Chap 35 –

-o-o-o-o-o-

Bravo à Yellou, FicAndRea, Mokona et Darkaya pour leurs commentaires…

Et un gros sourcil froncé pour Chenonceau qui m'a laissé 5 commentaires, histoire de faire comme si…. Petite filoute ! Bien essayé…

Mais puisqu'elle a publié un chapitre de sa fic (ce que nous ne pouvons pas dire de tout le monde… Ici l'auteur regarde vers FicAndRea, Tokikofun, Letie…) je publie le mien !

Ici, je remercie aussi Genzo Wakabayashi, qui me laisse toujours de « la suite ! » impératifs…

Aussi, je voudrais toutes vous demander d'aller sonner les cloches de Mandoline, qui a écrit 86 chapitres de sa fic Kojirô x Sanae, mais ne l'a toujours pas fini.

-o-o-o-o-o-

Note de l'auteur :

OK. Gros problème de chronologie. Quand j'ai commencé à écrire cette fic, je n'y connaissais rien en bébé. Donc, quand dans le chapitre 28, Keiko dit à Kojirô qu'elle n'est pas enceinte, c'était mon intention de faire qu'elle n'était pas sûre parce qu'elle était dans les toutes premières semaines de sa grossesse. Mais cela ne colle pas avec le moment où je veux que le bébé naisse. Du coup, cette conversation et la colère de Neeve (chap 30-31) ont lieu alors qu'elle est enceinte de 10 semaines déjà. Là, le doute n'est plus permis…

Je plaide coupable. Depuis, j'ai acheté un Livre des Mamans (la honte que je me suis payée, ma mère a cru que j'étais enceinte !! Elle m'a piqué une crise en pleine librairie. O joie….)

Donc, pour la petite histoire, Keiko savait qu'elle était enceinte, mais a menti à Kojirô parce qu'il la prise par surprise. Shouta et elle voulaient être sûrs que Keiko n'allait pas faire de fausse couche avant de l'annoncer (donc une grossesse de 13 semaines ou plus.) L'intuition de Kojirô a donc forcé les parents à avoir cette conversation. Ils ont dit « nous aimerions avoir un bébé » et pas « Keiko est enceinte » pour voir leurs réactions…. Ils ont été servis…non ?

-o-o-o-o-o-

Chapitre 36 - Il n'est si sot qui n'ait sa ruse

- « Comment ça ? C'est grave ? »

- « Ouais, il a une appendicite aiguë. »

- « … Il ne faisait pas semblant ? »

- « Apparemment pas. » Kazuki s'était plaint de maux de ventre pendant leur séjour à Okinawa, mais Kojirô et Ken pensaient qu'il tirait au flan pour pouvoir passer plus de temps à la plage pour draguer les filles.

- « Il en a pour combien ? »

- « En gros, cinq jours à l'hôpital, et puis une convalescence douce. Très douce. L'opération ne s'est pas super bien passée. »

- « Mais quel imbécile ! Il ne va pas être rétabli pour le championnat ! » s'emporta Kojirô.

- « Peut-être que si, peut-être que non. On verra. Je vais aller lui rendre visite demain, tu veux venir ? »

- « Je n'ai pas le choix, si ? » Mais quel abruti, ce Kazuki !

Kojirô tourna en rond comme un tigre en cage, incapable de se calmer. Toute sa stratégie tombait à l'eau. Ils avaient beau être certains d'être qualifiés, il n'avait pas envie de se prendre des branlées. Et puis, il y avait le championnat inter lycées qui approchait à grands pas. A part eux deux, il n'y avait pas d'avant potable à Tôhô. Principalement parce qu'avec Kojirô (et un peu Sorimachi), la direction avait décidé d'investir dans les milieux de terrain et les défenseurs. Abruti de Kazuki !

La porte d'entrée s'ouvrit. Neeve s'engouffra dans le couloir rapidement. Un BOUM sonore retentit. Penalty venait encore de se prendre une porte.

- « Salut ! Hyûga-san, empêche ton chien de me foncer dessus ! »

- « Ta gueule ! » Neeve resta bouche bée devant la violence de Kojirô.

- « Pourquoi tu me cries dessus ? » fit-elle d'une voix un peu chevrotante. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?

- « Pardon… C'est Kazuki, il est à l'hosto avec le bide en miettes… »

- « C'est grave ? »

- « Oui et non. »

- « Donc ce n'est pas une raison pour t'en prendre à moi. Pour une fois que je n'ai pas abîmé ton joueur… »

- « Serais-tu en train d'avouer des manœuvres pas nettes ? Qu'est-ce que tu as fait ou allais faire à Ken et Kazuki ? » Neeve sourit innocemment et papillonna des cils. « Hase, cela ne marche pas avec moi ! »

- « Disons… que j'allais faire regretter à Ken de m'avoir caché des choses… »

- « Des choses ? »

- « Je ne sais toujours pas ce que lui et Ayame manigancent. »

- « Tu ne crois pas qu'ils sortent ensemble ? »

- « Non. Ken n'est pas le style d'Ayame. Bon, que veux-tu manger ce soir ? »

Manœuvre de distraction numéro un.

Elle pense vraiment que cela va marcher ? Mais bon, pas de petit plaisir.

- « Ce soir, je ne sais pas encore, mais là tout de suite, je me ferais bien un gâteau à l'a--. »

- « A l'ananas…. » termina Neeve en soupirant. « Tu sais--. »

BOUM

Penalty venait de s'emplâtrer dans la vitre du salon une nouvelle fois. Après s'être fait prendre de vitesse devant la porte d'entrée, il avait fait le tour. Tout content de voir du monde dans le salon, il s'était précipité et avait oublié de se rappeler l'existence de la porte vitrée.

- « Il est con, ton chien… » commenta la jeune fille.

