Salut tout le monde ! Voici que l'on approche de la fin du tome 4, dites donc... Le sondage "successeur d'Hypothèses" est toujours en cours. La fic "la Secunda Volta" a été éliminée, il n'en reste plus que trois en lice. A vos souris pour voter !


Chapitre 35 : la Croisée des Chemins

Dumbledore accueillit la fin de cette confession avec un profond écœurement. Il agita sa baguette et des cordes vinrent s'enrouler autour de Croupton, le liant solidement et le laissant immobile sur le pavage de pierre.

- Minerva, pouvez-vous surveiller ce triste individu pendant que j'emmène Harry dans mon bureau ?

- Naturellement, répondit McGonagall en pointant sa baguette sur le mangemort.

- Severus, soyez gentil et faites descendre Alastor à l'infirmerie, quelles que puissent être ses récriminations. Une fois que Poppy l'aura pris en charge, allez chercher Fudge, qui doit toujours être dans le parc, et dites-lui de venir dans ce bureau. Je serai à l'infirmerie d'ici une demi-heure.

Avec un soupir résigné, Maugrey consentit à suivre Rogue dans les couloirs, sous le regard un brin amusé des autres adultes.

- Harry ? Nous pouvons y aller ?

Le Serpentard releva la tête. Soudainement, il ne s'était jamais senti plus courbatu ni fatigué de toute sa vie.

- Nous montons dans mon bureau, Sirius nous y attend.

Harry fit à peine un signe pour indiquer qu'il avait compris. Les aveux de Croupton Jr l'avaient laissé dans une sorte de brouillard qui étouffait de façon fort pratique les images qui lui venaient à l'esprit. Le cadavre de Cédric et Peter essayant d'empêcher le sang de couler étaient particulièrement obsédants. Pauvre Cédric, qui se croyait le parfait chevalier... qui voulait qu'on le ramène à ses parents...

- Monsieur ? Où sont les parents de Diggory ?

- Ils sont avec le professeur Chourave, répondit Dumbledore avec une fêlure dans la voix. En tant que directrice de Poufsouffle, elle était la mieux placée.

Arrivés devant la gargouille qui montait la garde à l'entrée du bureau, le directeur donna le mot de passe et les deux sorciers montèrent à l'étage.

Sirius était assis dans l'un des fauteuils réservés aux visiteurs, et se releva d'un bond quand ils entrèrent dans la pièce, le visage livide, le regard angoissé. Il se précipita vers son filleul avant même que celui-ci ait eu le temps de se rendre compte de ce qui se passait.

- Harry, comment vas-tu ? J'étais sûr que quelque chose allait arriver pendant ce tournoi... Que s'est-il passé ?

Tout en bégayant des questions, il aida le garçon à s'asseoir dans l'autre fauteuil.

Dumbledore tenta de mettre un terme à ses errances en lui rapportant l'histoire qu'avait racontée Croupton. Harry le laissa faire sans l'interrompre, trop heureux d'être enfin assis confortablement et de pouvoir se reposer un peu. Tandis que les deux hommes parlaient avec animation, Fumseck le phénix vint se poser avec élégance sur les genoux de Harry, qui apprécia au plus haut point la douce chaleur produite par l'oiseau étincelant. Fumseck roucoula quand le garçon caressa ses plumes rouge et or, et se nicha contre son épaule avec un soupir satisfait.

Le silence revint dans le bureau, et le directeur se tourna vers le Serpentard. Beaucoup de question restaient encore sans réponse.

- Harry, je vais avoir besoin que tu me racontes ce qui s'est passé quand tu as activé le portoloin...

- Ça ne peut pas attendre demain ? grogna Sirius. Il a besoin de dormir.

Dumbledore fit non de la tête.

- Mais il n'a pas besoin de faire des cauchemars à répétition. Je ne dis que pas que cela n'arrivera pas, mais parler permet d'atténuer ce type de réaction. Harry vient de vivre une expérience traumatisante, il vaut mieux parler de tout cela maintenant. De plus, il me faut comprendre ce qui s'est produit là-bas. Je dois avoir un maximum d'éléments en main pour répondre de façon adaptée. Allons, ajouta-t-il en se tournant vers Harry, crois-moi, tu as fais preuve de plus de courage et d'initiative que beaucoup de sorciers adultes de ma connaissance. Peux-tu, s'il te plaît, nous dire ce qui est arrivé après ton départ du labyrinthe ?

