Bonjour

Voici le 37ème chapitre. Plus que trois et cette histoire sera finie. Petite précision ici : ce chapitre se passe plusieurs mois après le précédent. Il se situe à une semaine de la fin du contrat passé entre Dean et Cas. Autre précision : cette histoire se finit bien même si ce chapitre et le suivant pourraient vous faire penser le contraire.

Sur ces bonnes paroles, merci encore mille fois de votre fidélité.

Bonne lecture et à lundi !

Sydney8201

Musique du chapitre :

Behind blue eyes de Limp Bizkit

Chapitre 37 : Dernier défi

« Ce sont les épreuves qui nous révèlent. Elles nous mettent au défi de nous dépasser et de nous voir dans notre propre réalité »

Anonyme

Un an. Trois cent soixante cinq jours. Des milliers d'heures. Des millions de secondes. C'était ce que Castiel avait accordé à Dean pour lui sauver la vie. Une durée qui lui avait semblé incroyablement longue le jour où il avait signé ce ridicule contrat que son ami avait insisté pour écrire. Un temps qui s'était écoulé incroyablement rapidement en fin de compte.

Castiel avait parfois du mal à se rendre compte qu'ils arrivaient au terme de cette année. Qu'ils approchaient de la fin de leur contrat.

Tout avait changé durant cette année. Castiel en premier lieu. Il n'était définitivement plus le même. Au cours de ce laps de temps, il en avait appris énormément sur lui même. Il avait découvert des choses qu'il n'aurait jamais soupçonnées. Il avait réalisé combien il s'était menti à lui même jusqu'à présent. Il avait ouvert les yeux pour de bon et avait alors compris qu'il avait été aveugle trop longtemps. Il avait été idiot de se résigner. Idiot de penser qu'il n'avait aucune raison de vivre. Il pouvait accomplir des choses. Vivre des aventures. Il pouvait avoir envie de se lever le matin. Il pouvait avoir envie de vivre pour savoir ce que le futur lui réservait. Il n'avait pas à avoir honte de ce qu'il était. Plus important encore. Il pouvait compter pour les gens. Il pouvait faire autre chose qu'exister dans un monde qui se fichait de lui.

La liste était tellement longue que Castiel ne savait pas s'il était capable de l'établir réellement.

Tout lui semblait différent. Les gens autour de lui. Le travail. Le sexe. Les relations humaines. Il avait encore des choses à découvrir. Des sentiments à expérimenter. Des émotions à vivre.

Cette année n'était pas une fin. Elle était un début. Celui du reste de son existence. Celui qui marquait un nouveau départ.

Ces derniers mois avaient été révélateurs. Il avait trouvé un nouveau travail. Ce n'était pas la carrière dont il avait rêvé toute sa vie. Bien au contraire. Il avait été engagé pour servir des clients dans un café non loin de chez lui. Mais les horaires étaient flexibles et le personnel chaleureux. Il se sentait considéré et respecté. C'était quelque chose qu'il n'avait jamais connu chez Sandover. C'était Dean qui lui avait trouvé le poste. Lui qui l'avait convaincu de l'accepter. Dean, encore, qui l'avait persuadé qu'en prenant ce travail, il aurait le temps nécessaire pour s'adonner enfin à sa véritable passion. Castiel écrivait à nouveau. Pour la première fois depuis des années, il avait retrouvé l'inspiration. Le sujet de son livre s'était imposé à lui sans qu'il ait besoin de réfléchir. Il allait écrire sur lui. Sur Dean. Sur l'importance que la vie pouvait avoir quand on ouvrait enfin les yeux sur ce qu'elle avait à offrir. Il tournerait cela comme un roman. Mais l'histoire serait la sienne.

Il avait été surpris de voir à quel point il avait été ensuite facile pour lui d'écrire ligne après ligne. Mots après mots. Parfois, il écrivait pendant des heures sans s'arrêter. Il ne savait pas s'il avait une chance de se faire publier. Mais il n'avait plus peur d'essayer.

Ce n'était pas le seule chose nouvelle dans sa vie. Gabriel et lui avaient également retrouvé une vraie relation de frères. Ils étaient redevenus proches. Castiel avait rencontré Kali et ils s'étaient parfaitement entendus. Il avait aussi développé une amitié forte avec Jess et Sam. Il était devenu ami avec certains de ses collègues. Jamais avant il ne s'était autant senti entouré.

Dean, de son côté, continuait de travailler au salon de tatouage. Son exposition avait toutefois été un succès retentissant. Il avait vendu plusieurs de ses dessins et avait accepté d'exposer à nouveau d'ici quelques mois. Castiel n'était pas le seul à avoir connu des changements. Il n'était pas le seul à avoir vécu un immense bouleversement. Dean n'était plus le même homme que celui qu'il avait rencontré sur le toit d'un immeuble le soir où il prévoyait de se donner la mort.

Et Castiel l'aimait un peu plus jour après jour. Il n'avait jamais cru qu'il était possible d'aimer quelqu'un avec autant de force. Dean lui avait prouvé le contraire.

