Disclamer :
Rien ne m'appartient, à part les idées tordues qui, je l'espère, feront de cette fic une histoire intéressante. La trame de fond (lieux, personnages, termes magiques -sauf les miens !-) est l'entière propriété de Mrs J.K Rowling (la veinarde !), et je ne touche rien pour faire profiter les lecteurs de mon imagination débordante (dommage… éè).
Salut tout l'monde !
Voici mon 37ème chapitre que j'ai décidé de ne pas couper en deux, finalement (en voilà une bonne nouvelle !). Par contre, j'ai indiqué dans mes RAR que c'était le cas, donc n'en tenez pas compte : vous l'avez bel et bien en entier puisque j'ai changé d'avis entre temps. Pourtant, je continue à penser que ça aurait mieux rendu, mais la deuxième partie aurait été riquiqui.
Enfin bref, je vous laisse lire. Vous verrez qu'il se passe plein de choses dans ce chapitre.
Bisous à tous !
Chapitre 37 - Un destin
(Le destin n'est pas une question de chance, c'est une question de choix - William Jennings Bryan)
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Elle n'aurait su dire pourquoi, mais Fiona savait que la conversation de la cuisine où elle avait fait un gâteau serait l'une des dernières échangée dans la bonne humeur qui faisait de ses jours des instants acceptables. Il y avait longtemps qu'elle avait compris que la présence de Jeffrey était pour beaucoup dans l'entente courtoise qui régnait entre les résidents du domaine. Mais tout ça n'était qu'un leurre.
Elle voyait aussi les regards discrets de Voldemort à son encontre devenus plus fréquents, comme s'il avait quelque chose à lui dire mais ne trouvait pas ses mots, ou qu'une page venait d'être tournée et qu'il cherchait à la sonder, évaluant à quel point il pouvait lui faire confiance et surtout, tester le niveau de faiblesse qui serait le sien lorsqu'il lui demanderait de céder à ses attentes. Bien sûr, elle se souvint comme si c'était hier de l'affirmation qu'elle avait reçue de n'avoir rien à craindre tant que son fils avait besoin d'elle mais les choses avaient évolué depuis ce jour et, une fois Jeffrey couché le soir, elle savait que tout pouvait arriver car d'autres signes ne trompaient pas. Les Gardiens se faisaient plus actifs, elle distinguait leurs ombres, au loin, se fondre dans la nuit. Les allées et venues plus fréquentes des Mangemorts -qui ne lui avait pas échappé depuis plusieurs semaines-, ne pouvaient avoir qu'une signification et elle y avait déjà longuement pensé ; le changement d'attitude persistant de Voldemort confirmait d'ailleurs ses inquiétudes et elle redoutait chaque jour d'entendre à nouveau parler de ses projets.
Pour toutes ces raisons, Fiona passait la plupart de ses soirées sur le perron depuis quelques temps. Rester de longues heures aux côtés du Seigneur des Ténèbres dans la bibliothèque ou dans l'un des salons lui était devenu insupportable et elle se réfugiait le plus souvent possible dans la douceur des nuits étoilées en s'attendant au pire. Cela ne servait à rien cependant. Lorsque Voldemort se déciderait à lui annoncer l'inévitable, il lui suffirait de lui demander de rentrer à l'intérieur et les mots terribles seraient prononcés avec le plus grand sang-froid, quoi qu'il arrive.
C'est sans doute pour cela qu'elle sursauta lorsqu'il vint la rejoindre un soir. Son capuchon rabattu sur son visage, il l'observa de longues secondes avant que les mots ne s'échappent de ses lèvres avec une étrange douceur mais ils étaient suffocants de fermeté.
- Descendez…
Et voilà, c'était dit. A l'intonation de sa voix, Fiona comprit qu'elle avait vu juste. Le moment était venu et elle se trouva dans l'incapacité de bouger ou d'émettre le moindre son tant elle était terrifiée.
- Le perron est un espace protégé mais vous avez inclus le parc dans les zones de discorde, il me semble. Alors descendez, il faut que je vous parle, réitéra le mage noir d'un ton plus neutre cette fois.
Se sentant vide de toute substance, elle se leva et se laissa glisser sur les marches, n'avançant que de quelques pas dans l'herbe tendre. Voldemort eut la délicatesse de s'arrêter à bonne distance, laissant presque Fiona se dissimuler dans l'ombre mais elle pivota pour lui faire face, bien décidée à faire preuve de courage tout en sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas d'autre choix qu'obéir.
