Chapitre 35 : Les cartons
Débarquer de l'avion à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle n'aura fait naître aucune émotion particulière en Shûhei. Le voyage s'est fait en jet privé, probablement afin de ne pas se mêler au flot des voyageurs anonymes. Qui pourrait envisager Sosûke Aizen se fondre dans la masse hétéroclite qui hante les aéroports ? Certainement pas le jeune homme qui aurait bien aimé suivre les couloirs interminables et bondés, observer les gens autour de lui, faire la queue pour enregistrer ses bagages. En bref, Shûhei aimerait faire comme tout le monde.
Pourtant, il doit se faire une raison. Il est de retour dans le clan et cela implique une surveillance de tous les instants et un certain standing, loin de la simplicité qui caractérisait sa vie d'avant. Le point positif, c'est que Sosûke a passé la durée du vol plongé dans ses dossiers, échangeant des mots sibyllins avec le joyeux drille qui lui sert de second lieutenant. Shûhei a pu se plonger plus sereinement dans ses souvenirs et réfléchir à la façon d'aborder ce voyage. Si bien sûr, son maître et compagnon lui en laisse l'occasion.
Leur arrivée sur le tarmac français se fait en toute discrétion et le laisse sur sa faim. Personne pour les accueillir, si ce n'est la pluie qui mouille le sol parisien. Une voiture confortable avec chauffeur les attend à quelques mètres et ils s'y engouffrent rapidement. Dès que la voiture démarre, Sosûke semble retrouver sa verve.
- « Nous logerons au Plaza Athénée pendant la durée de notre séjour. Demain matin, nous prendrons le train rapide, rappelle-moi l'horaire Ulquiorra ? »
- « Six heures quarante-huit à la gare Montparnasse pour une arrivée à Nantes à neuf heures zéro neuf », répond de façon monotone l'homme aux yeux émeraude.
Shûhei est surpris. Sa prononciation des mots français est quasiment parfaite.
- « C'est tôt, mais nous n'avons pas le choix. Nous disposerons ainsi de la journée pour faire… ce pourquoi nous sommes venus. Combien de temps pour aller de Nantes à… »
- « Nort sur Erdre », répondent les deux hommes aux cheveux noirs.
Ils échangent un regard pour savoir lequel des deux va continuer. Sosûke les fixe à son tour, impatient que l'un des deux se décide.
- « En voiture, il faut environs une cinquantaine de minutes pour parcourir les trente-six kilomètres », explique finalement Shûhei. Le hochement de tête de Sosûke lui laisse l'opportunité de reprendre à son compte ce voyage, qui initialement était son projet. « J'aimerai passer chez un fleuriste pour déposer des fleurs sur la tombe de Caroline. Elle n'a pas dû être fleurie depuis des lustres. »
Le jeune homme baisse la tête, puis la tourne vers la vitre. Perdre son regard dans le paysage gris qui défile semble convenir à son état d'esprit.
- « En fait, elle l'est. »
Shûhei se tourne tellement brusquement que son cou craque. Il fixe Sosûke, une surprise extrême se lisant sur ses traits. A l'opposé, l'homme paraît incertain. Une première.
- « Une semaine après que tu aies accepté ma proposition, j'ai effectué quelques recherches et j'ai donné des ordres pour que la tombe de ta femme soit fleurie. »
Le silence qui s'instaure est presque gênant. Pour une fois dans sa vie, Sosûke se demande s'il a bien agi en suivant son cœur. C'est la première fois qu'il prenait une décision sur le vif, une décision qui ne lui rapportait rien puisqu'à ce moment-là, il était persuadé qu'aucun des Shiba ne reviendrait dans ce pays, et surtout pas celui qu'il s'était octroyé d'autorité.
Le cœur de Shûhei s'est presque arrêté pendant quelques secondes. La nouvelle le choque, et pas dans un sens négatif. Que cet homme qui va devenir un second père pour ses deux fils, ait pu avoir ce genre d'attentions pour lui, vis-à-vis d'une femme dont il doit honnir le souvenir, c'est inattendu au point qu'une émotion dévastatrice lui comprime la poitrine.
- « Pourquoi ? », demande-t-il la gorge serrée.
- « Parce qu'après votre départ, elle n'avait plus personne, parce qu'elle a mis au monde deux merveilleux petits garçons, parce que … »
Sosûke s'arrête de parler, haletant presque quand une main se pose sur la sienne, puis la serre brièvement.
- « Merci », répond Shûhei en plongeant ses yeux embués dans ceux de Sosûke.
La seconde d'après, la chaleur du toucher a quitté sa main et les yeux emplis de ce regard bouleversé et reconnaissant se portent de nouveau sur le paysage. Si les battements dans sa poitrine n'étaient pas si forts, Sosûke pourrait penser qu'il vient de rêver.
Grimmjow dort encore lorsqu'Ichigo ouvre, puis cligne des yeux face à la lumière du jour qui passe dans l'interstice entre les deux rideaux. Hier soir, ils ont oublié de baisser les stores avant de se coucher, ce qui lui vaut ce réveil matinal. Le temps de remettre son cerveau en route et déjà, un grand sourire épanouit son visage. Les évènements de la veille lui reviennent en mémoire. Le bonheur qui l'a submergé refait surface, intact et réchauffant son cœur. Il tend sa main droite en l'air et la regarde, comme fasciné.
