Chapitre 37
La vision de Videl se brouilla, ses yeux commençaient à l'irriter. Elle ferma ses paupières pour atténuer cette sensation désagréable, et laissa Gohan les diriger vers la sortie. Elle se concentrait sur sa respiration, qui redevenait peu à peu un plus normale. Autour d'eux, des bruits de craquements inquiétants et de fracas métalliques montaient depuis l'endroit où le sol s'était effondré. Les bras de Gohan autour d'elle avaient calmé sa panique, mais elle n'avait plus ni le courage, ni la curiosité d'observer le spectacle. Il avait précautionneusement placé sa main sur sa tête, pour veiller à la protéger de projectiles éventuels qui fusaient du plafond abîmé au-dessus d'eux.
En réalité l'étage ne s'était que partiellement affaissé. L'escalier et le hall d'entrée demeuraient intacts pour l'instant. Il atterrit dans l'entrée et sortit en marchant par la porte, portant toujours Videl, recroquevillée contre lui.
Au contact du vent frais de l'extérieur, elle rouvrit ses yeux, et pressa légèrement son bras pour qu'il la dépose au sol. Dès qu'elle fut debout, ses jambes furent agitées de tremblements et elle se laissa tomber à genoux. Une ambulance était finalement arrivée, et des secouristes s'occupaient de l'homme asthmatique, sous le regard préoccupé du plus jeune des ouvriers que Videl avait extraits de l'ascenseur. Le second était assis par terre, un peu plus loin, et paraissait sangloter, le sang dégoulinant toujours de son arcade sourcilière.
Quelques pompiers couraient de loin en loin autour des bâtiments. Comme Iko l'avait déjà souligné, ils n'avaient pas l'air très nombreux. Videl enregistrait tous ces détails en haletant à un rythme de plus en plus régulier. Elle essuya son front humide, collant négligemment ses mèches rebelles sur son visage.
Gohan s'accroupit à côté d'elle.
- Ça va ?
Elle tourna les yeux vers lui. Elle voulut parler mais ne put sortir qu'un râle rauque. Le visage de Gohan était sale, et ses vêtements, crasseux et abîmés. Il devait naviguer dans cette fournaise depuis un certain temps.
- Ça va, souffla-t-elle, après s'être éclairci la voix.
- Tu ne devrais pas être là. C'est dangereux, dit-il gravement.
- Et toi ? demanda-t-elle.
- Moi, je m'en sors toujours, comme tu sais, répliqua-t-il en se levant.
Il se retourna et commença à se diriger vers la porte par laquelle ils venaient de sortir. Elle comprit qu'il y retournait.
- Gohan ! appela-t-elle avec une pointe de panique, où vas-tu ?
Il tourna la tête vers elle.
- Tu t'inquiètes ? répliqua-t-il malicieusement.
- Tu viens de le dire, c'est dangereux ! L'étage est en train de s'écrouler ! Arrête de jouer les héros !
Il pencha la tête et la fixa de ses yeux noirs et impénétrables. Elle n'aimait pas du tout son expression, cette expression si éloignée de sa bonhommie et de sa gentillesse habituelle.
- J'ai un truc à faire, lâcha-t-il finalement.
Il reprit sa marche vers l'entrée du bâtiment. Elle essaya de se lever pour le suivre mais ses jambes se dérobèrent brusquement, et elle trébucha, avant de retomber à genoux.
- Gohan ! Attends ! cria-t-elle encore sur un ton, à la fois implorant, et à la fois furieux.
Mais il ne l'écoutait plus, et pénétra dans le four de l'immeuble en feu. Sale con.
Videl reporta son attention sur les secouristes, qui remontaient dans leur ambulance avec le corps de l'homme asthmatique.
- Hey ! Il va s'en sortir ? demanda-t-elle en se relevant péniblement.
- Trop tard ! se contenta de répondre un des infirmiers, avant de claquer brusquement la porte du véhicule qui démarrait déjà.
L'estomac de Videl se contracta, en observant les secours qui repartaient vers d'autres missions. Instinctivement, elle se mit à masser et étirer distraitement ses muscles endoloris pour les assouplir, sans quitter des yeux l'ambulance qui disparut bientôt de sa vue. Le chef des pompiers, le mec bourru qui conduisait son camion comme un malade, arriva en courant.