Ils n'étaient toutefois pas en couple. N'avaient même pas évoqué le sujet. Leur relation était simple et les satisfaisait tous les deux. Le sexe était génial. Ils riaient ensemble. Se lançaient des défis insensés. Parlaient de tout et de rien. Castiel n'avait plus couché avec qui que ce soit d'autre depuis qu'il avait passé cet arrangement avec Dean. Le jeune homme non plus. Cela faisait sans doute officieusement d'eux un couple qui refusait de mettre un nom définitif sur leur relation. Et c'était sans doute mieux ainsi.

Castiel aurait voulu pouvoir s'en contenter jusqu'à la fin de sa vie. Mais après de longs mois à reconstruire sa vie et à s'imaginer un futur, il avait commencé à avoir envie de plus. Il ne s'était jamais imaginé vivant une vie dite « normale ». Il avait même appris à détester ce mot au contact de Dean. Mais il ne pouvait pas nier qu'il rêvait de pouvoir enfin dire qu'il avait quelqu'un dans sa vie. Pas uniquement un ami avec qui il couchait de temps en temps. Pas uniquement un homme qui restait quelques heures avec lui mais ne passait jamais la nuit dans ses bras. Il voulait construire quelque chose de durable. Et il voulait le faire avec Dean.

Ça n'avait été qu'un doux rêve pendant quelques semaines. Une idée qu'il emportait avec lui quand il s'endormait. Mais alors que la fin de leur année de contrat approchait, ce qui n'avait été qu'un rêve était devenu un désir fort qu'il ne pouvait plus ignorer. Il voulait faire sa vie avec Dean. Et il voulait que le jeune homme en ait envie aussi.

Castiel avait fini par réaliser que c'était la seule chose qui lui manquait encore pour pouvoir enfin se dire heureux. Et même s'il aimait sa nouvelle vie, il doutait de pouvoir la mener à bien s'il n'obtenait pas l'accord de Dean.

Il avait tenté d'aborder le sujet plusieurs fois ces derniers jours. Mais il n'avait jamais eu le courage de mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Et son ami ne semblait pas se douter de ce qu'il cachait. Il semblait parfaitement heureux avec ce qu'ils partageaient. Il ne semblait pas aspirer à plus.

Castiel était terrifié. Car malgré tous les changements qu'il avait connus, il savait qu'un refus de son ami risquait de le faire replonger. Pour de bon cette fois sans doute.

Castiel avait fini par en parler à Gabriel. Il avait fait l'erreur de tout garder pour lui pendant trop d'années. Il savait où cela l'avait conduit. Il ne voulait surtout pas recommencer la même erreur.

Gabriel l'écouta sans l'interrompre. Puis après un long silence, il conseilla à Castiel de prendre son courage à deux mains. De parler à Dean. De lui dire toute la vérité. Il semblait sûr que ses sentiments étaient réciproques. Il semblait convaincu que tout se finirait bien. Castiel savait qu'il avait raison sur un point au moins. Il ne pouvait pas continuer à se mentir et à mentir à Dean éternellement. Il lui restait quelques jours avant que leur contrat se termine et il devait en profiter pour parler à son ami. Pour lui lancer son dernier défi. Celui de lui donner une chance.

Il choisit donc de faire ce que son frère lui conseillait. Il invita Dean chez lui pour dîner. Il ne lui donna aucune explication quand son ami lui demanda ce qu'il avait en tête. Se contenta de lui donner l'heure du rendez vous.

Dean n'était pas quelqu'un de ponctuel. Mais à la grande surprise de Castiel, il arriva à l'heure demandée. Il ne semblait pas se douter de l'importance de cette soirée pour son ami. Ne semblait pas inquiet de ce qui allait se passer. Mais le simple fait qu'il soit arrivé à l'heure prouvait qu'il avait au moins conscience que Castiel avait prévu quelque chose.

Ils mangèrent les pizzas que Dean avait apportées avec lui devant la télévision. Castiel faisait de son mieux pour entretenir la conversation. Mais son cerveau préparait déjà ce qu'il allait dire ensuite. Il avait imaginé ce moment des centaines de fois depuis sa conversation avec Gabriel. Il avait tenté d'envisager toutes les issues. Les bonnes comme les mauvaises. Mais il ne se sentait pas prêt pour autant. Il doutait de pouvoir l'être un jour.

Quand ils eurent fini de manger, Dean semblait impatient de savoir pourquoi Castiel lui avait dit de venir. Il finit par poser franchement la question. Castiel avait plusieurs options à présent. Il pouvait mentir. Il pouvait tenter de retarder l'échéance. Il pouvait enfin tout avouer à Dean sans attendre. Il choisit finalement une toute autre option.

- On est bien ensemble non ?

C'était une question à laquelle il avait déjà une réponse. Il savait ce que lui en pensait. Ils étaient bien ensemble. Ils étaient proches et heureux quand ils étaient l'un avec l'autre. Mais il y avait encore trop de non dits pour que tout soit réellement parfait. Il était temps d'y mettre un terme. Temps aussi sans doute de faire un point sur l'année qui venait de s'écouler. Un bilan qui pourrait peut être leur permettre de prendre une nouvelle direction.

- Bien sûr qu'on est bien ensemble Cas. Pourquoi cette question ?

Dean semblait réellement surpris. Il était sincère. Castiel n'en doutait pas une seconde.

- Tu sais que ça fera bientôt un an qu'on se connaît. Une année entière et c'était … commença t-il en regardant devant lui sans réellement voir quoi que ce soit.

