Ca y est, il a saisit que j'étais réveillée depuis le début.
J'ouvre des yeux emplis de larmes et le regarde avec peur en repassant dans ma tête tout son discours sur cette torture.
- Elsa, je suis désolé, je pensais pas que t'étais réveillée !
Je ne l'écoute plus, mes oreilles sont restées bloquées sur son discours qui tourne en boucle dans ma tête tandis que je m'efforce d'appuyer sur pause. Je ne lui en veux pas mais là, je pense que je ne vais pas tenir. Je me prends la tête dans les mains pour essayer de me calmer et d'arracher ses précédents mots de ma tête, mais je ne saisis rien et ils se répètent inlassablement tandis que je crie.
" ...tu restes en vie chaque instant et ta seule envie, c'est de mourir pour tout arrêter parce qu'un monde sans cette souffrance te semble inimaginable.", " Tu suffoques mais tu trouves nulle part les mains que tu dois enlever alors tu peux qu'espérer mourir vite", "...elle me parlait d'une brûlure, comme un feu qui se propage.", "...j'étais sûr que j'allais faire une crise cardiaque à chaque battement, mais il tenait et je voulais que ça s'arrête absolument",...
Tout est décris à la perfection, tout. Les larmes coulent à flots le long de mes joues et je sens que j'ai de plus en plus de mal à respirer. J'enlève les mains de devant mes yeux mais cela ne change plus rien, qu'il fasse noir ou pas, les mains invisibles m'étranglent. Dans mon étouffement, je lâche un sanglot et la sensation de brûlure me revient en mémoire, alors je crie. Je crie à en perdre la voix et me tortille dans tous les sens comme pour échapper à cette seringue, cette piqûre.
Jack pose une main sur mon épaule et je recule, apeurée. Je le vois remuer les lèvres mais je suis devenue comme sourde et n'entends que ces mots "C'était atroce, trop atroce. Cette douleur qu'on ressent... On a mal, mais c'est comme si la douleur n'avait pas d'origine". Non, ça ne s'accorde pas avec ses lèvres, il ne prononce pas les mêmes mots, pourtant ce sont ceux-là que j'entends. Concentre-toi, il a peut-être quelque chose d'important à dire.
Finalement, sa voix m'apparait en échos, comme si quelqu'un parlait à l'autre bout d'une maison et se rapprochait de plus en plus de la pièce.
- Elsa, c'est pas réel, je te jure que c'est fini, tu ne risques plus rien !
J'ai encore du mal à respirer et les larmes glissent toujours le long de me joues tandis que je recule le plus loin possible sur le lit.
- Elsa, il est mort ! Ils ne pourront plus jamais avoir de sérum !
Je vois que la glace continue - quand a-t-elle commencé ? - sa propagation infernale dans la pièce et Jack aussi car il se retourne et crie à Eugène :
- Sors vite !
Eugène sort de la pièce avec une expression d'anxiété et se précipite dans le couloir en refermant la porte.
- Elsa, écoute-moi, je t'en supplie.
Je secoue la tête pour lui dire que j'en suis incapable, car je suis tout autant incapable de parler, respirant rapidement de courtes bouffées d'air.
- Il va falloir que je te prenne la main pour contenir ton pouvoir, Elsa...
Je ramène en vitesse mes mains contre ma poitrine, souhaitant par dessus-tout éviter l'électricité.
- Tu ne me fais pas confiance ? demanda-t-il.
Je hoche la tête tout en soufflant toujours en vitesse accélérée dans l'espoir de mieux respirer, mais j'ai du mal.
- Ok, alors laisse-moi prendre ta main sinon tu risques de tout geler...
J'hésite, mais je n'ai pas enduré toute cette souffrance pour tuer finalement moi-même ma famille. Je tends donc doucement la main vers lui, tremblant comme jamais auparavant je l'ai fais lors de mes crises, et il s'en saisit lentement. En quelques temps, la chambre redevient normale mais le lit est toujours gelé.
- Jack, j'ai peur, haletai-je.
- Je sais, mais ça va aller, je te le promets.
Doucement, il remonte ses mains jusque mon bras, mes épaules, mon dos, et je me retrouve bientôt enlacée dans ses bras. Je serre son pull si fort que je ne sens plus mes doigts et je pense même que je ne suis plus la seule à étouffer.
