Chapitre 37 : Agrabah, deuxième passage.

Mes pieds touchèrent le sol sablonneux et mes yeux saphir s'ouvrirent. Une chaleur pesante tomba sur mes épaules et je soupirai : Agrabah n'avait rien à voir avec le climat de la France, vraiment…

Lors de mon premier passage dans la ville d'Aladin, nous avions dû arrêter Pat, ce tas de graisse ambulant mégalo. Heureusement, tout c'était bien fini pour tout le monde. Mais là, un nouveau danger guettait le palais.

Nous entrâmes, souriant, dans la boutique du marchand. Contrairement à notre premier passage, celle-ci était maintenant couverte d'or, remplie d'objets précieux. Mais quand la bouche de Sora s'ouvrit pour en demander la raison, Aladin entra en trombe dans la pièce.

-Sora ! s'égosilla-t-il. Capture le marchand !

Mais le marchand avait profité de la panique provoquée par le cri pour se volatiliser…Aladin poussa un profond soupir, anéanti.

-Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je, inquiète.

-J'arrive pas à le croire, s'écria Aladin. Cet idiot de marchand a laisser Jafar sortir de la lampe !

-Jafar ! s'exclamèrent mes trois amis en même temps.

-Ce grand vizir machiavélique ? souris-je. Oui, je m'en souviens…

Sora, Donald et Dingo me jetèrent un drôle de regard.

-…quand vous m'en avez parlé, dis-je rapidement, rougissant.

-Mais où est-il ?

-Moi je sais.

Iago, le perroquet devenu gentil, avait parlé.

-Au désert, dans les ruines de l'ancienne cité. Il y répare son plan.

-Allons-y ! s'exclama Sora, ne se doutant pas que c'était un piège.

Nous courûmes immédiatement tous les six vers l'entrée de la ville, mais un triste spectacle nous y attendait. En effet, au loin, une incroyable et gigantesque tempête de sable nous barrait la route. Il était impossible d'arriver vivant jusque la cité enfouie.

-Quel désastre ! Faisons demi-tour ! conseilla Iago.

-Il y a forcément un moyen, affirma Aladin sans vraiment donner de réponse.

-Dis donc ? résonna une voix. Tu n'oublies pas un gros machin tout bleu ? Al, mon vieux pote !

Le génie, qui était effectivement un gros machin tout bleu, apparut à côté de Al, faisant comme d'habitude ses pitreries. Hyperactif, il ne cessait de bouger, me donnant le tournis.

-Les amis dans le besoin doivent apprendre à appeler le génie du coin ! C'est vrai, comment peux-tu me laisser en coulisses dans un moment pareil ? Vois les choses en grand ! Allez, plein les mirettes, Al ! Demande-moi d'emballer les foules.

-Hé, génie ! appela Sora, souriant.

-Sora ! s'exclama le génie. Donald, Dingo…

Il apparut à côté de moi à la vitesse de la lumière, et ses yeux devinrent énormes avec de longs cils démesurés.

-Et la douce Gabrielle…

Il reprit son apparence normale et réapparut autre part.

-Je vous fais l'opération « coup de torchon dans tempête de sable » ?

-D'accord ! répondirent-ils d'une même voix.

-Débarrasse-nous de ça, demanda Aladin en pointant du doigt la tempête.

Le visage du génie se décomposa alors qu'il vit la tempête qui faisait rage, au loin.

-Oui, bon…une tempête de sable, c'est bien trop facile…maugréa-t-il.

Il claqua des doigts d'un air malheureux, et, aussitôt, le sable qui tourbillonnait retomba mollement dans les dunes. Il nous créa même un passage à travers les fougères pour avancer plus vite. Nous poussâmes tous un cri d'admiration qui sembla toucher légèrement le génie. Celui-ci disparut, et sa voix résonna :

-La prochaine fois, lance-moi un vrai défi, Al.

-Il est très drôle, souris-je. Un peu hyperactif…Mais drôle.