- Le temps qu'on s'était accordé pour trouver un sens à nos vies. Je me souviens Cas. Dans moins d'une semaine, cela fera un an tout juste.

Ils n'avaient plus reparlé de la fin de leur contrat depuis plusieurs mois maintenant. Dean semblait penser qu'il était acquis que tout allait enfin mieux pour eux. Et dans un sens, il n'avait pas tort. Mais il ne savait pas tout non plus.

- Depuis quelques jours, je … je tente d'établir un bilan de cette année. J'essaie de déterminer ce que j'en ai retiré et ce qui a changé. Ce n'est pas … ce n'est pas simple.

Il tourna le visage vers Dean et fronça les sourcils en lisant l'inquiétude sur le visage de son ami. Il ne voulait pas lui faire peur. Il cherchait juste le meilleur moyen de lui dire ce qu'il avait sur le cœur sans se montrer trop direct. Il aurait aimé que Dean comprenne sans qu'il ait besoin de lui dire. Il doutait toutefois que cela se passe ainsi.

- Qu'est-ce que tu cherches à me dire Cas ? Je pensais que ça allait mieux pour toi et … ne me dis pas que tu penses à … que tu songes sérieusement à en finir.

Castiel secoua aussitôt la tête. Non. Il n'avait plus envie de mourir. Il n'était pas totalement heureux pour autant. Il avait encore des choses à régler.

- Je ne vais pas … non. Ce n'est pas ce que je veux te dire. Mais ce n'est pas un jour ordinaire … ce ne sera pas juste un jour de plus. Il marquera la fin d'une année qui a tout changé pour moi. Qui m'a permis de réaliser que je pouvais avoir envie de vivre. Que j'avais le droit de désirer certaines choses. Et que je n'avais sans doute pas obtenu tout ce que je voulais depuis notre rencontre.

Pendant une seconde, Dean le dévisagea en silence. Il soupira ensuite longuement avant d'hausser les épaules.

- Tu sais Cas … une année c'est beaucoup mais c'est également trop peu pour obtenir tout ce dont on a envie. C'est un travail de longue haleine. Être parfaitement heureux demande des efforts. Tout ne peut pas se régler aussi facilement. Tu as fait des progrès incroyables mais il te faudra plus qu'une année pour effacer tout ce que tu as vécu par le passé. Il te suffit de mettre des mots sur ce que tu veux et faire en sorte ensuite de l'obtenir.

C'était là tout le problème. Castiel savait parfaitement ce dont il avait envie. Mais il ne savait pas comment le dire clairement. Il ne trouvait pas les mots à prononcer pour le faire comprendre à Dean. Et il était terrifié par les conséquences.

- Il n'y a pas quelque chose que tu voudrais toi et que tu n'as pas encore réussi à obtenir ?

Il voulait donner une chance à Dean de lui dire ce qu'il avait envie d'entendre. C'était probablement injuste. Le jeune homme ne pouvait clairement pas deviner ce qui se passait dans sa tête. Mais il continuait d'espérer bêtement que Gabriel avait vu juste. Que ses sentiments étaient réciproques.

- Et bien si … comme tout le monde je suppose. Il y a des choses que je n'ai pas encore osé faire … j'adorerais sauter en parachute mais c'est difficile parce que j'ai peur de l'avion. Et j'aimerais assez acheter une maison pour pouvoir prendre un deuxième chien. J'espère pouvoir obtenir tout ça dans l'avenir. Mais pour le moment, je me contente de ce que j'ai. Parce que c'est déjà beaucoup. Et je suis heureux. Il faut savoir apprécier le moment présent et ne pas toujours chercher à conditionner son bonheur à ce qu'on pourrait potentiellement obtenir dans le futur.

Castiel hocha la tête. Dean avait raison. Mais ça ne changeait pas ce qu'il ressentait. Il ne pouvait plus se contenter uniquement d'être l'ami du jeune homme. Il avait essayé durant de longs mois. Il était obligé à présent d'admettre que cela ne suffisait plus.

- Ce n'est pas ce que j'entendais par là. Ce que je me demande c'est si … si parfois, tu n'as pas l'impression que quelque chose te manque … que tu passes à côté de quelque chose de merveilleux. Quelque chose qui est à ta portée mais que tu refuses de tenter de saisir uniquement parce que tu as trop peur pour prendre ce risque.

- Quelque chose comme quoi ?

Castiel allait devoir le dire. Il était évident que Dean ne le ferait pas à sa place. Il détourna alors les yeux et prit une profonde inspiration. Il avait la tête qui tournait et son cœur battait beaucoup trop vite dans sa poitrine. Il avait la sensation d'être au bord d'un précipice, prêt à sauter. Sans savoir si le sac qu'il avait sur le dos contenait ou non un parachute. S'il allait atterrir en douceur ou s'écraser violemment au sol. C'était terrifiant.

- Comme … tu n'as pas envie de tomber amoureux ? De construire ta vie avec quelqu'un ?

Il espérait que cette fois Dean comprendrait enfin ce qu'il voulait lui dire. Mais sans regarder le jeune homme, il était difficile de savoir s'il en avait pris conscience ou non. Il était toutefois incapable de soutenir son regard. Il n'était pas suffisamment fort pour ça.

- Cas, tu as rencontré quelqu'un ?

