Me revoilà ! J'espère que vous avez passé de super fêtes de fin d'année :D J'ai enfin terminé mes examens donc voilà le premier chapitre sur les vacances des garçons. Merci beaucoup beaucoup beaucoup à toutes les personnes qui ont laissé une review au dernier chapitre, c'est vraiment extra de lire vos avis sur cette fic, donc merci à: Mireillelabeille, Mystianae, Thefriendlycat, Red Candies, Flo29jmbPotter, Twinkle Wave, Black, Claranard, Titus28, et Bloclang !

Bonne lecture ^^

Chapitre 34 : Quand les amis s'en mêlent

Remus fixait des yeux la fiole opaque depuis un moment lorsqu'un toussotement le fit sursauter. Dans sa torpeur, il avait presque oublié pourquoi on l'avait appelé. Il fronça les sourcils. Son cerveau était engourdi; il avait du mal à réfléchir.

À côté de lui, sa mère le regardait avec appréhension, les mains jointes sur son ventre. Derrière lui, la respiration forte, Lyall avait les yeux fixés sur son fils, attendant qu'il s'exprime enfin. Il ignorait ce que faisait la troisième personne, mais ne s'y intéressa pas. En silence, il se concentra à nouveau sur la fiole.

Ce n'est qu'une petite fiole, elle ne peut pas te faire de mal, pensa-t-il en essayant tant bien que mal de se convaincre. Elle peut même... te faire beaucoup de bien.

Mais comment en être certain ? Tu t'es déjà fait avoir, Remus.

Il leva la tête vers sa mère, qui le regardait avec des yeux fatigués et emplis d'inquiétude. Remarquant le regard de son fils, Espérance lui offrit un mince sourire et haussa les épaules, désolée, l'air de dire qu'il s'agissait de sa décision.

Mais quelle décision ? Comment pouvait-on lui demander une telle chose ?

Ça faisait si longtemps qu'ils n'en n'avaient pas parlé... La dernière fois remontait à trois ans. Remus ne savait pas quoi penser. Était-il soulagé ? Plein d'espoir ? Et la responsabilité, alors ? Elle était immense. Pour la première fois, on lui donnait le choix.

Il se souvenait parfaitement de la posture nerveuse de son père qui, la veille, avait demandé à lui parler. Surpris, mais néanmoins curieux, Remus avait acquiescé. Une petite part de lui se réjouissait toujours quand son père, d'ordinaire si distant, prenait l'initiative de lui parler.

Alors, il l'avait écouté.

Plus son père parlait, plus il devenait agité et plus il bafouillait. Une potion venue d'Europe... Des années de recherche... Une opportunité inespérée... Finalement, après avoir parlé pendant deux minutes les yeux résolument fixés sur le mur derrière Remus, il croisa le regard de son fils avec hésitation. "Alors, qu'en dis-tu ?" lui avait-il demandé.

Qu'en disait-il ? Mais que pouvait-il en dire ?

Des soi-disants remèdes pour la lycanthropie, Remus en avait vu. Il en avait vu beaucoup. Des potions, des sorts, ou d'autres méthodes moins... conventionnelles. Mais pour quel résultat ? Aux dernières nouvelles, il était toujours un loup-garou... Avec la pleine lune le lendemain, il ne risquait pas de l'oublier.

Il grimaça. Elle tombait décidément mal... Un jour seulement après son retour de Poudlard et une semaine avant son supposé départ chez James. 'Supposé', parce que rien n'était certain, quand on était un loup-garou. Remus l'avait appris à ses dépends. Leur stock de potion de Régénération Sanguine s'amenuisait désespérément, et il n'était pas garanti que ses parents puissent s'offrir le luxe d'en racheter. Et s'il s'était jusqu'alors toujours réveillé les lendemains des pleines lunes avec le goulot de cette potion à ses lèvres, les temps changeaient.

