Hello à tous !
Me revoilà pour ce chapitre 35 qui n'était pas prévu du tout... Un petit focus sur Remus Lupin.
Je dédicace ce chapitre à Linwuin Luthien, ma bêta correctrice, qui n'a pas pu le corriger à cause de son bac blanc. Elle a passé sa dernière épreuve hier et comme promis, après l'effort le réconfort. Alors profite bien de ce chapitre que je ne t'ai pas envoyé en avant-première.
Pour tous les autres, bonne lecture !
Chapitre 35 : S'isoler du reste du monde ?
Quand Remus se réveilla, ce matin-là, il songea d'abord que cet hôtel avait un lit divinement agréable. Le matelas était à la fois épais, moelleux et doux (un vrai délice). Il s'enfonçait agréablement dans la couette délicatement parfumée et surtout, il se sentait apaisé. Alors naturellement, il gardait les yeux fermés pour profiter de cette nuit si bienfaisante qu'il méritait amplement.
La forme à côté de lui semblait également s'éveiller lentement. Il sentit une caresse étonnamment bien placée lui chatouiller les reins. Lorsqu'une érection trop matinale pointa entre ses jambes, il se senti transpercé par un courant glacé. Que ça soit à la suite d'un rêve érotique ou pas, il ne pouvait décemment pas bander en sentant le museau de son chien sur la cuisse !
« Patmol, ça suffit… »
Sa voix était pâteuse, sa langue collait encore à son palais et sa bouche lui semblait trop molle. Il aurait volontiers dormi davantage, ce n'était pas toutes les nuits qu'il profitait d'une couette épaisse qui sentait la lavande.
« Je sais que vous aimez beaucoup votre chien mais je ne peux m'empêcher de me sentir vexée… »
Remus ouvrit ses yeux et se redressa d'un bond, il quitta le lit avec précipitation.
Il lui avait suffi de cinq dixième de secondes pour passer d'un état de sommeil léger à l'affolement le plus total. Ses mains tremblaient, son cœur le frappait de l'intérieur et une longue goutte de sueur froide glissait tout le long de sa colonne vertébrale, de sa nuque à ses reins.
Il passa en revue tout ce qui l'entourait : une chambre luxueuse dont il n'était ni le propriétaire ni le locataire, un immense lit qui occupait la place centrale et surtout une fille entièrement nue qui le regardait avec un sourire amusé. Et maintenant qu'il y pensait, il était lui-aussi totalement nu.
Bordel, mais que s'était-il passé la veille ?
« Je… Je ne… Pardon… Euh ? »
La fille, dont le visage était encore caché par la pénombre, rigola doucement comme si son bégaiement était le spectacle le plus touchant du monde. Il se sentait tellement ridicule qu'il se serait volontiers camouflé derrière le fin voilage qui ornait la fenêtre. Bien sûr, ce serait incongru mais ne pouvait-il pas au moins cacher ses parties intimes ? Il se sentait nu et c'était le cas de le dire.
« Vous avez un peu trop forcé sur le champagne, je crois… »
Non, sans blague ?
Il avait à la fois mal à la tête et envie de vomir, il ne se souvenait de rien et avait l'étrange impression d'avoir remonté le temps jusqu'à son adolescence où les fêtes de James finissaient souvent par une nuit de beuverie. Lui qui supportait mal l'alcool, il alternait entre évanouissements éthyliques ou réveils très étranges où il ne comprenait plus rien. Une vraie joie !
« Que s'est-il passé ? demanda-t-il d'une voix tremblante. »
Il ne pouvait tout de même pas lui demander son nom, n'est-ce pas ? Il n'était même pas sûr de la connaître, ça ne servirait probablement à rien. Mais surtout, il avait terriblement peur de la Contamination.
« Vous ne supportez vraiment pas l'alcool, n'est-ce pas ? plaisanta la fille de sa voix tout-est-tellement-adorable. »
Remus ne répondait pas, figé par la terreur. Il cherchait du regard l'ombre d'un préservatif ou d'une protection quelconque mais la pièce était plongée dans le noir et la lumière matinale qui filtrait à travers les rideaux ne l'aidaient pas à reconnaître son propre caleçon dans l'amas de vêtements jetés par terre à la va-vite.
