Hello hello ! Une fois de plus: merci à tous pour vos reviews ! Vous avez été nombreux à m'en laisser cette fois et je suis vraiment touchée de voir qu'autant de gens suivent mon histoire et l'apprécient ^^ un grand merci.
Pauline: pour répondre à ta question, je n'ai pas encore écrit jusque là, mais je pense que cette fic aura une grosse soixantaine de chapitres au total :-)
Grim s'était fait retenir par les dames de la cantine lorsqu'il était allé redéposer son plateau vide, après avoir terminé son petit-déjeuner. Elles lui avaient demandé s'il ne voulait pas aller porter un plateau-repas au directeur dans son bureau.
- Il nous a dit qu'il n'avait pas faim, mais il n'a rien mangé non plus hier soir, et ce n'est pas sain de sauter autant de repas ! grimaça une des cuisinières.
- Oui, c'est vrai ! M. Henningson est un brave homme, et toute cette histoire avec le petit Sanji doit le tracasser, mais il travaille trop ! Il va se rendre malade, à force ! fit une autre.
Grim avait haussé les épaules, et tendu les bras pour qu'elles lui donnent le plateau. Il n'avait pas d'affection particulière pour le directeur, qui lui avait toujours semblé sévère et distant. Mais si elles insistaient… D'autre part, l'évocation de Sanji le fit grimacer. Depuis le scandale que celui-ci avait fait à l'inauguration, il était devenu le seul sujet de conversation. Même le maire et les Marines en avaient fait tout un plat, et les orphelins de l'institut avaient vu un véritable cortège défiler pour venir voir Sanji dans la cave où il était enfermé. Grim soupçonnait Sanji d'avoir fait ça juste pour se rendre intéressant. En tous cas, ça avait marché ! La veille au soir, quand Sanji avait finalement pu sortir et rejoindre ses camarades, les autres garçons l'avaient véritablement traité comme si c'était un héros, et il était évident au sourire suffisant de Sanji qu'il appréciait l'attention qu'on lui portait. Grim, pour sa part, était resté un peu à l'écart, craignant de ne pas pouvoir masquer sa jalousie.
Perdu dans ses pensées, l'enfant s'était retrouvé un peu par hasard devant la porte du bureau d'Henningson, prêt à toquer. Mais il suspendit son geste lorsqu'il entendit une voix inconnue s'élever depuis l'intérieur de la pièce.
- Alors, M. le directeur ? Le colis est prêt pour la livraison ?
- Je pense malheureusement qu'il va y avoir un souci avec la livraison, cette fois-ci, répondit la voix bien reconnaissable d'Henningson. Difficile d'emmener quelqu'un qui n'est pas là, n'est-ce pas ?
- Qui… Qui n'est pas là ? Comment ça ?
- Comme vous l'entendez. Sanji n'est plus là, M. Letcher. Il a disparu pendant la nuit.
- QUOI ?! Mais comment est-ce possible ? avait hurlé l'inconnu.
C'est vrai que Sanji n'avait pas été présent au petit-déjeuner ce matin. Mais Grim ne s'en était pas inquiété, étant donné que le blondinet avait l'habitude de disparaître pendant la nuit et de ne revenir que pour le début des cours. Ainsi, il s'était enfui ?
- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit Henningson avec une pointe de fierté dans la voix. Mais si vous voulez mon avis, ce garçon ne manque pas de ressources ! Il pourrait être déjà loin, à l'heure qu'il est !
- Mais ça n'a aucun sens ! Erika avait réussi à lui faire croire qu'elle était de son côté, et qu'il ne craignait plus rien sous sa protection ! Il était persuadé qu'il verrait bientôt Osvaldsson sous les verrous ! Pourquoi serait-il parti maintenant ?
- Allez savoir ! Peut-être qu'il n'est pas aussi naïf que vous le pensiez, et qu'il se doutait de quelque chose ?
Soudain, le volume des voix baissa drastiquement, et Grim dut poser le plateau-repas à terre pour pouvoir continuer à espionner la conversation par le trou de la serrure.
- T'es content, hein ? sifflait l'inconnu, penché au-dessus du bureau du directeur, qui le regardait imperturbable. Depuis le début, tu as essayé de nous mettre des bâtons dans les roues. Tu nous livrais les gamins, mais c'était contraint et forcé, et tu n'as jamais caché ta désapprobation. Oh, mais j'y pense… Qu'est-ce qui me dit que ce n'est pas toi qui as aidé Sanji à s'échapper, avant qu'il ne finisse ses jours à la villa ? Mmh ?
- Allons, vous divaguez. Pourquoi aurais-je fait cela ? repoussa Henningson d'un ton pédant.
- Arrête de me regarder comme ça, putain ! Comme si t'étais supérieur à nous ! Tu l'es pas, ok ? s'emporta le dénommé Letcher, frappant du poing sur le bureau. Ou bien je dois te rappeler l'époque où tu étais loin de te comporter comme un petit saint ?