L'argent, autrefois suffisant, était parti dans des remèdes incertains, des livres d'école et des factures. Et ayant constaté la fatigue de ses parents, leur maigreur et leurs manches usées lorsqu'il était rentré chez lui samedi soir, Remus redoutait plus que jamais les suites de cette transformation. Et si, faute de potion, il devait aller à Sainte-Mangouste pour se faire soigner par des professionnels ? Il frissonna. Ses souvenirs étaient flous et indistincts, mais le sentiment profond d'injustice et de préjudice était cuisant. Le garçon n'en voulait pas aux Médicomages pour leurs mots; il était même reconnaissant des soins réticents qu'ils lui apportaient malgré toute la crainte et le dégout qu'ils avaient visiblement pour lui. Et il se détestait pour ce qu'il leur infligeait.

Des quelques fois où ses parents avaient débarqué en urgence à Sainte-Mangouste, Remus ne se souvenait que de ces bribes de sentiments, mais c'était bien assez pour qu'il y redoute un nouveau séjour. Mais s'ils n'avaient pas le choix... Remus savait que ses parents ne joueraient pas avec sa vie.

Il baissa les yeux sur la potion posée devant lui.

Il ne voulait pas se créer de faux-espoirs mais il n'y pouvait rien.

Et si ça marchait ?

Mais ce que son cœur lui soufflait, l'expérience et la raison le contredisaient. Tu es déjà passé par cette route, Remus...

C'était toujours la même chose. Ses parents ouvraient la porte de sa chambre à la volée, balbutiaient quelque chose à propos d'un miracle et l'instant d'après, on l'emmenait il-ne-savait où, parfois même en dehors du Royaume-Uni, pour subir des remèdes plus étranges et plus douloureux les uns que les autres.

Le résultat ? Une lassitude et une fatigue grandissante.

Il se souvenait être allé à Malte, une fois. Merlin, il espérait ne jamais plus remettre les pieds sur cette île. Il avait huit ans à l'époque et ses transformations devenaient de plus en plus incontrôlables, si bien que ses parents avaient été prêts à tout pour le guérir, même à suivre des croyances locales pour le moins douteuses.

Remus baissa les yeux sur ses mains et les retourna pour que ses paumes soient exposées. Les cicatrices étaient à peine visibles grâce à l'essence de dictame qui marchait miraculeusement bien sur les blessures non infligées par un loup-garou. Seuls quelques pâles sillons, vestiges de la lame du couteau en argent qui avait tracé des dessins dans les profondeurs de sa chair, étaient perceptibles. Mais la douleur... Le contact ardent de la pointe contre ses paumes sensibles... Elle avait suffi à graver le souvenir de ce voyage dans son être.

Parfois, en y repensant, il se sentait si... si stupide. Ce rite antique ne valait manifestement rien, pas plus que les privations de sommeil, les taillades de formes précises sur sa morsure originelle, ou encore les épurations sanguines par lesquelles il était passé. Le vice était en lui, impossible à déloger.

Mais... Et si ça marchait ?

Il secoua la tête, se forçant à contrôler le tremblement de ses mains. Il ne devait pas tomber dans l'ivresse des suppositions. Il y avait des risques, des effets secondaires que Remus avait eu tout le loisir d'étudier lors des longues journées solitaires de son enfance où les livres étaient ses seuls amis. Et s'il se réveillait le lendemain de la pleine lune avec une partie du corps inchangée de la transformation ? Que diraient James, Sirius et Peter s'ils le voyaient arriver au Manoir Potter avec une partie du visage recouverte de poils, ou une queue de loup dépassant de sa robe de sorcier ?

Allons, que serait la vie sans un peu de risque ? lui susurra une voix qui ressemblait étrangement à celle de James. Et n'en n'as tu pas assez de nous mentir ?

Oh si...

Tes excuses farfelues ne trompent personne, intervint cette fois la voix de Sirius. Ne serait-ce pas mieux si tu n'avais rien à cacher ? Bois la, et tout ira mieux.

Et s'ils avaient raison, Remus ? demanda timidement le Peter de son imagination. Et si ça marchait ?

Le coeur de Remus se mit à battre à tout rompre tandis que les dernières paroles de Peter résonnaient dans son esprit.

Si ça marchait, il en aurait fini. Il n'aurait plus jamais à quitter la Salle Commune les soirs de pleine lune, à subir l'insoutenable transformation, à mentir. Son père serait si fier de lui... Un fils normal. Enfin.