Harry respira profondément et entama son récit. Il se sentait mieux au fur et à mesure que les mots s'enchaînaient. Sirius voulut l'interrompre, mais Dumbledore lui imposa le silence. Cependant, quand Harry expliqua que Voldemort avait fait usage de son sang pour reconstituer son corps, persuadé que cela lui donnerait accès à la protection créée par Lily au moment de sa mort, Sirius sursauta violemment. Dumbledore parut brusquement intéressé, mais se retint d'en parler.

- Ainsi donc, il a réussi à contourner cette barrière... Biens, continue, je te prie...

Harry reprit le fil de l'histoire, expliquant les actions de Voldemort et de ses sbires de façon aussi détaillée que possible. Il eut énormément de peine à décrire l'instant où les fantômes de ses parents avaient fait leur apparition au bout de la baguette de son adversaire. Il commença à buter sur les mots, jusqu'à ce que son parrain prît la parole, visiblement interloqué.

- Un rayon de lumière entre les deux baguettes ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Priori Incantatum, répondit Dumbledore d'un air songeur.

- La remontée des sortilèges ? C'est une plaisanterie ? s'exclama Sirius.

- Pas du tout. Les baguettes de Harry et Voldemort contiennent un élément identique. Il s'agit de leur cœur, qui est une plume de phénix. Elle provient même de la queue de ce phénix... ajouta le directeur en désignant Fumseck, qui roucoula et s'inclina sur son perchoir.

- C'est assez extraordinaire... murmura Harry.

- Que oui ! Et quand tu as quitté la boutique d'Ollivander avec cette baguette en poche, il m'a aussitôt écrit pour me dire que la jumelle de celle qu'il avait vendu il y a si longtemps était enfin sortie.

- Et ce phénomène s'est produit parce qu'il s'agit de baguettes jumelles ? demanda Harry.

- En effet, répondit Dumbledore. Les derniers sorts envoyés par la baguette sont éjectés en remontant dans le temps. Cédric, ou plutôt son image, son écho, est ressorti, tel une personnalité couchée sur un tableau. Puis d'autres personnes ont dû arriver de même.

- Oui, Bertha et puis un vieux Moldyu... et ensuite, mes parents, expliqua Harry.

- Et qu'ont fait ces spectres ?

Harry décrivit le dôme et la garde montée par les fantômes, et rapporta enfin les dernières volontés de Cédric.

- Tu as bien fait de le ramener, conclut Dumbledore. C'était la meilleure chose à faire. Crois-moi, si tu l'avais laissé, il y aurait eu de fortes chances pour que son fantôme – le vrai – décide de te hanter en guise de punition. Et je ne plaisante pas.

Harry parvint tout de même à esquisser un sourire. Fumseck émit une trille qui pouvait passer pour un petit rire. En revanche, Sirius n'avait pas l'air de se détendre le moins du monde. Il paraissait même atterré.

- Je vais me répéter, mais il est important que tu en sois convaincu : tu as montré plus de bravoure que nombre de sorciers lorsque Voldemort était au sommet de sa puissance. Tu t'es battu comme une personne d'expérience et tu as été plus qu'à la hauteur. Maintenant, tu as bien mérité de te reposer. Nous descendons à l'infirmerie. Un peu de calme et de tranquillité te feront le plus grand bien. Sirius, vous restez avec lui ce soir, n'est-ce pas ?

- Bien sûr.

Puis un gros chien noir sortit du bureau devant les deux sorciers, qui prirent le chemin du dispensaire.

# #

A l'intérieur, l'infirmière Pomfresh était littéralement harcelée par plusieurs Serpentard, dont Blaise, Rena Fallstar et Beline Urquhart, qui demandaient où se trouvait Harry. L'oncle Alexandre attendait dans un coin, flanqué de Bill et Ginny., laquelle se rongeait nerveusement les ongles. Quand Dumbledore fit son entrée, Harry sur les talons, tout le monde se tourna vers eux.

