Chapitre 35: Poisons.
-James ! appela Lily.
Mais sa voix était lointaine, étouffée par le bourdonnement des oreilles du jeune homme qui ne parvenait pas à se libérer du poids de Peter. L'agitation semblait irréelle. La seule chose évidente était la douleur qui le lançait, traversant son crâne, son nez, tout son corps. Ce que Peter pouvait être lourd !
-Queudver, bouge, j'ai mal… gémit-il.
Le simple fait de parler l'engourdit encore plus. Il vit des masses informes s'agiter autour de lui sans pouvoir discerner qui s'accroupissait à ses côtés, ni qui tâchait de faire rouler Peter un peu plus loin. Pourquoi ne bougeait-il pas tout seul ? Pourquoi restait-il affalé sur lui, dur, froid et volumineux, immobile et sans réaction, comme s'il était complètement assommé ?
-James, tu m'entends ? questionna quelqu'un.
La voix était déformée, mais James crut qu'il s'agissait de Sirius. La main qui prit la sienne était sèche et griffée. Ce devait sûrement être celle de Remus.
Le poids de Peter sur son estomac s'évanouit, emportant avec lui une partie de son étourdissement. Il put respirant un grand coup et l'oxygène qui s'engouffra dans ses poumons fut comme une bouffée de soulagement et de réalité. Les formes indécises se transformèrent en des visages connus. Tout le monde s'était regroupé autour d'eux, et McGonagall était déjà en train de se frayer un chemin dans la foule, l'air paniqué. La forte voix de Feodossi réclama le silence et plus d'espace autour d'eux. James le vit s'approcher et se pencher vers lui à son tour, poussant Sirius et Remus. Dumbledore s'accroupit près de Peter.
-Potter, vous êtes avec nous ? demanda Feodossi.
James hocha lentement la tête et ressentit un mal de crâne qui le fit gémir.
-MonsieurPettigrow a complètement perdu connaissance, annonça le directeur.
Il parlait calmement, mais une certaine inquiétude perçait dans sa voix un peu plus aiguë qu'à l'ordinaire.
-Hagrid, emmenez-le immédiatement à l'infirmerie, et ne perdez pas de temps. Comment va le jeune Potter ?
-Bien, murmura James, mais sa faible voix fut couverte par celle de Feodossi.
-Il est sonné par le choc, mais n'a pas perdu conscience, professeur. Son nez est certainement cassé. Devons-nous l'emmener à l'infirmerie, lui aussi ?
-Commencez par les soins de base ! s'impatienta McGonagall. Episkey !
James sentit son nez se remettre aussitôt en place, et passa sa manche afin d'essuyer le sang qui avait dû couler. Avec un grand effort de volonté, il parvint à se redresser en position assise malgré ses maux de crâne qui firent tourner sa tête. Il retira ses lunettes et se frotta fort les yeux pour se remettre les idéesen place. Feodossi lui intima de se rallonger mais il ne l'écouta pas : il n'avait pas la moindre envie de suivre les conseils de celui qui avait voulu le transpercer avec son coupe-papier.
-Relevez-vous, Potter, dit gentiment McGonagall en lui tendant la main. Doucement, surtout… Qu'est-ce qui s'est passé ? Là, asseyez-vous… Les autres, reculez !
James se laissa aller sur la chaise qu'elle désignait et put prendre en compte l'ampleur de l'attention que Peter et lui avaient attirée. Plus personne ne dansait, et les Flashoflight étaient restés bouche bée sur scène. La chanteuse descendit et fit signe à ses amis de la suivre, visiblement en colère d'avoir ainsi été interrompue.
-Potter, que s'est-il passé ? répéta McGonagall.
-Je ne… Je l'ignore, gémit James, en toute honnêteté.
Tout ce dont il était sûr était qu'il mourait d'envie de s'allonger dans son lit jusqu'à ce que la douleur s'estompe.
-Minerva, je doute que Mr Potter souhaite vraiment répondre à un interrogatoire après le choc qu'il vient de recevoir, dit Dumbledore. Après tout, nous nous emballons peut-être un peu vite. Mr Pettigrow a très bien pu être victime d'une mauvaise plaisanterie !
-Je l'aurais vu, tout de même ! protesta la Serdaigle avec qui Peter avait dansé.
Elle semblait totalement choquée par ce qui était arrivé.
-Non, personne ne lui a jeté de sort, et personne ne l'a frappé, et…
-Calmez-vous, Miss Upper, dit sèchement McGonagall, nous ne pourrons pas avancer si vous pleurnichez ! Mr Lupin, Miss Evans, vous êtes préfets, ramenez les élèves dans leurs salles communes respectives.
Les deux Gryffondor hochèrent la tête et appelèrent les autres élèves à quitter la Grande Salle dans le plus grand calme. James regarda Lily s'éloigner de lui et ne put s'empêcher d'en vouloir à Peter. Il avait été si près du but ! Quelques secondes de plus et il l'embrassait, et tout aurait été tellement plus beau… Lily et lui, lui et Lily, enfin ensemble, il en était presque persuadé…
Pour éviter de laisser sa déception se faire trop grande, il reporta son attention sur la cavalière de Peter. Elle était si jolie qu'il en était heureux pour son ami. Pour lui, ce ne devait pas être évident tous les jours de voir les plus belles filles de Poudlard se battre pour ses amis sans jamais lui prêter la moindre attention.
-Avez-vous bu quelque chose, Miss Upper ? l'interrogea Dumbledore.
La jeune Serdaigle hocha la tête mais avoua qu'elle ne se souvenait plus de ce qu'ils avaient pris.
-Peter boit toujours du nectar de violette, répondit James. C'est un des seuls à aimer ça, d'ailleurs.
-Horace, allez me chercher tous les verres ayant contenu du nectar de violette, ordonna Dumbledore.
Slughorn obéit sur le champ.
-Vous pensez qu'il a été empoisonné, professeur ? s'enquit Sirius.
-Mr Black, vous êtes un élève comme les autres, rentrez, dit sèchement Feodossi.
-J'ai vu toute la scène, rétorqua Sirius. Je peux vous aider à comprendre ce qui s'est passé !
-Nous n'avons pas besoin de vous.
-Ne dites pas de bêtises ! grogna McGonagall. Si Mr Black sait quelque chose, qu'il reste donc !
-Peter n'a pas perdu connaissance comme ça, d'un coup, déclara Sirius. J'étais avec Lyudmila, et je regardais James et Lily, mais comme ils dansaient juste à côté de Peter et…
Il désigna d'un signe de tête la Serdaigle, dont le prénom lui était inconnu.
-…et bien j'ai vu que Peter a commencé quelques minutes avant de tomber à danser maladroitement, avec des pas malhabiles.
-C'est vrai ? demanda Dumbledore à Upper.
Celle-ci hocha la tête.
-Je lui ai dit qu'il dansait mal, et quelques secondes après, il est tombé sur James Potter, acheva-t-elle. Mais il était froid, ça m'avait choquée…
-Il est vrai que Peter avait le corps raide et froid quand il m'est tombé dessus, agréa James. Avec le choc, je me suis même demandé si ce n'était pas une statue qui me tombait dessus, puis j'ai repris mes esprits et j'ai compris ce dont il s'agissait.
Dumbledore et McGonagall échangèrent un regard inquiet.
-Accio nectar de violette ! lança le directeur.
Le grand saladier dans lequel le nectar avait été versé quitta la table des boissons et vola lentement vers eux. Quand il l'eut en main, Dumbledore sentit longuement le liquide comme s'il tentait d'y déceler l'odeur d'un composant qui n'aurait pas dû s'y trouver, mais après une moue dubitative, il dut admettre qu'il n'y avait rien de suspect.
-A-t-il ajouté quelque chose à sa boisson, Miss Upper ?
La jeune fille fit non de la tête. Ce fut à ce moment que Slughorn revint, avec seulement quatre verres ayant contenu du nectar de violette.
-Ah, Horace ! s'exclama Dumbledore. Avez-vous décelé quelque chose d'anormal ?
-Trois des verres n'ont rien contenu d'autre que du nectar, Albus, mais le quatrième me laisse assez perplexe. Voyez vous-même !
Slughorn tendit le verre à Dumbledore qui à nouveau resta un long moment à le renifler de toute part. James, maintenant que ses visions étaient redevenues claires, ne comprit pas pourquoi il s'y acharnait : Peter aussi, avait un nez, et son nez était très fort quand il s'agissait de manger ou de boire. S'il y avait eu la moindre odeur étrange, il aurait certainement remis le nectar à sa place et se serait servi un thé glacé.
Cependant, le froncement de sourcils de Dumbledore le fit douter.
-Aconit ?