Pour un premier rendez-vous romantique, la soirée d'hier a été parfaite. Le dîner s'est avéré en tout point succulent et Grimmjow n'a pas lésiné en compliments pour son chéri, ainsi que pour sa petite personne. Il a affirmé haut et fort que les poires étaient sa réussite, oubliant qu'il avait été à deux doigts d'en faire de la compote. Ichigo n'a pas eu le cœur de nuancer ses propos, trop heureux d'avoir pu partager sa passion avec lui.
Pendant que le rouquin préparait les assiettes, Grimmjow en a profité pour lui faire une surprise. A l'un des domestiques, il a donné consigne d'aller chercher les cartons d'effets personnels ramenés de France. Seuls les objets d'une valeur sentimentale ont été rapatriés, pour l'essentiel les albums et cadres photos, les bijoux, et quelques jouets appartenant aux deux petits. En tout et pour tout, six cartons où sont concentrées dix années de la vie des enfants Shiba et qu'Ichigo ne pourra qu'apprécier.
La surprise a été de taille lorsqu'en entrant dans le petit salon jouxtant la chambre de Grimmjow, Ichigo a découvert un tas de cartons empilés près du canapé.
Début du flashback
D'un mouvement sec, il se retourne vers Grimmjow qui attend près de l'entrée, appuyé sur la porte close. Les bras croisés, il sourit, content de la stupéfaction sur le visage du plus jeune.
- « C'est bien ce que je pense que c'est ? »
- « Bah tout dépend à quoi tu penses ! Si t'as des idées un peu olé olé, pas de pot, y'a pas de godemichet là-dedans », s'esclaffe le bleuté.
En rougissant, Ichigo le foudroie du regard.
- « Je ne suis pas aussi pervers que toi ! »
Il se précipite vers le canapé, qu'il ignore pour se laisser tomber sur le tapis. Il prend le premier carton de la première des trois piles. Il l'ouvre avec une précaution inouïe et se penche au-dessus. À l'intérieur, des peluches, des peluches et encore des peluches. Le premier dragon de Gabriel, tout blanc avec les pointes dorsales noires et des yeux de cocker, celui avec lequel il a été pris en photo dans son berceau.
- « C'est Shiro, c'est à Gabriel. Qu'est-ce qu'il va être heureux de le retrouver ! »
La voix d'Ichigo est empreinte d'émotion. Dans son esprit vient de surgir une Caroline, fatiguée et au comble du bonheur dans cette chambre de la maternité. Il se secoue et pose délicatement la peluche qui semble en avoir vu de toutes les couleurs. Il sort cette fois le doudou de Théodore, une sorte de singe au pelage bariolé de milles couleurs avec de longues baguettes en guise de pattes et de bras. Une fois encore, le jouet est usé, voire rapiécé par endroit.
- « Il a sacrément servi celui-là », note Grimmjow.
- « C'est Topo et oui, il a sacrément servi. C'était ma peluche favorite, celle que mon parrain Rose m'avait offert à ma naissance. En fait, c'est le seul jouet qu'on ait emmené avec nous quand on a fui. Maman nous avait expliqué qu'on ne devait rien prendre pour ne pas mettre la puce à l'oreille des membres du clan. Orihime a pleuré toutes les larmes de son corps d'être obligée de laisser derrière elle son singe Zonko. Moi, j'avais l'habitude de mettre Topo dans ma parka pour l'emmener partout avec moi, même à l'école », explique le rouquin en souriant avec nostalgie.
Dès le début de son explication, Grimmjow s'est assis à ses côtés. Il voit le visage d'Ichigo s'assombrir quand il reprend d'une voix moins assurée.
- « Quand je me suis aperçu qu'il avait fait le voyage avec nous, j'étais terrorisé. Je ne l'ai dit à personne et plus les jours passaient, plus j'angoissais. Kisuke et Kensei ont remarqué que je n'allais pas bien, mais on avait vu mourir maman sous nos yeux, alors ils ont mis ça sur le coup du traumatisme. Shûhei a fini par découvrir la peluche et là, j'ai éclaté en sanglots, jurant que je ne l'avais pas fait exprès. Kensei m'a dit que ce n'était pas grave et Kisuke que c'était un signe du destin. Topo est devenu une mascotte pour nous. Jusqu'au jour où j'ai gardé Théodore un après-midi. On était dans ma chambre et il l'a vu. »
Ichigo sourit en revoyant le petit Théo jeter son doudou pour se saisir du petit singe et le porter à sa joue. Le bébé âgé de neuf mois est tombé raide dingue du petit jouet un peu miteux que Kisuke a dû raccommoder comme il pouvait.
- « En fait, je n'ai jamais pu le récupérer. »
- « Les gosses s'entichent de ces trucs parfois ! Tu leur offres un jouet absolument génial et eux ils le laissent de côté pour aller jouer avec l'emballage. »
Le rouquin éclate de rire face à la mine contrariée du bleuté.
- « Ça sent l'expérience à plein nez ! »
- « Oh oui ! Pour son deuxième Noël, j'ai réussi à dégoter à Nel une poupée aussi grande qu'elle. Putain, j'avais fait tous les magasins de jouets pour la trouver. Elle était super avec des cheveux blonds, des yeux bleus et une jolie robe rose, une poupée quoi ! »
- « Dis donc, tu sembles expert ? Je devrais m'inquiéter ? », ironise Ichigo en l'observant de coin.