- Écoutez-moi tous, voulez-vous ? Pour l'instant, la seule chose dont votre camarade ait besoin, c'est de calme et de sommeil. S'il désire que vous restiez, vous pourrez le faire, mais il est hors de question que vous l'interrogiez. Il a déjà dû revivre l'épreuve de cette nuit quand je lui en ai demandé le déroulement, aussi je vous serai reconnaissant de lui laisser un peu de temps.

Rena et Beline s'éclipsèrent aussitôt, non sans caresser au passage le « gentil toutou » qui montait la garde à côté de la porte. L'oncle Alexandre les suivit et retrouva Théodore et Sarah au coin d'un couloir. Une fois rassuré, le tandem gagna à son tour le dispensaire.

Il y avait toujours du monde autour de Harry. Blaise et Ginny étaient restés debout contre le mur, tandis que Pomfresh disposait un paravent autour du lit de leur camarade pour qu'il puisse se changer sans témoin. Bill glissa quelques mots aimables à sa cadette avant de sortir à son tour sur la pointe des pieds.

- Ce chien va-t-il rester ici ? s'enquit Madame Pomfresh.

- Tout à fait, assura le directeur. C'est un gentil compagnon, très sage en plus. Bien... Harry, je repasserai dès que j'aurai vu le ministre. Je sens qu'il ne va pas être simple de lui faire admettre la réalité...

- Lui faire avaler que Machin est revenu ? lança Blaise dès que Dumbledore fut parti. C'est peine perdue, il n'y arrivera jamais.

Et il se laissa retomber sur une chaise près de lit de Harry en soupirant. Sarah, Théodore et Ginny en firent autant.

Non loin de là, Maugrey dormait du sommeil du juste, apparemment pas trop secoué par son séjour dans la malle magique.

- Je suis juste très, très fatigué, déclara Harry face aux mines inquiètes de ses amis.

Sarah haussa les sourcils, peu convaincue.

- Tiens, dit Pomfresh qui revenait avec un grand verre de potion violette. C'est pour dormir sans rêves. Avale tout, mon garçon !

A peine eut-il vidé le gobelet que Harry commença à bâiller. Il posa la tête sur l'oreiller tandis que les lumières vacillaient autour de lui. Les draps frais et le matelas de plume ne lui avaient jamais paru si confortables...

En quelques minutes, il était si profondément endormi qu'il ne sentit même pas que Ginny lui enlevait ses lunettes.

# #

Harry se réveilla un peu confus. Il se sentait trop bien dans son lit pour se lever, ou même s'assoir. La nuit n'était pas encore finie et il se demanda ce qui avait bien pu mettre fin à son sommeil. Des voix basses mais furieuses répondirent pour lui.

- Ils vont finir par le réveiller avec tout ce bruit !

- Pourquoi tout le monde crie ? Qu'est-ce qui s'est encore passé ?

En clignant des yeux, Harry distingua les cheveux roux de Ginny dans un rai de lumière. Théodore était juste à côté. Un trot de souris, et Sarah revint s'asseoir.

- C'est Fudge qui se dispute avec McGonagall. Et ça chauffe vraiment.

Comme pour confirmer ses dires, des éclats de voix parvinrent jusque dans l'infirmerie.

- C'est peut-être regrettable, mais c'est comme ça, Minerva, disait la voix de Fudge.

- Vous n'auriez jamais dû amener ça dans l'enceinte du château, répliqua férocement la codirectrice. Quand Dumbledore sera mis au courant...

La porte s'ouvrit brutalement et le ministre fit son entrée, suivi de près par McGonagall et Rogue. Personne ne remarqua que le patient soi-disant endormi profitait de l'inattention général pour remettre ses lunettes et se redresser sur ses oreillers.

- Où est Dumbledore ? lança le ministre d'un ton exigeant.

- Pas ici, répondit Ginny en étouffant un bâillement. S'il vous plaît, ne criez pas si fort...

Fudge n'eut pas le temps de se mettre en colère contre une pareille insolente, car le directeur arriva à son tour, l'air plus que contrarié.

- Que s'est-il passé, je vous prie ?

Mais son ton était tout sauf priant.

- Minerva, que faites-vous ici ? Je vous avais laissée surveiller Barty Croupton...

