Bonjour à toutes !
Comme à chaque fois et parce que ça me tient à cœur : merci pour vos reviews, mises en alertes et favoris !
On reste du côté de Bella pour cette suite ! J'avoue que j'appréhendais de vous la poster celle-là ! Quoi qu'il en soit, j'espère que ça vous plaira !
Bonne lecture !
Il m'avait fallu rouler pendant près de trois kilomètres pour atteindre notre destination, une éternité pour mon cœur angoissé. Reprendre un volant en pleine possession de mes moyens, sans notion d'urgence, avait été difficile, mais comme toujours, le soutien d'Edward avait libéré mes ailes. Les deux mains agrippées à 10h10, les yeux rivés sur la route, il avait suffit qu'il glisse ses doigts sur ma cuisse, qu'il me murmure des encouragements de sa voix rassurante, pour parvenir à me détendre quelque peu. Je m'étais mise en mode grand-mère, ne roulant pas à plus de trente kilomètres heures sur la départementale qui nous menait au petit village où nous nous étions enfin arrêtés.
Je descendis du véhicule plus vite encore que si le siège m'avait brûlée, mais une fois au dehors, respirant à plein poumons, je me sentis terriblement vivante. Edward m'interpella de l'intérieur de la voiture et je ne me gênai pas pour le rabrouer en bonne et due forme.
- Tais-toi, je savoure ! Tu mériterais même que je te laisse là et que j'aille me promener toute seule !
- C'est vrai, concéda-t-il avec amusement, mais tu ne le feras pas !
Adossée contre ma portière, je ne répondis pas, préférant le laisser mariner. Après tout, c'était de bonne guerre !
- Bella ? douta-t-il face à mon silence.
- Ça mérite réflexion ! le taquinai-je avant de lui apporter son fauteuil en riant.
Nous avancions donc tranquillement dans ce petit village de campagne, sublime et fleuri, fait de vieilles bâtisses en pierres grises, de monuments à l'architecture conservée, d'une petite fontaine au milieu d'un parc bordant la mairie, de maisons rustiques. Le soleil nous réchauffait et faisait ressortir le côté pittoresque des lieux, tandis que les fleurs coloraient et égayaient le paysage. Tout semblait paisible ici et je me détendis enfin, ne pensant plus à rien, laissant mon regard vagabonder, marchant lentement aux côtés d'Edward, les pouces crochetés dans les passants de mon jean.
Nous nous éloignâmes du centre du village pour prendre des rues annexes, toutes aussi jolies, et mon regard porta au loin, vers une sublime église. Je n'étais pas une grande fan du genre, mais il fallait avouer que celle-ci était superbe. Minimaliste, de style classique, sans prétention et pourtant pleine de détails. Là encore, des fleurs sur l'avant venaient égayer le monument. Absorbée par ma contemplation, je ne me rendis compte qu'Edward s'était arrêté qu'au son de sa voix.
- Voilà …
Je le rejoignis aussitôt et le fixai sans comprendre pourquoi il se posait là, au milieu de cette rue.
- Qu'est-ce qui se passe ? m'enquis-je. Tu fatigues ?
- Non.
Il ancra son regard au mien et je le sentis nerveux, inquiet. Il se mordit les lèvres, s'éclaircit la gorge et reprit, la voix tremblante, à peine audible.
- Les allées sont étroites et faites de cailloux, alors je vais rester ici.
J'observai alentours sans réellement comprendre et mon cœur eu un raté, s'emballa ensuite, apeuré, effrayé, devant ce que je pensais saisir. J'écarquillai les yeux, oscillant entre la grille, seule ouverture à ce long mur à quelques mètres de moi, et le regard inquiet d'Edward.
- Avance tout droit sur environ trois cents mètres, ensuite ce sera plus loin, sur la gauche. C'est la blanche avec un ange dessus.
