Chapitre 36 : Le temps des changements
Toc. Toc. Toc.
Pac. Pac. Pac.
Tic. Tic…
Toc. Pac. Tic.
Le grand duc s'essoufflait contre la vitre, frappant au début du bec, puis tentant, en battant de l'aile, de créer un nouveau bruit. A la vue de son échec, il essaya avec ses pattes. Heureusement que la lettre était bien attachée, elle serait certainement tombée, sinon. Mais ses serres ne semblaient pas parvenir à réveiller les récepteurs du courrier.
Agacé, il recommença. Il voyait parfaitement la silhouette endormie sous le drap. Elle ne bougeait pas d'un pouce.
L'oiseau recula brutalement. Le soleil s'était levé, et, projetant ses rais sur la fenêtre, le volatile y avait aperçu son reflet qui l'avait inquiété.
Il décida de changer de technique d'approche. Il s'éleva. Mais les cheminées, par cette fin d'hiver glacé, étaient hors de question. Il finirait rôti.
Il contourna le château, et aperçut une fenêtre ouverte, non loin de là. Il s'y engouffra, appréciant aussitôt la chaleur des lieux. Les couloirs étaient vides et silencieux.
Le grand duc devait seulement esquiver les fantômes qui l'observaient, étonnés.
Son instinct de pisteur volontairement accentué, il recherchait le malheureux destinataire de la missive. Malheureux, car oui, tout cela n'augurait rien de bon.
Son pelage était doré et rougeoyant, rappelant non sans une certaine ironie, le blason des Gryffondor. Et la voix de serpent qui lui avait indiqué l'adresse, quelques heures auparavant, n'avait jamais été aussi enragée. Jamais. Jamais.
Il aperçut un chat noir le lorgner et prit soin de se rapprocher du plafond. Le félin avait toujours ses yeux verts posés sur lui.
Enfin, il y était. Toutefois, un chevalier hautain lui faisait face.
- Voilà un gibier des plus intéressants, fanfaronna-t-il. Si je vous transperçais, j'aurais grande aise à prétendre vous avoir chassé sur des lieues de… tableau. C'est là que j'en suis réduit… à n'être qu'une vulgaire peinture…
Mais le hibou n'en pouvait plus. Il hulula puissamment. Le portrait glissa sur le côté.
Un homme noir s'approcha de lui mais le grand duc l'esquiva et s'enfonça dans la pièce.
La porte par laquelle il devait passer était close. A nouveau, il lâcha son cri puissant et la poignée s'actionna. Un blond, la main dans les cheveux, se tenait devant lui.
Epuisé, l'oiseau se posa sur son épaule. Il n'avait pas même la force de lever la patte.
Drago, soudainement réveillé, scruta d'un air alarmé le courrier et le plumage de l'animal. Le Lord leur avait répondu. Il dévala aussitôt les marches qui le menaient à la salle commune et détacha la lettre.
Ses mains tremblaient subitement ; Blaise le rejoignit et ils prirent place sur le canapé.
- Ca fait encore plus peur de l'avoir que de penser à l'avoir, cette lettre, bredouilla Blaise.
- Où est Hermione ? chuchota Drago en jetant un coup d'œil autour de lui.
- Sortie depuis un moment déjà. On est seuls.
Drago ne put s'empêcher de songer que, dans un autre contexte, leur conversation était vraiment étrange et très ambigüe. Il déroula le parchemin et l'aplanit sur la table.
En soufflant longuement, il entama sa lecture et Blaise le suivit.
« Je ne vois qu'une alternative à votre médiocrité. La prise de Poudlard est pour bientôt. A cet évènement, je vous tuerai de ma main. V.
- NON ! hurla Blaise en se jetant en arrière.
- Je savais qu'on était foutus, grinça Drago en plongeant son visage dans ses mains.
Le métis éclata en sanglots derrière lui. Le blond était aussi raide qu'un piquet. L'oiseau s'était envolé depuis longtemps mais il ne l'avait toujours pas noté.
Ses yeux gris fixaient le papier qui régissait leur vie. Tout de même, n'auraient-ils pas pu être plus convaincants et envoyer Hermione ? Cette pensée l'énerva encore plus que les pleurs de son ami, dans son dos. Jamais. Il avait pris sa décision depuis belle lurette.
La mission était fichue, il reconnaissait en tout état de conscience cela. Désormais, il se moquait de tout. Comment pourrait-il prendre part à cette guerre ? Il était perdu et aucun des deux camps ne l'attrayaient.
Silencieusement, il effectua une copie de la missive. Blaise était trop sous le choc pour réagir ; Drago l'appréhendait, après tout, il lui avait fallu beaucoup de temps pour se faire à l'idée. Et encore, ces simples mots, l'avaient tétanisé.
Il se vêtit dans sa chambre puis émergea dans la salle commune devenue morbide et quitta les lieux.
Il escalada les étages du château sans rencontrer âme qui vive. Aux rayons de soleil qui chatouillaient la bâtisse, il devina que chacun prenait son petit-déjeuner avant les cours, en ce lundi deux avril.
Drago agrippa plus fermement sa poigne autour de la lettre. Il lâcha le mot de passe à la gargouille et se hissa jusqu'au bureau du directeur. Après y avoir été invité, il entra et s'installa sur une chaise.
Il déposa son fardeau sur la table, face au vieil homme.
Dumbledore lut les quelques mots et hocha longuement sa tête. Péniblement. Fatigué. Epuisé.
Ses yeux dévisageaient au loin, les anneaux du terrain de Quidditch qui brillaient dans l'aurore. Son regard bleu ciel était vitreux. Drago crut voir une larme couler sur la joue de l'homme.
Mais il détourna son visage à cet instant et la larme dut se perdre dans sa longue barbe nacrée et emmêlée. De sa main noire, il tapota l'accoudoir de son fauteuil.
