« Certaines blessures ne sont ni réversibles, ni réparables. »

Trente-quatrième chapitre.

Après ton départ, tout s'est enchaîné très vite. Je n'ai presque pas eu le temps de penser au fait que tu n'étais plus là, je n'ai pas ressenti un manque aussi fort que je l'imaginais. Les examens ne se sont pas souciés du fait que tu n'étais plus là et se sont enchaînés. Je consacrais mes journées aux révisions de dernière minute et le soir, je m'autorisais à penser à toi. Ce sont les moments où tu me manquais le plus, où ton absence se faisait le plus ressentir. Ne pas vous voir dans la salle commune en train de vendre vos produits. Ne pas entendre ton rire. Ne pas te croiser dans les couloirs. Ne pas pouvoir te rejoindre dans la salle sur demande. Oui, je redoutais les soirs, car je me sentais vulnérable, loin de toi. Cette impression qu'il manquait quelque chose, que je n'étais pas entière. La boule en verre que tu m'as offerte avant de partir m'apportait un certain réconfort, mais elle n'était pas toi. Puis, le dernier examen est arrivé, et alors que nous pensions enfin être tranquilles, rien ne s'est passé comme nous l'espérions.

Harry a eu une vision. L'une de celles qu'il avait déjà eues lors de l'attaque de ton père au ministère de la magie. Cette fois-ci, il y a vu Sirius, toujours dans ce même ministère, entre les mains de Voldemort en personne. À partir de cet instant, Harry n'a eu plus qu'une seule idée en tête, se rendre au ministère pour sauver son parrain. Pour cela, nous avons dû passer par Ombrage qui aura, malheureusement pour elle, fini entre les mains des Centaures de la forêt interdite. Luna Lovegood a ensuite eu la merveilleuse idée de partir au ministère sur le dos des Sombrals de l'école, et c'est là que tout a commencé. Les Mangemorts, la prophétie, ces pièces inconnues du ministère, et ce voile. Ce voile blanc d'où Harry et Luna entendaient des voix. Ce voile qui a pris le seul et dernier parent de Harry. Je n'ai jamais perdu personne. Je n'ai jamais connu de perte, ce vide immense en soi. Et je me souviens qu'égoïstement, j'ai souhaité ne jamais connaître ce sentiment. Je n'avais encore jamais rien entendu d'aussi poignant. Ce cri déchirant m'a donné l'impression d'entendre toute la misère du monde réunie. C'est comme si je pouvais entendre tous les os de Harry se briser un à un, tous ses espoirs s'envoler, et son cœur s'arrêter de battre un instant.

J'étais là, à regarder la scène de mes yeux écarquillés, les bras tendus le long du corps, ma baguette pointée inutilement au sol. J'étais là, et je savais que je ne pouvais rien faire, qu'aucun de nous ne pouvait faire quoi que ce soit. Il a suffi qu'elle pointe sa baguette sur Sirius, puis tout s'est déroulé comme au ralenti. Sirius était de dos à nous, mais de là où j'étais, je voyais parfaitement le visage d'Harry se décomposer. Il n'a pas semblé comprendre au début, et quand j'ai vu ses yeux s'écarquiller d'effroi, je n'ai pu qu'imaginer le quart de la peine qu'il devait ressentir. De nous trois, Harry m'a toujours semblé être le plus fort, le plus courageux. Ron a peur de tout et panique pour rien. Moi, je ne suis rassurée qu'à partir du moment où j'ai un plan, une explication logique. Quelque chose de concret. Harry n'a pas besoin de ça. Mais ce jour-là, il m'a semblé être le plus vulnérable d'entre nous.

C'est à cet instant qu'il s'est mis à crier, d'un cri qui m'a déchiré le cœur, alors qu'il était retenu par les bras puissants de Lupin. J'ai soudain pensé à toi, et égoïstement, j'ai été soulagée de ne pas te savoir ici. Rassurée de te savoir en sécurité. Voldemort et Dumbledore sont ensuite arrivés, puis le plus grand mage noir de tous les temps a brillé par sa lâcheté en quittant les lieux au moment où le ministre de la magie arrivait. Quand ce fut à notre tour de quitter le ministère, j'ai su qu'une part d'Harry y était restée, envolée avec Sirius Black.