Cette fois, mon souffle se coupa et je fus incapable de tout mouvement. Je le fixai, désespérée, les yeux brûlants et remplis de larmes menaçantes. Je voulu parler, lui demander pourquoi, comment, lui dire merci, lui dire je t'aime, mais rien ne sortait. J'étais pétrifiée, tremblante et bouleversée. Je restais ainsi de longues secondes, inerte, avant qu'Edward ne me sorte de ma torpeur en ouvrant lui-même la grille, sans un mot, sans un bruit, en m'encourageant simplement d'un signe de tête.
J'acquiesçai nerveusement, légèrement, je ne fus même pas certaine qu'il perçut mes mouvements. Passant près de lui, je ne pus m'empêcher de l'effleurer, à peine, juste l'épaule, d'un doigt discret. J'avais besoin de lui, de sa force pour avancer, pour affronter la dure réalité de ce passé désormais bien présent.
Mes pas était lents, hésitant et pourtant j'avançais sans m'arrêter, regardant vers la gauche à la recherche de l'ange que je me devais de découvrir. Les larmes brouillant ma vue, je clignai des yeux, très fort, pour les laisser couler, ne cherchant même pas à les essuyer. Mon regard se porta sur d'autres pierres tombales et je ne pus m'empêcher de lire les épitaphes, les mots gravés sur toutes ces plaques de marbre. ''A ma mère'', ''à mon père'', ''à notre grand-mère bien aimée'', ''à mon enfant parti trop tôt, nous t'aimerons à jamais''. Un sanglot, impossible à refréner, la souffrance de tous ces gens, de ''tous ceux qui restent'' me heurta de plein fouet. Je la ressentais, je la partageais, comme si je la vivais avec eux. Je ressentis cette douleur, forte, insupportable, impitoyable. J'étais envahie, je ressentais tout, j'étais ces gens, j'étais cette souffrance. Des flashs, soudain, des voix …la tête me tourna, mon cœur cessa de battre.
...
- Putain les mecs sérieux vous faites vraiment chier !
- Ouh ma petite sœur est vulgaire ! se moqua Jasper en articulant difficilement.
- Ouai je suis vulgaire et je vous emmerde ! Y en a marre ! Vous avez quel âge ?! Regardez vos gueule ! On dirait de vraies loques !
- Oh c'est bon Bella ça va on s'amuse ! Me rabroua Rachel.
- On s'amuse ?! J'ai l'air de m'amuser là ?! C'est le pire anniversaire de toute ma vie ! Vous ne pouviez pas me foutre la paix ? Merde !
- Sérieusement, t'es lourde Bella ! continua ma meilleure amie malgré ma colère. On t'a organisé une fête, on s'est tous démerdés pour se libérer en pleine semaine et toi tu passes ton temps à râler ! Tu ne sais faire que ça ! T'es jamais contente de rien !
- Excuse-moi de ne pas apprécier le spectacle ! crachai-je, sarcastique et mauvaise.
J'évitai de justesse de me faire vomir dessus par une Rosalie à la limite du coma éthylique, agrippée à moi pour ne pas s'écrouler. J'attrapai ses cheveux d'une main et la maintins de l'autre avant de l'amener à la voiture.
- Et toi, t'as vu dans quel état tu t'es mise ? la sermonnai-je doucement, aussi agacée que peinée de son état.
Je l'installai à l'avant de la vieille fiat de ma future belle-sœur qui s'approcha en râlant de plus belle.
- Ah non hein ! Je ne conduis pas avec un déchet pareil à côté de moi !
- Tu ne conduis pas tout court surtout ! assurai-je sans laisser place à une éventuelle discussion.
- T'as de l'espoir ma grande ! C'est ma bagnole !
- C'est un cercueil à quatre roues ton truc ! Et t'as bu ! Il est hors de question que tu touches ce volant !
- Putain lâche-moi merde ! T'es chiante à la fin ! Je comprends même pas pourquoi on continue à se faire chier à te traîner avec nous !
- Parce que je vous sers de chauffeur bécasse ! aboyai-je, insensible à ses paroles.