Les anciens directeurs, dans leur tableau, les observaient, dans une profonde torpeur dont rien n'émanait.
- Que dois-je faire ? demanda Drago, agacé de toute cette mise en scène.
- Tu devras combattre avec l'Ordre lors de cette attaque…
- A-t-on aucune chance de gagner ?
- Il nous reste la chance et l'espoir d'avoir plus d'effectifs que lui.
- Il y a effectif et compétence, rétorqua Drago en songeant à cette soirée de la St Valentin, où seuls les meilleurs étaient sélectionnés.
- Je t'ai répondu Drago, je ne peux faire davantage. Miss Granger a fait son choix.
Le Serpentard se redressa. Il quitta le bureau sans rien ajouter. C'était vrai, elle avait choisi. Il allait devoir en faire de même. Ou simplement fuir ? Pourquoi pas la fuite ?
Cette idée le taraudait à mesure qu'il se rapprochait de la Grande Salle. Car de toutes évidences, Potter et le vieux n'avaient toujours pas trouvé les horcruxes. Potiron sans son amie Hermione ne valait rien, et le directeur avait l'air au ras des pâquerettes. Voldemort voulait tuer en personne le blond.
Et il doutait du soutien fulgurant de Weasel et Potiron s'il combattait à leurs côtés. Drago serait seul dans ce camp. Dans l'autre, il serait assassiné : il devinait sans peine que ni son père, ni Bella n'interviendrait pour lui porter secours. Et Rogue, malgré toute son affection, ne pouvait rien tenter sans perdre sa place si durement acquise.
Et Hermione, dans tout cela ? Où se plaçait-elle ? Il ne voyait qu'une solution : la fuite. Elle palpitait contre ses tempes, il se figurait parfaitement prendre son sac et disparaître en fumée.
Dans la Grande Salle, des éclats de voix provenaient de chaque table. De toute évidence, un scandale venait d'éclater. Drago espéra qu'Hermione n'y soit pas mêlée. Il était exaspérant qu'elle soit toujours au centre de l'attention, car après le message du Lord, il aurait apprécié qu'elle disparaisse également des lumos. (/projecteurs, version sorcière)
Heureusement que Nott, Astoria et les deux autres mangemorts avaient vu leur mémoire s'évanouir.
En s'installant à sa table, il remarqua que c'était d'elle que provenait le plus grand tumulte. Blaise n'était pas là, en revanche, Pansy et Hermione conversaient vivement.
- Evidemment, il y a un traître ! s'exclama Tracey en abattant la Gazette sur la table.
Drago se courba pour y lire le premier titre, encore plus imposant qu'à l'accoutume :
« Le ministère de la magie échappe à l'invasion de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ! »
A peine rédigé plus petit, s'étalait la suite :
« C'est de justesse que tout a été redressé ! Les mangemorts étaient déjà en train d'influencer sous impero les plus hautes personnalités de notre ministère, lorsque le message a parcouru la Grande-Betagne entière.
Un écho et un retentissement qui ont amené plus de cinquante pour cent de la population magique à transplaner et à protéger leur gouvernement sur le champ…
°Ce qu'il s'est passé, page 4.
°La puissance d'un peuple que l'on croit divisé, interview de deux grands médicomages spécialisés en psychologie, retrouvez la suite en page 5.
°R. Scrimgeour nous explique les mesures qui seront prises, en page 6.
°Vingt-six mangemorts emprisonnés en attente de leur procès, page 9.
°Comment a-t-on su ? Qui a dénoncé cela à temps ? Un espion de taille, infiltré dans le réseau du mage noir, page 11. »
C'était incroyable… Il y avait donc encore un peu de patriotisme dans le pays ? Nul doute que le Lord n'avait pas dû apprécier, avec la nouvelle du refus d'Hermione dans le même laps de temps… les mangemorts restant allaient déguster avec intensité les échecs successifs de ses plus gros projets et convoitises.
Drago leva ses iris vers Severus. Son regard était soucieux, la marque devait le brûler. L'idée de ne jamais avoir à la porter ravit Drago.
Un hurlement recouvrit le brouhaha général. Il s'agissait de quelques Gryffondors, dont les Weasley et Potter, et quelques anciens membres de l'AD, qui brandissaient leurs poings en l'air.
- On les aura tous comme ça ! cria Ronald Weasley, et, se tournant vers la table des Serpentard, plus particulièrement vers Crabbe et Goyle, il ajouta : ce n'est que le début !
En fouillant dans le journal, il apparut que leurs parents avaient été effectivement capturés. Ce n'était pas étonnant, ils étaient aussi intelligents que leurs chers enfants.
- Eh bien, que de bonnes nouvelles, marmonna Davis. C'est pas bon…
- Oh si, moi je trouve que cette journée s'annonce radieuse, claqua Pansy, amusée.
Drago la considéra un instant, médusé. Etait-elle heureuse de la défaite du Lord ?
Puis, il revint à un moment clé de l'article. C'était exact, qui avait révélé l'attaque ? Car une chose d'une telle envergure ne passerait pas aussi facilement. Tous les fidèles du Lord étaient condamnés à de longues heure de légilimencie et à des défaveurs. C'était un drame.
- C'est incroyable que tout le monde ait pu arriver aussi rapidement, souffla Hermione, ramenant l'attention du Prince vers elle.
Drago caressa son visage du regard. Elle était belle, penchée vers le journal, les yeux plissés. Une mèche de cheveu barrait son front et il dut retenir sa main, qui avait envie de l'attirer derrière son oreille. La nui lui revint en mémoire. Dormir avec elle… Son corps contre le sien. C'était diaboliquement agréable.
Il n'avait qu'une envie, bien que la journée ne fit que débuter, c'était de se recoucher avec elle, l'emmitoufler dans son étreinte, humer son odeur de vanille…
La Gryffondor perçut certainement l'intérêt qu'elle suscitait, car elle le dévisagea à son tour. Elle lui sourit, et Drago se demanda si elle partageait son envie également.