Castiel ne put s'empêcher de rire tristement pendant une seconde. Comment Dean pouvait il penser une seconde qu'il parlait de quelqu'un d'autre que lui ? Il semblait complètement aveugle alors que tous leurs proches avaient compris ce qui se passait. Dean était quelqu'un d'intelligent. Mais quand il était question de sentiments, il semblait incapable de réfléchir convenablement.

- Non Dean, je … je n'ai pas rencontré quelqu'un. Du moins pas quelqu'un pour qui j'aurais développé ce genre de sentiments.

- Alors pourquoi m'en parler ? Demanda aussitôt le jeune homme.

- Parce je suis amoureux Dean. Parce que je le sais depuis un moment maintenant et que je ne peux plus l'ignorer plus longtemps.

Pendant quelques secondes, le silence s'installa entre eux. Castiel ne voyait pas quoi dire de plus. Il était presque sûr que son ami avait besoin d'un moment pour assimiler ce qu'il venait d'entendre. Pour en tirer les conclusions nécessaires. Il était inutile d'en dire plus.

- Cas … commença alors Dean dans un murmure.

Il avait compris. Castiel en était sûr à présent. Il prit donc son courage à deux mains et tourna à nouveau le visage vers son ami. Ce qu'il lut dans ses yeux le bouleversa complètement. Dean était surpris. Mais il était aussi inquiet. Et triste. Ça ne pouvait pas être bon signe.

- Cas, je ne crois pas qu'on … tenta le jeune homme ensuite.

Castiel lui fit alors signe de se taire. Maintenant que son ami avait compris ce qu'il cherchait à lui dire, il ressentait le besoin de s'expliquer. De lui dire enfin toute la vérité en espérant que l'issue serait belle.

- Non, Dean, laisse moi finir. J'ai besoin de te dire toutes ces choses et j'ai besoin de le faire avant la fin de notre contrat parce que je doute d'en avoir le courage ensuite. Tu veux bien m'écouter ?

Dean hocha aussitôt la tête. Il avait les mains qui tremblaient sur ses cuisses et Castiel s'empressa de les prendre dans les siennes et de les serrer. Il avait besoin d'établir ce contact. Parce qu'il avait peur que son ami tente de prendre la fuite. Il voulait être sûr de pouvoir le retenir si toutefois il essayait.

- Quand je t'ai rencontré, j'allais vraiment mal. Mon envie de mourir n'était pas juste une décision irréfléchie. Je ne voyais pas d'issues à mes problèmes. Je n'imaginais pas un futur dans lequel je me sentirais utile, heureux, entouré et aimé. Tu m'as prouvé le contraire. Tu m'as démontré qu'on pouvait trouver le bonheur dans les petits détails qu'on ignore. Qu'en cours de route, on peut rencontrer des gens sur lesquels on ne se serait pas retourné avant. Et que ce sont ces gens qui finissent par devenir une partie de nous. Je ne pensais pas qu'à l'issue de cette année, je pourrais avoir envie d'une vie dite normale. Ordinaire. Comme celle des autres. Mais je ne pensais pas tomber amoureux non plus. Et à présent, je … je ne parviens plus à penser à autre chose. Je sais ce que je veux. Je ne suis juste pas sûr de savoir ce que toi tu veux. Et ça me tue Dean. J'ai besoin de savoir. J'ai besoin que tu me dises si tu as les mêmes envies ou non.

Voilà c'était dit. Castiel ne pouvait pas se montrer plus clair sans dire clairement à son ami les trois mots qui le terrifiaient complètement. Il ne pouvait plus qu'espérer que Dean ressente la même chose de son côté. Qu'il vienne confirmer la théorie de Gabriel.

- Cas, je ne vais pas te mentir. Les choses ont changé pour moi aussi. J'ai pris conscience de tout ce que j'avais refusé de voir jusque là. Et j'ai réussi à prendre confiance en moi. Ça peut paraître simple pour bien des gens mais pour moi, ça m'a toujours semblé être quelque chose d'insurmontable. Je me suis détesté pendant tellement d'années Cas qu'apprendre à m'aimer est sans ce que j'ai fait de plus difficile. Et je te le dois. Je le sais.

Ce n'était pas réellement ce que Castiel voulait entendre. Ce n'était pas non plus réellement une réponse à sa question. Mais Dean n'avait clairement pas fini de parler et il ne voulait pas l'interrompre. Le jeune homme avait besoin de parler et Castiel avait envie de l'écouter.

- Tu m'as ouvert les yeux sur les gens. Je pensais détester tout le monde. Je pensais … je pensais que je n'appartenais pas à ce monde. Que je n'avais pas ma place parmi tous ces gens et … tu m'as montré combien j'avais tort. Mais … je n'ai pas … sur certains points, je suis toujours le même. Je ne suis pas devenu quelqu'un de bien simplement parce que j'ai pris conscience de certaines choses. J'ai encore beaucoup de travail à faire. Et aimer quelqu'un demande des efforts. Je ne suis pas sûr d'avoir la force de les fournir en ce moment.

Ça ressemblait fortement à un rejet. A un « non » à peine déguisé. Mais ce n'était pas non plus entièrement catégorique. Il y avait donc de l'espoir. C'était peut être juste trop tôt.

- Tu penses pouvoir changer d'avis ?