- Jacob s'en charge très bien ! contra-t-elle avec aplomb, l'esprit embué d'alcool.
- Jacob ne peut pas conduire deux bagnoles en même temps ! File-moi tes clefs !
Je tendis la main, attendant qu'elle cède, et sans lâcher son regard qu'elle avait d'inquisiteur, je hurlai sur Mike et Paul.
- Eh les déchets ! Vous montez à l'arrière ! Tout de suite !
Puis revenant vers Rachel, je repris mon ton autoritaire.
- Toi tu me donnes ces fichues clefs et tu les rejoins à l'arrière !
- Y a pas assez de place pour nous trois à l'arrière ! nargua-t-elle en chantonnant presque.
- Tu préfères que je te charge dans le coffre ?!
Elle grimaça telle une gamine capricieuse, sachant pourtant que j'étais parfaitement capable d'exécuter mes menaces.
- Vas te faire foutre !
Elle me poussa violemment, me faisant trébucher et tomber à terre, déclenchant les rires bovins des boulets ivres qui me servaient d'amis. Je me relevai vite et agrippai son épaule pour la tirer en arrière avant qu'elle n'atteigne le siège.
- Putain Rachel ! Ce que tu peux être conne quand t'as bu ! Donne-moi ces clefs ou je te jure que je te les prends de force !
Elle se mit à rire pas vraiment bourrée, elle était cependant plus qu'éméchée. Elle mit le trousseau dans son décolleté et me provoqua par une danse ridicule.
- Viens les chercher !
Je la fixai, dépitée et affreusement gênée de la voir se donner ainsi en spectacle. Je lançai un regard désespéré vers Jacob, bien trop occupé à charger mon propre frère, rendu totalement inerte par ses excès. Leah était assise contre un pneu, dormant à même le sol, la bouche ouverte et de travers, Maria, installée à ses côtés s'adonnait à un monologue incompréhensible qui semblait pourtant bien drôle compte tenu de son hilarité. Angela et Jessica était déjà dans la voiture, la tête de cette dernière passant par la vitre ouverte, essayant de vider le contenu de son estomac déjà vide.
Le spectacle était désolant, déplorable, pathétique. Je n'avais jamais compris les raisons qui les poussaient à se conduire de la sorte. Nous avions tous une vie plus ou moins confortable, aucun de nous ne traînait de lourdes casseroles derrière lui, pas à ma connaissance tout du moins.
Était-ce l'insouciance ? Le désir de repousser ses limites, de ne plus rien contrôler, ni son esprit ni son corps ? A quoi cela servait-il ? Boire jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à tomber, jusqu'à ne plus être plus capable de rien. Avoir une gueule de bois le lendemain, vomir à s'en brûler l'œsophage, subir ce fameux trou noir, ne plus se souvenirs des événements de la veille. ''Se la mettre minable'' comme ils disaient, je n'avais jamais compris l'intérêt.
Ils avaient beau regretter lorsque la migraine les frappait dès leur réveil, avoir honte lorsque, furieuse, je leur exposais leurs paroles et leur actes, ils recommençaient à la moindre occasion.
Jacob relativisait bien plus que moi, était beaucoup plus tolérant, prétextant simplement notre jeunesse. Même lorsque Rachel se livrait à sa propre humiliation en public, rien ne l'avait jamais réellement choqué.
Pour ma part je détestais ça. Je détestais me battre seule face à leurs comportements, passer pour une rabat-joie lorsque je tentais de leur expliquer les risques de telles pratiques, être la fille trop sérieuse sermonnant les autres en permanence. Je détestais voir mon frère frôler le coma éthylique, ma sœur me vomir dessus, ma meilleure amie devenir si insupportable et agressive qu'elle provoquait en moi l'envie irrépressible de la gifler. D'un ange lorsqu'elle était sobre, elle se transformait en véritable démon. L'alcool rend parfois joyeux ou idiot, chez elle, il la rendait méchante, à tel point que je devais subir des heures et des heures de pleurs et d'excuses dès son retour à la sobriété.
