Chapitre 37 : La Tour Pokémon
- Dardargnan, lâche-le ! hurlai-je.
Nous étions enfin arrivés au bout de la Route 8 et les dresseurs m'avaient donné la mauvaise impression d'avoir baissé en niveau. J'avais donc envoyé Dardargnan contre le dernier d'entre eux pour vérifier cela mais il s'était jeté sur le dresseur adverse, prêt à attaquer. Il s'était immédiatement stoppé sous mon ordre mais son dard piquait encore le cou de l'enfant qui couinait quelque chose d'incompréhensible en pleurant. Dardargnan me dit quelque chose et Safran traduisit :
- Il dit que s'occuper du dresseur avant qu'il lâche ses Pokémon réduit nos risques...
- Éloigne-toi de lui, ordonnai-je alors.
Une fois libéré, le gamin s'enfuit en courant sans m'avoir laissé le temps de combattre son équipe. Je m'approchai de la guêpe et criai :
- Depuis quand on attaque les honnêtes dresseurs ? Ce qu'il s'est passé avec la Team Rocket était exceptionnel !
- Des humains qui envoient des Pokémon pour nous combattre, je ne vois pas la différence, se justifia-t-il par l'intermédiaire de Safran.
- La différence, c'est que ce ne sont pas des criminels. S'ils arrivent à nous battre, ils ne nous tueront pas, eux.
- Je ne vois pas comment on peut en être aussi sûr, répondit-il. Il faisait peut-être parti des criminels...
- Ne fais pas ta mauvaise tête, tu sais que tu as tort alors excuse-toi simplement et ne recommence plus jamais. N'attaque les humains que si je te dis de le faire.
Il grommela des excuses même si Safran avait un peu hésité ce qui m'avait fait pensé qu'elle le couvrait, et je le rentrai dans sa Pokéball. Je soupirai, énervé, et Safran me demanda :
- Je... Tu te rappelles ce qu'avait dit Gray sur Flouz ?
Flouz ? En cherchant dans mes souvenirs, je me rappelai de la Tour ARP. Les paroles de Gray, je m'en souvins également ; 'un Pokémon qui tue un humain y prend goût'... Et le Pokémon devait être exécuté s'il le faisait. Il était vrai que je n'avais pas réussi à diminuer la violence de Flouz dans ses combats mais, et si Dardargnan devenait pareil ? Devrais-je le contrôler à l'aide de ces chocs électriques provenant des Pokéballs ? Serais-je malgré tout obligé de le faire tuer ? Non, cette dernière option était inacceptable, je l'aiderai à se calmer par tout les moyens.
- Red ?
- Oui, je m'en souviens. Mais, grâce à toi, on ne devrait pas avoir de soucis avec ça.
- Moi ?
- Ton don nous permettra de comprendre Dardargnan et de l'aider à rester normal. C'est une vraie bénédiction que tu le possèdes.
- Bénédiction, répéta-t-elle doucement d'un air triste avant de relever la tête et de m'annoncer d'un faux sourire. Oui, je ferai de mon mieux.
Mais pourquoi cet air si triste ? N'aimait-elle pas son pouvoir de parler aux Pokémon ? Ou peut-être avait-elle de mauvais souvenirs y étant lié... Malgré ma curiosité à ce sujet, je préférai clore la conversation en annonçant que nous pouvions à présent voir Lavanville.
La ville n'avait malheureusement pas changé depuis notre départ. Les rues étaient toujours aussi désertées et un profond sentiment d'insécurité nous envahit lorsque nous posâmes le pied dans l'enceinte de cet endroit. Nous nous dirigeâmes immédiatement vers le seul bâtiment de la ville qui était actuellement accueillant, le Centre Pokémon. L'infirmière à l'accueil nous reconnut aussitôt :
- Je n'aurais jamais cru vous revoir dans cette ville après ce qu'il vous est arrivés... Comment va votre jeune ami ?
Je compris qu'elle parlait de Cyan, qui avait passé quelques heures dans la Machine de Soin de ce Centre et je baissai la tête sans savoir quels mots prononcer. J'eus l'envie de lui mentir juste pour ne pas encore rendre triste une infirmière Joëlle. Safran ne disait rien non plus et se contentait de nous regarder alternativement et rapidement. Je pris finalement la parole :
- On s'est fait attaquer par la Team Rocket et il n'a pas survécu...
