Yop !

Nouveau chapitre qui a subit un changement de titre suite à un découpage imprévu que j'ai du faire :) par sécurité, je n'annoncerais plus le nom des prochains, au cas où.

Merci à tous ceux qui lisent et laissent des reviews !

Enjoy !


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Chapitre 35 : Tous les silences du monde (rugissent entre nous.)

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Humidité. Crasse. Pierre. Azkaban la veule, au milieu des flots.

La forteresse des damnés vibrait au son des cris, s'en nourrissant comme un enfant de lait maternel. Les gueules métalliques des Détraqueurs se montraient dans les couloirs. La danse aurait du être habituelle, réglée comme une horloge sinistre ; mais aujourd'hui ils ignoraient les rondes et les rares gardes humains qui tentaient de les rappeler à l'ordre. Balayant le sol humide jonché d'urine et de vomi, ils avançaient tous dans une hâte qui leur était rare. Sous les capes miteuses, des semblants de mains décharnées et rongées par une peste éternelle se tendaient avidement.

Comme un bateau suit le phare dans la nuit, comme un insecte se jette sur la lanterne qui le brule, ils avançaient d'un même pas vers le dernier étage de la prison, vers la plus haute cellule de la plus haute tour.

Là, à peine protégé du vent et de la pluie par les toits percés, engoncé dans une tunique qui avait perdue toute couleur, trempant dans sa propre sueur, se trouvait le prisonnier le plus dangereux et le plus haïe de toute la Grande-Bretagne.

Treize ans qu'il était là. Treize ans qu'Azkaban la terrible l'avait dépouillé de son passé, son présent et son futur. Treize ans que plus personne n'avait pensé le prisonnier numéro 7 comme une menace.

Treize ans que Bellatrix Lestrange n'avait plus existé.

Mais cette nuit-là, debout dans sa cellule, pieds nus de chaussures et de peau plantés sur l'immonde limon du sol, elle avait levé la tête et pour la première fois avait défié le ciel, la terre, les Détraqueurs.

La masse grise l'épiait derrière les barreaux. Les museaux étaient sortis. Il aurait suffit qu'ils osent, qu'ils osent franchir les murs pour se jeter sur elle et la dépouiller de son âme.

Ils n'osaient pas.

Les râles étaient assourdissants. Des étages plus bas, les prisonniers hurlaient en continu dans leur sommeil sans rêve, un vieux reste de terreur les submergeant sous l'influence forcenée que les Détraqueurs exerçaient.

Et face à eux, face au monde, Bellatrix riait.

Il gonflait de seconde en seconde, toujours plus clair, toujours plus lucide, toujours plus triomphant. Le vent qui fouettait ses cheveux aurait pu n'être qu'un souffle, les flots déchainaient qui léchaient les murs de pierre une vaguelette d'été, les cris des autres prisonniers des murmures d'enfant qu'il n'aurait pas été mieux entendu.

Le rire de Bellatrix s'imposait à Azkaban, aux Détraqueurs, aux dieux, à l'univers. Et tous écoutaient.

Sur son avant-bras gauche, la marque des Ténèbres rougeoyait.

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sSs

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Le Manoir Malfoy était plongé dans l'obscurité. Seule lueur au fin fond des couloirs, la chandelle qui finissait lentement de bruler. Une goutte de cire roula lentement le long de la bougie ivoirine. La flamme restait droite, jetant la lumière sur la surface déserte du bureau de Lucius Malfoy.

Avachi dans son somptueux fauteuil en soie, il avait fermé les yeux dans une illusion de concentration.

Un bruit. Sans se retourner, il devina que la propriétaire des pas légers qui venait de pénétrer dans l'office arrivait vers lui.

Une main douce se posa sur son épaule.

_Tout va bien ?

Les yeux de Narcissa étaient inquiets sous son habituelle froideur.

Lucius rouvrit les paupières et lui dévoila lentement son avant-bras.

_Demain, je retirerais nos donations mensuelles aux organismes pro-moldus. Nous allons avoir besoin de tout l'argent nécessaire. Et c'est ce qu'il attendra de nous.

