La discussion avec Donatello avait été brève. Il n'avait requis de Raphael que des informations de base ; où se situait l'immeuble, dans quelle pièce était détenu Léonardo, le nombre approximatif de membres présents et le plan à l'horaire pour Hun cette journée. Raphael lui fit aussi succinctement un rapport du plan proposé par Léo.
-J'ai confiance en le jugement de Léo. Ses plans échouent rarement. Te sens-tu capable de faire comme il t'a dit ? C'est une mission très délicate…je doute qu'un balourd comme toi peut la réussir !
-Ça va aller, Donnie. Il s'agit de Léo. J'y laisserai ma peau plutôt que d'échouer.
-Un sacrifice stupide ne sauvera pas Léonardo.
-Je sais. Tu as saisi ce que je voulais dire. Mais comment les forces de l'ordre n'ont encore jamais mis la main sur les Dragons ? Cela me dépasse. Les Foots, je le comprends. Ils étaient une organisation très bien structurée, mais Les Dragons sont des criminels de pacotilles, non ?
-Plus maintenant. De plus, d'après Léo, ils changent de repaire à toutes les semaines et chacun de ses lieux comporte des passages secrets. Ils sont très nombreux et appuyés par d'autres mafias. Hun, depuis qu'il est sobre à nouveau, à faire reprendre du poil de la bête à son gang. Tu vas vraiment marcher sur de la glace mince, Raph. Es-tu déterminé à le faire ?
-Évidemment.
-Bien, reste où tu es. Dans une heure, un homme te vendra de la drogue dans des sachets à part 3 boulettes d'opium…en apparence du moins. Celle dans un sac bleu sera inoffensive. Tu inventeras une histoire s'il remarque qu'elle est à part, qu'elle est spécifiquement pour manger ou faire en tisane comme du laudanum. Car Léo s'il accepte soudainement de fumer de la drogue, cela paraitra suspect. Celle pour Léo est un léger anesthésiant. Pour qu'il soit plus calme et pour qu'il semble avoir une réaction. Les deux sont réellement de l'opium, afin la plus grosse des deux contient un substitut de tabac pour 50% de sa composition. Donc, tu pourras être moins léthargique qu'Hun et prendre des décisions. Mais tu dois agir comme si c'était une boulette pure.
-Comment saurais-je comment ? Je n'ai jamais pris d'opium.
- C'est une drogue qui enlève l'anxiété et de même, les pulsions sexuelles, ce qui est très bien pour le cas de Léo. Les effets sont à peu près les mêmes que les autres produits de la famille des opiacés comme l'héroïne. Tu devrais t'en sortir, mais prends celle pour toi.
Raphael eut une brève mais troublante pensée devant l'insistance de Donatello : Donnie disait-il la vérité ? Il semblait vouloir Léonardo pour lui seul. Si sa boulette avait comme objectif de le rendre incapable ou inconscient et ainsi faire foirer la mission ou risquer de le faire, pour être miraculeusement sauvé par Donnie à la dernière minute ? De quoi le déconsidérer éternellement aux yeux bleus de son frère. Une autre pensée lui vint :
-Pourquoi ne pas empoisonner directement sa boulette ? A Hun, je veux dire ?
-Parce qu'imbécile, s'il meurt trop rapidement et que ses généraux le retrouvent c'en ai fini de vous deux ! Laisse l'équipe que je vais vous envoyer en faire son affaire.
Raphael alla au café en face et mangea un peu après avoir repris une dose de méthadone. Habituellement, se désintoxiqué était rapide pour lui. Quelques jours d'abstinence lui suffisaient pour un sevrage complet. Un truc peut-être en rapport avec le mutagène qui demeurait à 3% dans son corps. Les effets étaient aussi atténués, s'il se comparait à ses compagnons de débauche du passé. L'opium le renverrait à la case 0, mais bon, le jeu en valait la chandelle.
Il rencontra le vendeur envoyé par Donnie et eu un moment d'indécision. Celle pour Léo était facilement identifiable même sortie de son emballage individuel bleu. Par contre, la sienne et celle d'Hun étaient pratiquement identiques. Une était légèrement plus grosse, mais de si peu, que Raphael n'était même pas certain si ce n'était pas plutôt un effet de son imagination. Il les mit dans ses poches et se dépêcha à rentrer au repaire des Dragons, puisqu'il était parti depuis près de deux heures et il savait Léo attaché durant tout ce temps, ce qui le rendait fou.