- Je suis vraiment désolé...
Je ne peux réprimer un sanglot que je ravale aussitôt.
- Je t'en supplie, j'en peux plus, fais quelque chose, murmurai-je en retenant avec une énorme difficulté mes sanglots.
Évidemment, je sais qu'il n'est pas en mesure de faire quoi que ce soit, mais j'ai besoin d'espoir, c'est tout ce qu'il me reste.
- Je peux faire quelque chose mais je veux d'abord être sûr que tu ne sursauteras pas...
- Fais-le ! Par pitié, fais-le, pleurais-je.
Il me relâche brusquement, ce qui me déconcerte, prend vivement mon visage dans ses douces mains et dépose ses lèvres sur les miennes. Aussitôt, le rythme de mon coeur ralentit, je ne tremble presque plus et les larmes cessent leur flot. Je lui rends doucement son baiser en chassant au passage la sensation d'étouffement, mais je décolle brièvement mes lèvres des siennes pour reprendre mon souffle et sans dire mot, je les rassemble derechef. Il semblerait que le glace ai fini de se propager tandis que je passe une main - l'autre est toujours menottée - derrière sa nuque en me saisissant d'une touffe de ses cheveux pour l'attirer encore plus à moi. Il passe une main derrière ma nuque et une autre dans mon dos en m'embrassant toujours avec passion. Sans réfléchir, comme automatiquement, je le tire pour le rassoir sur le lit il est simplement assis, ses lèvres collées aux miennes, tandis que je passe une jambe de chaque côté de sa taille en les resserrant autour de manière à coller ma poitrine à son torse et finalement, je suis assise sur lui, collée de toute manière possible à son corps parfait, l'embrassant fougueusement.
Quand nos lèvres se séparent après plusieurs minutes intenses, le serre dans mes bras et murmure :
- Merci.
- Je suis vraiment désolé...
- Chuuut... le coupai-je. Je ne t'en veux pas.
Il me compresse un peu plus fort contre lui et nous restons ainsi quelques peu avant que je ne m'endorme - réellement, cette fois - dans cette étreinte.
Je me réveille dans les bras de Jack et je le serre de mes deux bras... ce qui veut dire qu'il m'a retiré mes menottes ! Mais je ne compte plus me relever avant une semaine ( sauf pour les toilettes, pas le choix ).
Je relève la tête et découvre que Jack était déjà réveillé puis baisse doucement sa tête vers moi en me souriant faiblement.
- Ça a été ? s'inquiéta-t-il.
- J'ai refais le vieux cauchemar...
En effet, j'ai refais ce cauchemar où je suis au QG de Chicago, je cours dans un couloir sombre qui semble sans fin et retombe dans la salle où je recevais ces piqûres. Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas Gaunt mais Jedusor et qu'il posait sa main sur mon visage en entier, ce qui m'empêchait de déchainer ma douleur dans mes cris.
- Je suis vraiment désolé d'avoir parlé de ça, hier... s'excusa-t-il encore une fois.
- Je t'ai déjà dis que c'est pas ta faute, tu savais pas que j'étais encore réveillée, répétai-je.
- Ca n'empêche que je t'ai fais souffrir et ça, je ne me le pardonne pas, déclara-t-il.
- Peut-être que si j'avais été moins obstinée, tu n'aurais jamais eu cette discussion avec Eugène. Et puis, ça devait sortir, on ressentait que t'avais ce besoin d'en parler...
- Arrête ! me coupa-t-il. Encore une fois, tu penses à moi, au fait que j'avais envie de m'exprimer, mais même pas au fait que tu ne tiens pas si on en parle, que tu souffres. Encore une fois, tu fais passer les besoins des autres avant les tiens et tu en souffres, surtout hier !
- Mais je m'en fous, tout ce qui compte, c'est que alliez b...
- Non, il n'y a pas que ça qui compte, nia-t-il.
- Pour moi, si.
- Tu as le droit au bonheur, Elsa. Tu as le droit à vivre ta vie sans te soucier en permanence des autres.
- Mais je dois vous protéger, je ne pourrais pas supporter qu'il vous arrive quoi que ce soit, j'ai une responsabilité envers ma famille, expliquai-je.
