Un petit texte du point de vue d'Elka qui en voit des vertes et des pas mûres. Je pensais écrire un texte pas très long de 2,500 mots environ mais évidemment j'ai beaucoup débordé et fait le double...
La grenouille qui ne voulait ni entendre, ni voir, ni parler
Elka pensait qu'après avoir travaillé autant de temps sous les ordres de Médusa on pouvait s'habituer à tout, surtout quand sa propre vie était en jeu. Elle avait dû apprendre à endurer de nombreux torts et à s'adapter aux demandes folles de Médusa. Cependant, au moment où elle pensait ne plus pouvoir être surprise de rien, celle-ci la prenait de court une nouvelle fois.
Lorsque Médusa l'avait amenée avec elle dans un laboratoire dont elle ne connaissait pas l'existence, Elka n'avait au premier abord pas considéré la chose étrange. Comme souvent, elle était de garde et se contentait de surveiller les alentours. Un marais à la verdure abondante entourait le bâtiment et on pouvait y trouver de nombreuses plantes médicinales et animaux que Médusa avait sûrement étudié, d'après les bocaux alignés sur les étagères qui contenaient différents spécimens plus ou moins ragoutants.
À cause de la flore touffue autour du bâtiment, elle n'aperçut pas tout de suite la personne qui s'approchait. Quand elle se rendit compte de son identité, elle se tourna immédiatement vers Médusa.
« Laisse-la passer », dit simplement celle-ci avant de se rendre dans la salle du fond.
Un croassement s'échappa de la bouche d'Elka alors qu'elle tournait la tête d'un côté puis de l'autre, n'arrivant pas à croire qu'une telle rencontre allait se produire en un lieu pareil.
Maka Albarn était venue jusqu'ici seule, sans ami ni arme, et elle avait l'air furieuse. Pareille inconscience était parfaitement absurde mais Elka avait été mise au courant du dangereux potentiel de sa capacité de lecture des âmes à l'encontre des sorcières et cela ajoutait un elle ne savait quoi d'effrayant à cette imprudence stupide.
En sentant son regard empli d'une colère sourde se tourner vers elle, elle fit donc immédiatement un pas de côté pour lui laisser amplement la place de passer. Maka continua sa route sans plus la regarder et referma la porte de la salle du fond derrière elle.
Il ne fallut que quelques secondes avant que les bruits d'un conflit verbal et physique se firent entendre. Par réflexe, Elka serra les dents et s'éloigna le plus possible. Médusa savait ce qu'elle faisait après tout et elle voulait visiblement que son associée resta en dehors de l'affaire. Quant à Maka Albarn, elle n'avait probablement pas fait tout ce chemin sans réfléchir aux conséquences de ses actes et dans le cas contraire, elle ne pourrait s'en prendre qu'à elle-même.
Bien qu'elle ne souhaitait en rien se mêler à cette histoire, Elka ne pouvait pourtant pas s'empêcher d'entendre les répercussions de ce qui se produisait juste à côté, qu'il se fut agi des bruits de meubles dérangés ou peut-être même jetés, ni des bouts de phrases à moitié audibles entre deux cris. Au bout de plusieurs minutes d'attente douloureuse, la porte s'ouvrit à nouveau dans un clic distinct, pour se retrouver violemment claquée par Maka la seconde d'après.
Le plus discrètement possible, Elka la regarda passer du coin de l'œil, notant les signes du conflit à peine terminé. Sa lèvre déchirée était en sang, sa joue droite égratignée, ses cheveux ébouriffés et le col de sa chemise froissé mais malgré son air débraillé, elle n'avait pas l'air le moins du monde effrayée par ce qui avait bien pu se passer, elle paraissait au contraire tout aussi énervée qu'à son arrivée, sinon plus.
Elka la regarda partir sans un mot et laissa finalement échapper un gros soupir lorsqu'elle fut hors de vue. Au même moment, Médusa quitta à son tour la pièce close pour la rejoindre dans la salle principale. Elle ressortait en meilleure forme de cet affrontement que Maka mais avait tout de même une marque rouge de gifle sur la joue et quelques mèches sortaient de sa natte habituellement parfaitement nouée. L'expression sur son visage sévère restait contrôlée, à première vue tout du moins.