« Je crois que le destin veut nous réunir, annonça-t-elle solennellement. »
L'homme aux cheveux grisonnants ne croyait plus au destin depuis trop longtemps mais cela ne l'empêcha pas de penser que si tout ça avait été l'œuvre d'une force occulte quelconque alors cette femme n'avait véritablement pas de chance. Et il ne voyait toujours pas de préservatif, ça lui donnait envie de vomir (à moins que ce ne soit lié à sa consommation excessive d'alcool ?).
« Après la réunion… commença-t-elle. »
Elle s'arrêta soudainement, songeuse.
« Vous vous souvenez de la réunion au moins, j'espère ?
- Euh… Vaguement, répondit évasivement Remus qui ne savait plus pourquoi il aurait dû assister à une réunion. »
D'après ses observations, cette chambre était habitée donc il était dans l'appartement de l'inconnue et non dans un hôtel. Il entendait la circulation et en conclu qu'ils étaient à Londres et d'après la taille de la pièce, dans un quartier chic. Cependant, les meubles étaient simples et en kit très bon marché donc cette fille avait un héritage conséquent mais peu de revenus. D'après les vêtements de soirées suggestifs emmêlés à ses vieux pulls élimés, il penchait pour une étudiante.
C'était de pire en pire…
« Bon. Alors je vais tout résumer brièvement. Albus Dumbledore a invité son cercle le plus intime pour une réunion secrète. Nous avons surtout fait connaissance, les uns avec les autres, c'était plutôt amusant. Les uns hurlaient sur les autres, j'avais l'impression qu'ils allaient tous s'écharper et je commençais à penser que ça allait finir en bataille de collégien. Chacun a parlé à tour de rôle de ses qualités et de ses disponibilités et on s'est séparé.
- Oui, ça me revient… »
Cette réunion avait été infernale : tout le monde voulait commander, personne ne s'écoutait et chacun se croyait mieux que les autres. Bien évidemment, Albus avait fait un choix de membres potentiellement mortel et, à maintes reprises, certaines personnes avaient failli finir dans les services de soins intensifs suite à de graves lésions. Cela pouvait surprendre mais Remus y était habitué, les réunions de l'Ordre du Phénix n'avaient jamais été de tout repos.
« Nymphadora Tonks, déclara soudainement Remus qui se souvenait à présent du prénom de la fille nue dans le lit.
- Vous ne vous souveniez même plus de mon nom ? dit-elle avec un étonnement joyeux. Rappelez-moi de ne plus jamais vous inciter à boire, c'est catastrophique ! »
Il n'y avait toujours pas la moindre trace de préservatif dans la pièce, c'était véritablement le plus grave. Comment annonce-t-on à une jeune étudiante qu'elle a couchée sans protection avec un homme séropositif et qu'elle a probablement attrapé le sida ?
« Je vous ai déjà demandé de m'appeler Tonks mais vous étiez à moitié ivre mort donc je suppose que ça ne compte pas vraiment… »
Remus s'imposait depuis toujours un comportement très strict vis-à-vis des femmes, il s'interdisait le loisir de les contempler et bien sûr, il ne les touchait jamais. Parfois durant ses plaisirs solitaires, il se trouvait trop dur avec lui-même et songeait à se laisser séduire.
Cependant, il ne regrettait pas ce sevrage et que n'aurait-il pas donné pour que cette soirée n'existe jamais ?
« Après la réunion, je vous ai entraîné dans un bar. C'était terriblement difficile de vous approcher, vous êtes presque aussi têtu que moi. Tant mieux, ça facilitera notre relation, n'est-ce pas ? »
Là, il devait le dire maintenant. Il avait l'ouverture parfaite. Non, il n'y aurait aucune relation. Jamais. Inutile de discuter, vous ne voulez pas de quelqu'un comme moi. Parce que je suis…
« Heureusement après quelques verres, vous vous êtes détendu. Sinon, nous nous serions séparés encore une fois et le destin nous aurait encore rapprochés. Il ne faut pas lutter contre des évidences, c'est mauvais. »
Tonks semblait très satisfaite de sa phrase et son long silence marquait l'importance de ces quelques mots improvisés. Sans doute que son esprit à elle-aussi était légèrement embrumé par l'alcool… Quel gâchis, une nuit dont ils ne se souviendraient pas et durant laquelle sa vie allait être bouleversée.