- « Ce n'est pas mon chien, c'est celui de la famille, et non, il n'est pas con, juste… bon, arrête de te marrer ! » Kojirô ouvrit la porte fenêtre et caressa le chien. « T'es vraiment con ! » siffla-t-il à voix basse, tout en laissant le chiot lui mordiller les doigts. « Arrête de nous ridiculiser comme ça ! »

- « Est-ce qu'il faut lui donner à manger ? »

- « Oui, il faut le nourrir deux à trois fois par jour. Tiens, je te montre comment faire. »

- « Est-ce que tu as vu Mambo ? » Encore une fois, Kojirô renifla. Ce nom était ri-di-cu-le.

- « Il doit dormir dans son panier. »

S'occuper d'animaux n'était pas chose facile. Penalty se jeta sur les cheveux de Neeve lorsqu'elle lui servit sa gamelle, et elle se tétanisa sur place. Kojirô dut venir retirer les mèches de la gueule du chiot qui mâchouillait allégrement ces longs fils. Puis, une fois son repas fini, le chiot arriva à se faufiler dans le salon. Il suivit Neeve à la trace et, en mettant sa truffe froide contre son mollet, la fit pousser un hurlement de peur et lâcher le plat en plastique qu'elle tenait. Devant le bruit, le chiot prit peur et fit pipi sur le sol. Kojirô dut donc se relever, mettre le chiot dehors et nettoyer.

- « Mais pourquoi il m'en veut, ce chien ? » gémit-elle.

- « Je crois qu'il t'aime bien. »

- « Et ben pas moi ! »

- « Arrête de mentir… tu l'adores ! »

La semaine se passa plus ou moins de la même façon. Kojirô se levait tôt le matin, faisait courir le chien et se retrouvait plus ou moins seul dans la maison. Les parents travaillaient, Neeve faisait du mi-temps, et occupait le reste de ses journées en balades, séances de kiné ou autre. Il en profita pour se mettre au jardin. Keiko avait décidé de transformer la pelouse avant en plate-bande fleurie. Sûrement une envie de femme enceinte, parce que Kojirô n'avait jamais vu sa mère s'occuper de fleurs avant. Certes, ils n'avaient pas de jardin avant, mais il n'y avait même pas une plante en pot dans leur ancien appartement. Cependant, en bon fils qu'il était, il lui retourna la terre et planta des petits arceaux en métal ouvragé pour séparer l'allée des futures fleurs. Penalty aimait bien jardiner, particulièrement quand il s'agissait de gratter et de déterrer, aussi Kojirô passa de longues heures à reboucher les trous ou à replanter les arceaux. Le métal était bien trop dur pour les mâchoires du chien qui s'appropria une basket de Kojirô en représailles. Devant l'état lamentable de la chaussure, le jeune homme n'eut pas le choix et dut s'acheter une nouvelle paire. Et une seconde, quand il perdit sa chaussure gauche flambant neuve aux crocs pointus de Penalty. La seconde fois qu'il retourna au centre commercial, il s'arrêta aussi à la boutique décoration pour acheter un rouleau de papier collant transparent de décoration pour vitres. Il choisit un motif neutre à rayures et en colla une large bande sur le bas de la porte vitrée. En voyant les rayures, le chiot réalisait qu'il y avait une vitre et freinait à temps. Kojirô en avait marre d'avoir à se lever pour vérifier que Penalty ne s'était pas assommé.

Kojirô passa voir Kazuki avec Ken puis revint jeudi matin avant d'aller à sa journée d'orientation l'après-midi. Contrairement à ce que Ken avait dit, l'opération s'était plutôt bien passée. Le problème était le post-opération : Kazuki cicatrisait mail et le joueur devait rester couché et ne faire aucun gros effort.

- « Capitaine, je suis désolé ! » commença Kazuki en essayant de se redresser sur ses oreillers.

- « Arrête tes bêtises, ce n'est pas comme si tu l'avais fait exprès. … … tu ne l'as pas fait exprès, n'est-ce pas ? » Kojirô eut un regard torve. Kazuki eut un sourire faible et grimaça en portant la main à son estomac.

- « Ne me fais pas rire ! »

- « C'est si douloureux ? » demanda Kojirô.

- « Regarde un peu la taille du truc ! » protesta Kazuki en soulevant son T-shirt pour montrer la dimension de ses bandages.

- « J'espère pour vous que vous ne parlez pas de ce que je crois ? » demanda Neeve en apparaissant sur le pas de porte. Kazuki recouvrit son ventre rapidement et tira ses draps jusqu'au menton en rougissant.

- « Mais cela ne va pas, d'arriver comme ça ? » piailla-t-il.

- « Pourquoi ? Tu espérais rester seul avec Hyûga-san ? J'interromps peut-être quelque chose ? » fit malicieusement Neeve.

- « Neeve, ta gueule ! » marmonna le joueur en boudant.

- « Tiens, je t'ai amené des CDs et une série policière en deux tomes. »

- « Merci, je commençais à m'ennuyer ferme. » Kojirô regarda Neeve qui n'avait pas relevé le « ta gueule » de Kazuki. Si ça avait été moi, je m'en serais pris plein la tête !

- « Vous êtes bien proches, vous deux… » reprocha-t-il.

- « Non, nous faisons front commun contre la menace Sakamoto-Wakashimazu. » répliqua Kazuki en parcourant la liste des chansons.

- « Je n'aime pas ça ! Hase, tu m'avais promis de ne pas abîmer mes joueurs ! »

- « Ils n'ont pas besoin de moi pour ça ! Regarde-moi cette larve ! Bon, Hyûga, nous devons faire les courses ! A plus Sorimachi ! »

- « A demain, Kojirô ! » répondit la larve.

Pourquoi avait-il cédé ? Pourquoi avait-il emmené Neeve avec lui voir Sorimachi ? Qu'est-ce qu'elle peut bien en faire, de l'état de santé de Kazuki ? Oh, bon, oui, il supposait qu'ils pouvaient être considérés comme des amis. Mais il n'aimait pas ça. Et puis, depuis quand décidait-elle de son emploi du temps ? Il aurait bien aimé passer un peu de temps avec Kazuki. Mais non, le voilà qui jouait les baudets de service, à porter les sacs de course.

