Chapitre 34 - Excuses
Résidence Stabler
Mardi soir, 15 juillet
« Maman ? » La jeune femme a appelé en entrant dans la maison. La voiture de Kathy était dans la cour, donc elle savait qu'elle était là.
L'odeur de quelque chose cuisant inondait ses narines. « Maman ? » La maison semblait vide. Pourquoi le four était en marche si personne n'était là.
Alors elle a vu la porte de la cave entrebâillée, puis Kathy apparaissant avec une bouteille de vin à la main.
« Hé, chérie. Je ne t'ai pas entendu entrer. » Elle lui a souri en lui montrant la bouteille. « Ma recette pour la sauce nécessite un peu de vin. »
« Hé, maman. Où sont les autres ? » Maureen a demandé, s'asseyant à la table de la cuisine.
« Voyons… Dickie est avec Eli au parc et Lizzie garde les enfants des voisins. Et Kathleen doit être à l'hôpital… »
Après avoir quittée le bureau, Maureen était retournée à l'hôpital pour parler au docteur Tharpe. Cela avait été inutile puisqu'il avait refusé de lui dire quoi que ce soit, lui répétant qu'elle devait demander à sa mère pourquoi personne de l'USV ne pouvait venir voir son père. Elle était passé voir son père, qui était éveillé mais plus calme, le sédatif faisant toujours de l'effet. Il a de nouveau dit à Maureen qu'Olivia était morte. Elle lui a dit qu'elle très bien. Il a répondu que si elle allait bien, elle serait ici avec lui.
Kathleen a dit à Maureen qu'elle lui avait dit à plusieurs reprises qu'Olivia était vivante et en bonne santé. Mais il ne la croyait pas. Elle se demandait elle aussi pourquoi personne du travail n'était venu le voir. Particulièrement Olivia. Elle voulait l'appeler pour lui dire de venir mais Maureen lui a dit d'attendre qu'elle ait parlé à leur mère.
« Je sais où est Kathleen...elle a pris ma place à l'hôpital. Papa s'est encore réveillé. » La voix de Maureen était bordée de colère.
« Oh… pourquoi elle ne m'a pas appelé… comment va-il ? Je termine ce que je fais et je vais aller le voir. » Elle a ouvert la bouteille de vin.
« Pas très bien. » Elle a vu sa mère s'immobiliser. « Il pense que Liv est morte. »
« Oh vraiment ? Je suppose que les médicaments agissent sur son esprit. »
Maureen ne pouvait pas croire que sa mère ne réagissait pas plus à son commentaire. Son papa pensait que son équipière de neuf ans était morte et sa maman restait impassible. Kathy s'est essuyée puis s'est appuyée contre le comptoir.
« Alors, qu'est-ce qui t'amènes ? »
Maureen s'est déplacée pour se trouver en face d'elle et a baissé les yeux.
« Qu'est-ce qui ne va pas, chérie ? »
Elle a levé les yeux vers sa mère et l'a dévisagée. « Pourquoi Liv n'a pas été voir papa? »
Kathy, prise au dépourvu par la question, n'a pas su quoi répondre. Elle a secoué sa tête légèrement, a pris une profonde inspiration et a souri à Maureen.
« Je ne sais pas … peut-être qu'elle est très occupée avec l'enquête et que… » Kathy n'arrivait pas à tenir le regard fixe de sa fille.
« Non ! Elle ne sera jamais trop occupée pour papa ! C'est impossible ! Ils sont équipiers depuis trop longtemps ! Elle trouvera toujours du temps pour lui. Et l'USV entière est trop occupée elle aussi ? Maman, qu'est-ce qui se passe ? » Sa voix était proche du hurlement.
« Maureen… » Kathy allait devoir avouer ce qu'elle avait fait.
« Maman ! Quoi ? Dis-moi ! »
Kathy a commencé son explication. « Quand ton père s'est réveillé la première fois à, il demandait Olivia. Il était très perturbé. Le docteur Tharpe a dit qu'il n'avait pas complètement repris conscience et Cragen et lui ont pensé qu'il se rappelait vaguement de la fusillade… qu'il était confus sur les évènements… qu'il pensait sûrement … qu'il croyait qu'Olivia avait été blessée ou tuée. Maureen… il était si perdu, et quand il l'a vue… sa tension et son rythme cardiaques sont montés… et le docteur Tharpe a dit qu'il ne devait pas être soumis à autant de contraintes. Je… je ne voulais pas que quelque chose de mal lui arrive… alors j'ai demandé au docteur Tharpe de lui interdire de le voir jusqu'à ce qu'il aille mieux… » Kathy observait Maureen étroitement, essayant de se préparer à sa réaction.