La perspective le faisait trembler d'excitation. Son cœur avait gagné la bataille.

- J'ai pris ma décision. Je veux le faire.

Il entendit le mage qui leur avait apporté la potion murmurer un "C'est pas trop tôt" empli de dédain et dut lutter pour ne pas tressaillir. Les poings serrés, il se retourna vers ses parents.

- Tu es certain ? demanda son père tandis qu'une ride inquiète se creusait sur son front. Personne ne t'oblige à rien cette fois, Remus.

- Je sais, souffla-t-il. Et je veux essayer.

- Ne fais pas ça à cause de tes amis, Remus, continua doucement son père. C'est ta santé qui est en jeu, pas la leur. Ne les laisse pas dicter ton choix... Promets-moi que ta décision est mûrement réfléchie.

Remus ignora le sentiment de malaise au creux de son estomac et acquiesça. Il savait ce qu'il faisait, il était conscient des risques.

- Elle est tout ce qu'il y a de plus réfléchi, papa.

Les épaules de Lyall s'affaissèrent et il échangea un regard avec sa femme avant de se retourner vers le mage.

- Combien vous doit-on ?

L'homme se redressa et annonça fièrement un montant qui résonna comme un coup de massue.

Égoïste, voilà ce que je suis.

- Papa, je... C'est pas grave, tu sais, je –

- Non, Remus, l'interrompit fermement son père en faisant quelques pas en direction de la porte. N'y pense même pas.

Puis, s'adressant au mage, il ajouta:

- Suivez-moi.

Impuissant, Remus les regarda sortir du salon.

- Maman, je suis désolé ! s'exclama-t-il en se jetant dans les bras de sa mère. Je ne savais pas que c'était si cher ! Si j'avais su – si j'avais un peu réfléchi – je n'aurais jamais accepté, je te le promets !

Mais sa mère secoua la tête et caressa doucement ses cheveux.

- Remus, commença-t-elle, je ne veux pas t'entendre dire de telles choses. Si ton père et moi te proposons un remède, c'est que nous pouvons nous le permettre –

- Mais c'est faux, murmura Remus, ses paroles étouffées par le pull de sa mère. On ne peut pas se permettre une telle somme.

Il leva la tête vers elle, ses bras toujours enroulés autour de sa taille.

- Tu crois que je ne comprends pas ? Que je suis stupide ? Quand je suis à Poudlard, je suis nourri et logé. Mais vous ?

Il sentit la poigne de sa mère se resserrer autour de lui. Il ne savait pas si c'était parce qu'il avait eu raison, ou si c'était simplement une marque d'affection.

- Allons, Remus..., lui souffla Espérance. Je ne veux pas t'entendre dire ça. Il y a des choses plus importantes que l'argent.

Remus secoua la tête et se dégagea doucement des bras de sa mère, terriblement honteux de ne pas avoir pensé aux conséquences de sa décision. Il retourna s'assoir dans un fauteuil et ne dit rien jusqu'à que son père soit revenu, l'homme sur ses talons affichant un sourire nettement plus évident maintenant que sa bourse s'était alourdie.

Le garçon releva la tête et regarda son père. Son air était sombre mais il secoua la tête, lui faisant signe de ne pas en dire d'avantage.

- Vas-y, fils, dit-il en désignant la fiole. Tu peux la boire. À moins que tu ne souhaites changer d'avis, je ne t'oblige pas à –

Mais Remus en avait assez. Faisant preuve d'un aplomb qui ne lui ressemblait pas, il saisit la fiole, la déboucha et la porta à ses lèvres dans l'intention de boire tout son contenu d'un trait.

Sauf qu'il ne put jamais terminer la potion.

À peine en avait-il bu une gorgée que ses entrailles se tordirent et qu'il eut l'impression que son oesophage avait été brulé vif. Il tomba à genoux. La respiration haletante, il toussa, crachota, et sa vision s'obscurcit. Mais tandis qu'il s'épuisait à vomir le contenu de son estomac, la part rationnelle de son esprit reprit le dessus. Tu aurais dû le savoir. Il se rendit à peine compte que ses parents s'étaient précipités à ses côtés, des paroles paniquées s'échappant de leurs lèvres, et que l'homme s'en était allé dès la première seconde. C'était bien trop beau. Se recroquevillant sur lui pour éviter de voir la pièce qui semblait maintenant tourner tout autour de lui comme un manège vertigineux, il remarqua le sang qui tachait le sol et eut soudainement conscience du liquide visqueux qui souillait ses lèvres. Lâchant un dernier cri rauque, il s'effondra.