- Il n'y a plus rien à surveiller ! répondit la sorcière avec rage. Monsieur le ministre s'en est chargé lui-même !

Elle était si furieuse qu'elle commençait à voir rouge, au sens propre du terme. Elle paraissait prête à saisir le ministre par le col pour lui coller un bon direct.

- Quand nous avons expliqué à Mr Fudge que nous avions capturé le mangemort responsable des évènements de cette nuit, dit Rogue d'un ton las, il a estimé que sa sécurité était... compromise. Il a insisté pour être accompagné d'un détraqueur et il l'a fait entrer dans le bureau où Croupton était retenu.

- Je lui ait dit que vous ne vouliez pas de ces choses dans l'école, tonna McGonagall. Mais bien sûr...

- Chère madame, coupa Fudge, le teint cramoisi de rage, en tant que ministre de la Magie, je suis en droit de décider s'il convient d'assurer ma protection que je dois interroger un criminel qui...

- Au moment où cette créature est entrée dans la pièce, cria la vieille dame, elle s'est jetée sur Croupton et... et...

- Le détraqueur a fait son office... termina Rogue en regardant ailleurs.

Quelqu'un fit des efforts méritoires mais vains pour se retenir de vomir, et Ginny disparut dans les toilettes adjacentes à l'infirmerie.

- Et alors ? Ce n'était sûrement pas une grosse perte ! Apparemment, il était responsable de plusieurs meurtres.

Le ministre semblait prêt à casser quelque chose. Harry n'aurait pas été autrement surpris de voir les chaises développer des jambes et des pieds pour s'éloigner en hâte du personnage.

- Mais il ne peut plus témoigner, à présent, rétorqua Dumbledore, non sans énervement. Il ne pourra plus expliquer devant un juge pourquoi il a tué tant de monde.

- Pourquoi ? Mais voyons, il n'y a aucun mystère là-dessous, s'exclama le ministre, quelque peu condescendant. C'était un fou dangereux. D'après ce que Minerva et Severus m'on dit, cet homme était persuadé d'avoir agi sous les ordres de Vous-savez-qui !

- Non sans raison, répondit Dumbledore. Voldemort lui a bel et bien donné des ordres. La mort de ces malheureux n'a été qu'un effet secondaire d'un plan qui visait à redonner toute sa force à Voldemort. Et ce plan a très bien réussi. Voldemort a retrouvé son corps.

Fudge resta bouche bée, comme si on venait de lancer de la boue sur lui. Il cligna plusieurs fois des yeux, cherchant quelque chose d'intelligent à répondre. Il avait l'air incapable de comprendre ce qu'on venait de lui dire.

Dans l'intervalle de silence ainsi ménagé, la porte du dispensaire s'ouvrit presque sans bruit et la silhouette longiligne de Pierre Telensk se glissa dans la pièce, au grand effarement de Sarah, qui n'avait malheureusement aucune possibilité de s'enfuir. Mais le Russe ne s'intéressait pas à elle. Il s'approcha de McGonagall et lui murmura quelques mots à l'oreille. La sorcière hocha la tête en fronçant les sourcils.

Pendant ce temps, Fudge avait eu le temps de se remettre un peu.

- Vous-savez-qui... revenu ? Ridicule... Allons, Dumbledore, reprenez-vous... bafouilla le ministre.

- Ainsi que Severus et Minerva vous l'ont rapporté, coupa le directeur, nous avons entendu la confession de Croupton, ainsi qu'Alastor et trois étudiants. Sous veritaserum, il a avoué comment il avait réussi à s'évader d'Azkaban et comment Voldemort – apprenant par Bertha Jorkins qu'il était toujours en vie – l'a libéré de son père et s'est servi de lui pour capturer Harry. Ce plan à fonctionné, comme je vous l'ai dit. Croupton a aidé Voldemort à revenir.

- Voyons, Dumbledore, dit Fudge avec un petit sourire, vous ne pouvez pas croire cela. Vous-savez-qui ? De retour ? Croupton a certainement cru qu'il agissait sur ordre, mais peut-on croire sur parole un personnage aussi fou ?

