Vaisseau amiral républicain RSV115 «Emancipator», poste de commandement.
Jed entendit du remue-ménage dans le couloir. Il vit arriver tout un groupe d'opérateurs qui prirent place sans un mot devant les consoles. Un seul resta debout, à coté du siège ou officiait le spécialiste contre-mesures. Celui-ci, totalement absorbé par son écran, ne leva même pas la tête devant le nouvel arrivant.
Au bout d'un moment quatre Death Trooper apparurent sur la passerelle encadrant un officier qui s'avança à la rambarde. Tous le saluèrent.
-Repos, répondit l'amiral. Le poste reste en communication de combat.
-Bien monsieur !
-On a la maîtrise totale du vaisseau ?
-Non. Il reste le conditionnement d'air, mais ils se battent comme des chiens pour le conserver, dit alors le spécialiste qui était rivé à sa console.
-Ils peuvent couper le renouvellement ?
-Oui, mais pour le vaisseau entier. S'ils décident de nous asphyxier, ils se condamnent en même temps.
Il y eu un silence, puis l'amiral dit :
-Un problème à la fois. Pour l'instant il faut semer la flotte.
Les écrans s'allumèrent. Louchké leva la tête et demanda :
-Navigation, ou en sont les Réps ?
-Deux frégates sont derrière nous. Elles manoeuvrent pour nous boucher le chenal.
L'opérateur se pencha sur son écran et ajouta :
-Deux autres sont en route pour les rejoindre. Temps estimé cinq minutes.
L'amiral se tourna vers la timonerie.
-Vous avez la commande des propulseurs d'étrave ?
-Affirmatif.
-Rotation tribord toute ! Stop pour la propulsion !
Il sortit un transmetteur d'une poche de sa veste, l'alluma et donna le même commandement en inversant le coté de la manœuvre.
Les deux destroyers commencèrent lentement à tourner sur place en sens inverse, comme les deux lames d'une paire de ciseaux.
Un sous officier prit alors la parole et s'adressa à Isse.
-Et les prisonniers ? Qu'est-ce qu'on en fait ?
-On peut les éjecter par les capsules, intervint un autre trooper. Ça fera perdre un peu de temps aux Réps.
Isse réfléchit un court instant puis finit par dire en désignant Jed:
-Balancez les techniciens, mais lui, on le garde.
-Pourquoi commandant ?
-Parce que les Réps tiennent encore et qu'on sera peut-être amené à négocier.
-Un émissaire, hein ?
-C'est ça.
Les opérateurs furent encadrés et emmenés vers les capsules. Jed prit la parole sans y avoir été invité:
-Vous savez que vous les condamnez. Ils seront balayés par le flux des propulseurs lorsque vous passerez en hypervitesse.
-T'es un pro comme nous. Qu'aurais-tu fait ? répondit Isse.
Jed se tut.
-Il faut laisser à la providence sa part de travail, reprit Isse avec un sourire en coin. On enviera peut-être leur sort dans trois heures…
Frégate d'assaut «Hoth's Revenge II», passerelle de commandement.
La tension était montée par palier au gré des informations recueillies par la navette. Le commandant ordonna à la console de communication :
-Dites à la navette de rentrer. On en sait assez.
-On sait quoi ? demanda l'officier navigation.
-Vous n'avez pas encore compris ? C'est évident pourtant !
-Ils vont nous attaquer ?
-Non. Ils vont nous filer entre les doigts en hyperdrive !
Le commandant ajouta à l'attention de la console :
-Dites aussi à la «Space Queen IV» et aux deux autres de se rapprocher de nous. Il faut boucher le chenal pour ne pas qu'il s'échappe !
-Il pourra toujours partir par l'avant…
-Devant c'est les dévoreurs. Il faut le coincer ici et maintenant !
Les deux frégates commencèrent leurs manœuvres.
-La navette est en approche, commandant ! Annonça une console.
Le poste retomba un bref instant dans la routine. Ordres habituels, coordonnées répétées, paramètres secondaires…
D'un seul coup, tous se figèrent. Les destroyers venaient de se mettre en mouvement.
-Rotation inverse des destroyers en cours ! Annonça la console de navigation.
L'annonce avait été faite sans réelle nécessité, car tous voyaient parfaitement la manœuvre.
-Ils font demi-tour… dit l'officier navigation d'une voix blanche.
-Alerte générale ! Prêt au feu ! Ordonna le commandant aux centres de concentration de tir.