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Seth Cubbins était ravi. Il venait de sortir de son dernier examen de l'année avec l'impression nouvelle d'avoir rendu un travail d'assez bonne qualité. Il attendait avec beaucoup d'appréhension les résultats de ces examens. Il n'attendait pas ses notes pour soigner son ego, mais pour prouver à sa grand-mère qu'elle avait eu tort. En début d'année, celle-ci lui avait prédit, et ce devant toute sa famille, qu'il n'aurait pas ses examens de fin d'année. Habitué aux prédictions de sa grand-mère, Seth ne s'en était pas soucié plus que ça. Un détail, cependant, l'avait interpellé. Ses parents ne semblaient pas surpris par cette prédiction. Sa mère avait marmonné un simple "ma foi, nous verrons bien", sans grande conviction, avant de partir à ses occupations. Seth savait qu'il n'était pas spécialement bon à l'école et qu'il ne ramenait pas les meilleures notes à la maison. Mais apprendre de la sorte que personne, au sein de sa famille, ne croyait en lui, avait froissé son ego. Ce jour-là, Seth Cubbins s'était promis de ramener le plus de BUSE possible, histoire de pouvoir, pour une fois, clouer le bec à sa grand-mère.

- Dites, vous n'auriez pas vu Hermione Granger ?
- Non, va voir à la bibliothèque, elle y sera sûrement.

Seth s'est donc rendu à la bibliothèque sous les conseils de Marlène, une élève de la maison Poufsouffle. Il savait que sans Hermione, il ne serait pas sorti de ce dernier examen avec autant d'optimisme, alors il voulait la remercier. Seth en était presque sûr, il allait pouvoir prouver à sa grand-mère que sa prédiction était fausse. Les cours d'Hermione lui auront été plus bénéfiques qu'il n'aurait jamais osé l'espérer. Il avait appris plus qu'en une année, s'endormait tard le soir pour relire plusieurs fois le même cours afin de le mémoriser. Il avait compris qu'Hermione ne voyait pas en lui qu'un incapable, et qu'elle le pensait apte à réussir. Et elle était l'une des seules, avec le professeur Flitwick, qui n'en démordait pas. Il arriva à la bibliothèque, et après en avoir fait le tour, s'étonna de ne pas y voir Hermione.

- Bonjour, Madame Pince. Je ne voudrais pas vous déranger, mais... Vous n'auriez pas vu Hermione Granger, aujourd'hui ?
- Elle n'est pas venue à la bibliothèque aujourd'hui, Monsieur Cubbins.
- D'accord... Merci pour votre aide.

Seth sortit de la bibliothèque en se disant que ce n'était pas très grave, qu'il aurait tout le temps de la remercier lors du repas de ce soir. Il alla ensuite rejoindre Jimmy à l'extérieur, en compagnie d'autres Poufsouffle, pour souffler et décompresser en cette fin d'examen. Quand l'heure du repas arriva, Seth n'en démordait toujours pas et cherchait Hermione Granger à la table des Gryffondor.

- Dis, est-ce que tu vois Hermione quelque part ?

Jimmy, qui était en train de jeter des boulettes de pain à Mike, releva la tête en direction de la table des rouge et or. Il se mit également à sa recherche, mais fut interrompu en recevant une boulette de mie au coin de l'œil par ce même Mike.

- Eh ! Seth !

Cette fois-ci, Mike s'était armé de toute une poignée de boulettes qu'il lança droit sur Seth qui éclata de rire en voyant finalement Jimmy se prendre le tout en pleine tête.

- J'ai nommé Mike dans la catégorie du mec qui ne sait absolument pas viser, s'exclama Seth en riant.
- Et moi j'ai nommé Mike dans la catégorie du mec qui va s'en prendre plein la gueule, ajouta Jimmy.