- En réfléchissant, coupa Telensk. Ce n'est sans doute pas le jeune Croupton qui a jeté un imperium tout seul à son père, n'ayant pas de baguette à sa portée, et affaibli comme il l'était. Ou alors, vous devez admettre qu'il a obtenu des complicités parmi des gens haut placés pour connaître tous les détails du tournoi... et maîtriser Maugrey, par la même occasion.

Fudge jeta un regard dégoûté au Russe avant de se retourner vers Dumbledore.

- Quand Harry a touché le trophée, il a été transporté auprès de Voldemort, dit le vieux sorcier sans se démonter. Il a assisté à sa renaissance. Je pourrai tout vous expliquer en détail si vous voulez bien venir avec moi dans mon bureau.

- Et... euh... vous êtes prêt à croire Harry, bien sûr ? hasarda Fudge, toujours avec le même sourire en coin.

Rogue haussa les sourcils et le chien noir grogna en montrant les dents.

- Monsieur le ministre demande ça parce que le père Diggory est entrain de crier au loup dans toute l'école et qu'il accuse sans prendre trop de gants le jeune monsieur Potter d'avoir assassiné son fils, précisa Telensk. Évidemment, un simple petit examen de la baguette de monsieur Potter suffirait à démontrer qu'il est innocent de ce crime, mais monsieur le ministre n'a pas l'air pressé de procéder à cette vérification. Sans doute monsieur le ministre ne juge-t-il pas nécessaire de répondre à des accusations aussi infondées.

- Naturellement, répondit Fudge sans enthousiasme.

- Ou alors, monsieur le ministre n'a pas envie de se voir infliger un démenti sévère devant plusieurs professeurs, dont deux directeurs d'école. Je peux aller chercher Mme Maxime, si vous le souhaitez, cela ne nous en donnera que plus de crédibilité.

- Deux direct... commença le ministre.

- Karkaroff est parti en courant quand il a compris que son ancien maître reprenait du poil de la bête. A présent, c'est moi le directeur de Durmstrang. Par intérim, je vous l'accorde. Mais pour le moment, j'ai toute autorité pour mener une petite enquête.

- Cela ne sera pas utile, Pierre, trancha Dumbledore. Je crois Harry. Les deux récits que j'ai entendus ce soir coïncident et expliquent très bien tout ce qui s'est produit depuis la disparition de la pauvre Bertha cet été.

- Euh... oui... Donc vous êtes prêt à clamer partout que Vous-savez-qui est revenu parce qu'un fou assassin vous l'a dit, ainsi qu'un garçon qui...

- Vous êtes un fan de Rita Skeeter ? demanda Harry depuis son lit.

Fudge vira au rouge cerise, puis prit une expression de défi buté.

- Et en admettant que j'ai lu ses articles ? Et si j'avais découvert que vous avez gardé le secret sur certains faits concernant ce garçon ?

- Bada, bada, bada... chantonna Sarah depuis sa chaise.

- Je vous prierais de montrer un peu plus de respect ! aboya le ministre.

- Alors veuillez respecter notre intelligence, répliqua McGonagall. Toute personne un tant peu soit peu honnête admet que les articles de Rita Skeeter ne sont rien de plus qu'un tissu de rumeurs montées en épingle et assaisonnées d'interviews partisanes. Si vous vous fiez à ce qu'elle raconte, vous continuerez à nager dans l'obscurité la plus totale.

- Et si ce garçon souffre d'hallucinations et de crises de démence ?

- Ni hallucinations ni crises, indiqua complaisamment le directeur russe. Si vos services n'attachent guère d'importance aux disparitions de Moldus, les nôtres ont enquêté sur celle d'un vieux jardinier vivant près d'un des repaires de Voldemort. Nous l'avons retrouvé à l'endroit et dans les conditions décrits par ce jeune homme.

- Qui vous a demandé cette investigation ?

- Albus, bien entendu. Nos détectives sont tellement plus efficaces que les vôtres... surtout quand ils ne se voilent pas la face. Si Dumbledore dit que Voldemort est de retour, alors il est de retour. Fin de la discussion.

- Et si ce garçon avait rêvé ?

- Alors je préfère prendre un léger excès de précautions que pas assez.