Mais elle se crispa quelque peu et dévia sa tête, les sourcils froncés. Astoria choisit cet instant pour apparaître. Evidemment…
Elle se saisit possessivement du bras du jeune homme et il la lorgna, profondément agacé.
Elle embrassa sa joue sans aucune gêne et demeura à la hauteur de son oreille :
- Aujourd'hui je suis majeure Drago, et le temps s'écoule. C'est pour bientôt, n'oublie pas. Kathlins n'est désormais plus punie, mais cela n'a aucune importance, puisqu'elle ne te calcule plus une seconde. Ca, dit-elle en désignant le magazine, ce n'est qu'un petit retardement… Tu seras bientôt à moi, pour toujours…
Il la repoussa violemment et percuta au passage un verre de jus de fruits. La Serpentarde s'était déjà dégagée, hors d'atteinte, et le liquide frais s'écoula en intégralité sur Hermione.
Sa jupe noire fut inondée et son caractère n'était pas au meilleur de sa forme. Elle orienta ses yeux noirs vers Greengrass. Drago savoura le moment inédit de joutes verbales qui s'annonçait.
Mais Pansy, face à lui, lui assena un violent coup de pied dans le tibia afin qu'il intervienne avant que cela ne dégénère vraiment trop, ainsi que l'annonçaient les iris charbonneux de la préfète-en-chef.
- Ce que tu es maladroite, achète-toi un cerveau, grinça Hermione en se lançant un récurtive.
- Ce n'est sûrement pas une sang-de-bourbe comme toi qui peut m'accuser de maladresse, carra Astoria, ironique.
Tracey, qui avait toujours eu du mal à accepter qu'une née-moldue telle que Granger, se soit si rapidement fait accepter de la table et de Drago, et qui s'était déjà fait rabaisser par elle lors d'un poker et d'autres occasions, attrapa l'opportunité au vol.
- C'est vrai, tu jouais pour Gryffondor, lors du dernier match, surenchérit Davis. Tu nous as permis de gagner, grâce à ton agilité.
- Allez, ça suffit, protesta faiblement Drago, espérant tout de même que les deux pimbêches seraient remises à leurs places.
- Ce ne sont pas deux idiotes comme vous, qui ignorent même comment tenir une plume, qui vont me parler de la sorte. Hors de ma vue.
- Pardon ? Tu es à notre table, corrigea Astoria. Là tienne est à l'autre bout, ça fait un moment que tu te trompes d'ailleurs.
- Oui, oui, Greengrass, tu n'as rien d'autres à faire que de polluer mon air ?
- Polluer ton air ? répéta Astoria, glaciale. Mon sang est…
- Plus pur que de l'eau roche, épargne-nous la rengaine, gémit Hermione.
- Vous ne pouvez pas cesser de vous prendre la tête ? s'agaça Pansy sèchement. Astoria, Tracey, allez, au boulot.
- Tu prends sa défense maintenant ? Les Parkinson changent de…
Davis n'eut pas le temps de finir sa phrase. Les yeux de Davis devinrent troubles, ainsi que ceux d'Astoria.
Drago s'aperçut qu'Hermione orientait très légèrement sa baguette, au fond de sa manche. L'impero était indétectable.
Aussi, la Gryffondor se leva et les enjoignit à la suivre. Elles s'exécutèrent dans un silence, tandis que la meneuse souriait mauvaisement.
- J'y vais, soupira Pansy. Je m'assure juste qu'elle ne les tue pas.
- L'idée est très alléchante, soupira Drago. Prends un peu de retard, avec un peu de chance…
- Où est Blaise ? s'enquit soudainement Pansy, alors qu'elle s'était déjà levée et avait saisi ses affaires.
- En pleine dépression. Je crois que sans la Lovegood, on ne peut rien en tirer de bon.
Drago ignorait à quel point il avait tort. Ce n'était pas une question d'avec ou sans, c'était une motivation entière qui consumait son ami. Mais cette idée ne l'effleurait même pas, alors que Pansy s'éloignait, amusée.
HHHH
Drago s'affaissa sur le siège de bois. La bibliothèque n'avait pas opté pour les plus confortables. Heureusement que la présence d'Hermione le focalisait sur quelque chose de réconfortant. Elle était là. Et sa présence embellissait le lieu.
Le grattement de sa plume contre le parchemin martelait les secondes ; muet, il la lorgnait attentivement.
Plongée dans un livre, elle rédigeait encore des résumés de cours. Elle était désormais au programme de troisième année, et selon ses dires, était très à jour sur son planning.
Drago dévia ses yeux vers son propre livre de métamorphose dont rien n'émanait. Ni passion ni fusion. Il ne parvenait pas en tirer quoi que ce soit, pourtant, le lendemain, un contrôle explosif s'annonçait. Afin de faire le bilan sur leur programme du premier trimestre. Sur la métamorphose humaine.
Un soupir lui échappa et Hermione tira la moue.
- Travaille, Drago…, murmura-t-elle, sans réduire son rythme un instant.
- Mais oui, Hermione…
Il ferma ses paupières. L'idée de fuite lui revenait à nouveau. Il devrait réellement l'envisager, songeait-il. Peut-être même que ce soir, il commencerait à emballer ses affaires et s'évaderait-il.
De là où il se tenait, son parfum inondait ses narines. Puissant, il détruisait chacune des pensées cohérentes qu'il était susceptible d'avoir.
Drago éprouvait de grandes difficultés à ne pas se rapprocher de sa détentrice, de poser ses lèvres dans son cou. Un gémissement sourd s'articula dans sa gorge et Hermione pouffa.
Elle se pencha vers lui et il déglutit. Le Serpentard vérifia que personne ne se tenait dans les alentours mais il était incapable de concentration. Toute idée logique s'était déjà dissipée lorsque leurs lèvres entrèrent en contact.
