Chapitre XXXVII
Cœurs vaillants
A vaillans cuers riens impossible
JACQUES COEUR
La nuit sombre et glaciale emprisonnait Cocorico, tandis qu'un vent chargé de pluie balayait les ruelles du bourg et transformait sa poussière d'ocre en une boue rougeoyante. Seule une lumière transperçait l'opacité de la nuit en cette heure avancée, celle de la maison du Père Reynald, là où logeait Saïnee, recluse à l'écart des autres survivants. Bien sûr, ses amis les plus proches lui faisaient à ce jour entièrement confiance, mais certain membres de la Résistance voyait d'un mauvais œil qu'une gerudo partage leur lieu de vie. C'est pourquoi le Père Reynald avait laissé la jeune fille s'installer dans la chambre de Luda, tandis qu'elle-même dormait au coin du feu en bas, sur un lit improvisé. Ce soir là encore, après la réunion du conseil, Colin avait déserté le dortoir commun de l'auberge et s'était rendu discrètement aux côtés de Saïnee.
La lueur des flammes des quelques bougies posées çà et là dans la petite chambre faisait miroiter la peau basanée et luisante de sueur de la gerudo. Entièrement nue, elle chevauchait son amant qui, à chaque mouvement de son bassin, soupirait d'extase. Colin caressait d'une main douce les seins durcis par le plaisir de sa partenaire. Cela faisait quelques nuitées seulement que le jeune homme expérimentait les joies de la chair, aussi ses gestes étaient encore timides et malhabiles, mais il se prenait de plus en plus à ce jeu érotique. Petit à petit il descendit ses mains au creux du dos de sa partenaire et la fit basculer sous lui. Tandis qu'elle plongeait ses yeux mordorés dans les siens, il entama quelques mouvements de va et vient en caressant son visage d'une main, l'autre glissant jusque sous la fesse de son amante. Il plongea alors son visage dans son cou envahi par sa chevelure flamboyante et déposa de voluptueux baisers sur celui-ci, tandis qu'elle succombait de plus en plus au plaisir de cet acte charnel. Alors qu'elle étouffa comme elle put un ultime cri de jouissance, celui-ci, enivré de plaisir se laissa aller jusqu'à la délivrance, succombant à un orgasme puissant avant de retomber sur elle, tremblant d'extase.
Ils étaient allongés l'un contre l'autre, encore étourdis de bien être alors que l'aube commençait à se lever, faisant pâlir le ciel d'un gris polaire. Seuls ces moments de plaisir arrachaient à Colin la terreur qui palpitait en lui depuis leur rencontre avec Fénir. À cet instant, il la sentait revenir pour s'insinuer en lui, chassant avec perversité le bonheur qui l'avait envahi jusqu'à ce matin glacial. Le garçon sentit alors le souffle de sa partenaire s'apaiser, tandis qu'elle plongeait dans un sommeil profond. Après toutes ces terribles épreuves, il s'étonnait toujours qu'elle puisse trouver le sommeil aussi aisément. Il sourit et déposa un baiser sur ses cheveux rouges et soyeux. Colin tenta à son tour de fermer les yeux, mais la délivrance du sommeil ne vint pas. Après un long moment, alors que la brume commençait à disparaître, écrasée sous la pluie qui martelait le sol avec encore plus d'ardeur que ces derniers jours, le blond abandonna son amante, non sans lui offrir un dernier baiser. Il recouvrit son corps endormi avec une épaisse couverture, puis s'habilla et quitta la pièce.
