Nina reprit ses esprits juste après avoir pénétré par la fenêtre du bâtiment. Sa main la lançait et elle se rendit compte qu'elle saignait.
— Ah bah oui, c'est ce qu'il se passe lorsqu'on explose une vitre à main nues ! ironisa Alex.
— Hein ? J'ai fait quoi ? s'étonna sa meilleure amie.
— Tu es revenue à toi ? s'étonna la cadette Duval.
— Il semblerait, marmonna la plus petite du trio.
L'autre adolescente croise les bras devant elle et expliqua rapidement :
— On s'est fait refouler à l'entrée de la rave parce qu'on n'avait pas de tickets. Ensuite, tu t'es mise à courir jusqu'à l'escalier de secours que tu as escaladé et puis, tu as cassé une vitre pour pouvoir rentrer dans le bâtiment. Rien de plus simple.
— Ah … fit simplement Nina.
Sa main commençait à s'engourdir et elle sentit ses jambes flageoler.
— Bon, on va arrêter cette hémorragie avant que tu n'attires tous les loups garous de la ville, grommela Alex. Oh, mais qu'est-ce que je raconte ? Tous les loups garous de la ville sont déjà ici !
— Tu peux garder ton ironie pour quand on aura soigné ma main ? bredouilla la plus petite du trio.
La cadette Duval soupira et fit un signe vers la porte à l'autre bout de la pièce.
— Essayons de trouver des toilettes pour te mettre la main sous l'eau.
— Tu vas arrêter le sang de couler avec de l'eau, toi ? demanda Nina d'un ton dubitatif.
— Excuse-moi, j'ai oublié ma trousse de secours chez moi ! s'écria sa meilleure amie. Je pensais pas que tu allais envoyer ton poing dans une fenêtre donc je n'ai pris que le strict nécessaire. Je pensais que mon kit de couture allait être superflu.
— Tu penses qu'il va falloir me recoudre ? s'inquiéta la plus petite du trio.
En voyant la lueur paniquée dans les yeux de sa meilleure amie, Alex retint une nouvelle pique et choisit de la rassurer.
— Non. Ca n'a pas l'air si profond. Mais on va quand même arrêter les coupures de saigner, parce que je pense pas que tu aies envie qu'on puisse te suivre à la trace. Et puis, même si c'est une rave, je crois pas que ça fasse bon genre de se balader avec une main en sang.
La cadette Duval rabaissa la fermeture de son sweat. Qu'est-ce que ça pouvait donner chaud, de faire de l'escalade !
— Allez, on y va, déclara-t-elle en faisant un mouvement de tête vers la porte. Et si ça ne te gêne pas, je passe devant cette fois. J'ai assez joué au singe pour ce soir !
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Juliette grimaça et se couvrit les oreilles avec ses mains. La musique qui retentissait dans la grande salle souterraine lui donnait déjà mal au crâne alors que ça ne faisait même pas cinq minutes qu'elle était à la rave. Il y avait beaucoup de monde, même beaucoup trop à son goût. Et en plus, il y avait une odeur bizarre dans l'air, un mélange plutôt écœurant de transpiration, de chaleur et de fumée.
Matt lui décocha un sourire moqueur et lui attrapa les bras pour les baisser.
— Hé, mamie ! Profites de la fête au lieu de faire ta rabat-joie !
— La musique est trop forte ! s'écria l'aînée Duval pour se faire entendre par-dessus la sono. Ca va me filer une migraine !
— Baisse un peu ton sonotone, ça devrait aller mieux ! ironisa le photographe.
Juliette plissa les yeux et une mine vexée se peignit sur ses traits.
— Même si j'étais sourde, je pourrais sentir les vibrations de la musique me secouer de la tête aux pieds !
— On est jeunes. Toi, un peu moins que moi, mais t'es quand même pas vieille au point de passer tes soirées enfermée chez toi à boire du thé en regardant la rediffusion de ton feuilleton préféré, si ? insista Matt en secouant la tête d'un air affligé. Prends pas cette tête courroucée et amuse toi !
— C'est moi la mamie et c'est toi qui utilises le terme « courroucé » ? répliqua l'aînée Duval. Tu sais que c'est une expression que les jeunes n'utilisent plus de nos jours ?
