Chapitre trente sept

Cela faisait dix jours, que Kate avait fait sa chute dans les escaliers, Martha était sortie rejoindre Chet, Alexis était en cours et Rick était allé rendre visite aux gars et au capitaine au poste. Beckett se retrouvait donc seule au loft, non pas que tout le monde l'ait abandonnée, Martha et Rick seraient volontiers restés avec elle! Mais elle avait lourdement insisté pour qu'ils sortent et vaquent à leurs activités. Elle n'en pouvait plus de les avoir constamment autour d'elle, prévenant le moindre de ses désirs.
Elle passa donc une bonne partie de sa journée à ruminer sa situation, elle était une femme d'action, elle avait besoin que ça bouge, aussi se retrouver coincée à la maison n'était pas ce qu'elle préférait.

Elle profita quand même de ce moment sans baby-sitter, pour faire un peu d'exercice dans sa chambre. Elle l'avait décorée à sa guise et y avait installé son univers: ses livres favoris, sa guitare et une barre de tractions.
Elle avait commencé ses exercices depuis une demi-heure, quand le téléphone sonna. Elle soupira et alla décrocher à contrecœur.

- Allô.

- Richard Castle, je vous prie.

Allons bon! Qu'est ce c'était que cette énergumène impolie qui ne prenait même pas la peine de se présenter?

- Bonjour, à qui ai-je l'honneur?

- Oh pitié Lucia, cessez ce petit jeu et passez-moi Richard.

De mieux en mieux, elle la prenait pour la femme de ménage!

- Je suis désolée, mais Richard n'est pas là, je peux prendre un message, peut-être?

- Non, merci, je vais le joindre sur son portable, fit la voix en raccrochant.

- Qu'est ce que c'était que cette greluche? Bougonna Kate en regardant le téléphone.

Elle reposa l'appareil sur son socle en haussant les épaules, pas la peine de se prendre la tête avec ça. Elle retourna donc à ses tractions. Rick rentra peu après et Alexis après lui, aussi oublia-t-elle rapidement cet appel téléphonique.

Cinq heures cinquante-sept.
Adossée contre la tête de lit, Beckett menait un duel de regards avec le lion qui trônait dans le cadre face au lit. Il était vraiment flippant, c'était comme s'il voulait la dévorer toute crue, mais elle ne baisserait pas les yeux et s'évertuait à lui adresser son regard de tueuse.

Cinq heures cinquante-huit.
Elle se décala légèrement sur la droite. Le regard du félin semblait la suivre. Comment Rick pouvait-il ronfler comme un bienheureux avec un tableau pareil dans sa chambre?! Elle grimaça légèrement et se concentra de nouveau sur son regard en fronçant davantage les sourcils, si c'était possible.

Cinq heures cinquante-neuf.
Légère feinte à gauche, non, il ne la lâchait pas du regard. Elle se promit de trouver à qui elle devait une reproduction aussi criante de vérité et de lui demander expressément d'ajouter la mention " ne convient pas à la décoration d'une chambre à coucher" sur l'étiquette de description du produit.

Enfin, la petite aiguille du réveil atteignit le six.
Elle sauta en bas du lit, constatant au passage que sa cheville était bien rétablie et quitta la chambre, non sans avoir, avant cela, tiré la langue au lion provocateur. Après une douche rapide, et un petit déjeuner pris sur le pouce, elle était enfin prête à quitter le loft. Après deux semaines de repos forcé, son côté hyperactif avait pris le dessus. Elle avait désespérément besoin d'action.

Rick s'en était d'ailleurs bien rendu compte et la veille, et, las de la voir tourner en rond, il l'avait entraînée dans un footing de plusieurs kilomètres. Il en était revenu épuisé et cela lui avait valu une excellente nuit de sommeil, à tel point qu'il n'avait pas été réveillé par les nombreux mouvements de Beckett dans le lit.

Son premier jour au poste depuis son accident d'escalier, enfin! Elle avait pratiquement bondi hors de l'ascenseur tellement elle était impatiente. Malheureusement, aucun meurtre n'avait été signalé et l'étage de la criminelle était encore désert.
Incapable de rester tranquillement à son bureau pour étudier les derniers dossiers résolus par son équipe, elle se rendit à la salle de sport, changea de tenue et commença à s'entraîner sur le sac de sable. À leur arrivée, Ryan et Esposito firent les frais de son trop plein d'énergie.

- Salut! Fit Castle en arrivant quelques heures plus tard avec ses gobelets de chez Starbuck.