Un germe de fierté naquit en lui quand sa femme ne marqua pas d'autre réaction que de hocher la tête. Compréhension. Acceptation. Résignation aussi, peut-être.

Il couvrit la main sur son épaule de la sienne et laissa aller sa tête contre son ventre, le visage soudainement las. Treize ans de paix venaient de s'envoler en fumée. Pour le pire comme pour le meilleur.

_Tu dois aller le retrouver, murmura Narcissa, savourant le tutoiement qu'ils n'utilisaient que dans l'intimité.

_Non. La voix de Lucius était un souffle précaire.

Il leva les yeux vers celle qui, à défaut d'être l'amour de sa vie, était sa plus proche amie.

_C'est lui qui nous trouvera.

Le silence s'installa.

Le couple savoura paisiblement leurs dernières secondes de paix. Narcissa s'agenouilla pour être à la hauteur de son mari, geste aussi rare que précieux. Ils s'embrassèrent, de longs baisers amers déjà nostalgiques.

Ce soir-là, ils firent l'amour tranquillement, lentement, en s'abandonnant l'un dans l'autre comme si c'était la dernière fois. Et dans un sens, ça l'était.

Car le lendemain, il faudrait oublier Lucius et Narcissa.

Le lendemain, les redoutables Malfoy rejoindraient leur maître.

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sSs

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Poudlard.

Le bureau de Dumbledore était plus animé que jamais. Autour d'une immense carte vierge, professeurs comme directeurs oscillaient entre hurlements de rage et tentatives désespérés de localiser les deux Champions disparus.

Au centre des cahots, trois visages vinrent fixer l'horizon au même moment. Trois vies. Trois réactions.

Karkaroff. Peu lui importait Diggory et Potter. Peu lui importait la discrétion. Il s'écarta comme si quelqu'un venait de le bruler. Ses épaules se baissèrent. Il regarda son bras avec une hystérie à peine déguisée.

Non. Non. Ca ne pouvait pas arriver. Pas après treize ans. Pas après toute cette existence qu'il s'était fabriquée. Pas alors que les cauchemars commençaient à peine à se calmer.

Il ne recommencerait pas. Jamais.

Si Igor Karkaroff avait pu prier, il l'aurait fait. Mais il savait qu'il n'est dans l'univers que l'homme et que même si les dieux avaient existés, ils ne feraient que se gausser.

Alors, désespéré, aveuglé par ses larmes et les vieilles images qui remontaient, il fit la seule chose qu'il avait jamais su faire.

Claquant la porte du bureau, il se mit à courir.

Severus Rogue ne lui dédia pas plus qu'un sourire méprisant. La seconde de surprise qu'il s'était autorisée disparu bien vite et, sans plus rien montrer qu'un pli sévère au coin des lèvres, il se replongea dans les recherches.

Il serait toujours temps de maudire le Destin plus tard. Il avait des choses plus importantes à faire que pleurer.

Au premier rang, aboyant pour se faire entendre et débitant plan sur plan, Maugrey Fol-Œil n'avait pas quitté la carte des yeux. Sa main gauche tremblait. De joie.

Son visage mutilé interdit à tous de voir l'immense sourire qui déchirait ses lèvres.

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L'enfer est une foire, et les monstres étaient prêts.

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Les yeux écarlates de Lord Voldemort se détachaient sur son visage ivoirin comme deux blessures. Longuement, avec le délice de celui qui a toute sa vie devant lui, il leva sa main à la clarté de la Lune et l'observa avec un ravissement à peine caché. Pliant, dépliant ses longs doigts, trop longs, trop fins, pas humains, absolument parfaits, il joua dans les airs, retrouvant la mobilité dont il avait été privé pendant une décennie.

Il tâta sa poitrine, savourant sa peau nouvelle, son visage, fermant les yeux dans une extase secréte. Ses poumons se gonflèrent pleinement et l'air humide inonda ses narines. Respirer à fond, après tout ce temps. L'oxygène l'intoxiquait d'une manière que tout le pouvoir du monde n'avait jamais pu le faire. Il souriait.