-Ça ne l'arrêtera pas… murmura l'officier navigation.
-Je le sais bien ! Mais on ne va pas rester les bras croisés !
L'opérateur de la console intercom s'adressa à la passerelle.
-Commandant, la navette est arrivée. L'amiral Rousseau veut vous voir immédiatement.
L'officier eut un geste d'agacement.
-Il vient de perdre son vaisseau et il trouve encore le moyen de la ramener !
Il descendit néanmoins de la passerelle et dit à l'officier navigation :
-Prenez le commandement. Je vais voir ce qu'il veut.
Destroyer Imperial II, ESV262 «Destiny Blade», poste de commandement.
Les deux hommes que Louchké avait salués en partant dirigeaient sans un mot le lourd vaisseau. Le silence n'était troublé que par le grésillement du transmetteur en écoute.
La rotation venait de prendre fin. Les quatre frégates étaient maintenant en plein milieu de la baie principale du poste. Le grésillement cessa et ils entendirent la voix de l'amiral.
-Fin de rotation. C'est à vous maintenant.
-Bien reçu, répondit le timonier après avoir appuyé sur le bouton d'émission.
Ils enfilèrent leurs casques, testèrent l'étanchéité de leurs scaphandres, puis reprirent leurs postes.
Le barreur dit alors au mécanicien :
-En avant toute !
Les leviers furent poussés à pleine puissance. Le vaisseau commença à prendre de la vitesse.
-Dans combien de temps le contact ? demanda le mécanicien.
-Quatre minutes environ. Ça sera bref.
Ils naviguaient à l'estime, car toutes les stations étaient éteintes.
-Dommage qu'on ait plus les tourelles, dit le mécanicien.
-Ouais. Mais «Le Cobra» a du choisir. Piquer ou mordre.
-Et il a mordu…
Les frégates grossissaient à vue d'œil. Le noir du vide commençait à se rayer du tir des batteries républicaines.
-Dans trente secondes le bouclier ne tiendra plus, annonça le barreur.
Frégate d'assaut «Hoth's Revenge II», passerelle de commandement.
Le commandant et l'amiral étaient revenus ensemble à la passerelle. La discussion avait due être houleuse car les deux hommes affichaient des visages fermés. Ils prirent place à la passerelle.
Le commandant regarda la baie et les écrans et vit que les deux destroyers lui faisait face tels deux pointes de javelot.
-Ils viennent de terminer leurs rotation, dit l'officier navigation qui venait de rendre le commandement.
Il ajouta :
-Je pense qu'ils vont forcer le passage.
La console détection annonça :
-Destroyer impérial en accélération rapide !
-Feu de toutes les pièces ! Ordonna le commandant.
-Et passez l'ordre aux autres frégates ! Hurla l'amiral qui venait de se réveiller.
Les opérateurs s'affairèrent. La détection annonça :
-Collision dans trois minutes, commandant.
-C'est étrange, il ne tire pas… remarqua l'officier navigation.
-Il doit être quasiment vide, répondit le commandant. Ils veulent peut-être s'en servit comme bélier…
-Ou comme brûlot. Ou le faire sauter au milieu de notre formation…
Cette simple phrase fit bondir l'amiral.
-Le faire sauter ! Mais quelle horreur ! Il faut faire machine arrière toute !
Le commandant fit un gros effort sur lui-même pour rester calme.
-Amiral, c'est peu probable. La déflagration soufflerait aussi leur vaisseau…
-Comment ça «leur vaisseau» ? C'est le mien dont ils se sont emparés par traîtrise !
Surtout parce qu'ils ont été plus malins que toi, ne put s'empêcher de penser l'officier.
-Leur bouclier tient toujours, annonça la console de tir.
-C'est tout ce que vous pouvez leur mettre ? demanda l'amiral.
-A cette distance oui. Ils sont trop près maintenant.
Le destroyer était maintenant pris dans les feux croisés des quatre frégates. Au début, rien ne se produisit.
Puis, d'un seul coup, un rayon perça et une boule de feu orange se mit à éclore sur le pont supérieur. Elle fut rapidement suivie par d'autres floraisons.
Enfin, se dit le commandant. Ça commence à percer.
Il se tourna vers le poste de communication.
-Concentrez le tir sur le poste de commandement !
Les rayons convergèrent, mais le vaisseau continuait à avancer.
-Collision dans une minute, commandant ! Annonça la console détection d'une voix un peu tendue.
