36- Rencontre déterminante…
Et voilà... encore un chapitre... que penserez-vous de ce dernier ?! Je l'ignore... et ne peux que croiser les doigts ! Merci encore à celles qui ont pris le temps de me laisser un petit mot... à chaque fois, j'ai une petite danse de bonheur (intérieure, quand il y a du monde autour, hein...!). Pour les petits mots... il se fait "tard", je vais un peu grouper, mais je n'en pense pas moins fort à chacun(e) de vous !
Canardsac, teddyursa, ju, Loony : Attia jalouse, jalouse... jalouse ?! LOL ! chapitres à suivre, si vous voulez le savoir !
Neko, Alexandra et MarinaLuna : oui, passage de discussion peu sympathique entre Attia et Candice mais... en effet, cela oblige quelque peu notre chère commandant à prendre conscience de certaines choses...
Alexandra, MarinaLuna, teddyursa et Ju : ravie que la scène de la plage vous plaise... ! J'ai pris grand plaisir à l'écrire !
Candice, Loony : ah oui, saleté de règlement... à voir ce que ça donnera, tout ça...?! Courage, les filles... Aussi bien pour la santé, le boulot que le débarquement dans un trou paumé !
Loony, teddyursa et Neko : ah, oui, pauvre petit Meddhi... Mais c'est vrai, je n'avais pas beaucoup développé cela et, depuis "un paquet de chapitres", je trouve que cette histoire sous-jacente s'oubliait... Or Candice est toujours suivie... Mais Meddhi a subi un traumatisme important... !
Lolo : merci pour ton commentaire sur le groupe !
J'espère que les membres du groupe FB "Les amis qui aiment Candice Renoir" apprécieront le clin d'oeil, en fin de chapitre, à un certain post du 12 février ;)
Merci encore pour tous vos commentaires (et ceux en direct de Nanoushka... et Nami, pour le début du chapitre).
Bonne lecture à toutes et à tous, bonne découverte de cette petite suite des aventures de la BSU de Sète...
Et n'oubliez pas, amis lecteurs :
UNE REVIEW C'EST COMME UN SOURIRE : ça ne coûte rien à celui qui la (le) fait, mais ça apporte tellement à celui qui la (le) reçoit...!
A très bientôt, Bises
K.
Après son bref vertige dans le couloir, Candice lui avait frôlé le bras, comme une douce caresse pour le rassurer, puis elle s'était adressée à Nathan :
- Tu m'expliques ?
- Oui. Mais dans ton bureau. Finissez avec Puech…
Ce qui ne traina pas. Antoine présenta à l'homme de main du Grec la feuille que venait de lui confier Chrystelle. Le malfrat prit le temps de relire ses aveux avant de les signer. Le système judiciaire s'enclenchait maintenant, dépassant les services de police… Romuald Puech allait passer dans le bureau d'un avocat, être déferré, mis en détention en attendant un procès… La justice allait pouvoir œuvrer et, peut-être, l'homme serait amené à témoigner au procès de son commanditaire. Mais pour cela, il leur restait à appréhender le fameux malfrat.
En rejoignant ses collègues, le capitaine passa devant la pièce où Candice travaillait. Dos à la porte, la commandant était au téléphone, tournée vers la fenêtre qui ne montrait plus que l'obscurité environnante… La blonde expliquait à son interlocuteur que l'acolyte de Kyprianos les avait suivis jusqu'à Valence, mais, par chance, Anaëll Léoni ne risquait rien. A travers les mouvements de la jeune femme, il devinait sa fatigue. Ses gestes étaient plus lents. Sa main s'appesantissait dans ses cheveux. Et puis sa voix… légèrement roque… moins enjouée… un débit moins rapide… Il était temps que la journée s'achève !
Dans l'open-space, ses collègues terminaient les tâches en cours. L'organisation du lundi était notée sur le coin du tableau d'enquête. Quelques minutes plus tard, Nathan leur faisait signe. Les trois policiers de la BSU le suivirent jusque dans le bureau de leur supérieure. Une certaine tension y régnait… Tous attendaient que l'homme de la PAF leur explique ce qu'il avait appris…
A peine la porte fermée, il attaqua :
- Comme je vous l'ai dit, j'ai eu les collègues en charge du dossier Kyprianos. Ils le traquent depuis un moment… et suivent l'enquête Léoni. C'est cette équipe qui est à l'origine de la mise sous protection des deux filles…
Antoine était appuyé contre un mur, dans une zone stratégique qui lui permettait tout à la fois de garder Candice dans son champ de vision et d'observer les différentes personnes en présence… Il écoutait Nathan avec attention et attendit pour l'interroger :
- Pourquoi ils t'ont appelé ?