Tous rirent et nous nous mîmes en marche vers la Cité perdue. Il ne nous fallut qu'une bonne demie-heure de rire, mais aussi de sourires inquiets, pour arriver au sommet d'un grand précipice. En son fond, il y avait des ruines jaunâtres qui gisaient, des immenses tours rongées par le temps. Le témoignage d'une vie ancienne qui avait disparue.

-Bon, comment on fait, maintenant ? questionna Aladin en observant l'immense pente raide.

Comme sorti de nulle-part, le tapis volant voleta vers nous, joyeusement. Il était beaucoup plus grand que dans le jeu vidéo, capable de porter six ou sept personnes en se serrant un peu. Mais je n'aimais pas ce mode de transport. Il me semblait dangereux et bancal.

-Tu tombes à pic, tapis ! sourit Sora.

Nous nous installâmes tous dessus. Nous nous étions mis d'accord : seul Sora restait debout, et nous, nous devions nous faire les plus petits possible pour qu'il le maximum de place pour bouger. Je m'accrochai solidement à un pan du tapis, priant le ciel pour qu'il n'aille pas trop vite. Mais les dieux ne m'écoutèrent pas.

Dès la première descende, l'ombre de Jafar apparut, un sortilège vraisemblablement. Le tapis, sous l'ordre de Sora, se lança à sa poursuite. Malade, mon teint devint plus pâle que d'habitude et je posai une main sur ma bouche. Aladin posa sa main sur mon épaule, inquiet, mais je lui souris tout de même. J'avais survécu à tellement de choses, ici…alors un voyage dans un tapis en serrait pas mortel !

Le tapis faisait des hauts, et des bas, se retournait en l'air pour prendre de la vitesse, partait en pente raide pour se redresser subitement et redescendre en piquet…je semblais être la seule touchée par le mal de l'air, pourtant.

L'ombre de Jafar se planta au sommet d'une immense tour, isolée du reste, et nous la rejoignîmes. L'ombre nous enferma dans un champ de force, égal à la superficie du sommet de la tour délabrée, et disparut, en nous laissant une multitude de Sans-cœurs. Sora devait les affronter seul, mais avec l'aide du tapis, ce fut un jeu d'enfant pour lui. Une fois les monstres détruits, un interrupteur apparut, et dans une grande lumière une porte, l'entrée de la tour, s'ouvrit. Nous y pénétrâmes, demandant au tapis de nous attendre.

L'intérieur était complètement ravagé. L'endroit rêvé pour s'isoler. Mais, contrairement à nos attentes, il n'y avait pas de Jafar. Ni personne, d'ailleurs.

-Tu es sûr que c'est ici ? demanda Aladin au perroquet.

-Iago…rouspéta Donald.

L'oiseau se posa sur une poutre, et baissa les yeux, honteux.

-Il faut me comprendre. Je ne voulais pas faire ça ! assura-t-il. C'est Jafar. Il m'a obligé à vous conduire ici. Vous ne le connaissez pas comme moi. Il peut se montrer très convainquant. Il a dit que si je ne coopérais pas, il allait me…

-Où est-il ? gronda Aladin, en colère.

-je t'en prie. Il faut que tu me pardonnes ! supplia Iago.

-Où est Jafar ? répéta Aladin.

-Bin, euh…voyons voir…En ce moment, il doit être en train d'attaquer le palais. Je n'avais pas le choix ! continua Iago. Vous auriez vu ses yeux…ils étaient cruels et bizarres.

-Ouais, c'est ça, grinça Sora. Iago ! Tu avais juré être notre ami ! Mais tu as joué sur les deux tableaux, pour être sûr de sauver tes plumes.

-Je savais bien que tu n'avais pas changé ! triompha Donald.

-Tu sais ce que je leur fais, moi, aux traîtres ? m'exclamai-je en faisant apparaître ma Keyblade rouge et dorée.