« Je n'ai pas besoin de vous expliquer la suite, je suppose que vous avez compris. »
Oh oui, malheureusement. Là où des gens normaux voyaient un tas de vêtements, Remus voyait des tombes. Le cercueil d'une vie d'insouciance maintenant qu'il avait volé tout le reste de la vie de Tonks. Une nuit de sexe et une vie gâchée.
« Il faut que je vous dise quelque chose de très important, commença alors Remus. »
Son souffle était court, des larmes perlaient à ses cils et ses mains tremblaient. Dans ses pires cauchemars, il avait souvent vécu ça. Quand il se réveillait en sueur et l'esprit torturé, il se rassurait en se disant que ça ne pouvait pas lui arriver tant qu'il se contrôlait. Jamais il n'aurait imaginé un jour que ça se réaliserait.
Il se détestait, profondément.
« Je souffre d'une maladie qui…
- J'ai confié Patmol a ma voisine, déclara soudainement Tonks d'un ton trop guilleret. Je voulais qu'il reste sagement dans le salon mais il grattait à la porte et ça vous perturbait. Elle adore les animaux, son appartement en est rempli et il s'est certainement fait des tas de copains.
- Tonks, s'il-vous-plaît, laissez-moi parler ! rugit Remus d'une voix sévère qu'il n'utilisait que dans les moments de grande panique. »
Il mit un certain temps avant de reprendre un souffle suffisant. Il avait l'impression de mourir lentement. C'était comme un insecte ignoble qui grignotait son cœur de l'intérieur en pourrissant jusqu'à son âme.
Quand il se lança enfin, luttant difficilement contre l'envie déprimante de ne jamais avoir existé, Tonks parla en même temps que lui :
« Il faut que je vous dise… commença Remus.
- Vous êtes terriblement pâle, commenta Tonks. »
Evidemment, ils se court-circuitèrent et la conversation retomba à plat. Là où la jeune fille se sentait amoureuse et bavarde, Remus était figé par la terreur. Alors naturellement, Tonks ne pouvait plus se contenir et se lança dans le plus grand monologue de sa vie :
« Je vous ai tout de suite aimé, c'est dingue ! Oh, vous allez me trouver immature mais rassurez-vous, je ne crois plus au prince charmant depuis bien longtemps déjà. En fait, j'ai plutôt toujours été profondément pessimiste. Des histoires banales d'amitié depuis l'enfance et peu à peu, les hormones s'y mêlent. Ça peut foutre le bordel, croyez-moi. Depuis, j'ai perdu cette innocence mais quand je vous ai vu… Tout était si clair dans ma tête ! Je n'y croyais pas, personne ne peut y croire et pourtant. Je me sens tellement…
- Arrêtez ça, je vous en prie, taisez-vous. »
Sa voix mourut dans sa gorge et Remus pleurait comme s'il ne pouvait plus jamais être heureux.
« Vous n'allez pas bien du tout, vous êtes tout pâle. C'est l'alcool ? Vous semblez tellement triste…
- Je suis un monstre. »
Nymphadora ne savait pas si elle devait en rire ou en pleurer, le consoler ou compatir. Elle se sentait irrémédiablement amoureuse de Remus. Elle voulait juste qu'il soit heureux. Qu'importe les moyens, le coût ou les conséquences, tout ce qui comptait à présent, c'était le bonheur de cet homme qu'elle connaissait pourtant à peine.
Elle se leva, voulant le serrer contre elle jusqu'à ce qu'il cesse de pleurer. La réaction de ce dernier fut violente, imprévisible. Il bondit en arrière, heurta la commode et recula jusqu'au fond de la pièce. Son bras était tendu en avant, comme s'il voulait la protéger en l'éloignant.