-Aconit, assura Slughorn d'une voix sombre. J'ignore comment ou pourquoi, mais cela est certain. Quelqu'un a voulu empoisonner le jeune Pettigrow.
Sirius et James échangèrent un regard horrifié. Un murmure d'incrédulité parcourut le groupe des professeurs.
-Qui aurait pu faire ça ? lança Sirius. Et pourquoi ?
-Et comment avoir pu voler de l'aconit dans les serres sans se faire repérer ? ajouta James, les sourcils froncés.
Mais voler de l'aconit sans se faire prendre n'était pas le vrai problème, au fond. Le vrai problème était que quelqu'un d'autre qu'un maraudeur avait la faculté de se promener dans les couloirs du château après le couvre-feu avec assez d'habileté pour passer inaperçu. Et cela signifiait qu'ils n'étaient plus les seuls maîtres du Poudlard nocturne. Cela signifiait également que cette personne si discrète pourrait également venir leur mettre des bâtons dans les roues s'il leur tombait dessus un soir de pleine lune…
-Je vous rappelle que vous avez vous-même la réputation d'être un grand maraudeur, Carlton, fit remarquer le professeur Œdya.
Elle était plus sublime que jamais, toute de vert vêtue, mais James ne put laisser la splendeur emplir son esprit, encore une fois trop surpris d'entendre parler de son frère. Elle ne cesserait jamais de les confondre, visiblement. Mais comment pouvait-elle savoir ? Pourquoi ne comprenait-elle pas qu'il n'était pas Carl, et que chaque allusion à son jumeau lui faisait mal au cœur ?
-Il s'appelle James, Æglæ, corrigea humblement Dumbledore. Essayez de le retenir…Le professeur Œdya eut un petit sourire désolé.
-Toujours est-il que j'ai vu quelqu'un dans la serre numéro huit, une nuit, reprit-elle. Il y a de cela disons… deux, trois semaines ?
Les autres professeurs parurent tous abasourdis.
-Quelqu'un, dans la serre numéro huit, au beau milieu de la nuit ? s'exclama McGonagall. Mais toutes les serres sont verrouillées !
Pour la seconde fois, James et Sirius se tournèrent simultanément l'un vers l'autre, mais cette fois-ci le regard qu'ils échangèrent était rempli d'effroi. Il y avait peu de personnes à Poudlard qui possédaient les clés des serres. Rusard, Œdya, sûrement Dumbledore, et eux-mêmes. Or, Remus s'en était allé chercher de l'aconit dans la serre numéro huit, il n'y avait pas si longtemps que cela…
-Avez-vous vu de qui il s'agissait, Æglæ ? questionna Dumbledore.
Le professeur de botanique hocha la tête.
-Le jeune homme n'était autre que Remus Lupin.
Assister à la chute des lèvres inférieures des professeurs aurait pu être un spectacle amusant s'il avait été question de quelqu'un d'autre que Remus. James vit McGonagall le souffle coupé par l'outrage, comme si l'idée que Remus ait pu voler quelque chose appartenant à l'école était pour elle une gifle douloureuse.
-Le jeune Lupin ? répéta-t-elle faiblement. C'est impossible…
-Je vous assure que c'était lui, garantit Œdya. Cependant, je connais un peu ce garçon et je doute qu'il ait eu de mauvaises intentions. Si vous voulez mon avis, il a été victime d'une ironie du sort.
-Ce n'est pas une ironie du sort qui a déposé l'aconit dans le verre de Pettigrow, dit sèchement le professeur Flitwick.
-Ecoutez, je sais que cet acte est si grave que nous devons agir et punir durement le ou les responsables, reprit Œdya de son éternelle voix douce et charmeuse, mais s'il vous plaît, n'accusez pas à tort quelqu'un qui pourrait se révéler être innocent. Vous savez comme moi la nature du jeune Remus Lupin. Vous ignorez en revanche ce que c'est, que d'être un loup-garou. L'aconit napel a des propriétés thérapeutiques à faible dose, dont le pouvoir de lutter contre les métamorphoses des lycanthropes. Mettez-vous une seconde à sa place. La pleine lune approche, avec le bal d'Halloween…
-L'organisation du bal n'avait pas encore été révélée à ce moment-là, rétorqua durement Feodossi.
-J'ai entendu dire qu'à Halloween dernier, une fête de ce genre avait eu lieu, se défendit le professeur Œdya. N'importe qui ayant assez de jugeote pouvait savoir à l'avance que cette année encore, le 31 octobre serait fêté dignement.
-De toute manière, je ne vois pas en quoi cela nous avance.
-Je le répète, mettez-vous à sa place, Kazimir : la pleine lune approche. Il sait qu'il va se transformer. Il sait qu'il va encore devoir mentir à ceux qu'il aime. Il a eu envie d'être comme les autres, pour une fois, de ne pas avoir à trahir sa petite amie, par exemple. Il s'est dit que prendre de l'aconit, rien qu'une fois, pourrait être une bonne idée. Il en a dérobé dans la serre.
-Et par bonté de cœur, vous l'avez laissé filer, vous qui l'aviez sous les yeux ? railla Feodossi.
-Il est vrai que même un professeur au grand cœur se doit de respecter certaines règles, Æglæ, approuva McGonagall.
-Pour des raisons qui lui sont personnelles, Æglæ n'a pas pu se déplacer assez vite pour pouvoir rattraper le jeune Lupin, intervint Dumbledore. Saviez-vous, jeunes hommes, continua-t-il en se tournant vers James et Sirius, que votre ami envisageait de consommer de l'aconit pour empêcher sa métamorphose ?
Nouveau regard du coin de l'œil, puis tous deux firent non de la tête.
-Voyez ! s'exclama le professeur Œdya. De toute évidence, il n'était pas fier de ce qu'il faisait. Je pense qu'il a ensuite regretté sa décision et s'est débarrassé de l'aconit, avec trop peu de prudence car au final, Mr Pettigrow l'a retrouvé dans son verre ce soir…
-Bien, Minerva, vous direz à Mr Lupin de me rejoindre dans mon bureau demain à dix heures précises, déclara Dumbledore, sans quoi je serai contraint de sévir. Les garçons, vous pouvez rejoindre vos camarades dans votre salle commune. Je vous remercie pour votre aide.
James et Sirius le saluèrent respectueusement d'un hochement de tête puis se hâtèrent hors de la Grande Salle, dans les couloirs sombres et déserts que même Peeves avait renoncé à animer. Il se passa un long moment pendant lequel aucun d'entre eux ne parla, puis Sirius estima qu'ils étaient arrivés assez loin pour ne pas risquer d'être entendus par un professeur. James ne comprit qu'il désirait s'arrêter que quand celui-ci saisit son bras et le retint.
Tous deux se laissèrent glisser contre le mur et s'assirent sur le sol de pierre froide.
-Là, on est vraiment dans la bouse…
-Comme si je ne l'avais pas remarqué… marmonna James. Bon sang, mais pourquoi est-ce que ça nous tombe toujours dessus ?
-Parce que ma mère a maudit chacun de mes gestes, répondit Sirius d'une voix lasse. Tu n'as pas remarqué ? Avant ça, tout se passait pour le mieux. Les profs, ils étaient tous à peu près normaux. Ta famille, elle allait très bien, bien sagement préservée dans les banlieues américaines. Quand on faisait des trucs interdits, on ne se faisait jamais choper. Et là, ça y est, on a déjà tous failli mourir, ta famille s'effrite, Lily est ensorcelée… Je suis certain qu'en fait, sa malédiction elle fonctionne depuis le début, mais qu'elle viendra à bout de nous à petit feu. Si ça se trouve, dans quatre ou cinq ans on sera morts !
-Ne dis pas de bêtises, pourquoi est-ce que dans quatre ans on serait morts ? marmonna James. Oh, et puis de toute façon on s'en fiche, tout ce qui importe c'est que Remus passe peut-être sa dernière soirée à Poudlard !
Le jeune homme se retourna pour vérifier qu'ils étaient seuls dans le couloir.
-Tu crois vraiment qu'il ait pu foutre de l'aconit dans le verre de Peter ? chuchota-t-il comme s'il redoutait d'être entendu.
-Bien sûr que non ! s'exclama Sirius, indigné. Lunard est un Maraudeur, je te rappelle !
-Ca tombe bien, je pense exactement comme toi ! Alors la vraie question qu'on doit se poser, c'est qui a fait ça, pourquoi il a voulu empoisonner Peter et faire accuser Remus, et comment il s'est procuré de l'aconit sans que personne ne s'en aperçoive ?
-Rogue.
-Hein ?
-Rogue, répéta Sirius. Celui qui a fait ça, c'est Rogue.