- Vous êtes une femme intelligente, Miss Mandelsen, commença t'il. Aussi, je pense qu'il n'est pas nécessaire de vous rappeler les termes de l'accord que nous avons passé à votre arrivée ici.
- Vous avez l'audace d'appeler ça un accord ? cingla Fiona d'une voix bien plus assurée qu'elle ne l'aurait cru.
- Ne jouons pas sur les mots si vous le voulez bien.
- Vous avez raison. Les actes sont bien plus parlants que tous les adjectifs qu'on pourrait employer pour les définir !
- Je sais à quel point il vous sera difficile de passer à l'action. Mais souvenez-vous que j'ai accepté de faire des concessions, ce que je n'ai jamais accordé à personne jusqu'à présent et qu'il m'appartient encore d'y renoncer si j'estime que cela pourrait rendre les choses plus faciles à mon désir de régner sur le monde.
Fiona tremblait de rage de ne rien trouver à répondre à ça. Elle aurait pu tout aussi bien tenter de se débarrasser de Voldemort sur le champ malgré le risque de voir ce plan échouer s'il parvenait à riposter tout en bénéficiant d'ailleurs de l'aide précieuse de ses Gardiens qu'elle sentait prêts à intervenir. Ou se consumer elle-même sur place pour ne pas avoir à commettre l'irréparable. Mais il y avait Jeffrey. Elle était sa seule protection. Le seul rempart aux intentions de Voldemort d'en faire peut-être un jour un terrible mage noir ou tout simplement l'un de ses partisans. Elle doutait encore aujourd'hui qu'il souhaite atteindre ce but, mais Jeffrey était trop jeune pour être manipulé, il était donc trop tôt pour écarter cette possibilité et rien n'était à exclure devant une personnalité dotée d'un tel fanatisme.
- Nous partirons demain, reprit-il. Soyez prête à 7 heures et couvrez-vous chaudement. Je vous attendrai dans le hall.
- Qui s'occupera de Jeffrey ?
- Griselda restera avec lui jusqu'à notre retour.
Fiona acquiesça silencieusement. Voldemort inclina la tête presque respectueusement et retourna à l'intérieur.
Plus encore que la honte qu'elle ressentait d'avoir cédé, elle regrettait de le voir partir avec la fausse idée que l'allusion qu'il venait de faire à sa complaisance était la principale raison qui l'avait décidée. Pour Fiona, il était clair que seul Jeffrey avait influencé sa faiblesse à capituler aussi rapidement, mais qu'importe après tout. Voldemort pouvait bien penser ce qu'il voulait, elle devait défendre l'avenir de son fils dont le destin était trop dangereusement lié à celui du monde de la magie.
Toujours debout dans la nuit devenue froide à cette heure tardive, elle plaqua ses mains sur son visage et laissa couler ses larmes entre ses doigts. Elle aurait voulu rester là pendant des heures, à réfléchir à un ultime espoir de pouvoir revenir en arrière, mais le bruissement de plus en plus distinct des déplacements des Gardiens l'obligea à se retourner pour s'assurer qu'ils restaient bien à l'écart.
- Approchez, souhaita t'elle de tout son cœur. Mais approchez donc !
Si seulement ces saletés avaient pu commettre l'erreur d'avancer dans sa direction, Fiona se serait fait un plaisir de les expédier aux confins du domaine en espérant qu'ils ne se remettent pas d'avoir franchi les protections sous la violence du choc. Tout compte fait, ils étaient sûrement aussi coincés qu'elle dans cette vaste prison car il lui parut soudain impensable qu'on puisse laisser ce genre de créatures errer seules à travers la campagne.
Mais les Gardiens conservèrent leurs distances et poursuivaient leur ronde en émettant des bruits de succion accompagnés de sifflements semblant constituer une sorte de langage qu'ils utilisaient pour communiquer entre eux.
Toujours animée d'une colère sourde, Fiona se résigna à retourner dans la maison étrangement calme. Elle ne croisa personne sur le chemin de sa chambre et s'allongea sur son lit sans parvenir à trouver le sommeil jusqu'au matin.
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Elle fut prête à 7 heures comme Voldemort l'avait exigé. Le miroir de sa chambre lui renvoya l'image d'une femme aux traits tirés, au regard éteint, triste, effrayé aussi, impitoyablement conforme à son état d'esprit tourmenté. Soucieuse de faire disparaître au plus vite ce reflet d'une réalité si cruelle, elle se revêtit d'une longue cape d'un vert profond surmontée d'une large capuche.
- Comme c'est facile de ne devenir qu'une ombre impersonnelle ! songea t'elle en s'observant à nouveau.