« Ne m'approchez pas. Jamais, je suis un monstre. »
Il le répéta, en boucle, frénétiquement comme si c'était la seule vérité. Pour en informer le monde entier et probablement s'en convaincre lui-même. S'il s'écoutait, il s'enfermerait à vie pour ne plus jamais faire souffrir autrui. C'était possible, avec l'aide d'Albus. Vivre seul, en reclus, là où personne ne pouvait être contaminé. Plus jamais, jamais, jamais. Il s'en faisait la promesse.
« Remus, si vous croyez que c'est le sida me fera fuir, vous ne me connaissez pas du tout… Et si ça peut vous rassurer, vous n'avez pas cessé de le hurler à qui voulait bien vous écouter alors j'ai fait particulièrement attention au préservatif. Je n'allais tout de même pas laisser votre sperme contaminé n'importe où, je l'ai contentieusement jeté à la poubelle. Ça ne me fait pas peur, je vous assure. »
La surprise était telle qu'il baissa immédiatement sa garde et cessa de marmonner sa litanie souffrante. Tonks en profita pour l'approcher. Elle se blotti contre lui et posa sa tête contre son torse comme pour lui montrer qu'il n'était pas un monstre et qu'il pouvait même la protéger.
« Mais c'est dangereux, tenta-t-il. Je ne veux pas…
- Taisez-vous. Je n'aime pas vous entendre dire des bêtises, vous vous faites du mal inutilement. Si je vous dis que ça ne me pose pas de problème, vous n'avez pas le droit de m'imposer vos règles. Je ne veux plus vous voir souffrir et même, j'aimerai que vous soyez heureux. Ça prendra du temps mais c'est possible. J'y crois. »
Remus était extrêmement confus. Son cœur se sentait plus heureux que jamais mais sa tête n'avait jamais été aussi méfiante. D'un extrême à l'autre, des sentiments contradictoires se battaient à l'intérieur de lui. La seule réponse de son corps, à ce moment-là, fut une immense fatigue.
« Je t'aime Remus Lupin. »
Jamais de sa vie il n'avait espéré entendre ça un jour.
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Harry marchait en rond. Il tournait autour de la table, heureux d'imiter les réflexes nerveux de son modèle Severus Rogue mais aussi légèrement nauséeux. Il ne comprenait pas pourquoi le professeur de chimie s'amusait à se donner mal au cœur en tournant ainsi dans son salon durant toutes ses journées.
« Tu essaie de battre le record-le-plus-stupide-du-monde ? interrogea Hugo en entrant dans la cuisine pour boire son café du matin.
- Je fais tout comme S'verus, déclara fièrement le petit garçon.
- C'est exactement ce que je disais, grommela Hugo qui supportait de moins en moins devoir partager son presque-fils-adoptif avec l'homme le plus grincheux d'Angleterre. »
Quand Hugo s'installa sur sa chaise, prêt à boire un bon café pour se réveiller, il ne s'attendait pas à ce qu'Harry allume le feu sous une casserole remplie de lait. Combien de fois devrait-t-il lui répéter qu'il n'avait pas besoin de se comporter en esclave pour « gagner » sa nourriture et son logis ?
« Harry, on en a déjà discuté… »
L'enfant afficha une petite moue triste comme s'il repensait avec nostalgie à ses années de servitudes passées chez les Dursley. Une sorte de syndrome de Scotome sans doute. Une raison de plus de contacter sans plus tarder un thérapeute spécialisé dans les traumatismes de l'enfance.
« Je sais, répondit-il. Mais en fait…
- Je ne veux pas que tu prépares notre petit-déjeuner. Ça ne me fait pas plaisir, au contraire. C'est à moi de m'occuper de toi et non l'inverse, tu comprends ?
- Mais… répliqua Harry. »
Hugo soupira longuement.
Entre les troubles d'Harry et les catastrophes qui leur tombaient dessus les unes après les autres, il n'avait pas une minute de libre pour s'occuper de lui. Inutile donc de songer à son métier, il était beaucoup trop tendu pour soigner convenablement les dents des gens. Le moment idéal pour prendre des vacances.