- Ils ont cherché à contacter Candice, qui ne répondait pas… Puis Attia… pareil… Du coup, c'est moi qu'ils ont tenté de joindre, vu que nous sommes de la même brigade… Et je transmets le message.
- Qui est… ? Demanda Renoir d'une voix fatiguée.
- Ils suivaient votre enquête, depuis que le nom de Kyprianos a fait surface… Cet après-midi, ils ont vu les premiers rapports de la planque. Ca fait des années qu'ils essaient de coffrer le Grec. Visiblement… ils ont été assez… impressionnés… que, sans avoir toutes leurs infos, vous l'ayez manqué de si peu !
- Et… ils ont appelé… pour ça ?!
Elle paraissait incrédule… et terriblement lasse… Nathan avait dû s'en rendre compte car il reprit d'un ton rassurant.
- Non, enfin pas tout à fait. Déjà, ils voulaient te féliciter… Ensuite… Ils veulent vous rencontrer… Faire le point avec la BSU. J'ai cru comprendre qu'ils avaient une piste, mais ils ont besoin de voir certaines choses en direct… Emard, leur commandant, ne m'en a pas dit plus.
- Ok, soupira Candice. Quand peuvent-ils venir ? Ou on les rejoint ?
- Ils ont réservé leur train. L'équipe débarque mardi à 14h, à Montpellier. Réunion de 15h à 17h…
- Avec un peu de chance, on aura bien avancé lundi… Fit Chrystelle, prenant enfin la parole.
- Et ils partageront leurs informations, acheva le brigadier.
…
Le samedi après-midi, devant ses dessins étalés sur le lit, il était indécis. Lequel choisir ? Lequel montrer à Candice ? Il n'arrivait pas à se décider… Certains étaient définitivement trop osés, d'autres utilisaient la même technique que le graph sur le mur du commissariat ou bien y ressemblaient… Et il ne pouvait envisager de tout lui révéler en même temps… Surtout que, vu les capacités de déduction de sa commandant préférée… elle ne passerait pas à côté de tels indices ! Antoine soupira, incapable d'en sélectionner un. Il avait besoin de s'aérer.
La moto vrombissait, puissante, l'amenant loin de chez lui… Il serpentait dans les ruelles du centre, passant non loin de la boutique de lingerie où Mélinda / Mélissa avait travaillé… Puis repartit vers le port, qu'il longea, obliqua vers la Corniche, s'éloigna encore… Quelques minutes plus tard, il pilait à un stop. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas réalisé qu'il se dirigeait vers le pavillon d'une certaine blonde… A peine une centaine de mètres le séparait de la demeure… Mû par une soudaine idée, il redémarra, dépassa la maison de Candice et se gara. De là, il était tout près de la plage… Il s'y promena, regrettant cette balade, quelques semaines auparavant… Alors qu'il traversait les dunes pour rejoindre sa cylindrée, il s'étonna des images que la végétation créait au milieu du sable.
Elle veut un dessin… ?! Je vais lui en faire un !
Dumas saisit une badine de bois flotté et, imaginant un feuillage exotique sous les ficoïdes, commença à tracer des lignes. Bientôt, un palmier apparut sur le sol. Quelques mouettes et autres oiseaux marins intégrèrent l'œuvre éphémère… Il ajouta la mer, martelant le sable pour lui donner un effet de relief. Malgré tout, quelque chose manquait… Antoine remonta sur la petite colline, cherchant à prendre du recul et de la hauteur. Il y avait un « trou », au milieu et il ne savait pas comment le combler. Cherchant l'inspiration, il regarda autour de lui. Les murs à demi effondrés et couverts de végétation de l'ancien hôpital, des dunes, la mer, la maison de Candice… Mais oui ! Qui d'autre que sa muse pouvait avoir une place sur son dessin ?! La silhouette prit forme, tout près de l'arbre. Ses cheveux, ondulés, flottaient au vent, frôlant son épaule à demi dénudée, dissimulant son visage… Voilà… Cette fois, il est fini… Ne restait qu'à le montrer à celle qui l'avait inspiré… Si toutefois elle était chez elle.
Le capitaine jeta le bâton et retourna vers la plage pour s'y assoir, face à la mer. Là, il rédigea un bref sms et patienta… La réponse, positive, arriva sans tarder. Il ne lui restait plus qu'à attendre l'arrivée de la commandant et ensuite… ensuite… il aviserait. Antoine ferma les yeux, profitant de la caresse du soleil et du calme environnant. Le sable crissa elle était là… Il le savait… Rien qu'au frisson qui lui remontait le long du dos… Dumas se leva pour la rejoindre. Elle était immobile et le dévisageait, un demi-sourire aux lèvres… Le soleil jouait dans ses boucles, créait des jeux d'ombre sur sa peau diaphane, faisant briller ses yeux si bleus… Il l'enlaça, l'embrassant sur la tempe avec toute la tendresse, tout l'amour qu'il éprouvait pour elle. Et la blonde resta nichée dans ses bras… Trop immobile… Son cerveau devait encore accueillir une kyrielle de pensées, bouillonner d'informations, de questions et de doutes…
- Arrête de penser… C'est le week-end. Il fait beau… Profitons… Lui murmura-t-il avant de l'entrainer par la main.