Vivant. Entier. Lui.

Enfin.

Retrouvant un vieux réflexe, il plongea sa main dans la poche de sa robe et referma sa prise reptilienne sur sa baguette. 33,75 centimètres, if et plume de Phénix. Il n'avait jamais oublié les paroles d'Ollivander.

Le pouvoir électrisa ses veines.

L'herbe ploya sous la vague d'énergie pure qui balaya le cimetière sur plusieurs centaines de mètres. Lord Voldemort faisait à nouveau connaissance avec sa magie.

Le rire lui échappa presque sans le vouloir. Un vrai rire, de joie, de soulagement et d'euphorie pure. L'instant avait des relents d'intimité, une douceur privée qui n'appartenait qu'à lui.

Enfin, au bout d'une agonisante éternité, il tourna ses yeux vers les spectateurs.

D'un pas conquérant il s'avança vers Peter, négligeant complétement les deux enfants attachées à la pierre tombale. L'homme le regarda arriver avec une révérence craintive dans les yeux.

Oui. La peur, l'effroi, la terreur, le fanatisme, l'accueillaient. Comme il se devait.

_Tu as fait du bon travail, Pettigrew.

Sa voix pleine, puissante. Il la modulait avec plaisir, jouait avec son timbre grave, se rappelant des joies et des peines qu'elle avait infligées. Qu'elle pouvait de nouveau infliger.

Les mots étaient l'arme la plus puissante de Lord Voldemort. De n'importe qui, vraiment.

_Tu es revenu par ignorance et peur, Queudver. Tu n'as jamais su quoi faire de ta vie sans un maître, tu le savais quand tu m'as rejoint et tu le sais encore… c'est pour ça que tu es revenu, n'est-ce pas ?

Il s'amusait de sa rhétorique vide, pour le seul plaisir d'humilier celui qui avait été son gardien quand il avait été au plus bas. Voulait-il se venger d'avoir été faible devant le faible des faibles ? Peut-être. Surement.

_Maître- maître, s'il-vous-plait-

Peter rampa vers Lord Voldemort. Il avait enveloppé son moignon dans un des linges qui avait contenu la forme estropiée du Seigneur des Ténèbres et le tendait en avant comme une supplication.

_Tu as mérité cette souffrance. N'est-il pas vrai que tu l'as méritée ?

Il voulait entendre l'homme se mettre plus bas que terre. Voulait l'entendre se rendre, le dépouiller de son statut de martyr. Cette main c'était ce qui l'avait sauvé et c'était pour cela qu'il ne pouvait pas supporter la pensée d'accorder à Queudver ce qu'il voulait. Il ne voulait rien devoir à personne. Et voilà qu'il devait son corps à un rat.

_N'est-ce pas ? Répéta Lord Voldemort.

Le sourire était à présent glacial, sans joie. L'instant d'euphorie était passé. Restaient les conséquences.

_Oui… oui maître, j'ai mérité… j'ai mérité cette souffrance maître… je vous en supplie, je vous en supplie, s'il-vous-plait…

Le chemin derrière Peter était jonché de sang, de morve et de larmes.

_Mais tu m'as aidé à retrouver mon corps, reprit l'homme comme si l'autre n'était jamais intervenu.

Il avait eu ce qu'il voulait. Dans le grand jeu du charisme, à la sévérité devait céder la générosité. On ne dresse pas un chien sans récompenses.

_Bien que tu sois une canaille et un traitre, tu m'as aidé ; et Lord Voldemort récompense ceux qui l'aident.

Avec une grâce surnaturelle, il fit tournoyer sa baguette au-dessus de sa tête, créant dans son sillon une volute qui ressemblait à de l'argent fondu. Sans un mot il la baissa vers Peter.

La volute engloutit son avant-bras, tourbillonnant avec furie. Ce fut à ce moment-là que Peter se remit à crier. Mais ce fut bref, à peine l'affaire de quelques secondes. Petit à petit, le tourbillon argenté se divisa en filaments qui se fixèrent sur le poignet, tournant toujours, montant sans cesse. Il y eut une paume, un pouce, un auriculaire, des phalanges, et même des ongles… pendant toute l'opération, fasciné, Peter n'avait pas quitté son moignon du regard.