« Laisse tomber cette casserole et vient t'assoir à côté de moi.
- Mais Hugo… En fait, je voulais juste te dire quelque chose de très important. »
Enfin ! Ça faisait tellement longtemps qu'il attendait ce moment béni qu'il avait cessé d'espérer. Certes, il n'était pas aussi formidablement-génial que Severus mais c'était lui qui veillait sur le garçon quotidiennement et il était temps qu'Harry se confie à lui. A partir de ce moment, il pourrait enfin se comporter en véritable père et proposer un accompagnement psychique adapté aux blessures trop profondes de cet enfant.
« Je t'écoute, Harry. Tu peux me confier ce que tu as sur le cœur, je t'écouterai sans te juger.
- Bah en fait… »
Hugo l'encouragea d'un signe de tête et Harry se lança :
« Je voulais te dire que le chocolat en poudre que Rose achète est vraiment dégoûtant et c'est pour ça que j'ai pris cette casserole, je voulais préparer du vrai chocolat chaud avec une tablette de bon chocolat noir onctueux. Est-ce que tu me permets de me servir de la plaque chauffante si c'est pour mon propre plaisir ? »
Ah. Hugo s'attendait à tout… Sauf à ça. Bizarrement, cette demande semblait très importante pour Harry et c'était probablement ce qu'il essayait de lui expliquer depuis plusieurs jours puisque ce n'était pas la première fois qu'il le surprenait avec une casserole de lait frémissant dans les mains.
Voilà tout ce qu'Hugo trouva à répondre :
« Hermione adore ce chocolat et elle ne s'en est jamais plaint.
- C'est parce qu'elle n'a jamais goûté mon chocolat chaud, se vanta Harry. J'ai une idée, je vais en préparer des litres et des litres pour en faire profiter toute la famille ! Severus va l'aimer celui-là, j'en suis sûr. »
Hugo se demanda depuis combien de temps Severus faisait partie de « toute la famille ». La réponse était évidente même si elle ne lui plaisait pas. Il avait été la famille bien avant eux, après tout, ils étaient arrivés bien après la bataille.
« Tu crois que monsieur Dumbledore aime le chocolat ou il ne mange que des bonbons au citron ? questionna Harry.
- Il est de la famille, lui aussi ?
- Oui, répondit sans hésitation le petit brun aux cheveux ébouriffés. C'est comme un papi mais encore plus vieux. »
Un vieux timbré, un ex-taulard grognon, un couple débordé, une petite fille trop intelligente et un garçon traumatisé. Quelle jolie famille ! Il ne manquait plus qu'un dépressif chronique pour parfaire ce tableau et dans son amère plaisanterie, jamais Hugo ne s'était autant rapproché de la suite des évènements…
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« Je ne peux pas, je ne la mérite pas, je suis un monstre… »
Remus était mortifié. Tonks lui faisait peur, elle représentait tout ce qu'il s'était toujours interdit et elle le changeait. Des sensations oubliées jaillissaient en lui et au lieu de le combler, ça le terrifiait.
« Je n'ai pas le droit, elle est trop bien, je suis dangereux… »
Comme elle s'était mise en tête de ne pas le laisser seul pour l'empêcher de s'enfoncer dans sa déprime coutumière et étrangement rassurante, il avait dû prétexter une envie urgente de vomir pour retrouver une solitude temporaire dans la salle-de-bain, à côté de la cuvette des toilettes.
« C'est interdit. Je vais lui faire du mal. »
Il cacha son visage dans ses mains. S'empêcher de voir pour ne plus espérer et ne jamais mettre les femmes en danger. S'isoler et ne pas vivre. Ne pas être heureux pour ne pas blesser.
« Monstre, monstre, monstre… »
Sa gorge était comprimée par l'angoisse. Etait-ce des vestiges de l'alcool ou bien le stress trop intense qui le dévorait ? Soudain, son estomac se contracta douloureusement et il vomi tout ce qu'il n'avait pas dans le ventre. Et évidemment, il n'avait même pas fait ça proprement dans les toilettes.