Ils marchèrent, sereins. Main dans la main, seuls sur cette longue plage immaculée. Dumas avait l'impression de vivre un moment hors du temps. Même le cri des mouettes ne perturbait pas le calme de l'instant. Candice, silencieuse, devait se sentir aussi bien que lui… Il lui jetait parfois un discret coup d'œil, admirant la femme sans artifice, ses cheveux dansant sous le vent. D'un commun accord, toujours sans un mot, ils décidèrent de faire demi-tour. Antoine ne résista pas davantage et lâcha la main chaude de la blonde. En échange, il entoura ses épaules de son bras. Leurs corps se rapprochèrent naturellement et ils reprirent leur balade. Comment aborder le sujet du dessin ?! Un peu préoccupé, il jouait avec une mèche qui avait eu le malheur de lui chatouiller le dos de la main. Déjà, le portail se devinait… Et avec lui, la fin de la promenade… Il allait falloir se séparer… La laisser partir…
- Attends, la retint-il. Pas tout de suite…
- Quoi ?
Candice le regardait, interrogative. Ses prunelles azuréennes le dévisageaient.
- … Suis-moi !
Inutile de réfléchir davantage. La prenant par la main, il partait entre les dunes, la guidant à sa suite, se dirigeant vers son dessin…
- Où tu vas ? Antoine ! Protesta Renoir.
- Chut… suis-moi !
Il préférait éviter de réfléchir, craignant de changer d'avis… Dumas appréhendait de lui révéler ce tableau éphémère, à quelques mètres d'eux. Leur parcours lui faisait oublier l'enjeu. Il avait l'impression d'être retombé en enfance, de jouer aux pirates sur la plage… Etre un petit garçon qui guiderait son amoureuse vers un trésor, bravant les vagues ensablées et mille dangers tapis dans la végétation rase… Et lui offrir le paysage ainsi que son esquisse… Comme une déclaration… de confiance… d'amour…
En bas de la dune, il s'arrêta :
- Candice… Tu m'as demandé quelque chose… Hier…
Elle ne voyait pas de quoi il parlait, visiblement… Elle le dévisageait, douce et attentive. Son sourire l'encouragea à continuer.
- Tu m'as demandé un dessin…
- ... Oui… Tu en as amené un ?!
Comme ses yeux brillaient ! Pourvu qu'elle ne soit pas déçue… Que ça lui plaise… Pour le savoir, il n'y avait plus qu'une chose à faire…
- Viens.
Hésitant, il lui tendit la main. A peine l'avait-elle saisie que ses yeux bleus se figeaient. Elle vient de réaliser que je ne tiens rien dans mes mains… Et elle se demande ce que cela peut bien vouloir dire ! Sans devancer les interrogations qu'il sentait arriver, il l'attira vers lui, l'aidant à gravir la butte. Au sommet, il la vit admirer le panorama, laisser courir son regard sur les ruines de l'ancien hôpital, la page, sa maison… Puis, plus bas, le sable… A l'affut, il observait chacune de ses réactions. Les yeux de Candice s'écarquillèrent de surprise puis balayèrent croquis, suivant les lignes tracées, s'arrêtant sur chaque détail… Son cœur battait à tout rompre, attendant le verdict.
- C'est magnifique…
Il resta sans voix… Ca lui plait ?! Vraiment ?
La blonde se tourna vers lui, un brin goguenarde et lui frappa gentiment le bras tout en le réprimandant :
- Mais tu ne t'en tireras pas comme ça ! Tu l'as fait exprès ! Je voulais voir un de ceux que tu caches dans cette pochette, Antoine !
Son cerveau était comme un disque rayé, incapable d'aller au-delà du compliment de Candice. Sa collègue avait été… touchée… par l'œuvre éphémère… l'avait admirée… Et, après ce léger coup, elle avait laissé la main sur son coude. Elle ne le jugeait pas, bien au contraire… Mais si elle avait aimé celui-ci, il pouvait se permettre de lui montrer un autre dessin… Oh, peut-être pas un de ceux de la pochette, mais… un autre… Et puis, après… s'il s'avérait qu'elle y était sensible… s'ils continuaient à se rapprocher… alors… oui, peut-être pourrait-il envisager de lui montrer ce qu'elle voulait voir…
- Antoine… L'appela Candice de sa voix chaude.