- « Ouais, rigole tant que tu veux, mais c'est pas facile pour moi d'élever une fille. Donc, je lui avais trouvé la poupée de compétition et tu crois qu'elle a joué avec ? Naaan ! Mademoiselle s'est amusée avec le foutu emballage. Comme la poupée était grande, le carton aussi, donc elle en a fait sa voiture et on a eu droit à des vroom vroom toute la putain de journée ! Crois-moi, ça m'a servi de leçon. Le Noël suivant, je lui ai acheté une petite moto électrique qu'elle n'a pas quittée pendant des mois. »
Ichigo est secoué de rires. Depuis le début de l'anecdote, il ne cesse de voir danser devant ses yeux un Grimmjow sortant du magasin de jouets avec sa poupée sous le bras. Une image qu'il n'est pas prêt d'oublier.
- « Pourquoi tu te marres ? »
- « J'arrête pas de te voir dans ma tête avec cette poupée. Au fait, t'en a fait quoi de la poupée ? »
- « Je l'ai refilé à Yachiru, Nel n'en voulait pas, alors autant que ça fasse plaisir à une autre gamine. J'avais juste oublié que c'était la fille de tonton Kenny. Quand j'ai revu la poupée, elle était à poil, les cheveux à moitié rasés, et elle avait un œil crevé et un bras en moins. »
L'air de désolation sur le visage de Grimmjow est tel qu'Ichigo a bien du mal à se retenir d'exploser à nouveau de rire. Il vient lui caresser la joue et lui donne un baiser en le cajolant d'un « Mon pauvre amour ! »
- « Remarque, je dis d'eux mais nous on était pas mieux. Quand on était môme avec Sosûke, on jouait aux chevaliers dans le jardin. Enfin, lui était le chevalier et moi j'étais son écuyer. Ouais, déjà son larbin ! Comme on n'avait pas d'armure, on chipait des cartons et pour faire les casques et les armes, on se servait dans la cuisine. Un égouttoir sur la tête, une louche ou une écumoire et on était parés. »
Les deux hommes partent dans un éclat de rire, se narrant l'un après l'autre des anecdotes de leur petite enfance, puis de l'adolescence. Les premiers émois au lycée, la découverte de sa passion pour la cuisine et l'affirmation difficile de son homosexualité pour Ichigo. La vie dissolue de Grimmjow, la rencontre avec la mère de Nel, une droguée qu'il pensait pouvoir sortir de son enfer. La naissance de sa fille puis le décès de sa mère. Son premier succès et en même temps son premier échec.
- « Tu sais, Ichi, ça fait un moment que je pense à nous… enfin, je veux dire à nous en tant que couple. Au début, t'étais attirant pour moi, une sorte de défi, tu vois. Après, t'es devenu plus que ça, t'es devenu comme une évidence… » Grimmjow qui avait commencé son petit discours sans regarder Ichigo, vient de se tourner vers lui. Un lui un peu angoissé par la solennité du moment. « En fait, plus j'y pense, plus je suis d'accord avec ta frangine… J'suis tombé amoureux de toi la première fois qu'on s'est vu, Ichi… et comme je suis assez exclusif, j'aimerais qu'on partage toi et moi quelque chose de symbolique. Dans ce pays, deux mecs peuvent pas s'marier, mais on peut faire comme si… »
Il bouge un instant pour mettre la main dans sa poche et en ressort quelque chose de brillant, qui fait un doux cling.
- « T'es le mec que j'aime, Ichi, alors j'me suis dit qu'on pourrait porter ça… enfin si t'es d'accord. »
Il ouvre sa main et au creux de sa paume, Ichigo découvre deux alliances. Le cœur battant la chamade, les yeux ambre vogue des bagues à Grimmjow. La bouche ouverte, sans pouvoir parler bien qu'il sache que Grimmjow attend précisément qu'il dise quelque chose.
- « Elles appartenaient à mes parents. Je les gardais autour du cou sur une chaîne depuis mes dix-huit ans. J'ai fait élargir celle de ma mère, elle devrait t'aller. Et je te rassure, je m'suis renseigné et je sais qu'on peut en porter une sans être marié, ça s'appelle une alliance sans engagement. Mais attention, ça veut pas dire que je m'engage pas avec toi, hein ?... Bon, t'en dis quoi ? »
Trop ému pour parler, Ichigo hoche vigoureusement la tête, le visage baigné de larmes. Grimmjow n'attend pas et glisse l'anneau à l'annulaire de sa main gauche. Imité par son partenaire, ils finissent de sceller cette union officieuse par un baiser, puis des caresses, et plus tard par des gémissements qui les conduisent aux cris de jouissance.
Fin du flashback
- « Bonjour toi », fait la voix de Grimmjow. « En train d'admirer ta jolie main ? »
- « Oui, elle est parfaite ma main, tu ne trouves pas ? »
Grimmjow surplombe son amant. Il prend la main ornée de l'alliance, la regarde un instant et l'embrasse doucement. Puis il revient sur le corps alangui dans son lit, des idées plein la tête, du genre à faire crier un mignon rouquin.
- « C'est le mec qui la porte qui est parfait. »
En entrant dans le petit cimetière, une petite bruine les accompagne. Ils marchent lentement dans les allées désertes. Leurs chaussures crissent sur le gravier au fur et à mesure que défilent les tombes. Lorsqu'ils arrivent à proximité de celle de Caroline Kurosaki, Shûhei constate que la pierre tombale est l'une des plus fleuries. Il s'avance seul, puis s'accroupit lentement, fixant la petite photo d'une jeune femme blonde et souriante. Aussitôt, les larmes coulent sur ses joues, au diapason des gouttelettes de pluie qui tombent du ciel. Dur de revoir l'endroit où repose pour l'éternité celle qui a partagé sa vie pendant trois années. Trois années d'une vie parfaite et heureuse.