- « Neeve ? »

- « Hum ? »

- « Qu'est-ce que tu voulais faire exactement ? »

- « Pa-pardon ? » Elle se retourna pour le regarder, complètement perdue.

- « Avec Kazuki. Il y avait un message caché. »

- « Mais non. C'est juste que j'ai repéré Sayuri dans le couloir et je ne voulais pas lui parler. Elle est d'une bêtise ! »

- « Hum… Bon, comment ça s'est passé avec Maman ? »

- « Bien… je crois… »

- « Comment ça ? »

- « … … je n'arrive toujours pas à m'y faire ! »

- « Hase ! Je croyais qu'on en avait parlé ! Ce n'est pas la fin du monde que ton père et ma mère fassent--. »

- « Non, ce n'est pas ça ! Le bébé, c'est bon, la pilule est passée. C'est le fait qu'ils nous ont menti qui m'énerve. »

- « Ils nous ont menti ? »

- « Ben oui. Ils ont dit qu'ils aimeraient bien avoir un bébé, mais en fait, Keiko était déjà bien enceinte. Ils ont menti, et ils nous ont mis devant le fait accompli. »

- « Je sais, mais cela ne sert à rien de ruminer tout ça. En plus, cela va faire de la peine à Maman. Elle a toujours été sensible quand elle était enceinte. »

- « A qui le dis-tu ? Elle a presque fondu en larmes au resto lundi dernier. »

- « Ah bon ? » s'étonna Kojirô. « Ce n'est pourtant pas son genre. Qu'est-ce que tu lui as dit ? »

- « Mais je ne lui ai rien dit ! » s'indigna Neeve. « Elle était juste contente parce que j'ai accepté de… » Ici Neeve s'interrompit et s'empourpra. « Enfin, laisse tomber, elle pleurait de joie. »

- « Tu as accepté de quoi faire ? » poussa Kojirô. Pas moyen de laisser tomber. Si sa mère pleurait, de joie ou non, il devait savoir.

- « Laisse tomber ! »

- « Non ! »

- « Si. »

- « Hase ! » fit-il d'une voix grondante.

- « C'est un truc de filles ! »

- « Tu ne vas pas me le faire à chaque fois, celle-là ! Donc quoi ? Vous êtes allées chez le gynéco ensemble ? » ironisa-t-il avant de réaliser que Neeve avait stoppé net et était du rouge le plus profond. A son tour, il sentit son visage brûler. « Non… un truc comme ça ? Mais tu ne pouvais pas le dire avant ? » bafouilla-t-il.

- « Ben, justement non ! » cria Neeve qui n'avait toujours pas changé de teinte.

Ils restèrent là à se regarder, tout aussi gêné l'un que l'autre.

- « Je ne vois pas pourquoi Maman a pleuré pour ça… » bougonna Kojirô finalement. Il se remit à marcher.

- « C'est un peu plus compliqué que ça. Disons que je suis allée avec elle passer son échographie. »

- « Quoi ? Toi ? »

- « Ben oui, moi. J'ai vu le bébé et tout et tout ! » Neeve agita les mains avec excitation. « C'est vraiment tout petit mais c'est incroyable ! On a vu les jambes et les bras et--. » Elle s'interrompit encore quand elle remarqua l'œillade goguenarde de Kojirô. En effet, la pilule est passée. On dirait presque que c'est elle qui est enceinte.

- « Mais, et ton père ? »

- « Quoi, mon père ? »

- « Comment cela se fait que Shouta n'ait pas été là pour l'échographie ? »

- « Oh ! Il va avec elle la semaine prochaine pour la véritable visite de contrôle. Moi, ce n'était qu'une... qu'un… qu'une introduction aux bébés, si tu vois ce que je veux dire... »

- « Je vois. Alors, c'est comment le gynéco ? » taquina-t-il.

- « Nul. Comme tous les gynéco. ¨Pourquoi me poses-tu cette question ? » Neeve étrécit les yeux avant de faire la moue. « A t'entendre, on croirait que tu pensais que je n'y étais jamais allée. »

- « Non ? » balbutia-t-il difficilement.

- « Hyûga, j'ai seize ans, cela fait déjà au moins un an que j'y vais. »

- « Ah bon ? » Si Neeve avait retrouvé sa couleur normale, Kojirô gardait un teint rougi à l'extrême.

- « Et oui. Ne serait-ce que pour me faire prescrire la pilule. »

- « A-aaah » Il accéléra.

- « Et puis pour le frottis-- Mais attends ! » Kojirô était parti en courant.

- « Mais qu'est-ce qui te prends de me dire des trucs pareils ? » hurla-t-il.

- « Mais c'est toi qui a dit de ne pas me cacher derrière les trucs de filles ! » protesta Neeve en dissimulant son sourire. « Va falloir t'y faire. C'est bientôt le tour de Natsuko. »

- « Refusé ! Ta gueule, Hase. Marche plus vite. J'ai faim et je dois aller à ma journée d'orientation. Ta gueule. J'ai dis ta gueule ! »

Kojirô bouda pendant que Neeve rangeait les courses. A chaque fois que leurs regards se croisaient, il rougissait et elle avait un petit rire. Vexé, Kojirô alla voir Penalty dehors. Le chiot ne fut pas d'un réconfort, préférant dormir dans son panier, blotti contre Mambo.

- « Hé Neeve ?! » fit-il en rentrant. « Comment cela se fait-il que tu ne sortes pas aujourd'hui? »

- « Papa a refusé que j'en fasse plus, il m'a imposée une journée « repos. ». Tout comme il m'a imposé de faire du mi-temps. Entre les séances de rééducation et ma convalescence…. » Neeve s'assombrit.

- « Mais pourquoi est-ce que tu bosses d'abord ? Après tout, nous avons de l'argent de poche… » Kojirô s'assit derrière le bar américain et plongea pour attraper le plat de nouilles sautées au porc que Neeve avait préparé. Il divisa le tout en deux parties pas égales du tout, se réservant la plus grosse.

- « Non, c'est vrai. Mais je fais des économies. »

- « Tu veux t'acheter une voiture ? » tenta de deviner Kojirô.