La main de la brune s'était resserrée autour de sa nuque et leurs langues s'entremêlaient lentement. Le souffle retenu, ils échangeaient un baiser profond. Le départ proche de Drago fut oublié en quelques secondes.
Un bruit, plus loin, puis un cri, les séparèrent. Une silhouette sombre arrivait en courant, boitillant, tandis que des « chut ! » secs glapissaient dans son dos.
- Mec ! hurla Blaise en se jetant sur un fauteuil. On est à nouveau ensemble ! Luna et moi !
Des larmes coulaient sur ses joues.
- C'était incroyable, incroyable, impensable, surprenant, magique, pétillant, baveux… j'en suis tout retourné, elle s'est approchée, elle m'a dit qu'elle m'aimait, qu'elle ne pourrait plus jamais se passer de moi, qu'envers et contre tout, on doit être ensemble, elle m'a embrassé, j'te jure, c'était incroyable mec, ce baiser, j'ai jamais embrassé qui que ce soit comme ça, si c'était à refaire, mille fois alors, c'est une fille en or, en diamant…
Il ne reprenait pas son souffle, débitant tout d'une traite, les pupilles folles, ses lèvres se mouvant à une vitesse incroyable. Drago avait perdu le fil au deuxième mot, et seul un balbutiement amoureux se dégageait du discours du métis, à présent.
Elle semblait loin sa crainte, la veille, lors de la réception du message. Entièrement envolée.
- Ses yeux bleus, ses boucles d'oreilles en radis, son collier, tout, j'aime tout, je la veux… Drago, je crois que je veux un enfant d'elle, oui, même deux, trois, plein, autant que possible, jusqu'à l'infini…
- Blaise, chuchota Hermione, tu pourrais baisser d'une octave ? On est dans une bibliothèque. Je suis heureuse que ce soit une véritable histoire que tu vives, mais tu outrages mon sanctuaire…
Il s'exécuta à moitié. Hermione pinça ses lèvres et Drago comprit qu'elle gardait toujours une réserve à l'égard du métis, depuis l'aveu de la mission.
- Elle a agité ses longs cheveux blonds, superbes, ils brillaient dans le faisceau de lumière, et tu sais, elle l'a dit devant tout le monde, c'était incroyable, c'est fou comme je l'aime…Même le Bourkus, je l'aime…
Hermione grinça des dents et se leva. Après un bref signe d'agacement envers Blaise, elle salua Drago et s'en fut. Le blond percevait une légère amertume s'insinuer dans ses pensées : pourquoi Blaise était-il arrivé lors de leur baiser ?
- Tu sais Drago, j'ai peur aussi, avoua brusquement Blaise, interrompant sa flânerie, à mi-voix. Je ne veux pas mourir, je veux rester avec Luna…
- On va trouver une solution, y en a forcément une…
Drago imaginait toutefois mal Blaise quitter Luna d'ici quelques jours. La fuite serait peut-être plus compliquée que prévue.
En fixant son regard sur la chaise qu'avait occupée Hermione, il se fit la remarque de tous ces changements qui s'étaient opérés en lui. Leurs vies étaient régies par cette tête frisée.
Jamais, auparavant, il ne l'aurait laissé dire le fin mot au Lord de la sorte. Il était une époque, pas si éloignée, où il l'aurait envoyée au manoir Malefoy sans rien ajouter. Où il n'aurait eu aucun égard, où elle ne lui aurait rien importé.
Et aujourd'hui, il ne se l'était pas figuré une seule fois, depuis deux semaines qu'elle avait refusé. La respectait-il plus ou bien était-ce lié aux statuts des sangs ? Quels changements s'étaient amorcés à son insu, débouchant sur un tel virage dans son existence ?
Sa vie avait dépendu du choix d'Hermione, née moldue. Et pas une fois, il ne l'avait manipulée afin qu'elle l'épargne.
HHHH
Lorsqu'il rentra dans la salle des préfets-en-chef, Hermione travaillait encore. Attelée à la tâche, elle était allongée devant le feu de cheminée, griffonnant en toute hâte.
Il la rejoignit et s'installa en tailleur, se demandant comment il pourrait ramener le sujet sur leur entrevue, à la bibliothèque. Elle révisait, cette fois-ci, pour l'examen du lendemain. Il se doutait qu'elle ne serait pas aisément abordable dans de telles circonstances.
Patientant, il n'eut finalement rien à faire :
- Drago… tu ne me préfèrerais pas en blonde ?
Le Serpentard haussa les épaules, en la scrutant. De là où il se tenait, il apercevait parfaitement les cicatrices du Sectusempra. Elles meurtrissaient sa gorge, avaient entaillé le début de sa poitrine…
D'elle-même, Hermione déteignit ses cheveux dans un ton très clair, et parvint finalement à revêtir une couleur très naturelle. Elle réserva le même sort à ses sourcils et il fut étonné de la trouver assez agréable ainsi.
- La plupart de tes conquêtes sont blondes je crois, un certain narcissisme indirect, je suppose, se moqua Hermione en lissant sa chevelure d'un geste de la main ainsi qu'elle l'avait remarqué faire.
Un rictus se peignit sur la bouche de Drago.
- Même Kathlins ! se remémora Hermione.
- C'est vrai, approuva Drago. Heureusement que ce n'était qu'un passage. Une horreur cette fille… D'ailleurs, elle ne s'est jamais vengée après que tu l'aies dénoncée en pleine salle. Lorsqu'elle a simulé avoir été enceinte de moi…, précisa-t-il. Je croyais qu'elle te concocterait un plan machiavélique.
- Elle a été punie Drago, elle doit sûrement redouter ce qui peut lui arriver de pire. Alors, de ce que j'ai compris, je te plais bien comme ça ?
Il se coucha à ses côtés, appréciant la chaleur de l'âtre autant que celle de la jeune femme.