Comme tous les fois où il est venu s'agenouiller ici, il retrouve ses marques et commence à parler à voix basse à cette personne qui n'est plus. Il lui donne des nouvelles des membres de la famille, décrivant dans le détail combien leurs deux fils ont grandi et à quel point ils font sa fierté. Il parle encore et encore, de Gabriel qui s'épanouit à une vitesse incroyable depuis sa rencontre avec la petite Nel, et ce faisant, se voit contraint d'aborder le sujet qu'il aurait préféré taire : leur retour au Japon après avoir été retrouvés. Il raconte la peur de côtoyer ces gens dangereux, l'incertitude quant à leur avenir, l'angoisse de perdre l'un des leurs et le combat de tous les jours pour ne pas se laisser enfermer dans des vies sans une once de liberté. Le sourire revient à l'évocation de Kûkaku, leur tante adorée, de leur rêve commun qui est en train de devenir une réalité, du bonheur d'Ichigo et du mariage prochain d'Orihime qui la rend heureuse comme elle ne l'a jamais été. Puis, la douleur l'étreint lorsqu'il raconte la découverte des assassins de ses parents. Caroline a toujours été sa confidente. Il estime légitime de lui faire part de cette information essentielle.
Quand vient enfin le moment de justifier le but de sa visite, il hésite. Tout au long de son monologue chuchoté, il a sciemment évité de parler d'une personne. Celle-là même dont il sent la présence plus loin, derrière lui.
- « Tu sais, Caroline, Ichi et Hime ne sont pas les seuls à avoir été confiés à un membre du clan. Moi aussi, on m'a mis avec quelqu'un. Tu ne le croiras jamais, mais c'est un homme. Il s'appelle Sosûke Aizen et il est le chef de l'une des cinq familles du clan. Un type arrogant, sûr de lui et possessif. Il pense que moi et les enfants, on lui appartient. Tu te rends compte ? Je te rassure tout de suite, il est très bien avec les petits. C'est ce qui m'agace le plus chez lui. Il les a mis dans sa poche avec une facilité déconcertante. Bon, c'est vrai qu'il est doté d'un certain charme,… enfin, il parle bien mais il manipule aussi sacrément bien son monde... »
Shûhei baisse les yeux sur des primevères qu'il effleure du bout des doigts. C'est facile pour lui de dire du mal de Sosûke, ou de tourner les points positifs de sa personnalité en choses négatives.
- « Bon, je dois admettre qu'il est loin d'être moche et aussi… il est très patient avec moi. Il m'a embrassé, tu sais, et moi… », un long soupir suit cette confidence et en précède une autre, la plus difficile à avouer, « … moi, j'ai aimé. La vérité, c'est que je suis de plus en plus attiré par lui. J'ai essayé de lutter contre ça parce qu'il s'était imposé à moi, parce qu'il menait la vie dure à Ichigo, parce qu'il n'avait pas le droit de considérer nos fils comme les siens ! » Conscient que la partie la plus rebelle en lui vient de gagner sur la raison, il prend une grand inspiration et se radoucit. « Caroline, je ne veux pas continuer parce que sinon, Gabriel finira par se douter de quelque chose et je veux que nos enfants soient entourés d'amour. Je ne dis pas que je l'aime, je dis juste qu'il faut que j'avance, ou alors, je vais devenir aigre et envieux du bonheur d'Ichi et d'Hime. Caroline, où que tu sois, je sais que tu me pardonnes et que tu nous regardes les enfants et moi. Une partie de moi ne cessera jamais de t'aimer, tu sais. »
Resté en retrait avec Ulquiorra, Sosûke observe la tristesse envahir les traits qu'il aime tant et c'est difficile de rester de marbre. Il aimerait soulager cette peine bien qu'il sache que c'est impossible. Il a déjà bien assez envahi la vie de Shûhei, sans venir ternir ses souvenirs. Tout puissant chef d'une famille du clan ShiYaK, il ne peut effacer la douleur de la perte. La sienne est toujours là, ravivée par ces horribles révélations. Sa seule possibilité d'action est le soutien et la patience. Oui, il le jure, il laissera à Shûhei encore du temps, tout le temps qu'il lui faudra. Au diable ses désirs !
Soudain, la détermination qui réunit sans le savoir les deux hommes s'accompagne d'un étrange phénomène. Alors que Shûhei se relève enfin, les nuages se dissipent lentement, éclairant le cimetière d'une lumière plus vive. Le veuf lève la tête vers le ciel. Un peu de bleu apparaît entre la brume vaporeuse grise, puis les rayons du soleil l'obligent à cligner des yeux. Il regarde une dernière fois le visage de Caroline et lui envoie un sourire. Il a atteint l'objectif qu'il s'était fixé en venant ici et il sait qu'il est temps de repartir. Avec une nouvelle sérénité, il se lève. Il tourne les talons et se dirige vers Sosûke, les mains dans les poches.
- « On peut y aller maintenant », décrète-t-il d'un ton ferme.
- « Tu es sûr ? », demande le brun.