La journée se passa donc à surveiller Léo, il ne ressenti même aucune fatigue. En fait, il surveillait plutôt les gardiens de Léonardo afin qu'il s'assure qu'ils le traiteraient assez bien.
Nous étions rendus en fin d'après-midi et son frère semblait dormir. Raph avait repoussé brutalement les femmes chinoises venues donner ses repas à Léo. Un des Dragons, qui s'ennuyait de cette garde, parlait avec Raphael, qui le laissait faire, espérant en tirer quelques informations. Tout d'abord, il se questionnait sur commet Hun avait pu s'emparer de Léo. Léonardo était un redoutable ninja, toujours armé et très prudent. Cette capture avait dû se révéler difficile.
-Bah, pas tant. Nous avons eu des informations sur où il allait et à quel moment par un délateur qui lui en voulait apparemment. Quelqu'un qui avait sa confiance et qui devait être proche de lui car il nous a promis de vider le pistolet du Tigre de ses balles en toute discrétion. Parait qu'il est redoutable avec des épées, mais ce n'est pas comme s'il pouvait se balader avec dans les rues. Il a sorti son arme, mais elle était vide…le temps qu'il le réalise cela a pris quelques secondes, assez pour lui couper la retraite. Ce qui était compliqué était qu'Hun le voulait vivant et pas trop abimé. Avec une bonne vieille fléchette, on l'a eu. Depuis le temps qu'il nous cassait les oreilles avec ce policier. Je ne sais pas trop ce qu'il veut faire avec lui. Un mélange de désir et de vengeance. Il est complètement timbré. Il m'a fait jurer à moi et à 6 autres camarades que s'il se fait descendre, il veut le traitement royal : qu'on élimine son « chat » aussi, nous même. Mais bon, on a promis que si quelque chose arrivait à Hun, on trancherait la gorge du minet à la place qu'il tombe entre d'autres mains.
Raphael sentit monter une terrible angoisse. Voilà qui compliquait davantage une situation déjà suffisamment périlleuse. Il devait extrader Léo du repaire avant qu'il arrive la moindre chose à Hun. 7 hommes, dont il ne connaissait que l'identité d'un seul, avaient promis du tuer Léonardo s'il arrivait malheur à leur chef. Il devait reconsidérer sa stratégie et surveiller de près Léo et Hun. Mais qui était ce délateur qu'il en plus de livrer Léo sur un plateau d'argent à ses pires ennemis, avait vidé son chargeur, le laissant à la merci des Dragons ?
Vint le moment de la réception de la cargaison. Léo avait été habillé de force de ce que Raph se haïssait de reconnaitre comme la chose la plus sexy qu'il n'avait jamais vu. Au début, il avait craint de devoir vêtir Léo d'un ridicule costume de chat en pvc. Mais Hun avait choisi pour lui une chemise de policer à manche courtes en cuir avec des pantalons assorti et Léo était tellement sexy, dans ce combo de l'uniforme et du noir, qui étaient ces deux fétiches, que Raph comprit que jamais cette image ne pouvait lui sortir de la tête. On donna une laisse à Raphael afin de trainer Léo. Il la tenue le plus délicatement qu'il put sans trop nuire à sa couverture.
La rencontre avec les bandes latines tourna rapidement au vinaigre, un des Péruviens, ne se méfiant pas de Raphael, laissa sous-entendre à un autre de se tenir prêt. Raph comprit que c'était un guet-apens et sauva Hun in extrémis en lançant un Sai directement dans la poitrine de l'homme qui s'apprêtait à tirer. Il s'en suivit un épouvantable chaos durant lequel, Raph trop occupé à protéger Hun pour garder un œil constamment sur lui, Léo tenta de fuir. Il fut rattrapé et Raphael eut un choc :
Léo avait tenté de fuir sans lui.
De retour, Hun monta dans sa chambre avec Raphael, qui tenait toujours en laisse Léo.
-Tu m'as été d'un très grand secours Rick, aujourd'hui. De plus, mon chat a cessé de feuler. Tu sembles l'avoir provisoirement dompté. Mais je ne sais pas quoi faire de lui. Un autre chef m'a offert beaucoup d'argent pour lui, mais je répugne à m'en séparer. Mais s'il ne fait que me résister…
Raph baissa alors la voix de façon à ce que Léo n'entendît pas ou plutôt qu'Hun le croit.