- « Ne parle pas la bouche pleine. Non. »

- « Quoi alors ? » Il déglutit son énorme bouchée et fit passer le tout avec un verre de coca.

- « Rien de spécial. Jusqu'à ce que je trouve. »

- « Et tu es riche ? »

- « Ça dépend ce que riche veut dire. Je ne peux pas m'arrêter de travailler à vie mais je peux m'acheter une voiture si je veux. »

- « Déjà ? Une grosse ? »

- « Non, une petite. Mais je ne veux pas de voiture. »

- « Qu'est-ce que tu veux ? » Il posa ses baguettes et la regarda. Elle avait encore pris cette expression de douleur cachée.

- « Partir d'ici. »

- « Hein ? »

- « Voyager, Hyûga. Voir le monde. Un peu comme toi. »

- « Moi ? »

- « Okinawa, Paris, l'Italie, la grande muraille de Chine, les pyramides, la barrière de corail (A), et j'en passe. »

- « Je ne suis pas allé en Chine. » commenta Kojirô.

- « Tu sais très bien ce que je veux dire. »

- « Mais pourquoi ? Tiens, passe-moi la sauce soja. »

- « Parce que je n'ai pas envie de passer ma vie comme une vielle mémère. Je veux voir le monde sur lequel je vis. Passe-moi le tofu. »

- « … t'es bizarre… »

- « … tu le penses vraiment ? »

- « Tu penses trop, et tu penses comme une vieille. C'est de la fuite en avant, cette idée. »

- « Non. Tu ne peux pas comprendre. »

- « Essaye quand même de m'expliquer. »

- « Non. Tu vas être en retard. »

- « J'ai encore une heure. Accouche. »

- « Mais tu es vraiment indiscret ! »

- « … Neeve, tu me fatigues. »

- « Tu ne peux pas comprendre parce que toi, tu sais ce que tu veux faire. Tu sais d'où tu viens et où tu vas. Le monde autour de toi, tu t'en fous un peu. Même s'il ne tourne pas dans le sens que tu veux, tu te débrouilles pour le faire aller là où tu veux. Moi, je n'ai pas cette force.»

- « Justement, ce n'est pas en se laissant faire que cela ira mieux. Tu penses vraiment qu'en allant voir ailleurs, tu vas semer tes problèmes ? »

- « Toi… toi, tu as parlé avec Ayame. »

- « Toi… toi, tu cherches à retrouver ta mère. »

Neeve se leva brusquement et se retourna pour aller nettoyer son assiette, et cacher son visage.

- « Non. Je ne veux pas la voir. J'en sais assez sur elle pour savoir que je ne veux pas en savoir plus. Mais j'aimerais voyager pour … pour dire que j'ai fait quelque chose dans ma vie. Que ce que je vois à la télévision, ça existe vraiment, que je… que j'existe vraiment moi aussi. »

- « Tu penses vraiment trop. Bien sûr que tu es en vie. Si cela te console, dis-toi que tu pourris la mienne, de vie. » Kojirô soupira et se leva. Il vint à ses côtés et attrapa le torchon qu'elle triturait entre ses mains. « Tu vas trouver ta voie. La tienne. Arrête de me prendre la tête. »

- « Oui. »

- « Et ne pleure pas. »

- « Je ne pleure pas ! » Pour une fois, c'était vrai.

- « Bien, continue comme ça. »

L'après-midi fut une perte de temps. Kojirô avait déjà son uniforme. Il se foutait pas mal de son emploi du temps. Les maths, que ce soit lundi ou jeudi, restaient des maths. La seule consolation fut devant le tableau d'affichage. Comme il s'en doutait, Ken et Kazuki restaient avec lui, en section scientifique (1-2). Mais voilà qu'il y avait du changement !

- « Bro ! Bro ! Nous sommes ensemble ! C'est trop cool ! » Rai le bourra de coups de poings.

- « Toi aussi, tu tombes dans la catégorie des pommes pourries ? » Kojirô accueillit le basketteur avec un sourire.

- « Ça ou je suis nul en classe. Ou les deux. En plus, on va être avec Yoshi Kizaka, de l'équipe de volley et Akira Usui, qui fait du 100 mètres. Ils sont trop fun ! »

Ken approuva de la tête. Les deux nommés étaient aussi des fortes têtes, généralement habitués des retenues et autres punitions scolaires. Ils étaient aussi très sympathiques, voire plus. Après tout, tout le monde soupçonnait Usui d'avoir crever les pneus de la voiture du prof d'éco et Kizaka… disons qu'il avait une définition du temps différente de celle des autres. Se lever à 6h00 ? Rester éveillé pendant les cours d'histoire ? Faire ses devoirs à temps ? Et puis quoi encore ? Enfin des gens pas trop coincés dans sa classe. Les cinq sportifs firent donc immédiatement front commun et se réservèrent d'emblée les places du fond. Les filles de leur classe murmuraient déjà, toutes excitées d'avoir maintenant six des plus beaux garçons avec elles… Six ?

- « Mais où est Kazuki ? » demanda Miki Sasaki à Ken.

- « A l'hosto. » répondit ce dernier en testant la résistance de sa chaise en se balançant sur les pieds arrière. Le support grinça bizarrement, aussi se leva-t-il précipitamment et remplaça sa chaise avec celle… du prof… qui n'était pas encore arrivé. Usui ricana. Il rejoignit le gardien de but sur l'estrade et tira un couteau suisse de sa poche. Il déplia le tournevis et disparut sous le bureau. Personne ne vit ce qu'il fit, sauf Ken qui se mit à rire comme une hyène. De son côté, Kizaka se pencha par la fenêtre. Contrairement à l'usage, ils avaient changé de salle de classe, sûrement pour être plus proche des laboratoires. Ils étaient maintenant au premier étage. Yoshi testa donc qu'il était parfaitement possible de sauter de la fenêtre et de remonter sans grande difficulté, pour peu qu'on soit bon en saut. Etant le smasher attitré de l'équipe de volley, cela ne lui posait pas de problème. Kojirô secoua la tête. Ça promettait.