- « Oui. »
En silence, ils quittent le cimetière et rejoignent la grosse berline. Ulquiorra leur ouvre la porte et monte à l'avant, juste à côté du chauffeur. Le retour se fait dans le silence parce que Shûhei digère encore ce moment riche en bouleversements émotionnels et que Sosûke refuse de s'imposer à lui. Après trois quarts d'heures de trajet, le chauffeur range le véhicule le long d'un trottoir, à proximité de la gare, et attend patiemment les nouvelles consignes vu qu'il reste encore plus de huit heures à tuer pour ses clients.
- « Nous pourrions aller déjeuner pour commencer », propose Sosûke. « Il doit bien y avoir des restaurants autour de cette gare. Ulquiorra, tu peux te renseigner ? »
- « Sosûke, pas la peine. J'ai fait mes études à Nantes alors je connais un peu. Derrière le château, ça fourmille de petits restaurants dans les rues piétonnes. »
- « Un château ? »
- « Oui, on peut le visiter après le déjeuner, si tu veux. »
Surpris par la proposition de Shûhei, Sosûke n'attend pas qu'il change d'avis.
- « Faisons-cela. Pourriez-vous nous rapprocher de ces rues piétonnes ? », demande-t-il au chauffeur.
L'homme acquiesce et redémarre la voiture.
Pendant que Grimmjow prend sa douche, Ichigo ressent un besoin irrépressible de parler de cette soirée avec quelqu'un. Il sait qu'à l'heure qu'il est, Shûhei et Sosûke sont déjà sur le sol français, c'est pourquoi il se précipite dans la chambre de sa sœur. Il frappe doucement et l'appelle. Comme elle ne répond pas, il ouvre la porte sans faire de bruit et tente de voir dans la pénombre. Orihime dort encore. Il hésite à entrer pour la réveiller, mais l'envie de partager son bonheur est trop grande. Il se glisse à l'intérieur et va tirer les rideaux. Contrairement à Grimmjow et à lui, sa jumelle a fermé les volets, ce qui ne fait pas entrer suffisamment de luminosité dans la pièce.
Il s'assoit sur le lit et secoue l'épaule d'Orihime qui fait des 'hum' désapprobateurs en essayant de se débarrasser de la main agressive.
- « Hime, réveille-toi. »
- « Hummm… »
- « Allez, debout la dormeuse. Il fait grand jour et on a plein de trucs à faire. »
- « Ichiiii…, on bosse pas aujourd'hui… et j'suis rentrée tard », fait la voix ensommeillée de la rousse.
- « Je sais et je suis vraiment désolé, mais faut que je parle à quelqu'un. »
Le ton implorant de son frère finit de réveiller Orihime. C'est légèrement alarmée qu'elle allume la lampe de chevet et s'assoit sur le matelas, s'appuyant contre la tête de lit.
- « Qu'est-ce qui se passe, Ichigo ? »
- « Tu ne vas en croire tes oreille. Hier soir, Grimmjow m'a expliqué que le clan avait récupéré certaines de nos affaires… »
La jeune femme écarquille les yeux. Le sourire de son jumeau est contagieux. Gagnée par son enthousiasme, elle décolle son dos et se rapproche de lui.
- « Et alors ? », demande-t-elle un brin d'excitation dans la voix.
- « Eh bien disons que messieurs Shiro et Topo sont enfin rentrés au bercail. Il y a aussi toutes nos photos, Hime. »
- « Pourquoi n'ont-ils rien dit avant ? »
- « Très franchement, je n'en sais rien. Tout a été mis dans des cartons et stockés dans une remise ici même. En fait, j'ai l'impression qu'ils ont oublié que c'était là. En tout cas, c'est l'effet que ça me donne. »
- « Comment Grimmjow te l'a dit ? »
- « En discutant avec lui. On a passé une super soirée. On s'est découvert un peu plus lui et moi, et il m'a… », Ichigo se met à rougir en anticipant la nouvelle qu'il s'apprête à asséner littéralement à sa sœur.
- « Epargne-moi les détails, Ichi », rétorque Orihime en apposant ses mains à plat sur ses oreilles.
Ichigo se dit qu'un geste vaut parfois mieux que des mots. Il place le dos de sa main droite juste devant les yeux gris de la rousse. Sous le choc, celle-ci laisse tomber ses mains sur les draps, la bouche grande ouverte.
- « Mais… mais…»
- « C'était l'alliance de sa mère. Il l'a fait réglé à mon doigt, je ne sais pas comment il s'est débrouillé mais le fait est là, elle me va à la perfection. »
- « Ichigo, c'est une alliance et vous n'êtes… enfin je veux dire, Ichi, il faut se marier et c'est… »
- « On ne le peut pas, je sais et il le sait aussi. Il a fait des recherches, ouais, je sais ça paraît dingue de dire ça de Grimmjow, mais il a trouvé que deux personnes pouvaient porter des alliances sans engagement, dans le sens d'un engagement non officiel, tu vois ? »
Orihime hoche la tête, bien qu'elle ne saisisse pas entièrement le concept.
- « Il veut que l'on fasse comme si on était marié, et moi, j'ai dit oui, Hime. »
- « Oh Ichi ! » Elle se jette dans ses bras. « Tu as bien fait. Tu l'aimes et lui aussi. Oh, je suis tellement contente pour vous deux ! Il faudra fêter ça au retour de Shûhei. Mon frère jumeau s'est uni à son amoureux ! »
Des coups sont frappés à la porte. Ichigo se lève comme un ressort et Hime le suit, enfilant une robe de chambre par-dessus son short et débardeur. Elle va ouvrir la porte et tombe sur un Grimmjow qui regarde par-dessus la jeune femme.