De longs plis ondulaient au rythme des mouvements de son corps tandis qu'elle ajustait le tissu trop lourd et son visage n'était plus, perdu dans les profondeurs obscures du vêtement. Elle comprit pourquoi Voldemort avait si fréquemment recours à cet artifice. Elle pourrait souffrir, pleurer, aimer, sourire, honnir, sans que personne ne décèle la moindre expression trahissant ses pensées.
- Ce n'est rien d'autre qu'une façon de masquer sa lâcheté ! ragea t'elle en se retournant vivement vers la porte.
Mais elle reconnaissait volontiers qu'elle en avait besoin à ce moment précis.
Elle rejoignit le mage noir l'attendant fidèlement dans le vestibule. Pas un mot ne fut échangé. Il agita sa baguette au-dessus d'un vieux vase ébréché et l'invita à approcher. Fiona comprit qu'il venait d'en faire un Portoloin. Elle fit quelques pas en guettant un signal qui ne vint pas. Voldemort ne se permit pas de lui prendre la main, il saisit simplement son poignet avec cette douceur désarmante qu'il attachait si souvent à ses gestes et posa leurs deux mains sur le vase.
La distance parcourue devait être longue. En tout cas, c'est ce qu'il sembla à Fiona avant qu'elle ne retrouve la dureté du sol sous ses pas. Ils venaient d'apparaître aux pieds d'un monticule fouetté par les vents au-delà duquel se cachait sûrement autre chose car, pour l'instant, on ne voyait rien d'autre qu'une terre désolée, rocailleuse, piquetée de broussailles, qui s'inclinait en une montée assez raide et s'étendait à perte de vue vers l'horizon à l'opposé. Voldemort déposa le Portoloin sur le sol.
- Au moindre problème, il vous suffira de toucher le vase à nouveau, lui dit-il. Il est ensorcelé pour vous ramener directement en Albanie. Venez…
Il entraîna Fiona en maintenant sa prise. Ce n'était pas pour l'empêcher de fuir mais juste pour la guider le temps qu'ils escaladent le tertre rocailleux jusqu'à son sommet et s'arrêtèrent enfin. Fiona découvrit une longue vallée en contrebas renfermant un village enclavé entre deux hautes montagnes. Une rivière paisible traversait le cœur du hameau et partait se perdre dans les méandres des reliefs accidentés agrémentés plus loin de bois sombres plantés en rangs désordonnés sur le flanc de montagne opposé.
Le vent était plus fort à cet endroit. Fiona resserra ses bras autour de son corps et risqua un coup d'œil vers le profil de Voldemort dont le visage restait invisible sous son capuchon. Tout comme elle venait de le faire, il se délectait du paysage superbe couché à leurs pieds, ressentant certainement lui aussi le sentiment de puissance que leur position dominante sur les hauteurs du tertre leur procurait.
- Où sommes-nous ? demanda t'elle.
- Quelle importance…, esquiva t'il en levant son visage au vent.
Puis, ce fut le silence. Aucune instruction ne lui fut donnée. Fiona s'en inquiéta et commençait à trembler, non pas de froid mais de l'attente qui ne faisait qu'augmenter son angoisse. A présent, elle aurait presque souhaité en finir rapidement, persuadée qu'elle aurait moins à en souffrir. Mais puisque rien ne venait, elle en profita pour observer plus en détail la configuration des lieux et ce ne fut pas pour la rassurer.
Elle avait exigé que des secours ne soient pas gênés dans leur intervention et ça s'annonçait plutôt mal. A bien y regarder, le village n'était composé que de baraquements sommairement construits. Les plus solides, renforcés de quelques pierres, étaient délabrés ; les gens vivant ici devaient être assez pauvres et peut-être le pays entier l'était-il lui aussi. La ville était coincée entre les sommets, loin de tout, aucune autre agglomération ne se profilait à l'horizon, écartant d'emblée la possibilité d'une aide aérienne ou terrestre. Rien que pour se rendre ici, Fiona estima qu'il devait falloir des jours de marche à travers les cailloux qu'aucune route, aucun sentier apparents ne venaient entrecouper.
Ce fut plus qu'elle ne put en supporter.
- Qu'attendez-vous de moi ? demanda t'elle de plus en plus nerveuse.
Voldemort joignit ses mains dans son dos et détourna la tête pour concentrer son attention sur le village légèrement plus à gauche.
- Je veux que vous inondiez cette vallée, annonça t'il calmement. Usez des moyens que vous jugerez les plus appropriés. Servez-vous du ciel. De la rivière. Débrouillez-vous comme vous voulez mais je veux voir ce village noyé sous les eaux. Cela dit, rien ne presse. Vous avez jusqu'à ce soir pour agir.