« Serait-il possible de savoir ce qui s'est passé ? Aux dernières nouvelles Maka Albarn était censée être sur ta liste de gens à éliminer, non ? »
Il aurait peut-être été plus sage de ne pas provoquer Médusa dans une situation pareille mais elle voulait au moins savoir ce qui venait de se produire, étant donné qu'elle avait eu à assister au spectacle.
« Disons simplement que mes plans ont dû être légèrement changés. »
Évidemment, elle n'avait pas non plus eu beaucoup d'espoir que Médusa lui expliqua clairement ses projets.
Quelques jours plus tard, Médusa convia à nouveau Elka dans ce laboratoire au centre du marais. Cela ne lui disait rien de bon et lorsqu'elle alla s'asseoir au bord de l'eau pour laisser nager ses familiers têtards, elle pressentait de nouveaux troubles. En effet, une heure après son arrivée, une silhouette facilement reconnaissable se dirigea à nouveau vers le bâtiment de pierre blanche.
Médusa avait récupéré quelques plantes avant de se rendre à l'intérieur, aussi Elka la contacta mentalement à travers les serpents envahissants son corps, pour la prévenir de ce qui se passait. Celle-ci ne daigna même pas répondre à son message, tandis que Maka passait devant Elka en détournant à peine les yeux pour la regarder.
La rencontre dura près de trente minutes pendant lesquelles elle ne chercha pas à s'approcher pour écouter, puis Maka repartit finalement une nouvelle fois. Elle ne semblait pas blessée comme lors de leur rencontre précédente mais cela ne voulait pas forcément dire que leur échange avait été moins houleux. Médusa ne sortit pas tout de suite mais Elka préféra faire disparaître ses familiers pour se préparer à quitter les lieux au plus tôt, n'ayant aucun désir de s'y attarder.
Une semaine plus tard, elle ne fut même pas surprise lorsque Médusa lui ordonna une troisième fois de l'accompagner et elle n'hésita pas à faire connaître ses interrogations.
« Est-ce que tu as vraiment besoin de ma présence là-bas ? Parce que je n'en ai pas eu l'impression jusque là.
—Il faut bien que je prenne mes précautions, au cas où Shibusen soit alerté de ma position. »
Elka fit la moue mais elle ne pouvait pas contester cette possibilité. Rien n'empêchait à priori Maka Albarn de profiter de sa connaissance de l'emplacement du laboratoire pour essayer d'y piéger Médusa.
« Mais tu n'aurais pas un otage à portée de main dans ce cas là ?
—Évidement mais en arriver là n'est pas exactement idéal.
—Pourquoi, parce que tu ne peux pas la tuer et que tu ne souhaite pas qu'ils risquent de s'en rendre compte ? »
Médusa lui renvoya un regard agacé.
« Tu devrais savoir à force qu'il est parfois plus sage de jouer l'ignorance. Mais ce n'est pas que je ne peux pas la tuer, simplement que je ne le souhaite pas. Pour le moment du moins. »
Cela ne faisait que rendre Elka plus curieuse, si elle ne pouvait pas éviter une telle corvée de vigie, elle aurait au moins voulu savoir pour quels plans elle trimait ainsi.
Le jour venu, elle apporta un livre avec elle afin de s'occuper. À l'arrivée de Maka, elle alla s'asseoir à l'extérieur, pour être plus à l'aise, ne pas avoir à entendre les remous de leur querelle et pouvoir surveiller sans mal les alentours, au cas où Shibusen prévoirait vraiment une attaque. Rien d'inhabituel ne se produisit et dans l'heure qui suivit, Maka repartit aussi simplement que les fois précédentes.
Ce manège dura pendant des mois, au cours desquels les deux ennemies devaient se rencontrer environ une fois tous les dix jours, Maka ne restant parfois qu'une poignée de minutes et parfois plusieurs heures.
Elle avait cependant l'impression que la tendance du temps passé à ces rendez-vous allait en s'allongeant plus le temps passait, aussi avait-elle commencé à prendre ses aises dans le laboratoire, y amenant non seulement de la lecture mais aussi une chaise longue et de quoi se servir à boire ou grignoter. Médusa se procurait de l'électricité avec un peu de magie et accessoirement l'aide d'un moulin à eau à l'arrière du bâtiment, ce qui permettait d'utiliser un frigidaire et un four électrique qui étaient présents mais Elka avait aussi ramené un micro-ondes en plus.