Détachant mes yeux du navrant spectacle au loin, je revins vers Rachel, installée au volant, agitant ses clefs à ma barbe. La colère disparue instantanément, laissa place à la fureur, à une rage indicible. Je me ruai vers elle et l'arrachai littéralement à son siège, la jetant par terre sans ménagement avant de la plaquer au sol pour voler son trousseau. Elle hurlait, m'insultait mais je n'entendais même pas ses mots. Je la relevai, toujours sans aucune douceur, et la traînai vers le siège passager, juste derrière Rosalie. Son visage était griffé par les graviers sur lesquels je l'avais immobilisée mais je m'en fichais royalement. Elle me remercierait de mon accès de violence dès que les vapeurs d'alcool la quitteraient, j'en étais persuadée. J'usai de ma voix la plus dure, la collai contre le dossier avec force.
- Je te préviens, tu bouges, je t'en colle une !
Je refermai la portière sous ses hurlements et, les mâchoires serrées et les poings crispés, je pris la place du conducteur.
...
J'aperçus l'ange au loin, en marbre blanc, simple mais magnifique, il ne pouvait pas mieux la définir. J'avançai toujours aussi lentement, mais mes yeux ne le quittaient plus. Je ne pouvais plus regarder les autres pierres, le chérubin emprisonnait mon regard, m'obnubilait littéralement. Je me devais d'avancer, je le lui devais, aussi douloureux et redoutable soit ce moment. Je ne voyais plus rien d'autre que ce blanc éblouissant, continuai pourtant de me sentir envahie par les émotions et la souffrance des lieux. J'arrivai au bout du chemin, il ne me restait plus que quelques mètres. D'autres images revinrent alors, j'entendis les mêmes voix … Mon cœur cogna plus fort encore, ma gorge se serra douloureusement, mes poumons refusèrent de se remplir.
...
- Oh punaise, je crois que je vais vomir ! C'est de ta faute ! Tu conduis comme un manche !
- Tais-toi et gerbe en silence ! M'en fou c'est ta bagnole, pas la mienne !
- T'es pas chiée merde ! Mais comment tu me parles !
Rachel se tourna vers son voisin direct, visiblement inconscient.
- Hein qu'elle conduit comme une merde ! Et Mike ! Hein que t'es malade toi aussi ? Hé oh !
Elle se mit à rire tout en donnant des tapes sur le crâne probablement anesthésié de notre ami.
- Eh bah je crois qu'y en a un qui va avoir mal aux cheveux demain ! Tu devrais vomir ça ira mieux p'tit blondinet !
Je m'agaçais de plus en plus, ne pouvait-elle pas le laisser cuver en paix ? Une comme elle, c'était déjà bien suffisant ! J'entendis quelques gémissements, suivis d'un haut-le-cœur.
- C'est bien mon coco, vas-y !
Mon coup d'œil dans le rétroviseur réactiva ma colère lorsque je vis Rachel tenir la tête de Mike en arrière, les doigts enfoncés dans sa gorge pour tenter de le faire vomir.
- Non mais ça va pas ?! hurlai-je.
Je me retournai une seconde pour lui écarter le bras et l'obliger à le lâcher, une seconde de trop. La main de Rosalie agrippa ma cuisse, enfonçant ses ongles dans ma chair, et son hurlement déchira l'air.
Je tentai de retenir mon volant mais c'était déjà trop tard. Tout s'agitait, tout tournait, ma tête heurta la carrosserie intérieure, ma sœur s'écrasa littéralement contre moi avant d'être éjectée contre la portière opposée, le haut de son corps passa au travers de la vitre ouverte malgré la ceinture de sécurité, revint dans l'habitacle, ses membres défiant les lois anatomiques.