- Je n'ai jamais montré ce que je fais… Pas depuis mon prof d'art, il y a… longtemps, murmura-t-il, les yeux rivés sur l'horizon.
Il ne se sentait pas capable d'affronter les iris bleus, trop perspicaces. Renoir serait capable d'y déceler ses doutes, et sa… fragilité. Cette angoisse dévorante du jugement des autres. Des railleries concernant sa sensibilité. Charmant héritage que sa mère, à force de critiques, lui avait légué.
- Montre-moi, s'il te plait… Ceci est… magnifique… J'aimerais découvrir ce que tu fais… sur papier… Fais-moi confiance…
Cette fois, il baissa les yeux vers elle. Candice qui le regardait, patiente, douce… Elle ne le forçait pas, se contentant de lui demander… Cherchant visiblement à lui faire comprendre que cela lui tenait à cœur, qu'elle espérait voir ses réalisations. Peut-être partager un peu de sa passion… Etait-elle sensible à l'art ? S'y intéressait-elle ?
- Ok… Soupira-t-il, résigné.
De toute façon, elle avait toujours gain de cause. Impossible de lui résister… Et il n'en avait aucune envie, d'ailleurs. Par contre, il ne lui montrerait pas directement le contenu de sa pochette… Non, mais il lui permettre de voir un autre dessin, comme prévu… Elle parut ravie par son accord et, se hissant sur la pointe des pieds, vint déposer un tendre baiser sur sa joue. Pourquoi le temps passe si vite, dans ce genre de situation ?! Antoine retint un haussement d'épaule et entama la descente de la dune pour retourner vers la plage
- Merci… Attends ! Je prends une photo… Tu es capable de l'effacer quand j'aurais le dos tourné !
Elle n'avait pas tout à fait tort. Il se demandait justement si, une fois sa charmante collègue rentrée, il devait effacer ou non ses traces dans le sable… Il éclata donc de rire, amusé une nouvelle fois par sa perspicacité. Quand elle eut fini, le téléphone glissé dans une poche, il lui tendit les bras. Prêt à l'accueillir en bas de la dune… Candice ne se fit pas prier, venant se réfugier contre lui, soupirant doucement… Il l'enserra, murmurant son prénom tout bas, au creux de son oreille. Il n'avait pas envie de partir. De la quitter. Qu'elle lui manque, encore… Bien sûr, il fallait qu'il la laisse et rentre chez lui, mais pas comme ça… Il avait besoin de s'enivrer d'elle. Et peur de la perdre. Qu'un autre ne vienne voler son cœur, comme l'avait mis en garde Nathan… Cédant à la tentation, il vint saisir une boucle blonde, l'enroula entre ses doigts comme pour figer le temps… Puis la coinça derrière son oreille et laissa sa main glisser le long de sa joue… Renoir ne le quittait pas des yeux. Ils voulaient la même chose… Enfin, il se décida et vint cueillir un baiser sur ses lèvres pleines. Autour, le monde avait disparu. Seuls subsistaient leur étreinte, le plaisir de leurs corps enlacés… Se sentir vivre quand il la tenait dans ses bras…
- M'man… M'man !
Il sursauta. Candice paraissait tout aussi surprise que lui.
- Et merde… Soupira-t-elle.
- On n'a pas de chance… Toujours interrompus…
Elle revint contre lui, se pelotonnant contre son torse, le visage caché au creux de son cou. Elle rit… Imprévisible… Amusé, il l'enlaça avant de reprendre la parole :
- Tu devrais y aller, ta fille te cherche…
- Ca ne va pas ?! Candice s'était brutalement écartée et le regardait, stupéfaite.
- …
- Si elle me voit débarquer, maintenant, des dunes, elle va se douter qu'il y a quelque chose… et va venir fouiner !
La blonde secoua la tête et fit demi-tour, le traînant à sa suite. Ils s'arrêtèrent derrière un des monticules, non loin d'Emma qui continuait à appeler.
- M'man, t'es là ? Non, P'pa, elle répond pas…
La commandant était immobile, les lèvres entr'ouvertes, écoutant la discussion entre sa fille et son ex-mari… Séduisante… Il l'entoura de ses bras et vint frôle la peau si douce de sa joue. Son prénom lui échappa, comme un aveu de faiblesse, et Candice se lova contre lui.
- Nan, j'sais pas… elle est partie se balader… Ouais, j'essaie sur son portable… Continuait Emma
- Merde, merde, merde ! Grogna la blonde.
