Disclaimer: Je ne possède ni les personnages présentés dans cette histoire ni la majorité des scènes qui s'y déroule. Je ne possède que mes personnages Baraz et Fíli, fils de Kíli ainsi que les aventures qu'ils vivent.


36. Le procès de Baraz


2 F.A.


6 janvier


Fíli et Baraz suivirent les gardes jusqu'à la Montagne Solitaire, les citoyens de Dale les regardant passer en chuchotant. Baraz pouvait voir sur leurs visages qu'ils étaient étonnés de la revoir, et certains avaient même l'air en colère. Mais elle releva le menton. Il n'y avait aucune raison de montrer combien elle se sentait honteuse.

Elle ne put s'empêcher, cependant, de remarquer combien Dale s'était relevée après la fin de la Guerre de l'Anneau. La ville avait été presqu'entièrement reconstruite, la maçonnerie des Nains visible sur presque chaque bâtiment et mur.

Les Nains et les Hommes vivaient de nouveau en harmonie, et se préparaient pour les célébrations qui lieraient leurs deux peuples par les liens sacrés du mariage.

« Azbad Baraz Gazardu, » fut-elle accueillie – si on pouvait appeler cela comme ça – à la Porte de la Montagne. Elle ne se souvenait pas du Nain en question, qui avait l'air plus jeune que Fíli, mais ledit Prince répondit sans le savoir à sa question quand il prit la parole avec le même ton froid.

« Grár, fils de Frír, bon retour à Erebor. Pourquoi Azbad Baraz a-t-elle été convoquée ? »

« Je ne peux vous le dire, Fíli, fils de Kíli, » répondit l'autre Nain. Baraz siffla entre ses dents, car il s'adressait à son ami d'une manière irrespectueuse à son rang. Le jeune Nain la fixa du regard, et s'il avait pu la tuer ainsi, elle serait morte. Il se tourna vers les gardes. « Amenez-la à la Salle du Conseil. Ils l'attendent. Vous, » il pointa Fíli du doigt, ce qui fit grogner Baraz une seconde fois, « n'êtes pas invité. »

Fíli s'avança vers son subordonné, les dents serrées comme un loup prêt à sauter à la gorge d'une proie particulièrement vicieuse. « L'avantage d'être un prince, Grár, est qu'il n'y a que le Roi qui puisse me donner des ordres. » Il dépassa le soldat, le dépassant de toutes ses années d'expérience en plus, et suivit Baraz alors qu'elle était poussée sans ménagement vers cette pièce qu'elle connaissait si bien.


Il apparut assez rapidement qu'elle avait été convoquée à son propre procès.

Thorin Stonehelm, sa couronne et cape en place, était assis à la place d'honneur, ses yeux sombres lourd de fatigue et du poids de ce qui lui incombait. Dwalin était assis à sa gauche, comme toujours, avec Frír et Glóin à côté de ce dernier. Les deux Nains fusillaient ouvertement Baraz du regard tandis qu'on la poussait devant la longue table.

Certains parurent mécontents que Fíli se joigne au Conseil, prenant place à la droite de Thorin.

Baraz observa les Nains en présence. Tous ceux qui étaient là étaient ses ennemis, de ceux qui avaient comploté contre elle pendant des années. Nul doute que son retour avait marqué pour eux le début de la fin. Elle ne connaissait pas certains d'entre eux, mais l'expression meurtrière sur leur visage ainsi que la façon dont ils agrippaient leur épée ou hache voulait tout dire.

Gimli n'était pas là. Cela la fit serrer la mâchoire, car elle savait pertinemment que son cousin l'aurait défendue bec et ongles s'il avait été là. Cela lui posa question. Qu'avait-il fait à son père ?

Étonnamment, ou peut-être pas, Thorin ne présida pas l'assemblée. Frír, qui était apparemment monté en grade ces dernières années, se leva, et pointa en direction de Baraz, qui avait été attachée avec des menottes. « Azbad Baraz Bofurdottir, vous êtes ici convoquée pour répondre de vos crimes de trahison envers la Couronne. »

Baraz écarquilla les yeux, mais elle ne répondit pas. Trahison ? Quelle était cette farce ?