Il y avait des larmes et de la bave sur son visage quand il remua sa nouvelle main. D'un geste tremblant, il ramassa une brindille sur le sol et la brisa en deux avec allégresse.

_Maître, murmura-t-il sans la quitter du regard. Maître, elle est si belle… Merci… Oh merci…

Vivement, comme se rappelant de son devoir, il se précipita à genoux et embrassa la robe de Lord Voldemort.

_Que ta loyauté ne vacille plus jamais, Queudver, dit Voldemort sans émotion.

Il n'avait que faire de la gratitude et des remerciements d'un rat, mais utiliser à nouveau sa magie l'avait empli d'une ivresse magnifique.

Pendant un instant, il soupesa la possibilité d'appeler ses Mangemorts. Ils avaient forcément remarqué que la Marque était à nouveau active maintenant. Une partie de lui avait envie de le faire. Pour voir lesquels auraient le courage de revenir et lesquels seraient assez sots pour rester à l'écart.

Non. Mieux valait les faire mariner un peu. Il s'en tiendrait à son plan originel. A l'aube, il les ferait venir dans le Manoir Jedusor. A l'aube, il verrait qui était resté fidèle. A l'aube, il retrouverait sa vraie famille.

Alors, finalement, il délaissa Peter et se tourna vers Helmett et Harry Potter.

_Après tant d'années, ronronna-t-il, nous voici enfin véritablement face-à-face… à nouveau.

Le sang goutait lentement sur les cous nus des jeunes garçons. Leur visage était recouvert d'un masque de pourpre séché, comme de sordides peintures de guerre.

Ils étaient glorieux en agneaux sacrificiels.

_Treize ans, poursuivit-il. C'est si long, treize ans, quand on ne peut survivre qu'en s'accrochant à la moindre forme de vie qui veut de vous, comme un vulgaire parasite.

Dans sa bouche, les mots étaient savourés comme des sucreries. Pour les deux adolescents en face de lui, ils avaient des arrière-gouts de poison.

_Et tout ça à cause de vous.

Harry se raidit. Comment avait-il su son ancienne parenté ? Qui avait trahi son secret ?

Le Seigneur des Ténèbres s'aperçut de son trouble. Son regard se fit dédaigneux.

_Tu as été bien suffisant, mon garçon, de croire que personne ne pourrait faire le rapprochement. Vous n'êtes pas des jumeaux pour rien, peu importe le nombre de Glamours que tu prétends utiliser.

Quelqu'un lui cracha dessus. C'était Harry.

Lentement, de manière presque paternelle, Voldemort secoua la tête.

_Non Harry, non. Le temps où tu pouvais te croire tout-puissant est révolu. Tu n'es plus à Poudlard, où tes caprices sont tolérés… Il va falloir commencer à apprendre le respect maintenant.

L'homme se pencha. Puis, dans une parodie de tendresse, il posa ses mains sur les joues du Serpentard.

Même sous le sang il était visible qu'Harry avait mortellement blêmi. Ses mâchoires serrées forçaient sur sa plaie, qui se remit à saigner. Ses pupilles n'étaient que deux minuscules points dans un océan de vert qui fixait le vide.

Comme à regret, le sorcier s'éloigna. Immédiatement la tête de l'adolescent tomba sur son torse tandis qu'il prenait d'immenses inspirations tremblantes.

Voldemort se tourna vers Helmett.

_Il ne serait pas juste de punir l'un sans l'autre, murmura-t-il, n'est-ce pas ?

Le garçon le regarda arriver en tâchant de maintenir un port de tête digne. Il ne céderait pas. La situation était terrifiante, au-delà de ses pires cauchemars, mais il ne céderait pas.

Et puis une main caressa sa joue intacte.