Ce n'était pas vraiment exact puisque nous étions ceux qui avaient attaqué mais l'idée y était. La jeune femme aux cheveux roses écarquilla les yeux et secoua la tête d'un air triste en soufflant :
- Mes pauvres petits...
Sans faire plus de commentaire à ce sujet, je m'avançai vers elle pour qu'elle régénère mon équipe et Safran en fit de même après moi. Nous nous installâmes ensuite à une table pour se reposer quelques minutes de notre marche et l'infirmière s'approcha et nous posa plein de questions pour essayer de voir si nous en garderions des séquelles psychologiques ou sans doute quelque chose comme cela. Ce qui rendait les choses pires qu'elles ne l'étaient réellement.
Elle réussit à faire pleurer Safran et eut la satisfaction de pouvoir se rendre utile en la consolant mais je ne pouvais rien dire à ce sujet. Elle était pleine de bonnes intentions et j'aurais du mal à lui expliquer que c'était plus douloureux pour nous si on nous le rappelait à tout bout de champ sans la peiner. Elle devrait comprendre cela pourtant, cette Joëlle n'était pas bien plus vieille que moi.
Lorsque nous voulûmes partir après une pause qui avait durée plus longtemps que prévu, elle nous demanda ce que nous allions faire. Je l'informai alors :
- On reviendra rapidement. On va juste monter dans la Tour Pokémon pour sauver les quelques personnes qui y sont... Et Lavanville si on y arrive...
- Comment ? Mais... Mais... Une fois ne vous a pas suffi ? Je ne veux pas que vous vous retrouvez comme la dernière fois !
J'hésitai à répondre que Cyan avait été le seul réellement blessé cette fois-là mais je ne le fis finalement pas. C'était d'ailleurs de ma faute s'il l'avait été.
- Cette fois tout ira bien, lui promis-je. Nous pouvons combattre les fantômes sans réel risque à présent.
Elle ne parut pas convaincue mais j'avais apparemment réussi à attiser sa curiosité car elle ne trouva rien à dire même si elle cogitait. Nous partîmes donc et, lorsque nous fûmes dehors, Safran bredouilla :
- Je... Cyan... Il me manque beaucoup.
- Oui, répondis-je. À moi aussi. Mais on devrait éviter d'y penser pour l'instant, il faut rester concentré dans le genre d'endroit où l'on va maintenant...
''Le sang-froid pouvait nous sauver de nombreuses situations'' avait dit le Red dans mes rêves. Il n'avait pas tort.
- On doit vraiment y retourner ? me demanda-t-elle d'une voix tremblante.
- Si tu veux rester au Centre en attendant, tu peux. La Tour ne sera pas trop dangereuse avec le Scope Sylphe.
Je le sortis d'ailleurs du sac afin de l'avoir à portée de main puisque nous nous rapprochions de l'endroit hanté.
- Non, je viens, répondit-elle malgré elle.
Je pensais bien qu'elle répondrait cela. Tant mieux, car je n'aimais pas le fait d'être séparé d'elle même pour cette courte quête.
Nous rentrâmes dans le cimetière et nous dirigeâmes vers la Tour pour y parvenir sans ne faire aucune mauvaise rencontre. Cela m'irrita un peu ; j'aurais bien voulu voir à quoi servait le Scope Sylphe en situation réelle. Je m'arrêtai un instant devant la porte de la Tour à me demander si je devais aller chasser les spectres à l'extérieur pour être sûr de mon coup mais je choisis de ne pas le faire au final. Inutile de chercher volontairement la mort, le Scope Sylphe ne pouvait pas être défectueux.
Une forte et mauvaise odeur, qui n'avait rien à voir avec l'encens censé protéger cette pièce des fantômes, nous parvint aux narines alors que nous rentrions dans la Tour Pokémon. Elle provenait de la même femme que la dernière fois qui, fidèle à son comptoir d'accueil, y dormait dessus avant de se réveiller en hurlant lorsque je fis grincer la porte. Elle se cacha immédiatement sous son comptoir et pleura bruyamment. Bien sûr, elle n'avait pas pu sortir par peur des spectres et je ne savais pas depuis combien de jours elle était ici. J'échangeai un regard avec Safran et partis voir cette femme.
