Bonjour les amis !
Je suis contente d'avoir vu que le précédent chapitre vous a bien intéressé même si la nomination d'Harry n'était pas forcément la plus grande surprise de l'année ^^ Evidemment, de nombreuses péripéties vont suivre et j'espère que la façon dont je vais traiter le Tournoi des Trois Ecoles va vous plaire !
A présent, voilà le chapitre XXXVII intitulé Faire face. Je ne sais pas s'il va vous plaire car vous attendez tous impatiemment la réaction de Tom après la désignation d'Harry comme champion au Tournoi des Trois Ecoles. Or, ce chapitre ne sera pas forcément concentré sur lui ^^
J'avais une petite question "pratico-pratique". Pour ceux qui s'en souviennent, je postais auparavant mes chapitres le mercredi. A présent, il s'agit du vendredi. Avez-vous une préférence pour une de ces deux journées ?
Un grand merci pour toutes vos reviews ! J'ay répondu à tout le monde il me semble :) Je suis en pleine écriture de mon mémoire de fin d'études, d'autres dossiers + préparations d'examens sur table ! Alors, je fais mon maximum pour écrire les chapitres et répondre aux reviews ! Je vous souhaite une excellente lecture et vous dit à très bientôt!
Patmol25
Chapitre XXXVI : Faire face
Sa tête allait exploser.
Son cœur allait jaillir hors de sa poitrine.
Presque à bout de souffle, Harry se sentit défaillir. Sa vision se troubla un instant, faisant disparaître le mobilier de la salle de classe où il se trouvait. La voix grave et excitée de Cédric parvenait à peine à ses oreilles. Son regard était rivé sur le Poufsouffle qui, face à lui, s'agitait. Ses lèvres roses bougeaient rapidement mais le plus jeune sorcier était incapable de saisir le sens de ses paroles. Il déglutit bruyamment, sentant sa migraine s'accroître.
« Harry. »
Ses lèvres étaient si sèches que passer sa langue dessus pour les humidifier était douloureux. Le Gryffondor passa une main tremblante dans ses cheveux bruns, se décoiffant. Il remarqua alors le tremblement parcourant son corps. Depuis une semaine, il avait l'impression de traîner un virus refusant de le laisser tranquille. Face à l'insistance de sa meilleure amie Hermione, Harry s'était présenté à Mrs Pompresh en lui détaillant ses symptômes.
L'infirmière l'avait dévisagé longuement -comme l'ensemble des personnes résidant à Poudlard-. Ensuite, elle avait simplement pousser un léger soupir dépité en le questionnant sur son sommeil et son alimentation. Un simple sortilège de diagnostic plus tard, elle écartait toute suspicion de grippe. Lui qui pensait repartir après avoir avalé une fiole de Pimentine entendit Mrs Pompresh pointer son mal : l'angoisse.
« Harry, tu es avec moi ? »
Voilà. Il était donc si angoissé que son corps faisait des siennes. Il dormait peu. Son appétit était aléatoire, souvent stimulé par Hermione. Parfois, il était recouvert de sueur et sa respiration s'accélérait brusquement sans qu'il ne soit en train de faire le moindre effort ! Tous ces petits signes trahissaient donc son anxiété grandissante depuis la désignation des champions du Tournoi des Trois Écoles.
« Harry ! »
L'adolescent laissa enfin la voix inquiète de Cédric l'atteindre. Il sursauta et cligna des yeux, surpris d'être ainsi tiré de ses pensées. Il reprit pied avec la réalité, s'efforçant de contenir son angoisse. Cédric, l'inquiétude clairement lisible sur son visage, était penché vers lui, les sourcils froncés. Étonné de se retrouver si proche de Cédric, Harry se recula, son dos heurtant le mur en pierre.
« Ça va. »
Sa réponse automatique ne sembla pas convaincre Cédric. Celui-ci se recula alors. Il vint s'asseoir à côté d'Harry. Ils étaient assis l'un à côté de l'autre sur des pupitres en bois, les jambes étalées devant eux. Un silence confortable s'installa entre les deux sorciers. Ils étaient dans une salle abandonnée du château. Quelques chaises et tables, cassées pour la plupart, traînaient ci et là. Un morceau du tableau vert s'était détaché de ses gonds et pendait lamentablement. À leur arrivée, un nuage de poussière s'était soulevé du sol et des meubles, les étouffant. Cédric avait alors utilisé un sortilège de nettoyage mais la poussière était si importante que le sort avait à peine rendu l'air plus respirable !
« Je ne peux pas le faire. »
La voix d'Harry résonna doucement, brisant le silence. Cédric se tourna vers lui, restant muet. Son regard gris détailla le Survivant. Harry avait cette particularité de sembler à la fois fort et fragile. Il était probablement inconscient de cette aura de puissance qui l'entourait constamment. Ses traits perdaient progressivement leur aspect enfantin, se durcissant. À certains moments, son regard bleu devenait implacable, tranchant comme s'il s'inspirait du professeur Snape ! Ou plus probablement de son père !
Mais à d'autres moments, Harry transpirait l'angoisse et la fragilité. Les traits de son visage semblaient alors s'effondrer, révélant toute son appréhension. Parfois, il paraissait même rapetisser comme tassé par tous les événements fracassants dans son existence.
« Tu peux le faire. »
Le garçon secoua vivement la tête, les larmes montant à ses yeux. Il inspira brusquement.
« Tu n'as pas choisi de le faire mais tu peux le faire, » continua Cédric d'une voix plus forte, plus assurée. « Tu es l'un des étudiants les plus brillants et les plus puissants qui a traversé ces murs ! »
Harry resta silencieux, n'osant pas ouvrir la bouche. Il avait l'impression que s'il desserrait les dents, il allait juste... s'effondrer. Ou exploser. Comment était-ce possible ? Comment pouvait-il être un des champions du Tournoi des Trois Écoles ? Par Godric, il avait beau retourner encore et encore la question dans son esprit, il n'y trouvait pas de réponses. Toutes ses hypothèses se révélaient impossibles ou farfelues, le laissant simplement davantage frustré de jour en jour.
« Tu n'en as pas conscience mais depuis ton arrivée à Poudlard, les professeurs parlent constamment de toi et de ta puissance magique, » révéla Cédric. « Tout le monde sait que tu n'as jamais travaillé plus que nécessaire en cours mais tout le monde sait aussi que tu as été confronté à de nombreuses choses ! »
Et le Tournoi des Trois Écoles allait s'ajouter à son palmarès ! Bien malgré lui ! Cela faisait à présent une semaine que les flammes de la Coupe de Feu avaient craché un morceau de parchemin avec son nom écrit dessus. Tout le monde ne parlait que de ça ! Étudiants comme professeurs. Le sujet avait traversé les murs du château et agitaient toute la communauté sorcière. Par chance, Sirius interceptait toute demande d'interview ou lettres suspectes venant de l'extérieur.
Cependant, le directeur de Poudlard ne pouvait pas empêcher ses camarades de réagir face à sa nomination plus qu'étonnante. Comment un gamin de treize ans avait-il pu déjouer les sortilèges de limite d'âge apposés autour de la Coupe de Feu ? Poudlard était partagé en deux clans. D'un côté ceux qui croyaient en l'innocence d'Harry. De l'autre, ceux persuadés qu'il avait déposé sa candidature, sûrement pour mettre les Jedusor en avant. Dans les deux cas, les murmures et les regards prolongés accompagnaient chacun de ses déplacements dans le château !
« Oh vraiment ? » ironisa Harry.