Un jour qu'elle était affalée sur sa chaise à bouquiner en buvant du café instantané, Maka claqua la porte de derrière, la faisant sursauter pour la énième fois et renverser quelques gouttes brûlantes sur sa robe. Alors qu'elle s'attendait cependant à ce que la meister se dirigea vers la sortie après son entrée fracassante, celle-ci s'approcha au contraire d'Elka.
« Je peux me servir ? » demanda-t-elle en pointant du doigt la boite de café en poudre traînant encore sur la table.
Passé la seconde de surprise initiale de la voir lui adresser la parole, Elka acquiesça pour donner son assentiment et la regarda faire bouillir de l'eau au micro-onde. Les mille questions qu'elle ne pouvait poser à Médusa tourbillonnaient dans son esprit, l'envie d'en poser ne serait-ce qu'une seule la démangeait mais fricoter avec l'ennemi n'était pas une bonne idée.
Maka but son café par petites gorgées rapides, tout en tournant en rond dans la pièce sans parvenir à supprimer son agacement, au vu de ses sourcils froncés et sa tendance à taper du pied. Elle se gratta brièvement la nuque et Elka remarqua qu'elle avait trois marques rouge sur la peau du cou, des traces d'une griffure toute fraîche. Un frisson d'effroi la traversa, elle finissait presque par s'y habituer mais ce qui devait se passer dans l'autre pièce ne devait rien avoir de joli.
« Urgh, elle va vraiment me rendre folle. »
Malgré sa gêne, Elka ne put retenir de pouffer de rire en l'entendant marmonner ainsi. Maka se tourna vers elle et elle paniqua aussitôt, agitant les bras alors qu'elle cherchait à s'expliquer.
« Je ne riais pas pour me moquer ! Au contraire, je ne comprends que trop bien le sentiment, c'est pour ça que... »
Mais au vu de son expression, Maka n'avait pas l'air particulièrement froissée et Elka en perdit le fil de sa pensée, laissant la fin de sa phrase en suspens. L'instant d'après, la porte arrière se rouvrait et Médusa les rejoignait dans la pièce, concluant naturellement leur discussion de la manière la plus efficace possible.
La sorcière alla se servir du café à son tour et bien qu'elle garda une certaine distance avec Maka, Elka avait presque l'impression de pouvoir sentir les éclairs voler dans l'atmosphère électrique qui s'était créée dès l'entrée de Médusa. Elle préféra essayer de revenir à sa lecture pour se distraire de la scène. Si cela fut difficile au début, à cause des petits bruits l'entourant et des lourds regards qu'elle sentait les deux autres se lancer par dessus son épaule, elle finit par réussir à ignorer son environnement et ne plus se concentrer que sur le texte.
Quand elle eut terminé un chapitre et que son attention retourna à la réalité, elle se rendit compte que l'atmosphère oppressante avait disparu. Elka leva les yeux et fut surprise de découvrir que Maka était encore là. Assise à la même table que Médusa mais à une distance relativement éloignée de celle-ci, elles griffonnaient chacune des notes sur différentes feuilles et si elles ne semblaient initialement aucunement interagir, Elka put, après les avoir observées pendant quelques minutes, les voir s'échanger certains bouts de papier qu'elles avaient rempli.
Plus aucune animosité ne s'affichait entre elle et cette vision était étrangement tout aussi bizarre et dérangeante, d'une manière qu'Elka ne comprenait pas vraiment. Peu après, Maka quitta les lieux comme si de rien n'était et Médusa se tourna vers Elka.
« Tu ne m'as pas l'air d'avoir été très attentive à ce qui se passait au dehors, dis-moi. »
La critique la fit serrer les dents. Elle aurait voulu pouvoir lui répliquer que si elle ne voulait pas l'avoir dans les pattes, elle n'aurait pas dû lui demander de venir ou bien aller faire ses affaires ailleurs.