Mais Sasaki avait blêmi.

- « Il… il va bien ? » Kojirô caressa l'idée de lui sortir une véritable horreur mais il se retint. Un peu.

- « Si on veux. Il a dû avoir une opération. » Ce qui était vrai. Mais pas aussi dramatique qu'il le laissait croire. Miki porta les mains à sa bouche.

- « Il… il va bien ? » répéta-t-elle.

- « Il est encore en vie. » Ce fut au tour de Ken de secouer la tête.

- « Je… je peux aller le voir ? »

- « Si tu y tiens vraiment… » Kojirô réussit à prendre un air grave. Il griffonna l'adresse et le numéro de chambre sur un papier. Puis il détourna la tête, ne pouvant plus se retenir. Mais ses épaules tremblotantes trahirent sa crise de rire silencieuse. Cependant, Miki pensa qu'il se retenait de pleurer. Elle eut un gémissement et se précipita vers ses amies, cherchant un peu de réconfort.

- « Tu sais que tu viens de les remettre ensemble ? » chuchota Ken en prenant sa table attitrée derrière lui.

- « Et alors ? »

- « Et tous les plans d'Ayame ? Pour le guérir de sa tendance au flirt ? »

- « Elle s'en remettra. Mais c'était trop tentant. »

- « C'est sûr. Regarde, elle croit dur comme fer qu'il est mourrant. »

- « Tu parles, ça va être le cas. Elle va se jeter sur lui et l'étouffer. Mort par asphyxie. Objet du crime : langue. »

- « C'est une belle mort. »

- « C'est surtout très con. »

Sur cette déclaration très philosophique, leur prof principal arriva. Kojirô grogna. C'était leur prof d'anglais, M Johnson-Kawaru, rigide et glacial, et extrêmement contrarié à l'idée de devoir encadrer la classe poubelle. Mon dieu, six sportifs ! Dont cinq nuls en anglais.

De son côté, Neeve regardait les affaires qu'elle et Keiko avaient achetées. Des grenouillères et les premières chemises de grossesse. Le ventre de Keiko devenait petit à petit plus gros. Ceux qui connaissaient bien la mère de famille pouvaient maintenant voir qu'elle était enceinte. Ou qu'elle avait bien grossi. Au point que Keiko avait dû commencer à refaire une garde-robe plus ample. Elle avait tout donné à ses sœurs après la naissance de Takeru et la mort de son mari. Keiko n'avait jamais pensé se remarier, encore moins faire un autre enfant. Donc elle devait tout racheter. Mais cette fois, elle pouvait se payer le luxe de prendre des marques. C'était bien d'avoir un mari riche.

Keiko avait abordé cette journée mère-fille avec appréhension. Shouta avait beau lui dire que tout allait bien se passer, elle ne pouvait s'empêcher d'être un peu inquiète. Neeve restait un mystère. Elle semblait ouverte, rieuse et heureuse, mais tout au fond, elle sentait les blessures de la jeune fille. Un instinct maternel la poussait toujours à la prendre dans ses bras et à la bercer. Ce fut d'ailleurs ce qu'elle fit quand Neeve lui avoua qu'elle était maintenant très contente d'avoir un futur frère ou sœur. Neeve s'était un peu tendue, mais soudainement, elle avait passé les bras autour de sa taille épaissie et lui avait rendue son étreinte. Keiko avait souri. Neeve était plus grande qu'elle et le câlin était un peu maladroit mais l'intention était là. Puis la jeune fille s'était redressée et avait changé de sujet.

Keiko avait adoré l'expression ahurie qui était apparue sur le visage de Neeve lors de l'échographie. Le médecin avait accepté de faire une « fausse visite » pour familiariser Neeve à la grossesse. Keiko en avait profité pour que sa belle-fille passe un examen en règle. Elle avait été atterrée quand Shouta lui avait confessé de ne pas s'être mêlé plus que ça de cet aspect de la croissance de Neeve. Quand elle avait eu ses premières règles, il avait bien abordé le sujet avec elle mais, sa fille grandissant, il avait fini par contacter la gynécologue de son hôpital et lui avait lâchement laissé le soin d'expliquer ce qu'il y avait à expliquer. Pour un médecin, Shouta pouvait tout de même être vraiment coincé. Donc Neeve s'était presque extasiée devant l'échographie et avait foncé à la libraire la plus proche pour acheter un livre sur la grossesse et le bébé. Keiko avait presque craint qu'elle lui sorte un truc du genre « je veux un bébé, moi aussi ! »

Neeve n'avait jamais réalisé que son père avait une telle envie de se marier et de fonder une famille. Au contraire, elle pensait qu'il ne voulait surtout pas refaire sa vie. Elle-même était heureuse de faire partie d'une vraie famille. Elle avait encore des réserves quant au chien mais bon. Keiko était vraiment gentille avec elle. Neeve regrettait presque de ne pas être plus jeune de quelques années pour pouvoir profiter d'une vraie relation mère-fille, mais elle adorait sa belle-mère. Elle était exactement ce qu'elle attendait d'une mère. Neeve était presque jalouse des Hyûga.

Avec un sourire, elle attrapa la laisse du chiot et alla attendre Natsuko à la gare. Elle aussi avait sa journée d'orientation le lendemain, aussi avait-elle écourté ses vacances. Neeve devait admettre que Shouta et Kojirô faisaient du bon travail avec Penalty. Le chiot, qui grandissait vite, marchait calmement au pied. Ils formaient un couple craquant et Neeve reçut de nombreux regards appuyés, quelques commentaires et des sifflets approbateurs qui perturbèrent Penalty qui aboyait en retour. Il alla même jusqu'à faire pipi sur les chaussures d'un audacieux qui osait ouvertement draguer Neeve. Le gars resta bloqué pendant un moment et lorsqu'il releva la tête pour se plaindre, Neeve avait disparu, craignant une vengeance musclée. A la sortie de son train, Natsuko fondit devant le chien qui adopta cette nouvelle venue avec joie.