Maureen regardait sa mère comme si elle avait deux têtes. Elle s'est approchée près de son visage. « Es-tu folle ? C'est la pire chose que tu pouvais faire à papa ! Et Olivia ! Comment peux-tu lui faire ça ? Comment ? Tu l'as laissé croire qu'elle était morte ! Je ne te comprends pas ! Pas du tout ! » Elle hurlait et ses yeux si bleus d'ordinaire avaient foncés, tout comme ceux de son père quand il est hors de lui. « Ils doivent se voir, et tu dois faire des excuses à papa et à Olivia! »
Kathy s'est penchée légèrement en arrière. « Maureen, j'ai fais ça pour le bien de ton père. C'est tout. »
« Bien sûr, et c'est certainement pour cette raison que tu passes ton temps à lui crier dessus. Si tu lui voulais du bien, tu n'aurais pas fait ce que tu as fait. » Maureen s'est tournée pour partir. Elle s'est arrêtée à la porte de la cuisine et a regardé sa mère. « Ce mariage ne signifie plus rien. »
Le claquement de la porte a réverbéré dans toute la maison mais aussi dans le cœur de Kathy. Les mots de sa fille étaient vrais. Et elle ne savait pas vraiment pourquoi elle avait fait ça. Leur mariage était terminé depuis longtemps. Même avant qu'il soit revenu à cause d'Eli. Dans la dernière année, le peu de liens qui les unissaient s'étaient brisés, et ceux qui unissaient Elliot et Olivia étaient encore plus forts. Et la déclaration d'amour d'Elliot en était la preuve formelle. Peut-être qu'en gardant Olivia loin de lui, elle essayait de faire faire à Elliot le mouvement final. Le mouvement qui mettrait un terme définitif à leur mariage mort. Elle a croisé ses bras sur la table et y a posé sa tête, les larmes commençant à tomber.
Résidence Benson
Mardi soir, 15 juillet
La journée avait été extrêmement stressante pour Olivia. Son état mental, déjà fragile par les évènements entre elle et Elliot, sans compter le départ de Rhett, était au plus bas avec tout ce qui s'était passé depuis une semaine. Et elle savait que physiquement elle n'allait pas mieux, qu'elle devait prendre soin d'elle. Pour Elliot. Il avait besoin d'elle. Elle finirait par le voir. Kathy ne pouvait pas les séparer encore très longtemps.
En réalité, elle ne pouvait pas légalement l'empêcher de le voir. Surtout en faisant partie de la police. Elle avait accepté cette situation simplement pour préserver la santé d'Elliot. Mais elle ne l'avait pas vu depuis cinq jours. Cinq jours qu'elle ne l'avait pas touché, qu'elle n'avait pas entendu sa voix, ses mots d'amour et son refus qu'elle épouse Rhett. Si Rhett était ici, il aurait obligé Kathy à la laisser voir Elliot. Rhett.
Si Rhett était ici et s'il voyait comment elle réagissait au fait de ne pas voir Elliot… s'il réalisait qu'elle ne mangeait ou ne dormait pas juste en raison de ce que Kathy avait fait… il réévaluerait certainement ses sentiments pour elle. Elle ne pourrait pas le blâmer. Elle aimait Rhett, mais l'aimait-elle assez ? Elle avait à peine pensé à lui, et il ne lui avait pas manqué depuis la fusillade. Et elle allait l'épouser ? Qu'allait-elle faire ? Qu'allait-elle lui dire? Elle a pris un livre, décidant qu'elle y repenserait demain.
Son esprit s'est égaré. L'enterrement de Dave Smythe avait eu lieu samedi après-midi. Ses deux fils adolescents se tenaient de chaque côté de leur mère, essayant d'être forts pour elle. Quand le cercueil a commencé à descendre en terre, ils se sont mis tous les trois à sangloter. Olivia était rentrée directement après à la maison, avait bu du vin et s'était couchée pour le reste de la journée. L'enterrement de Matt Cerek avait été dimanche après-midi et quand Olivia avait vu son épouse très enceinte, elle avait presque craqué. Dean et Cragen l'entouraient. Sans eux, elle se serait effondrée. Elle avait pleuré dans les bras de son capitaine. Elle avait réussi à regagner son calme quand la fille de trois ans et demi de Matt avait crié 'ne jetez pas de terre sur le mon papa'. Elle s'était alors remise à pleurer. Cette nuit là, Olivia n'avait pas réussi à trouver le sommeil.
La sœur de Chester, accompagnée de son mari, avaient passé le samedi et le dimanche à déménager son appartement. Et lundi matin, ils avaient assisté à une cérémonie commémorative pour l'inspecteur Chester Lake. L'équipe entière les avait ensuite raccompagné à l'aéroport. Ils l'emmenaient chez lui en Oklahoma pour l'enterrer. Le cœur d'Olivia était triste quand elle avait vu le cercueil monter dans l'avion. Elle lui avait fait ses adieux plus tôt dans la matinée, dans la chambre funéraire. C'était une énorme perte pour tous, mais encore plus pour Olivia. Elle n'avait jamais perdu un collègue dans l'exercice de ses fonctions.