Le sourire qui apparut sur les lèvres du photographe illumina son regard. Juliette sentit son cœur se serrer d'un coup. Elle n'avait plus l'impression d'avoir le personnage devant elle mais l'acteur qui l'incarnait. L'espace d'un instant, elle oublia que ce n'était pas Stephen Lunsford qu'elle avait devant elle, elle oublia les menaces que Matt avait proféré à son égard, elle oublia qu'elle était loin de la réalité. La jeune fille plongea dans le bleu clair des iris qui lui faisait face et se prit à penser qu'il était possible de changer le destin du photographe, de lui rappeler qu'il pouvait s'en sortir sans se venger, qu'il était plus fort que ça.
Et puis, quelqu'un la bouscula et elle tomba la tête contre l'épaule du garçon. Une douleur lui vrilla le nez et tandis que Matt l'aidait à se redresser en se moquant de son équilibre, Juliette se rendit compte que si elle parvenait déjà à empêcher la mort du photographe, elle pourrait s'estimer heureuse. L'ainée Duval ressentit un pincement au cœur en se souvenant qu'elle ne pouvait pas se permettre de s'attacher à quelqu'un ici. Il lui faudrait bien repartir un jour dans la vie réelle.
Matt sembla remarquer son trouble. Il fronça les sourcils et posa la main sur son épaule avant de lui demander :
— Tu veux qu'on sorte ? Je ne vais pas te forcer à rester ici si tu n'as pas envie d'y être.
— Non, ça va aller, grommela Juliette en se forçant à paraître à l'aise. C'est juste … C'est la musique qui me fait mal au crâne. Faut que je m'y habitue, quoi !
Le photographe hocha la tête, un sourire en coin. Il entraîna la jeune fille à sa suite au travers de la foule et lui lança :
— Si tu m'avais dit que tu voulais partir, je t'aurais traité de mamie tout le reste de ta vie.
— Tout le reste de ma vie ? Ca fait long, fit remarquer l'aînée Duval. Tu es sûr de vouloir t'encombrer de moi aussi longtemps ?
— On est lié, maintenant, lui rappela le garçon. Pour le meilleur et pour le pire.
— Ca sonne comme un mariage, nota Juliette.
Matt se retourna pour lui jeter un regard condescendant.
— Espèce de cougar ! Laisse les jeunes aux jeunes et va parler de mariage avec des gens de ton âge.
La jeune fille haussa un sourcil et tendit son doigt en direction de Harris, qu'elle venait d'apercevoir en compagnie d'une jeune fille.
— De mon âge, c'est environ ce genre là ?
Le photographe observa un instant son professeur avant de se retourner vers elle en faisant mine d'être dégoûté :
— Si toi t'es une mamie, lui, c'est un fossile ! Tu vaux quand même mieux que ça !
L'aînée Duval baissa les yeux sur ses pieds avant de les relever promptement pour éviter de se prendre un coup de coude ou de genou tandis que Matt l'entraînait au travers de la foule. Elle remarqua rapidement Scott et Allison quand ils passèrent non loin d'eux. Les deux amoureux avaient l'air de se disputer mais Juliette n'eut pas vraiment le loisir de les observer longtemps car un groupe de jeunes se plaça devant elle et lui cacha la chasseuse et le loup garou.
Matt finit par s'arrêter à mi chemin entre l'entrée et le DJ, profitant d'un espace un peu moins occupé.
— Ta prothèse à la hanche va tenir le temps d'une danse ou deux, mamie ?
Juliette fit une grimace et rétorqua :
— Ma prothèse à la hanche donnait des cours de danse à celle de ta grand-mère bien avant que tu naisses, mon petit !
Le photographe ne répondit pas, mais la petite étincelle amusée qui dansait parfois dans son regard se ralluma, ce qui accéléra les battements de cœur de la jeune fille. Pour se donner une contenance, l'ainée Duval commença à bouger au rythme de la musique. Soudain, son regard fut attirée par une tignasse bouclée et brune et elle finit par reconnaître sa sœur, malgré la pénombre et les mouvements de foule.
Juliette s'interrogea sur sa présence à la rave. Comment avait-elle fait pour rentrer ? Et surtout que venait-elle faire ? Allison n'était pas en danger ce soir. C'était plutôt elle, le danger, d'ailleurs.