Seth les laissa à leur bataille de boulettes, sous les protestations des filles qui se trouvaient assissent non loin d'eux. Il reporta son attention sur la table des Gryffondor, et entreprit de chercher Ron ou Harry, puisqu'il ne trouvait pas Hermione. Il fronça les sourcils en ne voyant aucun des trois et attrapa le bras de Jimmy pour attirer son attention.

- Est-ce que tu vois Harry et Ron ?
- Mais qu'est-ce que tu as avec les Gryffondor ?
- Je cherche Hermione depuis le début d'après-midi, mais je ne la trouve nulle part. Et là, je ne vois ni Harry ni Ron.
- Je ne vois pas pourquoi ça t'inquiète, ils disparaissent tout le temps.

Seth hocha la tête, relativement d'accord avec Jimmy. Mais en fin d'examen, il trouvait ça suspect, notamment pour d'Hermione. Il termina son repas en esquivant les boulettes de pain qui voletaient de-ci de-là, et avant de rejoindre leur salle commune, il interpella Dean Thomas.

- Tu n'aurais pas vu Hermione, Harry ou Ron ?
- Euh... Non, je ne crois pas. Ils sont peut-être dans la salle commune. J'allais y aller, viens voir avec moi, si tu veux.

Seth accepta et ils se sont tous deux dirigés vers la salle commune des Gryffondor. Dean le fit patienter devant la porte alors qu'il allait voir s'ils étaient à la salle commune, puis fut de retour quelques minutes plus tard.

- Je ne les ai vus nulle part. Pas même dans leur dortoir.

Seth, qui commençait à trouver la situation étrange, fronça les sourcils alors que Seamus s'approchait d'eux.

- Tiens, un Poufsouffle. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je cherche Harry, Ron et Hermione. Tu ne les aurais pas vus ?
- Non, mais moi je cherche Neville. Il mange toujours avec nous, et ce soir il n'était pas là.
- Ok, ça devient bizarre, commenta Dean.
- Vous pensez qu'on devrait prévenir quelqu'un ? demanda Seth, inquiet.

Ils se sont regardés tous les trois, ne sachant pas vraiment quoi faire, puis Dean décida d'aller vérifier une seconde fois qu'ils n'étaient pas dans la salle commune ou dans les dortoirs, tout en demandant aux autres élèves s'ils ne les avaient pas vus. Ils firent ensuite de même dans les couloirs, et au bout d'une heure, après être allés voir chez Hagrid et étant pratiquement sûrs qu'ils n'étaient plus dans le château, ils décidèrent d'aller voir un professeur.

- Il y avait encore Flitwick et Chourave dans la grande salle tout à l'heure, ils y sont peut-être encore.
- Ok, allons voir.

Ils se dirigèrent tous les trois vers la Grande Salle, mais s'arrêtèrent en les voyant marcher dans les couloirs, visiblement en très grande conversation.

- Professeurs ! appela Dean.

Flitwick et Chourave se retournèrent d'un même mouvement, étonnés de les voir les interpeller à cette heure de la journée.

- Qu'est-ce que vous faites dans les couloirs à cette heure-ci ? Le couvre-feu démarre dans dix minutes !
- On sait, mais on voulait voir un professeur, commença Dean.
- Pour quelle raison ?
- Nous pensons qu'il manque plusieurs élèves.
- Comment ça, qu'ils manquent des élèves ? s'étonna Flitwick. De quels élèves parlez-vous ?
- Neville, Harry, Hermione et Ron. Nous ne les avons pas vus depuis la fin du dernier examen.

Le professeur Flitwick et Chourave se regardèrent, étonnés, avant de tourner des visages suspicieux vers les trois élèves.

- Ce n'est pas là une blague de mauvais goût, rassurez-moi, commença Chourave.
- Je vous assure que non, répondit Seth.
- Très bien. Il faut réunir les directeurs de maison. Professeur Flitwick, allez chercher Minerva, je me charge de Severus. Vous, retournez dans vos dortoirs, nous allons passer pour faire l'appel.