« Malgré tous ses efforts, Dumbledore n'a pas pu tout cacher, » ajouta le Poufsouffle. « Tu crois qu'il n'avait aucun compte à rendre sur les événements survenant ici ? Quirrel qui disparaît. La Chambre des Secrets ouverte et toi qui fait face à... ton père. Il a bien dû expliquer comment tu t'es retrouvé impliqué là-dedans, comment tu as trouvé l'entrée ! »
Effectivement, Harry ne s'était jamais interrogé sur les explications données par Dumbledore pour justifier toutes ces péripéties au sein même de Poudlard. Pendant longtemps, il avait pensé que le vieil homme était tout puissant dans cette institution. Qu'il dirigeait l'école de sorcellerie comme bon lui semblait et qu'il ne laissait personne interférer dans ses décisions.
« Et Pettigrow. Tout le monde sait qu'il t'a attaqué au sein même de Poudlard ! On a peut-être pas les détails mais on sait tous que tu as déjà réalisé beaucoup de choses ! »
« Je n'avais jamais songé à tout cela, » confia Harry, un brin gêné.
Son regard bleu se posa sur ses mains croisées nerveusement. Elles étaient moites. Il les essuya sur son jean. Cédric avait raison. Le professeur Dumbledore n'avait pas pu tout dissimuler, tout passer sous silence. Le fait que son ami soit au courant de ces détails de ses années à Poudlard le perturbait. Il était à la fois embarrassé et flatté d'entendre l'admiration et la sincérité dans la voix du plus âgé !
« Si tu es encore vivant aujourd'hui avec tout ça, et je suis certain de ne pas en connaître la moitié, tu n'as pas à t'inquiéter pour le Tournoi des Trois Écoles ! »
Cédric semblait si sûr de lui qu'Harry éclata de rire, se sentant soudainement plus léger. Il se frotta les yeux afin de faire disparaître les dernières larmes qui s'y accumulaient. Le jeune homme n'avait peut-être pas tort après tout. Il avait surmonté tellement d'épreuves, probablement davantage que la plupart des septièmes années !
« Comment on est censé s'entraîner ? »
Une nouvelle détermination marquait sa voix. Il se redressa, une lueur de colère flottant dans les yeux. Quelqu'un avait décidé de le projeter contre son avis dans ce Tournoi et il n'avait pas d'autres choix que de traverser les épreuves. Certes, il n'avait pas le choix mais il était à présent déterminé à montrer qu'il ne se laisserait plus envahir par ses émotions négatives. Malgré son lien de sang avec Salazar Serpentard, Harry n'était pas un Gryffondor pour rien : il était courageux.
« Tu n'as pas encore suivi les cours de la quatrième à la septième année, » commença doucement Cédric, étonné par son revirement. « Je pense qu'il faut qu'on balaye déjà les principaux sorts offensifs et défensifs pour être capable d'agir. »
« D'agir contre quoi ? » demanda ironiquement Harry.
Ils n'avaient pas la moindre idée de la nature de la première tâche du Tournoi ! Comment et contre quoi s'entraîner ? Serait-ce un duel ? Un combat contre une créature magique ? Ni Cédric, ni lui n'avaient la moindre idée. Tout ce qu'ils pouvaient envisager n'était qu'un ensemble d'hypothèses. Évidemment, les enseignants avaient l'interdiction de leur souffler le moindre indice concernant la première épreuve. Par mesure de précaution, il était dit que seul les membres du jury savaient ce qui attendaient les champions !
Même sa mère, en qualité de directrice du Ministère de l'Enseignement et de l'Éducation Magique, ignorait de quoi il en retournait. Évidemment, Harry avait tenté d'en savoir davantage auprès d'elle mais Ayeline, sous la tension, s'était énervée en aboyant qu'elle n'en avait pas la moindre idée. Harry ne s'était pas offusqué de sa brutalité : elle était seulement le miroir des émotions, des inquiétudes de sa mère. La voir si soucieuse au sujet de sa participation forcée au Tournoi des Trois Écoles avait contribué à sa propre anxiété.
« Aucune idée, » répondit Cédric en haussant les épaules, un léger sourire ourlant ses lèvres. « C'est ça qui est marrant ! »
« Marrant ? » grogna Harry entre ses dents. « Je ne comprends toujours pas pourquoi tu t'es volontairement inscrit à ce Tournoi ! »
Cédric lui répondit par un sourire éclatant. Le Poufsouffle passa une main taquine dans les cheveux bruns de son ami, le décoiffant. Harry émit un nouveau grognement, plaquant aussitôt ses mains sur sa tête pour discipliner à nouveau ses cheveux. Depuis qu'il pouvait se coiffer, il prenait un véritable plaisir à ne plus avoir une touffe ébouriffée sur le haut de la tête !
« On va tous les écrabouiller, » ajouta t-il rageusement. « Peu importe celui qui a voulu m'humilier ou me piéger en me forçant à me participer au Tournoi des Trois Écoles ! Je lui montrerai que je peux gagner cette compétition. Mettons-nous au travail. »
« Voilà ce que je voulais entendre ! » s'exclama joyeusement Cédric.
Le plus vieux sauta de la table sur laquelle ils étaient installés, sa baguette magique à la main. Il invita Harry à le rejoindre en souriant. Pourtant, si Harry s'était montré davantage attentif, il aurait perçu une once de culpabilité et de tension dans les yeux gris de son nouvel ami !
Deux heures plus tard, c'était avec un véritable soulagement qu'Harry donna le mot de passe de la Tour des Gryffondor à La Grosse Dame. Ses muscles étaient raidis par l'effort et il était persuadé qu'il se réveillerait le lendemain avec des courbatures ! Il était épuisé et en sueur après un entraînement intensif avec Cédric. Son corps était poisseux et ses vêtements lui collaient à la peau. Cependant, il se sentait plus serein qu'il ne l'avait été depuis une semaine ! C'était une bonne fatigue, celle qui engourdissait à la fois son corps et son esprit. Plutôt que d'aller voir Mrs Pompresh, il aurait dû extérioriser son angoisse en s'exerçant un peu à la magie !
Utiliser la magie apaisait toujours Harry. Il avait alors l'impression que sa magie s'infiltrait en lui par chaque pore de se peau avant de parcourir l'ensemble de son corps. Puis, elle explosait dans un tourbillon de lumières, jaillissant hors de sa baguette magique avec force. Chaque fois, Harry songeait que réaliser de la magie sans baguette comme ses parents lui procurerait probablement davantage encore d'émotions.
« Comment pouvez-vous dire ça ? Harry est l'un des nôtres ! »
Le bien-être ressenti par Harry jusque là sembla s'évanouir d'un coup alors qu'il s'engouffrait dans la Salle Commune de Gryffondor. La salle était bondée et bruyante, si bien que personne ne remarqua son arrivée. Harry en profita alors pour se glisser vers les tentures rouges couvrant les murs de la Tour de Gryffondor, se dissimulant dans l'ombre de celles-ci.
Hermione, debout devant l'énorme cheminée de la pièce, avait les mains posées sur les hanches et dardait d'un regard sombre l'ensemble des étudiants de leur maison. Par Merlin, depuis quand était-elle si impressionnante ?
« Tu ne peux pas nier que c'est foutrement étrange, » chuchota alors Lee Jordan. « Sa mère devient directrice d'un nouveau Ministère, son père est partout et lui devient l'un des champions du Tournoi des Trois Écoles. »
Quelques élèves hochèrent la tête pour appuyer ses propos. Hermione roula des yeux et fusilla du regard trois étudiants de première année qui gloussaient, brisant l'ambiance solennelle de la discussion. Aussitôt, les trois jeunes sorciers se turent, rougissant.