Cragen, Fin ou Munch, avaient à un moment de leur carrière perdu un collègue. Ils étaient très affligés, mais semblaient le prendre avec plus de philosophie qu'elle. Elle savait qu'elle survivrait et que le travail continuerait. Alors son esprit à dérivé à Elliot. Il n'aurait pas fallut grand-chose pour que ce soit Elliot à qui elle aurait pu dire au revoir. Elle l'avait presque perdu. Et elle n'y aurait pas survécu. Elle ne pourrait pas continuer sans Elliot.
Elle était sur son divan, ses jambes tendues sur la table basse. Elle a penché sa tête en arrière et a étiré ses bras en baillant. Elle a tourné sa montre pour voir l'heur. Dix –huit heures cinquante deux. Il était encore tôt mais elle était épuisée. Juste quand elle avait décidé de se reposer un peu, son téléphone portable a sonné. Ne reconnaissant pas le numéro, elle a ignoré l'appel, se disant qu'il s'agissait certainement d'un faux numéro. Mais une minute plus tard, une sonnerie lui indiquant qu'un message avait été laissé à retenti.
Elle a ouvert le téléphone et a attendu le message. « Olivia, ma chère. Je viens voir Sonny demain, et je me demandais si vous auriez un peu de temps à me consacrer. Nous pourrions déjeuner ensemble ou juste prendre un café. Faites-moi savoir. Oh… je suis désolée … c'est Marie… Marie Stabler. Bonne nuit. » Olivia a regardé le téléphone. Marie ? La maman d'Elliot ? Et de Rhett. Que voulait-elle? Comment avait-elle eu son numéro ? Elle a appuyé sur le bouton d'appel.
« Olivia… je suis étonnée de vous entendre. » Marie a répondu d'une voix douce.
Olivia a soulevé son sourcil gauche. Étonnée ? Elle m'a appelé ! « Et bien…… je viens juste… de recevoir votre message… »
Elle a ri. « Je ne pensais pas que vous me rappeleriez. »
« Pourquoi ? » La perplexité d'Olivia était claire dans sa voix.
« Je ne sais pas… peut-être en raison… de tout ce qui s'est produit… » Marie a fait une pause. « Pourrez-vous me rencontrer demain ? Je serai là vers neuf heures trente… mais j'ai diverses choses à faire d'abord. Où aimez-vous déjeuner ? »
Olivia était un peu confuse, l'idée de manger lui donnait la nausée, mais elle était curieuse de savoir ce que voulait Marie. « Oui… à moins que vous ayez une idée, il y a un petit restaurant, l'Adrianna, à environ trois cent mètres de l'hôpital… Je peux passer vous prendre… »
« Oh… non… je vous retrouverais là-bas… vers midi ? »
« Avec plaisir. »
« Nous parlerons demain alors. Au revoir, Olivia. »
« Au revoir, Marie. »
Elle a fermé son téléphone et a commencé à penser à ce que Marie voulait lui dire. Elle voulait peut-être savoir où Olivia et Rhett en étaient. Ou elle voulait peut-être parler d'Elliot. Elle voulait peut-être parler de son infiltration et de l'enquête. Elle devait arrêter de se poser autant de questions. Elle saurait demain. Elle s'est étirée une nouvelle fois et a décidé de dormir. Elle a fermé ses yeux quand son interphone a sonné.
Un gémissement involontaire s'est échappé. Les deux seules personnes qui pouvaient venir à l'improviste étaient Elliot et Rhett, et ça ne pouvait être aucun des deux. Elle s'est levée et s'est dirigée vers la porte.
« Oui ? » Elle a fermé ses yeux.
« Liv ? » La voix familière semblait incertaine.
Elle a ouvert ses yeux et a mordu sa lèvre inférieure. « Maureen… »
« Puis-je...monter ? » Elle a demandé timidement.
« Ouais… bien sûr. » Olivia a appuyé sur le bouton d'ouverture de la porte.
Elle a attendu, penchée contre la porte. Maureen a frappé doucement. Quand elle a ouvert la porte, elle s'est rendu compte que Maureen avait pleuré.