Sa tête explosa de douleur. C'était pire que tout ce qu'il avait pu imaginer. Pire que le poignard de Peter, pire qu'une brulure au fer blanc, pire que tous les maux de tête que la proximité de l'homme avait pu lui infliger. Et au fond de lui, là où aurait du se trouver son esprit, quelque chose hurlait.

Au loin, comme dans un rêve, il crut entendre une voix familière hurler NON ! mais peut-être l'avait-il imaginé. Dans ce pays de souffrance, il n'était plus sûr de rien.

Des siècles plus tard, la main s'abaissa. Helmett retrouva le gout de l'oxygène dans ses poumons comprimés.

Quand Lord Voldemort leur sourit, c'est au monde qu'il souriait. Voyez, disaient ses yeux, ces pathétiques soldats sensés me défaire. Voyez comme ils sont faibles et impuissants.

Bientôt, se promit-il. Bientôt il enverrait deux petits cadavres à Dumbledore. Ce serait son salut au monde.

Les enfants de la prophétie mourraient ce soir.

_Il y a longtemps de cela, tu as tué mon serviteur par ton simple toucher, Harry Potter.

Il y avait du miel dans sa voix. Il semblait se remémorer une anecdote plaisante.

_Qu'est-ce que cela te fait de savoir que les rôles sont inversés ?

_Je vais te tuer.

La voix était basse, maladroite et ripait sur les mots. La haine, elle, était plus présente que jamais dans ses yeux.

Voldemort aimait ce regard. Il était curieux de voir jusqu'à où il pouvait le pousser avant que la dernière lueur d'équilibre ne s'éteigne.

Et quoi de mieux qu'une petite histoire ?

_Il y a treize ans de cela, commença-t-il en faisant les cent pas, je me dirigeais vers une maison à Godric's Hollow dans le but de tuer un enfant. Cet enfant était supposé être spécial ; il était supposé être le seul capable de me défaire. C'était une belle soirée, malgré les moldus qui polluaient les rues.

Son ton était léger, horriblement décalé au milieu du cimetière.

_Bien sûr, les prophéties ne présentent pour moi qu'une pertinence relativement limitée, mais la prudence m'imposait de rayer tous les dangers possibles.

Toujours assit près du chaudron, Peter ne suivait même plus la scène. Ses yeux voraces fixaient sa nouvelle main.

_Et après avoir dégagé deux obstacles mineurs du chemin, une chose étrange est advenue… dans la chambre de l'enfant il n'y avait pas un, mais deux berceaux.

Bien malgré eux, Helmett et Harry se taisaient. Il y avait dans le cimetière une atmosphère de sacré, un voile fin et poussiéreux qu'il aurait été un blasphème de déchirer, un serment indicible que tous deux semblaient avoir prit.

Ils étaient incapables de détourner le regard de Lord Voldemort.

_Alors qu'ais-je fait, vous demandez-vous ? La réponse est simple. Refusant de me laisser déstabiliser, j'ai opéré un choix logique. Cette nuit-là, j'ai lancé deux Avada Kedavra.

Un sourire, songea Helmett, n'aurait pas du dévoiler autant de dents.

_Et un seul est revenu. Celui de l'Elu. Celui du garçon né le 31 juillet 1980.

Le vent était mort.

_Alors dites-moi, chers petits…

Silence dans l'univers

_Quelle est votre date de naissance ?

La question resta en suspens avec des airs de hache. Pour la première fois, Helmett et Harry échangèrent un regard. Perplexes.

Ils allaient répondre quand un gloussement les interrompit. Voldemort leur dédia une expression amusée.

_Vous êtes si innocents. Vous n'avez même pas comprit ma question. Oh, il y a des années que je ne m'étais pas autant amusé !

Ils le regardèrent. La haine se disputait à la stupéfaction.

Quelque chose changea dans l'expression de Lord Voldemort. Comme s'il réalisait brutalement ce qui avait été sous son nez depuis des années. Comme si le puzzle venait de se compléter.

Au loin, les anges modus priaient silencieusement pour des âmes inconnues.