Fichu mage noir et sa patience légendaire ! ragea Fiona intérieurement. Ne lui venait-il pas à l'idée qu'elle n'aurait pas assez de sa vie entière pour accepter ce qu'elle s'apprêtait à faire !
Elle ravala difficilement sa salive et sentit ses premières larmes s'écouler sur ses joues. Dans le même temps, le ciel s'assombrissait mais elle n'y était pour rien. Le climat s'accordait simplement à son état d'âme ; il en avait toujours été ainsi depuis son plus jeune âge. Elle était liée aux caprices des quatre éléments et, une fois encore, ils l'accompagnaient dans sa détresse. Bientôt, il pleuvrait sur la région et il en serait ainsi tant qu'elle ne cesserait de verser ses propres larmes. Ce serait une pluie douce et rassurante. Le vent se renforcerait, tourbillonnant autour d'elle comme des bras apaisants. Elle sentirait la terre trembler sous ses pieds mais sans qu'il en découle un terrible séisme. Elle serait simplement là pour lui apporter son soutien. Seul le feu ne se manifesterait probablement pas puisqu'il n'était pas de circonstance. Mais il le ferait sûrement s'ils étaient encore là à la tombée de la nuit, pour la guidée de ses lueurs chaleureuses sur la voie de la sérénité.
Fiona n'avait pas l'intention d'attendre aussi longtemps malgré le délai qui venait de lui être accordé. Pleine de bonne volonté, elle inspira profondément et commanda en pensée aux nuages de se faire plus menaçants, mais elle fut incapable de leur ordonner de déverser leur déluge sur le hameau si pitoyable de vulnérabilité.
A l'instant où les premières gouttes commencèrent à tomber, elle laissa échapper un souffle de renoncement et stoppa sa concentration.
- Je ne pourrais jamais, haleta t'elle dans un sanglot en plaquant le bout de ses doigts sur sa bouche.
Voldemort se rapprocha légèrement. Il se mit de côté jusqu'à presque toucher son épaule.
- Souvenez-vous. Je n'ai qu'un ordre à donner…
Fiona fut surprise de l'hésitation qu'elle perçut dans sa voix. On aurait dit qu'il regrettait de l'avoir conduite ici, qu'il espérait même qu'elle se refuse à lui obéir.
- Pourquoi ai-je l'impression de percevoir une sorte de regret dans votre intonation ? se permit-elle d'observer. On dirait que vous n'êtes pas certain de souhaiter réellement me voir accomplir ce que vous exigez.
- Ne vous méprenez pas. Je me moque de la vie de ces villageois usés par les ans qui attendent que la misère vienne guider la mort jusqu'à leur porte. Vous avez compris depuis longtemps que vous êtes la seule à avoir une certaine influence sur moi, Miss Mandelsen. Tout ce qui vous perturbe me touche également. Il en est ainsi depuis notre première rencontre et cette flamme ne s'éteindra qu'au moment où le destin décidera de nous séparer.
- C'est bien le moment de faire du sentiment, se moqua Fiona.
- N'espérez rien de cette faiblesse que je ressens à votre égard. Contrairement à la plupart de mes semblables, je suis tout à fait capable d'occulter mes émotions de façon à ce qu'elles n'entravent pas mes ambitions.
- Vous êtes un monstre.
- N'en a t'il pas toujours été ainsi ?
- Je vous déteste.
- Je sais.
Il se recula volontairement pour ne pas incommoder Fiona davantage.
L'apparition de la couverture nuageuse avait engendré un froid mordant et une brume légère s'échappait du capuchon de Fiona, trahissant le rythme saccadé de sa respiration qui reflétait elle-même l'ampleur de son ressentiment. Le vent rendait ses larmes glacées sur son visage et lui brûlait les yeux. Elle les ferma à plusieurs reprises pour retrouver une vision correcte et dut fournir un effort considérable pour reprendre où elle en était restée.
Et soudain, toute la vallée entra en révolution.
Des éclairs traversèrent le ciel et s'écrasaient au hasard de leur humeur tandis que l'eau tombait enfin en abondance. Un véritable déluge s'abattit sur le village, obligeant les habitants à se réfugier sous le premier abri venu. Un vent violent les contraignait à se courber et les gênait dans leur progression, poussant les hommes les plus robustes à hurler des conseils à ceux qui ne trouvaient pas la force de résister. Mais ces recommandations furent vaines car, sous les rafales de plus en plus puissantes, des objets volaient dans tous les sens, des toitures furent arrachées, provoquant la panique dans les moindres recoins du village.