James s'assura à nouveau qu'ils étaient seuls avant de froncer les sourcils et dévisager son ami.
-Hey, Patmol, moi non plus, je ne peux pas l'encadrer, le Servilo, mais sérieusement, tu crois que c'est lui ? C'est pas parce que c'est le plus bel enfoiré de ce château qu'il faut tout lui remettre sur le dos !
-Pourquoi il a voulu empoisonner Peter ? Parce qu'il nous déteste et qu'il est incapable de s'en prendre à nous directement. Pourquoi faire accuser Remus ? Idem. Il s'en prend aux plus « faibles », entre guillemets. Comment il s'est procuré de l'aconit sans qu'on s'en aperçoive ? Grâce à la magie noire. Soit il a ensorcelé un Gryffondor pour nous piquer les fleurs –souviens-toi de Gerry Bones ! – soit il a déverrouillé les portes par je ne sais quel enchantement, et s'est rendu invisible je ne sais comment ! Qui veux-tu que ce soit d'autre ? Tu as bien vu dans ses yeux, en Potions, toutes les menaces qu'il te lançait !
James dut admettre qu'il n'avait pas tout à fait tort.
-Mais je me demande… Lily, elle en a eu, des fleurs d'aconit ? s'enquit-il. Parce que si Servilo a tout pris, on n'a plus qu'à y retourner, et là ça va vraiment être galère !
-T'en fais pas, Lily a assuré, sur ce coup-là. Elle a déjà commencé la potion après le match, si tu te souviens bien. S'il y avait eu le moindre problème avec la quantité d'aconit, elle nous aurait prévenus pour qu'on retourne en chercher.
James soupira de soulagement.
-Tu crois qu'ils vont virer Lunard ? demanda Sirius, la gorge serrée.
-Je pense que Dumbledore sait qu'il est innocent. Il m'a cru, l'année dernière, quand je lui répétais que ce n'était pas moi qui avais fait tomber le lustre dans les cachots, tu te souviens ?
Sirius acquiesça.
-Cela dit, il risque d'avoir le droit à une semaine de retenues, et les points qu'on a gagnés ces derniers temps vont disparaître, prévint James. Mais je préfère ça… Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il, surpris par l'air de profonde réflexion de son ami.
Sirius respira profondément avant de répondre.
-Tu penses qu'il a vraiment voulu se servir de l'aconit pour éviter de se transformer ?
James haussa les épaules. C'était une chose que seul Remus pouvait savoir. Après, personne ne devait le juger sur sa décision. Comme l'avait dit le professeur Œdya, assumer son statut de loup-garou avait peut-être été trop dur, les mensonges qu'il devait inventer étaient peut-être devenus insupportables. James savait qu'il était tombé amoureux de Xi et que lui cacher la vérité était une épreuve infernale. Chaque mois, il devait trahir sa confiance, trouver des histoires pour justifier ses absences, atténuer son inquiétude. Jamais il ne lui en voudrait d'avoir désiré, pour une fois, être un jeune comme les autres, avec ses amis, sa petite-amie, se baladant au clair de lune au moment où elle était la plus ronde.
-Bon, et toi tu ne vas pas à l'infirmerie vérifier que tout va bien ? demanda Sirius. Le nez, les hanches, ça va ? Je sais que Peter est assez lourd, alors…
-Non, ça va, assura James.
La pensée de ses lèvres si proches de celles de Lily revint le narguer. Cela s'était joué à quelques secondes seulement. Pour Peter, cela allait se jouer à quelques grammes. Mrs Pomfresh avait toujours fait du bon travail, mais savait-elle désemprisonner aussi bien qu'elle guérissait ? Y parviendrait-elle à temps ? Etait-il déjà mort ?
-C'est drôle, j'ai passé des années à le maudire pour sa maladresse, mais maintenant qu'il flotte entre la vie et la mort, il me manque déjà… avoua James. Tu te rends compte qu'on a été vachement méchants avec lui, quand même !
-Ce n'était pas méchant, c'était plutôt moqueur, corrigea Sirius. Mais en même temps, si nous ne l'avions pas réveillé de temps en temps, qui l'aurait fait ? Sa mère, son père ? Les McGregor ?
-Mais je me sens coupable. Ces derniers jours, il n'allait pas très bien, mais aucun de nous n'a vraiment cherché à savoir ce qui se passait… Je veux dire, personne n'a réellement insisté…
Sirius lui tapa amicalement la cuisse.
-Faut pas t'en faire, il va s'en sortir et on se fera pardonner. N'est pas Maraudeur qui veut, pas vrai ?
James hocha tristement la tête.
-Allez, debout, Cornedrue ! lança Sirius en se levant lui-même. Attendons de voir demain comment les choses auront évolué. Et si on croise Servilo en route, et bien…
Sirius fit craquer ses doigts pour montrer que s'ils croisaient Rogue, celui-ci passerait un très mauvais quart d'heure.
James, à la fois confus de mettre un terme à la journée sans même chercher à améliorer la situation et heureux de pouvoir enfin aller se coucher, ne chercha pas à protester : il savait par expérience que plus les journées maudites se terminaient vite, moins il y avait de dégâts à constater au réveil le lendemain matin. En théorie, tout du moins…
oOo
-Bien joué, Neil. Vraiment, bien joué !
Neil Peterson inclina légèrement la tête, à la fois pour montrer à son maître le respect qu'il lui portait et pour masquer le large sourire qui illumina son visage suite à ces félicitations. Ce n'était pas tous les jours que Philip Rush était satisfait de quelque chose, surtout quand il s'agissait d'une mission si pointue.
-C'est tellement bien joué que tu mérites une récompense, Neil. Incline-toi un peu plus bas devant moi et je te montrerai ce dont il s'agit…
Neil jubila intérieurement et courba un peu plus le corps. Un instant, il se demanda s'il ne devait pas se mettre à genoux et baiser les pieds de son maître, mais comme Rush semblait se contenter de le voir debout, il opta pour un compromis et arrondit encore l'échine. Dans cette position, il ne pouvait rien voir de ce que faisait son maître, mais il apprécia l'imaginer fier de lui, prêt à lui lancer une bénédiction ou signant un chèque avec de nombreux zéros. Il espéra même qu'il ferait les deux.
-Je tenais vraiment à te dire, mon petit Neil, que ta façon de travailler est vraiment particulière, reprit Rush.
Sa voix était calme et posée, mais pas joyeuse. Néanmoins, Neil ne se fit pas de souci : il était rare que son maître montre ses émotions à ses alliés. A vrai dire, si ses souvenirs étaient exacts, la seule personne à qui il avait réellement ouvert son cœur était Rosanna Potter. La pauvre agonisait désormais dans une chambre d'hôpital.
-Au début, j'étais très déçu, je l'admets. Tu étais empoté, bon à rien, et j'ai même failli me servir de toi comme cobaye, pour le démon.
Neil sentit la fierté retomber légèrement mais continua d'espérer : si son maître avait dit « au début », il y avait forcément un « à la fin » qui attendait bien sagement quelque part dans ses pensées.
-Finalement, je me suis servi de Kayna Potter. Tu vois qui c'est, Neil ? La belle-sœur de Williams Potter. La veuve.
Rush pouffa de rire.
-Elle n'a rien vu venir, cette idiote. Tu connais mon ami, qui est emprisonné chez les moldus ?
Neil répondit par l'affirmative.
-Le temps d'une nuit, je l'ai remplacé dans sa cellule. On fait ça de temps en temps, quand il a un service à me rendre. Là, il est allé aux Etats-Unis, et en quelques heures, il avait gagné sa confiance. Il faut dire qu'elle allait mal, la pauvre Kayna. Il l'a consolée, l'a raccompagnée chez elle. Il en a profité pour prendre un peu de bon temps dans le lit conjugal, puis il l'a capturée et amenée ici.
Neil frissonna. Son maître était un homme bon, empli de générosité, mais parfois il en avait peur.
-Je l'ai fixée au mur, j'ai invoqué le démon et j'ai essayé de le contrôler. J'y arrivais bien. J'étais content de lui, alors je la lui ai livré en repas. On peut dire que tu as eu chaud, n'est-ce pas, Neil ?
-Oui, maître, bredouilla l'homme.
-Mais mon cœur est grand, et je t'ai laissé une seconde chance. Tu as vraiment bien joué, Neil, toi, gros crétin sans cervelle, pourriture ambulante, déjection puante !