En dépit de cette interlude calme, les prochaines rencontres de Maka et Médusa restèrent houleuses. Au cours de celles-ci, elle observa d'occasionnelles traces de coups et nouveaux bleus, elle fut particulièrement marquée par une trace de morsure qu'elle entraperçut au niveau de l'épaule de Maka, un jour où celle-ci portait un débardeur. De même, elle continuait d'entendre de temps à autres des bruits étouffés parvenant de la pièce du fond, s'il s'agissait de cris, de coups ou de meubles renversés, elle ne le savait pas et faisait de son mieux pour ne pas tendre l'oreille ou y prêter attention, rien de bon ne sortirait certainement de là. Leur recrudescence pouvait paraître étrange après les moments de calme mais elle restait décidée à ne pas s'en mêler.
Jusqu'à ce qu'Elka aperçut une tâche brunâtre sur le bras de Médusa après une de leurs visites dans les marais. Au début elle crut qu'il s'agissait simplement d'une ombre, puis à bien y regarder elle se rendit compte que non. Alors elle se dit que ce n'était qu'une égratignure sans importance, un bleu qu'elle s'était fait lors d'un combat ou par accident.
Mais quand Médusa tendit le bras pour attraper un objet sur une étagère et qu'Elka, qui se trouvait juste là, eut la trace sous le nez, il fut difficile de nier l'évidence. Cela devait être un suçon.
Un vent de panique souffla dans son esprit alors qu'elle essayait de se rappeler si elle avait pu apercevoir la tâche brune ne serait-ce qu'une fois avant que le dernier rendez-vous n'ai eu lieu. Son cerveau ne parvint à lui rendre aucune image valable des tréfonds de sa mémoire, c'était le blanc total en même temps qu'elle sentait son imagination partir vers des territoires glauques et malaisants qu'elle n'aurait jamais voulu explorer.
La semaine suivante, elle ne put s'empêcher d'observer soigneusement Maka au moment de son départ et le nombre différent de boutons détachés de sa chemise ainsi que sa jupe mal plissée et légèrement de travers ressemblaient à des preuves irréfutables plus qu'à des indices incriminant.
« Merde. »
Elka jura à voix haute, plusieurs fois. Puis comme cela ne suffisait pas, elle jura dans sa tête. Qu'est-ce que Médusa foutait et pourquoi diable devait-elle toujours se retrouver impliquée d'une manière ou d'une autre, elle se le demandait bien. Si l'autre sorcière cherchait à attirer la haine éternelle de tout Shibusen, elle avait trouvé là la plus tordue des combines.
Pourtant, elle n'osa rien dire quand Médusa la rejoignit, préféra se taire et essayer d'envisager d'autres solutions possible. Ou plus exactement de nier l'évidence tant qu'elle le pouvait.
Les prochains rendez-vous s'avérèrent particulièrement pénibles car à partir de cet instant, Elka ne put plus empêcher ses oreilles de se tourner vers la porte fermée, d'écouter attentivement et d'essayer de deviner à quoi correspondait tel ou tel bruit dont savoir l'origine était pourtant son dernier désir. Comme elle aurait préféré rester ignorante et pouvoir sagement dédaigner ce qui se passait derrière son dos, par manque d'intérêt, plutôt que d'être incapable de porter son attention à autre chose que ce qu'elle ne voulait surtout pas entendre.
Le moindre son étouffé devenait un soupir, les chuchotements prenaient un ton érotique, chaque cri paraissait tremblant d'extase et elle ne voulait vraiment pas savoir à quoi servait le mobilier de la pièce, les fois où celui-ci se trouvait déplacé.
Malgré tout, elle continuait d'essayer de trouver un échappatoire, de se dire qu'elle se faisait des idées. Après tout, Médusa avait des vues sur Stein jusqu'à il y a peu, quelles raisons pouvait-elle avoir de s'attaquer ainsi à Maka ? D'un autre côté, elle ne savait même pas les raisons qui les faisaient se rencontrer régulièrement depuis plusieurs mois, contre-attaqua vilement son esprit. Plus elle y pensait, plus la situation devenait insensée, c'était à lui en faire perdre le sommeil, qui n'était déjà pas bien régulier avec les missions variées que lui donnait Médusa.