Les trois élèves ne se le firent pas demander deux fois et retournèrent dans leurs dortoirs. Dix minutes plus tard, tous les Poufsouffle étaient réunis dans la salle commune pour que le professeur Chourave puisse faire l'appel. Tout le monde répondit présent. Seth regretta de ne pas être à Gryffondor et de ne pas savoir ce qu'il s'y passait au même moment. Le lendemain, il fut l'un des premiers levés et se dépêcha de rejoindre la grande salle pour y attendre Dean ou Seamus. Il leur sauta dessus dès qu'ils eurent franchi la porte sous leurs regards étonnés.

- Ah, c'est toi ! Tu m'as fait peur !
- Alors ? Qu'est-ce qu'il s'est passé hier ?
- McGo était folle furieuse. Il ne manquait pas que Ron, Harry, Hermione et Neville, mais aussi Ginny et Luna de Serdaigle.
- Sérieux ? Ils sont revenus ?
- Je ne crois pas. Mais attends, ce n'est pas tout. McGo est allée chercher Ombrage vu qu'elle est la nouvelle directrice. Impossible de la trouver, elle aussi.
- Non ? Ombrage a disparu aussi ?!
- Ouais, carrément flippant, hein ! Après, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, car on a été renvoyé dans nos dortoirs.

Seth n'en croyait pas ses oreilles. Deux élèves avaient quitté l'école, six autres étaient portés disparus, et Ombrage était introuvable. Ce qu'il ne savait pas encore, c'est que les six élèves disparus étaient revenus aux aurores et se trouvaient à l'infirmerie après leur mésaventure au ministère de la magie. Ombrage, pour sa part, n'était pas prête de revenir.

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J'entends des ronflements. Légers, ils sonnent presque comme une plainte dans l'obscurité. Je n'en suis pas sûre, mais je pense qu'ils proviennent de Neville. Harry se trouve sur le lit à ma droite, Ron, lui, se trouve à ma gauche. Médicalement, nous allons bien. Dumbledore a cependant insisté pour que nous restions à l'infirmerie pour dormir. Le jour va bientôt se lever, mais nous sommes plongés dans l'obscurité. Harry était dans un tel étant en arrivant que Madame Pomfresh n'a pas hésité un instant avant de lui faire boire une potion de sommeil. Je n'ose pas imaginer comment sera son réveil. Quand il va se remémorer ce qu'il s'est passé au ministère. Quand il va se souvenir pour Sirius. Tel une deuxième mort. Je sors de mes pensées et tourne la tête en entendant le rideau à ma gauche s'ouvrir. Je vois alors Ron, baguette en main pour avoir un peu de lumière et je lui adresse un mince sourire.

- Tu ne dors pas non plus, commente-t-il.
- Je n'arrive pas à arrêter de penser.

Il hoche la tête, se trouvant probablement dans la même situation que moi, pour s'approcher de mon lit et venir s'asseoir en son bord. Son visage est fermé, sérieux, plus sérieux que je ne l'ai jamais vu. Comment sera le visage d'Harry, demain ?

- Je... Je ne sais pas comment me comporter avec Harry, à son réveil.

Je sens comme un pincement au cœur et je tends la main vers Ron. Il s'en empare alors que je réfléchis à ce qu'il vient de me dire.

- Ne te comporte pas différemment, dis-je enfin en murmurant. Tu le connais, au début il ne va pas nous parler. Nous devons attendre qu'il accepte la... la mort de Sirius, et être là s'il a besoin de nous.
- Je ne sais pas comment je réagirais, si je venais à perdre quelqu'un de ma famille de cette manière, me répond Ron en regardant nos mains.
- J'espère ne jamais avoir à le découvrir.
- Et moi dont, ajoute Ron en souriant doucement. Je vais te laisser dormir, je ne voulais pas te déranger.
- Tu ne me déranges jamais, Ron.

Il sourit de nouveau et lâche ma main en se relevant. Je le regarde rejoindre son côté et l'interromps alors qu'il s'apprête à fermer le rideau.

- Tu... Est-ce que ça te dérange de le laisser ouvert ?