Immédiatement alarmée, Olivia a tendu sa main pour toucher son bras. « Est-ce qu'il va bien ? »
Maureen s'est jetée dans ses bras. « Oui… je suis désolée … je ne veux pas te déranger. Papa va bien. »
Olivia a soupiré dans le soulagement. « Bien. C'est très bien. »
« Écoute… je… je te dois des excuses pour tout à l'heure, Liv. Je suis désolée de t'avoir agressée… j'aurais dû savoir que tu avais une raison de ne pas aller voir papa… j'ai parlé au docteur Tharpe… il m'a simplement dit de demander à maman… et Fin m'a dit la même chose… alors je l'ai fait… je lui ai parlé. Elle m'a dit ce qu'elle a fait et je lui ai dit qu'elle était folle… »
« Maureen… tu n'as pas le droit de dire de telles choses à ta mère… » Olivia l'a réprimandé.
« Mais elle est folle ! ! Je ne peux pas croire qu'elle ait fait ça ! ! Elle n'aurait jamais dû t'interdire de voir papa ! »
« Elle est toujours ta mère et elle mérite ton respect. » Olivia était ferme.
La jeune femme a regardé Olivia et a incliné la tête. « Tu as raison. C'est juste que… je sais que papa va être en colère… et je sais que ça t'as bouleversé… »
« Ca va… ça ne m'a pas tracassé. Pas vraiment… » Olivia essayait de calmer la situation.
« Pas vraiment ? Alors tu suis un régime pour avoir perdu autant de poids depuis la dernière fois que je t'ai vu aux urgences ? »
Olivia a souri. « Ok, ok. Tu m'as démasqué. Je ne suis pas un régime… c'est juste que…je n'ai pas faim. »
Maureen a regardé dans l'appartement. Il était propre et rangé. « Heu… pouvons-nous nous asseoir ? »
« Oh… oui… bien sûr. » Olivia a fait signe à Maureen pour qu'elle passe la première.
Elle s'est arrêtée à côté du divan, regardant la bouteille de vin vide sur la table basse. Elle a tourné la tête, regardant Olivia par-dessus son épaule.
« Je vois que 'ça ne t'as pas tracassé'. » Maureen lui a fait un grand sourire. Elle s'est ensuite assise sur le divan.
Olivia s'est assise à l'autre extrémité du divan. « Bien… je ne suis pas une bonne menteuse. »
« Liv… je veux que tu ailles voir papa. Il s'est encore réveillé cet après-midi. Il pense toujours que tu es morte. » Maureen lui a expliqué.
Elle avait mal pour Elliot. « Je ne peux pas, Maureen… pas jusqu'à ce que ta maman m'y autorise. Je ne veux pas aller à l'encontre de sa volonté, et puis… elle a peut-être raison. Je n'ai pas du bien à ton papa la dernière fois qu'il m'a vu. » Elle a souri tristement.
« Liv. Tu sais que papa veut te voir… il doit voir que tu vas bien ! »
« Quand il voudra me voir il me le demandera… alors je serais là. Tu sais ça, n'est-ce pas, Maureen ? » Elle s'est penchée pour voir ses yeux.
Maureen lui a donné un regard timide. « Ouais… je sais ça. Mais s'il pense que tu es morte, pourquoi demanderait-il à te voir ? »
Chambre d'Elliot Stabler
Mardi soir, 15 juillet
« Kathy… je pense qu'Olivia est morte… mais personne ne veut me dire la vérité. Même les filles continuent de me dire qu'elle va bien. » Elliot a dit son épouse.
« Elle va très bien, Elliot. » Elle lui avait déjà dit la même chose trois fois.
« Peux-tu l'appeler ? Laisses-moi au moins lui parler… » Sa voix et ses yeux priaient.
« Tu n'as pas le droit d'avoir un téléphone portable ici, et tu n'as pas le téléphone dans ce service, je suis désolée Elliot. » Elle se sentait mal pour ce qu'elle faisait, mais elle pensait vraiment que ceci était pour son bien.
« Es-tu sûre qu'elle n'est pas morte ? Elle va bien ? Est-ce que tu l'as vu ? J'ai pensé l'avoir vu ici… mais c'était un rêve, n'est-ce pas? » Elliot était désespéré et il ne se préoccupait pas de savoir si son épouse s'en rendait compte.
« Oui. Je l'ai vue. Olivia était ici le soir où tu es arrivé à l'hôpital. Elle va très bien. » Elle a fermé les yeux, regrettant presque la période où il était dans le coma.
« Mais elle n'est pas là. Pourquoi ne vient-elle pas me voir ? Si elle était vivante, si elle allait bien, elle serait ici. Je sais qu'elle serait ici. » Il parlait tranquillement. Il ne voulait pas recevoir d'autres médicaments ainsi il faisait de son mieux pour rester calme.
« Je ne sais pas, chéri. Peut-être qu'elle est trop occupée… tu sais qu'avec cette enquête… ils n'ont pas beaucoup de temps… et… » Kathy caressait sa main.
« Non. Elle serait ici… même occupée. Nous sommes équipiers… neuf ans… des équipiers… les meilleurs amis...je...elle… » Il a fermé les yeux, le chagrin menaçant à tout moment de l'inonder.