Plutôt que de lire, elle préférait maintenant essayer de dormir dans sa chaise longue. Après tout les siestes étaient bonnes pour la santé, même pour des sorcières à la durée de vie millénaire et puis ainsi, elle n'aurait pas à entendre.
Comme elle avait des heures de sommeil à rattraper, il lui arrivait de temps à autre de se réveiller après le départ de Maka. Médusa ne lui faisait plus aucun commentaire sur son manque de vigilance à l'égard de son travail, ce qui agaçait encore plus Elka puisque cela montrait bien à quel point sa présence était inutile. Elle ne risquait cependant pas de faire part de ce message à Médusa, juste pour le plaisir de se prendre de nouveaux commentaires sarcastiques.
Quand Elka ouvrit les yeux, il faisait sombre dans la pièce. Par la fenêtre, des bouts de ciel teintés d'orangé et de jaunes se détachaient derrière les feuilles sombres des arbres du marais. Elle se redressa en sursaut, se rendant compte qu'elle avait dormi bien plus longtemps que prévu. Maka avait dû quitter les lieux depuis plusieurs heures et elle n'aurait pas été étonnée si Médusa était partie elle aussi, en l'abandonnant là.
À en juger par la lumière filtrant à travers la porte du fond, vaguement entrouverte, ce n'était cependant pas le cas. Tout en poussant le battant, elle considéra les chances que son manquement à son travail ait été remarqué ou non.
Dès qu'elle eut passé le seuil de la pièce, elle se rendit compte qu'elle aurait dû être bien plus prudente et attentive. Maka n'était pas partie du tout, elle avait les bras autour des épaules de Médusa, ses mains dans ses cheveux et sa bouche rouge effleurait la peau pâle de sa poitrine. Deux pairs d'yeux se tournèrent dans sa direction et Elka bégaya un instant devant ces regards ennuyés d'être dérangés avant de faire demi-tour et de claquer la porte, emportant avec elle des bribes d'images perturbantes du torse nu de Médusa, de ses doigts jouant avec la jupe de Maka, de la luxure dansant dans les iris jaune et vert.
« Je ne t'avais pas déjà dit plusieurs fois de bien fermer la porte ? » entendit-elle la voix de Médusa grincer.
Maka poussa un petit « ah ! » vaguement outrée avant de répondre.
« Ce n'est pas moi mais toi qui a refermé la porte la dernière. »
Tandis qu'elle s'éloignait de la porte, en titubant presque, elle continua d'entendre le marmonnement de leur simulacre de querelle. Puis Maka reparut en ouvrant la porte, après avoir pris quelques secondes pour se rendre présentable, elle lança un autre regard vaguement agacé dans la direction d'Elka puis partit.
Médusa se présenta devant Elka plusieurs minutes plus tard.
« C'est ça ton plan pour récupérer je ne sais pas quelle stupidité dont tu as besoin ? Ou alors pour charmer tes ennemis avec la folie tu les prends au berceau maintenant parce que c'est plus facile ? »
À présent qu'elle ne pouvait plus nier l'évidence, la colère trop longtemps accumulée se relâchait. Elle espérait presque que si elle tapait suffisamment fort, son pathétique rôle lui serait heureusement retiré pour son insubordination.
Sa question fut balayée d'un mouvement de bras las de Médusa.
« Tu ne vas pas me dire que tu ne te doutais pas de ce qui se passait, à moins que tu ne sois encore plus stupide que ce que je croyais. »
Les attaques régulières envers son intelligence la touchaient toujours de plein fouet et Elka sentit son visage rougir de colère. Médusa était trop forte à ce petit jeu et il était en effet stupide de tenter de lui tirer dans les pattes avec des questions de morale dont elle n'avait que faire. Il ne lui restait plus qu'à être claire sur ses intentions et espérer que tout se passerait pour le mieux.
« Je ne veux plus faire ça. »
Médusa soupira comme si les volontés d'Elka avaient été un caillou dans sa chaussure ou une écharde dans sa main. Cela lui ressemblait bien de n'avoir que faire de l'avis des autres.
« Quoi ? Ce n'est pas comme si tu avais besoin de moi, tu me sembles avoir la situation parfaitement sous contrôle au contraire ! »
Voilà qu'elle se pressait l'arrête du nez, la fatigue et l'agacement creusant de légères lignes sur son front.