« Croyez-vous vraiment qu'un parent souhaiterait mettre en danger son enfant en l'inscrivant à une compétition interdite aux sorciers mineurs ? » demanda froidement Hermione en haussant les sourcils, incrédule. « Harry a treize ans et tous ses concurrents en ont dix-sept ! Pourquoi ses parents voudraient le voir participer au Tournoi ? »
Bonne question ! Harry ne comprenait pas pourquoi tant d'étudiants étaient persuadés que sa participation au Tournoi des Trois Écoles était une manigance de sa famille ! Sa mère était mortifiée et son frère, grâce au miroir à double-sens, lui avait confié que son père avait hurlé de rage au Manoir en apprenant l'incident !
« Car Harry et Diggory ont autant de chance de remporter le Tournoi que Dursmtrang ou Beauxbâtons, » répondit Alicia Spinett.
« Hermione, tu sais aussi bien que moi qu'Harry dépasse largement de nombreux étudiants sur bien des points, » ajouta Ron d'un air gêné.
Le visage du rouquin rougit violemment et il passa une main embarrassée dans ses cheveux désordonnés. De sa place, Harry ne put s'empêcher de remarquer le malaise de sa meilleure amie, perturbée par l'échange direct avec Ron. Hermione, par son soutien à son égard, s'était considérablement éloignée de Ron même s'ils échangeaient parfois quelques mots.
« C'est vrai, » concéda Hermione en évitant le regard de son ancien meilleur ami. « Pourtant, je pensais qu'au bout de quatre années à côtoyer Harry, vous seriez tous suffisamment intelligent pour comprendre qu'il ne souhaite pas participer à ce Tournoi. »
Les propos de la jeune fille firent mouche. Certains bougonnèrent, appréciant peu d'être ainsi piqués ! Harry laissa éclore un sourire ému sur ses lèvres, sincèrement touché par la fidélité constante de sa meilleure amie. Avait-elle conscience que son soutien indéfectible à son égard risquait, un jour ou l'autre, de lui retomber dessus ?
« Es-tu formellement certaine qu'Harry n'a pas mis son nom dans la Coupe de Feu ? »
La voix forte de Neville imposa le silence dans la salle commune. Le quatrième année, assis dans un des fauteuils rouges de la pièce tentait de contrôler le rougissement menaçant d'envahir son visage à l'idée d'avoir ainsi pris la parole devant tant de monde ! Il se redressa pourtant, son regard rivé dans celui d'Hermione.
« J'en suis absolument certaine, » répondit solennellement Hermione en balayant du regard l'ensemble de la salle commune. « Harry a souhaité se retirer du Tournoi mais comme vous le savez, un contrat magique lie chaque candidat désigné par la Coupe de Feu. »
Neville hocha lentement la tête, son regard se perdant dans les flammes brûlant dans la cheminée. À nouveau, les mots d'Hermione résonnèrent en chacun des étudiants et un silence songeur s'installa dans la salle commune. Harry retint son souffle, espérant ne pas se faire remarquer.
« Nous te croyons Hermione ! » déclarèrent d'une même voix les jumeaux Weasley.
Fred et Georges étaient négligemment installés côte à côte dans un des canapés de la salle commune. Sur les genoux du premier se trouvait un énorme paquet de dragées de Bertie Crochue qu'il partageait avec ses amis. Hermione leur adressa un sourire satisfait et amicale.
Une douce chaleur se répandit en Harry, songeant à la gentillesse permanente des jumeaux à son égard. Ils étaient les seuls Weasley, malgré la mort de Ginny causée par son père, à lui adresser régulièrement la parole. Leurs liens s'étaient évidemment distendus mais ils restaient malgré tout très proches !
« Je crois qu'il se passe beaucoup de choses qui nous échappe. »
L'intervention soudaine de Neville surprit tout le monde et ramena l'attention sur lui. L'adolescent se leva alors de son siège avec des gestes emprunts, hésitant visiblement sur la démarche à suivre. Pourtant, il osa aller jusqu'au bout de son mouvement et rejoignit en quelques enjambées Hermione. Celle-ci ne masqua pas sa surprise de voir Neville se mettre à côté d'elle, observant l'ensemble des Gryffondors.
« Oui, je crois que beaucoup de choses se déroulent sans que nous n'imaginions les tenants et les aboutissants, » reprit-il d'une voix légèrement tremblante. « Cependant, Harry est l'un des nôtres, un Gryffondor. Tous les Poufsouffles fanfaronnent de voir Diggory nommé champion du Tournoi. Nous ne pouvons pas tourner le dos à un étudiant de notre maison sous prétexte qu'il n'a pas l'âge légal pour participer à ce Tournoi. »
Le choc traversa Harry face aux propos de son ami. Neville et lui s'étaient plus qu'éloignés après les événements de cet été. Ils ne passaient quasiment plus de temps ensemble. D'ailleurs, Harry fuyait le dortoir tant que possible, ne supportant plus l'ambiance morose et lourde entre Neville, Ron et lui. Alors, il ne s'était pas attendu à ce que Neville prenne ainsi position en sa faveur auprès de la maison Gryffondor. Depuis quand le garçon maladroit et timide s'était transformé en un adolescent capable de se positionner ? Il était là dans les balbutiements de cette prise de position mais bientôt, Harry était certain que les rougissements, les tremblements et l'air gauche de son camarade disparaîtraient.
« Je suis d'accord avec Neville, » intervient Seamus d'un ton plus léger, un sourire aux lèvres. « Nous devrions tous être fiers qu'un Gryffondor ait été choisi par la Coupe de Feu. Choisi alors qu'il est bien plus jeune que tous les autres candidats ! »
Neville appuya les propos de son camarade de dortoir d'un grand mouvement de la tête, soulagé de voir certains élèves se rallier à Hermione et lui. Cette dernière lui jeta d'ailleurs un regard reconnaissant.
« La loyauté est peut-être l'un des traits des Poufsouffles mais je crois que cette valeur existe également chez les Gryffondors, » ajouta Olivier Dubois de son habituel ton bourru. « Depuis qu'Harry ne s'appelle plus Potter, la moitié d'entre vous lui a tourné le dos ! »
A présent, les reproches étaient palpables dans la voix du capitaine de l'équipe de Quidditch de leur maison. Quelques uns détournèrent le regard, embarrassés par l'accusation du septième année tandis que d'autres marmonnaient à mi-voix des phrases incompréhensibles.
Hermione était stupéfaite par la tournure de la conversation. Cependant, elle resta judicieusement en retrait, impatiente d'observer l'évolution de cette situation. Elle regrettait l'absence de son meilleur ami, ignorant que les étoffes décorant la salle commune le dissimulaient.
« Vous démentez ? Vous niez ? » s'exclama Dubois en fronçant les sourcils. Il jeta un regard noir à l'ensemble de ses camarades. « Vous êtes tous là à éviter son regard, à fuir sa présence comme s'il allait d'un coup vous lancez un sortilège doloris ! »
« Il est quand même le fils du Tu-Sais-Qui ! » s'écria une jeune fille en sixième année.
« Tu-sais-qui n'existe plus, » rétorqua Dean. « Je suis peut-être né chez les Moldus et n'ai pas vécu la première guerre mais... ça fait un an maintenant qu'Harry sait qu'il est le fils des Jedusor. Au début, nous étions évidemment tous sous le choc mais maintenant... ça fait un an ! »
Tout allait si vite que parfois, Harry oubliait que ça ne faisait pas si longtemps que cela qu'il était un Jedusor ! Il avait été plus longtemps un Potter avant cela !
« On s'y est habitué, » reconnut Fred.
Georges hocha vivement la tête avant de jeter en l'air une dragée. Le bonbon atterrit dans sa bouche et il afficha un air triomphant. Il croqua dedans avant de le recracher dans sa main, marmonnant un « vomi » à mi-voix.
« Perso, j'ai l'habitude de ne plus le voir avec son nid d'oiseau sur la tête, » ajouta t-il en laissant tomber la dragée à peine mâchée dans un mouchoir.