- Tu n'es pas obligée de tout porter sur tes épaules, on sait se protéger, on est plus des enfants...
- Non, vous êtes des idiots, dis-je froidement.
- Heu... pourquoi tant de gentillesse ? demanda-t-il, intrigué.
- Parce que tu ne comprends rien à rien. Mais t'es l'idiot que j'aime alors t'es pardonné.
Il veut répliquer mais je ne lui en laisse pas le temps en celant ses lèvres par un baiser. Il me le rend mais lorsque je me retire, il parait contrarié.
- T'es vraiment butée... soupira-t-il.
- Au moins, je sais l'assumer.
Chlan ! Hé hé, bien dit !
- Je suis pas têtu ! s'indigna-t-il.
Je fais semblant de toussoter pour faire comprendre que oui.
- Alors ça, c'est une nouvelle ! m'exclamai-je.
Je ris devant la tête d'offusqué qu'il fait et soudain, il semble s'apaiser et me regarde bizarrement, avec douceur.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je.
- Rien, j'aime juste te voir heureuse, déclara-t-il.
Je rougis un peu, ce que lui seul arrive à me faire faire, et il me ramène contre son torse d'où je m'étais soulevée pour me moquer.
- Je ne comprends pas comment tu fais, avouai-je.
- Comment je fais quoi ? m'interrogea-t-il.
- Pour continuer de m'aimer après tous les ennuis que je te cause.
- Ne redis plus jamais ça ! s'exclama-t-il en me donnant un petit coup sur le haut de la tête.
- Aïe ! Pourquoi t'as fais ça ? m'indignai-je.
- Tu ne m'attires pas d'ennuis, tu es la plus belle chose qui me soit arrivé dans la vie, m'expliqua-t-il.
- Ben ta vie doit vraiment être triste, alors... commentai-je. Aïe ! Mais t'as pas fini, oui ?
- Ma vie est heureuse...
- Si on oublie le fait qu'on est recherché dans tout le continent et qu'on est en guerre contre le gouvernement, le coupai-je.
- Elle est devenue heureuse grâce à toi, me dit-il.
- Je ne vois pas comment. Après tout, tu t'es quand même fait frapper à nos premiers entrainements, ton chez-toi à explosé à cause de moi vu que j'ai eu la merveilleuse idée de récupérer le convoi, tu as dû me chercher dans une forêt pendant toute une nuit, tu t'es retrouvé à me supplier de revenir parce que j'avais quitté le groupe pendant trois semaines, tu as dû en plus de ça venir me sauver pour être affiché dans les rues comme étant un dangereux criminel, tu n'as pas arrêté de faire des efforts pour contenir mon pouvoir pendant mes crises et tu t'es retrouvé dans une base de bloody scar avec un commandant psychopathe qui pouvait te faire souffrir rien qu'au toucher. Il y a pas à dire, tu mènes la belle vie depuis qu'on se connait ! ironisai-je.
Il soupire de frustration face à mon entêtement et je fais comme si de rien n'était. Il ne veut rien comprendre.
- Je m'en fous de tout ça, déclara-t-il.
- Ben tu devrais pas. Trouve au moins une seule raison qui justifie que tu ne m'abandonnes jamais, le défiai-je.
- Je t'aime.
- Désolée, trouve autre chose.
- Je t'aime et ça me suffis amplement, déclara-t-il. J'ai besoin de rien, seulement de toi et de te voir heureuse.
- T'es fou, mon gars. Ca, c'est sûr !
- Oui, je suis fou amoureux de toi, ajouta-t-il.
Aussitôt, mon coeur fond comme une guimauve et je me redresse pour l'embrasser.
- Tu restes un idiot, soufflai-je.
Il rit et m'embrasse derechef avant que je ne me repositionne correctement entre ses bras.
- Récapitulatif, dit-il. Je suis un idiot fou amoureux de toi qui a une vie triste depuis qu'on se connait mais qui t'aime tellement qu'elle est heureuse.
- Je retirerais la fin, si j'étais toi, commentai-je.
- Mais t'es pas moi et elle me convient très bien, me fit-il remarquer.
- Malheureusement, ne pus-je m'empêcher de marmonner. Aïe ! Pourquoi t'es pas sourd ?
- Parce que j'ai des oreilles, répondit-il.