« Elka, si cela te dérange, bouche-toi les oreilles, va te promener aux alentours, n'ouvre pas les portes derrière lesquelles on ne t'a pas invitée mais fais ce que je te dis une fois de plus. Ce n'est pas bien compliqué et tu devrais avoir conscience depuis longtemps que je n'aime pas perdre mon temps en inutilités, aussi tu comprendras que j'agis ainsi parce que cela est nécessaire.
—Mais pourquoi ?! » l'incompréhension trop grande d'Elka l'avait poussée une fois de plus à chercher une réponse qui ne viendrait pas.
Les lèvres de Médusa se serrèrent et un instant elle crut presque qu'elle allait craquer et lui donner une réponse, voir ne serait-ce qu'un indice, de lassitude. Cependant elle se contenta de la fixer, de ce regard dur dont elle avait l'habitude d'être observée et dans lequel luisait quelque chose qu'elle n'était pas sûre de reconnaître. On aurait presque dit de l'incertitude.
Elka recula d'un pas. Elle en avait vu des expressions sur le visage de l'autre sorcière mais cette teinte perturbée lui paraissait étrangement effrayante.
Médusa se détourna finalement pour récupérer ses affaires avant de partir.
« Vu tes exploits d'aujourd'hui, ne t'attends pas à ce que je te libère d'un nouveau serpent », fut la dernière chose qu'elle lui dit ce soir-là.
En apparence, rien ne changea dans le déroulement des rendez-vous suivants. Médusa et Maka se rencontraient, s'entretenaient en privé puis se séparaient après une durée d'échange plus ou moins longue, d'humeur maussade ou colérique. Elka surveillait tout en essayant de ne pas voir quoi que ce soit, l'esprit accaparé par mille questions et une gêne décuplée. Maintenant qu'elle n'avait plus à se faire croire qu'il ne se passait rien, ses interrogations avaient légèrement déviés. Elle se demandait depuis quand tout avait commencé.
Cela ne pouvait quand même pas avoir été depuis le début, leurs premières rencontres avaient été à priori trop courtes pour cela. Puis elle avait l'impression que quelque chose avait changé au fur et à mesure des rencontres dans leurs attitudes, de la même manière qu'Elka avait dû s'habituer à jouer les sentinelles. En pensée elle essayait de se remémorer des scènes auxquelles elle n'avait précédemment pas voulu porter attention, tous ces moments où elle avait eut la tête ailleurs à souhaiter ne pas se trouver en ce lieu, plutôt que de garder un esprit alerte. Cela ne lui servait cependant à rien, découvrir quand exactement était de toute manière impossible à estimer. S'il y avait dû y avoir un déclic soudain, un moment charnière auquel elle avait assisté, elle l'aurait compris bien plus tôt.
Pendant qu'Elka était occupée à réfléchir à ces inutilités, un nouveau problème se présenta malheureusement à elle, lentement et insidieusement. Après l'incident, Médusa et Maka avaient continué d'agir avec discrétion mais au fur et à mesure que les rencontres continuaient et qu'elles s'habituaient au fait qu'Elka savait, il semblait qu'elles commençaient à perdre l'habitude de faire leurs affaires en cachette. Elles n'avaient plus besoin de se gêner après tout maintenant.
Cela commença par de brèves caresses le long d'un bras ou d'une épaule qu'elle apercevait du coin de l'œil ou le bruit de lèvres effleurant la peau lorsqu'elle avait le dos tourné, puis des baisers volés aux moment où elle se retournait et qu'elle devinait à la manière dont elles s'éloignaient l'une de l'autre, des doigts se glissant discrètement sous les vêtements pour pincer une hanche sous ses yeux.
L'atmosphère paraissait presque détendue entre elles, même lorsque Elka regardait, elles se tenaient plus proches physiquement, se touchaient aussi de manière décontracté pour attirer l'attention de l'autre ou lui prendre quelque chose des mains. Il y avait aussi un ton joueur dans leurs échanges, elles semblaient prendre plaisir à se taquiner, à provoquer une situation embarrassante en face d'Elka. Dans ces conditions, les conseils de Médusa pour ne pas se retrouver témoin de leur vie privée s'avéraient compliqués à exécuter.