- J'ai vu Voldemort, intervint Harry. Et ses partisans sont revenus en rangs bien serrés. Lucius Malefoy lui a très dévotement baisé l'ourlet de sa robe, si ça vous intéresse.

- Lucius Malefoy a été innocenté ! cracha Fudge. Il appartient à une très vieille famille. Il a fait de nombreux dons pour soutenir d'excellentes causes...

- Pour remplir les poches des juges du magenmagot, tu veux dire ! brailla Maugrey, que les cris avaient dû réveiller depuis un moment. Plus les supposés mangemorts avaient d'argent, plus vite ils étaient acquittés !

- Et tous ses amis ! enchaîna Harry. McNair, Avery, Crabbe, Goyle ! Et ils ont prévu d'aller chercher les Lestrange à Azkaban !

- C'est n'importe quoi ! Ce gamin aurait pu trouver tous ces noms dans d'anciens comptes-rendus des procès ! Par Merlin, Dumbledore, il a déjà raconté assez de bêtises comme cela ! Ses affabulations sont invraisemblables et vous persistez à les avaler !

- Êtes-vous devenu aveugle ? s'emporta de nouveau McGonagall. Diggory et Croupton le père ont été éliminés parce qu'ils encombraient le chemin. Alastor a failli prendre la même voie ! Et vous dites que c'est juste un timbré sans le moindre soutien qui aurait commis tous ces meurtres ? Cela n'a aucun sens !

- Je n'en ai pas la moindre preuve ! Tout ce que je vois, c'est que vous essayez de provoquer un mouvement de panique qui va déstabiliser notre monde, qui a eu tant de mal à se remettre de la guerre !

- Le seul qui panique, pour le moment, indiqua complaisamment Telensk, c'est vous, monsieur le ministre. Et dites-moi, je vous prie, quel serait notre intérêt en la matière ? Nous aussi, nous tenons à notre monde.

Mais ses bonnes paroles furent perdues pour Fudge, qui semblait exclusivement préoccupé par la conversation de son petite univers confortable et de ses privilèges. Surtout, pas de vagues !

- Voldemort est revenu, asséna encore Dumbledore. Si vous acceptez ce fait et prenez quelques mesures drastiques, il est encore possible de limiter les dégâts. Pour commencer, il vaudrait mieux retirer, et vite, le contrôle d'Azkaban aux détraqueurs.

- Mais c'est parfaitement ridicule ! glapit Fudge. Si je faisais cela, je serais immédiatement démis de mes fonctions ! La plupart des sorciers n'arrive à dormir qu'en sachant les criminels les plus dangereux sous la garde des détraqueurs.

- Et nous dormons très mal en sachant que vous les laissez sous la garde de créatures qui n'ont été générées qu'à grands coups de magie noire, et qui ont très rapidement tendance à retourner chez maman, rétorqua McGonagall. Les détraqueurs n'ont que deux cents personnes à vampiriser, sur l'île d'Azkaban. En revanche, ils en trouveraient des millions rien qu'en Grande-Bretagne. Il suffit de peu pour lâcher la bride à leur instinct. Voldemort leur offrira des proies tellement plus satisfaisantes que ces esprit exsangues qu'ils ont déjà visité des milliers de fois...

- En effet, approuva Dumbledore. Ensuite, il faut envoyer des émissaires aux géants avant que Voldemort ne les recrute à nouveau et n'en serve comme unités d'assaut. Vous vous rappelez, j'espère, comment il leur avait fait croire qu'il était le seul à pouvoir leur rendre leurs droits et leur liberté si injustement confisqués ?

- Vous ne parlez pas sérieusement ! Si mes administrés apprenaient que j'ai approché les géants... Mais rendez-vous compte... ce serait la fin de ma carrière !

- Mais on s'en tape, de votre carrière ! rugit Maugrey en brandissant sa canne. C'est le cadet de nos soucis, en ce moment ! Vous êtes tellement soucieux de protéger le beau coussin doré que vous avez sous les fesses que vous oubliez totalement les gens que vous représentez ! Et quand ils apprendront que vous avez négligé leur sécurité au profit de votre fonction, votre tête ou vos fesses, pour eux, ce sera la même chose !