- « Il est là Ichi ? »
- « Oui, je suis là Grimmjow », répond le jeune homme en s'approchant. « Je suis venue prévenir Orihime pour nos affaires. »
- « Et pour autre chose aussi », lance joyeusement sa sœur.
Grimmjow échange un regard avec Ichigo dont les yeux brillent de mille feux. Il n'a pas le temps de réfléchir qu'une ventouse le percute et l'enserre dans un étau. Il n'aurait jamais supposé que la future épouse de Kuchiki soit aussi forte.
- « Toutes mes félicitations ! »
Quand elle le relâche, son sourire se fane et elle met les poings sur ses hanches. « Grimmjow Jaggerjack, tu as intérêt à rendre mon frère heureux, sinon gare à toi ! »
Effaré, le bleuté regarde dans la direction du frère qui ne peut qu'hausser les épaules.
Le déjeuner a permis à Shûhei d'en apprendre davantage sur Ulquiorra. Contrairement à son habitude, l'homme au visage impavide n'est pas resté silencieusement en retrait de son patron et c'est à lui qu'est revenu le choix du restaurant. Si Sosûke n'a pas été transporté à l'idée de manger dans une crêperie, dusse-t-elle être la meilleure de Nantes, le visage du lieutenant s'est en revanche animé, devenant aussi radieux qu'un sapin dont on viendrait d'allumer les guirlandes. Shûhei a fait peser son poids dans la balance, et les trois hommes se sont retrouvés autour d'une table dans un coin de la petite salle.
Dès que la serveuse leur a remis le menu, Ulquiorra en a dévoré les plats des yeux, lisant avec un intérêt gourmand la moindre des recettes proposées. Shûhei lui a demandé pourquoi il semblait autant emballé par la crêperie. L'autre lui a expliqué qu'il avait passé une maîtrise en langues étrangères français-anglais et qu'il avait séjourné une année en France, à Rennes pour être exact. De cette époque, il se souvient des galettes de sarrasin et des crêpes qu'il mangeait assez souvent vu que c'est un produit local et plutôt abordable.
Au moment de passer commande, il n'avait pas arrêté son choix, et c'est naturellement Shûhei qui l'a orienté en lui posant des questions. Grâce à l'aide de la serveuse, il s'est décidé pour la spécial bretonne, une galette fourrée de rondelles de pommes de terre et de quartiers de pomme rissolées, avec de l'andouille de Guéméné et une sauce à la moutarde à l'ancienne. Shûhei a opté pour une complète jambon-œuf-fromage et Sosûke pour une St Jacques et fondue de poireaux dont il a apprécié le goût fin et savoureux.
La serveuse vient de leur porter leur dessert. Une part de tarte aux pommes maison pour Shûhei, un simple café pour Sosûke et une crêpe monstrueuse avec banane, sauce chocolat, crème chantilly et amandes grillées.
- « Tu vas manger tout ça, Ulquiorra ? »
Le lieutenant relève la tête et fixe sans comprendre son supérieur.
- « Bien sûr maître Aizen, je l'ai commandé. »
Shûhei pouffe de rire en avalant un morceau de sa tarte. La franchise d'Ulquiorra est un pendant à son côté logique. Sosûke finit par se concentrer sur son café et les gens qui passent dans la rue, tandis que son lieutenant fixe son assiette d'un air de contentement absolu. Délicatement, il prend sa fourchette et son couteau et tranche un morceau de crêpe qu'il enduit de chantilly avant d'apposer au sommet de la bouchée une lampée de chocolat fondu et quelques amandes. Il porte la fourchette à sa bouche et ferme les yeux de plaisir.
Shûhei qui suivait son manège, fait du pied à Sosûke qui ne s'y attendait pas le moins du monde. Suivant le regard de son compagnon, il observe Ulquiorra comme il ne l'a jamais vu. Sa dégustation semble vraiment orgasmique.
- « C'est bon, Ulquiorra ? »
L'autre hoche la tête de bas en haut en continuant de mâcher, jusqu'à ce que le chef de clan lui demande : « Me ferais-tu goûter ? »
L'ébahissement de son subordonné fait vite place à un air menaçant. Une fois encore, Ulquiorra vient de surprendre son maître, qui note mentalement de ne jamais vouloir séparer son lieutenant de son dessert, surtout lorsqu'il s'agit d'une crêpe.
Quand les jumeaux pénètrent dans la salle de jeux, les enfants sont occupés à jouer. Les deux plus grands poursuivent leur construction du royaume du chevalier Gabriel et de la princesse Nel et le plus jeune est sur son tapis représentant une ville, avec des rues, des maisons et des arbres. Il pousse une petite ambulance sur l'une des routes en faisant le bruit du moteur.
- « Bonjour tout le monde ! »
- « Bonjour papa, on fait notre château avec Gabi. »
- « J'vois ça », rétorque le bleuté en s'approchant des deux gamins.
- « Coucou tata Hime, coucou tonton Ichi ! On va faire un foot avec Gimjo ? »
Gabriel ne perd jamais le nord.
- « Pas maintenant Gabriel, il pleut dehors. Et puis, je dois donner quelque chose à Théodore. »
Intrigué, Gabriel abandonne pour un temps son château. Il se lève et suit son oncle, imité par la princesse à couettes.