Fiona porta son regard plus loin, bien au-delà des collines, et Voldemort fit de même en ne comprenant pas ce qu'elle cherchait en agissant ainsi. Un grondement sourd résonna, tout d'abord aux oreilles averties des villageois qui n'avaient plus aucun doute sur ce qui allait suivre et s'en horrifiaient. Puis, il parvint jusqu'aux deux sorciers. La rivière s'était gorgée de l'eau que Fiona avait fait venir de loin. De très loin. Du cœur même des vallées avoisinantes et, gonflée de cette quantité incommensurable, la rivière si sage quelques instants plus tôt se transforma en un véritable torrent de boue qui se rua sans vergogne sur les premières habitations.
Les abris de fortune où s'étaient réfugiés les vieillards, les hommes, les femmes et les enfants furent détruits un à un, faisant monter des cris de désespoir de leurs âmes perdues, soumises à la fatalité de ce qui était pour tous un phénomène inexplicable par sa soudaineté mais pourtant si commun à ce pays souvent frappé par les inondations.
Les rues furent très vite investies de flots puissants auxquels se mêlait le ruissellement des pluies descendues des collines, entraînant avec elles les troupeaux qui paissaient dans les prés alentour. Des maisons entières se fracassèrent et furent emportées comme si elles n'étaient que des embarcations rudimentaires. Dans un ultime espoir, Fiona dirigea des fragments de bois vers des groupes d'hommes et de femmes luttant contre les flots pour qu'ils puissent s'y raccrocher. C'était pour elle une bien maigre consolation de pouvoir sauver ces quelques vies mais ce fut tout ce qu'elle put faire.
Cependant, elle estima que le Seigneur des Ténèbres devrait se contenter de cette dévastation déjà inadmissible à ses yeux. Elle stabilisa imperceptiblement la colère du ciel et obligea les eaux de la rivière à se faire plus vives pour s'évacuer plus rapidement vers le fond de la vallée.
- Remarquable…, lâcha Voldemort sans son dos, visiblement impressionné.
Pleine de hargne, Fiona pivota brusquement pour lui faire face.
- Vous pourriez au moins avoir la grâce de m'épargner vos commentaires ! lui rugit-elle à la figure.
D'un revers de la main, elle écarta Voldemort qui lui bloquait le passage en réprimant un frisson de dégoût d'avoir dû subir ce contact physique. Elle dévala le tertre, courant presque, et attrapa le vase d'un geste rageur. Le Seigneur des Ténèbres la vit disparaître sans pouvoir réagir mais c'était sans importance. Il se retourna une dernière fois sur la vallée malmenée par les eaux et transplana vers son repaire d'Albanie.
Il ne revit pas Fiona de toute la journée.
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Fiona rentra furieuse au domaine. Le Portoloin l'avait conduite directement dans le vestibule et elle s'en débarrassa en le jetant sur un guéridon sans se soucier des morceaux de céramique qu'il projeta dans tous les sens en se brisant.
Jeffrey arriva en courant du salon le plus proche en brandissant fièrement une feuille de parchemin, Queudver sur les talons. Alertée par le bruit, Griselda sortit en trombe de la cuisine.
- Regarde maman, je sais écrire mon prénom ! s'exclama l'enfant.
- Pas maintenant, mon trésor, le repoussa Fiona sans état d'âme.
Elle passa près de lui et se rua vers sa chambre avec la ferme intention d'y rester jusqu'au soir. Jeffrey était sans voix et se tourna vers la porte lorsque celle-ci s'ouvrit. Voldemort entra sans un mot, il eut juste un regard pour les trois sorciers qui l'observaient sans bouger et déposa sa cape sur la patère de l'entrée.
- Queudver, emmenez Jeffrey au salon et poursuivez votre cours, dit-il enfin.
- B… bien Maître, s'inclina celui-ci. Viens mon garçon.
- Elle est plutôt en colère on dirait, fit remarquer Griselda lorsqu'ils furent seuls.
- Je peux la comprendre. Cela vous étonne ?
Le capuchon de la sorcière frémit mais aucun son n'en sortit.
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Fiona ne descendit pas pour le déjeuner. Depuis son retour, elle s'était recroquevillée sur son lit, les yeux bien ouverts, sans chercher à dormir. Ce n'est que vers 17 heures qu'elle perçut des frottements discrets sur sa porte et elle s'ouvrit. Jeffrey avança dans la pièce, soucieux, indécis, mais s'il était inquiet, il parvenait sans peine à masquer ses sentiments. Il s'accouda sur le bord du lit et tripota ses mains jointes en ne sachant par où commencer.