- « Attends de voir la réaction de Mam et Tak ! » fit-elle en froissant les oreilles du chiot.

- « Attends de voir Mambo ! Mon chat ! » rajouta Neeve.

- « Tu as un chat ? Mais ils sont fous, les parents ? Un chien, un chat… et un bébé… »

- « … » Neeve fit la grimace et Natsuko comprit.

- « Tu devrais parler moins fort… »

- « Et planquer mon journal intime. »

- « Tu n'as pas de journal intime, Neeve. Je sais, j'ai cherché. Mais tu envoies des vrais romans à Ayame. Tu dois exploser ton forfait texto. »

- « Je sais… Natsuko, c'est mal ce que tu as fait. »

- « Non, c'est mal de se faire pincer. Enfin, ce n'est pas comme si tu ne t'en doutais pas… Des nouvelles des stratégies Ayame-Ken ? »

- « Non, mais j'ai un super plan…. » Natsuko fut tout ouïe.

Vendredi… Vendredi noir… Kojirô était en train de penser au suicide. Il était prêt à parier qu'il pourrait facilement se pendre avec les mailles du filet. Une fois qu'il aurait dégagé le corps de Ken qui était en train de se frapper le front contre son poteau droit. Le reste des deuxièmes années, qui était également venu pour la journée d'orientation et qui avait par habitude emboîté le pas à son capitaine à la fin des « cours », regrettait de n'avoir pas fui quand il en était encore temps. Ce n'était pas permis de jouer comme ça. Kojirô ronchonna. Même Neeve jouait mieux que la moitié des crétins alignés devant lui. Il leur dit.

- « J'ai une sœur meilleure que vous. Et elle joue pire qu'une fille. Bougez-vous les fesses et tapez dans ce ballon ! Vous n'allez pas vous faire mal ! »

Seul Kitazume restait calme. Il s'attendait à un tel carnage, c'est pourquoi il avait exigé la présence de ses trois meilleurs joueurs. Pas question d'être le seul à souffrir. Déjà que l'un d'entre eux avait réussi à couper à la corvée. Appendicite ? Que dalle, il allait le lui payer. Allons bon, le dernier joueur à tenter sa chance avait réussi l'exploit de lancer sa chaussure et non le ballon en direction de Ken qui soupira. Kojirô raya un autre nom sur sa liste.

- « Tu pues, casse-toi ! » gueula-t-il. « Suivant. »

Il y avait bien plus de cinquante prétendants au privilège de passer le dossard de Tôhô foot. L'équipe jouissait d'une réputation solide et tous les aspirants Zidane venaient lui casser les couilles. Heureusement ils étaient six en deuxième année, et ils gardaient cinq de leurs maintenant troisièmes années. Un manquait à l'appel, mais ses parents avaient déménagé aux Etats-Unis. Techniquement, avec les deux joueurs de première année que Matsumoto avait recruté, ils pouvaient fermer les inscriptions mais traditionnellement, l'équipe se composait de quinze membres, onze titulaires et quatre remplaçants. C'était pour ça qu'il devait se taper des heures de torture mentale, pour garder les deux meilleures de ces brêles. Mais voilà… quelqu'un d'intéressant.

- « Je joue goal. » s'entêtait un nouveau. « Je veux bien passer les tests comme les autres, mais je veux aussi faire mes preuves ! »

- « D'accord ! » Kojirô avait envie de se dégourdir les pattes.

- « Euuh, je veux dire… vas-y tout de même mollo ! » s'inquiétait le bleu en prenant la place de Ken. Kojirô le foudroya du regard. Le kohai pâlit mais tint bon. « Je connais la puissance de ton tir ! » rétorqua-t-il. Il a du cran, celui-ci.

- « T'inquiète, ta mère va te récupérer en un seul morceau. » Ken n'osa pas soulever la question de savoir si le morceau serait vivant ou non.

Il commença. Ken avait beau être gardien, il avait aussi une bonne puissance de frappe, mais l'aspirant s'élança et bloqua la balle. Il relança vers Kojirô qui reprit immédiatement de volée. Surpris, le gardien eut juste le temps de se sauter de l'autre côté et dégagea au poing. Ken était à la réception et relança vers la lucarne. Le première année se tendit, mais ne put qu'effleurer le ballon des mains qui alla se loger dans les filets. Un peu rouge, le nouveau se releva et alla chercher le ballon qui atterrit dans les pieds de Kojirô. Ce dernier attendit que son sujet de test se repositionnât. Le garçon se concentrait, ignorant les cris d'encouragements de ses semblables. Il est bon.

Juste pour en avoir le cœur net, le buteur décrocha un tir puissant. Il n'avait rien avoir avec son Neo-Tir du Tigre, mais gardait toutefois une énergie certaine. Le gardien s'attendait donc à un de ses fameux boulets de canon. Aussi fut-il pris au dépourvu quand la trajectoire du ballon s'incurva soudain. Il plongea vers la droite, du bon côté, mais rata la réception. Kojirô haussa les épaules. L'effet brossé n'avait rien d'extraordinaire, mais l'angle de la courbure était sec. C'était son nouveau tir. Peut-être… Pour le moment, il n'arrivait à donner un effet brossé à ses tirs qu'en sacrifiant la force, mais il comptait changer ça. Egalement, il aurait voulu un effet plus aléatoire, un peu comme la feuille morte de Tsubasa. Les tirs à effet n'étant pas sa spécialité, Kojirô tâtonnait un peu pour trouver ses marques, et il enrageait de ne même pas pouvoir trouver ce qu'il voulait faire. S'il avait déjà une idée de ce qu'il voulait, il n'avait plus qu'à travailler dur… Mais là, pas d'inspiration…

- « C'est bon, tu es pris ! » fit soudain Kitazume derrière lui. « Tu seras remplaçant pour le moment. »

- « Ce n'est déjà pas mal. » admit le nouveau. « Mais je ferai tout pour être un jour titulaire. »

- « Ecoute-moi ça, Ken, tu as de la concurrence ! » railla Kojirô en envoyant un coup de poing dans l'épaule de Ken qui fit deux pas de côté sous l'impact.

