CHAPITRE 37 : Dolus An Virtus Quis In Hoste Resquirat ?

Ruse ou courage, qu'importe face à l'ennemi ?

Lorsque Remus arriva dans la rue où se trouvait son appartement, il se figea. Un homme faisait les cent pas devant sa porte, les mains croisées derrière le dos. Vu l'épaisseur de neige qui avait disparu sur son passage, il devait patienter depuis un bon moment déjà.

De là où il se trouvait, il ne parvenait pas à discerner ses traits mais sa silhouette, sa façon de se déplacer… il ne pensait pas connaître cet homme. Ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : le ministère avait fini par mettre la main sur lui.

Lentement, il se mit à reculer, plongea la main dans la poche de sa veste et serra sa baguette, prêt à attaquer. Au point où il en était, si des moldus le voyaient faire de la magie, ça ne pèserait plus trop dans la balance. Le simple fait de respirer le même air que les gens du ministère faisait de lui un criminel. Alors pour le reste…

L'homme se tourna tout à coup vers lui et leurs regards se croisèrent, trop loin pour qu'ils puissent réellement se juger l'un l'autre. Mais l'homme s'avança vers lui, tendit la main.

Remus décampa.

Il tourna rapidement les talons et se mit à courir. Derrière lui, l'homme se lança à sa poursuite.

Remus passa à toute vitesse le coin de la rue et bouscula une jeune femme tenant un sac de provisions dans les bras. Avec un cri, elle tomba en arrière, étalant toutes ses courses autour d'elle. Il ne prit pas le temps de s'excuser, rétablit son équilibre du mieux qu'il put et se remit à courir. Un coup d'œil par-dessus son épaule l'avertit que l'homme le talonnait de près. Si Remus était rapide, ce type l'était plus encore.

Il s'enfonça dans le petit parc où il avait l'habitude de transplaner. Des gerbes de neige giclaient sous ses semelles, détrempant le bas de son pantalon. Tout en courant, il tira sa baguette de sa poche. De toute façon, il n'arriverait pas à semer son poursuivant. Un autre coup d'œil par-dessus son épaule lui permit de juger la distance qui le séparait de l'homme. Il se laissa consciemment rattraper, se retourna au dernier moment et le saisit par le col de sa robe. Il le plaqua contre le tronc d'un arbre, pointa sa baguette sur sa gorge.

« Qui es-tu ? »

Sa voix était hachée par sa respiration saccadée. L'homme prit un instant pour reprendre un peu son souffle.

« Je cherche Jonathan Crowley. »

Remus hésita. Un tic nerveux lui crispa la joue.

« Vous êtes Crowley ?

_ Tu ne m'as toujours pas répondu. »

L'homme leva lentement les mains.

« Je ne suis pas armé. Posez votre baguette. Est-ce que vous êtes, oui ou non, Jonathan Crowley ? »

Remus était tenté de lui répondre par l'affirmative mais il hésita. Son cousin n'était pas un sorcier et n'avait même probablement jamais eu connaissance de la magie. Or, cet homme qu'il tenait sous l'emprise de sa baguette était incontestablement un sorcier. Pourquoi cherchait-il donc Crowley si ce n'était pour obtenir des informations sur lui-même ?

Une autre lumière se fit immédiatement dans son esprit : l'homme ne savait absolument pas à qui il avait à faire. Il ignorait que Crowley était un moldu.

« Tu viens du ministère ? »

Il y avait de la peur dans les yeux de l'homme et Remus comprenait aisément pourquoi. Il était fatigué par les derniers évènements, émacié par la mauvaise alimentation et taraudé par la pleine lune qui se faisait de plus en plus proche. Ses cicatrices, son regard qui devait refléter la bête, il devait avoir une allure terrifiante.

L'homme acquiesça tout en déglutissant.

« Je suis du ministère, oui… Non ! »

Il ferma les yeux lorsque Remus appuya le bout de sa baguette sur sa gorge.

« Je ne suis pas un auror ! J'appartient au département des réformes. »

Remus haussa les sourcils, surpris.

« Le département des réformes ? Jamais entendu parler de ça.