- Ce ne sera pas nécessaire, M. Letcher. Je suis parfaitement conscient des errements qui ont été les miens lorsque j'étais jeune et influençable. Et je sais pertinemment bien que vous n'hésiteriez pas à rendre mon passé public afin de briser ma réputation. Dès lors, pourquoi aurais-je aidé Sanji à s'évader ? Cela allait à l'encontre de mes intérêts.
- Et pourtant, tu l'as fait, pas vrai ? grogna Letcher en se redressant.
Les deux hommes se toisèrent un instant, le loubard en blouson de cuir et le fonctionnaire en costume trois-pièces, puis celui-ci s'appuya contre le dossier de son fauteuil tout en remontant ses petites lunettes en écaille, secouant la tête.
- Vous n'avez aucune preuve contre moi, dit-il avec un sourire en coin.
- Pas besoin, fit Letcher en haussant les épaules. Tu viens d'avouer.
Les deux adultes s'observèrent encore un moment, puis Letcher se passa une main dans les cheveux (qu'il portait longs, en catogan) et soupira.
- Bon. Il ne me reste plus qu'à mettre Osvaldsson au courant, j'imagine.
Comme Henningson ne se départissait pas de son petit sourire énigmatique, Letcher pivota sur ses talons et se dirigea vers la porte, obligeant Grim à se plaquer contre le mur pour ne pas se faire repérer lorsqu'il sortirait. Pourtant, le loubard marqua une pause devant la porte.
- Tu sais, dit-il encore, tu aurais pu tout avoir, si tu avais coopéré depuis le début. L'argent, les femmes… J'aurais pu t'obtenir tout ce que tu désirais. Même tes rêves les plus fous ! Mais non, tu as préféré te faire prier, et nous obliger à recourir au chantage. Tu n'as même jamais touché aux sommes qu'on te versait ! Et maintenant…
L'homme fit une pause, et Grim retint son souffle.
- Enfin. Je ne vous dis pas « au revoir », M. le directeur. Je suis quasiment certain que nous ne nous reverrons plus.
Enfin, la porte s'ouvrit, et Grim ferma les yeux, priant en silence que l'inconnu ne pense pas à regarder derrière. Heureusement, l'inconnu s'éloigna à grandes enjambées dans le couloir, et Grim attendit que le bruit de ses pas s'estompe et disparaisse pour rouvrir les yeux, et recommencer à respirer.
Quelques jours plus tard, on retrouva Henningson noyé dans son bain. Un malheureux accident. Tout le monde savait qu'il travaillait trop. Il avait dû s'endormir et glisser. Mais Grim garda longtemps en tête les dernières phrases de l'inconnu : « Tu aurais pu tout avoir. L'argent, les femmes… J'aurais pu t'obtenir tout ce que tu désirais. Même tes rêves les plus fous ! Et maintenant… »
Et il se dit que le directeur avait vraiment été stupide de ne pas collaborer.
- Quoi ?! Hein !? Mais comment… ? firent tous ensemble une cacophonie de pirates, en apprenant que Grim s'était échappé.
Odile se mit aussitôt à pleurer, l'air profondément angoissée.
- C'est ma faute ! J'ai dit à Theo qu'il devrait dormir dans la chambre d'Inès cette nuit, comme son lit était occupé… Et puis je suis restée en bas pour faire la vaisselle et m'assurer que les blessés avaient tout ce qu'il fallait. J'ai entendu Theo et Inès se chamailler, et Marty a dû hausser la voix… C'est à ce moment-là qu'il a dû laisser le prisonnier sans surveillance, expliqua-t-elle, se mouchant bruyamment à plusieurs reprises, le visage enfoui dans un mouchoir à carreaux. Quand je suis remontée pour dire à Marty de se reposer quelques heures, et que je monterais la garde… J'ai trouvé mon mari ligoté et bâillonné, et dans cet état-ci !
Odile sortit de sa poche un Marty inconscient, réduit à quelques centimètres de hauteur. Tous les pirates poussèrent divers cris d'outrage, tandis que Zoro restait stoïque, les bras croisés sur la poitrine et les sourcils froncés, et que Sanji se remettait debout et époussetait ses vêtements.
- J'ai couru dans la chambre d'Inès, mais elle était vide… Ma petite fille était allongée par terre dans notre chambre, inconsciente et avec une belle bosse sur le front. Mais aucune trace de Theo ! Et j'ai cherché partout ! Ce monstre a dû emmener mon garçon ! Oh, oooh, que va-t-il lui faire ? se mit à gémir Odile, tentant de s'arracher les cheveux.
Sanji, toujours gentleman, prit gentiment les mains de la mère en détresse pour les prendre entre les siennes, et il s'apprêtait à dire quelque chose quand une voix sarcastique le fit se figer.
- Quelle déduction subtile ! ricana Grim, depuis le pont du Sunny.