Ça n'a pas marché.


- Tu es sûr que ça ira ?

- Oui, maman.

Espérance se mordit la lèvre, incertaine et inquiète, et se tourna vers son mari. Tous deux étaient pâles et épuisés, s'étant relayés pour rester au chevet de leur fils nuit et jour depuis presque une semaine.

- Il a de la potion de Régénération Sanguine dans son sac, dit Lyall, il devrait s'en sortir. Tu n'oublieras pas, d'accord Remus ? Une gorgée toutes les six heures.

Remus acquiesça immédiatement. Il ne voulait surtout pas causer d'avantage de tourment à son père.

- Et surtout, Remus, reprit Lyall d'un air grave, au moindre soucis, tu n'hésites pas à me contacter, d'accord ? Je suis certain que Mrs Potter ou ton ami James pourront te prêter un hibou.

- Oui papa, c'est promis. Je peux y aller, maintenant ? James a dit que je devais y être pour 14h et... il est déjà 17h00.

Son père soupira, se passant une main sur le visage, mais acquiesça. La tension qui émanait de son corps était palpable, et Remus s'en voulait terriblement d'en être la raison. Durant les longues heures où il avait veillé sur son fils, pâle et affaibli d'une transformation qui avait failli le tuer, très peu de mots avaient été échangés. L'homme restait simplement assis à son chevet, les avants-bras posés sur ses genoux, son regard éteint ne croisant que très rarement celui de son fils. Toutes les quelques heures, il changeait ses bandages, lui demandant parfois s'il avait besoin de quelque chose, de l'eau peut-être ? Remus n'avait pas su quoi dire, ni penser. Tout était retombé sur lui comme une pierre – le remède était un faux, le loup avait terriblement mal réagi au poison, il était toujours un loup-garou. Il n'avait pas cherché à croiser le regard de son père, se contentant de fixer le plafond en silence, attendant que sa mère prenne enfin le relai et parle. Lorsque son père s'en allait enfin, Remus ne pouvait que le regarder se trainer hors de la chambre, les épaules voutées, semblant porter un poids infini.

Remus baissa les yeux sur ses avants bras, essayant de ne pas tressaillir à la vue des griffures rosées se mêlant aux cicatrices anciennes. Voilà une chose qui inquiétait son père et qui expliquait ses réserves quant à son séjour chez James. Soupirant, le garçon baissa ses manches sur ses bras, recouvrant les blessures, résigné à passer deux semaines en manches longues et en pantalon.

- Dans ce cas, je t'en prie, dit son père en lui montrant la cheminée d'un air las.

Remus prit son sac, magiquement agrandi pour que toutes ses affaires y rentrent, puis se tourna vers sa mère.

- Au revoir maman, lui dit-il en l'embrassant.

Il sentit sa mère lui caresser doucement les cheveux et lui chuchoter "Amuse-toi bien" avant de le laisser. Remus prit une poignée de poudre de Cheminette de la jarre posée à côté de l'âtre puis regarda son père, qui ne faisait aucun mouvement pour l'accompagner.

- Tu ne viens pas ?

Son père glissa un regard vers sa mère puis secoua silencieusement la tête.

- Mais les Potter ont dit que tu pouvais, protesta doucement Remus. Ce n'est pas très poli de m'envoyer là-bas sans même venir se présenter. Et puis... je suis sûr que tu apprécierais James.

- Je suis désolé, Remus, répondit son père en évitant son regard. Peut-être... peut-être une autre fois, mais pas aujourd'hui.

Une autre fois ? Tu penses vraiment qu'il y en aura ?

- Profite bien de tes deux semaines, et... fais attention, d'accord ? Avec Sirius Black, je veux dire.