Intriguée, la jeune fille profita que l'attention de Matt soit un instant détournée par deux garçons qui commençaient à se disputer à côté d'eux – apparemment, ils se disputaient les faveurs de la même adolescente – pour s'éclipser en direction de sa sœur.
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Alex et Nina avaient réussi à trouver des toilettes au rez-de-chaussée. L'odeur qui y régnait n'était pas très accueillante et le ménage ne devait pas y avoir été fait depuis un bon moment, mais c'était toujours mieux que rien. La main de la plus petite du trio avait arrêté de saigner d'elle-même mais la cadette Duval insista pour qu'elle passe ses doigts sous l'eau.
Les deux amies avaient pu ensuite se rendre compte que les écorchures qui striaient la main de Nina n'avaient pas l'air si profond que ça et que par miracle, aucun bout de verre n'y était logé. L'adolescente ne pouvait tout de même pas bouger sa main, sous peine de refaire saigner ses plaies.
Alex avait attrapé du papier hygiénique qui ne lui semblait pas trop en mauvais état pour bander les blessures de sa meilleure amie. Nina avait d'abord refusé de se faire entourer la main de papier toilette, et surtout pas de celui qui traînait dans des toilettes minables, mais la cadette Duval avait insisté jusqu'à ce qu'elle cède.
Les deux amies avaient ensuite rejoint la pièce où se déroulait la rave, après être passé au travers d'un rideau de bandes plastiques. La musique résonnait autour d'elles et toutes les personnes rassemblées se trémoussaient au rythme des notes sourdes que crachaient les enceintes. De l'autre côté, le DJ était installé sur une estrade qui surplombait la pièce et la foule était devant lui.
Les guirlandes de lumière accrochées aux murs ne produisaient pas assez de lumière pour éclaire toute la cave et les spots déplaçaient leurs rais de lumière de façon permanente, ce qui permettait à peine de se déplacer sans se cogner dans un élément du décor ou dans une personne. Les quelques accessoires fluorescents que portaient les participants de la rave apparaissaient et disparaissaient selon les mouvements de danse de la foule et il aurait été bien compliqué de vouloir retrouver quelqu'un de précis. Surtout que comme le constata la cadette Duval, elle n'avait pas de réseau sur son portable.
A côté d'elle, Nina commença à s'agiter et Alex haussa un sourcil. Elle devina que sa meilleure amie devait mourir d'envie d'aller voir comment allait Erica, qui allait se frotter à Jackson pour tenter de l'arrêter. La cadette Duval lui tapota donc sur l'épaule.
— Va voir Erica. Moi, je vais essayer de voir où est Allison et ce qu'elle fait.
Déjà dans un état second, la plus petite du trio hocha à peine la tête et disparut rapidement dans la foule. Un instant, Alex fut tentée de la suivre. Elle avait déjà réussi à se blesser à la main juste pour entrer dans le bâtiment. Jusqu'où irait-elle pour sauver la louve ? Et puis, au final, l'adolescente décida qu'elle avait déjà bien assez à gérer avec Allison et que sa meilleure amie était une grande fille qui était capable de s'en sortir toute seule. Alors, elle s'éloigna du côté opposé à celui qu'avait pris Nina et entreprit de chercher la chasseuse.
Evidemment, c'était au moment où elle en avait le plus besoin que la force mystérieuse qui la poussait à rejoindre la jeune Argent ne se manifestait pas ! Personne autour d'elle ne se souciait d'où elle mettait les pieds et les danseurs la bousculaient sans ménagement. Plus d'une fois, Alex finit se retrouver par terre et ne dut son salut qu'à la foule dense contre laquelle elle se cognait.
Agacée d'être ballotée dans tous les sens, la cadette Duval finit par se coller contre un mur, loin de toute l'agitation qui régnait au centre de la pièce. La musique pulsait contre ses tympans, lui donnant la migraine, et les lumières qui clignotaient lui donnaient une sensation de tournis. L'atmosphère devenait étouffante et avant de faire une crise de claustrophobie, l'adolescente décida de se concentrer sur la recherche d'Allison.
Elle se remit à avancer, tout en restant près du mur, en se hissant parfois sur la pointe des pieds pour tenter d'apercevoir la chasseuse. Après quelques instants d'infructueuses recherches, une ombre se profila près d'elle et Alex sursauta avant de reconnaître sa sœur.