- Les sourds ont des oreilles, il y a juste un problème au niveau d... Mais arrête ! m'indignai-je alors qu'il m'a refrappé à la tête.
- Alors te fous pas de ma gueule, dit-il.
- Mais c'est trop tentant, j'y peux rien si tu es si... Hey ! T'es violent, en fait !
Je me masse la tête qu'il a frappé pour la x ème fois.
- Bien sûr, je suis le gars le plus violent du monde !
Je ne peux m'empêcher de rire et il prend un faux air offensé.
- Toi ? Le plus violent du monde ? riais-je.
- Ben quoi, je suis redoutable !
Je ris de plus belle quand je sens des doigts s'agiter près de ma taille et que les chatouilles commencent. Je gesticule dans tous les sens en riant aux éclats et en le suppliant d'arrêter tandis qu'il continue inlassablement cette malfaisance.
- Dis que je suis invincible ! m'ordonna-t-il.
- Ce serait mentir ! fis-je en ne pouvant contrôler mes éclats de rire.
- Mais c'est ça ou je continue...
- Ok, ok, t'es invincible !
Il me relâche et je souffle un coup. Malheureusement, je ne peux pas répliquer quelque chose puis m'enfuir en courant car je suis clouée au lit pour encore trois jours.
- Ca y est, je te re-déteste, déclarai-je.
Il rit et je le prends dans mes bras en me serrent très fort contre lui.
- Mon idiot de mec... murmurai-je affectueusement.
Il dépose un baiser sur le haut de ma tête et je me blottie un peu plus dans ses bras.
La matinée passe assez vite et bien que j'arrête de vouloir sortir, je cherche des solutions pour guérir plus vite. Cela exaspère Jack mais il ne dit rien car c'est toujours mieux que de devoir m'empêcher de me lever en permanence.
- Et Raiponce ne saurait pas me soigner ? demandai-je pour la sixième fois.
- Non, soupira-t-il. Je t'ai déjà dis que le pouvoir de Jedusor était très puissant et Raiponce n'arriverait pas à te guérir, sur ce coup.
- Quand on y pense, je pourrais peut-être prendre des béquilles...
- Non, tu devrais aussi prendre appui sur tes pieds pour te déplacer.
- Et des échasses ?
- Quoi ? s'étonna-t-il. Tu veux te balader en échasses ?
- T'as raison, c'est trop haut.
Il secoue la tête en signe de désespoir mais je n'y fais pas attention, réfléchissant toujours à un moyen de sortir du lit sans prendre appui sur mes jambes.
- Un fauteuil roulant ? proposai-je
- Si j'en trouve un, je te préviens, dit-il.
C'est vrai que la loi qui fait que la plupart des hôpitaux ont été éliminés réduit énormément nos chances de trouver ce genre d'objets.
- Elsa, s'il y avait une solution, on l'aurait trouvé, raisonna-t-il.
Je pousse un soupire de tristesse et il me prend doucement dans ses bras tandis que je baisse la tête d'un air résigné.
- Tu verras, ça passera vite... murmura-t-il.
- C'est faux.
Il resserre son étreinte sur moi et une larme coule sur ma joue pour s'écraser sur le pull de Jack en se gelant une fois imprégnée dans le tissu, formant une forme florale et circulaire givrée.
- Pleurs pas, j'aime pas te voir triste.
Je me force à paraître normale pour ne pas le rendre triste à son tour mais c'est une épreuve.
- Encore une fois, tu penses à moi plus qu'à toi.
Il a raison donc je ne réponds rien. Il ne comprends cependant pas mon point de vue et ça me froisse un peu.
- Idiot... soufflai-je.
- Un idiot qui t'aime, ajouta-t-il.
- Un idiot quand même.
Il pouffe un peu puis me relâche.
- Tu veux commencer à dessiner ? proposa-t-il.
C'est vrai qu'il m'avait dit qu'il allait m'apprendre mais ça m'était totalement sortis de la tête. Je hoche la tête et il sort son carnet d'un tiroir.
Il commence ensuite à m'apprendre les bases et comprends que je n'exagérais pas quand je disais que j'étais très nulle. J'essaie de me concentrer mais rien n'y fait : ma fleure ressemble à un nuage difforme.
- Pauvre fleure... entendis-je marmonner Jack.