- Où est Iko ? cria-t-il en la voyant.
- Il n'est pas ressorti ? s'exclama-t-elle.
Elle se tourna avec empressement vers l'ouvrier qu'elle avait sauvé de l'ascenseur.
- Vous avez vu un autre pompier ressortir sûrement ?
L'homme écarta les bras pour marquer son ignorance, et se dirigea d'un pas résigné, vers son collègue plus âgé, qu'il aida à se relever pour s'éloigner de cet endroit dangereux.
- Bordel, il est où ce con ? marmonna le chef.
- Il lui est peut-être arrivé quelque chose ? s'alarma Videl.
- J'espère pas, mais vous inquiétez pas, il connait son boulot. En tout cas, si vous le voyez, vous me l'envoyez. J'ai deux hommes blessés maintenant, on va pas éteindre ce feu en pissant dessus, nom de Dieu !
Il n'attendit pas la réponse de Videl et repartit, courant à nouveau, sans cesser de jurer dans sa barbe. Videl massait toujours distraitement ses jambes en fixant le bâtiment avec inquiétude. Elle était seule maintenant.
Iko connaissait son boulot. En réalité cette simple phrase avait allumé un mauvais pressentiment dans son esprit. Pourquoi n'avait-il pas déjà ramené des survivants ? Elle avait eu le temps d'évacuer quatre personnes alors que lui n'était pas reparu une seule fois. Peut-être n'avait-il pas trouvé de survivants, ou peut-être…
Videl considéra la façade devant elle. Le foyer de l'incendie se situait à l'autre bout du bâtiment. Elle pourrait certainement, au moins vérifier si elle trouvait Iko dans la zone qui n'était pas encore vraiment ravagée. Elle ne s'aventurerait pas trop loin. C'était toujours plus utile que de rester sans rien faire ici. Et peut-être rencontrerait-elle encore des gens coincés, qui lui seraient reconnaissants de lui venir en aide. Evidemment, c'était ce qu'il fallait faire.
Elle inspira profondément et retourna dans le hall. Elle évalua la direction du danger, et s'engagea dans le couloir opposé. Il faisait chaud, il faisait presque noir, sauf les percées de lumière de quelques fenêtres rares et crasseuses, et bien sûr, l'oxygène manquait un peu, même si c'était plus respirable qu'au premier étage. Des bruits de choc lointains faisaient écho jusqu'aux oreilles de Videl, la rassurant un peu sur la distance qui la séparait de l'incendie. Elle laissait le bout de ses doigts courir le long du mur pour mieux se guider.
Cette partie-là du bâtiment abritait vraisemblablement l'unité de production. Elle finit par déboucher sur un grand hangar encombré de machines à l'arrêt. Une lumière grise filtrait par des verrières hauts placées. Videl essaya d'appeler, mais sa voix mourut dès la première syllabe. Elle tendit alors l'oreille.
Il lui semblait entendre un cliquetis qui résonnait sous le haut plafond. Il était faible et difficile à localiser. Elle erra entre les engins de production, dont les masses alignées et immobiles formaient un dédale lugubre. Finalement, son cœur bondit quand elle repéra les bandes fluorescentes de la panoplie de pompier. Iko était coincé sous une machine et seuls ses pieds dépassaient. Videl accéléra le pas en comprenant qu'il était totalement immobilisé, et certainement blessé, bloqué par l'enchevêtrement de ferraille. Elle appela son nom d'une voix rauque.
Brusquement, derrière elle, quelqu'un lui saisit l'épaule et stoppa net sa course. Elle eut un petit hoquet de surprise et se trouva nez à nez avec Gohan. Il avait placé son doigt sur sa bouche et secouait négativement la tête.
- Gohan ? Qu'est-ce que tu fais ? chuchota-t-elle avec stupéfaction. Il a besoin d'aide.
Gohan la repoussa sur le côté, sans lui lâcher l'épaule.
- Pourquoi tu es revenue ? marmonna-t-il.
Elle se débattit énergiquement.
- Laisse-moi tranquille ! Il faut lui porter secours !
- Non, claqua la voix de Gohan qui la maintenait toujours fermement.
- Mais enfin t'es taré ?
Videl fut interrompue par un mouvement d'Iko, et elle s'aperçut qu'il était en train de s'extraire de l'endroit où elle l'avait cru coincé. Il ramassa son casque et le replaça sur sa tête.