_Non, chuchota l'homme. Non… Vous ne savez pas… Tout ce temps, et vous ne savez même pas…

Quoi que ce soit qu'ils ne savaient pas, ce devait être immensément drôle car il y avait d'étranges plis hilares au coin des yeux rouges du sorcier. Il savoura quelques secondes cet instant de supériorité, sur eux, sur Dumbledore, sur le monde, avant de décider de se montrer grand seigneur et de dévoiler le plus grand secret que la société magique avait eu depuis treize ans.

_L'un de vous est né le 1er août 1980, à peine quelques minutes après son frère. L'un de vous n'est pas l'Elu. L'un de vous n'est personne.

Le mot les frappa comme ni le couteau de Peter ni les mains de Voldemort n'avaient pu le faire. Une sentence. Une condamnation. Personne. L'un d'eux n'était personne.

Un deuxième regard ne fut pas échangé. A la place, quasiment imperceptible, un coup d'œil en biais fut jeté. Et bien involontairement, malgré eux, malgré toute la sagesse et la raison et les bons sentiments… il était méfiant.

Comment accepte-t-on de n'être personne quand on a passé sa vie à être spécial ?

Voldemort sourit. Triomphant.

Les mots étaient tellement plus puissants que les sorts.

_Puisque vous ne savez pas qui est sensé me combattre et que cette chère Sybille a omit de mentionner un nom, nous allons devoir nous débrouiller seuls, dit-il en faisant mine de réfléchir.

Les yeux d'Harry étaient froids. Concentrés. Calculateurs.

Ceux d'Helmett étaient à moitié fermés. Las. Presque vaincu.

Sans ouvrir la bouche, Voldemort fit venir à lui les deux baguettes des enfants.

_Pour faciliter les choses, je vais vous laisser déterminer cela vous-même, ronronna-t-il.

Il pointa l'une des baguettes, l'examinant d'un œil critique. Helmett déglutit. C'était la sienne.

Un claquement sec. Deux morceaux de bois tombèrent au sol.

Le Griffondor accusa le coup. La baguette est le bien le plus précieux d'un sorcier, une extension de lui.

Mais qui avait encore la force de se préoccuper d'une baguette au seuil de la mort ?

Avec délectation, Lord Voldemort posa la seconde baguette, celle de Harry, entre les deux tombes. Reculant de quelques pas, jusqu'à se poster à une distance respectable à la fois de Queudver et des deux enfants, il claqua des doigts.

Les cordes s'évaporèrent.

Helmett fit un pas en avant.

Le pied d'Harry s'enfonça dans son estomac, lui coupant le souffle et l'envoyant s'effondrer à un mètre de là.

Les mains crispées sur son abdomen, l'adolescent leva la tête. La douleur du coup était dérisoire. Celle de la trahison beaucoup moins.

Les yeux de Voldemort étaient appréciatifs.

Harry avança tranquillement, goutant avec un semblant de plaisir à son corps de nouveau entièrement mobile. Il récupéra la baguette d'un geste souple ; elle lança des étincelles d'un rouge malsain. Le message dans son regard était ridiculement simple à comprendre.

S'il faut en passer par là pour le tuer, soit.

Ridiculement simple.

Ça n'empêchait pas Helmett de pleurer. Pour lui. Pour Harry. Pour le monde.

Deux yeux verts se plongèrent dans les siens. Rictus glacial.

Helmett affronta son frère du regard. Affronta la baguette qui se levait. Affronta le dédain, l'efficacité cruelle des gestes. Affronta celui qu'il avait un jour espéré pouvoir côtoyer. Affronta le gout des rêves morts sur ses lèvres et celui de la poussière dans son cœur.

Il n'y avait pas d'acceptation. Pas de compréhension. Même pas du pardon.

Juste de la tristesse.

La bouche d'Harry s'ouvrit.

Helmett refusa de fermer les yeux. Il avait refusé le bruit des sanglots à Lord Voldemort ; il refuserait l'image de sa peur à son frère. Un dernier acte de courage. Un dernier acte de Griffondor.

_Avada Kedavra.


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A suivre...

"L'enfer est une foire" est une citation de Sartre.

A la semaine prochaine !

Love,

Pumkin.