Dean baissa les yeux sur leurs mains jointes et bougea doucement ses doigts entre ceux de Castiel. Il ne cherchait pas à se défaire du contact. C'était déjà une bonne chose. Mais il ne semblait pas non plus totalement à l'aise. Et c'était inquiétant.

- J'aimerais pouvoir te donner une réponse mais je continue de penser que certaines personnes ne sont pas faites pour la vie à deux. Et je crains d'en faire partie. Je ne veux pas te faire de peine mais je ne veux pas te mentir non plus. Alors je me contenterais de te dire que je ne sais pas. Même si cela ne te satisfait sans doute pas.

Dean avait raison. Ce n'était pas ce que Castiel avait espéré entendre. Ce n'était pas ce qu'il aurait aimé que son ami lui dise à cet instant précis. Mais c'était une réponse honnête et il préférait que Dean lui dise la vérité – aussi douloureuse soit elle – que de l'entendre mentir juste pour lui faire plaisir. Ce n'était pas comme ça que leur relation fonctionnait. Ils s'étaient promis de se montrer sincères l'un envers l'autre. Il était content de voir que rien n'avait jamais de ce point de vue là.

Il déglutit avec peine avant de soupirer longuement. Il ne savait pas vraiment quoi dire de plus. Il savait toutefois qu'il ne devait pas laisser la conversation s'éteindre maintenant. Il était convaincu que leur amitié ne pourrait pas s'en remettre s'il ne parvenait pas à fournir une conclusion satisfaisante à ce qu'ils venaient de se dire.

- Cas, je pourrais comprendre que tu veuilles prendre tes distances maintenant. Je pourrais comprendre que tu sois en colère contre moi et que tu choisisses de partir sans te retourner … de m'abandonner en chemin. Mais je veux que tu saches avant de prendre ta décision que tu comptes énormément pour moi. Que si je devais faire ma vie avec quelqu'un, ce serait toi. Que je t'aime sans doute oui … peut être pas comme tu le voudrais mais ça n'en est pas moins vrai et … je …

- Tu as peur, le coupa Castiel en fronçant les sourcils.

Il n'avait pas réalisé cela jusqu'à maintenant. Il avait d'abord pensé que Dean ne partageait pas ses sentiments. Et il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. Il était impossible de contrôler ce qu'on ressent. Mais il était évident à présent que ce n'était pas ce qui retenait Dean. Le jeune homme avait peur. Peur de prendre un risque. Peur de commettre une erreur et de ne pas pouvoir s'en remettre ensuite. Peur tout simplement de tenter sa chance. Castiel trouvait cela étrange pour quelqu'un qui lui avait répété durant toute une année qu'il n'avait peur de rien et de personne. Qu'il vivait sa vie au jour le jour. Ne s'interdisait rien.

- Peut être oui, concéda alors Dean.

- Pas peut être … tu as peur. Tu es même terrifié. Et je trouve cela ironique parce que j'étais convaincu que tu … que si l'un de nous devait prendre peur dans cette situation, ce serait moi.

Il était en colère à présent mais il fit de son mieux pour garder son calme. Il ne voulait pas se disputer avec son ami. Mais il ne pouvait pas non plus accepter cette excuse.

- Tu es sans doute plus fort que moi … en tout cas plus fort que ce tu penses. Parce qu'en ce qui me concerne, je n'en ai jamais douté.

Castiel secoua la tête. Il avait appris à être fort. Il doutait de l'avoir été durant les trente premières années de sa vie. Et c'était une chose de plus qu'il devait à son ami. Mais ce n'était pas ce dont il voulait parler pour le moment.

- Tu sais Dean, j'ai passé les trente premières années de ma vie à avoir peur. Je n'en avais pas conscience à l'époque parce que j'étais habitué et que je pensais que c'était normal mais tu m'as aidé à comprendre que j'avais vécu dans la peur jusque là. Peur de ne pas compter pour les gens. Peur de ne pas être suffisamment drôle, intelligent, intéressant ou séduisant. Peur de mon homosexualité et de ce que le reste du monde pourrait être amené à en penser. Peur enfin de finir ma vie seul. Et, c'est toi qui m'a forcé à abandonner chacune de mes peurs une à une. A les affronter. A leur faire face.

Il s'interrompit une seconde pour reprendre son souffle. Dean ne dit rien.

- Et au moment où j'ai enfin réussi à les vaincre … au moment où je sais enfin avec certitude ce dont j'ai envie pour le reste de ma vie, tu me dis que tu as trop peur pour te lancer dans l'inconnu avec moi ? Tu ne trouves pas ça un peu hypocrite ?

Dean ne dit rien à nouveau et Castiel secoua la tête avant de relâcher les mains de son ami. Il se leva ensuite du canapé et s'en éloigna rapidement. Il ne voulait pas être autant en colère mais plus Dean restait silencieux et plus il sentait une rage incontrôlable monter en lui et l'envahir entièrement.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise Cas ? Oui ? Juste parce que c'est ce que tu veux entendre ? Tu veux que j'accepte uniquement pour ne pas te faire de peine ?

- Non, ce que je veux c'est que tu …

Il s'interrompit une seconde pour trouver les bons mots avant de reprendre la parole sans laisser le temps à Dean de dire quoi que ce soit.

