandais si tu accepterais de venir à la fête que je ferais pour le début de l'année avec les membres du club, commença-t-il.
Heather ne parvint pas à s'empêcher de fermer les yeux sous ce sentiment de fatalité. Elle qui avait toujours réussi à esquiver la plupart des fêtes qu'elle trouvait détestable, se retrouvait prise au piège sans avoir de bonne excuse pour refuser. Elle avait déjà fini la préparation de tous ses cours pour le mois qui arrivait. Parfois elle maudissait ce besoin de toujours prendre de l'avance.
- Allons, tu ne vas pas me refuser ! sembla-t-il la supplier. On ne t'a quasiment pas vu aux soirées du club ces dernières années.
- Je viendrais, dit-elle en essayant de montrer un sourire poli pour cacher le désespoir qu'elle ressentait.
Un « puisqu'il le faut » semblait flotter dans son esprit mais elle se garda bien de l'énoncer à voix haute. Elle ne voulait pas se mettre Slughorn à dos. Elle n'appréciait peut-être pas ses manières, mais elle ne pouvait pas nier qu'il l'avait aidée plus d'une fois quand elle désespérait en potion. Ce n'était pas un mauvais bougre… juste un peu trop potiche à son goût.
Quand Slughorn quitta la salle pour se retirer dans ses quartiers, Heather lâcha un soupir de résignation. Un peu plus loin, elle entendit des pièces rebondir sur le bois de la table où jouaient Flitwick, McGonagall et Chourave. Elle se tourna à l'instant même où Flitwick arborait une mine boudeuse et McGonagall un air ravi.
- On avait dit cinq gallions, Filius, sourit McGonagall.
- Tu es implacable, Minerva, soupira l'autre. Je n'aurais jamais cru que tu oserais parier là-dessus, secoua-t-il la tête, dépité.
Heather les regardait, intriguée de connaître les détails du pari qui coûtait si cher à son mentor duelliste. Ça n'avait aucun rapport avec le jeu qu'ils jouaient, ce qui avait d'abord été sa première supposition. Ils avaient en vérité parié sur combien de temps Heather réussirait à éviter les soirées du club de Slughorn.
- Un pari est un pari, répliqua McGonagall. Tu as parié qu'elle réussirait à éviter de participer aux soirées encore cette année, et j'ai parié qu'elle céderait dés que Horace la ferait culpabiliser.
- Dois-je demander ma part du butin pour être ainsi l'objet d'aussi vil pari ? sourit-elle, cette fois amusée.
McGonagall et Flitwick furent tellement surpris qu'ils en restèrent un instant bouche bé alors que Chourave souriait d'une oreille à l'autre en regardant ses deux acolytes et que Salvius peinait à retenir un sourire d'étirer le coin de ses lèvres.
- J'aurais dû parier sur quelle maison lui correspondait mieux. Tu aurais dit Gryffondor et j'aurais gagné en pariant Serpentard, soupira Flitwick avant que les comparses n'éclatent de rire.
Quand les rires se firent silences et que peu à peu la salle se vida de ses occupants, Heather sentit la mélancolie ressurgir. Elle se sentait seule, loin de ses amis et de Regulus. Elle détestait cette sensation d'abandon. Elle ne pouvait pas vraiment lier de relations profondes avec les autres professeurs puisqu'elle n'était pas vraiment leur égale, du moins pas totalement. Quant à se confier… elle ne doutait pas que McGonagall tendrait une oreille bienveillante si Heather venait se confier, mais son maître en faisait déjà beaucoup et Heather ne voulait pas trop en rajouter.
Restée seule dans la salle, elle ne se décida à retourner à ses quartiers que lorsque des elfes de maisons rajoutèrent une buche dans la cheminée où le feu commençait à décliner. Elle croisa quelques fantômes en retournant dans ses quartiers donc Nick Quasi-Sans-Tête qui se plaignait encore du rejet de ses comparses à l'inclure dans leur club. Heather ne put que lui offrir un sourire de compassion. Elle avait déjà assez de son mal-être pour se préoccuper de celui d'un fantôme. C'était peut-être égoïste, mais pour le moment, elle n'avait pas envie de se montrer raisonnable.