Presque paniquée, elle se saisit de son téléphone et le mit sur silencieux… juste à temps ! Déjà l'écran s'allumait et le visage de l'adolescente brune apparaissait. Renoir lâcha un lourd soupir, soulagée et leurs yeux se croisèrent. Tout le comique de la situation leur apparut. Ils se comportaient comme deux enfants, jouant à cache-cache… ou deux adso énamourés qui évitaient leurs parents ! Le fou-rire les saisit, inextinguible. Tentant de rester discrète, Candice avait posé le front contre son épaule et il sentait son corps secoué de spasmes, tandis qu'elle pressait la main sur sa bouche.
…
En repartant, il passa devant son dessin. Antoine ne put retenir un sourire en pensant à l'heure qui venait de s'écouler. La réaction de Candice en découvrant son œuvre dans le sable, et puis leur balade… et ce baiser, fabuleux bien qu'interrompu, encore une fois… et leur complicité retrouvée… C'était ce qu'il espérait, ce qu'il voulait en retrouvant la brigade… Et l'enquête allait finir par être clôturée. Soit positivement, s'ils parvenaient à arrêter Kyprianos, soit… soit la commissaire la classerait. Et lui allait devoir choisir son affectation. Pourvu que je puisse réintégrer définitivement la BSU… Qu'il n'y ait pas de souci… Qu'Attia tienne ses engagements…
…
Quand Renoir annonça la modification du programme de ce lundi matin, le capitaine tiqua. Malgré leurs échanges de sms, la veille, elle lui manquait… et il avait espéré partager quelques moments avec elle. Mais non, il dut partir avec Chrystelle afin interroger les riverains.
Prenant la liste établie le vendredi précédent, ils frappèrent aux portes, interrogeant famille après famille… Mais personne n'avait rien vu, rien entendu. Ils faisaient chou blanc, et il ne restait plus beaucoup de témoins potentiels… La femme suivante, qui vivait dans un collectif tout proche de la cabine, avait bien entendu le téléphone mais, occupée à repasser ses draps, elle ne s'était pas interrompue pour voir ce qu'il en était… Au moins, on sait que ça a sonné quatre ou cinq fois avant que quelqu'un ne décroche, songea Antoine, quelque peu dépité. Leur visite suivante concentrait leurs plus grands espoirs. En se rendant à ce domicile, Dumas nota la présence de la voiture de Candice. Cette dernière devait être au collège, occupée à interroger les élèves qui utilisaient la sortie à l'arrière de l'établissement. A quelques mètres de là, une femme les accueillit. Avenante, elle leur proposa une tasse de thé ou de café qu'ils déclinèrent aimablement. Même si Renoir dérogeait parfois à la règle, ils n'avaient théoriquement pas le droit d'accepter…
Assis autour de la table du salon, ils questionnaient Madame Leroy. La femme, âgée d'une petite quarantaine d'année, était mère au foyer et, depuis quelques mois, vendait des produits de beauté à base de plantes. Cette activité lui permettait de compléter les revenus de son époux tout en restant disponible pour leurs deux enfants, Louis, treize ans, et Julia, neuf ans.
- Non, je suis désolée… vers 18h, je n'étais pas là… Déclara-t-elle, visiblement ennuyée.
- Pourtant votre mari m'a dit que vous deviez être présente… Indiqua Antoine.
- Mon mari… Vous savez, le jour où il retiendra le planning de la famille…
- Vous étiez donc absente à ce moment-là ? Reprit Chrystelle, l'invitant à continuer.
- Oui… Mon fils a entrainement de 17h à 18h, le vendredi. Il finit les cours à 16h30, je l'y amène, je reste sur place… Et on repart vers… 18h10, parfois 18h15. Nous sommes de retour pour 18h30.
- Pourtant vous n'étiez pas là, quand je suis passé. Je n'ai vu que votre époux… Insinua Dumas.
- Vous avez dû venir vers 19h, j'imagine ?
- En effet…
- Marc rentre vers cette heure-là… Un peu après nous. Mais la semaine dernière, après l'entrainement de Louis, nous sommes allés acheter un maillot de bain pour Julia. Elle commence la piscine dans une semaine, avec l'école… Quand nous sommes arrivés à la maison il était près de 20h… Et nous avons commandé des pizzas !
Quelques minutes plus tard, la maîtresse de maison les raccompagnait à la porte et tous trois eurent la surprise de se retrouver nez à nez avec un adolescent accompagné de… Candice ! La chef de groupe se présenta, salua la maman puis remercia le collégien et repartit, suivie de ses collègues. Pour le moment, ils ne pouvaient rien faire de plus dans le quartier.