« Et sans ses horribles binocles rondes, » renchérit Fred.
Quelques rires secouèrent les étudiants. Même Hermione laissa apparaître un sourire amusé et son corps se détendit sensiblement. Dans l'ombre, Harry grimaça, s'accordant parfaitement avec la description de ses anciennes lunettes.
« On a pas vraiment d'autre choix que de s'y habituer, » intervient Ron d'un ton grinçant.
La douleur était palpable dans la voix du rouquin et des regards gênés furent échangés. Personne n'avait été aussi durement touché que les Weasley par le retour de Tom Jedusor. Le fantôme de Ginny Weasley, décédée presque un an et demi plus tôt flottait encore en permanence dans l'esprit de la famille sorcière. Personne ne pouvait lui reprocher son deuil et sa colère à l'égard des Jedusor.
« C'est vrai mais moi, je vois toujours Harry comme un putain d'Attrapeur de Quidditch, » rétorqua Olivier. « Qu'est-ce qui a changé chez lui ? Ses cheveux sont devenus bruns ? Il n'a plus besoin de lunettes ? Ses yeux sont bleus ? »
« Ce n'est pas grand chose, » approuva Lavande Brown.
Hermione sentit l'émotion la traverser alors qu'elle gardait le silence, laissant ses camarades cheminer ensemble. La conversation avait débuté par une confrontation. Lassée d'entendre des propos virulents à l'encontre de son ami, elle avait bondi de son fauteuil, faisant voler devant elle livres et parchemins. Faisant apparaître des étincelles au bout de sa baguette magique, elle avait contraint tous les étudiants présents à se réunir autour d'elle près de la cheminée !
« Vous êtes tous là à reprocher son rapprochement avec Malefoy mais vous oubliez que c'est son cousin ? Vous vous faîtes tous mener par le bout de la baguette par vos préjugés, » reprit le capitaine de Quidditch. « Nous savons tous ici qu'Harry n'avait pas de famille auparavant. N'aurions-nous pas fais la même chose en découvrant soudainement des membres de notre famille ? »
« On s'agace de le voir se rapprocher tellement des Serpentards mais il les côtoie probablement en dehors de Poudlard, » ajouta Seamus d'un ton doux. « C'est normal. Et puis... il ne doit pas se sentir très accueilli ici alors, je comprends qu'il préfère leur présence ! »
Harry sentit sa gorge se serrer douloureusement en assistant silencieusement à cette conversation. Il découvrait là des camarades prêt à le soutenir, à l'accepter tel qu'il était ! Pourtant, il n'avait jamais soupçonné qu'Olivier l'appréciait tellement ! Ou même que Seamus avait ainsi réfléchi à son sujet ! Une émotion nouvelle, celle de ne pas être totalement rejeté, l'assaillit et il ressentit le besoin de bouger, de parler, de prendre l'air.
Ne souhaitant pas se dévoiler, il profita de l'agitation provoquée par les paroles de Seamus et passa à nouveau à travers l'ouverture de la Tour de Gryffondor. Alors que le tableau de la Grosse Dame basculait derrière lui, il ne vit pas le regard mélancolique de Neville le suivre jusqu'à ce qu'il disparaisse.
« Le couvre-feu est pour bientôt jeune homme ! » prévint La Grosse Dame d'un ton sévère.
« Je serai de retour, » répliqua t-il machinalement.
Par précaution, la Carte des Maraudeurs et sa cape d'invisibilité se trouvaient dans la poche arrière de son pantalon ! Il se mit en marche sans destination précise. Un courant d'air frais traversait les couloirs du château et s'infiltrait dans ses vêtements. Un frisson désagréable parcourut son corps encore poisseux de ses précédents efforts avec Cédric. Cependant, il apprécia cette sensation de fraîcheur, conscient malgré tout que c'était le meilleur moyen de tomber malade !
Ses pas le menèrent jusqu'au grand hall. Marcher lui permit d'apaiser son esprit en ébullition. Ainsi les Gryffondors commençaient à revoir leur regard à son sujet... Tout en ayant conscience que rien ne serait plus jamais comme auparavant, il fut soulagé de voir ses camarades cheminer et capable de dépasser certains préjugés ! Bien sûr, Harry ne serait plus jamais complètement à l'aise avec eux. Il savait aussi que la ferveur de voir un Gryffondor désigné comme un des champions de Poudlard les remplissait de fierté, peu importe
Autour de lui, quelques étudiants se hâtèrent de profiter de la dernière demie-heure avant le couvre-feu. Il croisa quelques élèves de Beauxbâtons qui lui jetèrent un long regard indéchiffrable avant de murmurer entre eux en français. Rusard jaillit subitement de l'ombre, Miss Teigne sur ses talons. Il houspilla un groupe de Serdaigle de deuxième année venant de passer la double porte du château. Avec la pluie torrentielle à l'extérieur, leurs chaussures étaient maculées de boue !
« Monsieur Jedusor. »
Harry sursauta, tiré de ses pensées par une ombre imposante derrière lui. Il fit volte-face et se retrouva face à Snape. Le professeur de défense contre les forces du mal portait ses habituelles robes noires. Son visage pâle n'affichait aucune émotion mais ses yeux noirs le transperçaient silencieusement, semblant vouloir sonder en lui.
« Professeur Snape, » répondit poliment Harry.
Sa relation avec le Mangemort était toujours aussi perturbante pour Harry. L'homme s'acharnait beaucoup moins sur lui. Ses compétences indéniables en défense contre les forces du mal donnaient moins matière à Snape pour l'humilier et le houspiller ! Bien sûr, son lien avec Tom Jedusor lui donnait une certaine tranquillité. Mais ce nouveau calme dans leur relation les perturbait autant l'un que l'autre. Ils ignoraient comment se comporter ensemble et leurs échanges étaient souvent maladroits, voir gauche.
« Comment se passe vos cours avec le professeur Selwyn ? »
La question de Snape désarçonna l'adolescent. Le ton de la voix de l'homme ne laissait aucun doute sur la nature des cours qu'il évoquait. Il ne parlait certainement pas des cours de potions ! Ainsi, Snape connaissait l'existence de son apprentissage de l'occlumencie avec Selwyn. Il resta un moment muet, s'attirant un reniflement exaspéré de l'homme. Harry fronça légèrement les sourcils, se demandant combien de personnes exactement étaient au courant de son apprentissage !
« Très bien, Monsieur. »
Rêvait-il ou Snape paraissait agacé par ses cours ? Il avait craché le nom du professeur de potions avec tant de dédain qu'il se surprit à frissonner. Rarement la voix de Snape était aussi sifflante et menaçante ! Que se passait-il entre Selwyn et lui ?
De nombreuses rumeurs parcouraient les couloirs du château. Comme lui, beaucoup d'étudiants avaient remarqué cette inimité entre les deux hommes. La majorité pensait que Snape était jaloux de voir Selwyn réussir là où il avait échoué : réussir à faire apprécier un minimum l'art des potions aux élèves. Cependant, Harry était persuadé que la nature de cette tension entre les deux hommes était loin de s'expliquer ainsi. Snape était bien au-dessus de ces conflits professoraux.
« Se pourrait-il que le professeur Selwyn soit capable d'enseigner le moindre principe d'occlumencie ? » cracha froidement Snape.
Harry fut presque surpris de ne pas être l'objet de la médisance de Snape.
« Mon père m'a affirmé que vous étiez un excellent occlumens, » déclara Harry d'un ton neutre.
Il vit avec plaisir une certaine surprise se peindre sur les traits du professeur mais cette émotion traversa son visage seulement une demie seconde avant qu'il ne redevienne impassible. Snape arqua un sourcil d'un air moqueur.