Si les professeurs présents se permirent de sourire, ce fut avec la plus grande discrétion. Les élèves ne prirent pas tant de gants...

- Encore une fois, vous accordez une importance excessive à la pureté du sang, ou prétendue telle ! La naissance n'est pas la garantie de la qualité d'un individu ! Votre détraqueur vient de supprimer le dernier représentant d'une des plus anciennes familles de sang pur, et voyez ce que cet homme avait choisi pour existence ! Renoncez à agir rapidement, et vous resterez dans l'Histoire comme l'homme dont la faiblesse a permis à Voldemort de revenir détruire le monde qui nous avons tenté de reconstruire ! En admettant qu'il y ait encore moyen d'écrire une quelconque Histoire d'ici quelques mois ou quelques années...

- C'est de la démence... marmonna Fudge.

Un silence suivit. Pomfresh était verdâtre. Les autres dévisageaient Fudge d'un air assez peu valorisant.

- Si vous vous obstinez à fermer les yeux, Cornélius, alors soit, agissez comme il vous semble bon. Mais moi aussi, j'agirai comme je le jugerai bon.

Harry haussa les sourcils. Dumbledore, qui appréciait pourtant beaucoup sa fonction de directeur, prenait de gros risques.

Le ministre reprit brusquement des couleurs en entendant ces derniers mots.

- Maintenant, écoutez-moi bien, Dumbledore, dit-il en agitant un doigt en direction du vieux sorcier, je vous ai laissé la bride sur le cou. Toujours. J'avais beaucoup de respect pour vous. Certes, je n'étais pas d'accord avec certaines de vos décisions, mais je vous laissais tout de même faire. Il n'y a pas grand-monde qui vous aurait permis de recruter un loup-garou ou de garder Hagrid comme garde-chasse, voire de fixer le programme des cours sans en référer au ministère. Mais si vous vous opposez à moi...

- De la part d'un homme qui envoyait des hiboux tous les jours au directeur pour savoir ce qu'il fallait faire, il y a encore peu de temps, c'est assez cocasse, commenta McGonagall en regardant le plafond.

- Le seul auquel je veuille m'opposer, c'est Lord Voldemort, dit patiemment Dumbledore.

- Mais... il ne peut pas être de retour... Ce n'est pas possible, gémit le ministre.

Rogue vint se planter sous le nez de Fudge et releva vivement sa manche. Fudge sursauta.

- Voilà, grogna le maître des potions. La marque des Ténèbres. Il y a une heure, elle était devenue noire, et elle reste bien visible. Elle a été imprimée dans le bras de chaque mangemort. C'est avant tout un moyen de nous faire venir auprès de lui. Lorsqu'il touchait cette marque, tous les mangemorts transplanaient à ses côtés. Ce signe est apparu de plus en plus nettement au cours de l'année. C'est pour cela que Karkaroff a pris la fuite cette nuit. Il a senti, comme moi, que le seigneur des Ténèbres était de retour. Et ce cher Igor a trop peur de la vengeance de ses camarades. Il en a tant trahis qu'il serait automatiquement tué s'il revenait vers eux.

Fudge dodelina de la tête, regardant avec dégoût la marque qui s'étalait sous ses yeux. Il finit par détourner le regard et recula d'un pas.

- Je ne sais pas à quoi vous jouez, Dumbledore, de même que vos collègues, mais j'en ai suffisamment entendu. Je vous recontacterai demain pour parler un peu de la meilleure manière de diriger cette école.

- Je crains le pire, chuchota Sarah de façon parfaitement audible.

- Vous tenez donc à étouffer l'affaire ? Je vous préviens, monsieur le ministre. Si ce n'est pas le Seigneur des Ténèbres qui vous tue, lorsqu'il se sera révélé au monde, c'est le peuple anglais qui le fera... Pour haute trahison, vous aurez droit aux torches et aux fourches.

- Cornélius, si vous ne voulez pas « mouiller » votre ministère, je ne peux vous y forcer. Mais il est de mon devoir d'aider à défendre le monde sorcier contre Lord Voldemort, avec ou sans votre appui.

Fudge choisit la fuite et n'accorda même pas un regard à Rogue et à sa marque découverte. Arrivé à la porte, il s'arrêta et revint vers Harry.

