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L'Inspecteur Murdoch se frottait le front. Cela faisait quatre jours. Quatre jours que Julia avait disparu et trois que le Docteur Garland était mort. Pourtant ils étaient dans une impasse. Il avait si peu dormi, il avait presque ratissé la ville entière, il était allé à son cabinet encore et encore pour tenter de trouver des indices, il avait décortiqué le message de la poupée, mais rien, il ne trouvait rien. Il s'était assis au bureau de Julia, il avait regardé tout ce qui s'y trouvait, il avait ouvert le tiroir du meuble. Il avait sourit en y trouvant une photo, une photo qu'elle avait elle-même prise. William s'y était vu avec Henry dans les bras. Il se souvenait avoir pris d'autres photos ce jour là, avec son petit appareil noir. Il avait photographié leur fils, seul, avec Julia, et elle lui avait prit l'appareil pour immortaliser ce moment. William avait rougi. Il s'était souvenu de ce qu'il s'était passé juste après, lorsque Henry dormait dans son berceau. Il avait rejoins Julia dans sa chambre. Il l'avait trouvé dénudée, tenant l'appareil photo. Elle lui avait souri et elle lui avait tendu, elle avait fait glisser sa chemise de nuit sur son corps, jusque sur son ventre pour cacher à peine sa féminité. Ses mains avaient tremblé. Mais Julia lui avait sourit un peu plus, glissant une main dans ses cheveux défaits pour laisser la pointe caresser un de ses seins nu. Elle s'était mise contre le mur et elle avait penché la tête sur le côté. William avait cadré la photo, et il avait appuyé sur le bouton. Il se souvenait avoir sentit son corps contre le sien, ses baisers dans sa nuque, la sensation de sa peau contre la sienne. Il avait croisé son regard lorsqu'elle se trouvait assise à califourchon au-dessus de lui. Il avait voulu l'en empêcher mais elle avait secoué la tête de gauche à droite doucement. Moi aussi je veux un souvenir William, avait-elle murmuré. Elle avait alors appuyé sur le bouton à son tour, figeant dans la pellicule le corps de William sous le sien, son torse nu, son sourire et son regard gourmand. William se souvenait l'avoir entendu rire, lui prendre l'appareil pour le poser sur la table de nuit avant de lui faire l'amour avec passion. Au petit matin, il n'avait pas résisté à l'envie de figer une fois encore le spectacle qui se déroulait devant ses yeux. Julia étendue, se réveillant doucement à la lumière du jour. Il avait retiré le drap, il avait hésité, mais il avait vu son sourire et il avait pris une dernière photo, son corps nu reposant sur les draps blanc, ses cheveux en pagaille, son visage.

William avait passé de longues minutes, seul dans le bureau de la jeune femme qu'il aimait, à penser à ces instants heureux en regardant la photo qu'il avait tenu entre les doigts. Puis, il était retourné au poste de police et il avait repris son travail.


L'agent Crabtree avait raccroché le téléphone. Il lança un regard vers le bureau de son supérieur pour le voir une fois encore assis en silence, prostré. Depuis que le Docteur Ogden avait disparu, il n'était plus que l'ombre de lui-même. Il passait son temps à chercher des indices à refaire le chemin du cabinet du Docteur à la rue, à interroger les commerçants. L'Agent Crabtree savait à quel point le Docteur Ogden était importante aux yeux de l'Inspecteur Murdoch. Tous le savaient. Tous savaient pourquoi il ne mangeait plus, ne dormait plus, parlait à peine, tous savaient qu'il perdait doucement espoir de la retrouver. Et pourtant, l'Inspecteur Murdoch continuait toujours, jusqu'à l'épuisement, il continuerait toujours, jusqu'au moment où il l'aurait retrouvé. Tous espéraient qu'il le fasse avant qu'elle ne perde la vie.

-Du nouveau Crabtree? Grommela l'Inspecteur Brackenreid en arrivant à ses côtés pour le sortir de ses pensées.