Fíli pouffa d'un rire mauvais, et Dwalin lui fit signe de rester calme. Lui aussi, d'après ce qu'elle voyait, semblait avoir été forcé d'être là. « Quelles sont les charges contre elle ? » demanda quand même le blond.

« Les charges sont qu'elle a abandonné son Roi alors qu'il avait besoin d'elle ! Azbad Baraz a prêté serment et elle aurait dû s'y tenir ! Elle a quitté Erebor et s'est joint à l'Ennemi ! » A la fin de sa tirade, Frír s'était mis à crier, et Baraz bougea en un éclair, bien plus rapidement qu'aucun Nain n'aurait pu le faire.

Ses cheveux, tressés avec ses propres perles, avait retrouvé la couleur enflammée qui dégoutait tant de ces hommes. « Je n'ai prêté aucun serment, Frír, fils de Drír. J'ai quitté Erebor sur les ordres de mon Roi, avec la promesse de revenir ! »

« Et maintenant vous êtes revenue, seulement maintenant, devrais-je dire ! Sans aucun doute pour mettre à mal le plan de joindre Erebor et Dale, pour tuer notre Roi et vous proclamer Reine ! »

Baraz pouffa de rire elle aussi, et ne put s'empêcher de répondre en utilisant l'une des pires insultes qu'un Nain pouvait utiliser sur l'un de ses pairs. « Kahum menu rkhas shirumundu, Frír ! » Votre clan n'est qu'une bande d'Orcs sans barbe !

Il y eut un mouvement de révolte durant lequel tous se levèrent, ennemi ou allié, et commença à crier soit en sa direction soit en celle de Thorin, qui s'était levé lui aussi, l'air exténué. Il semblait bien plus âgé désormais, comme si ces idioties l'avait fait vieillir prématurément.

« Assez ! » vint enfin le mot qui tut tous les autres. Tous tournèrent le regard vers Dwalin, le grand Dwalin qui faisait une tête de plus que tous présents, même Baraz. « Laissez le Roi parler ! »

Frír tenta de reprendre la parole, mais Dwalin mit la main sur le pommeau de la dague qu'il portait à la ceinture, ce qui fit peur au général qui se rassit, vaincu pour le moment.

Thorin resta debout, sa cape paraissant si lourde qu'il l'enleva. Il regarda Baraz comme il ne l'avait jamais fait. Avec de la pitié dans le regard. « Azbad Baraz Gazardu. Je vous ai offert une place dans mon Conseil. Avez-vous oui ou non prêté serment avant votre départ pour la cité des Hommes ? »

Baraz hocha la tête. « Je n'ai prêté aucun serment, Thanu men. » Mon roi.

Thorin acquiesça. « Alors je ne vois pas pourquoi nous vous retenons ici. Vous pouvez partir. » Il se rassit, Frír et un autre Nain dont elle ignorait le nom l'assaillant immédiatement pendant que Fíli la rejoignait en deux enjambées. Il lui détacha les mains.

« Tu dois partir. Te réfugier dans un endroit secret, » murmura-t-il. Baraz acquiesça. Il semblait que tout Erebor était contre elle, désormais. Avaient-ils peur qu'elle ait plus d'influence sur Thorin qu'eux-mêmes ? « Va rejoindre Bard. »

A cela elle se figea, et pâlit. « Je-je ne peux pas, Fíl. Il ne me laissera pas entrer. »

Il soupira. « File, je t'en prie. Tu n'es plus en sécurité ici. » Il l'embrassa sur le front et se retourna vers les généraux qui hurlaient en direction du monarque qu'elle devait être exécutée sur-le-champ. Baraz leur tourna le dos, et partit.

Elle n'irait pas rejoindre Bard.