Les épaules de Remus s'affaissèrent. La méfiance de son père vis-à-vis de Sirius persistait encore et rien de ce qu'avait pu dire Remus à son sujet n'avait trouvé grâce à ses yeux.

- Oui papa, mais ne t'en fais pas. Sirius n'est pas un monstre, il est très gentil.

Son père eut un rire sombre mais n'ajouta rien à ce sujet et lui indiqua l'âtre.

- Articule bien surtout, lui rappela-t-il. Ce n'est vraiment pas le moment de t'envoyer n'importe où.

Acquiesçant, Remus jeta la poudre et entra dans les flammes émeraudes.

- Manoir Potter !

Il aperçut une dernière fois le visage anxieux de ses parents avant de tournoyer dans les méandres du réseau de cheminées, percevant vaguement d'autres foyers sans pour autant les distinguer nettement. Avec un choc, la cheminée l'expulsa finalement et il atterrit sur un tapis. Toussotant, il essaya de se remettre debout mais sa tête lui tournait trop fort et une plaie à sa côte recommença à le picoter. Fort heureusement, son calvaire ne fut pas long.

- Remuuuuuuuuus !

Une masse pleine d'énergie vint s'écraser sur Remus qui sentit des bras se resserrer autour de lui. Le visage qu'il vit lorsqu'il releva la tête lui fit presque oublier la douleur que l'impact contre sa poitrine venait de provoquer. James, le sourire éclatant et les lunettes de travers, le regardait avec des yeux rieurs.

- C'est bon, James, on peut voir notre Lupin nous aussi ? demanda une voix amusée de derrière.

- Sirius ! s'exclama Remus en penchant la tête pour le voir. Peter !

Se dégageant gentiment de James et se relevant tant bien que mal, Remus se précipita vers ses amis et les enlaça.

- Content de te revoir, Remus !

- Moi aussi, répondit le garçon, vous n'avez pas idée.

Sirius se retira de l'étreinte et regarda Remus d'un œil critique, les lèvres pincées.

- Alors, ça va ? demanda-t-il. Tu as l'air fatigué.

Remus sentit son estomac se tordre douloureusement.

- J'ai toujours l'air fatigué, Sirius, répondit-il néanmoins d'un ton qu'il voulait léger. Et disons qu'avoir James me sauter dessus à la première occasion n'arrange rien...

- Hé ! s'indigna James. Va pas insinuer que je suis lourd !

- Lourd ? s'esclaffa Sirius en haussant un sourcil. Ça risque pas. T'as pas un gramme de muscle sur toi, t'es un petit binoclard tout maigrichon.

- Maigrichon ? répéta James en se montrant du doigt. Moi ? On verra bien si je suis si maigrichon que ça, quand j'intégrerai l'équipe de Quidditch de Gryffondor !

- Et le revoilà parti..., marmonna Peter en secouant la tête.

James lui donna une petite tape sur la tête.

- Mais sincèrement, tu vas bien Remus ? demanda-t-il en ignorant l'exclamation indignée de Peter.

- Mais oui, répondit Remus, bien qu'il ne pouvait s'empêcher de penser que son mal de tête le tuait et que sa plaie à l'épaule commençait à le brûler. Je suis sûr que le bon air me –

Mais quelqu'un venait de passer sa tête par la porte du petit boudoir où ils étaient. Une vieille femme, les traits ridés mais délicats et les cheveux gris relevés en demie-queue les regardait en souriant.

- Remus, c'est bien ça ? demanda-t-elle en s'approchant de lui et en se penchant pour l'embrasser. Tu peux poser ton sac, tu sais. Je suis Mrs Potter, mais appelle moi Samantha, je t'en prie.

Mrs Potter ? C'était elle ? Mais elle était... vieille, pensa naïvement Remus en ayant immédiatement honte de son jugement. D'une certaine manière, il n'avait jamais imaginé que la mère de James, si jeune et plein d'énergie, puisse être si âgée.

- Re-bonjour, Sam ! la salua Sirius avec un sourire insolent.

La vieille sorcière leva les yeux au plafond mais lui adressa un sourire.

- Sirius. Tout va bien ? Tu t'es bien installé ?