Après être passé par les termes de l'auberge, le jeune bretteur retrouva ses compagnons à la salle d'arme. En réalité, ce que les Résistants pouvaient désormais appeler ainsi n'était en fait qu'une vaste baraque adjacente à l'auberge. Le lieu appartenait aujourd'hui au fabricant de bombes de Cocorico, et il y entreposait là les fournitures nécessaires à la préparation de ses engins destructeurs. Il avait proposé lui-même de fournir aux rebelles cet espace assez grand pour y entreposer des armes, et pourquoi pas s'entraîner au maniement de celles-ci à condition tout de même de ne pas y produire la moindre étincelle... Le lieu, qui devait être à l'origine une bergerie était bien assez grand pour les quelques courageux qui avaient bien voulu prendre les armes et défendre Hyrule au péril de leur vie. Ce matin là, Shindel maniait son hallebarde avec dextérité sous les yeux ébahis de quelques jeunes recrues, tandis que le Prince Lars et Ash croisaient le fer un peu plus loin. Au dehors, Artaban formait quelques hommes à l'art subtil du tir à l'arc, ce qui n'était point chose aisée compte tenu de la pluie qui tombait drue. Dans une pièce voisine (qui devait être une ancienne crèmerie) quelques gorons combattaient à main nue à l'intérieur d'un cercle tracé sur le sol de terre battue, sous les huées des quelques spectateurs qui attendaient leur tour pour faire mordre la poussière à leur adversaire.
« Minuscule arrrrrmée, mais ils sont vaillants », grogna un mastodonte derrière Colin qui observait les lieux.
Le blond se retourna, surpris. C'était Arramir, un immense goron à la peau grise et rocailleuse qui avait parlé.
« À cœur vaillant rien d'impossible, répondit Colin.
- Voilà qui est bien parrrrlé mon ami », s'esclaffa le goron en assénant une tape magistrale dans le dos du jeune homme qui en eut presque le souffle coupé.
La montagne s'éloigna, laissant le jeune homme déconfit derrière lui. Colin n'était pas certain qu'en cet instant son cœur soit aussi vaillant qu'il l'espérait. Il se saisit d'une épée, observa la lame quelques instants puis la reposa et en prit une deuxième. Celle-ci conviendrait mieux.
« Si tu veux mon avis, tu devrais plutôt choisir la première, fit remarquer Link qui avait observé son compagnon.
- Pourquoi donc ? bougonna Colin. La deuxième est plus large.
- C'est une épée de taille uniquement, alors que la première est de taille et d'estoc, expliqua patiemment le Héros.
- Et aurais-je vraiment besoin de frapper d'estoc ? demanda Colin quelque peu agacé par la situation.
- Si tu croise un Lizalfos, la manière la plus simple de le tuer est de le frapper d'estoc. Son point faible est son estomac. Si tu arrives à le lui transpercer, il libère un poison qui le tue instantanément. »
Colin soupira, puis reprit la première lame.
« Nous ne sommes pas prêts Link, dit-il. Je ne sais rien de ces monstres, moi et tous les autres, on va se faire tuer en deux minutes face à cette armée.
- Crois-tu que j'étais prêt lorsque j'ai combattu ces monstres il y a sept ans ? » rétorqua Link.
Colin garda le silence.
« Personne n'est jamais prêt face à ça Colin.
- Tu l'étais tout de même en peu plus que moi à présent, et que tous ces types qui hier encore labouraient leur champ tranquillement sans rien demander à personne.
- J'étais gardien de chèvre, je te le rappelle, ironisa Link.
- Mais mon père t'entraînait. Ton rêve a toujours été de devenir un soldat d'Hyrule.
- Tu as toujours voulu être un valeureux guerrier toi aussi. Voici le moment de faire tes preuves.
- Mais moi, personne ne m'a entraîné, répondit Colin avec amertume. Quelqu'un avait promis de le faire, souviens toi. Et puis il est parti du jour au lendemain sans crier gare.
- Alors il est temps pour moi aussi de réparer mes erreurs du passé, avoua le Héros. Approche. »
Link dégaina son épée, puis fit signe à Colin d'approcher. Les deux hommes s'avancèrent vers le centre de la pièce, on fit place autour d'eux, puis Colin se prépara à combattre, sans conviction.
Le jeune garçon avait saisi un bouclier en bois à l'armature de fer, léger mais résistant. Il s'équipa puis se mit en garde.
« Attaque moi », dit Link.