Neil serra les dents et les poings, terrifié. Il ne comprenait pas ce qu'il avait fait de mal, ni simplement le soudain changement d'humeur de Rush. Il décida de ne pas bouger, pour éviter de l'énerver encore plus. Finalement, peut-être aurait-il dû lui baiser les pieds…
-Je t'ai demandé, il y a de cela quelques mois, de droguer la fille Evans, cette petite sang-de-bourbe malodorante ! gronda Rush. Je t'ai dit très exactement : « Tu prendras la F9V9, Neil. Je veux qu'elle massacre littéralement tout ce qui bouge autour d'elle, et que la drogue se dissolve très rapidement dans son sang ». Qu'as-tu fait, Neil ?
-J'ai pris la F7V3.
-Bien, Neil. C'était bien joué de ta part. Notre plan est tombé à l'eau puisque cette crise n'a servi à rien d'autre qu'à faire croire à Potter fils qu'il faisait des jalouses. Mais je me suis dit que ce n'était pas très grave, au fond, car tuer des gens, ce n'est pas si dur que ça, et que ça prendrait juste un peu plus de temps de cette façon. J'ai osé croire que tu étais capable de bien faire certaines choses. Je t'ai demandé d'empoisonner au minimum un des amis de Potter fils.
-Je l'ai fait ! se défendit Neil.
-Oh, oui, évidemment que tu l'as fait ! Tu as empoisonné le garçon qui faisait partie intégrante de notre plan, grosse andouille ! Alors je te le dis, Neil, c'est bien joué, vraiment bien joué. Tu mérites une récompense.
Neil n'osa pas bouger. Le son d'un objet métallique contre le pot à crayons en fer de Rush résonna à ses oreilles. Ce n'était pas un couteau. Il n'y avait pas de couteau dans les pots à crayons.
-Maître, puis-je me redress…
La douleur fut fulgurante, aiguë, insupportable. Sa respiration se coupa aussitôt. Le temps sembla s'arrêter, à la différence de son sang qui coula le long de son dos blessé. C'était chaud. Mais il eut froid. Ses jambes tremblèrent. Il tomba à genoux, puis allongé sur le tapis comme un vulgaire ver. Il voulut transplaner, mais il n'avait pas de baguette. La douleur engourdit son cerveau, alourdit ses paupières et commença par l'endormir. Il sut qu'il ne se réveillerait pas. C'était peut-être mieux ainsi.
-Une andouille de moins sur Terre, parvint-il à penser.
Son cœur cessa de battre.
oOo
Regulus n'était pas dans son dortoir. Il n'était pas à la bibliothèque. Il n'était pas dans la Grande Salle.
Severus commençait à paniquer.
-Reg' ? appela-t-il dans le long couloir qui menait à l'infirmerie.
Personne ne répondit. C'était étrange, mais il n'était nulle part. Severus avait parcouru le château de long en large sans le trouver. A l'exception de la tour des Gryffondor, bien entendu. Regulus ne serait jamais allé si loin en territoire ennemi, de toute manière. A la fois parce qu'il était un Serpentard et parce que même s'il avait rendez-vous avec Potter, le rejoindre dans cette partie de Poudlard aurait été beaucoup trop risqué.
-Nom d'un dragon, où peux-tu bien être, Reg… marmonna Severus.
Il n'y avait pas une infinité de possibilités. Soit il était encore dans l'enceinte du château mais ils s'étaient manqués de peu, soit il était avec Potter, soit il était retourné voir Hilary. Les deux derniers cas étaient très mauvais pour lui. Les deux Potter étaient parfaitement capables de le monter contre lui. D'ailleurs, chacun de leur côté, ils avaient déjà commencé à les séparer. Il n'aurait peut-être pas dû droguer Hilary l'année précédente, finalement. Elle avait pété les plombs et s'était enfui en Amérique, mais à quel prix ? Regulus ne savait pas encore bien que penser de cette histoire, mais s'il apprenait qu'il avait dérobé le F5V1 dans le bureau du soit-disant Ciaran pour en déposer régulièrement dans son jus d'orange du matin, il pourrait sûrement tirer un trait sur leur amitié. A moins que Regulus comprenne qu'il l'avait fait pour lui. Il savait qu'il était la seule personne qu'il avait. C'était normal qu'il ait voulu le garder avec lui sans le partager avec une fille qui n'aurait jamais voulu de lui. Ca, peut-être qu'il comprendrait, avec le fait que le Maître ne désirait pas d'un aspirant amoureux d'un membre de la famille de ses pires ennemis. Il aurait sans doute fini par le tuer s'il n'avait pas mis fin au problème.
Mais c'était justement ce que Severus commençait à redouter. Regulus ne semblait plus si partant qu'avant pour s'engager auprès du Seigneur des Ténèbres. Bien entendu, c'était trop tard pour faire marche arrière, mais le lien qu'il avait noué avec Potter l'inquiétait plus que celui avec sa cousine. Regulus n'avait pas connu cette haine que lui-même avait éprouvé pour son père et qui l'avait convaincu que le Maître était le meilleur parti à suivre. Si Potter tentait petit à petit de le ramener du côté du vieux Dumbledore ?
-Ne dis pas de bêtises, songea Severus. Tu ne sais même pas si Potter et lui se voient réellement depuis la rentrée… A tous les coups, ils n'ont plus rien à se dire…
Cependant, un doute persista dans son esprit. Regulus n'avait pas été si heureux que lui d'apprendre ce qui arrivait à Rosanna Potter, le jour de la rentrée. Et la plupart du temps, quand il était mis au courant d'un plan du Maître, on le retrouvait vite à la volière, comme s'il envoyait les informations à quelqu'un. Mais c'était impossible, Regulus n'avait pas pu trahir le Maître, sinon il aurait été tué depuis longtemps. Il devait y avoir quelque chose d'autre, que Severus ne parvenait pas à imaginer. Et il détestait ça.
-Regulus n'a pas changé de camp, rassure-toi, se murmura-t-il. Et sinon, qu'est-ce que ça change ? Il reste Regulus, la seule personne sur cette planète à qui tu tiennes vraiment…
Mais il y aurait tout de même de la vengeance. Potter paierait pour avoir gagner la confiance de Regulus alors que lui-même avait de plus en plus mal à lui parler sans qu'ils se disputent.
-Oho, Servilo se promène tout seul ?
Severus se retourna brusquement, la mâchoire crispée, puis s'arrêta net. C'était Potter, justement, qui allait rendre visite à ce stupide Petit-Gros… En songeant à cette idée, il éclata d'un rire méchant. Petit-Gros qui tombait comme une grosse boule de graisse sur son meilleur ami, l'assommant à moitié. Il avait gravé ce souvenir dans sa mémoire à tout jamais, trop hilare pour se permettre d'oublier une telle scène.
-Je ne vois pas ce qu'il y a de marrant, Servilus.
-Ferme donc ta grande bouche, Potter, ça sent d'ici.
Potter haussa un sourcil. Il paraissait que sa mère faisait de même, à l'époque où elle pouvait encore faire autre chose que dormir dans un lit d'hôpital. Severus ne manqua pas de le lui faire remarquer.
-Reparle une seule fois comme ça de ma mère, menaça Potter, baguette brandie, et je te jure que je t'explose le crâne.
Sa respiration s'était faite plus rapide. Sa main tremblait de rage.
Severus eut un rictus victorieux.
-Ah, Potter n'aime pas qu'on s'en prenne à sa maman ! railla-t-il.
Il fut secoué d'un petit rire silencieux. Les yeux de Potter le tuèrent –Potter aurait aimé que ses yeux le tuent, en tout cas.
-Moi je n'aime qu'on s'en prenne à Regulus, prévint Severus. Dis-moi ce que tu fabriques, avec lui.
-Je ne sais pas combien de fois je vais devoir te le dire, Rogue, je n'ai jamais parlé à ton Regulus pour autre chose que lui balancer des insultes à la figure.
-Tu mens, je le sais. Je peux lire dans tes pensées que tu mens.
C'était un mensonge, mais Potter ne pouvait pas le savoir. En revanche, il pouvait y croire et perdre ses moyens, tenter de trouver une excuse, une explication.
Néanmoins, la décomposition de son visage n'eut pas lieu, et ce fut au tour de Potter de le narguer d'un rictus.
-Tu sais, Servilo, personne ne peut lire dans les pensées, rétorqua-t-il. Les pensées ne sont pas un livre ouvert qu'on peut feuilleter à notre loisir. Elles ne sont pas gravées à l'intérieur de notre tête, prêtes à être découvertes par n'importe quel imbécile qui passe par là. L'esprit est, en théorie, composé de plusieurs couches complexes, pas de pages remplies d'écriture. Je dis bien en théorie, car je doute que ton cerveau à toi soit complexe. Tout comme je doute que tu maîtrises assez bien la legilimencie pour savoir ce qui se passe dans ma tête.
Severus resta un moment muet, incapable de trouver quelque chose à répondre. Il s'était attendu à tout sauf à ça.