— Hé ! Tu fais quoi là ? lui demanda Juliette en criant pour couvrir le bruit ambiant.
— Je cherche Allison, répondit sa cadette sur le même ton.
— Tu as fait comment pour rentrer ? Tu as réussi à trouver des places ? s'enquit la plus âgée du trio.
— Non, c'est Nina qui a trouvé une entrée un peu moins officielle, expliqua Alex en passant sur les détails.
L'aînée Duval fronça les sourcils et jeta un regard autour d'elle.
— Nina est là aussi ?
— Ouaip ! Elle est partie s'occuper d'Erica, là.
Avant que Juliette n'ait pu poser une nouvelle question, Alex avisa Matt, qui tentait de s'approcher d'elles.
— T'es encore avec lui ? s'insurgea l'adolescente. Mais vous êtes inséparables, ma parole !
— Bin … Je surveille qu'il fasse rien de mal, se justifia sa sœur. Et puis, pendant que je sors avec lui, je lui ôte Allison de la tête !
— Bien entendu, tu fais ça en tout bien, tout honneur, railla la cadette Duval.
Juliette resta bouche ouverte, comme si elle voulait parler mais qu'elle se retenait de le faire. Finalement, juste avant que Matt n'arrive, elle déclara :
— Vous n'avez pas à vous en faire. Jackson ne sera pas ici ce soir. J'ai géré le truc.
— Parce que tu crois que je suis là pour lui ? s'indigna Alex. Mais pas du tout ! Je suis là pour empêcher une mort, moi, pas pour passer du bon temps !
L'aînée Duval n'eut pas l'occasion de répliquer. Sa sœur tourna les talons et s'éloigna au moment où le photographe rejoignait la plus âgée du trio.
— Pourquoi tu pars comme ça, sans rien dire ? Je te cherchais ! lui reprocha le garçon.
— Désolée. J'ai vu ma sœur, j'avais un truc à lui dire … bégaya Juliette.
— Hein ? Quoi ? demanda Matt, qui n'avait visiblement pas entendu à cause de la musique.
L'aînée Duval fit un signe de la main pour lui signifier que ce n'était pas important.
— Tu veux te rapprocher du DJ ? proposa le photographe.
— Euh, ouais, fit la jeune fille, qui était trop occupée à réfléchir à ce que lui avait dit sa sœur pour écouter ce que le garçon lui disait.
Elle laissa Matt l'entraîner sans protester, son cerveau fonctionnant à plein régime. Alex ne jurait que par Allison depuis qu'elles étaient arrivées à Beacon Hills. Or, la jeune fille était censée être hors de danger ce soir. Le kanima était loin d'en avoir après elle et la chasseuse n'était même pas censée être là, puisque Juliette avait pris sa place. Alors, quelle mort sa sœur pouvait-elle vouloir empêcher ?
Quelqu'un donna un coup de coude dans la mâchoire de l'aînée Duval au moment où celle-ci comprit de qui sa sœur voulait s'occuper. A moitié assommée, elle faillit s'écrouler par terre et se rattrapa de justesse à Matt, juste devant elle. Le photographe se retourna pour s'assurer que tout allait bien et la jeune fille secoua la tête pour indiquer qu'il n'y avait rien de grave avant de revenir à ses conclusions.
La personne en danger, ce soir, c'était Scott. Victoria allait tenter de mettre définitivement un terme à la liaison qu'il entretenait avec Allison en l'empoisonnant avec de l'aconit. Derek allait l'en empêcher en venant sauver le garçon in extremis, mais il mordrait la femme de Chris, ce qui la changerait en loup garou. Par la suite, la rousse mettrait fin à ses jours, incapable de vivre avec sa nouvelle condition. Accablée de chagrin, Allison se ferait manipuler par Gérard, qui la monterait contre Scott et Derek.
C'était probablement cela qu'Alex voulait éviter. Elle tenait à ce que la chasseuse ne rejoigne pas son grand-père et pour cela, il fallait faire en sorte que sa mère reste en vie. On ne pouvait être sûr à cent pour cent qu'épargner Victoria permettrait à Allison de ne pas céder aux arguments de Gérard, mais il fallait bien essayer !