Plus sérieuse, elle l'enlaça, enroulant leurs jambes étroitement, les liant dans une proximité qui accéléra leurs respirations.
- Pour en revenir à tout à l'heure…, débuta Hermione.
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, il l'embrassait déjà, à pleine bouche.
Exacerbé par les semaines d'impatiences, d'abstinence, de par cette constante provocation et de cette poignée de nuits passées ensemble, leur étreinte prit une toute autre allure, surtout dirigée par le Serpentard.
De plus, certaines craintes le possédaient et il souhaitait trouver, ainsi près Hermione, un certain soulagement.
Au début, bien qu'il perçut sa propre agitation différente de l'accoutume, il ne fit que caresser sa langue de la sienne. Puis, il passa, plein de langueur, sa main dans sa coiffure, le long de son dos, et remonta sur son ventre, sous son t-shirt et sa robe de sorcière.
Elle frissonna contre lui, se pelotonnant davantage dans ses bras, le serrant contre elle.
Drago glissa sa main le long de sa taille, puis parvint à saisir un de ses seins, après avoir contourné le sous-vêtement. Il frôla longuement le téton durci, entièrement contrôlé par une envie féroce de la découvrir, encore plus.
L'étroitesse de son pantalon et le besoin irrépressible qu'il éprouvait, lui firent entamer un frottement contre l'entre-jambe de la jeune femme, encore masqué par une épaisse couche d'habits.
Il lui ôta sa robe, bouton par bouton. Il s'était finalement décollé de ses lèvres, mordillant son cou sans relâche, léchant sa peau satinée qui l'enfiévrait. L'odeur de vanille le bousculait.
Enfin décidée, elle entreprit de lui retirer sa chemise. Soudainement pressée, les joues rouges, les cheveux gonflés, elle arracha presque le tissu et un rire échappa à Drago. Lui en arrivait au même stade et ils furent à moitié nus, se pressant l'un contre l'autre.
Hermione bascula sur lui et tendit ses lèvres vers les siennes. Il répondit au baiser tout en coulissant ses mains vers ses fesses, l'approchant encore de son sexe dressé. Elle gémit doucement, agrippé à ses épaules.
Des coups lointains résonnèrent sur le portrait. Un soupir agacé leur échappa.
- C'est pas possible, geignit Drago.
- Je crois que si, répondit Hermione, sur le même ton.
- On n'a qu'à faire croire qu'on n'a rien entendu…
- Et si c'est un professeur ? rétorqua Hermione, amusée. J'arrive ! ajouta-t-elle à l'adresse de la personne qui s'impatientait.
Elle se vêtit d'un coup de baguette et ses cheveux s'assombrirent également ; Drago tenta de garder aussi longtemps que possible l'image de sa poitrine tendue et de son ventre plat en tête.
Mais lui avait un autre problème, un peu plus bas, qui s'annonçait très difficile à résoudre. Le Serpentard se retira, après avoir prestement récupéré ses affaires.
Hermione ouvrit le portrait en même temps qu'il s'enfermait dans sa chambre. Pansy et Blaise se tenaient face à elle.
- Nous n'avons pas osé rentrer, Blaise m'a dit que vous deviez être occupés…
- Ah bon, lâcha nonchalamment Hermione.
Drago, à travers la porte, rougit légèrement. Blaise était réellement agaçant à parler autant.
- J'ai un cadeau pour toi, poursuivit Pansy en faisant apparaitre un livre de son sac.
- Un livre de magie noire, murmura Hermione, ravie. Merci beaucoup, Pan, c'est exactement ce dont j'avais besoin… surtout depuis que mon charmant homologue a tout brûlé. Voyons voir, Drago ! Tu veux bien faire le cobaye ?
Il émergea de sa chambre, convenablement habillé, espérant que sa protubérance serait discrète. Au sourire goguenard de Blaise, il en déduisit le contraire.
- Le cobaye de quoi Hermione ?
Drago trouvait un malin plaisir à prononcer son prénom. Il était ravissant, fluide…
Elle sortit sa baguette et il l'imita aussitôt. De la magie, évidemment. Et au poussiéreux volume qu'elle détenait entre ses mains, ce ne serait pas un vulgaire sectusempra…
- Je pense qu'Hermione a raison, les garçons, il est temps de vous entrainer, vous aussi, affirma Pansy. Si demain il y avait un problème, vous ne seriez pas en mesure de vous défendre.
- Mais oui, poupée, c'est vrai, et je dois protéger Luna, désormais.
- Blaise, arrête un peu et…, débuta Drago.
- Drago, ça suffit, claqua Blaise. Je sais que tu es jaloux de Luna mais tu dois comprendre une fois pour toute. J'aime Luna, et Luna m'aime. Je ne suis pas libre et de toute façon, je n'ai jamais aimé les hommes. Alors arrête avec ça. Je sais que c'est dur, mais tu vas devoir t'y faire et tourner le parchemin. J'ai confiance en toi, je suis sûr que tu en es capable, d'accord ?
Drago dut se faire violence afin de ne pas lancer un Avada Kedavra. Il respira lentement.
Hermione le détourna de ses pensées meurtrières en entamant avec un sortilège d'une aisance remarquable. Blaise et Pansy les rejoignirent, et, très vite, s'engagea une lutte acharnée.
Ils y mirent un terme lorsque les deux hommes abordèrent leurs estomacs affamés. Drago et Blaise les quittèrent alors pour la Grande Salle, Hermione rappelant à son homologue qu'ils se retrouveraient dans l'heure pour leur soirée de ronde.
Pansy s'affaissa aussitôt sur le canapé, émoustillée, frottant ses mains. Elle et Hermione étaient désormais seules.
- Alors ? Raconte !
- Je crois que ça va plus loin que ce à quoi on s'attendait, avoua Hermione en prenant place également. Au début, ce n'était qu'une idée, mais désormais…
- Vous vous êtes beaucoup rapprochés, c'est incontestable, assura Pansy.