- Ce que je veux c'est que tu me dises non pour les bonnes raisons.

Il se tourna à nouveau pour regarder Dean dans les yeux. Mais il était évident que son ami n'en avait pas la force … ou le courage. A cet instant précis, il semblait terriblement vulnérable. Plus qu'il ne l'avait été devant lui par le passé. Plus encore que le jour où il l'avait appelé au secours, prêt à rechuter dans l'alcoolisme parce qu'il s'était violemment disputé avec Sam. Il n'avait plus rien du jeune homme confiant que Castiel avait rencontré un an plus tôt. Qu'il avait appris à aimer au fil des mois. Il ne put alors s'empêcher de se demander si tout n'avait été qu'un mensonge depuis le début. Si Dean n'avait pas joué un jeu. Ne s'était pas caché derrière une façade pour sembler fort quand il ne l'était pas du tout. Castiel sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine alors que toutes les pièces du puzzle se mettaient enfin en place dans sa tête. Dean n'était pas plus fort que lui. Il était faible. Il était vulnérable. Et il était terrifié. Sans doute depuis le premier jour. Castiel ne l'avait pas vu. N'avait pas voulu le voir sans doute. Parce qu'il avait besoin que son ami soit fort pour l'aider à aller mieux. Maintenant qu'il avait sorti la tête de l'eau, il voyait tout clairement. Et il n'aimait pas ce qu'il voyait.

- Dean ? Lança t-il parce qu'il refusait que son ami continue ainsi à fuir son regard.

Le jeune homme sembla hésiter mais finit par lever la tête pour le regarder dans les yeux.

- D'accord Cas mais alors dis moi ce qui constituerait une bonne raison de te dire non. Parce que je pensais t'en avoir fourni une mais de toute évidence, tu sais mieux que moi. Alors je t'écoute … dis moi.

Castiel prit une seconde pour rassembler ses idées. Il n'avait pas le droit à l'erreur. Il risquait de tout gâcher si toutefois il ne disait pas exactement ce que Dean avait besoin d'entendre. Il avait la sensation d'être sur le fil du rasoir.

- J'aurais accepté ton refus si tu m'avais dit que tu ne m'aimais pas. Que tu ne me voyais pas autrement que comme un ami. J'aurais compris et je ne t'en aurais pas tenu rigueur. Mais ce n'est pas le cas n'est ce pas ?

Dean ne répondit pas immédiatement et pendant une seconde, Castiel eut peur qu'il lui dise exactement ça. Qu'il prétende ne pas l'aimer. Ce qui aurait un mensonge. Il en était convaincu à présent. Mais Dean pouvait être têtu et il doutait de pouvoir le convaincre de revenir sur de tels propos une fois sortis de sa bouche.

- Dean, ce n'est pas une question difficile … ce n'est pas quelque chose qui mérite une telle réflexion … c'est simple et je veux que tu me répondes honnêtement. Parce que j'en ai assez de tout ça. Est-ce que tu … est-ce que tu m'aimes ?

Le jeune homme resta à nouveau silencieux et Castiel leva finalement les yeux au plafond. Il était las du petit jeu que son ami jouait. Il était à bout de force et à court d'idée.

- Oui, murmura finalement Dean après de trop longues secondes.

Castiel baissa alors à nouveau les yeux sur lui. Dean le regardait toujours mais il semblait sur la défensive. Presque comme s'il s'était préparé à ce que son ami lui crie dessus et lui fasse des reproches. Ce qui était stupide. Castiel n'avait pas l'intention de lui faire du mal. Ou d'émettre la moindre critique sur ce qu'il venait d'entendre. Parce qu'il avait attendu et rêvé de ce moment depuis des semaines.

- Oui, je t'aime. Ou du moins, je ressens quelque chose de fort pour toi … de différent de ce que je ressens pour Jesse ou Sam et … oui j'ai peur. Je n'en ai pas honte. Peu importe que tu puisses penser que c'est stupide ou que cela te mette en colère. Ma peur est fondée que tu veuilles le croire ou non.

Castiel soupira longuement. Il fit ensuite signe à Dean de poursuivre. Le jeune homme avait fait un pas dans sa direction en admettant qu'il avait des sentiments pour lui. Il était temps pour lui de faire également un pas dans sa direction. De lui rendre la pareille.

- Elle est fondée parce que je me connais suffisamment pour savoir que je ne suis pas fiable. Je ne suis pas stable non plus. Ma vie est … franchement Cas, elle est sans dessus dessous. Oui les choses vont mieux et oui j'entrevois la lumière au bout du tunnel mais elle n'est pas … tout n'est pas réglé. Et je sais que je ne peux te donner aucune garantie. Je ne peux rien te promettre et tu mérites de trouver quelqu'un qui en sera capable. Quelqu'un de rangé et de fiable. Si on se lance dans cette histoire, je finirais par te faire faux bond et par te perdre. Ce n'est pas ce que je veux.

Castiel devait reconnaître que sa logique était solide. Mais elle n'en était pas moins fausse pour autant. Il était effectivement possible que les choses ne fonctionnent pas entre eux. Mais cela ne devait pas les empêcher de tenter leur chance quand même. Se mettre en couple avec quelqu'un revenait forcément à prendre un risque. Et pourtant, l'issue pouvait être belle. Elle pouvait être exactement ce dont ils avaient besoin tous les deux. Ils ne pouvaient être sûrs de rien. Il en allait toutefois de même pour tous les gens qui acceptaient de prendre ce risque. Peu importait que leur vie soit bien rangée ou non.