- Madame ? l'appelai-je suffisamment fort pour que ma voix surplombe ses pleurs.
Elle lâcha un petit cri avant de relever les yeux vers moi. Elle s'essuya les yeux et me fixa comme pour se persuader que j'étais bien réel.
- On est revenus, tentai-je pour la rassurer même si la présence de deux enfants dans une tour hantée n'était pas très réconfortante.
En guise de réponse, elle se prit la tête dans les mains, toujours assise sur le sol, et cria :
- Je ne vous entends pas spectres ! Partez d'ici !
Spectres ? Mais de quoi parlait-elle ? Les fantômes ne pouvaient pas venir ici...
- Vous m'avez dit vous-même qu'ils étaient incapables de vous attaquer ici. À cause des encens.
- Vous le savez, vous le savez ! Il n'y en a plus ! Partez ! Partez loin !
Je me retournai vers Safran pour l'avertir du danger dans le cas où elle n'écoutait pas mais je vis qu'elle n'était pas seule. Devant elle se trouvait une femme magnifique d'une trentaine d'années dont les cheveux d'une blondeur éclatante tombaient derrière elle librement. Safran la fixait en pleurant et prononçait lentement :
- Maman...
La femme lui sourit, puis se coupa littéralement en deux au niveau du ventre comme si une guillotine invisible venait de la traverser. La partie haute tomba sur le sol et je vis que la femme pouvait encore sourire. Elle prononça même des mots :
- Je ne t'ai jamais aimée Safran.
La fillette pleura encore plus bruyamment que la femme à côté de moi et je m'approchai d'elle en réfléchissant. C'était un Pokémon Spectre, c'était sûr. Mais ils avaient accès à nos pensées pour faire souffrir Safran d'une telle manière ? Ce n'était pas la façon de faire de ceux de la dernière fois... Je cessai de me poser des questions lorsque j'arrivai au contact et je frappai la boule qui était dans ma main pour la faire luire. L'effet fut immédiat, l'illusion de la femme blonde s'estompa et je pus enfin comprendre pourquoi mon adversaire agissait différemment ; ce n'était ni un Fantominus ni un Spectrum mais leur évolution.
J'avais de la chance car il n'y en avait qu'un. Je lançai donc immédiatement Tortank sur le terrain et ordonnai un Pistolet à Eau sur l'Ectoplasma sauvage. L'idée de le capturer me traversa l'esprit mais son entrée dans l'équipe serait malvenue après avoir fait hurler Safran de la sorte.
Le jet d'eau de Tortank qui m'avait réveillé ce matin me parut faible soudainement. Celui qu'il cracha en ce moment me faisait me demander si l'eau qui sortira de ses canons plus tard pouvait vraiment être plus puissante. Le Pokémon adverse se dissipa dans l'air et disparut totalement. Les cris des deux filles étaient toujours présents dans la pièce mais aucun signe de l'Ectoplasma. S'était-il enfui ou était-il mort ? Au vu de la puissance de l'attaque les deux solutions semblaient plausibles.
- Tu as reçu tes points d'xp ? demandai-je à la grosse tortue.
- Tank ?
- Non rien... répondis-je en me promettant de garder mes pensées pour moi à l'avenir.
Je le laissai dans la pièce au cas où et m'avançai vers Safran. Elle était assise sur le sol et gémissait. Je lui tendis ma main et tentai de la rassurer :
- C'est fini Safran, ce n'était qu'un Pokémon.
Elle leva ses yeux humides et attrapa faiblement ma main et bégaya :
- Je... Maman a dit... que...
- Ce n'était pas elle, la coupai-je. C'était un Ectoplasma qui avait prit son apparence. Tortank l'a battu.