- Dis donc Castle! Qu'est ce que vous lui avez donné à manger à Beckett? Bougonna Ryan en se massant l'épaule.

- Ouh! Elle vous en a fait baver, hein? Grimaça l'écrivain.

- Baver?! Elle vient de rétamer la moitié de la criminelle avant d'accepter de lever le pied.

- Elle a eu un peu de mal à rester tranquille pendant deux semaines, reconnut Castle.

- Salut Castle! Pas trop mal aux mollets? Demanda Beckett en arrivant.

- Lui aussi vous l'avez démoli? Demanda Ryan. Mais qu'est ce qu'il y avait dans vos antidouleurs?

- Ça va, Ryan, notre combat n'a pas duré une minute!

- Parce que j'ai jeté l'éponge avant que vous ne me déboîtiez l'épaule!

- Mais quelle chochotte! Siffla Esposito.

- Qu'est ce qu'il y a Esposito? Tu veux qu'on remette ça? Sourit Beckett.

- Sans façon!

La journée de reprise de Beckett fut longue et ennuyeuse, pas de meurtre, uniquement de la paperasse. Rick l'avait d'ailleurs rapidement abandonnée, tant qu'à ne rien faire, autant essayer d'avancer dans l'écriture de son roman, avant que Gina ne débarque chez lui en furie pour l'obliger à écrire sous la menace.

Beckett repassa par la salle de sport, en fin de journée. Même si elle n'avait plus aucun partenaire d'entrainement, elle pourrait au moins utiliser le sac de sport pour se défouler.

Elle se démenait depuis une bonne heure, lorsqu'un policier qu'elle ne connaissait pas vint s'entraîner. Elle ne prêta pas attention à lui, mais lui la remarqua. Après avoir vainement tenté d'attirer son regard en faisant une démonstration de ses aptitudes physiques, il changea de stratégie et vint lui parler.

- Ce serait mieux si votre sac de sable était stable, provoqua-t-il en passant près d'elle.

- Vous voulez le tenir? Proposa-t-elle.

- Pourquoi pas?

- D'accord.

- Ok.

Elle frappa plusieurs fois et avec une telle force, qu'il eut du mal à maintenir le sac en place.

- Joli coup! Admira-t-il.

Elle sourit et se remit en position pour recommencer, quand son téléphone sonna.

- Merci, dit-elle avant d'aller répondre.

- A votre service !

- Beckett !

Enfin une nouvelle enquête ! Elle aurait presque remercié le tueur ! Elle appela Castle aussitôt pour le prévenir.

- Bonsoir lieutenant Beckett, répondit-il charmeur.

- On a un meurtre ! Tu veux venir ou tu veux continuer à écrire ? annonça-t-elle excitée comme une puce.

- Hé ! Oh ! Du calme ! Qui êtes-vous ? Et qu'avez-vous fait de ma petite amie ?

- Je t'envoie l'adresse par sms ! dit-elle avant de raccrocher.

- Qu'est ce qu'il se passe ? demanda Martha devant son air étonné.

- Bah… Je ne sais pas… Beckett a appelé pour un meurtre et on aurait dit une gamine le matin de Noël !... Avec un cadavre sous le sapin !

- Oh non, soupira Martha, je pensais que ça serait elle qui déteindrait sur toi et pas l'inverse !

- Ne t'en fais pas grand-mère, Kate est seulement restée trop longtemps à ne rien faire, sourit Alexis, elle a juste besoin d'un peu d'action !

Castle et Beckett enquêtaient sur l'assassinat d'un ancien voleur, électrocuté avec la batterie de sa voiture. La détective était tellement accaparée par son enquête et le bonheur d'avoir enfin quelque chose à faire, qu'elle ne remarqua pas le trouble de Castle lorsqu'un lieutenant du service des cambriolages vint l'aider sur cette affaire.

- J'ai eu le service des cambriolages, ils ont enregistré un vol avec effraction à l'épargne mutuelle de Manhattan avant-hier, annonça Beckett en rejoignant ses collègues à leurs bureaux.

- Un casse, reprit Esposito, ça correspond à son profil.

- Ils ne nous ont pas donné de détails? Demanda Castle.

- Non, mais l'un d'eux va venir nous en parler.

- Ça doit être moi, fit l'inconnu de la salle de sport en arrivant.

- Ah ! Ah ! Ah! Comment ça va vieux frère? Tu ne m'as pas dit que tu étais muté? Fit Esposito en lui tombant dans les bras.

- J'étais en plein emménagement.