-Oui, Monsieur, acquiesça le jeune homme, Miss Beaumont, elle s'est réveillée.

-Allez l'interroger, et emmenez Murdoch.

-Monsieur, elle risque de ne pas se souvenir de grand chose et je doute que...

-Emmenez Murdoch, insista Brackenreid, il en a besoin.

Les deux hommes regardèrent le jeune Inspecteur quelques instants dans son bureau avant que le plus haut gradé ne reprenne la parole.

-Il aura l'impression de faire quelque chose. Il n'y a rien de pire que de ne rien pouvoir faire.

-Vous croyez que nous allons la retrouver?

-Il le fera, mais j'espère qu'elle sera en vie.

Ils échangèrent un simple regard inquiet avant de tourner la tête vers l'homme qui avançait vers eux.

-Oh bon sang, soupira Brackenreid, manquait plus que lui.

-Inspecteur Brackenreid.

-Commissaire Gilles, répondit le Chef du poste quatre d'une voix grave.


Le trajet jusqu'à l'hôpital s'était fait dans le silence le plus total. Pourtant, le cœur de William battait à tout rompre dans sa poitrine. Il devait parler à Lucie au plus vite. Elle avait été la dernière personne à avoir vu Julia. Elle s'était trouvée face à leur agresseur, il devait la voir, au plus vite. Mais lorsqu'il entra dans la chambre où se trouvait la jeune femme, il réalisa à quel point il lui avait été vain d'avoir tant d'espoirs. Perdue dans un océan de draps blancs, la jeune femme semblait si frêle et si fragile. Sa peau était si claire, ses lèvres si fines et un bandage encerclait sa tête. Elle lui accorda pourtant un tendre sourire.

-Monsieur Murdoch, bredouilla-t-elle doucement.

-Bonjour Miss Beaumont, voici l'Agent Crabtree, nous aimerions vous poser quelques questions sur le jour où vous avez été agressée.

-Je ne ...sais pas si je peux vous aider, grommela la jeune femme, mais je vais essayer.

Les deux hommes échangèrent un regard et William prit alors place sur la chaise à côté du lit.

-Nous avons besoin de savoir si la personne qui vous a agressé vous a laissé un quelconque indice sur l'endroit où il pourrait garder le Docteur prisonnière.

-Prisonnière? Julia...elle? Henry, Henry était avec elle et...

-Il va bien, répondit doucement William, elle l'a protégé et il est en sécurité. Mais le Docteur a été enlevé et nous n'arrivons pas à la retrouver. Il faut que vous nous aidiez.

-Très bien, soupira Lucie en fermant les yeux quelques instants, il y avait une femme , blonde et...beaucoup trop maquillée et sa voix...elle est entrée et elle a demandé à voir le Docteur. Je l'ai fait patienter dans la salle d'attente et je suis allée revenir la prévenir. Lorsque je suis revenue vers elle, elle s'est approchée de moi et...Elle...m'a sourit. Je...je savais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas qui...elle a sortit un couteau et...

Les mots s'étaient coincées dans la gorge de la jeune femme. Elle était incapable de prononcer un mot de plus, les larmes laissaient de longues traces humides sur ses joues, ses lèvres tremblaient.

-J'ai un chat il...il n'a pas dû manger depuis des jours et...

-Je vais passer chez vous, coupa doucement George pour la rassurer, je m'en occuperai pendant votre convalescence.

-Merci je...j'ai essayé de...mais elle était trop forte, plus qu'une femme normale. Elle n'a pas parlé Inspecteur, dit-elle avec regrets, je ne sais pas qui c'était mais elle voulait trouver le Docteur elle voulait qu'elle souffre. Je me suis débattue, je ne voulais pas qu'elle la trouve et Henry...ce n'est qu'un bébé...je devais...Je n'ai pas dit qu'il était là, j'ai essayé de l'arrêter, je me suis débattu mais elle était beaucoup plus forte que moi. Je suis désolée, tellement désolée.