Des poids me heurtèrent, furent ballottés à l'intérieur du véhicule. Tout se mélangeait, je ne parvenais plus à m'orienter, je ne parvenais plus à déceler ce que je tentai d'attraper et de retenir, sentis mes os se briser. La douleur, les cris principalement les miens puis le choc, violent, suivi d'un bruit sourd lorsque la voiture s'immobilisa enfin.
...
Je fixai le chérubin, immaculé, lisse et brillant, avant de laisser glisser mes yeux vers l'épitaphe.
Rosalie Swan 1981- 2009. ''A notre merveilleuse fille, à ma sœur, tu resteras à jamais dans nos cœurs''. Le visage de ma sœur me fixait, souriant, rayonnant, magnifique, telle qu'elle l'avait toujours été. Cette photo était sublime, lui rendait justice, m'acheva pourtant. Le vertige me gagna une fois de plus, mon cœur et mes poumons s'accordèrent et cessèrent de fonctionner. Mes jambes flageolèrent jusqu'à ne plus pouvoir soutenir mon poids, mes genoux heurtèrent le sol, les graviers s'enfoncèrent dans ma chair mais je ne les sentis pas. La douleur de mon âme, elle, me mit à l'agonie. Je gémis, difficilement tant ma gorge me comprimait, et mes mains se plaquèrent au sol. Je suffoquai bruyamment, douloureusement, et lorsque la souffrance, indicible et inimaginable, m'emporta trois ans en arrière, mes ongles griffèrent la terre et se cassèrent entre les cailloux. Je ne supportais plus, j'étais incapable d'endurer plus, j'allais sombrer à coup sûr. J'usai de mes dernières forces, vidai l'air de mes poumons, hurlant tel un animal blessé et suppliant qu'on l'achève, à l'agonie. Les trois dernières années n'existaient plus, nous étions de nouveau cette nuit du douze au treize mars, à deux heures du matin passées de quelques minutes. Nous étions de nouveau cette nuit où j'aurais tellement souhaité mourir.
...
Je ne savais plus où j'étais, je ne ressentais plus que la douleur et une effroyable envie de dormir. Je tentai de me rappeler mais la souffrance étouffait mes souvenirs. J'ouvris les yeux, difficilement, mis un moment à me rendre compte que je me trouvais tête en bas, les bras ballants et ankylosés. Je tournai mon regard à la recherche d'indices, ne vis qu'une masse blonde à ma droite, des mèches rouges et poisseuses, un goutte à goutte sanglant remplissant une marre déjà conséquente sous la tête de ma sœur.
Je voulu l'appeler, ne pus qu'émettre un râle douloureux. Des images me revinrent alors et ma respiration se fit soudain difficile lors que la mémoire me frappa enfin. J'étouffais, littéralement, mon cœur se comprimait, la panique m'envahissait, mes poumons refusaient de se remplir.
Il fallait que je sorte, que je me détache de ce siège, que je soigne ma sœur, que je sauve mes amis. Je tentai de relever mes bras, y arrivai au prix d'une atroce douleur, d'un cri, long, sauvage et animal.
Je retombai lourdement, sur la tête, vrillant mes cervicales, sentant mes os craquer, mon dos se briser sous ma chute. Mes jambes s'étalèrent mollement et je restai coincée ainsi, incapable de tout mouvement, incapable de me dégager de cette position qui ne faisait que m'étouffer encore plus. J'avais mal, terriblement, comme si on m'avait rouée de coups, comme si je les subissais encore et encore.
Ma main tenta d'agripper une poignée, de trouver un appui pour pouvoir me dégager mais je ne sentis qu'un membre, froid et humide, collant. Des hurlements, encore et encore, les miens, toujours, face à ma douleur physique, face à la réalité qui me poignardait, plus insupportable que mes blessures et mon squelette que je savais brisé. Je réussis à pivoter légèrement, fut emportée par le poids du bas de mon corps. Plus rien ne répondait, je voyais le sang, devinais les fractures, les luxations qui déformaient mes membres, mais je ne sentais rien, je n'étais de toute façon plus que souffrance. Je criais toujours, pleurais et suffoquais en même temps, cherchant au fond de moi à réunir le peu de force qu'il me restait pour tenter de venir en aide à ma sœur, à Rachel, étalée à terre tout comme moi, à mes amis, dont les corps avaient été éjectés de la voiture lors des tonneaux. J'allais mourir, je le savais et l'acceptais, j'allais souffrir, je le méritais de toute façon.