Kathy regardait les larmes couler sur ses joues. Elle devait laisser Olivia le voir… et les autres aussi. Elle espérait juste qu'il ne découvrirait jamais ce qu'elle avait fait, parce qu'il ne comprendrait pas qu'elle l'avait fait pour lui.
Résidence Stabler
Mercredi matin, 16 juillet
« Je sais que l'ambiance est tendue entre toi et Sonny, Kathy, mais je n'aurais jamais imaginé que tu puisses faire une chose pareille. » Marie essayait péniblement de garder son calme.
« Marie… vous n'avez aucune idée de ce qui s'est passé entre nous ces trois dernières années. »
« Tu as raison. Je ne sais pas. Mais je sais que garder Sonny loin de son équipière de dix ans nuit à son rétablissement. Il est évident qu'ils ont un lien unique. » Marie a pris une gorgée de son café et a observé Kathy.
Donc Marie avait aussi vu cette chose entre Elliot et Olivia. Kathy voulait hurler. Elle était malade d'entendre parler de ce lien entre son mari et Olivia. Malade de le voir. Tout le monde avait remarqué. Tout le monde l'enviait. Tout le monde avait quelque chose à dire à propos de ça.
« Vous avez vu sa réaction quand Olivia était dans sa chambre… j'ai simplement pensé qu'il serait mieux qu'il ne la voit pas pour l'instant. » Elle a expliqué.
« Non… j'ai seulement constaté qu'il s'est rapidement calmé quand elle s'est approché de lui et disant qu'elle allait bien. La seule personne qui ne veut pas voir Olivia, c'est toi. »
Kathy a soupiré. Il était inutile de le nier plus. Rien ne pouvait défendre ses actions. « Vous savez quoi, Marie ? Vous avez raison. Je vis avec Olivia Benson depuis presque neuf ans… j'ai toujours entendu…'elle est ma meilleure amie' ou 'Liv est mon équipière'…. Vous avez raison… je n'ai pas envie de la voir. Notre mariage est peut-être et Elliot partira peut-être quand il ira mieux, mais pour l'instant il est mon mari et je me suis dis qu'il valait mieux qu'il ne voit pas Olivia. » Les mots ont dégringolé de sa bouche et elle était heureuse de l'avoir enfin dit.
« Je suis désolée, Kathy. Tu sais que je t'aime… tu es une femme merveilleuse et j'aimerais que les choses aillent bien entre toi et Sonny… mais parfois, aussi dur qu'il puisse paraitre, il faut savoir admettre la défaite pour pouvoir commencer autre chose. »
« Etes-vous en train de me dire que nous devrions divorcer ? » Kathy n'en revenait pas.
« Non, je dis simplement que vous ne devez pas passer le reste de vos vies à être malheureux. Vous finirez par vous détester. Il y a des choses pires que le divorce. Je sais que vous pouvez faire face à ça… et être heureux. » Elle a tapoté la main de Kathy.
Restaurant Adrianna
Mercredi après-midi, 16 juillet
Olivia regardait les deux côtés de la rue mais ne voyait pas Marie. Le restaurant commençant à se remplir, elle a décidé d'aller prendre une table. Elle s'est installée dans un coin tranquille. Elle s'est assise face à la porte pour voir Marie entrer. Elle a essuyé ses mains sur ses cuisses, essayant de chasser la sueur due à sa nervosité. Elle était très nerveuse de voir Marie. Elle est arrivée quelques minutes plus tard. Marie a vu Olivia. Elle s'est avancée vers elle en souriant.
Bien, Marie n'a pas l'air en colère… après tout le déjeuner va peut-être être agréable. Non. Elle avait dit 'nous parlerons demain.' Olivia a souri et s'est levée. Elles se sont étreintes.
Marie n'avait pas vu Olivia depuis ce fameux jour où Elliot avait fait sa déclaration. Elle avait perdu du poids et elle semblait...pas bien du tout. Marie voulait lui demandait la raison de sa perte de poids, mais s'est abstenue, sachant qu'elle était certainement dû au fait de ne pas voir Elliot.
Après les politesses d'usage, elles ont commandé leur repas. Olivia n'avait commandé qu'une salade, n'ayant toujours pas beaucoup d'appétit. Elle doutait même de pouvoir la manger. Elle a vu Marie la regardait fixement. Olivia lui a souri timidement, se demandant pourquoi elle la regardait comme ça.
Marie se disait qu'Olivia était une femme très belle. Mais, au-delà de cette beauté extérieure, il y avait la force, la compassion et la bonté qui transpiraient d'elle. Qu'avait dit Kathy ? Elle voulait la détester, mais il était difficile de détester quelqu'un qui était si gentil, même si elle était magnifique et qu'elle passait plus de temps qu'elle avec son marie. Même ses enfants l'aimaient. Pas étonnant que Kathy ne voulait pas la voir. Et pas étonnant non plus que ses fils soient tombés amoureux d'elle.