-Alors ne viens pas me dire que tu as lu dans mes pensées, Servilo, parce que je ne te croirai pas.
-Encore une fois, tu m'as prouvé que tu es un beau parleur, Potter. Regulus doit boire tes paroles, pas vrai ?
-Tu me fais perdre mon temps, dégage !
-Petit-Gros m'écoute beaucoup, aussi, quand je lui parle ! s'exclama Severus alors que Potter passait devant lui en l'ignorant superbement.
Ce fut au tour du Gryffondor de s'arrêter net et de se retourner.
-Pardon ?
-Je te l'ai dit, l'autre jour, en potions : moi aussi, je peux avoir de l'influence.
Potter éleva à nouveau la baguette vers lui. Severus sut qu'il avait touché un autre point sensible.
-Tu mens, méprisa Potter d'une voix sifflante. Peter n'est pas assez stupide pour écouter quelqu'un comme toi.
-Je ne lui laisse peut-être pas le choix !
Severus sourit narquoisement.
-Tu sais ce que j'ai appris, l'autre jour, Potter ? Qu'il y avait eu de l'inceste dans sa famille. Du côté de son père. Et tu sais quoi ? Celle qui aurait dû être sa tante est en fait sa mère… Tu peux le croire, ça ?
Il ne put s'empêcher d'éclater de rire. Avec ça, si Petit-Gros ne rejoignait pas le Maître pour se venger, c'était qu'il avait vraiment le moral solide !
-Tu racontes n'importe quoi, dédaigna Potter.
Mais il manquait désormais d'assurance et cela apparaissait dans sa voix.
-Tu sais très bien que non, minauda Severus. Et maintenant que je sais ce secret, je vais pouvoir faire de ton copain tout ce que je veux… A moins qu'on trouve un arrangement, toi et moi !
-Hors de question que je fasse le moindre arrangement avec toi, Servilo, répliqua Potter. Pour qu'il y ait arrangement, il doit y avoir confiance.
-Je te donne ma parole que si tu restes loin de Regulus, je reste loin de Petit-Gros…
-Peter n'est même pas certain d'être encore vivant dans quelques jours, fit remarquer Potter avec hargne.
-Il va bien et reprendra les cours en milieu de semaine. J'ai entendu Dumbledore le dire à McGonagall ce matin.
-Heureusement, qu'il va bien ! vociféra Potter, rouge de colère. Tout ça c'est de ta faute !
Le temps d'une ou deux secondes, il sembla sur le point de lui jeter un sort, mais ce fut le temps qui suffit à Severus pour qu'il sorte lui aussi sa baguette magique de sa poche et la pointe sur le Gryffondor.
-Je n'y suis pour rien si Lupin a pété les plombs comme ta cousine, Potter, cracha-t-il. Moi je n'ai pas l'intention de prendre le risque d'être renvoyé puis emprisonné pour meurtre tant que je ne serai pas certain que Regulus est hors de ta portée… Alors abaisse ta baguette ou je te fais regretter de t'en être pris à nous !
Ses yeux lancèrent des éclairs et Potter abaissa le bras, le visage agressif, le maudissant probablement pour tout ce qu'il pouvait faire ou dire. Severus se fichait pas mal de ce que pensait Potter. S'il osait faire quoi que soit pouvant lui nuire, il lui réserverait une mort digne d'un Potter. Le sortilège était prêt à être utilisé sur lui depuis bien longtemps …
-Laisse Regulus et je laisse Petit-Gros, répéta-t-il sombrement.
-Je ne peux pas laisser Regulus pour la simple raison que je n'ai aucun lien avec lui, s'entêta Potter.
-Ah ouais ? Et bien mène-moi à lui et c'est ce qu'on verra.
-Je ne sais pas où il est.
-Emmène-moi chez ta cousine, ordonna Severus.
Il s'approcha de Potter, menaçant, et pointa sa baguette sur son front. Potter ne bougea pas, ne frissonna même pas.
-Tu m'y emmènes tout de suite, exigea Severus.
Ils trouvèrent une salle de classe vide dans laquelle il alluma un feu de cheminée. Potter s'assit sur une table et le regarda faire sans bouger, comme s'il appréciait de le voir attendre impatiemment la poudre de cheminette provenant de l'infirmerie.
-Surtout ne bouge pas ton gros postérieur ! grogna le Serpentard.
-J'essaie de me souvenir où habite ma cousine, justifia Potter. C'est déjà un gros effort de ma part, surtout quand on sait que je le fais pour toi.
-Si tu m'emmènes dans la brousse en me faisant croire que c'est par là, je te jure que tu te noieras dans ton propre sang, Potter !
Ce n'était pas un mensonge.
-Lève-toi, gros sac ! ordonna-t-il quand le pot de poudre de cheminette arriva dans la salle.
Il fut lui-même surpris de constater que voir un récipient voler tout seul dans les airs n'avait alerté personne. Mais après tout, Mrs Pomfresh s'était peut-être absentée deux minutes, et Pettigrow n'avait pas réagi, trop bête pour comprendre que quelque chose clochait.
-Gros sac ? répéta Potter. Tu me parles autrement, Servilo. Et ne pointe pas ta baguette comme ça, moi aussi, je peux le faire !
Il y eut un instant où tous deux furent menacés par l'autre, et aucun ne bougea jusqu'à ce que Severus se décide à s'approcher de la cheminée. Il eut l'impression de perdre la partie, mais se consola en songeant très fort au sort qui attendait Potter, et qui viendrait le venger pour toutes ces années d'humiliation.
-Tu as bien compris, pas de coup foireux, sinon c'est la dernière chose que tu feras de ta vie, prévint-t-il. Où on va ?
Potter saisit une poignée de poudre et la jeta dans les flammes.
-Magic Empire State Building !
Il disparut dans le tourbillon habituel. Severus attendit quelques secondes que le feu redevienne normal puis en fit de même. Tout tournoya quelques longues secondes, puis ses pieds se reposèrent sur le dur, à l'instant même où une explosion de sons parasites vint assaillir ses oreilles. Des moldus klaxonnaient comme des fous, alors que deux tours gigantesques le narguaient. Stupides moldus…
Ainsi, c'était cela, le Magic Empire State Building ? Ici se trouvait le cœur battant du monde magique américain ? Si Potter n'avait pas été son pire ennemi, il lui aurait certainement demandé des renseignements sur cet immense bâtiment qui ridiculisait le Ministère de la Magie londonien.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine quand il réalisa ce qui se passait. Potter l'avait déjà semé.
-Le bâtard ! rugit Severus.
Lui-même se mit à courir en direction de la lourde porte en bois encadrée de deux piliers qu'il ne regarda même pas. Elle s'ouvrit en détectant sa présence et lui dévoila un passage ridiculement court, car en face de lui apparut un nouveau mur qui se referma derrière une tête décoiffée.
-C'est ça, Potter, fuis ! cria-t-il, fou de rage. Ca ne m'empêchera pas de te buter si je découvre que tu as touché Regulus !
Il ignorait si Potter l'avait entendu, mais de rage, il donna un violent coup de pied dans le mur. Une voix féminine sortit alors d'il ne savait où.
-Nous vous demanderons de vous calmez avant de vous autoriser le passage.
-Je suis calme, grogna Severus.
-Dans ce cas, veuillez placer votre main droite sur la plaque digitale.
Severus leva les yeux au plafond mais obéit et déposa sa main sur la plaque froide incrustée dans le mur. Il se demanda si elle avait reconnu tout de suite la main de Potter où s'il avait lui aussi dû subir cette ridicule attente.
-Dites votre nom.
-James Potter.
-Dites votre vrai nom.
-Williams Potter.
-Vous n'avez plus qu'une tentative. Dites votre vrai nom.
-Severus Rogue.
-Nom inconnu. Prononcez le mot de passe.
Severus pria le Ciel de lui donner assez de patience pour ne pas tenter une nouvelle fois d'exploser le mur. Un mot de passe. Il en aurait pour des heures.
-Bon écoutez Madame, je ne connais pas de mot de passe mais je n'ai pas tout mon temps.
-Pas de mot de passe. Veuillez replacer votre main sur la plaque.
Severus s'exécuta.
-Patientez pendant que notre base de données collecte les informations vous concernant. Severus Rogue, né le 9 janvier 1959 à Plymouth, père nommé Tobias Rogue, mère nommée Eileen Prince, étudiant à l'école de sorcellerie Poudlard. Yeux noirs, groupe sanguin AB…
Severus n'écoutait même plus. Tout ceci était lui sans vraiment l'être, au fond.