- Parfaitement, merci ! répondit-il en se penchant en avant pour lui faire un baise-main.

Mrs Potter eut un léger rire puis adressa un clin d'oeil à Remus et Peter.

- Charmant jeune homme, votre ami.

- Charmant crétin, tu veux dire, rectifia James en faisant semblant de bouder. Vous allez voir, dans quelques jours ma propre mère ne saura même pas qui je suis !

- Ne dis pas de sottises, James, le sermonna gentiment sa mère. Sinon tes amis vont se demander où diable ils ont atterri. Quoiqu'il en soit, Remus, James va te faire un tour du Manoir et te montrer ta chambre. Même si je pense que vous ne prendrez pas la peine de dormir dans des chambres séparées...?

- On verra bien, répondit James en haussant les épaules.

Mrs Potter fit quelques pas en direction de la porte puis se retourna en fronçant les sourcils.

- Tes parents n'ont pas voulu venir ? demanda-t-elle à Remus. La mère de Peter est restée prendre le thé, c'est une femme très sympathique.

Remus baissa les yeux, embarrassé et mortifié par le refus de son père de l'accompagner, et sentit les regards appuyés de ses amis sur lui bien qu'il ne puisse en comprendre la raison.

- Et bien..., commença-t-il nerveusement en essayant de ne pas tripoter ses doigts. Ma mère est Moldue, et elle et la Cheminette ne font pas très bon ménage. Quant à mon père... Il... Il avait du travail, inventa-t-il. Il est désolé de ne pas avoir pu venir.

Il releva la tête et croisa le regard bienveillant de Mrs Potter, ignorant délibérément celui de ses amis.

- Ça ne fait rien, une prochaine fois ! En attendant, dit-elle en se tournant vers son fils, je ne veux pas que tu épuises Remus dès la première journée. Le pauvre garçon m'a l'air assez mal en point comme ça. Alors pas de Quidditch, ni de courses-poursuites autour du salon, ni de concours de saut en longueur ou que sais-je, d'accord ? Pourquoi ne feriez-vous pas un bon petit jeu d'échec ? Vous pourriez faire un tournoi.

Ignorant les marmonnements blasés de James qui promettait que bien sûr, ils feraient un bon petit jeu d'échecs, Remus regarda Mrs Potter quitter la pièce. Il n'aimait pas le fait qu'elle l'ait trouvé "mal en point", mais il devait reconnaitre qu'elle avait vu juste – avec la semaine qu'il venait d'avoir, il ne se sentait vraiment pas la force de faire des cabrioles dès le premier jour.

- Bon, dit James en tapant dans ses mains, on y va ? Je vais te faire visiter.

Voyant que Remus acquiesçait et se baissait pour ramasser son sac, James l'interrompit d'un geste de la main.

- GOOOOOOOOOFY ! cria-t-il de toutes ses forces.

- Par Merlin, James, il n'est pas sourd ! entendirent-ils Mrs Potter crier d'une autre pièce.

Mais à peine avait-elle terminé son sermon qu'un vieil Elfe de Maison s'était matérialisé devant eux. Remus fit un bond de surprise.

- Oui, il va falloir t'y habituer, il y en a quelques uns dans la maison, dit James en désignant le sac de Remus à l'Elfe. Mais n'y prête pas attention. Dépose ça dans ma chambre, Goofy, ok ? dit-il en s'adressant à l'Elfe.

Ce dernier s'inclina, murmura un "oui, Maitre", puis disparut avec un crac!

- Par ici, dit James en faisant signe à ses amis de le suivre.

Jusque maintenant, Remus n'avait pas prêté attention à ses alentours, ni même à la pièce où il avait atterri. Mais maintenant qu'ils avaient quitté le boudoir et débouchaient dans le hall, Remus ne pouvait qu'admirer ce qui était sans aucun doute la plus belle maison dans laquelle il ait mis les pieds.