Olivia ne pouvait pas résister plus longtemps. « Quoi ? J'ai mal mis mon rouge à lèvres ? » Elle a plaisanté.
Marie, embarrassée, a baissé les yeux. « Pardonnez-moi. Je pensais juste à quel point vous êtes belle, ma chère. » Elle a attrapé les mains d'Olivia qui étaient occupées à déchiqueter une serviette.
Olivia s'est sentie rougir. « Vous êtes trop aimable, Marie. »
« Et vous êtes trop modeste, Olivia. » Elle a souri. Le fait qu'Olivia ne se rendait pas compte de sa beauté la rendait encore plus attirante.
La serveuse a apporté leurs boissons. Marie en a pris une gorgée et a regardé Olivia. « Je n'aime pas tourner autour du pot, alors je vous dirais simplement ce que je dois dire. Au nom de la famille Stabler, je vous présente mes excuses pour le comportement de Kathy. Vous devez savoir que nous ne sommes absolument pas d'accord avec le fait qu'elle vous empêche de voir Sonny. »
Dire qu'Olivia était choquée était une sous-estimation. « Je… heu… vous remerci. Mais… vous n'êtes pas la responsable… Kathy est celle qui devrait faire des excuses… et elle est la seule qui peut changer la situation. » Olivia lui a dit.
« Bien sûr, mais au moins vous savez que nous déplorons cette situation. Je ne pensais pas qu'elle irait jusque là. » Marie a secoué sa tête.
« Que voulez-vous dire ? Vous saviez qu'elle allait le faire? »
La serveuse est apparue avec leur repas. Olivia était presque certaine qu'elle ne mangerait pas cette salade.
« Elle l'avait mentionné… le jour où Sonny…heu Elliot… a dit qu'il vous aimait. Je lui ai dit que c'était une erreur et qu'elle devait reconsidérer son idée. J'ai parlé avec Kathy ce matin et je pense vraiment qu'elle va changer les choses. J'espère juste qu'elle le fera avant qu'Elliot découvre ce qu'elle a fait. »
Olivia regardait fixement la table. Finalement elle a regardé Marie. « Elle a le droit de faire ce qu'elle a fait...elle voulait qu'il aille bien, et j'ai bien peur de ne pas lui faire de bien quand je suis près de lui. Je suis sûre qu'elle a agit dans l'intérêt d'Elliot. Qui suis-je pour juger ce que son épouse a fait ? »
« Ma chérie… je ne vous connais pas assez bien pour formuler un commentaire sur votre rapport avec Elliot… mais j'ai vu ce que votre présence, votre voix, votre contact a fait pour mon fils. Personne ne pouvait le calmer sauf vous. Une mère connait ses enfants et j'ai su qu'il avait des sentiments profonds pour vous la première fois où je l'ai vu vous regarder au lac. » Marie avait assez bien résumé la vérité.
Olivia regardait de nouveau la table. Elle ne savait pas comment répondre à Marie. Elle n'a donc rien dit.
« Vous niez que vous avez des sentiments pour Elliot ? » Marie a demandé doucement. Quand Olivia n'a pas répondu, Marie a posé une autre question. « Vous l'aimez, n'est-ce pas ? »
Elle a brusquement relevé la tête. « Naturellement je l'aime. Il a été mon équipier pendant neuf ans… vous êtes obligé d'aimer quelqu'un avec qui vous passez autant de temps. Et il est mon meilleur ami. »
Marie a souri et a doucement secoué sa tête. « Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, Olivia, et vous le savez. Vous êtes amoureuse d'Elliot, et il vous aime aussi. Et cela m'amène à ma prochaine question. Vous êtes aussi amoureuse de Rhett. Qu'allez-vous faire ? »
Olivia l'a juste regardée. Elle a posé sa fourchette à côté de sa salade, dont elle n'avait pris qu'une seule bouchée. Elle s'est penchée en arrière dans sa chaise et a fermé les yeux. Elle a poussé un grand soupir, les a rouvert et a regardé Marie.