Quelques hommes s'étaient amassés autour des deux bretteurs, guettant d'un œil curieux quelle serait l'issue de ce combat singulier. Colin ne sachant trop quel type de coup porter, leva son épée et tenta une attaque verticale aussitôt bloquée par Link. Il revint en place et tenta cette fois ci une coupe horizontale que le Héros esquiva en reculant d'un pas au dernier moment. Colin déstabilisé chancela alors que Link ripostait d'un coup à revers rapide et précis. Bien sûr il frappa sur le bouclier, ce qui n'empêcha pas Colin d'être chamboulé sous la puissance du coup qui résonna longtemps dans son bras gauche.
« Tu es trop prévisible Colin, utilise ton instinct ! Élargis ton champ de vision, ne fixe pas le point que tu cherches à atteindre. »
Le jeune homme acquiesça puis ferma les yeux un instant. Il sentit la chaleur de Din l'envahir, la déesse de la force lui portait secours. Il rouvrit les yeux, et sous le conseil de son professeur, élargit son champ de vision. Là il vit les hommes amassés autour d'eux, Shindel qui avait posé son hallebarde et avait rejoint les spectateurs, son hermine lovée sur ses épaules, les gorons qui avaient déserté la salle de sumo pour jeter un œil au combat eux aussi. Puis face à lui Link, qui en garde attendait patiemment que son élève trouve le moment opportun pour attaquer. Colin hésita, il savait pertinemment qu'il ne faisait pas le poids face au Héros. Quelle que soit son attaque, il la parerait certainement plus vite que son ombre. Il rassembla tout de même ses forces puis porta alors un coup à revers d'une grande puissance, surpris par sa propre énergie, mais Link para aussi aisément que la fois précédente. La lame de Colin glissa sur le bouclier, et le garçon emporté par sa propre attaque se retrouva dos à Link, vulnérable. Le Héros poussa son adversaire d'une main de fer. Le jeune homme surpris chancela puis se remit face à Link, en garde.
« Une lame sans courage est une lame impuissante », fit remarquer Link.
Le jeune homme fronça les sourcils, piqué au vif.
« Ne dis pas n'importe quoi ! Tu sais très bien que je n'ai aucune chance contre toi !
- Qu'est ce qui t'as permis de vaincre Ganon ce jour là Colin ? demanda alors Link en baissant sa garde.
- Le feu de Din, marmonna Colin. La force que la déesse m'a insufflée...
- Mais il n'y avait pas que ça. Le courage est vain sans force mais sans courage la force n'est rien. Il te faudra les deux Colin pour vaincre ton adversaire. Ce jour là, tu as mis au tapis le plus terrible guerrier qu'Hyrule ait jamais connu, souviens toi.
- Il a raison gamin, fit remarquer Shindel en haussant un sourcil, les bras croisés sur sa poitrine.
- Tu es allé le cœur gonflé de courage au combat Colin, souviens toi. Tu en es capable, il te suffit juste de croire un peu plus en toi !
- Moi j'ai confiance en toi Colin », lança une voix féminine dans l'assemblée.
Everlee se faufila alors parmi la foule pour se glisser au premier rang. Elle envoya un clin d'œil au jeune homme qui sentit son cœur gagner en vaillance. Le blond se remit en position de combat, un peu plus sûr de lui, puis le duel recommença. Il échoua plusieurs fois, mais ses coups étaient de plus en plus précis, et il parvint presque à désarmer le Héros. La salle d'arme s'anima alors d'un souffle nouveau, et chacun se saisit d'une arme et reprit l'entraînement. Les lieux résonnèrent longtemps du bruit des lames s'entrechoquant, puis lorsque le jour commença à décliner chacun partit prendre un peu de repos, le cœur un peu plus vaillant que le matin même.