Le manoir était splendide. Richement décoré, mais avec une finesse qui témoignait de la touche personnalisée de Mrs Potter, l'endroit ne manquait pas de prestance. De nombreux tableaux représentant les ancêtres de James décoraient les murs, et les meubles, probablement présents depuis des générations, étaient d'un bois sombre et de qualité. Mais ce qui coupa le souffle de Remus, c'était le somptueux escalier de marbre de l'entrée, qui menait vers l'étage supérieur. Jamais il n'avait vu pareil escalier, et il se mit involontairement à le comparer au miteux escalier de bois de sa maison.

- Pas mal, hein ? demanda James avec un clin d'œil, fier de son effet.

- Pas mal, en effet...

- Et tu n'as pas vu le reste ! s'exclama joyeusement Sirius. En fait, ici, tu fais grosso-modo la même tête à chaque fois que t'entres dans une pièce, continua-t-il avec l'air d'être un fin connaisseur du manoir alors que, tout comme Remus et Peter, il s'agissait de la première fois qu'il venait.

Ce qui fit penser à Remus...

- Dis, Sirius... Comment t'as fait pour venir ici ? Je veux dire... tes parents t'ont autorisé ?

Le regard de Sirius s'assombrit légèrement, mais il tâcha de le dissimuler avec un sourire.

- Oh, oui. Ma mère a pété un câble, bien-sûr, mais mon père est intervenu et a dit que c'était important que j'ai des liens avec toutes les familles influentes et blablabla... Je vais en baver pendant le reste des vacances, mais au moins je suis là maintenant.

- En baver ?

- Oh, rien de bien méchant, répondit Sirius avec un geste désinvolte de la main. Des leçons pour devenir un bon petit Sang-Pur, j'en ai déjà vu. C'est pas ça qui va me faire ressembler à mes parents, pas vrai ? Bon, on va voir Papa Potter maintenant ?

Le changement hâtif de sujet intrigua Remus qui eut l'impression que les choses étaient bien plus complexes que ça et que Sirius ne leur disait pas tout. Mais qui es-tu pour parler, Remus ?

- Il est dans le petit salon, indiqua James. Mais on y reste pas des heures, ok ? Juste un petit coucou.

Passant à côté de l'escalier, il entrèrent dans un petit salon très chaleureux où trônait un gigantesque portrait d'un vieil homme au chapeau jaune criard dont les yeux n'étaient qu'entrouverts.

- Henry Potter, chef du Mangenmagot de 1913 à 1921, dit une voix amusée qui provenait de leur droite.

Les garçons se retournèrent et virent le père de James, un journal dans les mains, qui venait de se lever de son fauteuil pour les saluer. Il était grand, étonnamment athlétique pour son âge, et avait une abondance de cheveux blancs sur la tête.

- Et moi je suis Julius Potter, ancien Auror malheureusement retraité, dit-il en s'approchant pour serrer la main de Remus.

- Euh... Remus Lupin, se présenta-t-il sommairement en acceptant la poignée de main.

- Lupin..., répéta lentement Mr Potter d'un air songeur.

Le cœur de Remus manqua un battement. Oh non oh non oh non... Il a dû connaitre mon père, je suis foutu, je suis foutu...

- Ravi de te rencontrer, enchaina le vieil homme sans en ajouter d'avantage. James nous a beaucoup parlé de toi. Il dit que tu es la voix de raison du petit groupe de terreur... Est-ce que c'est vrai ?

Soulagé que Mr Potter ne le questionne pas d'avantage sur son nom, Remus répondit:

- J'essaye de l'être en tout cas, monsieur.

- C'est bien, dit Mr Potter en lui tapotant l'épaule. Peut-être que tu réussiras à dissuader mon fils de faire exploser l'école avant sa Septième Année...

Il rigola en voyant l'expression indignée de James puis se tourna vers Sirius et Peter.

- Vous vous installez bien, les garçons ?

- Oui, merci, répondit poliment Peter en même temps que Sirius s'exclamait "Oui cap'tain !"

- Alors c'est parfait. Samantha et moi sommes ravis de vous avoir parmi nous. Même si ça signifie trois fois plus de chances de voir la maison tomber en ruines...

James leva les yeux au plafond et secoua la tête comme si son père disait quelque chose d'absurde.

- Tu nous vexes, vraiment. Bon, c'est pas tout papa, mais faut qu'on y aille ! Je dois encore montrer le deuxième étage à Remus.