« Je… je ne sais pas… je ne sais pas quoi faire. » Elle a chuchoté. « Je les aime tous les deux. Beaucoup. Et je ne veux pas les blesser. Je suis amoureuse de Rhett… il est bon avec moi et veut m'épouser, mais est-il juste de le faire alors que j'aime aussi son frère ? Et EL, oh mon dieu… je suis amoureuse de lui depuis si longtemps… je ne peux pas imaginer ma vie sans lui, même si je dois seulement rester son équipière ou son amie… il est… il est une partie de moi… nous sommes liés, nous ne pouvons être détachés l'un de l'autre. Mais il est marié… indisponible. Et je suis fatiguée d'être seule. Rhett représente beaucoup pour moi… je pourrais avoir la vie que j'ai toujours voulu avec lui. Marie, dites-moi quoi faire. S'il vous plaît, dites-moi quoi faire. »
Elle commençait à pleurer devant Marie. Marie avait elle aussi les larmes aux yeux. Son cœur se brisait pour la femme devant elle. Et son cœur se brisait pour ses deux fils. Et pour Kathy. La situation entière était catastrophique. Elle ne voulait pas être dans des chaussures d'Olivia Benson pour tout l'or du monde.
« Oh, Liv… vous savez que je ne peux pas vous dire quoi faire. Personne ne peut faire ça. Je peux vous poser quelques questions qui peuvent vous aider… » Quand Olivia n'a pas répondu, elle a continué. « Inutile d'y répondre, pensez-y juste. Si Elliot était libre, hésiteriez-vous ? Et, si vous épousez Rhett et qu'Elliot était libre par la suite, que feriez-vous ? Comment vous sentiriez-vous ? »
Olivia mordait sa lèvre inférieure. Elle a regardé Marie. « Rhett m'a déjà demandé la même chose… »
« Il sait pour vous et Elliot ? » Marie ne savait pas si elle était plus choquée qu'étonnée.
« Oui… avant que je sache qu'ils étaient des frères, je lui ai avoué que j'avais pensé à plus entre El et moi. Naturellement, quand il a su que je parlais de son frère, cette nouvelle a pris une autre signification. »
« Vous y avez pensé quand Elliot et Kathy se sont séparés ? » Marie a demandé, se rendant soudainement compte qu'Olivia était 'l'autre femme' dont Kathleen avait parlé quand ses parents s'étaient séparés.
« Oui… mais il n'a entrepris aucune démarche… même si après une enquête particulièrement difficile… nous avons en quelque sorte exprimés nos sentiments… mais alors il a dit que si nous continuions à nous choisir au-dessus des victimes,nous ne pourrions plus être équipiers… c'était compliqué… je me suis enfuie. » Elle a soupiré, regardant la serviette déchiquetée dans ses mains.
« Enfuie ? Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Le jour suivant j'ai demandé un nouvel équipier et Cragen m'a parlé d'une place au service informatique. Je voulais mettre un peu de distance entre nous. Il était marié ! Il est marié. » Elle essayait de voir la réaction de Marie.
« Qu'est-ce qui s'est produit ensuite ? » Marie voulais savoir comment ils en étaient arrivés là.
Elle a soupiré et a continué de parler. « Je suis revenue quelques semaines plus tard, mais les choses entre nous étaient tendues… et c'est allé de pire en pire. Il était fâché que je sois parti sans lui dire et j'étais confuse au sujet de mes sentiments pour lui et la manière qu'il m'avait traité. Il était jaloux quand j'avais des rendez-vous, mais il restait désagréable et sarcastique. Je suis partie de nouveau… un travail sous couverture avec le FBI. Je suis partie pendant deux mois. Je n'ai pas eu le temps de lui dire que je partais, tout a été très vite… Cragen savait où j'étais. Elliot était absolument furieux contre moi, et quand je suis revenue, la situation… était vraiment mauvaise. »
Elle a continué. « Et pour compléter le tout, il a eu un nouvel équipier… une femme. Ils semblaient très bien s'entendre… si vous voyez ce que je veux dire. J'étais jalouse… ce qui n'a rien arrangé à notre conflit. »
Elle a regardé sa montre. « Je suis désolée… je n'aurais jamais dû vous dire tout ça… je n'en ai jamais parlé à personne… je ne sais pas pourquoi je l'ai fait d'ailleurs… et à sa mère en plus. Vous devez penser que je suis une personne horrible… je… je… » Elle essuyait les larmes qui étaient parvenues à s'échapper.
« Non, Olivia. Je ne pense pas que vous êtes personne horrible. Si c'était le cas, mes fils ne seraient jamais tombés amoureux de vous. J'aimerais avoir une réponse à ce dilemme.» Marie s'est approchée d'Olivia et l'a prise dans ses bras.
Le téléphone portable d'Olivia a sonné. C'était Cragen. « Excusez-moi, Marie. Je dois répondre. Elle a ouvert le téléphone. « Benson. » Ses yeux se sont élargis. Elle a regardé Marie et a secoué sa tête. « Je peux venir maintenant ? Ok ok… je pars tout de suite. »
« C'était mon capitaine. Le docteur Tharpe a appelé au bureau. Il me cherchait. Elliot est réveillé. Quelqu'un lui a dit ce que Kathy a fait. Il est furieux et le docteur Tharpe veut que je vienne pour voir si je peux le calmer. » Elle était elle-même stupéfaite de dire ces mots.