- Iko, tu vas bien ? demanda Videl avec empressement, tandis que Gohan la libérait.
Elle s'avança vers lui et il lui sourit.
- Videl ? Je t'avais dit de rester au premier, tu risques de te perdre ici.
- Je m'inquiétais pour toi, expliqua-t-elle, sans vraiment comprendre ce qui se passait.
- Et tu as viré ton baudrier et ton casque, c'est vraiment pas sérieux. Tu aurais dû m'écouter, sermonna-t-il gentiment.
Subitement il s'aperçut de la présence de Gohan derrière elle.
- Oh ? Tu as trouvé un survivant ? demanda-t-il.
- Pas vraiment, coupa Gohan.
Il se rapprocha de Videl et lui saisit le poignet. Il sortit une photo de sa poche, et la leva à bout de bras devant lui pour comparer, un œil fermé, le visage d'Iko et celui du portrait. C'était le même.
- Gohan, protesta Videl faiblement.
Elle était déroutée par son comportement. Et il avait une photo d'Iko ? Il le connaissait ? Gohan lâcha la photo qui tomba en virevoltant sur le sol.
- C'est toi qui as provoqué l'explosion, annonça Gohan calmement, en pointant le pompier.
Videl se figea et écarquilla les yeux. Iko ne parut pas particulièrement désarçonné, il élargit même son sourire.
- Comment tu peux savoir ça ? On se connaît ? répliqua-t-il avec amusement.
Gohan ne répondit pas et commença à scruter le hangar précautionneusement.
- Videl, ça fait combien de temps qu'il est ici ? demanda Gohan.
- Bah… euh… une heure je dirai, bafouilla Videl, qui se sentait un peu perdue.
Il la tira vers lui brusquement.
- Tu en as mis d'autres, hein ? T'as posé d'autres bombes ? cria Gohan d'un ton menaçant, à l'attention du pompier.
- Ça manquait d'action, répliqua Iko.
Videl agrippa instinctivement le bras de Gohan en réalisant que ce qu'il racontait était vrai. Et il y avait des bombes, ici aussi.
- J'ai rajouté un petit accélérateur pour bien faire, précisa Iko. Alors, maintenant, soit on sort tous les trois gentiment, soit on meurt tous. Dans tous les cas le feu d'artifice est programmé dans moins d'une minute.
Iko scruta sa montre en singeant le bruit d'une aiguille d'horloge.
- Videl, va-t-en, ordonna Gohan d'une voix dure.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu vas faire ?
Il baissa ses yeux noirs sur elle. Il avait à nouveau cette expression qu'elle n'aimait pas.
- Je ne vais pas le tuer, tu veux que je le sauve ?
Videl fronça les sourcils, prise au dépourvu par la question. Elle hésita.
- Sauve nous tous, Gohan, bégaya-t-elle
- Ça, je ne peux pas. Tout va cramer dans moins d'une minute.
Subitement les pas d'Iko, qui détalait à la faveur de leur discussion, éveillèrent leur attention.
- Il s'enfuit ! s'écria Videl avec panique.
Gohan jeta un coup d'œil à sa montre.
- Trop tard, annonça-t-il.
Il saisit Videl par la taille et s'éleva d'une traite jusqu'aux verrières. Il généra un écran protecteur pour les pulvériser et passer au travers. Ils étaient juste au-dessus du toit du bâtiment, quand le feu commença à se déclencher dans l'un des coins du hangar, rapidement relayé par d'autres foyers, qui s'allumaient un par un, créant une farandole, qui se transforma rapidement en brasier. Videl hurla, à la fois de peur et de colère.
Gohan se recroquevilla sur elle pour la protéger du nuage de fumée âcre qui s'éleva rapidement jusqu'à eux. Il accéléra son vol et s'éloigna à une vitesse vertigineuse de l'endroit où il se trouvait. Ils volèrent un certain temps en silence. Videl pleurait, le visage enfoui contre lui. Elle tremblait aussi.