Une fois dans son bureau, Heather tendit la main vers le tiroir dans lequel elle avait rangé le miroir et l'en sortit. Comme si Regulus avait senti son besoin de lui parler, de le voir, le miroir s'illumina et son visage apparut.
- Tu en fais une tête, souffla-t-il avec un peu d'inquiétude dans le regard.
Il était allongé dans son lit, les draps remontés jusqu'à son abdomen. Elle ne doutait pas qu'il avait dû passer un moment à préparer ses bagages pour le départ du lendemain. Elle aurait dû se sentir mieux de le voir et d'entendre sa voix, pourtant, les larmes lui montaient aux yeux. Le voir à travers ce miroir rappelait vivement à sa mémoire qu'il était loin et que, toute cette année, elle allait devoir tenir ses distances avec lui. La réalisation qu'elle n'y arriverait pas fut trop pour elle et les larmes dévalèrent ses joues.
- Hey, Apodis ! s'alarma-t-il. Qu'y a-t-il ?
- Rien… je… je me sens juste seule et… et savoir que cette année on va devoir arder nos distances c'est… je ne sais pas s je vais y arriver, déblatéra-t-elle à toute vitesse en essuyant ses larmes d'une main.
Le regard de Regulus passa de l'inquiétude à la tendresse. Elle n'était pas douée avec les sentiments, ce n'était pas nouveau. Pourtant, cette déclaration et ses pleurs étaient pour lui comme une déclaration d'amour enflammée. Et il la trouvait attendrissante. Toutefois, le problème qu'elle soulevait méritait qu'il s'y attarde.
- Hey, souffla-t-il tout bas. N'oublie pas qu'on est des Animagi et qu'on est rusé. On trouvera un moyen de se voir sans se faire prendre, lui assura-t-il avec un sourire plein de confiance.
Heather ne put qu'acquiescer, ne faisant pas confiance à sa voix vacillante pour le moment. Ce que disait Regulus faisait sens et avait allégé un peu son mal-être. Toutefois, elle savait qu'il ne s'en irait totalement que lorsqu'il serait près d'elle. Elle devait prendre son mal en patience. Quand elle mit fin à la communication avec Regulus des heures plus tard, elle s'en voulut un peu de l'avoir tenu éveillé presque jusqu'à l'aube. Le pauvre n'allait pas être très en forme pour la rentrée à cause d'elle. Le vague à l'âme, elle rangea le miroir en s'assurant qu'il était bien protégé et monta se coucher. Si toutefois elle ne passait pas la nuit à ruminer dans son lit. Elle aussi n'allait pas être très fraîche pour la rentrée…
Le banquet de début d'année lui fit un drôle d'effet, elle qui avait toujours assisté à celui-ci parmi les élèves de Gryffondor se retrouvait à la table de professeur. Elle n'y était pas encore véritablement habituée et avait bien failli, en entrant, aller s'installer à la table des Gryffondors. Elle se focalisa un instant sur son gobelet de jus de citrouille avant d'en prendre une petite gorgée. Elle se trouvait entre McGonagall et Flitwick, bien que la première se soit absentée pour aller s'occuper des premières années qui n'allaient pas tarder à entrer pour être répartis dans leurs nouvelles maisons.
En relevant les yeux, elle regarda machinalement vers la table des Serpentard et ne mit pas longtemps à trouver la silhouette familière qu'elle cherchait. Regulus discutait avec un autre Serpentard qu'elle ne connaissait pas, mais elle pouvait voir dans sa posture qu'il ne s'agissait pas d'une discussion qu'il appréciait. Regulus n'avait que peu d'amis. En vérité, elle était certaine que ses véritables amis se contaient sur les doigts d'une main et parmi eux se trouvaient Severus et elle-même. Elle reporta son attention sur les autres tables quand Regulus leva les yeux vers elle. Elle devait maintenir un certain rôle à présent et elle ne pouvait pas se permettre de montrer ses émotions.