« Évidemment, mes compétences dépassent largement celles de votre enseignant, » siffla l'adulte.
« Pourtant, c'est lui qui a été nommé mon professeur. »
Harry prit volontairement un ton naïf. Cependant, ni l'un ni l'autre ne fut dupe. Il remettait à demi-mots en question la position de Snape auprès du Seigneur des Ténèbres. Les lèvres de Snape ne furent bientôt plus qu'une mince ligne serrée et il se pencha vers lui d'un air menaçant. Harry prit sur lui pour ne pas reculer, ne souhaitant pas offrir ce plaisir à l'homme.
« Je me ferai un plaisir de confirmer à vos parents votre évolution en occlumencie le jour où je déciderai d'évaluer votre capacité à déjouer certaines de mes attaques mentales, » lui susurra t-il à l'oreille.
Face à la menace évidente de Snape, Harry tressaillit. Selwyn et lui avaient eu leur troisième cours deux jours plus tôt. Le garçon se sentait bien incapable d'affronter les assauts de Snape sur son esprit. Il serait bien en difficulté à essayer de se protéger face au directeur de la maison de Serpentard.
« Votre insupportable présence dans le grand hall éclaire chacun d'entre nous sur votre envie à retourner au sein de votre dortoir avant le couvre-feu, » ajouta l'homme d'un ton cassant. « Sachez que les serpents attachent une importance fondamentale à la noblesse et la fierté. »
Sans un mot de plus, le professeur Snape se détourna de lui, sa robe se gonflant autour de ses pieds dans un mouvement élégant. Harry resta stupéfait quelques secondes, cherchant le sens des mots de l'homme. Son visage s'éclaira brusquement et il se retint de justesse pour ne pas courir derrière l'enseignant afin de le remercier.
Une dizaine de minutes plus tard, il se trouvait devant le tableau dissimulant la porte d'entrée de la Tour de Serpentard. Planté devant le tableau, il se demanda s'il n'aurait pas meilleur temps de se dissimuler sous sa cape d'invisibilité et d'entrer discrètement dans la salle commune des Serpentards. Même si Snape lui avait transmis le mot de passe pour y entrer mais cela ne signifiait pas que l'accueil en serait chaleureux. Et si Drago ne s'y trouvait pas au moment où il entrait, il risquait de devoir affronter certains étudiants peu amènes avec lui !
L'adolescent se balança sur ses deux pieds, en proie à la réflexion. Ses doigts se refermèrent autour de sa cape d'invisibilité. La sensation fluide et fraîche du tissu glissant entre ses doigts le rassurèrent. Il songea un instant à James Potter qui, dans son testament, lui léguait officiellement l'ensemble de ses affaires, dont la cape d'invisibilité.
« Oh et merde ! Je suis Harry Jedusor et je vais leur montrer que je n'ai peur de rien ! »
Il se plaça, le dos droit et le menton relevé devant le mur en pierre cachant l'entrée de la Salle Commune des Serpentards.
« Noblesse et fierté. »
Aussitôt, le mur en pierre bascula et lui ouvrit l'accès à la Tour de la maison Serpentard. Son assurance faiblit un instant en entendant l'animation dans la salle commune. Le couvre-feu approchant, la majorité des étudiants était réunie dans la longue pièce souterraine aux murs en pierre brute. L'atmosphère y était aussi humide et sombre qu'à son souvenir.
« Jedusor ? »
Le ton surpris d'une étudiante de septième année dont Harry ne connaissait pas le nom attira l'attention sur lui. Tous les élèves se turent et se tournèrent vers lui d'un seul mouvement. Les plus âgés, dans un geste presque mécanique, s'emparèrent de leur baguette magique. Les regards étaient méfiants, les positions sur la défensive. Harry lutta contre son envie de fuir et, se tenant toujours aussi fièrement, fit quelques pas en avant, laissant l'entrée de la salle commune se refermer derrière lui. Voilà, il était dans l'antre des serpents.
« Que fais-tu là ? C'est la salle commune des Serpentards ici ! » siffla froidement Adrian Pucey. « Et il me semble que tu es un Gryffondor. »
Harry afficha un rictus ironique. Oh, vraiment ? Il était chez les Serpentards ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il prit le temps d'observer la salle autour de lui qui n'avait guère changé depuis sa dernière visite lors de sa deuxième année. Le plafond était toujours aussi bas, donnant une impression étouffante à Harry. Un feu brûlait dans une énorme cheminée sur laquelle était gravée de nombreuses figures compliquées. Des lampes rondes diffusant une lumière verdâtre étaient suspendues à des chaînes.
« Je suis peut-être réparti dans la maison Gryffondor, » commença lentement Harry en détachant chacun de ses mots, « mais, je suis également l'héritier de Salazar Serpentard. »
Quelques halètements se firent entendre. Harry ne sut pas d'où lui vient cette réplique. Il n'avait jamais été le genre de personne à se vanter de ses origines, s'attribuant même certains droits grâce à elles. C'était même la première fois qu'il reconnaissait son ascendance avec Salazar Serpentard, l'un des fondateurs de l'école de Poudlard. Pourtant, les mots jaillirent hors de sa bouche avec une facilité déconcertante.
« Mon père m'a longuement parlé de cet endroit, » mentit-il.
C'était faux, évidemment. Son père et lui ne s'étaient encore jamais aventurés sur le terrain glissant de sa répartition à Gryffondor alors que le sang de Serpentard coulait dans ses veines. Cependant, l'évocation de son père eut l'effet escompté. La plupart des étudiants devinrent pâles. Certains se raclèrent la gorge, mal à l'aise tandis que d'autres souriaient doucement, d'un air fier. Harry avait l'impression d'être hors de son corps et de son esprit. Que lui prenait-il ? Pourquoi agissait-il … comme un Serpentard ?
« Je cherche Drago Malefoy. »
Son ton glacial se répercuta contre les murs humides et ne soufflait aucune protestation.
« Je suis là, cousin. »
Certains élèves se déplacèrent pour révéler l'adolescent blond au regard d'Harry. Drago, un livre sur les genoux, était confortablement assis dans un des fauteuils verts posés près de la cheminée. Harry et lui échangèrent un long regard perçant et une lueur d'amusement flottait dans le regard gris du jeune Malefoy. Celui-ci referma d'un geste sec son bouquin puis se leva gracieusement.
« Allons dans ma chambre. »
Alors qu'Harry s'approchait de son cousin, tous les regards accompagnèrent ses pas. Il tenta de rester impassible et droit même si l'envie de courir jusqu'au dortoir de Drago afin de s'y cacher était de plus en plus puissante. Il rejoignit en quelques enjambées son cousin et tous les deux, dans un silence assourdissant, se glissèrent à travers la porte menant aux dortoirs des garçons. Contrairement à chez les Gryffondors, une volée d'escalier ne montait pas pour rejoindre les espaces de vie mais descendait un peu plus profondément sous terre.
« Parfois, le calamar géant s'approche très près des fenêtres magiques, » raconta Drago en désignant l'une des nombreuses fenêtres faisant penser à des hublots. « Comme tu le sais déjà, nous sommes sous le Lac Noir du parc. Alors, il s'approche comme pour s'amuser à nous surprendre et à effrayer les plus jeunes. »
Harry resta silencieux mais grimaça. Lui était habitué aux lumières vives et criardes de la Tour de Gryffondor. Chez les Serpentards, tout était sombre et humide. D'ailleurs, malgré le feu ronflant dans la salle commue, la température y était encore plus basse que dans n'importe quelle autre partie du château.
« Voici le dortoir des quatrièmes années. »
Drago semblait particulièrement fier de lui faire découvrir de plus près la Tour de sa maison. Des serpents y étaient gravés partout et même à des endroits surprenants où personne ne s'y attendait. Il se demanda un instant quel serait l'effet s'il venait à parler en Fourchelangue à ces nombreux serpents gravés dans la pierre. Réagiraient-ils comme c'était le cas dans la chambre des secrets ?