Gohan ressentait une certaine frustration. Il n'avait sauvé personne, et peut-être même avait-il, en fait, tué tout le monde. Il n'avait pas exécuté le contrat de M. Il avait été censé le faire plusieurs jours auparavant. Au lieu de ça, il n'avait pu s'empêcher d'observer Iko. Il avait été surpris de découvrir qu'il était pompier. La première idée qui était venue à l'esprit de Gohan, fut que M avait voulu le flouer en lui faisant assassiner quelqu'un qui ne rentrait pas dans le critère des cibles convenues. Gohan ne tuait que des gens nuisibles. Pas des pompiers. Ainsi, il avait abandonné son espionnage rapidement, furieux contre M, convaincu qu'il avait essayé de le manipuler. Il se demandait aussi si c'était la premier fois qu'il le faisait.
Quand il avait appris, par les nouvelles du matin, la catastrophe dans cette usine, il avait mis un temps à faire le lien. Puis il s'était souvenu avoir suivi Iko dans cette ville perdue au nord de Satan City, et un doute angoissant s'était allumé dans son estomac. Il avait eu besoin de savoir.
Il s'était arrivé sur les lieux, le ventre noué. Il n'avait pas trouvé Iko, mais il avait repéré les collègues de son unité. Pour vérifier son intuition, il avait recherché le pompier, sous les traits duquel se dissimulait peut-être un pyromane dérangé.
Il n'avait pas tué ce mec. Il avait pensé à Videl, à ce que lui avait dit Végéta et il avait trouvé suffisamment de ressources en lui pour refuser de le tuer. Mais cette victoire s'était avérée amère. La seule chose qui le réconfortait un peu, en cette minute, était de sentir la chaleur de Videl contre lui, de penser que s'il n'était pas venu, il aurait perdu toute chance de sentir à nouveau ce corps contre le sien. Son corps menu, enrobé dans cette combinaison trop grande, tremblant doucement, docilement blotti contre lui. Il n'avait pas tué ce mec, il n'avait pas su l'empêcher de nuire, mais il avait sauvé Videl. Il se demanda si elle lui pardonnerait, si elle saurait voir à quel point il avait besoin d'elle.
Il se posa dans un champ désert. Les plantations n'étaient encore que des herbes rases et ternes en cette saison. Au milieu, quelques arbres formaient un maigre bosquet de branchages nus. Il déposa Videl sur le sol au pied de l'un des arbres. Elle n'avait plus le courage de se tenir debout et s'assit immédiatement, prostrée et indifférente à humidité du sol.
Il baissa les yeux sur elle avec tristesse. Il comprenait le choc. Certainement, elle n'avait jamais vu personne mourir si brusquement, elle n'avait jamais vraiment vu la violence, la volonté gratuite et inexplicable de destruction, qui avait animé Iko. Elle n'avait même peut-être jamais pensé que ça puisse exister. Elle n'avait pas réalisé que le monde pouvait parfois être si injuste. Elle lui avait demandé si naïvement de tous les sauver.
Gohan connaissait tout ça par cœur depuis longtemps. La brutalité d'une mort inattendue, à la faveur d'un esprit malade et pervers. Il se souvenait tout particulièrement de la façon dont Freezer avait éliminé Krilin sur Namek. Il avait vécu beaucoup d'horreurs, mais cette scène-là avait marqué son esprit et il en avait rêvé très longtemps. Il s'accroupit et caressa doucement la joue humide de Videl pour relever sa tête.
- Peut-être… Peut-être que tu aurais dû le tuer…murmura-t-elle.
- Non, coupa Gohan. Ce qu'il a fait est impardonnable et je ne veux pas être impardonnable. Quelle qu'en soit la raison, je ne veux pas devenir ça.
Elle cilla et enroula ses doigts autour de la main de Gohan sur sa joue.
- Tu as tué Cell, dit-elle.
- J'ai tué Cell et pleins d'autres montres en tout genre, admit Gohan. Et…j'y ai pris une sorte de plaisir malsain. C'est comme…l'impression d'être le maître du monde à ce moment-là. Mais maintenant, je comprends le prix à payer. Je ne veux plus le faire.
Il avait parlé avec détermination. Il retira sa main de sa joue et sonda ses yeux bleus cristallins.