Puis, après ce qui lui sembla être un temps interminable, la voix reprit d'une voix claire et distincte :
-Identité non-classée comme dangereuse. Sachez qu'une fiche à votre nom a désormais été créée dans notre base de données. En cas de mauvais comportement, cette fiche nous permettra de vous retrouvez où que vous soyez. Nous vous souhaitons une agréable visite, Mr Rogue.
Le mur s'écarta et lui laissa enfin le passage. Severus hésita alors entre attendre –encore et toujours attendre– son tour au guichet d'informations qui lui ferait bien perdre vingt minutes, attendre son tour à l'ascenseur et demander à quelqu'un s'il savait à quel étage trouver Hilary Potter, ou courir dans les escaliers, où il ne rencontrerait probablement personne et se fatiguerait très vite.
Puis, il lui vint une idée à l'esprit, qui se révéla être machiavéliquement belle :
-Incendimenta poudre cheminette Hilary Potter !
La version maléfique du sortilège d'incendio. Interdit par le gouvernement anglais. Pouvait mettre le feu à n'importe quoi, n'importe où, même très loin du sorcier. Si le bureau dans lequel elle avait élu domicile comportait une cheminée, personne ne pourrait plus l'utiliser. C'était décidément une idée géniale !
Après réflexion, il décida de monter un par un les escaliers qui au début semblaient les moins adaptés à la situation : dans un tel bâtiment, rares étaient les fous qui préféraient mettre deux heures à monter dans leur bureau plutôt que dix minutes à peine en comptant l'attendre pour les ascenseurs. Ainsi, il était probable que Potter dise à Regulus de prendre les escaliers pour descendre, pensant éviter tous les risques de le croiser. Mais surprise ! La vérité allait enfin éclater…
Il commença son ascension et compta les marches. Arrivé à cinq cents, il s'arrêta, découragé et fatigué. Il continua à grimper inlassablement, s'arrêtant de plus en plus souvent pour se reposer, alors que le nombre d'étages qui augmentait à chaque fois l'encourageait à aller toujours plus haut. Mais il ne croisa pas Regulus.
-S'il vous plaît, Monsieur ! haleta-t-il, heureux de trouver enfin quelqu'un à qui parler.
Il prit le temps de reprendre son souffle, épuisé par la montée d'une cinquantaine d'étages. Cela faisait bien une demi-heure qu'il enchaînait degré sur degré.
-Savez-vous où je pourrai trouver… une dénommée Hilary Potter ?
-Quatre-vingt-onzième étage, il me semble, répondit l'homme. C'est la fille d'Andrew Potter, c'est ça ?
Severus fit oui de la tête pour éviter d'avoir à parler.
-Ouais, alors c'est bien le quatre-vingt-onzième étage.
-Merci… beaucoup !
-Pas de quoi ! Bon courage pour la montée !
Severus lui sourit comme il put et s'accorda encore un moment de pause, puis reprit son ascension. Ses cuisses étaient si douloureuses qu'il devait s'aider de la rampe. Regulus ne descendait toujours pas. Il avait peut-être trouvé un autre moyen pour s'enfuir. Ou il avait tout simplement pris l'ascenseur en espérant être chanceux.
Quand il trébucha, il poussa un cri de douleur et de rage, haïssant Potter de tout son être. Il avait été le plus malin, encore une fois. Il verrait bien ce qui lui arriverait. Il le supplierait d'arrêter. Il implorerait son pardon. Il se noierait dans son propre sang…
Severus ne put torturer ses jambes un étage de plus. Il emprunta le premier ascenseur qui vint. La petite cage était pleine, mais il s'y trouva quand même une place malgré les protestations des américains. Tous des crétins, les américains. Il les détestait pour la simple raison que Williams Potter était né dans leur pays.
Le quatre-vingt-onzième étage n'avait rien de bien différent des autres. Severus prit le couloir qui allait vers la droite sans pouvoir expliquer pourquoi. Son instinct lui disait d'aller vers la gauche, mais son instinct s'était trompé en lui conseillant de prendre les escaliers. Il croisa une femme en tailleur et lui demanda où il pourrait trouver le bureau de Mr Potter. Elle lui répondit qu'Andrew était décédé en Angleterre mais que sa fille habitait la résidence vingt-quatre. Severus la remercia et pressa l'allure. Ses jambes lui faisaient si mal qu'il ne sentit pas la différence. Puis, il arriva devant la porte en question. Son cœur battit un temps plus vite quand colla son oreille contre la cloison et écouta tout ce qui s'y passait.
Il reconnut sans peine les deux voix qui parlaient : James et Hilary Potter s'entretenaient tous deux avec une certaine colère. Si Regulus était encore là-dedans, il ne parlait plus.
-Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu n'as jamais, à aucun moment, tenté de reprendre contact avec nous avant ! grondait James Potter.
Hilary devenait suppliante. Severus n'en fut que plus heureux.
-Je t'ai dit que j'étais désolée ! Je n'ai pas pu ! Je savais que tu m'en voulais et…
-Tu aurais dû assumer, Hilary. Je ne sais pas ce que tu préparais avec Regulus, mais c'est loupé !
Severus vit tous ses soupçons se confirmer. Partagé entre le désir d'en savoir plus et celui de rentrer directement pour fracasser le crâne des deux cousins, il resta un instant immobile, tremblant de faiblesse, de rage et de chagrin. Ainsi donc, Regulus l'avait bel et bien trahi en pactisant avec les Potter. C'était un coup dur. S'il l'avait pu, Severus aurait fait passer sa rage sur un animal. Il l'aurait torturé, dépecé, écartelé… Sur des rats, c'était très apaisant. Il l'avait déjà fait plusieurs fois après des disputes avec Regulus. Mais là, ce ne serait pas suffisant. Potter lui avait pris la seule chose qu'il avait au monde. C'était lui qui devrait mourir sous la torture. C'était son cadavre qui l'apaiserait…
Les voix des deux cousins parurent lointaines. Il entendait les phrases mais n'en comprenait plus le sens. Hilary parlait de lui. Elle était certaine qu'il était coupable. Potter se calma.
-Je suis certaine qu'il m'a droguée. Regulus, je crois qu'il a un petit faible pour moi, et ça, Rogue ne le supporte pas. Il est son seul vrai ami, et du coup il est en permanence surveillé, il ne décide plus de rien !
-Je le sais, Rogue m'a piqué une crise juste tout à l'heure. Il était persuadé que Regulus était chez toi. A l'heure qu'il est, il doit être en train de s'épuiser dans les escaliers, convaincu qu'il tombera sur lui.
-J'espère qu'il ne l'a pas croisé, en tout cas, soupira Hilary.
Non, il ne l'avait pas croisé. Leur petit plan mesquin avait bien marché. Mais ils ignoraient qu'il était là et qu'il entendait tout. La petite peste avait oublié de jeter un sortilège d'impassibilité à sa porte… Son cousin en payerait les frais. Il le haïssait de tout son être. Sa haine était un poison. Mais un poison qui nuirait à Potter, cette fois…
-Bon, écoute, Hilary, je veux bien croire que tu as été droguée, mais tu ne l'étais pas le soir où Voldemort a attaqué l'école ! Pourquoi est-ce que tu n'as pas répondu à Sirius quand il t'a appelée ? Il est allé jusque dans ta salle commune pour avoir de tes nouvelles !
-Tu tiens vraiment à le savoir ? Je n'étais pas en train de rire avec les gars de ma classe, ce soir-là.
-Et tu faisais quoi ? Tu étais où ?
-Dans leur dortoir, assura Hilary.
Severus eut un sourire vengeur. Ce soir-là, la pauvre Hilary avait payé pour avoir séduit Regulus. Jamais il n'avait été aussi content de ses compagnons de dortoir.
-Je ne riais pas avec eux, parce qu'ils m'avaient enfermée dans leur chambre. Je n'avais pas ma baguette sur moi, elle était restée dans mon propre dortoir. Ce qui s'est passé ensuite…
Hilary éclata dans un sanglot que Severus adora. Ce qui s'était passé ensuite n'était pas du joli. Mais à qui la faute ?
-Qu'est-ce que s'est passé ensuite ? demanda Potter.
Sa voix trahissait son inquiétude. Severus estima qu'il était temps de se manifester. En faisant son apparition au milieu d'une discussion si tendue, il les surprendrait tous les deux et ils seraient incapables de s'en prendre à lui.
Il ouvrit la porte sans frapper et entra franchement. Il vit tout d'abord la grande fenêtre qui offrait une vue vertigineuse de New York, puis le bureau autour duquel ils s'étaient tous les deux assis. Comme il l'avait deviné, Hilary sanglotait et avait masqué son visage avec ses mains. Potter avait saisi l'une d'entre elles. Il se retourna si brusquement vers lui qu'il risquait d'avoir des courbatures à la nuque le lendemain. C'était parfait.