Harry laissa son cousin pousser une simple porte en bois close. Son dortoir était organisé de la même manière que le sien. Seules les couleurs changeaient.
« Tu t'es bien amusé ? »
La voix de Drago était excitée et joyeuse. Cette légèreté lui permit de mettre entre parenthèse ses questionnements et le malaise permanent qui l'accompagnait ces derniers jours.
« Je voulais juste... pas dormir avec les Gryffondors, » confia t-il en évitant son regard. « Je sais qu'ils commencent à revoir leur... regard à mon sujet mais... »
« C'est trop tard ? » supposa Drago.
Harry hocha lentement la tête en évitant son regard, soudain gêné. Oui, c'était peut-être cela : il était trop tard. D'un geste maladroit, Drago lui pressa l'épaule en guise de soutien mais s'empressa de se détourner de lui, les joues rosissant. Il se jeta sur son lit et l'invita à se joindre à lui.
« Tu as fais ton petit effet en rappelant tes origines. Héritier de Salazar Serpentard, fils de Lord Voldemort. »
Harry pouffa, lui-même ébahi par le culot qu'il avait eu !
« C'est Snape qui m'a donné votre mot de passe, » confia Harry. « Mais tes camarades n'ont pas besoin de le savoir. Ils peuvent s'imaginer que mon statut d'héritier me donne libre-accès à votre Tour ! »
L'idée sembla particulièrement plaire à Drago puisqu'il éclata de rire.
« Aussi futé qu'un serpent. »
La voix de Théodore les fit sursauter et coupa leurs rires. Le blond venait de sortir de la salle de bain. Il leur jeta un regard dubitatif tout en continuant à se frotter les cheveux avec une serviette verte. Harry adressa un large sourire à son ami, songeant que cela faisait quelques jours qu'ils n'avaient pas pris le temps d'échanger et de passer du temps ensemble. Il remarqua alors pour la première fois que cela lui manquait !
« Je pense que c'est une idée géniale pour les effrayer, » approuva Théodore en s'asseyant sur son propre lit.
Les trois garçons échangèrent un regard complice avant d'éclater de rire. Harry s'enfonça confortablement dans le matelas moelleux de son cousin en songeant qu'il devrait tout de même prendre une douche. Peu importe. Pour l'instant, il se sentait juste... Bien. Qui l'eut crû ? La maison Serpentard arrivait à l'apaiser là où tous échouaient.
x x x
La musique était assourdissante. Elle résonnait si fort qu'elle faisait vibrer le sol, les tables et les corps se pressant dans le bar. Un coin du bar était transformé en piste de danse où de nombreux sorciers se déhanchaient au rythme de la musique. Les corps s'effleuraient, se collaient, se fondaient les uns dans les autres. Un nuage de fumée envahissait l'air, obscurcissant encore davantage la pièce. L'atmosphère était poisseuse, moite. Une odeur d'alcool, de fumée, de sueur s'élevait et frappait de plein fouet chaque personne poussant la porte du bar sorcier. Le troquet était situé dans une bourgade près de Londres mais dissimulé par de nombreux sortilèges repousse Moldus
L'atmosphère bruyante et étouffante ne dérangeait pas Adam. Loin de là. En réalité, il en avait à peine conscience. Le monde autour de lui ne semblait être plus qu'un amas de couleurs, de tourbillons de lumières et de sons. Sa vision était floue, rendant imperceptible tout ce qui se passait autour de lui. Quelques fois, une phrase, une voix traversait la brume obscurcissant son esprit mais le reste du temps, il était plongé dans sa propre conscience, son propre univers. Rien ne l'atteignait réellement et c'était exactement l'effet recherché.
Le jeune homme était avachi sur une banquette en cuir bleu roi déchirée à certains endroits. Devant lui se trouvait une table ronde en bois dont l'un des pieds était branlant, rendant tout mouvement autour du meuble dangereux. De nombreux verres, vides ou pleins ainsi que des bouteilles traînaient dessus. Des mégots de cigarettes étaient écrasés dans des cendriers ou plongés dans des fins de verres. Des petits sachets de poudre violette passaient de main en main.
« Adam ! Tout est ok pour toi ? »
« J'me sens... »
Merde. C'était si fatigant d'ouvrir la bouche et de répondre. Son regard bleu papillonna un instant alors qu'il tentait de fixer son attention sur la jeune femme face à lui. Elle était penchée près de lui, ses longs cheveux noirs chatouillaient son visage. Qui était-elle déjà plus ? Jess ? Eloïse ? Sue ?
Oh par Merlin, il n'avait plus la moindre idée d'avec qui il était venu dans ce bar. Il se souvenait vaguement avoir accepté de participer à une soirée pour fêter l'arrivée du week-end après une semaine de cours intense. Leurs enseignants s'étaient acharnés à instaurer une certaine pression, les enjoignant à chercher dès à présent un lieu susceptible de les accueillir en stage à partir du mois de février. Cela semblait si lointain, si abstrait pour Adam pour qui ses études de droit perdaient progressivement de leur sens. Il s'était alors empressé d'accepter la proposition de ses camarades. Pour eux comme pour lui, tout était prétexte à faire la fête, à profiter de leur vie étudiante.
« Adam ? Ça va ? »
La voix inquiète d'un jeune homme traversa les brumes entourant son esprit. La fille s'était éloignée, poussée par son camarade. Adam tenta de se redresser sans y parvenir et se laissa aider par le sorcier. Sa vision se stabilisa un instant et il reconnut Marcus Flint. Un ancien Serpentard, diplômé de Poudlard en juin dernier. Il avait entamé des études de droit à la rentrée alors même qu'il avait des difficultés scolaires. Il avait raté ses ASPICS une première fois, l'obligeant à refaire une septième année ! Ce n'était pas un garçon idiot mais il ne s'y retrouvait simplement pas à l'école. Cependant, il s'était plié à la volonté de ses parents, entamant une faculté magique de droit alors même que tout le monde savait que cette orientation était vouée à l'échec.
« Flint ? » croassa Adam d'une voix éraillée. « Il est quelle heure ? »
« Presque trois heures du matin, » répondit le plus jeune. « Tu es aussi pâle que le Baron Sanglant, le fantôme de Serpentard. »
Un rire secoua Adam à ces mots, tentant de s'imaginer en fantôme. Cette image l'amusa davantage mais son rire s'étrangla dans sa gorge serrée. Il passa une main tremblante sur son visage et s'aperçut alors qu'il était en sueur. Le bien-être ressenti en début de soirée, lorsqu'il avait commencé à fumer et à consommer de l'Apathia. L'Apathia était une nouvelle drogue sorcière se présentant sous la forme d'une petite poudre violette. Elle était arrivée récemment sur le territoire britannique, provenant du sud de l'Amérique mais elle avait rencontré beaucoup de succès chez les jeunes sorciers. Dont Adam.
Un verre d'eau apparut soudainement sous ses yeux et il l'attrapa d'un geste tremblant, manquant de se le renverser sur lui. Il avala une gorgée rafraîchissante qui le fit frissonner. Bon sang, il avait chaud et froid en même temps. L'Apathia, qui promettait de ressentir une insensibilité et une légèreté, avait perdu ses bienfaits et semblait le plonger droit dans les effets secondaires. Adam songea un instant à ôter sa chemise mais se contenta d'essayer faiblement de déboutonner les premiers boutons.