Elle eut subitement l'impression de le comprendre et de le connaître. C'était un sentiment étrange, foudroyant et étouffant, comme une évidence, qui était sous son nez depuis le début, et qui surgissait dans toute sa splendeur. Il était si puissant. En cet instant, elle réalisait tout à fait à quel point sa puissance n'avait rien de naturelle, rien d'humain, rien de comparable, à quel point cette puissance n'était pas seulement la bénédiction qu'elle avait crue depuis le début. Elle lisait la peine et la détermination dans ses yeux, elle voyait aussi le démon qui s'y reflétait. Le démon en lui, le revers de la médaille. Gohan avait toujours été seul avec lui, c'était clair maintenant. Toujours seul. Elle avait l'impression de recueillir à ses pieds un guerrier fatigué par des années de lutte solitaires, un guerrier qui acceptait pour la première fois qu'on l'aide et qu'on le soigne.
Elle approcha ses lèvres des siennes. Il tressaillit mais la laissa l'embrasser lentement. Elle emprisonna ses lèvres entre les siennes avec une précaution infinie, comme pour éviter de le blesser. Puis, plaçant ses mains de part et d'autre de son crâne, elle ramena la tête de Gohan vers elle, et approfondit son baiser, introduisant doucement sa langue dans sa bouche chaude et humide. Il passa ses bras autour d'elle et la serra contre lui avec une énergie inattendue et désespérée, avant de lui rendre son baiser avec une passion débordante. Son impulsion la repoussa contre le tronc de l'arbre derrière elle. Elle eut un grognement étouffé mais lui rendit son élan en enroulant ses bras autour de son cou, l'attirant encore plus près.
Elle sentait une chaleur inhabituelle qui émanait de son corps. Il rompit le baiser et fit courir avidement ses lèvres humides sur son visage et dans le creux de son cou, comme s'il cherchait à s'enivrer de son odeur et de son goût. Elle ferma les yeux et passa ses mains dans ses cheveux, de la base de sa nuque jusqu'au sommet de son crâne.
Le bruit du scratch qui fermait la veste de sa combinaison crissa, et elle sentit sa main s'engager sous le tissu ignifugé, et glisser sur ses côtes et le long de son dos. Il écarta les pans de la veste et les tira pour la lui retirer. Elle se souleva pour faire passer les manches du vêtement. Elle aurait dû sentir le froid hivernal au travers de son pull léger mais la chaleur de Gohan la réchauffait largement. Il avait appuyé sa tête sur sa clavicule, et s'était blotti contre elle. Cette présence contre elle la rassurait. Elle ne pleurait plus, elle ne tremblait plus; elle n'arrivait même plus à s'imaginer ce qu'il était advenu des secours, et des gens emprisonnés peut-être dans le bâtiment en flamme. L'odeur de Gohan la submergeait, mélangée à une vague effluve de fumée. Elle ne pouvait plus rien faire pour eux, là-bas, mais elle savait qu'elle pouvait encore veiller sur lui. Elle voulait le faire, elle ne voulait plus le quitter, elle ne voulait plus de cette tristesse résignée dans ses yeux. Elle avait envie de ne faire plus qu'un avec lui, pour l'aider à dompter ce terrifiant démon. Elle fit descendre sa main le long de son dos et la passa sous son pull souillé de cendres. Sa peau était d'une douceur et d'une chaleur surprenante. Elle laissa ses doigts effleurer la saillie de chacun de ses muscles. Il s'écarta un peu pour laisser plus d'espace à son exploration. Il appréciait le contact curieux de sa main rafraichissante sur son corps, comme s'il ne l'avait jamais expérimenté auparavant. Il eut un soupir rauque et sentit son désir croissant prendre plus de vigueur, quand elle commença à passer sa langue dans son cou. Il la laissa manœuvrer quand elle lui fit enlever son pull, et se retrouva agenouillé face à elle, torse-nu, indifférent au froid qui ne l'atteignait pas, et à la terre humide qui imprégnait son treillis.
En redécouvrant si totalement son corps nu, dont elle était privée depuis si longtemps, elle ressentit le besoin irrésistible de s'en approcher et de joindre au contact de ses mains impatientes, celui de ses lèvres. Elle se redressa et s'assit à califourchon sur ses genoux, pour se rapprocher au maximum. Elle passait sa langue sur sa peau salée, encore légèrement voilée de sueur. Il referma ses bras autour d'elle et grogna doucement en la ramenant encore plus près de lui.