Je pensais. S'il s'était enfui, il aurait pu donner l'alerte aux autres et nous perdrions l'effet de surprise que nous procurait le Scope Sylphe. La femme blonde était donc bien sa mère. Quelle façon horrible de la lui montrer. Je me demandais à présent de quoi elle était morte mais soutirer l'information à Safran était hors de question. Encore moins maintenant.
La fillette s'essuya et hocha la tête comme pour me dire que ça allait même si je pouvais aisément voir que ce n'était pas le cas. Elle s'accrocha finalement à mon bras et le serra contre elle en tremblant. Nous nous dirigeâmes alors vers la femme, toujours cachée derrière son comptoir et je lui criai que tout allait bien maintenant. Elle me hurla en retour de la laisser tranquille, me prenant encore pour un spectre qui aurait pris mon apparence.
Je l'exauçai pour me diriger plus loin dans le hall, à la recherche des escaliers. Je la récupérerai en sortant qu'elle le veuille ou non. Lorsque je les trouvais, je libérai la totalité de mes Pokémon et empêcha Safran d'en faire de même :
- Ils ne peuvent pas être touchés physiquement, lui expliquai-je. Seul Flamme nous serait utile contre eux.
Elle libéra donc le Dracaufeu et nous nous dirigeâmes à l'étage supérieur. Ember décida de mener la marche, sans doute pour éviter les autres qui la regardaient toujours d'un sale œil, je la suivais de près et le reste du groupe se démenaient pour monter l'escalier malgré le handicap du à la taille de leur pattes pour certains. Ce n'était pas plus pratique de les avoir à l'extérieur mais je pensais que c'était plus sûr en cas d'attaque.
Le moins que je pouvais dire sur le deuxième étage était que l'on y était aussi mal à l'aise qu'à l'extérieur de la tour. Des tombes blanches de partout, serrées entre elles de sorte que l'on ne puisse pas passer entre sans les piétiner. Le seul moyen d'avancer était de passer par les rares endroits non pourvus de pierres tombales ce qui ne formait qu'un seul chemin. Les tombes, contrairement à l'extérieur n'étaient pas de simples pierres servant à indiquer l'endroit sous lequel le corps du défunt était enterré. Elles devaient plus servir d'hommage car je pouvais voir sur la plupart d'entre elles une boule noire qui ressemblait à une Pokéball dont la seule partie dénuée de cette couleur ténébreuse serait le bouton d'ouverture qui était rouge sang.
La traversée de l'étage fut calme jusqu'à ce que nous arrivâmes à l'escalier devant lequel une personne était assise. Une femme extrêmement maigre d'apparence maladive semblait réciter une prière. Je reconnus ses habits, les zombies de l'extérieur avaient les mêmes, ce devait donc être une exorciste. Elle était pourvue des mêmes longs cheveux noirs également. Je m'approchai d'elle et elle se leva très rapidement en hurlant :
- N'approchez pas ! Ils ne sont pas en vous pour l'instant. Fuyez !
- Nous sommes là pour les chasser, répondis-je alors.
- Laissez donc faire les professionnelles, les enfants. Je... Arg...
Elle posa un genou au sol en tenant fermement sa poitrine comme si son cœur essayait de s'enfuir. Elle gémit à nouveau de douleur et couina :
- Partez, je ne le retiendrai plus très longtemps.
- Ember, demandai-je. Tiens-toi prête.
- Pix.
Je frappai le Scope Sylphe à proximité de l'exorciste en espérant que ça la libérerait de la chose qui tentait de la posséder et ce fut le cas. Un Fantominus sortit du corps de la femme et disparut dans les flammes de la Goupix la seconde d'après.
- Ça va mieux ? la questionnai-je alors.
Elle ne lâchait pas la boule que j'avais entre les mains du regard sans pour autant se relever.
- Le Scope Sylphe... Vous l'avez trouvé.
- Oui, dis-je en lui tendant ma main libre même si elle faisait ma taille ainsi accroupie. Je vous ai dit que l'on était là pour chasser les fantômes.
Elle ne prit pas ma main et préféra s'asseoir contre le mur le plus proche.
- Cet objet était à nous à la base. C'est le seul moyen de combattre le spectre qui hante cette tour...
- Vous voulez dire 'les spectres', non ?