-Chef. N'abandonnez pas sitôt. Vos hommes verront bien que vous n'avez pu le faire céder. Écoutez, nous pouvons joindre l'utile et l'agréable. Quand je suis allé en Asie du sud-Est, j'ai rencontré une personne pour qui les drogues chimiques étaient sans effet. J'ai avec moi de l'opium. Trois boulettes justement. Il refusera de fumer, mais nous pouvons en faire une tisane, qu'il boira. Il deviendra complétement anesthésié et docile. De même, nous, nous fêterons.
Hun cligna des yeux et se mit compulsivement à se gratter. L'hésitation se lisait clairement dans son regard. Raph comprit qu'il devait insister.
-Bah, c'est pour toi. Ne t'inquiète pas, je ne suis pas un très grand consommateur, mais lors des journées stressantes, j'aime me relaxer. Je peux attendre de rentrer chez moi. Je me disais que cela valait le coup d'essayer, avant d'abandonner. Si non, c'est lui qui gagnera contre toi. Tu n'auras pas pu le vaincre.
-Vas-y fait-le. Je ne fumerais pas par contre. Mais reste ici encore. S'il devient furieux, tu sauras le mater.
Raph serra les dents mais se dit que si Hun était accro encore jusqu'à tout récemment, il retomberait facilement. Hun refusa qu'il descende chercher ce qui était nécessaire à la préparation de la tisane et fit monter le tout par une de ses domestiques féminines. Raph suivit les quelques consignes données par Donnie et fit bien attention d'utilisé la drogue réservée à Léonardo. Ce Donatello était vraiment un expert dans tous les domaines. Sauf, bien entendu quand il avait mêlé M. Boule de poils dans sa vie amoureuse. Toute la soirée, la pensée de celui qui avait osé trahir Léo ne l'avait pas quitté. Il en était venu à la conclusion que seul Usagi avait pu le faire. Léo n'avait confiance en personne. Mais Léonardo avait avoué avoir eu une liaison avec le samouraï. Était-ce que cela avait mal fini ou bien tout simplement Léo lui avait menti pour le rendre furieux et qu'il accepte de se battre contre lui ? Raph voulait se raccrocher à cette idée bien qu'elle fut aussi vaine qu'égoïste.
Léonardo, dont on avait retiré la laisse, mais qui avait été menotté à un nouveau montant de lit, démontra une certaine résistance à boire le breuvage préparé par Raphael, mais il le fit tout de même, laissant Raph pencher doucement la tasse. Puis, Raphael se questionna. Quelle boulette était la sienne. Donnie avait tant insisté pour qu'il prenne la bonne, mais pourtant ne les avait pas marqués suffisamment pour les distinguer. Merde, hésiter le démasquerait. Il en prit une des deux au hasard. Puis, il s'aperçut avec consternation qu'il n'avait pas de pipe. Comment avoir l'air crédible ? Il baragouina une excuse disant qu'il l'avait perdu et, très rapidement, Hun revient avec une.
Extrêmement troublé de fumer de l'opium devant son frère, alors même qu'il n'avait jamais osé s'allumer une cigarette devant lui, Raph tenta de conserver les apparences d'un calme de façade.
L'effet fut très rapide. Raphael se sentit le besoin de s'allonger…
-Je vais me coucher...à côté du chat.
Avec peine, il tenta de rejoindre le lit, qui lui semblait trop loin. Puis, il s'allongea aux coté de Léo.
Il avait à peine conscience qu'Hun fumait le reste et qu'il aurait dû descendre ou faire quelque chose pour alerter les autres de l'état intoxiqué d'Hun, mais il était trop bien. Leo, dans ce magnifique habit de policer en cuir était à côté de lui et Raphael senti une envie irrépressible de caresser ce cuir. Il tendit la main, fit fi du regard de Léo et commença à lui caresser les reins.
-Tu as un très beau chat, mais il doit avoir chaud avec tout ce cuir bredouilla-t-il à Hun.
Quelque part, au fond de son esprit, il savait qu'il devait tenter de reprendre le contrôle…
-Rick, avec ce que tu as fait pour moi aujourd'hui, je te considère comme un frère. Sers-toi si tu le peux. Il ne m'a apporté que du tourment. Les coups l'affectent peu, mais il a le sexe en horreur. Viole-le. Je vous regarde.
La bouche de Raph devient sèche. Cette proposition était aussi infâme qu'inespéré. Il ne violerait pas Léo, jamais…mais le toucher, un peu…pour garder sa couverture. Il en avait très envie. Il croyait ne plus en avoir jamais l'occasion et ne pouvait se résoudre à en faire son deuil. Cette opportunité le réveilla un peu de sa quasi léthargie.