- « Théo, Théo, tonton Ichi a un cadeau pour toi ! »
Le bébé relève la tête dans la direction d'où vient la voix. Un sourire accueillant en guise de bonjour, il fixe son oncle, plus encore lorsque celui-ci sort de sa poche un objet. Instinctivement, Théo tend les bras, les yeux rivés sur le petit singe qui flotte dans les airs, tenu entre les doigts d'Ichigo. Lorsqu'il est enfin à sa portée, ses deux petites mains encore potelées s'en saisissent et l'amènent contre sa joue, pour un câlin incroyable. Les semaines loin de Topo n'ont pas réussi à le sortir de la tête du petit bout de choux.
Gabriel observe son petit frère. Il est heureux qu'il ait retrouvé son doudou, un peu envieux aussi. Lui donnerait tout pour revoir Shiro ne serait-ce qu'une minute. Il y était attaché à ce dragon aux écailles aussi douces que l'alpaga. Bien sûr, Sosûke a veillé à ce que sa chambre soit remplie de jouets. Cependant, rien ne remplacera jamais ce dragon qu'il adore et qui lui manque.
Ichigo et Orihime l'observe depuis un moment, patientant encore pour mieux le surprendre.
- « Au fait, Gabriel, Topo n'a pas voyagé tout seul. Figure-toi que cette fois, il avait un compagnon dans sa cachette. »
- « Qui ça ? », demande le petit à son oncle qui d'un signe, invite l'enfant à regarder du côté d'Orihime.
Les deux mains dans le dos, il voit bien que la jeune femme semble cacher quelque chose. Lorsque ses mains reviennent devant elle, elles tiennent une chose miraculeuse aux yeux de Gabriel. Passé le choc, le petit garçon se précipite vers la jeune femme.
- « SHI'O ! »
En sécurité entre les bras du petit garçon, Shiro subit pour la première fois depuis longtemps une étreinte proche de l'écrasement.
- « Tu fais voir, Gabriel ? », demande Nel.
- « C'est shi'o, mon d'agon doudou. Tu l'as t'ouvé où tata Hime ? »
- « Grimmjow nous a rendu certaines de nos affaires. Vos jouets et toutes nos photos. »
- « Des photos de maman ? », demande le petit avec espoir.
- « Oui, Gabriel. Ça te dirait que l'on voit ça maintenant ? »
- « OUI ! », s'écrie le gamin.
Nel est partante et Théodore aussi, semble-t-il. Le tout petit s'est levé et a rejoint les autres, son Topo entre les bras. Il ne comprend pas tout, si ce n'est que que la surprise de Topo pourrait en entraîner d'autres.
La première soirée au Plaza Athénée est passée très vite. La fatigue des voyages et le trop plein d'émotions ont tué dans l'œuf toute envie de profiter du fait qu'ils sont à Paris. Le lendemain matin, c'est donc en pleine forme que les deux hommes sont en train de prendre leur petit déjeuner dans leur suite. Ulquiorra vient de les rejoindre pour prendre connaissance du planning de la journée.
Cette question, Shûhei la voit comme une ouverture qu'il ne compte pas laisser passer. Sans attendre, il grille la priorité à Sosûke en répondant à sa place, avant que celui-ci ne décide de rentrer plus tôt au Japon.
- « Shopping ! »
Le brun repose sa tasse de thé en le fixant étrangement, ce qui donne à Shûhei le temps, car le courage ne lui manque pas, de se justifier.
- « Je voudrais ramener un petit quelque chose à tout le monde et Paris, je n'y suis venu qu'une seule fois lorsque j'étais lycéen. Et encore c'était pour visiter des monuments. »
Sosûke semble soupeser l'idée. Il n'est pas contre faire les magasins. Sans être un fervent amateur, il aime les belles choses et se dit qu'il serait dommage de ne pas tirer parti de cet intermède pour renouveler sa garde-robe. Et de surcroît dans l'une des capitales mondiale de la mode. Ce n'est qu'après quelques secondes que certains mots de Shûhei percutent son cerveau.
- « Quand tu dis tout le monde, tu penses à tes fils, ton frère et ta sœur, c'est bien ça ? »
- « En gros, c'est ça. »
La réponse est lâchée à la va-vite par un Shûhei qui attrape un croissant et le fourre dans sa bouche, indifférent à l'état d'esprit de son compagnon.
- « En gros ? », insiste quand même ce dernier.
Shûhei prend soin de vider sa bouche pour préciser le fond de sa pensée.
- « Bah oui, je compte bien ramener quelque chose pour ma famille. Ma famille, c'est Kensei, Kisuke, Kûkaku et Shinji. Et Grimmjow bien sûr. Après tout, c'est le petit copain d'Ichigo. N'oublions pas ta mère. Je pense aussi que ce serait bien de ramener un petit truc pour les enfants de Zaraki. » Les traits du visage de Sosûke se tordent sous le choc, forçant Shûhei à expliquer. « Franchement, tu nous vois offrir un cadeau à Kisuke devant les trois gosses ? »
- « Nous ? »
- « Oui, nous. Tu passes ton temps à me seriner que je suis ton compagnon. Pour moi, ça veut donc dire qu'on est un couple, donc un nous », décrète Shûhei. « Je compte aussi ramener quelques bonnes bouteilles pour Uryû. Oh et j'y pense, ce serait bien que l'on trouve un cadeau de mariage ici pour Orihime et Byakuya. Tu le connais depuis plus longtemps que moi, tu dois bien avoir des idées…»
Sosûke se fiche bien que la liste s'allonge, promettant des heures de marche à travers la capitale. Pas une seconde, il n'envisage de réfuter cette idée saugrenue comme quoi il serait plus à même de connaître le Kuchiki. Non, lui s'est arrêté sur le 'on est un couple.' Cette affirmation lui fait chaud au cœur et il regarde avec une adoration toute en retenue son compagnon, songeant qu'il leur reste une étape à franchir pour être effectivement un vrai couple.