…
De son côté, Meddhi avait obtenu plus de résultats. Quand l'équipe arriva à la BSU, il finissait de visionner la dernière bande, en accéléré. Il leur apprit que Kyprianos avait pris la ligne 7, selon toute probabilité. Dans ce bus, un homme avait évité les caméras de surveillance… On ne voyait son visage sur aucune des bandes… Un homme précautionneux et intelligent, expert dans l'art de la dissimulation… Normal qu'il échappe à tout le monde depuis autant d'année, se dit Antoine. Par mesure de précaution, le brigadier avait vérifié les autres enregistrements. Pas le moindre signe d'un homme correspondant au signalement du Grec…
Après le repas, ils se réunirent, mettant en commun les dernières informations et organisant la suite de leurs recherches. Badou leur montra le trajet du malfrat et monta un dossier récapitulant ces éléments. On suivait ainsi l'homme, depuis son arrivée dans le bus de la ligne 7 à 18h03 à la descente, quatorze minutes plus tard, dans un quartier calme et excentré. Totalement dépourvu de système de vidéosurveillance, comme la ruelle de la cabine téléphonique… Il avait tout prévu, tout anticipé… Il a certainement des points de chute, des contacts et des « procédures » en cas de danger… Pendant que Chrystelle et Meddhi se rendaient dans cette zone, pour tenter d'y trouver des indices ou témoins, Candice devait retourner dans la ruelle. L'adolescent avec lequel elle s'était entretenue lui avait parlé d'une femme âgée qui, visiblement, était dans les environs, plusieurs soirs par semaine… Dont le vendredi, en fin d'après-midi. La commandant voulait en savoir plus. Antoine, lui, allait contacter les patients de l'infirmière et vérifier les différents alibis des gens du quartier. Avec ce programme, l'après-midi passa à toute vitesse et la brigade quitta les locaux vers dix-huit heures, harassée. L'enquête progressait, pas à pas… trop lentement au goût de Dumas… et de ses collègues !
…
Mardi… La tension était palpable dès le matin. Le capitaine devinait bien que chacun d'entre eux redoutait l'arrivée imminente de l'équipe en charge du dossier Kyprianos. Comme prévu, Candice était repartie mais, cette fois, il était avec elle, dans la voiture…
- Tu m'expliques ce que tu vas faire ?
- Mais je l'ai dit, Antoine…
- Oui, interroger un gamin… Mais tu l'as déjà vu, et il ne t'a rien raconté d'intéressant, hier matin !
Il ne comprenait pas ce qui la poussait à revenir à la charge… Renoir leur avait pourtant annoncé qu'elle avait besoin de revoir l'un d'eux, suite à sa rencontre avec la vieille dame du lundi soir… Le capitaine devant questionner l'infirmière à nouveau, il avait profité du déplacement… C'était un excellent moyen pour partager quelques minutes avec sa si charmante collègue… qui demeurait silencieuse !
- Tu n'as pas envie de me dire ce que tu vas chercher, avec ce gosse… Marmonna-t-il.
- Sois pas vexé, Antoine, sourit-elle, amusée.
- …
- Je ne suis pas sûre que cette piste donne quelque chose. Je n'ai pas envie qu'on ait encore des faux espoirs… Cette enquête nous fait suffisamment tourner en bourrique !
- C'est sûr que Kyprianos a de la ressource… Confirma Dumas.
- Il est intelligent et prévoyant. Il ne fait que très peu d'erreurs… Mais ce serait bien qu'on ait quelque chose, maintenant…
- Hum… Et avant que les nantais débarquent, cet après-midi !
- Oui… Mais dis-moi, qu'est-ce qui te met de si mauvaise humeur ?! C'est revoir cette infirmière ? Elle est jeune, d'ailleurs ? Ou c'est le fantasme de l'infirmière et sa blouse… ?!
Elle ne le regardait pas, en disant cela… Antoine eut soudain la certitude que Candice manquait cruellement de confiance en elle… Et était à tellement loin de penser qu'elle plaisait réellement aux hommes. Et qu'il était totalement fou d'elle…
- Crois-moi, je préfère mille fois une autre blonde…
Elle venait de se garer et il en profita pour effleurer sa main, posée sur le levier de vitesse. La caresser avec tendresse pour tenter de la rassurer, de lui transmettre ses sentiments en silence… Parce que ce n'était pas le moment de parler… d'avouer trop de choses… Renoir se mordillait les lèvres… Et ses joues s'étaient délicatement teintées de rose…
- Allez, on y va ? Ton collégien va t'attendre… !
…
Dans le cabinet paramédical, il patientait, assis sur une chaise en bois. La jeune femme était occupée dans une pièce et sa consœur n'allait pas tarder à revenir des soins à domicile. Antoine espérait les voir toutes les deux afin de les questionner et obtenir la liste des patients vus en consultation, avant l'appel de Kyprianos… La blondinette raccompagna un homme à la porte et invita le capitaine à entrer dans sa salle de soins. A sa demande, elle entreprit de récapituler toutes les personnes rencontrées à partir de 15h30, le vendredi précédent. Compulsant régulièrement un gros agenda de cuir noir, elle alignait les noms, les uns au-dessous des autres. Elle n'avait pas chômé, en fin de semaine… Le policier entendit la porte d'entrée s'ouvrir un bref instant, juste avant qu'une femme les rejoigne. Brune, quarante-cinq ans environ, elle avait un visage avenant.