Chambre d'Elliot Stabler
Mercredi matin, 16 juillet
« Monsieur Stabler… si vous ne vous calmez pas, je n'aurais aucun autre choix que de vous donner un sédatif. » Sa voix était ferme.
« Non ! Je n'ai pas besoin d'un sédatif ! J'ai juste besoin de voir mon équipière ! Amenez moi l'inspecteur Benson pour que je voie qu'elle n'est pas morte et qu'elle va bien ! Après je serais tranquille ! »
« Je suis désolé, mais je ne peux pas faire ça. » Le docteur Tharpe lui a dit.
« Pourquoi ? Parce qu'elle est morte ? » Elliot était de plus en plus agité.
« Je vous assure que l'inspecteur Benson va très bien. » Le docteur a répondu.
« Laissez-moi l'appeler. » Il a exigé.
« Il n'y a pas de téléphone dans les chambres de ce service et les téléphones portables sont interdits. Nous allons vous transférer dans la journée dans une autre chambre, et alors à ce moment-là vous pourrez appeler madame Benson. » Le docteur était vraiment en colère contre Kathy qui avait crée cette situation.
Une infirmière est entrée pour changer le bandage d'Elliot et vérifier ses constantes, qui étaient bien évidemment mauvaises vue son état actuel. Dès que le docteur Tharpe a quitté la chambre, il a parlé à l'infirmière.
« Vous savez pourquoi ils ne me laissent pas voir mon équipière ? » Il lui a demandé.
« Non, monsieur. Mais je peux demander si vous voulez. » Elle était jeune, la vingtaine, et lui souriait.
« Vous feriez ça ? » Il était étonné que quelqu'un veuille bien l'écouter et l'aider.
« Bien sûr. Laissez-moi changer votre bandage et j'irais demander. »
Kathleen est entrée juste au moment où l'infirmière revenait pour donner des nouvelles de son équipière à Elliot.
« Monsieur Stabler…… j'ai une réponse à votre question. » Elle a regardé Kathleen, incertaine de devoir continuer.
« C'est ma fille, Kathleen… il n'y a pas de problèmes. »
« Bien… votre épouse a interdit à madame Benson et vos collègues de venir vous voir… » Elle a expliqué. Elle ne savait pas qu'il ne devait en aucun cas le savoir.
Elliot s'est assis dans son lit. « Excusez-moi? Qu'est-ce que vous venez de dire ? » Il a plissé ses yeux et les veines dans son cou ont commencé à palpiter.
« Papa… » Kathleen s'est immédiatement inquiétée de la réaction de son papa. Elle savait qu'elle allait être très mauvaise.
L'infirmière a été intimidée par son comportement. « Je suis désolée… mais c'est votre épouse qui… »
Elliot s'est mis à insulter sa femme avec des mots qui pourraient choquer beaucoup de personnes. Il a pris son plateau de déjeuner et l'a lancé contre le mur. L'infirmière est sortie en courant de la chambre et Kathleen s'est précipitée vers son père pour le calmer.
En moins d'une minute, le docteur Tharpe et un infirmier entraient dans la chambre. Le docteur a constaté le désordre, la nourriture projetée sur les murs et le sol, et Kathleen essayant désespérément de calmer son père.
« Comment ma femme ose dire qui je dois ou ne dois pas voir ? » Elliot a exigé à bout de souffle.
« Maintenant que vous êtes réveillé et entièrement conscient, elle ne peut pas. Si vous me promettez d'être calme, j'irai appeler madame Benson. »
Elliot a frotté son visage et a soupiré. « Je suis désolé… je ne peux pas… je ne peux pas croire qu'elle a fait ça… je dois… je dois voir mon équipière. Je dois voir Liv. S'il vous plaît. »
Le docteur Tharpe était fatigué de cette situation, et était désolé pour Elliot. Olivia semblait être la seule personne à pouvoir le soulager. Il savait qu'il devrait traiter avec Kathy Stabler plus tard. Il a passé son coup de téléphone et est retourné voir Elliot.
« Je n'avais pas le numéro de madame Benson, j'ai donc appelé le capitaine Cragen. Il va l'appeler pour lui dire de venir vous voir. » Le docteur Tharpe a souri à Elliot.
« Qu'est-ce que vous avez fait, docteur Tharpe ? » Kathy a demandé, se tenant à la porte.
Il allait se tourner pour faire face à Kathy quand il a aperçu la fureur dans les yeux d'Elliot. Il était presque paralysé par la transformation totale de son visage. Ses yeux étaient des poignards. Son visage entièrement rouge. Le docteur Tharpe n'avait jamais vu autant de colère dans les yeux de n'importe qui. Jamais.