L'obscurité rendant difficile de distinguer quoi que ce soit passée une certaine distance, l'assistance dut plisser les yeux pour bien voir. Mais dès que leurs yeux furent suffisamment habitués, on entendit un chorus d'exclamations diverses : en effet, Grim tenait Theo devant lui, une main plaquée sur la bouche du garçon au cas où il reprendrait conscience, et l'autre braquant un pistolet sur sa tempe. Le reflet de la lune sur la crosse métallique rendait au moins l'arme parfaitement reconnaissable.
- Comme vous le voyez, dit le binoclard en agitant celle-ci, j'ai trouvé des choses intéressantes sur votre navire...
- Misère… gémit Usopp. Il a dû réduire sa taille et celle de Theo pour pouvoir passer sans qu'on le voie !
- Décidément, vous aimez bien dire des évidences, se moqua Alrik, apparaissant à côté de Grim.
- Alrik… gronda Sanji, abandonnant les mains d'Odile pour serrer les poings. Je te croyais plus intelligent que ça, Grim. Tu ne voulais pas garder la récompense pour toi tout seul ?
Grim fit la moue, mais Alrik passa devant lui pour s'accouder au bastingage avant de répondre, un sourire narquois aux lèvres.
- Tututuut, Sanji. On dirait que tu n'as pas réussi à retourner TOUT mon équipage contre moi, finalement. Maintenant, si tu montais à bord ? Aucune obligation, bien sûr. Sauf qu'on tuera le garçon. Ah, et je compte réquisitionner ce bateau, au fait. J'imagine que vous n'y voyez aucun inconvénient.
Odile poussa un cri étranglé, obligeant Nami et Chopper à la retenir avant qu'elle ne s'élance en direction d'Alrik. Franky également poussa un rugissement, mais un geste de Zoro suffit à l'immobiliser.
- Sage décision, approuva Alrik. Si l'un de vous fait le moindre geste, croyez bien qu'on n'hésitera à tirer.
- Vous n'oseriez pas, grogna Sanji. Sinon, vous n'auriez plus de moyen de pression pour m'obliger à vous suivre !
- On peut tirer pour blesser, pas seulement pour tuer, répondit Alrik, l'air goguenard. Dans une cuisse, par exemple… ou un bras…
Odile poussa un gémissement animal et se blottit dans les bras de Nami, qui fusillait Alrik d'un regard haineux.
- Et Bjarni ? Tu comptes l'abandonner ici ? continua Sanji, tentant de gagner du temps pour réfléchir à un plan.
Sauf qu'il ne voyait aucun moyen de se tirer de ce pétrin. Et visiblement, à la mine frustrée que faisaient ses nakamas, eux non plus.
- Il peut à peine bouger, répliqua Alrik en haussant les épaules. Il ne me sera plus d'aucune utilité.
- Alrik, sale traître ! Je croyais en toi ! s'écria Kjeld, livide de rage.
- Je sais, répondit Alrik avec un sourire moqueur. C'était tellement mignon !
Comme l'équipage du Tempest tout entier se mettait à gronder, Alrik claqua des doigts. Grim resserra immédiatement sa prise sur Theo et pointa le canon de son pistolet sur l'épaule du garçon, le doigt frémissant déjà sur la gâchette. Tout le monde se calma aussitôt, réalisant qu'ils n'hésiteraient pas à mettre leurs menaces à exécution. Alrik sourit d'un air suffisant, satisfait de son petit effet.
- Bon, Sanji. Tu montes ou je dois venir te chercher ?
- Je viens, je viens, grinça Sanji entre ses dents serrées.
Chopper, Brook et Usopp ouvrirent la bouche pour protester, mais Sanji leur lança un regard qui n'admettait aucune contestation. Ce fut d'un pas pesant qu'il gravit la passerelle du Sunny, n'osant pas se retourner pour voir l'expression de ses anciens nakamas et compagnons d'orphelinat. Mais que pouvait-il faire d'autre, à part obéir ? Peut-être qu'une fois suffisamment proche, il pourrait profiter d'une ouverture et désarmer Grim… Soudain, Alrik le saisit par le bras et le hissa sur le pont, visiblement excédé par sa lenteur. Sanji ouvrit de grands yeux surpris, avant de réagir et de tenter de se dégager, dégoûté par ce simple contact. Le sourire carnassier d'Alrik s'élargit aussitôt, et loin de relâcher le cuistot, il le colla de force contre lui, jetant un regard provocant au reste des Chapeaux de Paille par-dessus l'épaule du blond.
- Mmh, enfin à ma merci, dit-il à haute et intelligible voix, pour que tout le monde entende. Tu m'as manqué pendant toutes ces années, tu sais. Je n'ai jamais retrouvé une pute aussi douée que toi pour satisfaire mes désirs.
Alrik utilisa sa main libre pour caresser la joue de Sanji, qui frissonna malgré lui, serrant la mâchoire pour s'empêcher de vomir.
- Heureusement, on aura un peu de route jusqu'à Mariejoie. Ce sera l'occasion de rattraper le temps perdu !