- Ton prix, dit-il d'un ton méprisant en jetant un sac de pièces qu'il laissa tomber sur la table de chevet.

Sans un mot de plus, il mit son chapeau d'un geste sec et sortit en claquant la porte.

- Bien... voilà qui règle pas mal de choses, soupira Dumbledore. Miss Weasley, auriez-vous l'amabilité de monter dans mon bureau et de prévenir vos parents via le réseau cheminette que je désirerais m'entretenir avec eux ?

- Tout de suite !

Et Ginny s'envola dans les couloirs.

- Arthur ne se fait guère d'illusions sur Fudge, ajouta le directeur. Ce pauvre homme n'a jamais eu l'avancement qu'il méritait parce qu'il s'intéresse trop à la civilisation moldue... Quel gâchis... Fudge trouve qu'il n'a pas l'orgueil qui convient à un sorcier.

- C'est amusant, grommela Harry, Lucius Malefoy dit exactement la même chose.

- Il va falloir opérer en douceur pour éviter que le ministre ne m'accuse d'ingérence dans ses affaires... Minerva, allez cherche Hagrid et Mme Maxime, je vous prie, et emmenez-les dans votre bureau, je vous y rejoindrai. Poppy, je vous charge d'aller chez Maugrey, là-haut, et de ramener la petite Winky aux cuisines. Donnez-lui un remontant si nécessaire.

- C'est parti.

- Bien... Si notre ami à quatre pattes voulait bien reprendre sa forme habituelle ?

Le gros chien noir se métamorphosa en humain sur-le-champ.

Personne ne fut excessivement surpris. Telensk haussa un sourcil mais attendit de voir la suite. Rogue n'était pas très satisfait de retrouver Black à Poudlard et détaillait l'autre homme en fronçant les sourcils.

- Severus, je vous rappelle qu'il est ici parce que je l'ai invité. Je sais que je peux compter sur vous alors soyez gentils et mettez vos vieilles querelles au placard... pour le moment. Évitez simplement de manifester une hostilité trop ouverte et souvenez-vous que vous travaillez pour le même bord. Bon ? Merci. Ça suffira pour l'instant. J'ai du travail pour vous. Sirius, vous allez faire la tournée des anciens de l'ordre : Remus, Arabella Figg, Mondingus Fletcher... Restez chez Lupin, je vous recontacterai aussi vite que possible.

- D'accord. T'inquiète, ajouta Sirius à l'adresse de Harry, nous nous reverrons bientôt. Mais d'abord, il faut que je m'active un peu.

- Bonne chance.

Le chien refit son apparition au milieu de la pièce et sortit en activant la poignée avec sa patte. Restait Rogue, toujours debout à côté de Dumbledore.

- Severus, vous savez ce que je vais vous demander...

- Oui monsieur.

- Hé ! Vous n'allez pas l'envoyer là-bas ! s'exclama Harry. Voldemort a dit qu'il allait tuer ceux qui l'avaient définitivement laissé tomb...

- Du calme, Harry, du calme. Tout se passera bien.

Harry avait du mal à s'en persuader. Sarah, Théodore et Blaise n'étaient guère plus convaincus. Cependant, Rogue quitta la salle derrière Sirius.

- Je vous suggère de regagner vos quartiers, dit finalement le directeur aux élèves. Pierre, je peux vous retenir un peu, j'espère ?

- Naturellement.

Les deux hommes s'éloignèrent, laissant les étudiants seuls dans le dispensaire.

- On ferait mieux de dormir un peu, fit Théodore d'un ton morne. Ca ne va pas être de tout repos.

- Ouais, approuva Blaise. Si le père Diggory a vraiment ameuté l'école entière... Bonne nuit, Harry.

- Salut, fit Sarah en s'approchant du lit. Tu peux compter sur nous. Mais pour le moment, tu dors ! Bon, je vous laisse, j'ai quelque chose à faire... dit-elle en s'esquivant, la baguette à la main.

Harry finit par s'endormir en se demandant ce qu'elle pouvait encore mijoter. Il réfléchit aussi à ce que venait de dire Dumbledore. Quelque chose avait attiré son attention, mais il ne parvenait pas à retrouver quoi...