- Bonjour Monsieur…
- Capitaine Antoine Dumas, BSU de Sète.
- Enchantée. Sophie Dumoulin. Je travaille avec Nathalie… J'étais en soins à domicile. Je peux vous aider ? Proposa-t-elle aimablement.
- Et bien… Oui, j'aurais besoin de la liste de vos patients, à partir de 15h30…
Elle acquiesça et s'éclipsa dans son propre bureau.
Quelques instants plus tard, plusieurs personnes arrivaient et Dumas dû retourner dans la salle d'attente. Chaque usager ne restait guère qu'une dizaine de minutes, à peine plus, mais Antoine s'impatientait déjà. Candice ne lui avait donné aucune nouvelle et il redoutait que cette matinée soit aussi peu productive que celle de la veille… Enfin, l'infirmière l'invita à la rejoindre pendant qu'elle finissait son énumération. Elle n'avait plus de soins pour la matinée… qui arrivait à son terme ! Penchée vers le jeune homme, révélant son décolleté, elle papillonnait des yeux dans une dérisoire tentative de séduction. Impassible, Dumas prenait le temps de relire le document, cherchant à reconnaître un nom, lorsque Candice franchit la porte. Un sourire aimable sur les lèvres, elle approchait du bureau.
- Bonjour Madame… Antoine, tu en es où… ?
- Ah, tu es arrivée, parfait ! Nathalie Talins vient de finir d'établir la liste de ses patients, pour vendredi en seconde partie d'après-midi.
- Moi aussi, lança la voix claire de Sophie Dumoulin. Vous êtes ?
- Commandant Candice Renoir, BSU de Sète.
La brune hocha la tête et lui donna sa feuille. Antoine la vit lire le document, passant en revue les noms avec un froncement de sourcils. Elle n'a pas trouvé ce qu'elle cherche, visiblement, déduisit-il. La chef de groupe s'approcha du bureau de sa démarche légèrement chaloupée. Elle posa négligemment son sac rose sur une chaise et, s'appuyant d'une main sur le dossier du siège de son second, elle se pencha pour consulter le feuillet. Son index descendait progressivement sur le papier, à mesure qu'elle prenait connaissance des patronymes. Et Dumas peinait à détacher son regard de sa main aux gestes lents et surs… Qui s'était pourtant avérée vive lorsqu'elle l'avait giflé, quelques semaines plus tôt. Tout est passé si vite…
- Alors, demanda-t-il en tentant de s'arracher à ses pensées.
Ce faisant, il se tourna vers sa collègue, sa compagne… il ne savait plus vraiment comment la qualifier… Mais il ne se posa pas la question très longtemps. La blonde était très proche et il était captivé. Envoûté… Incapable de détacher son regard d'elle. Sa gorge offerte, à quelques centimètres de lui, sa peau blanche qu'il savait si douce, et puis son cou, fin, qu'il voyait palpiter au rythme d'un cœur qu'il rêvait d'affoler… sous ses baisers… ses caresses…
- Là… !
La voix de Candice le tira de sa langueur. Elle tapotait la liste de l'index, montrant un nom en particulier.
- Hum ?
- Madame Sellin… Une de vos patientes…
- Oui. Je l'ai vue vendredi après-midi, en effet, répondit l'infirmière un peu sèchement.