- « C'est bien, je commençais à m'ennuyer. » répondit-il. En effet, Ken avait été le seul gardien depuis leurs années de collège. Tactique dangereuse en cas de blessure, mais personne n'avait jamais été assez bon pour prétendre même au poste de remplaçant. « Mais je ne compte pas te laisser ma place si facilement ! »

- « J'y compte bien. Moi c'est Matsuba. Azuno Matsuba. »

- « Bienvenue Matsuba-kun. Mais c'est quoi ces flemmards ? Vous vous croyez au théâtre ? Levez-moi vos culs de la pelouse, bande de paresseux. Purée, c'est moi qui suis au cirque, avec vous dans le rôle de Bozo le clown ! » beugla Kojirô en faisant sursauter tous les premières années.

- « Pstt, il est toujours comme ça ? » souffla Azuno.

- « Et c'est un de ses bons jours. » répondit Ken.

- « Ah…. »

Enfin le massacre se termina. Ils n'avaient pas trouvé la dernière perle, rare ou non. Tous nuls et re-re-re-nuls. Haruki Shuo et Mazuo Mitsumomo, les deux recrues, avaient regardé avec effarement la séance d'essai.

- « Je ne sais pas ce qui est pire. Le fait qu'ils jouent si mal ou le fait qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils jouent si mal. » disait justement Haruki en transportant le filet de ballons.

- « Le pire, c'est les trois heures de ma vie que je viens de perdre ! » gémit Ken. « Ah, voilà Chiyo ! »

En effet, sa cousine était appuyée sur la rambarde séparant les gradins du banc de touche. A côté d'elle, Neeve et Natsuko leur faisaient des grands signes.

- « Salut cousin ! » lança Chiyo. « C'est juste pour te dire que je ne dors pas à la maison ce soir. »

- « Ah bon ? » s'étonna Ken.

- « Ben oui, le mollusque. J'ai une vie sociale, moi. »

Neeve éclata de rire.

- « Donc, j'ai ta permission pour l'utiliser ? » demanda-t-elle à la jeune fille à ses côtés.

- « Utiliser, user et abuser. Il est là pour ça. Essaye de me le rendre intact. Il n'est plus sous garantie. A demain, cousin ! » Chiyo fit un signe de main et disparut. Ken ouvrit la bouche pour protester. Le reste de l'équipe ricanait derrière lui.

- « Huuum, Ken, j'ai des plans pour toi… »

- « Euh Neeve… Je n'aime pas quand tu dis ça ! »

- « Moi non plus ! » coupa Kojirô.

- « Roo, ne vous inquiétez pas. Nous avons juste besoin d'hommes forts pour porter nos affaires. » susurra Neeve en montrant la pile impressionnante de fournitures scolaires qu'elle et Natsuko avaient récoltée lors de leurs journées d'orientation. « A moins que vous ne vous pensez pas qualifiés au poste d'hommes forts, bien sûr… » Ce fut au tour de Natsuko de rire. Derrière, les ricanements n'avaient pas stoppé.

- « Nous sommes gentilles, nous faisons la cuisine ce soir. » avança la jeune collégienne.

- « Vous faites toujours la cuisine pour moi ! » protesta Kojirô. « C'est quoi, ce marché ? »

- « Disons que si tu ne nous aides pas, je ne cuisinerai plus pour toi. » contre-attaqua Neeve.

- « Attendez ! » interrompit Tsuneo Takashima. « Ta copine habite chez toi ? »

- « Quelle copine ? » grommela Kojirô en ramassant ses affaires. « C'est ma sœur, patate ! »

- « Elle, c'est ta sœur, on la connaît ! » Tsuneo montra du doigt Natsuko qui lui sourit. Kojirô foudroya du regard les trois premières années qui lui rendaient son sourire. Immédiatement, ils optèrent pour l'option 'tête d'enterrement'. « Mais elle, c'est la furie, c'est ta copine, non ? »

- « C'est une furie, mais c'est aussi ma sœur. » Kojirô sauta la rambarde et commença à ramasser les sacs remplis de livres. Ken l'imita.

- « Mais comment tu peux avoir une sœur qui ne te ressemble pas ? »

- « Parce que je suis belle et lui est moche ? » suggéra Neeve d'une petite voix fluette en calant ses cintres d'uniformes le mieux qu'elle pouvait.

- « Parce que je suis patient et que je ne t'ai pas encore défoncé le crâne. » argumenta Kojirô. « Pousse ta graisse, Hase, j'ai faim ! »

- « Je ne suis pas grosse, tu es tout sauf patient et tu as toujours faim. » répliqua Neeve en obtempérant néanmoins. « Ken, tu restes dormir ce soir. » déclara-t-elle.

- « Ah bon ? Depuis quand ? »

- « Depuis que tes parents sont absents aujourd'hui et que Chiyo m'a suppliée de te garder. On n'allait pas te laisser tout seul… »

- « Mais arrêtez de me traiter comme un chien ! » gémit Ken.

- « Ken, avance et ferme-la. » ordonna Kojirô.

Les quatre continuèrent de ramasser les affaires et quittèrent les gradins sous les yeux interdits des joueurs.

- « S-sa sœ-sœur ? »

- « Il l'a appelé Hase ? »

- « Je me disais, c'était trop beau, qu'il ait une copine… »

- « C'est clair. En fait, c'était sa sœur… »

- « Hé, je vous entends ! » clama Kojirô depuis le couloir de sortie.

- « Et alors ? »

Neeve avait invité Ken essentiellement pour lui prouver qu'elle ne lui en voulait pas mais qu'elle n'était pas dupe quant à leur manège. Natsuko en rajouta et Ken fut le dindon de la farce pour le reste de la soirée. Kojirô trouva ça très bien, parce que pour une fois, il n'avait aucune de ses sœurs sur le dos. Ken fut réveillé au petit matin et dut suivre son capitaine dans sa tournée de distributeur. Penalty courait désormais sans laisse, sagement et très loin du ballon. L'animal avait rapidement compris qu'il ne fallait pas rester au milieu quand c'était Kojirô qui shootait. Ils furent accueillis à leur retour par une bonne odeur de gaufres. Voilà presque une semaine que Hyûga en voulait et il avait finalement battu Neeve au jeu de course la veille, et il lui avait imposé ce gage culinaire.