- Ça va ? demanda t'il en inclinant la tête sur les couvertures pour être dans l'axe de celle de Fiona.
Elle sourit de voir son attitude.
- Oui, mon cœur, assura t'elle en tendant un bras pour lui caresser la joue. Ne t'inquiète pas. Je suis juste un peu fatiguée, ça va passer.
- Je crois bien que c'est un mensonge mais si je pose des questions, tu vas me dire que je suis trop petit pour comprendre.
- Ça, c'est un petit peu vrai, accorda t'elle d'un air mutin. Parle-moi plutôt de ce joli prénom que tu sais déjà écrire.
- Il faut faire comme ça. Et après ça tourne, énonça t'il en dessinant les lettres dans les airs. Ensuite, il y a deux f que je n'arrive pas très bien à faire. Ça tourne encore, on fait un r, un petit serpent, un rond, et on fini avec un pont. Monsieur-Poigne-De-Fer dit que je peux m'arrêter avant si je rajoute un machin bizarre à la fin pour faire " Jeffrey ", mais j'ai voulu apprendre aussi en entier.
- Monsieur quoi ?! s'éberlua Fiona en se retenant de rire.
- Monsieur-Poigne-De-Fer, répéta Jeffrey en se redressant. Il a une main toute brillante, comme des couverts, et il dit qu'elle a une poigne de fer, alors je l'appelle comme ça. Je n'arrête pas de la regarder quand il vient pour mes cours, tu l'as jamais vue ?
- Mmm, je pense que non, réfuta Fiona en cherchant à se souvenir. Chaque fois que j'ai croisé cet homme, il me semble qu'il portait un gant.
- C'est vrai mais ça fait deux jours qu'elle grince et des fois, il enlève son gant, pouffa Jeffrey en plaquant sa main sur sa bouche. Tu crois qu'elle pourrait rester coincée ?
- Dans ce cas il faudra que tu lui trouves un autre surnom.
A voir son visage, elle savait que Jeffrey y réfléchissait déjà et elle s'amusa avec une mèche de ses cheveux qui lui tombait sur le front.
- Tu sais, Jeffrey, reprit-elle. Je n'ai pas très faim et je ne sais pas si je descendrai pour le dîner.
- Tu es malade ?
- Non. C'est juste que j'aimerais autant rester ici, tenta t'elle de le rassurer.
- Tu viendras demain alors ? demanda t'il en montant carrément sur le lit cette fois.
- C'est promis.
Elle se redressa et l'embrassa affectueusement tandis qu'il la prenait par le cou pour lui rendre son baiser. Puis, il se laissa glisser jusqu'au sol à reculons et sortit de la chambre. Fiona perdit son sourire et reprit sa position initiale en regardant passer les heures.
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La nuit était tombée depuis longtemps lorsque quelqu'un frappa de nouveau à sa porte mais elle décida de ne pas inviter son visiteur à entrer. La porte s'ouvrit pourtant et la haute silhouette sombre de Voldemort avança dans la pièce. Fiona, les mains jointes toujours plaquées sous son visage, ne lui accorda qu'un bref regard et préféra se borner à fixer le mur le plus proche.
- Sortez de ma chambre, exigea t'elle sans conviction.
- Pas avant de vous avoir dit ce que j'ai à vous dire.
Voldemort se pencha et ramassa la cape qu'elle avait laissé traîner par terre avant de s'allonger toute habillée sur son lit. Il la déposa sur une chaise, puis, enfonça les mains dans les poches de sa robe et alla se placer derrière la fenêtre pour regarder dehors.
- Votre action de ce matin a fait 39 victimes, annonça t'il d'un ton neutre dénotant même un certain respect. 4 personnes sont portées disparues. Le village comptait 784 âmes. Bien sûr, les dommages matériels sont considérables mais la totalité des survivants ont été accueillis dans une ville voisine et leurs jours ne sont pas en danger. Je sais que pour vous une vie sauvée est une victoire et je dois vous avouer que je m'attendais à plus de pertes, mais j'ai pensé qu'il vous serait plus facile d'accepter ce que vous avez fait en sachant que 39 décès c'est plutôt dérisoire compte tenu de la précarité de l'endroit.
Voldemort se retourna et se dirigea vers la porte.
- Votre courage n'a d'égal que la loyauté qui vous honore d'avoir su respecter vos engagements, ajouta t'il simplement en quittant la chambre.
- Pardi ! pesta Fiona une fois la porte refermée.