La jeune femme s'était reculée sur son fauteuil, comme pour mettre de la distance avec les policiers. Renoir l'interrogea brièvement avant de la remercier. L'entretien était fini, elle avait ce qu'elle voulait… Restait à attendre qu'elle daigne expliquer à l'équipe ses déductions. Bien sûr, elle n'était pas aussi mystérieuse et secrète qu'au début de leur collaboration, mais elle élaborait ses théories dans le silence de son esprit, prenant le temps de les faire mûrir avant de les partager…
Assis à côté d'elle, il s'efforçait de regarder la route. De maîtriser ses sentiments. De cesser de la dévorer des yeux… Peu de temps auparavant, ils ne se parlaient plus. Antoine avait quitté la BSU pour la PJ et là… là, il ne rêvait que de l'embrasser, l'enlacer, partager ses journées, ses nuits, chaque minute de sa vie… Tout avait changé le jour où Candice était venue le tenter, penchée si prêt de lui, dévoilant la naissance de formes trop attrayantes… Au début de leur enquête… Juste quand il avait rejoint ses anciens coéquipiers… A partir de ce moment, ils avaient pris conscience de leur attirance réciproque. Depuis, ils avaient pris goût à ces instants volés. A ce jeu du chat et de la souris, tendre et sensuel, fait de frôlements et d'étreintes, de caresses et de soupirs, de baisers interrompus…
La voiture s'arrêta. Le capitaine réalisa brutalement qu'ils étaient arrivés à destination, devant le commissariat. En détachant sa ceinture de sécurité, il croisa les yeux bleus de Candice, si lumineux… Une mer paradisiaque… Non, je ne te laisserai pas partir avec un autre, je te le jure…
De retour à l'hôtel de police, la commandant distilla quelques informations au compte-goutte, comme si elle émettait des réserves sur sa théorie… Antoine surprit un bref échange de regard entre les deux femmes du groupe, sans parvenir à deviner ce qu'il pouvait bien signifier, puis la blonde s'isola dans son bureau. Une demi-heure plus tard, elle en sortait :
- Bon, il est temps de prendre notre pause et manger… Je reçois Madame Sellin, la « dame aux pigeons » comme disent les gamins du quartier. Et après, on file à la gare chercher les collègues de Nantes…
A 13h30, le policier de la PAF les retrouva et ils partirent à deux voitures. Antoine avait rejoint Nathan dans le premier véhicule tandis que Candice conduisait le second, faisant seule le trajet. Les deux hommes bavardèrent, Letalbec racontant les anecdotes de grossesse de son épouse, ses lubies alimentaires… Les fringales nocturnes, le récit des travaux d'aménagement de la chambre du bébé, les longues discussions sur le choix des couleurs et du mobilier ainsi que l'organisation du couple firent rire le capitaine de la BSU… Son collègue ne se prenait pas vraiment au sérieux, tournant à l'humour son quotidien de « futur papa en roulettes »… Dans ses mots, Dumas retrouvait la dérision de sa collègue, celle qui avait valu qu'il la surnomme « la fée Clochette ».
Le trio se retrouva à la gare de Montpellier, dans la longue galerie vitrée. Nathan était occupé à écrire des sms, certainement pour prendre des nouvelles de son épouse. Voyant Renoir prendre à son tour son portable et commencer à envoyer des messages, une idée germa dans son esprit. Il saisit le sien et rédigea un texto.
« Hey… Ca a été, le trajet ? Tu ne t'es pas ennuyée ? »
Candice sursauta puis pianota sur son téléphone.
« Non, Adèle m'a tenu compagnie ) Et vous ? »
« Tranquille… »
« Mais encore ? Pipelets ou muets, les garçons ?! »
« On a discuté. Nathan va être papa… Mais tu le sais certainement… »
« Oui… Adeline approche du terme… Et Nathan ne tient plus en place… ! Regarde-le ! »
Antoine ne put s'empêcher de sourire. Letalbec écrivait frénétiquement, s'interrompant parfois pour jeter un coup d'œil sur le tableau d'arrivée des trains. Il leur restait encore quelques minutes avant que la PAF de Nantes ne débarque, voie C.
« Candice… »
« Oui ? »
« J'ai envie de te prendre dans mes bras… »
« Chuuut… »
« Non… Tu me manques… trop… »
« Arrête Antoine… »
« Pourquoi ? »
« On ne doit pas… »
« On ne doit pas ou tu ne veux pas ? »
En posant la question, il sentit une pointe d'angoisse… Et si elle ne souhaitait pas qu'ils soient… plus proches… ? Et s'il se trompait ?
« Idiot ! »
« Je ne peux pas deviner, Candice… »
« J'ai envie d'être dans tes bras. De fermer les yeux. Que le monde s'arrête de tourner… »
« … Moi aussi…. Et puis aussi… »
« ? »
Il hésitait à continuer sa phrase, répondre au point d'interrogation de Candice…
« Et puis aussi… un baiser… »
« Hum… »
Il ne put se retenir et pouffa de rire. Pas assez discrètement, visiblement, car Nathan releva la tête et le considéra, sourcils froncés. Candice aussi le regarda, faussement innocente, mais ses prunelles bleues brillaient de malice et de douceur. De séduction, aussi…
- Excusez-moi, marmonna-t-il platement.
« Un souci ?! »
Pour éviter toute récidive, Antoine se mordit les lèvres. La jolie blonde le cherchait, le taquinant silencieusement.
« Aucun… ! »
- Le train vient d'arriver, annonça Letalbec, les yeux rivés sur l'écran.
« Enfin, si, finalement… ! »
« Antoine, arrête, on ne peut pas… »
« Ce serait du plus mauvais effet, devant les collègues… ! »
Il nota avec plaisir que sa remarque lui arrachait un sourire… qui disparut instantanément. A quelques mètres d'eux, sortant de la cabine vitrée de l'ascenseur, un groupe de cinq personnes. Leurs confrères.