Il était courant ces temps-ci qu'à la tombée de la nuit, les monstres rôdent aux alentours des portes de la petite bourgade de Cocorico. Mais ce soir là, ce furent deux silhouettes humaines hissées sur des chevaux malingres qui se présentèrent devant les gardes. La sentinelle avait repéré de loin ces deux ombres qui glissaient dans la plaine d'Hyrule, furtivement suivies par une troisième de temps à autre. Un monstre à l'affût très certainement. Depuis le début de la guerre, on n'entrait plus si facilement à Cocorico, de jour comme de nuit, et ce, même si on était humain, zora ou goron. Aussi, lorsque les deux silhouettes s'annoncèrent comme gerudo, leur chance de mettre les pieds à Cocorico encore en vie s'était très vite amoindrie. À l'évocation de ce nom, deux rochers chutèrent des remparts et prirent vie. Il s'agissait en fait de deux immenses gorons qui ne laissèrent pas aux femmes le temps de crier. Un cheval se cabra et fit chuter la cavalière que le premier goron attrapa aussitôt par le cou pour la soulever du sol. L'autre, trop faible fit à peine un écart avant d'être assommé par le poing du deuxième goron qui extirpa la guerrière de sous le corps de l'animal sans effort.
« Torrrrdons leur le cou, rugit le premier goron du nom de Borros.
- Je serai de cet avis, lança une voix du haut des remparts, mais cela ne siérait guère à nos compagnons j'en ai peur. »
La silhouette d'Artaban se détacha dans la pénombre alors qu'un éclair zébra le ciel l'espace d'un instant. Il jeta un regard en bas puis lança aux deux gorons :
« Mettez les au frais dans une cellule, je vais prévenir les autres. »
Les gorons hissèrent les frêles silhouettes sur leurs épaules imposantes, puis on leur ouvrit les portes de la ville. Ils pénétrèrent dans Cocorico en baragouinant, alors que le cheval qui s'était cabré les rejoignit en trottinant, délaissant son compagnon encore étourdi. Le pauvre animal était tellement faible et affamé que même la présence des gorons ne le dissuada pas d'entrer dans la ville. Mais alors que les portes se refermaient sur les ténèbres de la plaine d'Hyrule, personne ne vit la forme furtive qui se glissa au pied de l'équidé pour se faufiler parmi les ombres de la nuit.
« Ils ont laissé ce pauvre animal en proie aux monstres qui rôdent dehors ? » s'insurgea Everlee alors qu'Artaban venait d'annoncer les faits à la taverne.
Elle avait écouté l'histoire du haut de la mezzanine qui surplombait la salle commune, et la voilà qui descendait en trombe les escaliers pour se ruer dehors.
« Les hommes, vous êtes vraiment des rustres », s'offensa Iria qui courut aussitôt à ses trousses, laissant un Jehd désemparé attablé avec le reste du conseil.
Artaban leva les yeux au ciel. Décidément, les femmes et la guerre ne faisaient pas bon ménage.
« Sinon, le fait que deux gerudos se soient ramenées jusqu'ici, cela intéresse quelqu'un ou bien je laisse Borros et Garrecin jouer aux billes avec leurs têtes ? soupira le soldat au catogan.
- Si tes deux gadins touchent à un seul cheveu de leur tête, je les tue, cracha Saïnee en se levant pour se ruer vers la porte à son tour.
- Allons-y avant qu'elle ne tue quelqu'un », suggéra Shindel.
Colin acquiesça, puis talonné par Link et Shindel, il suivit les traces de la gerudo.
Everlee et Iria avaient couru jusqu'aux portes nord du village, là où Artaban avait raconté avoir accueilli les deux gerudos. Everlee, rouge de colère s'était ruée sur l'énorme goron qui quittait les geôles, talonné par son frère un peu moins imposant que lui. Elle paraissait minuscule à côté de lui, ce qui ne l'empêcha point de l'insulter de tous les noms, notamment de « grosse caillasse sans cervelle » avant de lui asséner une tape sur son torse de pierre (ce que le goron avait dû prendre pour une mouche qui s'écrasait contre lui). Iria avait blêmi, mais pourtant le fier goron n'avait osé rétorquer face à la gamine au caractère impétueux. Aussi elle n'eut besoin de se faire prier pour que les deux frères se rendent au dehors porter secours à l'animal toujours effondré sous la pluie battante et dont la carcasse commençait à être entourée d'oiseaux de bien mauvaise augure. Les deux mastodontes portèrent le petit cheval jusqu'à l'écurie, et l'installèrent sur une litière de paille fraîche. Les deux jeunes femmes frictionnèrent longuement l'animal avec de la paille, jusqu'à ce que le poil soit sec et luisant. Il finit par ouvrir ses grands yeux d'un bleu intense, mais la vie ne revenait pas dans ses membres fatigués.