- Je suis un peu perdue, aussi…
- C'est normal, Hermione. Qui ne le serait pas ?
- Les jours qui arrivent me diront la véritable tonalité de ce qui se passe, expliqua Hermione en se levant.
- Comment ça ? s'enquit Pansy.
La Gyffondor posa son front contre la baie vitrée. Ses pensées se réorganisaient peu à peu.
- Je crois que je… je l'aime beaucoup. J'ai envie d'être avec lui plus souvent, d'être proche de lui. J'aurais préféré que tout soit différent, chuchota Hermione.
- Peut-être que justement, c'est l'occasion de découvrir Drago, toute cette guerre qui avance, de rencontrer le véritable Drago, Hermione.
- Seul le temps me le dira, conclut Hermione en la vrillant de ses iris noirs.
HHHH
L'entrainement du mercredi de Quidditch se finit très tard dans la nuit. Drago l'avait un peu rallongé, obligé devant l'enthousiasme de Blaise qui revivait après ses trois semaines de punition.
Les conditions thermiques étant moins difficiles, chacun avait pu manifester sa joie de survoler le superbe terrain. Il ne leur restait qu'un match, contre Serdaigle, ce samedi justement. Aussi, les entrainements étaient en même temps plus coriaces et plus relâchés.
Emanant des vestiaires, les joueurs échangeaient encore entre eux, hilares. Notamment Butcher et Ham, qui se remémoraient un match amical récent, où ils avaient assommé leur cible avec leur batte, la prenant pour un cognard.
Crabbe et Goyle demeuraient silencieux, depuis l'arrestation de leurs parents.
La lune scintillait dans le ciel, lorsque Nott dévala le parc, et arriva près d'eux.
- Vous avez fini ? s'exclama-t-il.
- De toutes évidences, répliqua Pansy.
- Drago, t'es préfet-en-chef, on pourrait peut-être se boire un verre, à Près-au-Lard, ça pourrait être cool…
- Ah ouais, mec, carrément ! renchérit aussitôt Blaise.
- Oui capitaine, tu nous dois bien ça ! clama Butcher.
Drago ne voyait aucune manière de refuser. De plus, il n'avait pas passé de temps avec les siens, seuls, depuis une éternité. Et puis, un verre de whisky pur feu lui ferait un grand bien. Pansy avait l'air réticent mais il la rassura en l'agrippant par le bras.
Il devinait sans mal, que même une jeune femme assurée comme elle l'était, devait se méfier de ce genre de soirée qui pouvait terminer en réelle beuverie. Scènes dans lesquelles il était très dur de trouver une place convenable pour une fille.
Alors qu'ils s'éloignaient peu à peu du château, Drago tourna son regard vers la tour qu'il partageait avec Hermione, regrettant un peu son absence.
- Tu veux que j'aille la chercher ? susurra Pansy.
- Je n'ai pas envie de perturber son programme d'ASPICS. Elle révise sûrement.
- Tu me parais bien informé, Drago, remarqua-t-elle.
Les autres hommes avaient pris le front, et discouraient vivement, une dizaine de mètres devant eux.
- C'est normal, Pan, on travaille ensemble, je dois savoir ce qu'elle fait.
- Ce n'est qu'une question de travail ? J'avais l'impression que tu la guettais souvent et que tu prenais plaisir à être avec elle.
Il ne se renfrogna pas et un sourire en coin se dessina sur ses lèvres. C'était l'évocation de la jeune femme et de la complicité qui les liait qui avait incurvé sa bouche dans cette moue révélatrice.
- Elle n'est pas aussi désagréable que ce que je pensais.
- Il y a une époque, tu aurais tué de ta main la garce qui t'empêchait d'accomplir la mission du maître.
Le blond avait violemment tressailli au mot « garce ». Et Pansy l'avait soigneusement noté.
- C'est différent, se défendit-il.
- Tu as changé, dit-elle, plutôt joviale.
- On a tous changé, Pan…
Elle demeura interdite en le détaillant. Savait-il pour elle et… ?
Toutefois, ils venaient de toucher au but. Près-au-Lard était masqué dans un grand halo de pénombre et de brume.
Quelques lumières éclairaient le village endormi. Le seul bruit qui l'animait était le brouhaha qui parvenait des portes closes du bar.
Ils se faufilèrent aux Trois Balais et commandèrent. Rosmerta grimaça, sachant qu'ils étaient étudiants. Mais ils étaient majeurs et clients, aussi, ne commenta-t-elle pas et leur apporta les boissons sans un mot.
La discussion allait bon train. Les allusions aussi et très vite, il s'avéra que Nott, Ham et Butcher avaient développé une grande affinité. Ils ne cessaient de s'esclaffer ensemble, partageant une entente incroyable.
A certains gestes intimes, Drago leur attribua une relation peut-être encore insoupçonnée, et des frissons d'horreur le parcoururent. Pansy en était venue à la même conclusion, car un rictus dégoûté s'était peint sur ses traits.
- Alors, vous avez eu combien au contrôle de McGo sur la métamorphose humaine ? demanda soudainement Butcher.
- T, grinça Blaise. Je sais pas ce qu'elle a, mais depuis le début de l'année, elle n'arrête pas de me couler ma moyenne !
- J'ai eu A, toi aussi, et Nott un P, mais on lui avait demandé de faire de Patil une femme forte, il lui a ajouté des poils dans le nez ! ricana Ham.
- Moi c'était A, aussi, se remémora Pansy. La seule à avoir eu O est Hermione.
- C'était incroyable, approuva Blaise. Elle maitrise très bien le sort. Elle l'a apposé sur Brown pendant une heure, en changeant des détails infimes… ma Luna pourra faire pareil, après un peu d'entrainement…
Drago n'ignorait pas le talent d'Hermione, après sa prestation en blonde… Même ainsi, elle n'était pas mal. Le rappel de son corps contre le sien, de cette proximité qu'ils n'avaient que par moment… Il était déçu qu'elle ne soit pas là. Cette soirée lui parut d'une futilité incommensurable.