Tonks allait finir par le détester, n'était-ce pas pour le mieux ?
De l'autre côté de la porte, la jeune femme était appuyée sur le mur et elle se rongeait nerveusement les ongles.
Bien sûr, quand Remus l'avait supplié de le laisser seul avec lui-même sous prétexte qu'il avait mal au cœur, elle avait compris qu'il cherchait juste un moment de solitude pour s'accabler lui-même. Elle aurait pu insister pour l'accompagner et l'aider à surmonter cette angoisse mais elle avait pensé qu'il avait besoin de ça avant de s'autoriser à avancer.
A travers la porte, elle guettait le moindre indice sonore. Elle ne l'espionnait pas, elle le protégeait. Dans son école de gendarmerie, on lui avait enseigné douze moyens de crocheter une serrure avec un tournevis et appris à se servir de pas moins de vingt objets du quotidien pour défoncer une simple porte de toilettes. S'il allait trop loin, elle enfoncerait la porte.
Pour le moment, elle n'entendait rien d'autre que de simples murmures parmi lesquels elle reconnaissait des mots qu'elle n'aimait pas comme « monstre », « dangereux » ou bien « interdit ». Si on lui avait donné l'occasion, elle aurait effacé ces mots du vocabulaire anglais pour ne jamais plus les entendre dans la bouche de Remus où ils prenaient une tournure dramatique. Rien ne lui permettait d'enfoncer la porte alors elle devait juste patienter que le bad-trip (à moitié causé par l'alcool) ne redescende.
Il s'écoula en tout quarante minutes interminablement longues. Remus s'injuria, vomi, s'injuria à nouveau, pleura, vomi, s'étrangla entre larmes et rejet gastrique, pleura longuement, se roula en position fétale… Et enfin, ouvrit la porte.
« Je suis désolé, dit-il sans savoir s'il s'excusait pour avoir monopolisé la salle-de-bain, dégueulassé partout ou douté profondément de lui-même.
- Tu es vraiment un idiot, commenta simplement Tonks en l'embrassant farouchement. »
A ce moment-là, Remus se promis de ne plus jamais la faire souffrir même s'il devait pour cela commencer à vivre.
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Pour changer, Albus Dumbledore était très fier de lui-même. Sa réunion avait été, comme toujours, l'occasion de réunir ses plus proches amis/collègues/ou personnes présentant un intérêt stratégique. Bien sûr, le cocktail était souvent explosif et encore une fois, il avait craint devoir contacter les urgences suite à une folie de Maugrey ou à un coup de sang de Severus (il devrait songer à les désarmer avant de commencer la prochaine réunion). Tout était voulu puisque d'après lui, on travaillait mieux dans l'adversité.
Ce n'était pas la seule raison de son extrême réjouissance. Après avoir constaté la désastreuse vie de Remus Lupin, il s'était juré de le surveiller étroitement. Depuis ce fameux jour où il avait retrouvé Harry Potter (et avec lui un nouvel espoir de capturer rapidement et efficacement le Lord Noir avant qu'il ne recommence à manipuler la population), il avait constaté avec une immense tristesse que son ancien élève avait sombré dans l'autodestruction la plus néfaste. Garder un œil bienveillant sur lui n'était que le minimum mais il ne pouvait pas l'aider davantage.
Malgré ce que tout le monde imaginait, il n'était pas omniscient. Calculateur, organisé et probablement très indiscret, oui. Tout un réseau de SDF à son service qui lui permettait d'être toujours au courant de tout le plus rapidement possible, également. Personne ne l'avait prévenu de la rencontre entre Remus et Tonks, le jour où Lord Voldemort annonça son retour. Par conséquent, il n'avait pas été mis au courant.
Quel heureux hasard que Remus Lupin et Nymphadora Tonks fassent parti respectivement de ses amis les plus proches et des personnes présentant un intérêt stratégique, bénéficiant ainsi d'une place méritée au sein de l'Ordre du Phénix. Il n'aurait pu rêver mieux pour son petit protégé. Il méritait amplement une belle relation amoureuse et Nymphadora était probablement la fille la mieux placée, à la fois assez douce pour prendre soin de lui et suffisamment ferme pour ne pas le laisser sombrer dans cette dépression qui lui avait fait déjà trop de mal.