- « C'était pas mal. Mais un peu graisseuses, ces gaufres… » commenta-t-il en finissant la dernière galette de la pile.

- « La prochaine fois, tu te débrouilleras ! » se moqua Neeve en le frappant au bras.

- « Tu frappes toujours comme une fille. »

- « Maaaiiiis ! » Neeve fit pleuvoir les coups, mais Kojirô la repoussa d'un geste. « Ken, apprends-moi à frapper ! » exigea la jeune fille en se relevant.

- « A frapper comment ? » questionna le goal.

- « Comme tu veux. Un bon uppercut. »

- « Je fais du karaté, pas de la boxe. Mais je peux t'apprendre à--. »

- « Je refuse ! Elle va se faire mal ! » objecta Kojirô. En fait, il n'avait pas envie que Neeve apprît le fameux coup de poing dans l'épaule, ou tout autre technique. Ken étant un bon prof, elle risquait de comprendre et elle allait être capable de vraiment frapper… fort… Non merci.

- « Mais si tu y tiens vraiment… » Kojirô cala sa cuillère dans le coin de sa bouche et attrapa le poignet de sa demi-sœur. « Ferme le poing comme ça. Ne mets pas le pouce dans ta paume, tu risques de te le briser toute seule avec l'impact. Coince-le là. Comme ça… Bloque ton poignet, solide et droit. Ne frappe pas du coude, commence le mouvement de l'épaule. Balance ton poids… comme ça…. » Neeve porta deux-trois coups dans la main ouverte de Kojirô. « Voilà, c'est mieux… » Il baissa sa main et récupéra sa cuillère pour récupérer les dernières miettes de confiture coincées perfidement au fond du bocal et qui s'obstinaient à lui échapper. « Arrête ça ! » Neeve en avait profité pour prendre son épaule comme punching-ball. Sous l'impact, il s'était mis la cuillère dans l'oreille. « C'est bon, tu frappes bien ! »

- « Donc je ne frappe plus comme une fille. »

- « Je n'ai pas dit ça. » Il bloqua un uppercut et lui fit une prise basique. Elle se retrouva allongée par terre, lui à demi allongé sur elle.

- « Oooooh, il y a un parc d'attraction sur la grande place ! » piailla Natsuko qui lisait le journal local. « Je veux y aller ! »

- « Non. » Kojirô refusa net. Il détestait les trucs à gogo bourrés de monde.

- « S'il te plaît ! » supplièrent Neeve et Natsuko en même temps.

- « Non. »

- « D'accord, nous irons toutes les deux. »

- « Je ne vous laisse pas sortir seules. Vous allez provoquer un accident, je ne vous laisse pas toutes les deux seules ensemble.»

- « Qui a dit que nous serions seules ? Ken va venir avec nous, n'est-ce pas Ken ? »

Ken bafouilla, mal à l'aise d'être pris à partie comme ça. Dire oui et c'était se fâcher avec Kojirô. Dire non, et c'était Neeve qui lui faisait la tête.

- « Ken a autre chose à faire. »

- « Tu es juste jaloux parce que nous préférons qu'il vienne lui, plutôt que toi. »

- « Neeve ! »

- « Hyûga-san ? »

- « Nii-san ? »

- « Natsuko ? »

- « S'iiiiil te plaaaaaîîîit ! »

Il céda devant leurs petites moues et leurs yeux déçus, l'équivalent féminin des yeux de cocker; et lui n'avait pas encore trouvé la parade à cette technique.

Il pestait encore quand ils arrivèrent au parc d'attractions. Ken était passé chez lui se changer. Chiyo n'était toujours pas là, ce qui l'inquiéta.

- « Mais relax, elle dort chez sa copine qui a été admise à Shiten. » remarqua Neeve en lui tapotant le bras.

- « Comment est-ce que tu sais ça ? »

- « Chiyo et moi sommes bonnes copines. »

- « Malheur. Je suis perdu ! »

- « Et moi alors ? » maugréa Kojirô.

Il ne se dérida que lorsqu'il réussit à faire hurler Neeve de peur dans l'attraction « La Tour Infernale. » Le siège montait doucement à plus de trois mètres puis retombait brusquement. Elle s'agrippa à son bras, toutes griffes – ou faux ongles – dehors, laissant des marques profondes, le rendant à moitié sourd, mais elle hurla. Du coup, il voulut faire toutes les attractions. Ils sortaient des auto-tamponneuses et étaient à la recherche d'un en-cas bien mérité quand Neeve stoppa. Son visage se figea. Kojirô, Ken et Natsuko suivirent son regard, pour voir Shun Fujita en train d'acheter une barbe à papa à un stand pas trop loin. A son bras, une jeune fille qui se dressa sur la plante des pieds pour l'embrasser goulûment.

(1) : Au Japon, la répartition des élèves dans les classes ne changent pas d'années en années. En général, vous gardez les mêmes camarades de classes pendant vos trois ans de lycée. Sauf les départs et les nouveaux. Egalement, vous restez dans la même salle de cours.

(2) J'ai lu quelque part que les deux dernières années de lycée proposaient deux voies, une plus littéraires, l'autre plus scientifique, mais rien de comparable à nos sections L et S.

(A) : note de la correctrice : Il paraît qu'avec le réchauffement climatique, la barrière de corail va disparaître. Donc une note ici pour vous demander de vous engager pour la sauvegarde des territoires !

-o-o-o-o-o-

PS : Je suis gentille, non ? La suite vient samedi (si ma correctrice me rend le chapitre)… Alors que normalement, vous auriez dû avoir ce chapitre samedi et la suite dans deux semaines… Ahlala, je suis trop bonne…