-Ensuite, la vierge est morte ! ricana Severus.
oOo
-Tu es belle, ma douce Rosanna…
Rush se pencha sur elle, mi-femme, mi-créature, et déposa un baiser sur ses lèvres virant sur le vert. Deux dents aussi pointues que ses griffes noires venaient s'y reposer. Rush prit cependant sa main et la caressa tendrement. Rosanna dormait. Un sommeil artificiel, sans doute. Les guérisseurs avaient dû la piquer pour qu'elle se calme. Cela n'enlevait rien à sa beauté, une beauté désormais démoniaque, par sa faute. D'ici quelques semaines, elle n'aurait plus d'humain que son nom, qu'elle aurait oublié, mais elle aurait gagné une vie éternelle.
-Pardonne-moi, ma belle… supplia Rush.
Ses yeux se remplirent vite de larmes qui firent trembler son corps. Alors qu'il s'efforçait de les retenir, il embrassa le cou de Rosanna. Une goutte coula jusqu'à sa poitrine et fut absorbée par le tissu rouge vif. Elle portait toujours la robe de soirée qu'elle avait revêtue pour le cocktail au Ministère. Personne ne la lui avait retirée, comme si personne n'avait osé déshabiller une femme si importante dans les cœurs. Rush avait retiré le drap blanc qui recouvrait son corps comme une couverture et avait longuement admiré ses formes, comme à l'époque où elle lui faisait croire que Williams Potter n'existait plus que sur les photographies de son salon, à Æternum Asylus.
-C'était le seul moyen pour moi de guérir, tu comprends ? Je veux voir les personnes que tu aimes d'un amour sincère souffrir et mourir. Ils te rejoindront un jour. C'est la dernière chose que je peux faire pour toi…
Williams se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre, le corps humide de sueurs froides. Les mains tremblantes qu'il passa sur son visage pour se calmer étaient gelées. D'un bond, il se leva et se hâta vers la salle d'eau la plus proche, au bout du couloir. Il n'alluma la lumière que quand il eut refermé la porte afin de ne réveiller personne. Il ne fallait pas que ses frères le voient dans un tel état. Ils s'inquiétaient déjà suffisamment assez.
-Will, je crois que tu as besoin de repos, avait gentiment dit Bruce.
Du repos, il ne pouvait plus en avoir depuis ça. Rosanna se transformait en un démon. Il n'y avait rien à faire. Il ne pouvait plus dormir. C'était comme si le sommeil était complice de Rush. Il y aurait vengeance.
-Will, je te jure que tu me fais peur, des fois, avait avoué Christopher. J'ai l'impression que tu perds complètement les pédales !
Le seul qui avait perdu les pédales, c'était l'enfoiré qui avait fait ça. Rush paierait. Il paierait très cher. Il ne toucherait plus à sa famille. Williams savait que s'il devait tuer pour la garder en vie, il le ferait. Protéger James à tout prix. Ne pas le laisser s'en aller comme Carl. Tuer s'il le fallait. Mourir s'il le fallait. Commettre les pires horreurs s'il le fallait. Non, il ne perdait pas la boule. Il protégerait sa famille.
C'était devenu une obsession. Il ne pourrait pas supporter autre chose de semblable. Carl, mort. Andrew, mort. Rosanna, perdue à tout jamais. James en danger. Rush en vie. Tuer s'il le fallait…
Quand il s'observa dans le miroir, Williams eut du mal à se reconnaître. La fatigue avait fait de lui un homme vieux. Ses yeux ridés prématurément étaient soulignés de deux grandes cavités. Jamais il n'avait eu de tels cernes. Et ses cheveux… Il avait l'habitude de les avoir en bataille, mais ils commençaient à devenir si longs que c'en était presque malpropre. D'ailleurs, sa barbe de plusieurs jours faisait malpropre. Où était passé le Williams Potter droit et fier ? Où était passé l'auror, l'homme respecté et admiré ? Que dirait James s'il le voyait dans un si piteux état ?
Tuer s'il le fallait. Mais pas à n'importe quel prix. Ne pas laisser la folie l'emporter sur lui. Il était le plus fort, il devait tenir. Protéger sa famille. Ne pas leur faire endurer la vision d'un homme dont la descente en enfer aurait été plus rapide que celle des mangemorts qu'il poursuivait…
oOo
-Je n'ai rien fait, professeur.
Remus l'aurait juré sur ses amis si on le lui avait demandé. Ce qui était arrivé à Peter était horrible, mais il n'était pas responsable.
-Vous savez, Remus, je ne demande qu'à vous croire, dit gentiment Dumbledore.
Le regard qu'il lui adressa derrière ses lunettes en demi-lunes était doux et sincère. Remus fut rassuré de savoir que quelqu'un au moins le croyait. Affronter l'indifférence de McGonagall avait déjà été suffisamment difficile.
-Cela dit, le professeur Œdya vous a reconnu, répéta Dumbledore. Vous assurez n'avoir jamais eu d'aconit en votre possession, mais elle vous a vu en cueillir quelques fleurs dans la serre numéro huit. Comment expliquez-vous cela ?
Remus baissa la tête et ferma les paupières, pressé que tout se termine. Tout cela n'était qu'une horrible machination. Œdya n'était pas présente, le soir où il avait dérobé de l'aconit. Il avait été seul avec Lyudmila ! Comment aurait-elle pu le surprendre ? Et qui avait voulu lui faire porter le chapeau de l'empoisonnement de Peter ?
-J'ignore comment elle a fait pour me reconnaître, déclara-t-il en suppliant presque Dumbledore de le croire. Je n'ai pas empoisonné Peter ! D'ailleurs, pourquoi l'aurais-je fait ? Il est mon ami, non ? Vous pouvez demander à Xi, je ne l'ai pas quittée de la soirée !
Le regard du directeur le transperçait, comme s'il pénétrait dans son esprit pour y chercher la vérité. Par protection, Remus referma les paupières. Ce n'était pas qu'il manquait de confiance en Dumbledore, mais juste qu'il y avait des choses qu'il voulait garder secrètes. La nuit où il s'était fait mordre. Le visage de Greyback. Sa première métamorphose. La honte permanente au fond de lui-même. L'éternelle culpabilité d'entraîner ses amis dans la forêt interdite une fois par mois. Les mensonges qu'il inventait à Xi. Et le visage de Greyback. La pitié dans les yeux de sa mère. Le chagrin dans ceux de son père.
Soudain, il se mit à trembler et eut envie de hurler. Il ne voulait plus être un loup-garou. Il voulait être normal, ne plus sentir la douleur de sa chair qui se transformait les soirs de pleine lune. Ne plus entendre cette petite voix méchante dans sa tête, qu'il maîtrisait mais dont il avait peur. Il aurait dû être bien dans sa peau. Ses amis étaient géniaux et l'acceptaient tel qu'il était. Mais Xi… Et ses parents qui l'aimaient mais avec de la pitié… Et le regard des autres, qui semblaient tous savoir… C'était insupportable.
-J'ai volé de l'aconit, c'est vrai, finit-il par avouer. Je voulais que ça s'arrête, pour une fois ! Vous me comprenez ? Professeur, je ne supportais plus ce… cette… je ne me supportais plus ! s'exclama-t-il.
Dumbledore hocha lentement la tête et Remus sut qu'il comprenait.
-Mais après, j'ai regretté, je me suis dit que j'avais toujours assumé jusque là, alors que je devais me débarrasser de ces fleurs ! Je les jetées dans les toilettes et je n'avais plus jamais entendu parler d'aconit avant hier soir ! Je vous le jure, professeur !
-Je vous crois, Remus, assura Dumbledore. Mais il faut que je comprenne qui a empoisonné Mr Pettigrow et pourquoi. Avez-vous une idée de qui pourrait être derrière tout ça ?
Remus fit non de la tête. Il y avait bien Rogue, mais…
-Il va s'en sortir ? s'enquit-il.
Dumbledore lui sourit.
-Mrs Pomfresh est une excellente infirmière, vous savez. Votre ami pourra reprendre les cours au milieu de la semaine. L'empoisonnement n'était pas très fort, au fond. Pas assez pour le tuer d'un coup, en tout cas. Il a bénéficié d'une heure de répit qui lui a permis de bien s'en tirer. Néanmoins, cela reste grave. J'ignore qui a voulu mettre fin à ses jours, mais l'idée qu'il puisse se trouver encore dans l'enceinte du château me rend malade. Etes-vous vraiment certain que personne ne lui en voulait ?
-Beaucoup de Serpentard lui en voulaient, répondit Remus en toute honnêteté. Mais de là à souhaiter sa mort… Cela dit, Lyudmila m'a parlé de quelque chose…
Dumbledore l'encouragea à continuer.