- Tu as peur de me faire du mal ? Ou tu as peur de souffrir toi ?

Castiel savait que Dean n'était pas égoïste. Mais il avait tout de même besoin de lui poser cette question pour comprendre réellement ce qui se passait dans la tête du jeune homme.

- Des deux sans doute … j'ai peur de te blesser et que cela ruine tous les efforts que tu as fait jusque là … toutes les victoires que tu as remportées. J'ai peur de te pousser à retourner sur le toit de cet immeuble pour sauter cette fois. J'ai peur également qu'un échec avec toi soit plus que ce que je pourrais moi accepter. Je ne veux pas replonger pour ça. Je ne veux pas revenir un an en arrière simplement parce que j'aurais été trop stupide pour prendre les conséquences en compte. Parce que je me serais lancé tête baissée dans une histoire qui ne pouvait pas bien se finir.

Castiel secoua alors la tête.

- Sauf que tu ne le sais pas, déclara t-il en croisant ses bras sur son torse.

- Quoi ? Demanda aussitôt Dean, visiblement perdu.

Castiel se racla la gorge avant de s'expliquer.

- Tu ne le sais … personne ne peut le savoir. Personne ne peut nous garantir que tout ne fonctionnerait pas parfaitement bien entre nous.

- Mais personne ne peut t'assurer que ça ne finira pas par une dispute et par des larmes.

Dean venait de marquer une point mais Castiel n'était pas prêt à baisser les bras. Pas prêt à accepter la défaite sans se battre. Il estimait que son ami méritait qu'il mène cette nouvelle bataille.

- Et c'est pareil pour tout le monde Dean … pour ton frère et Jess … pour tes parents et pour toutes les personnes qui ont un jour ressenti de l'amour pour quelqu'un d'autre. Et tous acceptent de le courir parce que ça en vaut la peine. Parce qu'on ne peut pas avoir des certitudes mais on peut avoir de l'espoir.

Dean ricana une seconde. Il n'était pas plus prêt à accepter la défaite que Castiel. Il était évident que cette conversation ne menait à rien. Mais ils devaient continuer à parler. S'ils en restaient là, ils ne pourraient jamais s'en relever.

- Sauf que ces gens là ne sont pas nous Cas. Ils ne sont pas des anciens alcooliques dépressifs et suicidaires … ils ne sont pas des hommes de trente ans prêts à sauter d'un toit parce qu'ils ont la sensation que la vie n'a rien à leur offrir. Et quand les choses se passent mal, ils souffrent oui mais ils se relèvent. Ils se reconstruisent et ils repartent de l'avant. Pour nous … un échec de cette importance … on ne pourrait pas s'en remettre. Tu ne peux pas nier ça parce que tu le sais aussi bien que moi. Ils peuvent prendre ce risque parce qu'ils sont forts. Nous non. Ou moi non si tu préfères.

Castiel savait que Dean pensait réellement tout ce qu'il disait. Il ne cherchait pas des excuses. Il ne cherchait pas à l'éloigner de lui en lui mentant ouvertement. Il était totalement honnête avec lui. Et c'était sans doute pire encore. Car quand il était ainsi déterminé, il était presque impossible de le faire changer d'avis. Insister ne ferait que le braquer plus encore. Castiel devait changer de tactique. Lui laisser les cartes en main et le temps de réfléchir à tout. Il n'aurait pas de réponse définitive ce soir. Mais il pouvait être patient. Il voulait croire que le temps aiderait Dean à voir les choses différemment.

- Ok tu sais quoi ? Cette discussion ne nous mène à rien. On tourne en rond et je suis fatigué de tout ça.

- Je vais partir, déclara alors Dean en se levant du canapé à son tour.

Castiel estimait effectivement que c'était la meilleure chose à faire. Mais il ne voulait pas laisser Dean partir sans lui expliquer que ce n'était pas définitif. Qu'il n'avait pas l'intention de le rayer de sa vie pour autant.

- Dean, je veux te lancer un dernier défi, déclara t-il au moment où son ami s'éloignait en direction de la sortie.

Le jeune homme s'immobilisa aussitôt et lui jeta un coup d'œil par dessus son épaule.

- Quel défi ? Demanda t-il.

Il était curieux. Mais il était également inquiet. Castiel savait qu'il accepterait de relever ce nouveau défi. Ce dernier défi. Sans doute le plus important depuis leur rencontre.

- Je te mets au défi de réfléchir à ce qu'on vient de se dire. Je te mets au défi de me donner une chance de te prouver que tu te trompes.

Dean ouvrit aussitôt la bouche. Sans doute pour protester mais Castiel ne lui en laissa pas le temps.

- Je te mets au défi de m'aimer et de me laisser t'aimer. Je ne te demande pas de réponse ce soir … je sais que tu n'en as aucune à me donner. Tu as besoin de temps et sans doute que moi aussi. Mais d'ici la fin de notre contrat, je veux que tu aies relevé ce défi … et je veux que tu viennes me dire les conclusions que tu en as tiré.