Son travail était ingrat. Il prenait des décisions essentielles qui le déchiraient et qui réduisaient des vies au néant dans l'unique but d'en préserver d'autres. Une justice froide appliquée avec logique et calcul mais sans sentiment où la vie du plus grand nombre l'emportait sur l'existence d'un proche. Personne ne pouvait se vanter d'être aussi juste que lui et souvent, il se dégoûtait. Il s'en voulait terriblement, à chaque fois qu'il constatait l'horreur après son passage.
Mais aujourd'hui, il pouvait se permettre de répandre un peu de bonheur. Tout allait pour le mieux et ils étaient tous heureux, comme trop rarement. Ça ne durerait pas longtemps et lui-seul le savait mais il ne pouvait pas se permettre de se laisser guider par ses sentiments. Parce que si ce n'était pas lui qui le faisait alors personne et l'Angleterre (voir le monde entier) sombrerait doucement dans la dictature la plus infâme.
Il s'était sacrifié, dès le début. En assassinant froidement mais logiquement son unique amour, Grindelwald. Une partie de lui-même était morte ce jour-là, sans doute l'endroit où résidait son cœur.
La clé tourna dans la serrure et il poussa la porte. Il songea trop tard qu'il était d'usage de frapper à la porte d'entrée et de patienter. Trop souvent, il était pressé par le temps et la patience n'avait jamais été son point fort.
C'est donc un peu malgré lui qu'il assista à l'échange de salive à la fois le plus écœurant et le plus touchant qu'il lui ait été donné de voir. Ne voulant pas interrompre ce moment unique, il contempla le spectacle en silence avec un sourire ému sur son visage âgé.
« Professeur ! s'écria Tonks en sursautant comme une lycéenne prise en faute. »
Quand Remus voulu reculer le plus loin possible d'elle, n'étant pas encore à l'aise dans cette relation naissante, elle l'attrapa fermement par le bras pour le garder à ses côtés. Albus eu un tendre sourire un brin nostalgique, bien camouflé sous sa longue barbe argentée.
« Il y a une porte, informa Remus comme si leur mentor ne le savait déjà pas.
- Je tâcherai de m'en souvenir, promis Albus. »
C'était inespéré. D'une part, le directeur de Poudlard admettait qu'il avait eu tort de pénétrer brusquement dans cet appartement et d'autre part, même si son serment n'était pas catégorique, le vieil homme tenait toujours ses promesses.
« Que nous vaut le plaisir de cette visite matinale ? questionna Tonks avec une voix cynique n'ayant rien à envier à celle de Severus.
- A vrai dire, je souhaitais m'entretenir avec Remus en privé mais votre compagnie est fort agréable, restez donc avec nous. »
Si Remus faisait aveuglément confiance à Albus malgré la vie qu'il lui avait détruite, ce n'était pas le cas de Nymphadora. Ce fut donc un immense soulagement pour elle de rester à côté de l'homme qu'elle aimait. Elle ne le laisserait pas se faire manipuler par un vieux fou qui agissait pour le bien commun en négligeant les individus.
« J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer, déclara Albus avec un grand sourire. Harry Potter est en sécurité, sa famille l'entoure du mieux qu'elle peut et il peut enfin grandir et s'épanouir comme il aurait dû. La seule chose qui lui manque, c'est quelqu'un qui connaissait ses parents afin qu'il puisse se représenter d'où il vient. »
Remus aurait accepté sans réfléchir, quelques heures auparavant. Mais il y avait eu la terreur, ce matin-là. La peur d'avoir blessé la plus douce des femmes et il se rappelait maintenant pourquoi il était monstrueux. Il suffisait d'une seule coupure…
« J'aurai été ravi mais… »
Etait-il vraiment obligé d'argumenter ? Albus lui faisait confiance depuis toujours mais il voyait forcément cette part monstrueuse en lui qui pouvait causer souffrance et destruction. Si l'enfant était heureux, c'était important qu'il le reste. Que pouvait lui apporter un chômeur sans domicile ?