Il ne dit rien, mais rejoins son lit en laissant le rideau ouvert. Je me sentais oppressée, entourée de ces deux rideaux fermés. La lumière de sa baguette s'éteint, et je l'entends se retourner dans son lit pour trouver une position agréable, puis quand le silence revient, je ferme les yeux. Je pense alors que tu n'es pas au courant de ce qu'il s'est passé. S'il y a bien un jour où je ressens le besoin immense de dormir contre toi, c'est aujourd'hui. Tu me sembles tellement loin, tellement inaccessible maintenant que tu n'es plus à Poudlard. Comment réagiras-tu en apprenant ce qu'il s'est passé au ministère ? Comment les évènements se seraient déroulés si tu étais resté ici ? Oui, depuis que tu es parti, aujourd'hui est le jour où tu manques le plus.

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De bon matin, Molly était en train de préparer le petit-déjeuner dans la cuisine familiale. Les proportions étaient moins importantes étant donné que la plupart de ses enfants ne sont pas à la maison. Ce jour-là, seuls Fred et George étaient présents. Molly a cru devenir folle en les voyant rentrer à la maison, tout feu tout flamme, alors qu'ils étaient censés se trouver à Poudlard. Quand ils lui ont fait part de leur projet, elle s'était dit que ses deux fils n'avaient plus aucun avenir. Toutefois, Arthur a su la faire douter de ses convictions. Il a su lui faire comprendre que Fred et George n'ont jamais été faits pour les études, et qu'au lieu de détruire leur avenir, ils avaient peut-être trouvés leur voie. Alors doucement, très doucement, Molly commençait à accepter le départ précipité de ses fils. Molly Weasley se trouvait donc dans la cuisine, poêle en main pour faire cuire des œufs, quand elle entendit trois coups frappés à la porte d'entrée. Étonnée par cette visite matinale, elle s'est essuyé les mains sur une serviette avant d'aller voir par la fenêtre de qui il pouvait bien s'agir. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant Dumbledore de l'autre côté de la porte ! L'ancien directeur de Poudlard était censé se trouver caché Merlin sait où après avoir quitté l'école. Elle s'empressa d'aller lui ouvrir, persuadée qu'il venait pour lui parler du départ de Fred et George.

- Dumbledore ! Entrez, entrez. Mais que faites vous ici, à la vue de tous ?
- Ne vous inquiétez pas pour ça, Molly. C'est toujours un plaisir de vous revoir, commença le concerné en entrant dans la petite cuisine au plafond bas.
- Vous désirez boire quelque chose ? Laissez-moi deviner, vous venez pour George et Fred ?
- Oh, non, répondit Dumbledore en souriant. Ils ont laissé un Peeves bien seul et triste derrière eux, mais je ne suis pas là pour ça.

Molly Weasley fronça les sourcils, se demandant alors pour quelle raison étrange Albus Dumbledore se trouvait dans sa cuisine à une heure si matinale.

- Oh... Alors dans ce cas, je vous écoute.
- Arthur est-il encore ici ? J'aimerais vous parler à tous les deux.
- Bien sûr, il est dans le garage. Je vous laisse un court instant, je vais le chercher.

Molly quitta la cuisine de ses petits pas, et une fois hors de la vue de Dumbledore, se précipita en direction du garage pour aller chercher son époux. Pendant ce temps-là, à l'étage du dessus, Fred et George, qui n'avaient pas dormi de la nuit afin de travailler sur un projet, avaient entendu tout ce qu'il s'était déroulé en bas. Faussement vexés de ne pas être la raison pour laquelle Dumbledore s'est déplacé en personne, et surtout surpris de le savoir ici, ils décidèrent d'aller voir de plus près ce qu'il pouvait bien se passer.

- Ne serait-ce pas là nos deux déserteurs ? commenta le directeur de Poudlard en voyant les jumeaux arriver.
- Nous vous manquions déjà ?
- On le savait, Poudlard ne peut pas se passer de nous !
- Qu'est-ce que vous faites là, tous les deux ?! s'exclama Molly qui venait de revenir avec Arthur. Filez dans votre chambre, ce ne sont pas vos affaires !