« Pauvre petit, la vie a dû être terrible pour lui ces dernières semaines, fit remarquer Iria. Regarde comme il est maigre.
- J'imagine que les deux gerudos ne doivent pas être en meilleur santé », marmonna Everlee.
La princesse se leva et alla chercher une poignée d'orge dans un tonneau. Elle s'accroupit près du cheval et lui fit sentir les céréales aplaties et croustillantes. Les oreilles de l'équidé s'animèrent et de ses lèvres il saisit quelques graines.
« On dirait qu'il a faim finalement », dit Iria.
Everlee retourna chercher un seau qu'elle remplit d'orge, faisant renâcler les autres chevaux de l'écurie, puis retourna s'asseoir auprès de son protégé. Le petit destrier se redressa pour se coucher en vache, et fourra son nez de velours palpitant dans le seau de nourriture.
« Tu es douée avec les chevaux on dirait, sourit Iria.
- Je les ai toujours aimés. Mon père était forgeron, lui raconta Everlee. J'ai grandi dans les pieds des chevaux.
- Mais, ne dit-on pas que les kokiris sont les enfants de la forêt ? »
La princesse lui raconta alors ce qu'était vraiment les kokiris, ces enfants abandonnés ou orphelins, tous recueillis par l'Arbre Mojo et éduqués par un prince ou une princesse qui avait le privilège de grandir et quitter la forêt quand bon lui semblait. Les enfants quant à eux vieillissait jusqu'à l'adolescence. Puis ils stagnaient entre deux âges, jusqu'à ce qu'ils soient prêts à quitter le nid. Là alors, ils redevenaient des hyruliens semblables aux autres, et partaient faire leur vie loin de la forêt. Elle lui raconta aussi que certain de ces enfants n'étaient jamais prêts à partir, et que ceux-ci finissaient par se perdre dans la forêt, et qu'ils devenaient des monstres… Elle lui avoua enfin que le jour où elle avait forcé ses oisillons à quitter le nid pour guerroyer, elle les avait conduit vers ce funeste destin.
« Alors ta mission d'aujourd'hui…
- C'est de veiller sur les âmes abandonnées, et surtout de ne pas me mêler à la guerre. Le jour où Link partira au combat, je devrai le laisser partir seul, et veiller sur ceux qui resteront en arrière. »
Iria se mordit la lèvre et garda le silence.
« Tu sais, nous avions de petites montures pour les kokiris à l'époque, dit alors Everlee pour rompre le silence. Très semblables à ce petit cheval. Petits et trapus, au pied sûr, avec les yeux bleus. On les appelait les poneys kokiris. Les enfants recevant une fée bleue étaient curieusement les plus doués en équitation, et ce sont eux qui avaient la tâche de s'occuper des poneys.
- Mais ta jument est plutôt grande et élancée, fit remarquer Iria.
- J'ai reçue Artémis de mon père peu avant qu'il ne meure. C'était une des dernières de la lignée du mustang hylien. Ces chevaux peuplaient la plaine autrefois. Ils avaient déjà presque disparu il y a cent ans.
- Je n'en ai jamais entendu parler, ils ne doivent plus exister malheureusement », songea Iria.
Le petit cheval après avoir terminé de mâcher son orge se sentit quelque peu ragaillardi. Après quelques tentatives infructueuses, il parvint à se mettre debout sur ses membres tremblants. Sa robe alezane brûlée luisait sur ses côtes saillantes, et une vilaine escarre lui entaillait la hanche gauche. Il se rendit jusqu'à l'abreuvoir où il but tout son saoul, puis retomba au sol, étourdi de fatigue.
« Le voilà sauvé j'imagine, murmura Everlee en caressant ses crins emmêlés.
- Laissons le dormir », suggéra Iria.
Everlee acquiesça. Le petit cheval poussa un puissant soupir puis les deux jeunes filles le couvrirent de paille avant de le laisser, profondément endormi.