-Vous avez été très courageuse Lucie, acquiesça William, vous n'auriez pas pu faire davantage.

La jeune femme acquiesça et ferma les yeux quelques instants alors que les deux hommes échangèrent un regard. Le cœur de William s'alourdit un peu plus dans sa poitrine. Il avait été bien naïf de croire qu'enfin les choses changeraient, qu'enfin il trouverait quelque chose lui permettant de sauver Julia. Mais une fois encore rien ne pouvait l'aider à la retrouver. Rien n'aurait pu assombrir sa journée plus que cela, plus que l'impuissance qu'il ressentait face à cette situation, rien si ce n'était l'entrevue qu'il devait avoir avec le Commissaire Gilles dès son retour au poste quelques minutes plus tard.

-J'ai des questions à vous poser Murdoch, lui avait-il dit en fermant la porte du bureau de William, vous vous chargez du meurtre du Docteur Garland n'est-ce pas?

-Oui Monsieur, répondit simplement le jeune homme.

-Et d'après ce que l'Inspecteur Brackenreid m'a dit, l'enquête n'avance pas.

-Nous n'avons rien Monsieur, pas de témoins, ni même...

-Pas de témoin? J'ai lu le rapport Inspecteur, coupa Gilles, une voisine de Garland affirme avoir vu le Docteur Ogden entrer chez lui avant l'heure présumée de la mort du pauvre homme. Mrs. Wellers, affirme avoir eu un appel du Docteur Ogden, elle a reconnu sa voix. Et où se trouve le Docteur Ogden?

-Le Docteur Ogden a disparu, lança William en tentant de ne pas faire éclater sa colère, depuis quatre jours. Elle a été agressée et enlevée et nous ignorons même si elle est encore en vie.

-Comme c'est pratique, n'est-ce pas?

-QUOI ?

-Éliminer son époux et faire croire à une disparition pour ne pas éveiller les soupçons. C'est brillant.

-Le Docteur Ogden n'est en rien responsable de la mort de son mari. C'était bien une agression, Miss Beaumont peut l'affirmer, elle a faillit perdre la vie elle aussi.

-Mais le Docteur n'est pas idiote, vous la connaissez bien, dit-il en souriant timidement, et ce n'est un secret pour personne qu'elle souhaite divorcer. Divorce qu'il ne semblait pas vouloir lui accorder. Je me demande même si l'enfant est le sien, vous devriez le savoir.

-Elle a disparu, grommela William en serrant les poings le long de son corps, elle est en danger Monsieur et je sais que jamais elle ne ferait de mal à qui que se soit. Jamais elle n'aurait abandonné son fils si...

-Vous êtes déchargé de cette affaire, dit-il d'un ton sec, ces deux affaires. Vous êtes bien trop proches du suspect.

-Suspect?

- Oui, suspect Inspecteur Murdoch, murmura simplement le Commissaire avant de quitter la pièce sans ajouter un regard et un mot de plus.

Le monde s'était effondré autour de lui. Comment pourrait-il en être pire? Comment les choses avaient-elles pu tourner si mal? Julia. Julia n'aurait jamais fait cela, il le savait, jamais elle n'aurait monté un plan pareil, jamais sans lui dire. Jamais elle n'aurait laissé Henry derrière elle, jamais elle n'aurait voulu la mort de Darcy. Gillies était derrière tout cela, lui et lui seul. William n'avait qu'à faire entendre l'enregistrement de la poupée à Gilles, là était la preuve qu'elle était innocente. William savait qu'il avait encore du travail. Il ne pouvait pas abandonner, l'abandonner, elle. Et il ne le ferait pas. Il la connaissait et il l'aimait. Il se battrait, jusqu'au bout, jusqu'à son dernier souffle, mais il la retrouverait et il prouverait qu'elle n'avait rien à voir dans cette histoire.


à suivre...