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Malgré le compte rendu complet que Voldemort lui avait fait, Fiona voulait absolument savoir ce qu'en disait la presse. Si seulement quelqu'un avait pu faire le rapprochement entre elle et cette inondation soudaine ! Peut-être que Dumbledore saurait y voir un signe ? se dit-elle pleine d'espoir.
Cette idée lui donna le courage de se lever le lendemain matin et elle se rua au salon pour lire la dernière édition de la Gazette du Sorcier. Mais elle n'y trouva rien d'autre que des informations ordinaires : le Ministère de la Magie se dotait d'un nouveau service, il regrouperait toutes les informations se rapportant au monde magique, constituant ainsi une sorte de centre de documentation gigantesque. Les Gobelins annonçaient l'ouverture de nouveaux coffres à la banque Gringotts et les travaux de terrassement pour creuser trois galeries supplémentaires débuteraient dès le mois prochain. Un groupe de sorciers avait été pris en flagrant délit d'importation de créatures dangereuses dont l'introduction sur le sol anglais était fortement réglementée. Le collège Poudlard cherchait un nouveau professeur de Défense contre les forces du mal pour la rentrée prochaine et la liste était encore longue sur des faits anodins qui ne concernaient plus Fiona depuis longtemps.
- La belle affaire ! ragea t'elle en jetant le journal sur la table basse du salon.
Elle se rendit dans la salle à manger où Jeffrey terminait de prendre son petit déjeuner.
- Mamaaan ! l'accueillit-il avec enthousiasme.
- Bonjour, mon poussin, lui répondit-elle en l'embrassant sur le front.
Elle salua brièvement Queudver qui attendait dans son coin que Jeffrey ait fini et la présence du sorcier lui donna soudain une idée.
- Dites-moi, Queudver, commença Fiona en versant du thé dans sa tasse. Arrive t'il à votre maître de lire la presse moldue de temps en temps ?
- Bien sûr. Vous trouverez les dernières pa… parutions des plus grands quotidiens anglais dans le secrétaire de la bibliothèque.
- Ah, je ne le savais pas. Je vous remercie.
Elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil discret en direction de la main du sorcier et vit qu'il l'avait une fois encore dissimulée sous un gant. Jeffrey avait suivi son regard. Les deux bras accoudés sur la table, il lâcha une de ses mains qui maintenait son bol de chocolat et referma son poing à plusieurs reprises dans les airs en émettant discrètement des « crip, crip, crip, crip » comme pour imiter un grincement.
Fiona éclata d'un rire le plus discret possible mais ne tarda pas à se reprendre car il n'avait jamais été dans sa nature de se moquer des gens. Elle se délecta du regard malicieux que lui lançait son fils en buvant à nouveau le contenu de son bol et songea à la chance qu'elle avait d'avoir Jeffrey à ses côtés pour lui éviter de sombrer dans la folie qu'elle sentait proche après ce qu'elle venait de faire la veille.
Après avoir réussi à manger un peu, elle laissa Jeffrey et Queudver s'isoler au salon et marcha jusqu'à la bibliothèque pour éplucher la presse moldue.
Finalement, les articles y étaient bien plus révélateurs que ceux du journal magique. Elle apprit ainsi qu'un groupe d'hommes curieusement vêtus avait été surpris à rôder autour d'un rassemblement accueillant 1200 personnes à l'occasion d'une fête traditionnelle caucasienne. Les journalistes venus couvrir l'évènement s'y étaient intéressés de près en pensant qu'il s'agissait sûrement des membres d'une secte venus enrôler de nouveaux adeptes, mais Fiona n'était pas dupe. Voldemort lui avait affirmé que si elle ne répondait pas à ses attentes, plusieurs Mangemorts se tiendraient prêts à se venger sur un nombre d'innocents bien supérieur aux victimes que ses actes pourraient engendrer et cette manifestation de grande ampleur semblait toute indiquée pour mettre sa menace à exécution. D'autant plus que la description des tenues austères des imposteurs incriminés correspondait parfaitement aux vêtements que portaient d'ordinaire les partisans du Seigneur des Ténèbres.
- Ouais, soupira t'elle à voix haute. Et une fois encore, la presse magique n'a rien relevé d'anormal…
Elle tourna quelques pages et s'arrêta à un encart spécial concernant une catastrophe naturelle survenue au Bengladesh. Une inondation spectaculaire avait dévasté tout un village isolé au sud du pays et Fiona y retrouva avec exactitude les chiffres énoncés par Voldemort la veille.