Juliette se sentit envahie par le sentiment d'aider sa sœur. Cette fois-ci, ça n'avait rien du tout à voir avec une quelconque force ou le syndrome Auxilia, comme Deaton l'avait appelé. La jeune fille voulait juste s'assurer qu'Alex allait bien et que personne ne lui ferait de mal pendant que l'adolescente tenterait d'empêcher un malheur d'arriver.
D'un autre côté, l'aînée Duval était bien tentée de rester avec Matt, avec lequel elle commençait à être plus ou moins complice. Leur relation s'était grandement améliorée – à vrai dire, il était difficile de faire pire après toutes les menaces que le photographe lui avait lancées – et Juliette voulait juste profiter de l'instant présent, après tout ce qu'elle avait vécu depuis qu'elle était à Beacon Hills.
Soudain, alors qu'elle s'était décidée à rester avec Matt, la jeune fille aperçut Erica et Isaac qui traînait Jackson vers un coin moins mouvementé que la pièce principale, Nina sur les talons jetant des regards nerveux autour d'elle. L'aînée Duval en resta scotchée sur place. Bouche-bée, elle observa les loups garous disparaître tandis que le photographe l'observait d'un air impatient.
— Qu'est-ce qu'il y a, mamie ? Tu as perdu ton dentier ? s'agaça le garçon, qui en avait marre de s'arrêter tous les deux pas.
— Jackson est là, annonça la jeune fille d'une voix blanche.
— Quoi ? s'étonna Matt.
— Jackson est là, répéta Juliette.
Le photographe fit une moue dubitative et tenta de balayer les environs du regard malgré la foule qui s'agitait tout autour de lui.
— Je ne vois rien, finit-il par dire.
— Je sais ce que j'ai vu, insista l'aînée Duval.
Le garçon l'entraîna loin de l'estrade sur laquelle était installé le DJ et vers laquelle le plus gros de la foule se massait. Ils s'arrêtèrent dès qu'ils eurent trouvé un coin plus calme, même si la musique qui sortait des sonos empêchait d'être totalement tranquille pour avoir une discussion sérieuse.
— Tu es bien certaine que c'est lui ? s'enquit Matt, qui ne semblait toujours pas y croire. Avec la pénombre, les lumières qui clignotent, la fatigue …
— J'en mettrai ma main à couper, affirma la plus âgée du trio.
Le photographe se passa la main sur le menton et Juliette pointa un doigt accusateur vers lui.
— Tu m'avais promis de ne tuer personne ce soir !
— Hé, calme-toi ! Je n'ai rien fait, se défendit le garçon.
— Parce que Jackson est là pour quoi, à ton avis ?
Matt eut un mouvement de recul.
— Tu crois que je l'ai fait venir pour qu'il tue quelqu'un ?
— Bah, je pense pas que tu lui aies demandé de venir pour te cirer les chaussures ! cracha Juliette.
Les traits du visage du photographe se durcirent et il répliqua sèchement :
— De un, je vais te rappeler que ce soir, c'est la fête, et qu'il y a une chance pour que Jackson soit venu juste pour s'amuser. De deux, j'aimerais que tu te remettes en question. Tu le contrôles autant que moi, maintenant. Alors peut-être qu'il a répondu à ton appel, et pas au mien !
L'aînée Duval en resta coite. Le garçon avait raison. Il était possible que ce soit elle qui est appelé Jackson. Mais dans quel but ? Elle n'avait absolument aucune raison d'en vouloir à quelqu'un, ou en tout cas, pas au point de vouloir lancer le kanima à ses trousses. Par contre, il n'y avait aucune chance que le blond soit venu dans le seul but de passer un peu de bon temps.
Et puis, pourquoi Erica et Isaac auraient-ils entraîné Jackson, qui paraissait évanoui, hors de cette pièce, s'il ne représentait vraiment aucun danger ? Non, bien sûr que non. De toute façon, il n'était pas question de se faire des cheveux blancs et de passer cinquante ans à réfléchir sur la question. Jackson était là pour poursuivre la vengeance que Matt avait commencée. Que le photographe l'ait appelé à venir consciemment ou pas, le blond ne pouvait être là que pour s'en prendre à Kara, la fille qui avait organisé la rave.
Sauf que Juliette allait tout faire pour que le kanima ne commette plus aucun meurtre au nom de Matt.