Il se leva et après avoir réglé, les enjoignit à rentrer. Ils le rabrouèrent tous, mais Drago ne les entendait plus.
Le chemin qui l'éloignait d'Hermione semblait s'allonger, à mesure qu'ils revenaient sur leurs pas. Pansy était à ses côtés, plissant ses yeux face au vent qui s'était levé. Le brouillard avait disparu.
- Ah, Drago, murmura-t-elle. J'ai l'impression que notre chère préfète représente tellement plus qu'une collègue, à tes yeux.
Il ne répliqua rien. Parce que c'était exact. Il ne parvenait à dompter l'ampleur qu'elle prenait pour lui. Et pour ce qui était de comprendre l'importance qu'elle représentait, c'était un échec total.
Jamais aucune de ses proies n'avait mis autant de temps avant qu'ils n'aboutissent à une relation sexuelle. Sur cette carte-là, autant de son côté que de celui d'Hermione, il se demandait qui poussait le frein.
Ils se séparèrent dans le hall, Pansy ne masquant pas son agacement de devoir raccompagner des hommes un peu enfiévrés.
Drago allait se proposer de la reconduire, lorsqu'il s'aperçut que Blaise l'avait déjà fait, la protégeant des influences négatives, un bras sur ses épaules.
Cette impression l'apaisa. Pansy n'était pas seule et Blaise n'était pas entièrement dans des nuages roses en forme de cœur. Ils paraissaient même s'être rapprochés.
Drago gravit les escaliers qui le séparaient du portrait et passa après avoir donné le mot de passe. Le Chevalier lui offrit un froncement de sourcil peu amène en vue de l'heure tardive.
Les lieux étaient sombres et frais. Un léger filet de fumée s'échappait de la cheminée, et le courant d'air glacial qui régnait dehors parcourait la pièce. C'était la baie vitrée, poussée sur le côté, qui le laissait percer. Le rideau tourbillonnait dans la salle désertée.
Le cœur tambourinant, sortant précautionneusement sa baguette, Drago avança. Qu'allait-il
y découvrir ?
Ses pas le conduisirent à la terrasse où une puissante odeur de cigarette l'aspergea.
Hermione était accoudée à la rambarde, l'esprit hagard. Elle fumait silencieusement, et maintenait de son autre main une bouteille d'alcool fort. Elle lui retourna un regard obscur et cette vision le déstabilisa.
- Tu vas bien, Hermione ?
- Ca va merveilleusement bien Draguichou, et toi ? pouffa-t-elle.
Mais ses yeux étaient fiévreux, et elle but une gorgée au goulot de sa bouteille. Elle rapprocha aussitôt la cigarette et tira une bouffée dessus, la tête renversée.
La brune tournoya sur elle-même, en soupirant. Il prit conscience de sa tenue : un simple t-shirt qui s'arrêtait aux genoux. Sa peau était recouverte de chair de poule et elle tremblait de tous ses membres.
- Je vais tellement bien… Si tu savais…
Elle trébucha et Drago la rattrapa. Déséquilibrés, ils s'effondrèrent au sol, et la bouteille roula à l'autre bout de la terrasse.
Hermione esquissa un geste pour la rattraper mais glissa piteusement. Frissonnant toujours, elle se tourna sur le dos et fit face au ciel, où miroitaient de magnifiques étoiles.
- Ah, si seulement vous pouviez venir me chercher, marmonna-t-elle avant de s'endormir, sous les prunelles affolées du blond.
HHHH
Le nez niché dans sa chevelure emmêlée, aspirant l'effluve vanillée, Drago mit un long moment à trouver le sommeil. Cette scène d'Hermione l'effrayait.
Que s'était-il passé en son absence pour qu'elle soit dans un tel état ? Avait-elle été furieuse qu'il parte sans elle ? Avait-elle été anxieuse de son retard, et avait-elle cru qu'il avait à nouveau eu un accident de balai ?
Sa nuit entière défila, serré contre elle, à réchauffer sa peau glacée. Les pulsions érotiques qu'il avait ressenties quelques heures auparavant s'étaient évanouies, et seule demeurait l'inquiétude.
Il avait tergiversé pendant de longues heures. La réponse du Lord, bien que préméditée, lui inspirait une panique incontrôlable. Le constat que ni son père ni Bellatrix n'avaient pris contact avec lui, assurait qu'ils ne le défendraient pas.
A nouveau, fuir s'avérait l'unique solution possible. Mais plus il tentait de se visualiser partir, moins il y parvenait. Pouvait-il abandonner Blaise et Pansy ? Les laisser face à leur destin ? Et où Pansy se situait-elle ? L'attaque du ministère et sa réaction l'avaient désarçonné.
Bien sûr, il pourrait donner les souvenirs de Voldemort à Dumbledore, mais le directeur était trop vieux, et Potiron ne servait à rien. Drago ne serait que plus compromis dans cette lutte sans intérêt.
Il avait déjà perdu sa mère, et l'envie de s'en aller était bien présente.
Drago avait parfaitement conscience qu'il se mentait éperdument. Car une des véritables raisons de son incapacité à tout quitter se tenait dans ses bras. Hermione.
Comment pourrait-il l'abandonner, la délaisser ? Ce n'était qu'une envie passagère, mais… la conversation entretenue avec Pansy ne cessait de tourner en boucle. C'était vrai qu'il la cherchait souvent. C'était par respect pour sa décision, que sa vie à lui risquait d'être gâchée. Elle représentait beaucoup plus que ce qu'il prétendait. Oui.