Je me sens extrêmement conne et fais comme si je n'avais rien entendu. Je n'arrive même pas à dessiner une misérable rose et voyant qu'il désespère, je lui rappelle :
- Je t'avais dis qu'il fallait de la patience !
- Oui mais t'as oublié de me dire qu'il faut aussi une capacité à supporter... heu... ben, à supporter les trucs moches.
Je ne me vexe même pas car je dois reconnaître que le chien que j'ai fait tout à l'heure est particulièrement exécrable. En fait, on dirait une créature que l'on s'imagine sous le lit, étant gamin.
- Désolée d'être nulle.
- Pas grave, on aura qu'à dire que ce sont des gosses qui ont fait ça et ils y verront que du feu.
Nous rions puis je lui repasse son carnet. Voyant qu'il n'arrache pas les pages, je suis déconcertée.
- Tu jettes pas les dessins ? demandai-je.
- Pas question, c'est du dos' ! s'exclama-t-il.
J'ouvre de gros yeux et essaie de lui reprendre le carnet des mains mais il le fourre dans l'armoire à l'autre bout du monde.
- Pour la troisième fois en deux jours, je te déteste, déclarai-je.
- Je m'amuse bien, moi... ria-t-il.
Je le foudroie du regard puis il vient pour m'embrasser mais je recule et lui tourne le dos en croisant les bras.
- Tu fais la gueule ?
Je hoche la tête sans me retourner vers lui.
- Je peux faire quoi pour me faire pardonner ? demanda-t-il.
- Tu déchires mes dessins, répondis-je.
- Ah non, ce sont des archives ! s'exclama-t-il.
Une idée me vient. Si lui ne veut pas détruire les feuilles, je vais trouver quelqu'un d'autre.
- JOSH ! appelai-je.
Quelques secondes plus tard, il arrive dans la chambre d'un air aussi intrigué que Jack.
- Oui ?
- Brûle l'armoire.
Il est ébahis et Jack éclate de rire, mais je suis on ne peut plus sérieuse.
- Pourquoi ? s'étonna Josh.
- Pose pas de question et fais-le, s'il te plaît, demandai-je.
- Non, il doit savoir que c'est parce que Madame dessine comme un pied et que j'ai gardé les feuilles, dit Jack.
Je lui lance un regard noir auquel il répond par l'hilarité.
- Je vais lui montrer, dit-il.
Quoi ? J'ouvre de gros yeux et l'attrape par la manche pour le retenir.
- Non, c'est bon, m'exclamais-je. Je ne râle plus ! Je ne râle plus !
Empêche-le d'y aller ! Il rit mais se dégage de mon bras en se dirigeant vers l'armoire.
- Frost, tu vas le regretter ! m'écriai-je.
Il a pas intérêt à faire ça !
- J'aimerai bien voir ça, rigola-t-il en sortant le carnet.
- Non, JACK !
Il tend le carnet à Josh qui le saisi d'une main hésitante. Dis-lui, il doit t'écouter à tout prix !
- Lâche-ça tout de suite ! Brûle-le ! Non, ne l'ouvre pas !
Trop tard. Non ! Jack lui montre les pages et Josh commence à rire. Pitié, qu'il n'arrive pas à la voiture, pas la voiture...
- C'est quoi ? interrogea Josh. Un carton avec une porte ?
- Une voiture, expliqua Jack.
Je déteste les véhicules ! Ils rient tandis que je deviens blanche de colère.
- JACK ! criai-je.
- Oui, mon amour ? fit-il d'une voix amusée.
Je souffre ! Je suis à l'agonie, putain... Je me fais frappé mais là, c'est genre hyper violent !
- TU AS EXACTEMENT 10 SECONDES POUR DÉCHIRER CES PAGES ! tempêtai-je.
- Sinon quoi ?
Tu vas voir ce que tu vas voir, petit con ! Je ne réponds rien et il pense que je n'ai rien en tête, mais bien au contraire...
- 7... 6... 5...
J'ai pas envie de te forcer à faire ça, Elsa, tu le sais. Mais on va être obligée... Ils rient et je suis plus que furieuse.
- 4... 3... 2... T'es sûr de toi ?
- Absolument, affirma-t-il.
Mauvaise réponse.