Iago, de peur, recula…et fit tomber d'un support une statue qui se fracassa sur le sol. A notre plus grand étonnement, le socle s'enfonça, et un bruit sourd rugit. La tour commençait à se démolir ! De même que toute la ville ! Le tapis apparut alors dans notre champ de vision. Nous y sautâmes tous, un peu mis n'importe comment, et nous nous envolâmes de la ville. Les bâtiments tombaient, menaçant de nous écraser, le sable bougeait, provoquant des glissements de terrain…jamais je n'avais vu quelque chose de semblable.

Nous nous envolâmes aussitôt vers Agrabah. Arrivés aux portes de la ville, le tapis s'effondra sur le sol, épuisé.

-Repose-toi, tapis, tu l'as bien mérité, murmura Aladdin.

-En avant ! s'exclama Iago. Il faut arrêter Jafar !

-Qui te dis que tu viens avec nous ? grognai-je.

-Dépêchons-nous ! cria Aladin.

Le marché était désert. Tout laissait présager qu'une catastrophe allait arriver. Nous courûmes, et entrâmes discrètement dans l'entrée du palais, où Jafar menaçait Jasmine, qui était enchaînée.

-…en ce moment même, finit-il, ton cher Aladin prononce ton nom dans un dernier souffle de vie.

Il se retourna vers nous, et leva le nez d'un air hautain. Nous nous mîmes en position de combat, prêt à en découdre.

-Tu disais, Jafar ? sourit malicieusement Aladin.

Le regard de l'ancien vizir se posa sur Iago.

-Tu oses me défier, oiseau de malheur ?

Jafar pointa son bâton lumineux vers l'oiseau, mais, au dernier moment, changea de direction et pointa Aladin. Celui-ci ne put qu'amorcer un geste de défense, pris de surprise, mais Iago s'interposa entre l'arme et son ami. Il retomba dans un bruit sourd sur le sol, les yeux grand ouverts, touché…mais pas mort.

-Vous allez tous le rejoindre, sans plus tarder ! gronda Jafar.

Il se mit à grandir, dans un nuage pourpre gorgé d'électricité. Il poussa un cri déchirant, rempli de puissance et de force. Nous ne pûmes que lever les yeux, regardant notre ennemi devenir immense. Le tapis, sentant le danger, était revenu, malgré sa fatigue.

-Sora, monte sur le tapis ! ordonnai-je.

-Mais, et vous ?

-Nous te gênerons plus qu'autre chose ! Grimpe, vite ! Ne perd pas de temps !

-Elle a raison, affirma Aladin. Monte.

Il accepta finalement. A l'aide de ma Keyblade, je libérai Jasmine prisonnière.

-Nous devons nous mettre à l'abris, m'écriai-je.

Nous nous barricadâmes aussitôt dans la pièce la plus sûre du palais, de laquelle on pouvait observer la bataille entre Sora et le génie Jafar. Sora lui tapait dans le ventre, le tapis évitait habilement les poings géants, Jafar s'énervait, Sora arrivait à le mettre KO pendant très peu de temps…pendant ces quelques secondes, Sora devait viser la tête. Et ainsi de suite…

Le combat semblait épuisant. Sora donnait tout ce qu'il avait dans les entrailles. Car ce n'était pas un Sans-cœur, mais un véritable méchant, qui avait profondément heurté sa fierté dans Kingdom Hearts I…je pense que tous les joueurs s'en souviennent.

Enfin, le moment tant attendu arriva. Aladin poussa une exclamation tandis que Sora donnait le coup fatal à Jafar.

-Non ! hurla celui-ci. Ce n'est pas possible ! Encore une fois, je suis vaincu…par une bande de pitoyables vauriens !

Jafar se contorsionna dans tous les sens, hurlant, voulant se débattre contre sa propre souffrance, ses membres parcourus d'éclairs rouges et soudain…il explosa dans un bruit épouvantable.