-Elle m'a dit que Peter était… comment dire… elle m'a dit que nous devions le surveiller, car sinon, quelqu'un d'autre le prendrait sous son aile. Elle m'a dit que ce quelqu'un ne serait pas forcément gentil. Et j'ai remarqué que Peter est bizarre quand Severus Rogue se trouve à proximité…
-Severus Rogue ? s'étonna Dumbledore.
-Oui. Mais je vous dis juste cela comme ça ! J'ignore s'il y est pour quelque chose…
-Vous avez bien fait de m'en parler, Remus. Vous pouvez retourner à vos occupations si vous le souhaitez.
Remus hocha la tête et se leva.
-Au revoir, professeur.
-Au revoir, Remus. Et prenez soin de vous.
Ses yeux bleus pétillants le suivirent jusqu'à la porte, puis disparurent. Remus soupira de soulagement. Si Dumbledore le croyait, il pouvait estimer que le cauchemar se terminait. Il était innocent. Il fallait juste qu'ils le sachent…
-Qu'est-ce qu'il te voulait ? demanda Xi quand il l'eut retrouvée devant la gargouille qui marquait l'entrée du bureau du directeur. C'était à propos de Peter ?
-Il m'a posé quelques questions, pour avoir une idée de qui avait bien pu faire une telle chose, répondit Remus.
Il la prit par la taille et l'emmena vers le hall d'entrée. Cet interrogatoire avait retardé leur balade autour du lac, mais pour rien au monde il ne l'aurait remise au week-end suivant. Le temps qu'il passait avec elle était trop magique. Il le ferait durer jusqu'à la fin de ses jours, s'il en avait la possibilité. Mais il savait que ç'aurait été trop en demander. Lui, le loup-garou, partager sa vie avec la femme qu'il aimait ? C'était juste un beau rêve. Un jour ou l'autre, elle apprendrait ce qu'il était vraiment, et plus rien ne serait comme avant. Même une femme amoureuse ne pouvait rester insensible à cet aspect de sa personnalité. Vivre avec un loup-garou. Il comprendrait sa décision quand elle le laisserait.
-Tu as l'air tourmenté, mon cœur… nota Xi. Quelque chose ne va pas ?
Remus fit non de la tête. Le vent froid de l'automne agressait son visage : il remonta le col de sa cape et se serra un peu plus contre elle. Si seulement le temps avait pu s'arrêter…
-Tu me le dirais, s'il y avait quelque chose ? demanda gentiment Xi.
-Bien sûr, que je te le dirais…
Un nouveau mensonge. Il faudrait qu'il lui parle, mais il ne pouvait pas savoir comment elle réagirait. Lily l'avait accepté, James, Sirius et Peter l'avaient accepté. Pourquoi pas elle ? Pourquoi avait-il peur de lui faire confiance ?
-Si je n'étais pas celui que tu crois que je suis, qu'est-ce que tu ferais ? s'enquit-il.
Xi haussa les épaules.
-Je ne sais pas ce que je ferais, répondit-elle, intriguée. J'imagine que ça dépendrait. Mais pourquoi cette question ?
Remus secoua la tête pour lui faire comprendre qu'il ne savait pas pourquoi. Encore un mensonge.
-Dis, Remus, qu'est-ce qu'il y a ? Tu sembles tout triste… Je n'aime pas quand tu es comme ça !
-C'est rien, ne t'en fais pas. Ca va sûrement passer.
Ca passait toujours, de toute façon, jusqu'à ce que ça revienne. Il n'y avait pas de remède.
Il profita de la solitude de Lily, assise seule contre le tronc de l'arbre surnommé l'arbre des Maraudeurs (c'était sous son ombre ou dans ses branches qu'ils aimaient passer les belles soirées du printemps et de l'été), pour détourner la conversation sur un autre sujet que celui qui le mettait si mal. D'un signe de tête, il indiqua à Xi de l'attendre deux minutes, puis se dirigea vers son amie qui ne le vit pas tout de suite arriver. Les yeux perdus dans le vague, elle lançait des petits cailloux dans le lac. Il la fit sursauter quand il manifesta sa présence.
-Ah, c'est toi, dit-elle avec une certaine mélancolie.
-Tu t'attendais à quelqu'un d'autre ?
-Non. Enfin si. J'ai cherché James toute la matinée, alors j'ai pensé que peut-être…
Remus lui sourit. Cela lui fit du bien.
-Si ça peut te rassurer, moi non plus je ne l'ai pas vu de la matinée, assura-t-il. Il a dû aller traîner quelque part pour se dégourdir les jambes et se vider la tête. Ca ne serait pas la première fois… Tu as été vérifier au stade ?
-Oui, c'est la première chose que j'ai faite quand j'ai vu qu'il n'était plus ni dans votre dortoir, ni dans la Grande Salle à prendre son petit-déjeuner.
-Sirius doit bien savoir où il est, non ?
-Il ne l'a même pas prévenu.
-Il voulait peut-être rester seul pour réfléchir. Il s'est passé quelque chose entre vous, au bal ?
Lily fit non de la tête et le cailloux qu'elle jeta fut lancé avec un peu plus de hargne. Remus comprit qu'elle s'en voulait. D'après Sirius, tout s'était joué à quelques secondes.
-C'est pour ça que je voulais le voir, expliqua-t-elle. Il ne s'est rien passé de concret, mais… enfin ce que je veux dire, c'est que maintenant, je sais ce que je veux.
-Il sera heureux de l'apprendre.
Remus s'efforça de paraître joyeux mais ne put refouler une certaine pointe de jalousie. Après Sirius et Lyudmila, ce serait au tour de James et Lily de vivre en parfait petit couple sans souci pendant que lui devrait mentir éternellement par honte de ce qu'il était. Finalement, peut-être aurait-il dû aller jusqu'au bout de son idée, et tuer à petit feu le loup qui était en lui avec l'aconit qu'il avait pris dans la serre. Nombre de soucis auraient été évités. Il n'aurait pas été en train de se détester pour le mal qu'il ferait à Xi le jour où elle apprendrait la vérité.
-Hey, Remus, ça va ? s'enquit Lily, les sourcils froncés.
Le jeune homme respira profondément et dut admettre la vérité : il n'allait pas bien du tout et il avait besoin de chasser son démon s'il ne voulait pas se perdre lui-même. Lily comprit aussitôt où il voulait en venir.
-Tu devrais aller voir Mrs Pomfresh, conseilla-t-elle. Tu es sur les nerfs avec la pleine lune qui approche, et c'est tout à fait normal, mais elle te donnera une potion et ça ira mieux, tu verras !
-Non. Je crois que… je crois que j'ai besoin de rencontrer Fenrir Greyback…
Comme toujours, je remercie Ombeline pour la correction de ce chapitre et pour toutes les améliorations qu'elle y apporte malgré tout le travail qu'une première année de médecine demande. Elle le mérite son kouign aman fictif! (elle comprendra...)
Bon, de mon côté j'accueille avec grand plaisir mes vacances (vive la zone A, quand même!). Néanmoins, je comptais en profiter pour reprendre de l'avance dans mes chapitres, mais certains profs ne comprennent pas que si on a trop de boulot, ce n'est plus des vacances, alors je me retrouve avec une rédac à faire en français, une en espagnol, un livre à lire en français, un en anglais, un en espagnol... Donc au final, je vais continuer à avancer lentement, comme ces dernières semaines...
Le prochain chapitre ne sera pas posté dimanche prochain, mais sans doute samedi soir. Il sera intitulé Quand la haine prend le dessus. Un chapitre qui normalement devrait vous surprendre... Enfin on verra bien!
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Il avait dû se montrer compréhensif, comme à son habitude. Dumbledore comprenait toujours. Même s'il allait coller son poing dans la face d'ange de Bertram, il comprendrait. Un grand homme, Dumbledore. Cependant, il était parfois trop gentil avec ceux qui ne le méritaient pas. Il aurait dû renvoyer Servilo dès qu'il avait appris ce qu'il avait fait pour détruire Poudlard. Et avec un peu de chance, il se serait ensuite fait buter par un auror. Ca, ç'aurait été bien…
James avait à peine refermé la grille qui marquait l'entrée de Poudlard que déjà, il s'apprêtait à transplaner. Sirius lui avait parlé d'un cul-de-sac à quelques centaines de mètres de chez lui, qui sentait fortement l'urine et qui abritait toujours quelques ivrognes trop soûls pour comprendre que des sorciers apparaissaient juste sous leurs yeux. Ce fut là que ses pieds se reposèrent et brisèrent une bouteille de bière. Un chien aboya au loin, effrayé par ce bruit soudain.
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Sur ce, je vous souhaite à tous une excellente semaine! A bientôt!