Elle secoua la tête et annonça :
- Il n'existe qu'un seul type de fantôme pouvant tuer un humain en gardant sa forme invulnérable, c'était lui que nous étions venues chasser à la base. Les Fantominus et leurs évolutions ne sont pas des fantômes, juste des Pokémon avec des pouvoirs, comme les autres.
- Ils m'ont tout l'air de fantômes pourtant, la possession, les hallucinations, leur incapacité à toucher physiquement...
Elle me lança un regard surpris mais secoua la tête à nouveau :
- Les Pokémon Psy en sont capables également à leur manière, leur seule différence réside dans le fait que leurs corps sont composés de gaz. Gardez tout cela à l'esprit quand vous les combattrez.
- Et pour le vrai fantôme ? demanda Safran d'une voix tremblante.
Je pensais qu'il s'agissait du Ossatueur que l'on devait normalement combattre au dernier escalier. J'étais étonné de ces nouvelles descriptions des Pokémon Spectre mais cela ne changeait rien à la manière de les combattre.
- Nous n'avons pas réussi à l'identifier mais il ne fait aucun doute qu'il est encore dans cette tour.
- Il dirige les autres ? demandai-je.
- Non, les Pokémon Spectre viennent juste parce qu'ils sont attirés par les lieux funestes. Nous représentions un festin de taille pour eux et ils ont profité du fait que l'on était affaiblies par le combat contre le spectre pour attaquer en masse.
- Mais comment ont-ils pu vous posséder avant que... votre mort...
Elle parut surprise par la question mais répondit :
- Il suffit juste que le corps ne résiste plus pour qu'il puisse y rentrer. Ils font ça par la peur... Un Ectoplasma nous montrait des choses horribles pour nous faire craquer et ses petits profitaient de la faille dans notre cœur. Mais pourquoi parlez-vous de mort ? Est-ce que...
Elle se tut et écarquilla les yeux en comprenant de qui nous parlions. Je faisais sans doute de même. Les exorcistes que nous avions combattu à l'extérieur étaient-elles vraiment toutes mortes ? Avais-je tué des innocents ? Quelques larmes coulèrent sur les joues de l'exorciste tandis qu'elle levait ses yeux vers nous :
- Ce n'est pas un travail pour les enfants mais je n'ai pas d'autre choix que de vous faire confiance. Méfiez-vous des illusions des Ectoplasma, ils savent comment vous atteindre. Et, autre chose, ce n'est pas prudent de laisser tous vos Pokémon à l'extérieur, l'illusion peut aussi les atteindre. Sauvez les autres...
Elle ferma ensuite les yeux et ne bougea plus. Je me précipitai vers elle et cherchai un pouls sans le trouver. Elle n'avait pourtant aucune blessure mais je savais que les Spectre pouvaient tuer autrement. Ne pas dormir et ne pas avoir peur, voilà nos deux seules obligations pour survivre. Suivant son conseil, je rentrai tous mes Pokémon à l'exception d'Ember donc l'efficacité au Lance-Flamme m'avait convaincu et pour lui permettre de rester plus longtemps hors de sa Pokéball.
- Elle te dit que ce n'est pas comme ça que tu en feras ton esclave, m'informa Safran d'un air sombre en regardant la défunte.
- Je n'en demande pas tant, soupirai-je faiblement à la renarde en me dirigeant vers l'escalier.
Je montai les marches en essayant de ne pas ruminer le fait que les morts s'entassaient sur notre route. Je ne savais pas si Safran pleurait encore à cause de cela où si c'était le choc d'avoir vu sa mère mourir à nouveau d'une manière horrible mais ça m'énervait de lui infliger tout ce spectacle.
Le troisième étage se révéla moins accueillant que le second ; trois femmes similaires aux autres exorcistes fonçaient rageusement vers moi. Elles n'avaient pas d'armes mais je voyais à leur tête que ce n'était pas la peur qui les faisait courir entre les tombes. Ordonnant d'abord à Ember de ne pas les attaquer, j'utilisais à nouveau le Scope Sylphe pour libérer les trois femmes qui tombèrent au sol telles des marionnettes dont on aurait coupé les fils. Une ombre s'échappa de chacune d'entre elles et je constatai qu'elles étaient similaires ; trois Fantominus. Ma Goupix n'attendit pas mon ordre pour passer à l'attaque et réussit à en tuer deux avant que le troisième ne s'enfuit par le plafond.