- J'vous présente un pote à moi, Tommy Demming, un des meilleurs flics de la 54ème, expliqua Esposito. Tommy, j'te présente le lieutenant Ryan, mon coéquipier, Richard Castle...

- Ah oui, l'écrivain! Dit Demming en lui serrant la main.

- Et le lieutenant Beckett.

- On se connait, je crois… Répondit Demming éveillant ainsi la curiosité de l'écrivain.

- Oui, salut! Sourit Beckett.

- Ravi... Alors Paul Finch, un de nos rares clients sur New York à pouvoir monter un coup pareil, expliqua Demming.

- Comment ça? Fit la détective.

- Il a creusé un tunnel jusqu'à la salle des coffres, on l'a ouvert à la perceuse, puis filé en ne laissant pour seul indice qu'un parfum pour homme.

- Et vous pensez que Finch a pu faire ça tout seul? Demanda Beckett.

- Non, c'est le boulot de deux hommes, au moins!

Rick tiqua lorsqu'elle répondit un peu trop vivement quand il lui proposa d'interroger le propriétaire du coffre volé.

- Et moi, J'fais quoi? Demanda-t-il.

- Comme d'habitude, tu regardes! Répondit Beckett.

L'ambiance était électrique à la 12ème. L'enquête avait mis Esposito à fleur de peau, le cambriolage visant l'un des hommes de Victor Racine, un parrain de la mafia, qui avait fait tuer son ancien partenaire. Demming agaçait Castle au plus haut point, tant Beckett semblait sur la même longueur d'ondes. Il était évident qu'elle l'intéressait. Même Lanie en avait eu vent.

- Alors, il parait que tu as fait main basse sur un beau lieutenant du service des cambriolages ? Demanda-t-elle à Beckett lorsqu'elles se retrouvèrent un peu seules.

- Qui ? Demming ? Grimaça Beckett. Non, on bosse ensemble, c'est tout.

- Ah oui ?

- Evidemment oui ! Je suis avec Castle ! T'as oublié ?

- Non ! Je me suis fait un paquet de fric grâce à vous ! Rigola la légiste.

- Tu as parié sur nous ?! Fit Beckett atterrée.

- Tout le monde a parié sur vous !

- Bravo ! C'est du joli mademoiselle Parish ! T'as intérêt à m'inviter à dîner pour te faire pardonner !

- On peut dire que tu ne perds pas l'nord, toi !

Bien que voir le lieutenant Demming tourner autour de sa petite amie énervât beaucoup Castle, celui-ci réagit de la façon la plus stupide possible, lorsque Demming lui donna l'occasion de mettre les choses au clair.

- Castle... J'peux vous poser une question? Demanda Demming, alors que Beckett venait de quitter la pièce. Est ce que Beckett et vous vous êtes... Enfin... J'veux dire... Il y a quelque chose entre vous?...

- Entre elle et moi? Répéta-t-il surpris.

- Ouais!

- Non!

- Dites le moi franchement si je suis hors jeu! Insista Demming.

- Non, la balle est dans votre camp! Assura Castle en se giflant mentalement dès que cette phrase avait franchi ses lèvres.

- Génial! Ok! ... Génial! Sourit Demming en quittant la pièce à son tour.

Mais quel imbécile! Qu'est ce qu'il venait de faire là? Bien sûr qu'il y avait quelque chose entre elle et lui! Bien sûr qu'il était hors jeu! Non mais des fois, il mériterait des baffes!

- Richard Castle, il y a vraiment des moments où c'est à se demander ce que tu as dans le ciboulot, marmonna-t-il.

- Castle ! Tu viens ? demanda Beckett en le rejoignant. Alexis nous attend pour dîner !

- J'arrive !

- Tout va bien ?

- Oui pourquoi ?

- Parce que tu fais ta drôle de tête !

- Quelle drôle de tête ? J'ai pas une drôle de tête ! J'ai une drôle de tête ?

- Oui ! Tu as ta drôle de tête! Celle que tu fais quand tu répètes la même chose trois fois de suite, parce que tu as dit ou fait quelque chose de stupide !

- Ah cette tête là !

- Alors ?

- Alors quoi ?

- Tu as fais quelque chose de stupide ?

- Euh… Non !

- Sûr ?

- Sûr !

- Tu sais que je finirai par le savoir ?

- Oui, oui, je sais !

- Ok. Allez, on rentre à la maison !