« Tout va bien ? »
Un étudiant en sorcellerie cette fois-ci avec lequel Adam s'entendait plutôt bien s'était approché d'eux. Flint grimaça et fit un mouvement hésitant de la main. Adam resta muet, les yeux perdus dans le vague. Il n'en pouvait plus de cette chaleur. De ce raffut. De ce monde. Il se sentait lourd et agressé par cet environnement bruyant et mouvementé.
Pourtant, ils jouissaient d'un espace privé dans le bar sorcier. Des paravents magiques entouraient les trois tables réservées par la vingtaine d'étudiants s'étant réunis ce soir là. Ils avaient ainsi une vue imprenable sur le reste de la salle alors même que ceux de l'autre côté ne voyaient que des paravents blancs, ne pouvant percer ce qu'il s'y passait derrière.
« Il faut le sortir d'ici. »
La voix de Flint était inquiète. Il hurlait dans les oreilles d'Adam afin de couvrir le son assourdissant de la musique. Adam grogna, enserrant son crâne entre ses mains. De ce fait, il laissa tomber son verre d'eau au sol. Lorsqu'il se brisa, répandant son contenu et des morceaux de verre tout autour d'eux, personne ne le remarqua. Marcus Flint et l'autre étudiant, un certain Thomas Hoover, l'attrapèrent chacun par une aisselle et entreprirent de le mettre sur ses pieds.
« Merde, Jedusor, qu'est-ce que tu as pris ? »
Les deux sorciers s'affairèrent alors à rassembler leurs affaires et celles d'Adam. Ils quittèrent ensuite l'espace privé leur étant réservé. Ils s'assurèrent que le visage d'Adam soit à peine visible, conscient que l'état du premier héritier des Jedusor susciterait bien trop d'intérêt chez les autres personnes présentes !
« J'sais plus, » balbutia t-il avec un temps de décalage.
En fait, il avait complètement déconné. Oui, c'était cela. Qu'est-ce qu'il avait prit ? Il ne pouvait plus s'en souvenir tellement il y en avait. Mais il en avait juste eu... besoin. Il ne pouvait plus rester avec ce sentiment effroyable d'avoir la poitrine comprimée en permanence par sa colère et son angoisse. Il se sentait si... perdu. Si fragile. Si inutile. Tout lui échappait. Chaque fois qu'il osait effleurer l'idée que les choses s'amélioraient, tout se cassait de nouveau la gueule !
L'air glacial du mois d'octobre le frappa de plein fouet d'un coup et eut le mérite de stopper le flot de ses pensées. Il se pencha en avant alors que son estomac se révulsait. Marcus et Thomas s'éloignèrent sans pour autant le lâcher, craignant de se faire asperger de vomi ! Pourtant, rien ne se passa et Adam se redressa, groggy. Tout son corps était lourd et il avait l'impression que sa tête allait exploser. Il prit une grande inspiration, tentant de stabiliser sa vue mais tout tournait autour de lui. Il laissait ses deux acolytes le traîner jusque contre la façade du bar contre laquelle il s'y appuya avec plaisir.
« On ne peut pas transplaner alors qu'il est dans cet état, » fit remarquer Thomas en tentant de cacher Adam de la vue des gens qui allaient et venaient autour d'eux. « Le magicobus ? »
« Tu es cinglé ? » grogna Marcus. « S'il prend le Magicobus, il va nous rester entre les bras car il se sera étouffé dans son vomi avant même qu'on puisse réagir ! »
L'image fit glousser un instant Adam mais il s'empressa d'arrêter tout mouvement. Marcus avait raison : son corps ne supporterai pas le moindre choc physique. Lui-même n'avait jamais pris le Magicobus mais la réputation du transport violet n'était plus à refaire !
« Ça va, ça va, » marmonna Adam en se concentrant sur sa respiration. « Seulement, un coup de chaud. »
Les deux garçons échangèrent un regard dubitatif. Le jeune homme face à eux était livide. Son corps, en sueur, était parcouru de spasmes et il tenait à peine sur ses jambes. Ses yeux bougeaient sans donner l'impression de voir pourtant quelqu'un ! Il était dans un état complètement apathique, cotonneux.
« Tu es sérieux, Jedusor ? » demanda l'ancien Serpentard. « Tu sais qu'il n'y avait pas que du tabac dans tes cigarettes ce soir ? Et que tu as beaucoup aimé la petite poudre qui apparaissait des fois devant toi ! »
« J'vais... mon oncle... j'vais aller... »
Oui, il ne pouvait aller que chez Lucius et Narcissa. Où pourrait-il se rendre d'autre ? Il ne pouvait décemment pas rentrer au Manoir Jedusor et prendre le risque d'être vu ainsi par ses parents. Il n'avait plus d'appartement dans lequel se réfugier ! Aller dormir chez un de ses camarades ? Non, il n'avait clairement pas suffisamment confiance en l'un d'entre eux.
Après tout, ses parents le tannaient quotidiennement sur les précautions à prendre pour éviter de tomber dans un piège quelconque destiné à nuire à la famille Jedusor ! Son esprit complètement drogué ne songea pas un instant que de consommer des substances illicites dans un lieu sorcier public ne répondait pas vraiment au principe de précaution souhaité par ses parents.
« Les Malefoy ? » demanda prudemment Thomas.
Même si Adam et lui s'entendaient plutôt bien et travaillaient parfois ensemble à la bibliothèque de la faculté magique, il en savait très peu sur l'aîné des Jedusor. Adam était aussi discret qu'une ombre et savait se faire oublier avec une facilité déconcertante. Il écartait patiemment les questions dérangeantes. Il s'en sortait avec des pirouettes remarquables, révélant ainsi sa grande aptitude à manier la langue !
« Onc' Lucius, » répéta Adam d'un air absent.
« On ne peut pas t'amener chez les Malefoy, » grimaça Flint. « Leur Manoir est sûrement l'un des plus protégés du pays ! Nous n'avons pas la moindre idée d'où il se trouve. »
Cependant, Adam resta indifférent aux propos de son camarade. Avec une force insoupçonnée, il se décolla du mur en pierre. Le monde autour de lui tangua et il mit inutilement les mains devant lui dans l'espoir de retrouver l'équilibre.
« J'vais... »
Il avança d'un pas tremblant, bousculant les deux étudiants. La nuit était glaciale et un fin crachin de pluie tombait et s'infiltrait dans ses vêtements. Adam ne portait qu'une fine chemise sombre. Marcus s'était chargé de récupérer son manteau dans le bar avant leur départ. Il commença à claquer des doigts !
« Non ! Adam ! » aboya Thomas en comprenant son intention.
Sans pouvoir intervenir, Hoover et Flint virent avec anxiété Adam tourner sur lui-même puis disparaître dans un pop audible.
« Oh le con ! » s'écria Marcus.
Il poussa un autre juron, à la fois inquiet et furieux. Dans quel état le jeune homme allait-il arriver chez les Malefoy ? Saurait-il assurer un transplanage sans risque avec tant de drogues dans le corps ? Et si il se désartibulait ? Alors que les deux sorciers échangeaient un dernier regard soucieux, ils ne virent pas un scarabée se déplacer lentement le long du mur humide en pierres.
L'arrivée d'Adam au Manoir Malefoy fut pour le moins fracassante. S'il avait réussi miraculeusement à ne pas se désartibuler, il transplana directement dans le grand salon d'hiver du Manoir de son oncle et sa tante. Heureusement, il était l'un des seuls à pouvoir traverser les sortilèges de protection dressés autour de la demeure.
Aussitôt, ses genoux franchirent sous lui. Il atterrit au sol, emportant avec lui un guéridon en verre sur lequel reposait un vase de fleurs. Le tout se brisa dans un fracas ahurissant, répandant de l'eau, des fleurs écrasées et des morceaux de verre partout autour de lui.