Pour l'occasion de ces retrouvailles avec une partie de leur passé, Ichigo a demandé à Grimmjow s'il était possible d'inviter Kisuke et Kensei pour le déjeuner du lendemain. Sans même qu'Akane n'ait eu besoin de le convaincre, le bleuté a agréé au projet sans arrière-pensée. Les deux maisonnées sont donc arrivées vers onze heures, comme stipulé par le lieutenant d'Aizen. Tous sont actuellement regroupés dans le salon, dans une cacophonie générale due à la présence bruyante des enfants. Certains comme Rose Ootoribashi s'interrogent sur la raison de leur présence à cette réunion familiale. Pas un instant, le blond suppose qu'il a été invité en sa qualité de parrain d'Ichigo.
- « S'IL VOUS PLAIT ! », lance bien fort celui-ci. « Bien, si nous vous avons fait venir aujourd'hui, c'est que nous avons appris avant-hier soir que des objets qui nous sont chers ont été conservés. Comme nous sommes tous de la même famille, nous avons pensé qu'il serait intéressant pour vous de découvrir un peu de la vie que nous avons vécu loin d'ici. »
Tout le monde s'installe, les enfants directement sur le tapis entre les deux canapés. Des fauteuils des autres pièces ont été amenés et Zaraki s'y assoit à contrecœur. Il a à peu près autant envie d'être là que de se trancher les veines. Kisuke l'a bien compris et lui glisse un « fais un effort, ce sont presque mes enfants » qui fait hocher la tête du géant.
Les albums photos sont tout de suite sortis. Les rires et les exclamations attendries sont au rendez-vous. Au fur et à mesure des années, les scènes cocasses ou simples de la vie quotidienne de cette famille composée et solidaire défilent devant leurs yeux à tous, jusqu'à ce qu'une jeune femme blonde apparaissent sur certains clichés. Gabriel l'appelle maman et Théodore pointe du doigt celle dont tous lui ont parlé, et que malheureusement, il n'a pas connu. Autour des deux petits, chacun s'extasie face à la beauté de Caroline et lorsque les albums sont refermés, des images emplissent les têtes.
Gabriel est fier de présenter Shiro et quand il évoque le doudou de son petit frère, Rose reconnait le petit singe qui lui avait tapé dans l'œil le jour de la naissance d'Ichigo. Il avait acheté un ourson en peluche d'un bleu ciel quelques jours auparavant. Puis, en se rendant à la clinique, il est passé devant un petit magasin qui vendait à l'époque des jouets de l'artisanat. Dans la vitrine, un petit singe aux couleurs vives semblait l'inviter à entrer. Masaki lui a souvent dit qu'Ichigo ne quittait jamais son Topo et il est ému aujourd'hui de voir que ce petit jouet n'a pas disparu dans l'incendie de l'ancien domicile des Shiba.
- « Je l'avais dans ma poche quand on s'est enfui », dit une présence à ses côtés.
Rose se tourne vers la personne et sourit à Ichigo, son unique filleul.
- « Oui et ça t'a rongé pendant des semaines de ne pas nous l'avoir dit », intervient Kensei. « Figure-toi, Rose, que ton filleul s'était mis en tête qu'à cause de ça, on allait nous retrouver. »
- « Comme l'a dit Kisuke, c'était un signe », conclut le rouquin.
- « Tu ne peux pas t'imaginer à quel point c'est vrai », fait doucement Rose, s'attirant les regards des autres. « En vérité, ce n'est pas le jouet que j'avais prévu de t'acheter, Ichigo. Moi, je t'avais choisi un ourson bleu que j'ai d'ailleurs conservé. Le jour où je me suis rendu à la clinique pour faire ta connaissance, j'ai été pris dans un bouchon à cause d'un accident et je suis resté quelques minutes devant une vitrine. Comme je devais prendre mon mal en patience, j'ai regardé. Il était là, tout petit à me fixer, presque à me supplier de le prendre avec lui. Je suis certain qu'il m'a choisi pour que je te le donne, comme je suis certain qu'il s'est mis sur la route du petit Théodore et l'a choisi à son tour. »
JadeK136 : bah elles ne font pas dans la dentelle, la rousse et la métisse. Elles me font penser à des hyènes. Sans doute le côté meute et l'acharnement dont elles font preuve. Dis-donc, t'as sérieusement réfléchi à la soirée made in Paris entre Shûhei et Sosûke ! Peut-être un rêve secret ?
Anemone33 : il fallait bien nuancer un peu le propos avec Rukia. Elle n'a pas un mauvais fond, juste une éducation qui l'a un peu trop formatée. Et non, je ne suis pas chef. Juste gourmande et assez douée pour faire des recherches sur Internet !
black-cat : je n'ai pas bien saisi en quoi la discussion entre Ichigo et Shûhei a pu de mettre mal à l'aise. Tu pourrais élaborer dans une prochaine review (tu as remarqué comment je n'ai pas honte de réclamer une review !) Pour Rukia, c'est effectivement bien qu'elle revoit sa copie, ne serait-ce que pour Jinnai qui mérite lui d'être heureux.