Elle essaya de le cuisiner de nouveau, mais bien évidemment, il évita soigneusement d'avouer sa boulette à Beckett. Cependant, il fut ravi, lorsqu'il s'avéra que le charmant lieutenant Demming était suspect dans le meurtre de Finch. Afin de le confondre, Beckett décida de l'occuper pendant que Castle et les gars fouillaient dans ses affaires.

Il n'avait pas fallu insister pour que Demming accepte un entraînement au close-combat avec la détective, ce qui énerva passablement l'écrivain.

- Ça fait longtemps pour moi... Avertit Demming alors qu'il se tenait face à elle sur le tatami.

- J'vais essayer d'être gentille... Sourit Beckett.

- Ouais ouais... C'est ça!

Elle engagea le combat et le mit rapidement à terre.

- J'y vais pas trop fort? Demanda-t-elle en lui tendant la main pour l'aider à se relever.

- Nan… Nan... Mais au début... J'suis toujours un peu lent!...Sourit-il en lui faisant une prise qui l'envoya au tapis. Mais j'commence à trouver mon rythme maintenant! Toujours aucune piste, pour Thornton ?

- Aucune!

- Comment Esposito prend tout ça?

- À votre avis? … Son coéquipier trimballe son porte clé fétiche alors qu'il a menti torturé et tué un homme! Demanda-t-elle en lui assénant une violente série de coups de pieds et de coups de poings.

- Ah ouais? J'avais le même!... répondit-il la projetant au sol. Mais je l'ai perdu il y a plusieurs années... Allez venez!

- Okay! Répondit-elle en lui faisant un balayage en règle.

- Faut que je vous avoue un truc, je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir! Reconnut-il à bout de souffle.

- Il paraît que ça aide, de penser à autre chose... Au base-ball par exemple! Conseilla-t-elle sans pour autant diminuer la cadence.

- Alors qu'est ce qui vous éclate dans la vie? À part la castagne, je veux dire!

- Oh moi, j'suis une pantouflarde!... En fait... La veille de notre rencontre, j'ai lu un bouquin tranquillement chez moi! Annonça-t-elle en continuant le combat.

- Sans blague?

- Et vous alors, dites moi...

- Que je vous dise ce qui m'éclate dans la vie? Ou ce que j'ai fait la veille de notre rencontre?... Sérieusement... Demandez-moi carrément si j'ai un alibi pour le meurtre de Finch! Demanda-t-il alors qu'il l'avait plaquée au sol.

- Ah ah ah...

Elle éclata de rire et l'attaqua par surprise, le projeta au sol et l'immobilisa par une clé de bras.

- D'accord!... Alors où étiez-vous? Demanda-t-elle alors qu'il gémissait de douleur.

Malheureusement pour Castle, Demming avait vraiment tout du chevalier blanc et s'entendait un peu trop bien avec sa petite amie. Il les avait d'ailleurs surpris en train de plaisanter lorsque l'enquête avait été bouclée.

- Maintenant que j'ai prouvé ma bonne fois... On s'entraîne quand vous voulez! Disait Demming.

- Ah oui...

- Mais je ne vous laisserai pas gagner cette fois!

- Quoi? N'importe quoi? Vous croyez que je vais gober ça! S'offusqua Beckett. J'ai cru que vous alliez y rester!

C'est ainsi que Martha trouva son fils en train de bougonner dans son canapé.

- Oh ! Toi, tu as ta tête des mauvais jours !

- Mhmm.

- Allons bon, qu'est ce qu'il se passe ?

- Rien !

- Ne me dis pas que tu as réussi à te fâcher avec Katherine !

La porte s'ouvrit au même moment et Beckett entra les bras chargés de paquets.

- Bonsoir ! Chantonna-t-elle, je m'suis arrêtée chez Hung pour prendre le dîner !

Martha la regarda interloquée.

- Qu'est ce qu'il vous arrive ? Demanda Kate en remarquant leurs têtes.

- J'aimerais bien le savoir, répliqua l'actrice.

- Rick est toujours patraque ?

- Quoi ? S'étonna l'écrivain.

- Tu crois que je n'ai pas vu que tu n'étais pas dans ton assiette ? fit-elle en posant la main sur son front. T'as pas l'air d'avoir de fièvre. Repose-toi un peu, je vais prendre une douche avant le dîner.

- Bon ! Tu m'expliques ? Demanda Martha lorsque Beckett eut disparu. Parce que visiblement Katherine ne sait même pas ce que tu lui reproches !

- Rien ! Je ne lui reproche rien ! C'est à moi que j'en veux ! Soupira l'écrivain.