-Chef. Vous voulez le faire flancher. La violence ne fonctionnera pas, comme vous l'avez si justement remarqué, il est comme immunisé contre elle. Par contre, il n'a jamais dû être attaqué par le plaisir. Se battre contre la jouissance est beaucoup plus difficile. Vous verrez chacune de ses barrières s'écrouler devant une caresse adroite. Son propre corps le trahira et il ne pourra rien y faire.
Hun fit un geste de consentement. Raph, passant outre encore une fois devant le regard d'avertissement, embrassa goulument Léonardo. Celui-ci le mordit brutalement. Hun éclata de rire. Raph toucha ses lèvres en sang et lu encore le défi dans les prunelles bleu glacé.
Raph plissa les yeux :
-Mauvais départ. Dans trente minutes top chrono, il criera mon nom, me suppliant de le prendre.
Oui, c'était son idée fixe. Là soudainement, il avait perdu de vue l'objectif initial de la soirée. Rien ne comptait plus que posséder ce corps et lui faire crier son nom. Son vrai nom. Car jamais dans leur ébats, Léo ne l'avait nommé « Raphael » Que ce n'était pas prudent, Raph n'y songea même pas. Perdu dans son nuage de luxure, il n'y avait plus aucune place pour une pensée rationnelle dans son esprit.
-Bah, l'opium bu prend du temps à agir. Je dirai plus une heure.
La voix d'Hun avait légèrement changé mais il semblait encore assez en contrôle. Probablement que Raphael s'était trompé de boulette. Trop tard.
Malgré les coups de pieds rageurs, Raphael réussit tant que bien que mal à retirer les pantalons de cuir et à au moins détacher la veste. Le corps de ses rêves était à nouveau devant lui. Il se mit à le couvrir de caresses, de baisers, de coups de langue, mettant tout son poids sur Léo pour le maintenir le plus immobile possible. Cela prenait du temps, mais le temps n'avait aucune importance à ses yeux. Il polissait le corps de Léo avec fascination, essayant d'en tirer des réactions. Il voulait que Léo réagisse, car cette démonstration signifierait, dans l'esprit simpliciste de Raphael que son frère éprouvait encore quelque chose pour lui. Léo, lors de son viol, n'avait naturellement eu aucune réaction physique de plaisir. Mais une érection véritable se formait sous ses mains fermes et habiles de porteur de saïs. De leur ancienne anatomie de tortue, il devait être demeuré quelque chose car il avait remarqué que Léo et lui étaient tous deux sensibles à des endroits non-érogènes pour tout autres partenaires. Il profita au maximum de cette connaissance. Une fois ou deux, Léo avait murmuré un non-sens comme « Hun, en bas, plan » mais ce n'est pas ce qu'il voulait entendre donc il ne s'y arrêtait pas
Raphael réaffirma ses caresses et s'enhardit à embrasser Léo de nouveau. La réponse de celui-ci fit plus hésitante, mais cette réciprocité était incontestable. Il était au bord de l'orgasme, Raphael connaissait assez Léo. Ce dos arqué, ces lèvres mordues, cette respiration saccadée, ce raidissement, ce fluide qui coulait de plus en plus et qu'il étendait en cercle avec son pouce, ne trompaient pas. Oui, le contrôle de Léo lui échappait, fait unique dans les annales, et il lui semblait que c'était soudainement l'accomplissement le plus important de sa vie. Quelque chose qui ressemblait à un « Raphie » sorti des lèvres presque entaillées par le plaisir du leader et Raph sut que s'il le redisait plus fort et plus clairement, il atteindrait la jouissance sans même s'être touché. Il regarda les yeux embués de sensualité de Léo et se sentit se noyer dans leur bleu de mer.
Ce fut à ce moment que la douche froide arriva. Raphael, perdu dans sa passion et lascivité, avait totalement oublié Hun. Celui-ci avait réussi à se trainer jusqu'à eux et posa sa main sur le torse de Léo, le caressant avidement et tout prêt de lécher le creux de son cou.
-Tu me l'as assez réchauffé. C'est mon tour.
Raph ne réfléchit pas. S'il avait été un spectateur, il aurait lui-même crié à la bestialité de la scène. Un chien, voulant protéger son os d'un autre, n'aurait pas agi différemment. Mais Raph vivait la scène et ce qu'il vit ne fut qu'un malencontreux obstacle à leur jouissance commune. L'épiphanie entre lui et Léo. Un obstacle aisé à anéantir. Il interrompit qu'un instant ses caresses pour d'un seul coup sec, casser la nuque du chef des Dragons pourpres.