Elle s'aperçut alors seulement à quel point il la désirait déjà. Elle se détourna de ce qu'elle était en train de faire, pour s'intéresser à son entrejambe. Elle descendit lentement sa main sur le tissu du pantalon et caressa l'endroit avec insistance. Il balança imperceptiblement ses hanches en cadence, pour optimiser le frottement délicieux. Elle était fascinée par sa dureté implacable, qui éveillait ses sens et son désir. Elle passa sa langue sur ses lèvres humides et défit les boutons du pantalon pour plonger sa main à l'intérieur sans hésitation. Elle l'empoigna doucement mais fermement et engagea un mouvement de haut en bas. Il crispa ses doigts sur son épaule. Il sentait qu'il ne tarderait pas à perdre le contrôle et c'était une torture délicieuse qu'elle engageait, sans vraiment se rendre compte. Déjà le souffle de Gohan se faisait plus rauque. A chaque manifestation de son plaisir, elle sentait son propre désir prendre corps, et elle s'aperçut qu'elle avait elle-même accélérer sa respiration pour l'accompagner.
Subitement il l'attrapa par les hanches et la souleva pour l'assoir en face de lui, sans se préoccuper de maculer son pantalon de boue. Elle lâcha prise et fut obligée de planter ses mains dans le sol derrière elle pour éviter de basculer complètement en arrière. Il saisit la taille élastiquée de sa tenue ignifugée et la tira à deux mains pour la lui retirer, forçant les scratch à céder sans ménagement. Elle se souleva pour aider au mouvement et entreprit aussitôt de défaire elle-même sa ceinture de ses doigts nerveux et impatients. Elle commença à retirer son pantalon, alors même qu'il n'avait pas fini de se débarrasser complètement du vêtement de pompier. Elle sentait une avidité en elle, une faim qu'elle n'avait jamais connue, comme si sa vie en dépendait, indifférente à la terre collante sur sa peau, à la brise fraîche qui caressait sa peau nue, au ciel blanc et menaçant au-dessus d'eux. Elle ne voyait que lui, ne sentait que sa seule présence, sa seule chaleur, sa seule odeur. Et son esprit jubila férocement en le voyant revenir vers elle à la façon d'un prédateur avançant sur sa proie. Ses prunelles sombres brillaient d'une lueur presqu'animale.
Elle se mordit les lèvres quand il la repoussa doucement en arrière. Elle se retrouva adossée au tronc d'arbres. Instinctivement, elle avait écarté les jambes pour le laisse s'approcher le plus possible d'elle. Il frôla son entrejambe de sa cuisse et une décharge de plaisir inattendu remonta le long de son échine. Elle ne parvint pas à retenir un faible gémissement, surprise qu'un contact si léger génère une telle sensation. Il baissa les yeux sur elle, et plaqua sa main sur son abdomen, à même la peau. Il remonta très lentement sa paume, jusqu'à son cou, entraînant et soulevant son pull dans son mouvement. Elle sentait l'air frais sur sa poitrine et fut prise de chair de poule. Il se pencha et l'embrassa doucement. Elle leva une main pour l'enlacer et le presser de venir plus près d'elle, mais il emprisonna son poignet, lui interdisant tout geste. Il laissait perfidement son impatience grandir. Il avait rêvé de cet instant plus d'une fois, il voulait que ça dure autant que possible, et il savait que s'il répondait à l'empressement de Videl, il ne tiendrait pas très longtemps. Il savait aussi que de l'attente, venait l'intensité du plaisir et il avait faim de son plaisir, autant que de son corps. Plus d'une fois, il avait perdu l'espoir de son pardon.
- Gohan, souffla-t-elle d'un ton implorant.
Il avait gardé sa main sur son cou, dans la même position qu'un étrangleur. Il ne serrait pas bien sûr, il ne gênait Videl en aucune façon, mais cette posture étrange, qu'il avait adoptée tout à fait inconsciemment éveillait une sensation étrange et agréable en lui. Videl n'essayait pas de se dégager et il laissa sa main plaquée au niveau de sa pomme d'adam. Il sentait son souffle, sa vie presque, qui battait sous sa paume. Elle avait plongé ses yeux dans les siens. La lueur qu'il connaissait bien maintenant, s'était allumée au fond de ses prunelles et brûlait avec ardeur.