« Attends, je ne comprends pas bien… N'était-ce pas ce que tu attendais depuis des années ? s'étonna Tonks.
- J'ai mes raisons, expliqua calmement Remus.
- Evidemment, grommela l'étudiante. J'ai parfaitement compris comment tu fonctionnes. Quoiqu'il se passe dans ta vie, tu choisiras pour toi toujours le chemin le plus douloureux. N'imagine surtout pas que c'est héroïque, c'est juste pathétique. »
La première dispute d'un couple était toujours vive mais elle arrivait généralement après la passion farouche du début. Là, Tonks hésitait clairement puisqu'elle risquait de perdre un amour qu'elle n'avait pas encore entièrement apprivoisé. Remus était depuis trop longtemps enfoncé dans les sables mouvants de la dépression et elle voulait l'en sortir quitte à le brusquer.
« Je sais, dit-il simplement. »
D'une voix lasse, il évita l'orage qui grondait dans le cœur perturbé de Tonks. Puisqu'elle voyait cette fêlure, elle ne pouvait pas risquer de tout détruire. Remus était si fragile que le moindre choc le briserait en millier d'éclat.
« Il accepte, répondit-elle à sa place.
- Merveilleux ! s'exclama Albus. Je vais prévenir la famille… »
Remus aurait voulu lutter mais il ne bougea pas. Les bras ballants, il regarda son mentor quitter l'appartement en sifflotant joyeusement. Il allait tellement mal, comment pouvait-il prendre une décision sage ? Pour le moment, il avait besoin de Tonks et il ferait tout ce qu'elle lui dirait. Il plaçait son entière confiance en elle tout en priant pour qu'elle n'en profite pas comme de trop nombreux gens l'avaient fait avant elle.
« Laisse-moi t'aider, supplia-t-elle.
- Comment ?
- Je n'en sais rien, avoua-t-elle. Je veux juste être avec toi.
- Tu risques de tomber avec moi.
- Dans ce cas, on sera tous les deux au plus bas et on pourra grimper ensemble. »
Tu n'as pas envie d'être en bas, là où les ténèbres t'avalent tout entier. Tu ne veux pas avoir l'impression de mourir à tel point que tu préfèrerais n'avoir jamais existé. Tu ne peux pas combattre ces ombres terrifiantes qui reflètent toutes tes erreurs passées et à venir.
Je ne veux pas que tu tombes avec moi. Je te rattraperai et je te sauverai pour que jamais tu ne souffres comme j'ai souffert. Je te protégerais contre le mal et je chercherai le bien que je ne vois plus pour que tu ris à mes côtés.
La solution, c'est d'être à deux pour se protéger mutuellement dans ce monde féroce. Grâce à toi, je le sais. J'accepte que tu tombes avec moi pour qu'on s'élève ensemble vers un arc-en-ciel de bonheur.
Toi et moi, l'amour.
Tada ! Le romantisme à la sauce Paloma Swan.
Ce chapitre n'était pas prévu ou du moins pas comme ça. La scène avec Remus perdu dans une chambre avec une femme nue à ses côtés m'a directement traversé l'esprit pour faire une transition entre la réunion de l'Ordre du Phénix et Harry qui rencontre l'ami de ses parents. Ce n'était pas censé être aussi torturé ni aussi long mais ça m'a plu donc je l'ai gardé et rallongé pour que ça prenne un chapitre entier. Albus me semble de plus en plus humain, j'essaie peut-être d'atténuer l'énooorme erreur qu'il va faire dans quelques chapitres.
Dans le chapitre suivant, Harry rencontre Remus (j'y tiens !). Il sera publié dans deux semaines, le 26/04/2015.
En attendant, je vous souhaite de bonnes vacances (enfin je crois) et à bientôt pour la suite de nos aventures !
Petite review pour encourager ce travail colossal ? Merci à vous pour votre fidélité.