_ C'est Ombrage qui l'a mis en place il y a quelques années pour faire passer ses nouvelles lois.

_ Quel rapport avec moi ?

_ Alors vous êtes bien Jonathan Crowley, c'est ça ? »

Décidément, ce type ne lâchait pas l'affaire. Remus éloigna légèrement sa baguette de la gorge de l'homme mais il garda son étreinte sur le col de sa robe.

« Admettons que oui.

_ C'est Nymphadora Tonks qui m'envoie. »

Remus eut l'impression qu'on venait de lui envoyer un coup dans l'estomac. Il eut, involontairement, un mouvement de recul qui le trahit assurément. L'homme le remarqua et sembla reprendre confiance en lui. Ses joues, devenues blafardes sous l'effet de la peur, commencèrent à rosir.

« Elle m'a demandé de venir vous chercher. Ça fait deux jours que je fais le pied de grue devant chez vous.

_ Et elle vous a donné mon nom et mon adresse ? »

Remus devait bien avouer qu'il avait du mal d'y croire. Il connaissait suffisamment Tonks pour savoir que s'il y avait bien une personne en ce bas monde qui ne le trahirait jamais, c'était bien elle.

Mais l'homme acquiesça.

« S'il vous plait, baissez votre baguette. Je ne suis pas là pour vous attaquer. Et on pourrait nous voir. »

Remus laissa échapper un éclat de rire ponctué d'amertume. Qu'est-ce que ça pouvait lui faire, à lui, qu'un moldu le voit avec une baguette magique. Depuis quelques temps, sa tête était mise à prix. Une faute de plus ou de moins, ça n'avait plus tellement d'importance. Il avait été condamné avant même d'avoir été jugé. Un peu comme Sirius. La sanction avait été prononcée uniquement en rapport avec ce qu'il était censé représenter et non en fonction de ce qu'il était réellement.

Et après, on osait lui parler de justice ? A lui ? Quelle bonne blague !

Il ne baissa pas sa baguette, ne relâcha pas non plus son étreinte.

« Qu'est-ce que vous savez de Tonks ? demanda-t-il.

_ Il y a eu du grabuge au ministère et elle a été blessée. »

Remus recula. Dans la seconde qui suivit, il se maudit d'avoir ainsi laissé transparaître ses émotions. Mais il était maintenant trop tard, l'homme tirait sur sa robe pour la remettre en place.

« Comment va-t-elle ?

_ Pas très bien. Mais ses jours ne sont pas en danger si c'est ce que vous voulez savoir.

_ Où est-elle ?

_ Chez moi. »

Remus fronça les sourcils. Décidément, cette histoire puait le piège à plein nez.

« Pourquoi chez vous ? Pourquoi pas à Sainte Mangouste ?

_ Parce que le type qui lui a fait ça est un auror et qu'il a une sacrée influence. »

L'homme tendit la main.

« Je peux vous amener à elle. Rangez votre baguette et prenez ma main. Je vais vous emmener. »

Remus recula à nouveau d'un pas. S'il avait baissé sa garde, il gardait néanmoins sa baguette à la main. Cet homme ne lui inspirait pas confiance. Il y avait trop de trous dans son histoire, trop de risques.

« Je m'appelle Robert Goodfaith, continua l'homme, la main toujours tendue. Je suis un ami de Nymphadora. »

Remus tiqua à nouveau. Si cet homme était réellement un ami de Tonks alors il devait savoir que personne ne l'appelait par son prénom. Personne, sauf lui.

« C'est de vous qu'elle a besoin. Elle m'a dit Crowley mais il ne faut pas me prendre pour un imbécile. Je sais qui vous êtes. »

De mieux en mieux.

« Ecoutez, je suis prêt à laisser un loup-garou pénétrer chez moi si c'est pour prouver ma bonne foi. Prenez ma main et laissez-moi vous amener auprès d'elle. Le temps presse ! »

Avec la sensation qu'il allait le regretter, Remus rangea sa baguette dans la poche de sa veste et serra la main de l'homme. L'air se dissipa en rugissant tout autour de lui. Son corps se désagrégea dans l'atmosphère, son esprit se répandit hors de lui.