Il lâcha son poignet, qu'il tenait toujours dans son autre main et finit de défaire les boutons de son treillis pour libérer son pénis. Il s'étonna de sa propre maîtrise et constata que c'était Videl qui paraissait perdre pied. Cette situation augmenta encore son désir qui commençait à devenir douloureusement urgent. Il plaqua sa main entre ses jambes. Elle laissa échapper un cri de surprise et de plaisir et se cambra subitement. Il maintint sa pression fermement et elle serra les dents dans une vaine tentative pour étouffer un nouveau gémissement.
Il remonta sa main sur son abdomen et, saisissant l'une de ses hanches, tandis que sa seconde main empoignait toujours doucement son cou, la positionna de manière à se retrouver, juste au bord de l'entrée de son corps. Elle ferma les yeux et se mordit les lèvres, attendant qu'il s'engage enfin.
Il prit son temps pour la pénétrer. Videl l'accueillit presqu'avec soulagement, submergée par l'impression que le plaisir qu'il propageait sur son passage se diffusait dans chacune des molécules de son être, l'impression qu'il comblait un vide en elle, dont l'existence lui avait échappé tout ce temps. Le mouvement de Gohan était lent, mais le frottement tout le long, incroyablement délicieux. Il râla sans s'en rendre vraiment compte, enivré de l'accueil avide du corps de Videl, humide et chaud. Il sentait le plaisir en elle et cela éveilla en lui une force incontrôlable qu'il eut du mal à réfréner. Il parvenait tout juste à garder à l'esprit la vulnérabilité de Videl, comparée à sa propre force. Comme quand il manipulait un objet délicat, il devait faire attention. Il accéléra rapidement, peinant à garder le contrôle sur son instinct redoutable.
Elle tenta d'abord de maîtriser les sons qui s'échappaient de sa bouche, mais finit par rendre les armes, prenant vaguement conscience qu'ils étaient dans un champ désert et que tout ça était sans importance. Pour la première fois, elle put se laisser aller totalement, toute discrétion s'avérant inutile. Lâcher prise doubla étrangement son plaisir, ce qu'elle n'avait pas cru possible. Elle remarqua que Gohan était plus brusque que d'habitude, mais se surprit à aimer ça, comme si son ardeur scellait un peu plus leur communion.
Elle jouit brutalement. Son cerveau était totalement noyé. Seuls ses nerfs enregistraient les sensations intenses qu'il induisait en elle. Le plaisir dura plus longtemps que d'habitude et elle se demanda si il retomberait jamais. Elle avait appuyé sa bouche sur sa clavicule et fermait les yeux en essayant de reprendre son souffle tandis que la cadence de Gohan se poursuivait inlassablement, relançant son plaisir envahissant. Elle le sentait proche de jouir à son tour. Elle percevait avec une précision inouïe chaque détail du moindre de ses mouvements en elle; c'était à la fois troublant et incroyablement excitant. Elle l'accompagna par un mouvement de bassin et, modifiant ainsi légèrement leur position, ajouta à ses sensations, celui du frottement de son entrejambe contre son bas-ventre.
Il grogna longuement et bruyamment en se libérant soudainement dans un dernier balancement. Entendant et ressentant sa jouissance, associée au frottement insistant contre elle, Videl fut prise d'un nouvel orgasme, moins intense et différent du premier.
Il crut ne jamais finir de se déverser en elle. Il crut ne jamais reprendre ses esprits, perdu dans la transe de l'instant. Il fut presque étonné de découvrir le champ désert, sous le ciel blanc, en ouvrant les yeux. Il regarda Videl. Elle l'observait, les yeux mi-clos, la tête appuyée sur le tronc d'arbre. Sa respiration était encore saccadée. Il lâcha aussitôt son cou, brusquement inquiet de lui avoir peut-être fait mal, sans le vouloir. Mais il n'y avait pas de trace et elle ne paraissait pas gênée. Il se retira doucement et se souleva pour la laisser reprendre une position plus confortable. Elle lui sourit et rabattit complètement son pull, elle avait un peu froid maintenant. Il se pencha et pressa le bout de ses lèvres sur les siennes.
- J'imagine que c'est un pardon ? avança-t-il malicieusement en reboutonnant son pantalon.
- Tu es ssiii intelligent, Gohan Son, répliqua-t-elle avec ironie, mais ne t'avise plus de traîner tes boulets sans moi.
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