Le goût métallique du sang dans ma bouche, son odeur mêlée à celle, brûlante et écœurante de l'essence, le silence que seul ma voix inhumaine perçait je sombrais peu à peu dans la folie, pourtant terriblement consciente de ce qui se jouait pour moi, de ce que je venais de provoquer. Je me traînai à la maigre force de mes bras, approchai du corps de ma sœur, croisai son visage déformé et ensanglanté. Ses yeux ouverts et immobiles semblaient me fixer et me dire ''regarde ce que tu as fait''. Mes hurlements redoublèrent, je criai ma panique, ma douleur, cette souffrance indescriptible, cette atrocité. Je tentai de l'appeler, de me relever pour la toucher mais j'en étais incapable, retombant lourdement, entaillant de plus belle ma peau déjà lacérée par les bris de verre. Ma main effleura le bras de Rachel et la raison me quitta. Je tirai sur son membre, peu m'importait que je le brise, il fallait que je la sorte du véhicule. L'odeur se faisait de plus en plus forte et je savais qu'une si vieille voiture ne résisterait pas longtemps à l'embrasement. Je plantai mes ongles dans sa chair, et la traînai, encore, arrachant sa peau parfois, mes doigts glissant à cause du sang qui maculait son corps entier. Je tentai de saisir ses poignets, me rendis compte que l'accident l'avait mutilé, mais je redoublai d'effort, y laissant mes dernières forces, réussissant par je ne sais quel miracle à la traîner contre moi. Nous étions coincées, à jamais prisonnières de ce cercueil à quatre roues. Je m'effondrai, serrant ma meilleure amie dans mes bras, clouée juste sous le cadavre de ma sœur, apercevant une moitié de corps au loin, Paul me sembla-t-il aucune trace de Mike. Des milliers de poignards me transpercèrent et je hurlai à la mort, la suppliant de venir me prendre, de me libérer et d'épargner les autres si cela était encore possible. J'aurai probablement pu ramper et sortir seule, sauver ma peau, mais je voulais mourir, je ne voulais plus sentir, je ne voulais surtout pas survivre à ça.
Je sombrais peu à peu, mes cris n'étaient plus que des gémissements à peine audibles. Je devinai la chaleur, la brûlure du moteur en surchauffe sous mes jambes ce n'était plus qu'une question de minutes. J'allais probablement brûler vive. Tant pis, c'était le prix à payer.
Des lumières rouges et bleues, un vent glaciale, du monde qui s'agitait, me mobilisait sans que je puisse résister, des visages qui tentaient de maintenir mon cou en place, mais je n'obéissais pas. J'étais seule, désespérément, Rachel n'était plus dans mes bras, Rosalie n'était plus suspendue au dessus de ma tête. Un groupe en blanc s'activait autour de moi, un autre enfournait un brancard dans ces véhicules médicalisés que je ne connaissais que trop bien.
Des draps au sol recouvraient des masses qui avaient à peine forme humaine les corps déchiquetés et morcelés de mes amis … Les cris ne s'échappaient plus de ma gorge, je n'y parvenais plus, je n'avais plus de force, il m'était même impossible de garder les yeux ouverts.
Cette fois je ne pouvais plus bouger, j'étais attachée, totalement immobilisée. Mon souffle me quitta lentement, mon cœur s'éteignit peu à peu, je pouvais le sentir et je l'acceptais, reconnaissante. Tout sauf survivre à ça …
Bon, si vous me cherchez, je suis cachée sous mon lit et je me ronge les ongles en attendant vos avis !