Après la répartition des premières années, Dumbledore énonça son discours habituel de début d'année. Heather l'avait entendu tant de fois, avant même qu'elle ne soit élève officielle à Poudlard. Dumbledore l'ayant adopté alors qu'elle venait d'avoir sept ans, elle avait parcouru le château depuis bien plus longtemps que sept années, et elle avait assisté à plus de discours qu'elle ne pouvait en compter. Elle pouvait le réciter mot pour mot.
Durant le banquet, elle observa les élèves profiter des festivités pour faire connaissance avec les nouveaux arrivants dans leurs maisons et de leur donner déjà quelques conseils qui leurs seraient salutaire… ou pas. Si les Maraudeurs avaient quitté Poudlard, leur héritage n'était pour autant pas perdu et, parmi Gryffondor, elle voyait déjà quelques plaisantins prêts à prendre leur place. Du coin de l'œil, elle observa la table de Serpentard. Regulus l'observait depuis son banc sans prêter attention aux nouveaux. Elle se retint de rougir et s'intéressa enfin à son assiette.
Quand l'heure fut venue, les préfets se levèrent pour guider les nouveaux vers leurs salles communes. Heather retint un bâillement de fatigue. Elle n'avait que peu dormi la nuit précédente et avait passé la journée à revoir son plan de séance pour le lendemain.
- Tu devrais te détendre ce soir, lui conseilla McGonagall avec un regard sans équivoque.
Heather fronça les sourcils, ne comprenant pas ce que son mentor lui conseillait. Alors que les autres professeurs quittaient la salle, McGonagall demeura avec elle et l'attendit pour faire le chemin ensemble jusqu'à leur étage.
- Ta situation étant particulière, je te conseillerais de le retrouver le plus rapidement possible. Faites attention à ne pas vous faire prendre, conseilla-t-elle en lui souhaitant une bonne nuit avant d'entrer dans son bureau.
Heather demeura stupéfaite. Certes, elle savait que McGonagall comprenait sa situation, mais de là à être encouragée, elle ne savait pas trop comment réagir. Elle lâcha un soupir de frustration et se dirigea vers la porte de son bureau, les yeux rivés sur le sol devant elle dans ce couloir à présent désert. L'année promettait d'être assez compliquée.
Alors qu'elle arrivait devant sa porte, une main attrapa son bras et la plaque contre le mur. Elle n'eut pas le temps de réagir que déjà une bouche venait s'écraser contre la sienne. La sérénité et le désir l'envahir aussi rapidement qu'une vague déferlante.
- Tu es inconscient de te balader dans les couloirs après le couvre-feu, souffla-t-elle quand il abandonna ses lèvres pour savourer la peau de son cou.
- Je ne pouvais plus attendre, souffla-t-il contre sa peau, provoquant chez elle un frisson d'anticipation.
Un soupir de plaisir lui échappa quand il mordilla la peau de son cou avant qu'elle ne déverrouille sa porte. Elle l'ouvrit immédiatement et le laissa la pousser à l'intérieur. Il referma la porte derrière lui d'un coup de pied et elle la verrouilla de nouveau avant qu'il ne lui fasse perdre la tête en reprenant possession de ses lèvres. Il passa ses mains sous ses cuisses et le souleva. Elle referma ses jambes autour de sa taille alors qu'il venait la poser sur le bureau.
- C'est ce qu'on appel un grave manquement à l'éthique, dit-il entre deux baisers fougueux. Faire l'amour avec un professeur. Un fantasme assez commun.
- Reg, ferme-la et prend moi, répondit-elle immédiatement en passant sa main derrière sa tête, ses doigts se perdant dans ses cheveux, pour ramener ses lèvres souriantes sur les siennes.
Et c'est exactement ce qu'il fit.
Fin du Trente-Septième Chapitre