Elle irait rejoindre son père. Et Gimli.


Baraz connaissait les halls de ses ancêtres mieux que la plupart de ses concitoyens, et parvint à éviter de croiser quiconque avant d'atteindre l'atelier de son père. Elle entra, mais le foyer n'avait pas été allumé depuis si longtemps que le froid avait envahi les lieux et dévorait déjà les jouets si délicatement fabriqués par Bofur.

Elle courut en direction des cuisines ensuite, mais son oncle n'y était pas.

En dernier recours, Baraz alla jusqu'aux quartiers de Nóri. Son oncle n'y était pas non plus, mais son épouse, Ída, si. Elle ouvrit la porte et ses yeux s'écarquillèrent quand elle vit qui lui rendit visite. Elle tira la jeune femme à l'intérieur et ferma la porte avant qu'on ne les voie.

« Baraz, au nom de Mahal, que fais-tu ici ? »

« Ída, sais-tu où est mon père ? » Baraz demanda d'une voix inquiète. La Dwarrowdam soupira et s'éloigna de la porte, laissant sa presque nièce entrer dans le petit appartement.

« Bofur, Bombur et Nóri ont été emmenés il y a quelques semaines. Gimli aussi, m'a-t-on dit. Nous pensons qu'ils sont dans les donjons, mais nous n'en sommes pas sûrs. »

« Nous ? »

Ída acquiesça. « Le Roi et moi. Thorin est entouré de généraux avides de pouvoir. Encore plus depuis que Kíli et Dáin sont morts. Il n'a aucune prise sur eux. C'est un miracle qu'ils ne l'aient pas encore tué. »

Baraz serra la mâchoire. « Donc son ordre de me relâcher ne tiendra sans doute pas longtemps. Je dois les retrouver ! Avez-vous essayé de descendre jusqu'aux donjons ? »

Ída acquiesça de nouveau. « J'ai une amie qui y travaille. Ils ne sont pas dans les cellules de prisonniers. Mais elle ignore qui aurait bien pu être emmené jusqu'à la Prison du Dragon. »

Baraz frissonna. Après la mort de Smaug, les parties les plus profondes d'Erebor, où avaient péri tant de gens pendant l'occupation du dragon, avait été transformées en prison, où l'eau et la nourriture n'arrivaient qu'une fois par semaine, avec de la chance. « S'ils sont là-bas… » elle ne termina pas sa phrase, mais Ída eut l'air d'être d'accord avec ce qu'elle taisait. Ils pourraient très bien être tous morts.

« Tu dois partir, Baraz. S'ils te trouvent ici…nous sommes toutes les deux fichues. Va à Dale, tu y as encore des amis. La Princesse, Sigrid, a rouvert ton officine. Vas-y et cache-toi là-bas ! » Ída la conduisit à la porte et, après avoir vérifié si la voie était libre, la poussa dehors.


Baraz sortit de la Montagne via une porte dérobée – un peu comme sa mère qui s'était enfuie par l'un des balcons – et elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce qui s'était passé pendant son absence.

Thorin était indéniablement moins menaçant et puissant que son père, l'impressionnant Dáin, qui avait étonnamment accepté que Baraz ne vive sous son toit rocheux. Mais que le jeune roi ait été ainsi manipulé par ses généraux et ait été transformé en pion par un groupe de meurtriers cupides, elle ne pouvait le comprendre.

Et maintenant, son père et ses oncles, son cousin aussi probablement, avaient tous été envoyés dans la pire prison de la Montagne.

Baraz réajusta sa capuche sur sa tête et jura en elfique. La Guerre était finie, mais combien de batailles devrait-elle encore mener avant que la paix n'arrive enfin ?

Elle tourna l'angle d'une rue, puis d'une autre. Dale était silencieuse. Tout en sortant sa dague nanique de son fourreau, Baraz se prépara à tourner dans la rue où se trouvait son abri présumé.

Et elle fut promptement assommée par un coup de manche de hache…