Des gémissements me firent comprendre que le sort de toutes les exorcistes n'était peut-être pas scellé. Safran alla immédiatement vers elle pour leur parler sans se soucier du danger qu'elle pouvait représenter mais, comme Ember était prête, ou plutôt avait hâte, de leur cracher du feu, je ne la stoppai pas. Je m'avançai également vers une autre et tentai en la secouant :
- Hé !
J'hésitai à rajouter 'Toujours en vie ?' mais c'était peut-être rude. Je me posai vraiment la question pourtant. Je ne voyais pas quand un Pokémon aurait pu les posséder mais je préférais rester prudent. Ember s'avança à côté de moi et demanda :
- Pix, goupix ?
Je jetai un œil à Safran qui réveillait avec succès l'une des femmes à terre. Elle n'entendait pas, je répondis à la Goupix :
- Garde tes questions pour plus tard, seule Safran parle votre langue.
- Goup ! s'exclama-t-elle en se retournant.
J'étais presque sûr qu'elle venait de m'insulter mais bon, la femme que je secouais ouvrait également ses yeux. Elle demanda très doucement :
- … êtes vous ?
- Les possesseurs du Scope Sylphe, dis-je après avoir réfléchi à ce qui pourrait les rassurer rapidement. On vient vous sauver. Vous allez bien ?
- Oui... Je crois... J'ai juste l'impression d'avoir dormi trop longtemps, et j'ai encore sommeil.
- Hors de question de faire la grasse matinée ici, debout, ordonnai-je en l'aidant de mon mieux à se redresser.
- Je sais, m'informa-t-elle pendant ce processus.
Les deux autres s'étaient levées par elles-mêmes après avoir été réveillées et toutes avaient juste l'air fatiguées même si leurs visages exprimaient les mêmes traits de famine.
- Merci de votre aide les enfants, dit l'un des deux du côté de Safran. Mais que faites-vous ici ?
- Nous sommes venus vous sauver, les rassurai-je. Et vaincre le spectre.
- Merci à vous, répéta-t-elle avant de se présenter. Je m'appelle Oshizu. Et voici Rika et Kikyo.
- Je suis Red et voici Safran, me présentai-je à mon tour en tiltant sur l'origine nippone de leurs prénoms.
- Auriez-vous aperçu la prêtresse Kaede ? me demanda la troisième.
- Je ne l'espère pas pour elle... Vous êtes les premières exorcistes que nous rencontrons qui sont encore vivantes.
- Red ! cria Safran.
Je me rendis alors compte en voyant le visage des trois femmes que j'avais manqué de tact, je me corrigeai immédiatement :
- Enfin, je n'en ai pas rencontré tant que ça...
Je ne trouvais pas de meilleur argument que ce mensonge malheureusement même si je cherchais.
- Je... Je vois... prononça enfin celle que j'avais aidé qui se nommait Kikyo.
Elle n'en dit pas plus et personne ne parlait. Je décidai à nouveau de former un groupe pour monter cette tour :
- Venez avec nous. Je pense que vous ne voulez pas voir cet endroit plus longtemps, mais vous êtes encore trop faibles pour rentrer seules. Et un aller-retour nous empêcherait peut-être de sauvez vos consœurs...
Elles acquiescèrent silencieusement et nous reprîmes notre marche dans ce cimetière vertical. J'utilisai le Scope Sylphe à la moindre fumée suspecte détectée par Ember qui crachait parfois dessus avant que je ne rende les Pokémon vulnérables puis, celle-ci se plaignait de mon incompétence.
Nous atteignîmes enfin l'étage supérieur qui n'était malheureusement pas encore le dernier. Dans cette salle, semblable aux autres, je pus libérer trois autres exorcistes qui se présentèrent sous un nom de la même origine ethnique que les trois premières et rejoignirent le groupe lorsqu'elle furent un peu remises. Elles s'inquiétaient également pour cette Kaede mais aussi pour une dénommée Claire dont la mission devait être un rite de graduation.