« Monsieur Jedusor ? »
La voix incrédule d'un elfe de maison résonna à ses côtés. Tremblant, Adam tourna la tête vers la créature qui l'observait avec de grands yeux écarquillés. Il ouvrit la bouche et voulut dire quelque chose mais les mots moururent dans sa gorge. Sa bouche était pâteuse et sa langue lui semblait subitement lourde et épaisse, l'étouffant presque !
L'elfe de maison hésita un instant sur le comportement à adopter, ses mains se tortillant dans le vieux drap usé et sale qui le couvrait. Puis, il disparut silencieusement. Adam regarda l'emplacement vide où se trouvait l'esclave quelques instants plus tôt. Il tenta de se redresser mais son corps s'était soudain vidé de toutes ses forces. L'eau qui était dans le vase mouilla ses vêtements et il resta pitoyablement à genoux parmi les éclats de verre.
La porte du salon d'hiver s'ouvrit à la volée et Lucius, baguette magique à la main, vêtu d'une robe de chambre noire en soie, apparut. Les sourcils froncés, il resta un instant au pas de la pièce et contempla son neveu d'un air interdit. Narcissa et lui s'étaient couchés quelques heures plus tôt. Après avoir passé la soirée à supporter son insupportable belle-sœur, Bellatrix, qui ne cessait de se vanter d'avoir traversée les frontières pour ramener de nouveaux fidèles à Tom, il ne s'était pas attendu à être tiré de son sommeil en fanfare par son serviteur !
« Adam, c'est un plaisir de t'accueillir au sein du Manoir Malefoy, » salua t-il calmement.
Le jeune homme ne répondit pas et l'observa d'un air absent, les yeux embués. Lucius entendit les pas feutrés de sa femme approcher et bientôt, elle fut à ses côtés. Ses yeux bleus s'agrandirent en voyant Adam prostré au sol, complètement apathique et absent. Narcissa se précipita vers lui, évitant avec justesse les morceaux de verre qui entouraient le garçon. Elle s'agenouilla à ses côtés et posa une main soucieuse sur son front brûlant.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Plus prudent, Lucius analysa la situation et avança à pas lent dans la pièce. D'un mouvement de baguette magique, il rassembla les morceaux de verre dans un coin. Il se chargerait de remettre en état le guéridon choisi par Narcissa quelques années auparavant et qui leur avait coûté une fortune ! Reconstituer le vase ne lui demanda qu'une poignée de seconde. Il nettoya l'eau et fit disparaître les fleurs écrasées.
« Où étais-tu ? » demanda Narcissa d'un ton pressant. « Qui t'as fais cela ? »
« Je ne crois pas que ce soit quelqu'un qui l'ait fait se sentir mal, » murmura froidement Lucius sentant la colère poindre en lui. « Je pense qu'il est seul responsable de son état, n'est-ce pas Adam ? »
« Je... Je suis... désolé, » répondit le jeune homme d'un ton pitoyable.
« Mais il ne me semble pas avoir bu ! » rétorqua Narcissa.
Son neveu ne sentait pas l'alcool ! Oh, ses vêtements puaient la transpiration et le tabac. Son teint blafard était plus qu'inquiétant. Cependant, il ne semblait pas avoir bu d'alcool.
« Revelio Diagnosis. »
Un jet de lumière jaune quitta la baguette magique de Lucius et heurta le corps de son neveu. Aussitôt, le sortilège de diagnostic se mit en œuvre. Un halo de la même couleur apparut et engloba l'ensemble du corps d'Adam. Au bout de quelques secondes, le halo se résorba jusqu'à ne plus être qu'une mince ligne jaune. La ligne se déplaça devant Lucius et commença à écrire plusieurs mots d'une écriture élégante.
« De la drogue ? » haleta Narcissa.
Le transplanage semblait avoir fait basculer Adam dans un autre état d'esprit. Il commençait à retrouver ses esprits. Ses pensées étaient moins embrumées et il distinguait de mieux en mieux son environnement. À l'inverse, il se sentit brusquement écrasé par une tristesse insoutenable. Celle-là même qu'il tentait d'éloigner en début de soirée. Une souffrance effroyable le traversa puis se propagea en lui. Le choc qu'il lut dans les yeux de sa tante la colère et la déception dans ceux de son oncle brisèrent ses dernières barrières.
Il s'effondra.
En pleurs.
Et Adam eut l'impression qu'il attendait de s'autoriser cela depuis des mois !
« Oh Adam ! » souffla la blonde d'un air inquiet.
Les deux époux échangèrent un regard alarmé. Lucius poussa finalement un soupir désabusé, partagé entre l'inquiétude, la déception et la colère. Il rangea sa baguette magique dans la poche de sa robe de chambre puis se pencha vers son neveu. D'une poigne puissante, il le releva et le mit sur ses pieds. Il le mena ensuite jusqu'au canapé en tissu blanc écru et l'aida à s'allonger dessus. Adam se laissa guider sans protester, les larmes ruisselant sur ses joues pâles et creusées.
« Que se passe t-il ces derniers temps ? »
Par cette question, Lucius réussit à capter l'attention de son neveu. Il s'était agenouillé à ses côtés afin d'être à sa hauteur. Le jeune héritier Jedusor rouvrit les yeux et les plongea dans ceux de son oncle. Ainsi, Lucius avait perçu son mal-être ? Lui qui pensait que personne n'était capable de voir à quel point il se sentait mal et gauche ces dernières semaines. Ces derniers mois, plutôt !
« Je... Je... Je trouve pas... Je sais pas où je suis. Ma place, » balbutia t-il. « C'est trop dur. Tout. J'y arrive plus... L'école... La maison... C'est pas moi. »
Légèrement en retrait, Narcissa sentit son corps se serrer douloureusement aux propos décousus de son neveu. L'abattement du jeune homme était si poignant que Lucius et elle s'en sentirent transpercés. Depuis quand Adam était-il aussi... mal ? Oui, mal était le mot approprié pour décrire la douleur qu'il exprimait à travers ses mots, son visage et son comportement.
Un sourire triste traversa son visage et elle s'approcha des deux hommes. Elle attrapa un plaid bleu ciel qui était plié sur l'accoudoir d'un des fauteuils. Elle l'agita pour le déplier et l'étendit le long du corps d'Adam sans un mot.
« Ce n'est pas la première fois, n'est-ce pas ? » demanda Lucius en dégageant une mèche brune tombant sur les yeux brillants du jeune homme. « C'est régulier. »
« Avec tout... tout ça, j'en peux plus, » croassa le jeune homme, ses paupières lourdes se refermant doucement. « Harry et papa. Quand j'étais... la Bulgarie c'était mieux. Et le droit, c'est pas moi. J'aime pas. »
La voix d'Adam se fit de plus en plus basse alors qu'il continuait à marmonner entre ses dents. Finalement, il se tut et quelques instants plus tard, il s'endormit. Les époux Malefoy restèrent un long moment côte à côte, silencieux à observer leur neveu.
« Devons-nous prévenir Ayeline et Tom ? » demanda prudemment Narcissa, brisant le silence.
Lucius ne répondit pas immédiatement, son regard gris rivé sur le corps parcouru de tremblements d'Adam. Il soupira bruyamment, partagé ente plusieurs sentiments. Si Drago venait un jour à se présenter dans cet état au Manoir Serpentard, il souhaiterai évidemment en être informé. Cependant, il n'avait pas le rôle de père auprès d'Adam même si durant des années, il avait plus ou moins remplacé Tom à cette place. Que devaient-ils faire ?
« Attendons déjà d'en savoir plus demain, » proposa Lucius en se tournant vers son épouse. « Réveiller ma sœur et Tom à cette heure-ci n'a pas de sens alors qu'Adam s'est endormi. Nous essayerons d'en savoir plus à son réveil. »
* Alors ?