Les jumeaux s'apprêtaient à protester en criant à l'injustice et au scandale, mais ils n'en eurent pas occasion, puisque Dumbledore prit la parole en premier.

- Ils peuvent rester, Molly.
- Ah, tu vois ! s'exclama George alors que Fred s'amusait bêtement à tirer la langue à sa mère.
- Ce que j'ai à vous dire concerne l'ordre, et vos enfants, Ron et Ginny, sont concernés également.
- Oh par Merlin ! s'horrifia Molly. Que s'est-il passé ?
- Une attaque a eu lieu au ministère cette nuit, commença Dumbledore. Vos enfants, Harry, Hermione et deux autres élèves de l'école s'y trouvaient et...
- Pardon ?! l'interrompit Molly d'une voix forte. Pouvez-vous m'expliquer ce que mes enfants faisaient au ministère cette nuit ?

Arthur restait silencieux, attendant la suite, la main posée sur l'épaule de sa femme pour tenter de la calmer. De leur côté, Fred et George avaient perdu toute lueur d'amusement dans le regard, tout particulièrement Fred qui fronçait les sourcils d'inquiétude.

- Ils sembleraient qu'ils y aient été guidés par Voldemort, alors qu'ils pensaient Sirius Black en danger.
- Harry a voulu aller aider son parrain, anticipa Arthur.
- Et les autres ont suivi, effectivement, répondit Dumbledore.
- Mais que s'est-il passé ? Par qui se sont-ils fait attaquer ? Ils vont tous bien ? s'inquiéta Molly.
- Vos enfants vont bien, Molly. Ils sont actuellement en train de se reposer à l'infirmerie. Ils se sont retrouvés face aux Mangemorts, mais d'autres membres de l'ordre sont arrivés à temps.

Molly poussa un soupir de soulagement en apprenant que ses enfants étaient sains et saufs, mais Arthur, lui, comprit rapidement que Dumbledore n'en avait pas terminé.

- Qui a-t-il d'autre ?
- Sirius Black n'était pas piégé, contrairement à ce que Harry pensait. Mais il est venu prêter main-forte avec l'ordre, et... il n'a pas survécu.

Molly Weasley porta la main à son cœur en retenant une exclamation tandis qu'Arthur restait silencieux, ne voulant pas croire à ce qu'il venait d'entendre. Dumbledore leur raconta alors avec un peu plus de précision les détails de cette nuit au ministère, et après avoir répété une dizaine de fois à Molly que ses enfants allaient bien, il annonça qu'il était temps pour lui de retourner à Poudlard.

- L'Ordre va rapidement se retrouver pour une réunion, informa-t-il avant de franchir le seuil de la porte d'entrée.

Molly et Arthur acquiescèrent et alors que la première allait refermer la porte derrière le directeur, elle fut interrompue par Fred qui sortit à la suite de Dumbledore. Étonnée, elle se retourna vers George qui était resté dans la cuisine, encore abasourdi par ce qu'il venait d'entendre.

- Où est-ce qu'il va ?
- Il avait quelque chose à lui demander, il revient.

Molly n'insista pas plus, et de son côté, à l'aide de ses grandes enjambées, Fred rattrapa rapidement le directeur de Poudlard qui se retourna pour lui faire face.

- Que puis-je pour toi ? demanda-t-il d'une voix sereine.
- Est-ce que je peux transplaner avec vous jusqu'à Poudlard ?
- Fred Weasley, je te rappelle que ton frère et toi venez de quitter Poudlard. Ta place n'est plus là-bas.
- Je sais, mais...
- Elle va bien.
- Oui, mais...
- Elle va bien.

Fred allait insister en lui disant qu'il avait besoin de s'y rendre, de la voir de ses propres yeux, mais Dumbledore ne lui en laissa pas le temps, car en un quart de seconde, il avait disparu. Il a osé transplaner en le laissant là, planté comme un idiot. Fred retint une injure et après avoir mis un coup de pied sur un caillou qui traînait dans le coin, retourna au Terrier en maudissant son ancien directeur. Il n'en fallait pas plus pour commencer à le faire regretter d'être parti de Poudlard.