Pour l'instant, nous n'avions croisé que des Fantominus et cela m'inquiétait un peu. J'espérai qu'il n'y avait qu'un seul Ectoplasma et que celui-ci était mort au rez-de-chaussée mais je savais d'expérience que les choses n'étaient jamais aussi simples.
Le cinquième étage m'accueillit dès que j'y posais le premier pied. Face à moi se trouvait Safran avec un sourire assuré et cruel. Je me retournai immédiatement pour vérifier que la fillette était toujours derrière moi pendant que la panique s'installait dans le groupe. Elle s'approchait de moi pour venir à mes côtés et voulut me rassurer en déclarant sa véracité. La seconde ne tentait même pas de faire la même chose, elle déclara juste :
- Tu sais bien que je n'aimerai jamais le vrai toi, imposteur.
Je frappai rapidement le Scope Sylphe et lâchai en regardant cette Safran se transformer en fumée puis en Ectoplasma :
- Je n'ai jamais autant souhaité que tu aies Déflagration, Ember. Crame-moi ça !
Les flammes partirent d'à côté de mon pied avant que je ne finisse de parler. Le Pokémon hurla bruyamment avant de disparaître.
- Imposteur ? demanda la vraie Safran.
- Pas le temps, éludai-je en montrant que le cri du Pokémon avait attiré quatre exorcistes possédées dont nos membres criaient les prénoms.
Deux de celles qui courraient vers nous avaient de la fumée violette au bout des mains qui formaient des griffes. Je n'avais pas l'intention de vérifier si elles étaient tangibles par moi-même et j'usai à nouveau du Scope Sylphe en libérant Fat et Tortank pour éviter qu'un ennemi ne s'échappe.
Les deux spectres qui sortirent des corps griffus furent des Spectrum que Tortank vainquit rapidement pendant que les membres de mon groupe aux habits de miko allaient au secours de leurs camarades. Lorsque tout le monde fut réveillé et en état de marche, ce qui prit de trop longues minutes, nous continuâmes l'ascension de la Tour Pokémon. Un nouvel Ectoplasma m'apparut. Un Cyan au visage presque méconnaissable à cause de l'impact des balles sur son visage qui m'annonça :
- Je suis mort par ta faute.
Je frappai une nouvelle fois mon appareil anti-spectres, quelque part content qu'ils ne s'en prennent tous qu'à moi. Ma Goupix lança une vague de feu sur l'Ectoplasma qui esquiva en s'éloignant de nous. Ember partit à sa poursuite et j'en fis de même.
Le groupe suivit malgré lui et je vis que la renarde de feu avait déjà réglé son compte au Pokémon gazeux. Mais un nouvel s'opposait à elle, un Ectoplasma sous la forme d'un Feunard. À moins qu'il ne s'agisse vraiment un Feunard mais les chances ici étaient plutôt faibles.
Ember se figea immédiatement et je pensais que le Feunard était peut-être le parent que Gray avait tué sur la Route 8. Les choses s'annonçaient mal. La Goupix pourrait s'énerver si je lui enlevais la vision de sa mère et se retourner contre moi. Mais l'Ectoplasma était peut-être en train de la faire souffrir même si elle n'en avait pas l'air pour l'instant.
Ember fixait son évolution qui lui parlait sans doute en Pokémon et elle répondit plusieurs fois sans que leur discussion ne semble s'envenimer. Je serrai le Scope Sylphe dans ma main sans savoir si je devais l'actionner ou pas. Ember était encore calme, je ne voulais pas gâcher ses retrouvailles, même si elles étaient factices. Finalement, la renarde de feu se retourna vers moi et montra les crocs en grognant quelque chose. Le Pokémon l'avait-il retournée contre moi ? Je mis une main sur sa Pokéball, prêt à me défendre...
Les exorcistes et leurs noms dans ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des miko ayant existé dans divers mangas ne saurait être que fortuite... Ou pas.
Et pour vous rassurer (ou pas), les exorcistes présentes dans le chapitre 26 étaient bien mortes à la base.