- Alors allez-y, dit Mr Potter en se réinstallant dans son fauteuil et en ouvrant le journal.

Sans se faire prier, James détala en direction des escaliers, enjoignant les autres à le suivre. Ils montèrent les marches tout en discutant gaiment du planning de leurs activités, qui incluait entre autres Quidditch, courses-poursuites autour du salon, et concours de saut en longueur – en somme, tout ce que leur avait formellement déconseillé Mrs Potter de faire en ce premier jour.

- T'en dis quoi Remus ?

Le garçon, qui était resté silencieux jusque là et avait serré les dents en gravissant péniblement les marches de l'escalier, hésita un instant.

- Je ne sais pas... Ça a l'air sympathique comme programme, mais... Peut-être qu'on devrait écouter ta mère et y aller mollo le premier jour ?

- Oh, t'es pas fun, Remus..., le réprimanda timidement Peter.

James et Sirius, dans le même temps, ne firent pas de commentaires et échangèrent un long regard qui ne passa pas inaperçu par Remus. Aussitôt, il se mit à paniquer. Qu'avait-il dit de suspect ? Pourquoi cet étrange regard ? Peut-être qu'il aurait dû se taire et accepter en silence toutes les activités qui lui étaient proposées ? Au moins, il paraîtrait moins suspect...

- Mais sinon, commença Remus en essayant désespérément de se rattraper, je peux aussi –

- C'est pas grave, Remus, le coupa gentiment James. On comprend, tu sais.

- Que – Quoi ?

- T'es pas obligé de te forcer à faire quoique ce soit si tu ne t'en sens pas capable, clarifia Sirius en le regardant droit dans les yeux. On ne rira pas, on te le promet.

Inconsciemment, Remus posa une main sur ses côtes. Il vit Peter qui, après avoir à son tour échangé un regard avec James et Sirius, l'observait gravement.

- Quoi ? répéta Remus en sentant son cœur s'accélérer et ses mains devenir moites. Mais non pas du tout, je suis tout à fait capable de – je veux dire, qu'est-ce qui vous fait croire que...?

Sirius secoua la tête et regarda à droite et à gauche avant de répondre.

- Pas ici. Si on pouvait aller dans ta chambre, James...?

Son ami hocha fermement la tête et les guida vers sa chambre, la deuxième porte. L'état de nervosité dans lequel se trouvait Remus ne lui laissa même pas le temps d'apprécier la décoration très Gryffondoresque de la chambre de son ami, et il s'assit machinalement sur le lit que lui indiqua James.

- Ça ne peut plus continuer comme ça, Remus, annonça gravement Sirius en s'asseyant à son tour. Sincèrement, on était un peu bêtes. On aurait dû t'en parler plus tôt, mais on ne savait pas si... si ce serait une bonne chose vis-à-vis de toi et honnêtement, on était un peu dépassés par la situation. Mais maintenant que c'est les vacances et que tu es ici...

- On s'est dit que c'était le bon moment, acheva Peter.

- D-De quoi ? balbutia Remus, la terreur le saisissant.

Je suis fini je suis fini je suis fini je suis fini...

- Et tu nous connais, on n'est pas les rois du tact, poursuivit James avec un sourire auto-dérisoire. Et Sirius tout particulièrement. On ne sait pas comment s'y prendre et te parler de toutes ces activités alors que... Enfin, on aurait dû comprendre que tu... que tu ne te sentais pas très bien. Je veux dire... Ça fait une semaine que tu es chez toi, et tu es arrivé en retard, et avec ton père qui... Enfin, bien-sûr que ton père ne t'as pas accompagné !

- Mon père ? souffla Remus en essayant de contrôler le tremblement de ses mains.

- Ce qu'on essaye de te dire, intervint Sirius d'un ton apaisant, c'est qu'il faut qu'on parle.

- M-Mais de quoi ? s'écria désespérément Remus.

- De la situation chez toi.


Voilà pour ce chapitre ! Le prochain devrait vraiment être centré autour des vacances des garçons et j'ai hâte de le poster :) N'hésitez pas à me laisser vos impressions sur ce chapitre et à la prochaine !