Surtout, ces problèmes avaient fait naître une question plus dérangeante dans sa tête, à cause de leur nouvelle façon de se tenir, elle n'était pas sûre de savoir qui avait commencé cette folie. Au début, la réponse lui avait semblé évidente, il n'y avait que Médusa pour avoir des plans aussi tordus mais plus les visions accidentelles de leurs jeux continuaient, plus elle était forcé de prendre en contre l'agressivité de Maka et le caractère entreprenant de ses gestes. Elka avait bien l'impression que la moitié du temps au moins, il s'agissait d'elle qui agissait la première. Pas qu'elle se soit mise à comptabiliser leurs interactions, sa tête n'en était pas retournée à ce point-là.
Évidemment, même si Maka s'avérait plus timbrée que ce qu'Elka croyait précédemment, cela ne voulait pas dire à coup sûr qu'elle avait tout commencé ni qu'elle avait un plan derrière la tête. Il aurait été plutôt risible que Médusa se fit avoir par quelque chose de ce genre d'ailleurs, bien qu'Elka était capable de tout croire par les temps qui couraient. Tout de même, elle avait un doute et surtout elle ne comprenait pas bien pour quelle raison elle s'exhibait ainsi, cela aurait pu être plus pour agacer Médusa que pour gêner Elka, à moins qu'il se fut agit de tout autre chose ou qu'elle s'en moqua totalement.
Au désespoir, elle approcha Maka une après-midi où Médusa était occupée à l'arrière du laboratoire, pour tenter de lui faire entendre raison et ne plus s'afficher aussi librement. Elle avait essayé suffisamment de fois avec Médusa pour comprendre que ses requêtes seraient cause perdue.
Maka l'écouta en abordant tout du long une expression faussement désinvolte pas bien difficile à cerner. Elle eut une petite moue à la fin et attendit quelques secondes avant de répondre.
« Je ne suis pas sûre de comprendre ce que vous voulez de moi.
—Comme je viens de le dire...
—Est-ce que vous désirez que j'arrête d'agir comme je le fais actuellement ou que je persuade Médusa d'arrêter ? »
Elka haussa un sourcil, observant attentivement le visage de Maka pour tenter d'y déceler ses intentions. La question semblait absurde mais il pouvait bien y avoir un piège là-dessous, à force de trop fréquenter Médusa, les méthodes sadiques de celle-ci se propageaient peut-être.
« Les... les deux ? » tenta-t-elle d'une voix hasardeuse.
La bouche de Maka s'inclina de quelques millimètres vers le bas avant de remonter en un petit sourire amer.
« C'est beaucoup me demander... mais vous considérez donc qu'il y ai des chances pour que Médusa agisse selon ce que je lui demanderais de faire ? »
Il y en avait certainement plus que si cela avait été une demande directe d'Elka. Vaguement, elle songea à lui poser quelques unes des questions qu'elle avait déjà lancé à l'autre sorcière mais cela risquait d'être tout aussi vain. Maka avait encore moins de raisons de lui répondre que Médusa, se trouvant dans le camp opposé.
« Désolé, je ne pense pas être en mesure de remplir les deux requêtes... Enfin je peux toujours essayer pour l'une. »
Elle se dirigea ensuite vers le laboratoire, ne se retournant brièvement qu'au moment d'ouvrir la porte pour lancer ces derniers mots à Elka :
« Je demanderais à Médusa mais je ne peux rien promettre. »
La sorcière en resta stupéfaite, incapable de bouger devant l'implication de ses paroles. Maka n'avait aucune intention d'arrêter quoi que ce soit et pire, semblait même prête à sérieusement tenter d'empêcher Médusa de prendre les devants en apparence. Vraiment, elles étaient tout aussi folles l'une que l'autre et Elka ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même de ne pas s'en être rendue compte dès le premier jour passé en ces lieux. Maintenant, elle n'avait plus du tout envie de poser la moindre question, elle aurait même aimé revenir en arrière et ne plus rien savoir.
Ne lui restait plus qu'à prier contre toute attente que quelqu'un viendrait la sortir de là ou que ces deux-là finiraient par se lasser de leur « jeu » et s'entre-tueraient rapidement mais pour l'instant, les choses semblaient mal parties.