Hermione avait une place considérable dans ce qui l'empêchait de prendre ses jambes à son cou. Une place qu'il ne s'expliquait pas, pour une simple pulsion…
Il se réveilla au matin, abruti de fatigue et de sommeil. Mais les iris chocolat d'Hermione, sagement posés sur lui, le remirent aussitôt sur pied.
Drago la pressa contre lui, embrasant ses joues, ses lèvres, son cou, frictionnant son corps tiède, percevant la vie qu'elle dégageait. Elle répondit à son étreinte, crispée.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé, Hermione ?
Soudain, il se remémora son nouveau livre de magie noire. Se pouvait-il qu'il soit lié directement à ce malaise ?
- Je ne sais pas, Drago… Je ne me sentais pas bien, et j'avais soif. J'étais un peu démoralisée et très stressée, avec les ASPICS qui arrivent…
- Ce n'est que ça ? s'enquit-il, incertain.
Etait-elle autant mordue des études qu'elle le prétendait ?
Elle se dégagea de ses bras et de son étreinte et se dirigea sans un mot de plus vers la salle de bain. Le reflet noir et dur de ses yeux, dans le miroir, l'affligea. Mais c'était ainsi.
HHHH
Drago et Hermione se retrouvèrent dans la Grande Salle. Le blond était resté sur une froideur de la part d'Hermione, qui le rebutait un peu. Il l'avait veillée toute la nuit, et elle le repoussait de manière incompréhensible. La moutarde lui piquait doucement le nez.
Il était également agacé : le dernier match de Quidditch arrivait, et il devrait être au meilleur de sa forme. A cause de la précédente prestation d'Hermione, chez les Gryffondor, lorsqu'elle avait remplacé Potiron en tant qu'attrapeuse, les Serpentards allaient devoir marquer beaucoup de points pour être sûr de remporter la coupe. C'était samedi, la clôture du tournoi. Ils gagneraient ou seraient second…
Ils s'installèrent à la table des Serpentards et entamèrent leur déjeuner sans un mot. Pansy arriva jusqu'à eux, fredonnant, suivi de Blaise et d'autres Serpents.
- Bonjour, lança-t-elle. Il y a une ambiance, dans le parc, avec pleins d'aurors, ça barde !
- Pourquoi ? questionna Hermione.
- Ils veulent interroger les fils de mangemorts arrêtés lors de la prise du ministère. Crabbe et Goyle sont retenus ainsi que d'autres, expliqua-t-elle.
- Le vieux doit être furieux, commenta Tracey en ricanant.
- Paraît qu'il n'est pas descendu de son bureau encore, lâcha Bullstrode en prenant place. Trop fatigué sûrement. On dirait qu'il a pris trente ans.
Drago leva les yeux au ciel. Palpitant, la vie du quatrième âge de…
Ses pensées s'arrêtèrent net et il observa Pansy, l'œil brillant. Elle avait retiré sa robe de sorcière, posée à ses côtés, afin d'arborer un magnifique tissu satiné. Un chandail parfait, élaboré par un maitre-artisan. Une pièce de la collection de Narcissa.
Il eut beaucoup de mal à en décrocher son attention. Son cœur battait vite dans sa poitrine et l'absence de sa mère lui fut brutale. Depuis combien de temps n'avait-il pas reçu un paquet de friandises de sa part ? Il n'en aurait jamais plus. Combien de fois l'avait-il vue avec cet ouvrage sur ses épaules ? Il se la rappelait, lors des soirées froides d'hiver, contre la cheminée, les yeux dans le vague, emmitouflée dans cette étoffe.
Son estomac se noua et la fatigue le saisit. Il s'affaissa sur lui-même, se trouvant épuisé. La contrariété aussi avait une place prédominante ; qu'Hermione soit aussi hostile à tout ce qui l'entourait l'irritait. Elle lui mentait sur l'évènement de la veille.
En la dévisageant, il se rendit compte qu'elle était tétanisée. Il suivit son regard et fit face aux lunettes en demi-lune du directeur. Il s'approchait d'eux et se baissa au niveau de Drago.
- J'ai reçu vos prises de sang de St Mangouste, monsieur Malefoy. Vos taux d'hormones- il toussa- magiques sont revenus à la norme. Vous êtes… entièrement hors de danger et totalement guéri. Bonne journée.
Ses quelques mots avaient été hachurés par un manque évident de souffle. Il prit plus de temps à se relever et s'éloigna, sortant de la Grande Salle.
- Hermione, tu m'entends ? cria, excité, Blaise. Enfin ! Tu as été amie avec Luna pendant longtemps, tu crois qu'elle…
Mais la Gryffondor tenait son bras gauche, une grimace de douleur déformant ses traits. Elle se redressa, comme brûlée et s'enfuit en courant.
Drago se retourna à temps pour la voir se couler derrière les portes de la Grande Salle.
HHHH
Pansy soupira de bien-être. Elle effectua quelques pas supplémentaires dans le parc et plaqua plus étroitement le journal intime de Narcissa contre sa poitrine.
- Ma chère Cissy, si je me permets de vous nommer de la sorte, n'y voyez aucun manque de respect, mais une grande sollicitude à votre égard, et beaucoup de tendresse, souffla Pansy en scrutant le lac. Nous n'avons pas été très proches, mais j'ai toujours eu de l'admiration pour vous. Et vos dernières volontés seront exaucées, je vous en fais la promesse. Bientôt, votre fils aura vent de tout cela, et il se battra à nos côtés, n'ayez crainte. Si j'étais en moyen de le faire, je contracterai avec vous un serment inviolable sur le champ. Il saura.
Pansy ferma ses yeux et s'agenouilla dans l'herbe. Admirative d'une femme qui avait incarné beaucoup de choses pour elle.
Un souffle de vent parcourut l'eau immobile du lac, créant une vaguelette qui vint s'écraser aux pieds de la Serpentardes. Puis le souffle devint bourrasque qui frôla la joue de Pansy, d'une façon qui rappelait franchement un baiser.