- 1 et 0, conclu-je.
Go ! Je retire brusquement mes draps et me lève en trombe du lit. Il ouvre de gros yeux et laisse tomber le carnet.
- ELSA !
J'ai extrêmement mal et c'est à peine si je tiens debout. Je pousse d'ailleurs un geignement de douleur et fait la grimace, mais je m'efforce de tenir. Il se précipite vers moi et essaie de me rassoir, mais je me débats et tombe au sol en me tenant les jambes qui souffrent plus que tout. Mais malgré cela, j'essaie de me relever.
- T'ES FOLLE ? me cria Jack.
- Déchire ces foutus pages !
Josh lui passe le carnet en vitesse et Jack s'empresse d'en arracher les pages sur lesquelles sont marqués mes affreux dessins. Pfiou, sauvée.
- C'est bon, t'es contente ?
J'abandonne les efforts pour me relever et me laisse lourdement retomber de ce que j'avais réussi à bouger. Les larmes de douleur coulent d'elles-mêmes tandis que je me tiens les jambes en geignant. Jack se poste à mes côtés mais n'ose pas encore me prendre dans ses bras de peur de me faire mal. À ce stade, je ne vois pas comment je pourrais avoir plus mal au jambes mais il semblerait qu'il y ait pire car il n'agit toujours pas.
- Tu ne refais plus jamais un truc pareil ! m'ordonna-t-il.
- Ça risque pas ! acceptai-je en serrant les dents.
Il ose enfin me prendre dans ses bras et me soulève du sol comme les autres fois. Je m'agrippe à son cou et lorsqu'il veut me déposer sur le lit, je ne le lâche pas.
- Tu me laisses, s'il te plaît ? demanda-t-il.
- Non.
Il soupire et essaie tant bien que mal de me séparer de lui, mais c'est comme si on avait soudé mes mains entre elles.
- Émets ta condition, dit-il d'un air lasse.
Il me connaît par coeur.
- Un bisou.
Il m'embrasse et presque aussitôt, la soudure entre mes mains se brise et je retombe brusquement sur le lit, comme une feuille morte descendant en automne. Il se recule et soupire en ramassant son carnet. Josh est déjà sorti quand il se tourne vers moi.
- Tu es susceptible, bornée et pourrie-gâtée, énuméra-t-il.
- Oui, oui et non. Je ne suis pas pourrie-gâtée, juste convaincante ! me défendis-je.
- Ben t'étonnes pas si tu as quelques jours en plus clouée au lit après la scène que tu viens de nous faire !
C'est vrai que je viens d'allonger d'au moins une journée ma semaine d'immobilité.
- Tu n'avais qu'à déchirer ces pages plus tôt !
- Quelques dessins ne valent pas la peine de risquer de ne plus savoir marcher du tout ! s'exclama-t-il.
Non, tu n'as pas intérêt ! Je te l'interdis, Elsa, non...
- Je suis désolée ! criai-je.
NOOOOOOON ! JE SUIS EN TRAIN DE ME FAIRE TUER ! Pars, je dois oublier ma fierté, sur ce coup.
- Je suis désolée, répétais-je. Ok ? J'étais sur les nerfs et j'ai péter les plombs. Je sais que j'aurais pas du faire ça mais c'était instantané. Tu me pardonnes?
Je suis un peu en colère donc j'essaie de me calmer. À l'aide... Je vais... m... mourir...
- Oui... accepta-t-il. T'es pardonnée... Mais ne refais plus jamais ça.
- J'y compte pas. Ça fait un mal de chien !
- T'es masochiste ? ironisa-t-il.
- Pas aux dernières nouvelles...
Il ne répond rien à mon sarcasme et je ne brise pas le silence. Finalement, après un long silence vide de toute émotion, il se lève et s'allonge à mes côtés. Je reprends ma position habituelle, blottie dans ses bras, la tête enfouie dans son cou et la jambe gauche légèrement montée sur la sienne dans un geste possessif. Je me détends en fermant les yeux sans pour autant chercher le sommeil.
- Jack ? demandai-je après une paisible éternité.
- Oui ?
- Quand cette guerre se terminera-t-elle ?
Il laisse un long silence régner et fini par répondre :
- Le plus vite possible. Je te promets qu'un jour, on sera libre.