Nous sortîmes de notre cachette, au même moment où la lampe s'enfonçait dans les ténèbres. Il eut un instant de silence, jusqu'à ce que…

-Quoi ? Tu as fait un mano a mano avec Jafar et tu ne m'as pas invité ?

Le génie, vexé, était apparu.

-Il faut le comprendre, génie, souris-je. Il n'a rien dans sa tête de pics…

-Hey ! s'enflamma Sora. En fait, tout s'est enchaîné si vite, tu sais !

-Moi qui avais de nouvelles super-attaques à te montrer…soupira le génie bleu.

-T'en fais pas, génie. On a encore besoin de toi ! s'exclama Donald.

-Qui va réparer Agrabah ? ajoutai-je.

-Oh, oui ! s'écria le génie. Et une super Agrabah remise à neuf ! Chaud devant ! Vous allez pas reconnaître cet endroit quand j'en aurai terminé…

-Et si tu refaisais tout comme avant ? proposa Aladin.

-Quoi ? Même pas un petit néon par-ci par-là ?

Au regard désapprobateur de ses amis, il soupira :

-Bon d'accord.

Il eut une grande lumière, une magnifique lumière, et tout Agrabah fut remis debout en quelques secondes.

-Eh voilà ! s'enthousiasma le génie. La prochaine fois, laissez-moi installer quelques piscines, d'accord ?

Nous éclatâmes de rire, mais nous savions tous que le moment des adieux était venu.

-Agrabah est comme neuve, maintenant, dit Sora.

-Oui…merci les amis, sourit Aladin.

-Et toi, plus de coups tordus, dac ? ordonna Donald à Iago, qui s'était réveillé par miracle.

-D'ac-o-dac ! Fini les méchancetés à la Jafar…je suis un perroquet transformé ! Je veux être un bon ami, comme le génie. Mais si je ne peux rien faire pour vous aider…quel genre d'ami je suis ?

-Mais…ça n'a rien à voir, Iago, soupira Sora. Les amis n'ont pas à faire des choses. L'essentiel, c'est que l'on soit contents de se voir et s'amuser ensemble.

-Prends exemple sur nous, souris-je d'un air espiègle. On s'amuse teeeeellement ensemble, à combattre des Sans-cœurs, des Similis, des monstres et à risquer nos vies…

Tout le monde éclata de rire. Dingo, en se tenant le ventre et en reculant, tomba sur un plan de travail qui se brisa sous son poids.

-Ah ! fit la voix du génie. C'est là que j'interviens ! J'ai encore du boulot ! Allez, Al, je peux construire une autoroute, s'il te plait ?

-Euh…tout va très bien, génie. Pas la peine de t'exciter ! s'exclama Aladin.

Le génie se mit à faire des loopings en l'air en criant : « mais c'est plus fort que moi ! » puis il se planta devant nous.

-Sora, Donald, Dingo, Gabrielle, vous êtes trop sympas, les amis. Si vous avez envie de faire une super-fiesta cosmique, vous m'appelez, pigé ?

-Oui, d'accord ! rit Donald.

-Je dois encore vous remercier, sourit Aladin. Ne nous oubliez pas, d'accord ?

Je poussai un doux rire, repensant à Chain of Memories.

-Et je voulez aussi te dire, Sora…que l'ami que tu recherches…tu le trouveras, j'en suis sûr.

Il posa sa main sur son épaule.

-Bon, eh bien, souris-je, c'est le moment de partir, je crois.

-J'ai été ravi de faire ta connaissance, Gabrielle.

-Merci. Aladin, Jasmine, Abu, génie, Iago…vous allez me manquer.

-Au revoir ! s'exclama Donald.

-ne faites pas de bêtises ! sourit Dingo.

Et, dans une forte lumière, nous rejoignîmes notre vaisseau gummi. Encore des adieux…encore un monde dans lequel je n'irais plus. Triste, je m'assis dans un des sièges et commençai à relater notre aventure. Adieu, Agrabah…