- Cas, souffla alors le jeune homme, visiblement à bout de force lui aussi.

- Non Dean … soit tu refuses de relever ce défi soit tu acceptes. C'est aussi simple que ça.

Le jeune homme ne semblait pas vraiment enthousiaste à cette idée. Mais Castiel était presque sûr qu'il allait accepter. Il n'avait jamais refusé de relever le moindre défi jusque là. Même quand cela avait impliqué qu'il affronte une de ses phobies. Il allait dire oui. Parce qu'il ne voulait pas décevoir Castiel. Parce qu'il estimait sans doute le lui devoir.

- Je veux bien essayer … je veux bien prendre le temps de réfléchir mais je ne peux pas te garantir que je changerais d'avis.

- Ce n'est pas ce que je te demande. Je veux juste que tu sois sûr de ta réponse avant qu'elle ne soit définitive.

Dean soupira longuement avant d'hocher la tête. Castiel ne put s'empêcher de sourire, soulagé de voir qu'il ne s'était pas trompé sur ce point.

- Je te promets de réfléchir à tout ce que tu viens de me dire mais … j'aimerais que tu en fasses de même de ton côté. Parce que j'ai besoin que tu sois sûr toi aussi.

Castiel savait qu'il ne changerait pas d'avis. Il avait déjà pris le temps de réfléchir à tout cela. Il avait pesé le pour et le contre. Avait pris l'avis de Gabriel. Il était sûr de lui. Il voulait construire quelque chose avec Dean et le temps ne le pousserait pas à faire marche arrière. Mais il hocha tout de même la tête pour assurer à son ami qu'il le ferait. Il savait que Dean en avait besoin.

- Merci, souffla alors le jeune homme.

Il reprit ensuite la direction de la sortie de l'appartement. Il s'arrêta une nouvelle fois quand il fut devant la porte, une main sur la poignée. Castiel était derrière lui, à une distance raisonnable pour que son ami ne se sente pas acculé.

- Qu'est-ce qu'on fera si aucun de nous ne change d'avis ? Demanda alors Dean en fixant la porte devant lui.

Castiel ne savait pas vraiment comment répondre à cette question. Il ne savait pas comment il allait réagir si Dean lui disait « non » une bonne fois pour toute. Il espérait pouvoir rester ami avec lui. Mais il était presque sûr que cela serait impossible. Il savait qu'il prenait le risque de perdre Dean pour de bon. Mais il avait envie de le courir. Parce qu'il était incapable de faire autrement.

- Tu sais que plus rien ne sera comme avant après … on ne pourra pas … on ne pourra pas continuer à se voir comme ça … on ne pourra pas continuer à coucher ensemble non plus et … je ne sais même pas si on pourra rester amis.

Castiel attendit une seconde avant de prendre la parole. Il pouvait sentir l'angoisse monter en lui. Pendant un instant, il regretta d'avoir dit toutes ces choses à Dean. Mais il chassa ce sentiment rapidement. Il ne pouvait pas continuer à vivre sa vie en ignorant ses sentiments pour le jeune homme. Il refusait de passer à côté de quelque chose de génial uniquement parce qu'il avait peur de perdre son ami. Il assumerait les conséquences si toutefois elles se présentaient à lui. Il voulait croire pour le moment que tout se finirait bien.

- Je sais Dean. Mais je ne veux pas y penser pour le moment. On verra en temps voulu d'accord ?

Dean appuya finalement sur la poignée de la porte et recula pour l'ouvrir. Quand il l'eut franchie, il se tourna pour regarder Castiel dans les yeux.

- D'accord, accepta t-il finalement.

Il semblait incroyablement triste à cet instant précis. Presque résigné. Castiel avait envie de le prendre dans ses bras et de tenter de le rassurer. Mais il savait que ce n'était pas possible. Que ce n'était pas ce dont son ami avait besoin. Ce n'était pas le bon moment.

- Bonne nuit Dean, déclara t-il à la place.

- Bonne nuit Cas, répliqua son ami aussitôt.

Puis sans attendre, il s'éloigna dans le couloir. Castiel le suivit des yeux une seconde avant de refermer la porte de son appartement et de prendre la direction de sa chambre. Il se déshabilla rapidement et se glissa aussitôt sous les couvertures. C'était encore tôt mais il était épuisé. Et il savait qu'en restant éveillé, il passerait tout son temps à penser à Dean et à la longue conversation qu'ils venaient d'avoir. Il n'en avait ni la force ni l'envie. Le sommeil semblait être la meilleure solution pour ne plus penser à rien du tout. Il ferma donc les yeux et attendit patiemment qu'il vienne l'emporter. Il n'aurait pas su dire combien de temps s'écoula avant qu'il ne sente enfin qu'il commençait à s'endormir. Mais il accueillit le sommeil à bras ouverts. Il choisit d'emporter avec lui l'espoir insensé qu'il avait. L'espoir de voir Dean changer d'avis et accepter de tenter sa chance avec lui. L'espoir de pouvoir enfin être heureux pour de bon. Il se raccrocha à l'amour inconditionnel qu'il ressentait pour son ami. Il s'accrocha enfin à l'idée folle que le destin avait peut être décidé de se montrer enfin clément avec lui. Il avait entendu trente ans que cela change pour lui. Il avait vraiment envie de croire que le moment était arrivé.