- C'est ça…, murmura t'elle dans un souffle en concentrant son attention. Ça ne peut être que ça…
Elle inspira profondément et lut l'article en entier. Rien ne laissait penser que des gens d'apparence bizarre aient été aperçus parmi les secours, ni même parmi les rares badauds venus en observateurs. Fiona en déduisit donc qu'aucun sorcier ne s'était rendu sur les lieux ce qui classait l'évènement au rang des phénomènes ordinaires déjà souvent observés dans la région.
- Par Merlin ! s'énerva t'elle. Je pourrais détruire la terre entière que personne ne s'en soucierait !
Mais elle savait que son raisonnement était injuste. Qui pouvait associer l'apparition de fortes pluies sur une contrée au climat difficile au simple fait de la sorcellerie ?
Elle consulta d'autres journaux et les remit en place en ne trouvant rien de plus qu'elle ne savait déjà. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à appréhender l'attente qu'elle vivrait comme une torture jusqu'à ce que Voldemort lui annonce un nouveau départ.
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Et ce jour ne vint pas. Trois mois venaient de passer durant lesquels Voldemort ne s'adressait que rarement à Fiona. Elle aurait pourtant bien voulu qu'il lui parle, ne serait-ce que pour lui fournir l'occasion rêvée de déverser la haine qu'elle ressentait toujours à son égard et elle ne s'en priverait pas s'il osait aborder le sujet de l'inondation qu'elle avait provoquée.
Mais il ne lui laissa même pas cette opportunité. Il se contentait de n'évoquer que des faits anodins se rapportant à la vie quotidienne du domaine, aux progrès que Jeffrey faisait à chacune de ses leçons et Fiona s'enferma dans sa rancœur, dans le dégoût qu'elle avait d'elle-même, sans pouvoir se laver de la culpabilité qui faisait de ses nuits de longues heures de veille entrecoupées de cauchemars.
Sa seule consolation était finalement de se rapprocher de son fils. En grandissant, Jeffrey devenait un enfant attachant qui n'hésitait pas à user de ses charmes pour se faire pardonner ses bêtises et Fiona aimait se laisser attendrir par son espièglerie (même si celle-ci frôlait un peu trop souvent l'arrogance aux dires de Voldemort).
Pourtant un jour, elle dut se mettre en colère et éprouva une sorte de soulagement de pouvoir du même coup prendre une certaine revanche envers le Seigneur des Ténèbres dans son emportement.
L'incident se produisit au cours d'un déjeuner. Il n'était pas rare que le mage noir s'immisce dans l'éducation du jeune garçon et Fiona ne trouvait rien à redire car, curieusement, il était assez juste dans ses réprimandes. Mais depuis quelques temps, Jeffrey prenait un malin plaisir à faire tourner Queudver et Griselda en bourrique et Voldemort lui rappela le respect qu'il devait témoigner à son entourage.
- J'espère que c'est bien compris, termina t'il après avoir exposé sa mise en garde.
Fiona vit Jeffrey plisser les yeux dans une sorte de défi. Un imperceptible sourire se dessina sur ses lèvres avant qu'il ne réponde :
- Oui Maître.
Ce fut plus qu'elle ne put en supporter.
- Jefferson ! hurla t'elle. Je t'interdis d'employer cette appellation lorsque tu t'adresses à quelqu'un ! Ne laisse jamais personne s'imaginer qu'il puisse avoir une telle influence sur toi que tu doives te considérer comme son esclave !
Jeffrey tourna vers elle un visage vide, partagé entre la surprise et l'inquiétude. Il ne répondit rien et la portée des mots resta longtemps dans les esprits avant que chacun se remette à manger. Puis, quelqu'un frappa à la porte et tout le monde sursauta dans le silence qui accompagnait la fin du repas. Queudver se présenta sur le seuil.
- M… Maître, commença t'il du ton incertain qu'il employait lorsqu'il s'adressait à Voldemort. Il est déjà tard, il fau… faudrait que Jeffrey ne tarde pas trop à me rejoindre au salon.
Le capuchon sombre du mage noir se tourna vers le jeune garçon.
- Vas-y Jeffrey puisque tu as terminé, accorda t'il.
L'enfant reposa sa serviette et descendit de sa chaise. Le Seigneur des Ténèbres reporta son attention sur Fiona lorsqu'ils furent seuls et se mit à applaudir lentement.
- Bravo, dit-il en replaçant ses mains de chaque côté de son assiette. Vous avez finalement réussi à réagir et à m'exprimer votre haine mais vous auriez pu vous y prendre autrement. J'ai toujours mis un point d'honneur à tenir Jeffrey à l'écart des querelles qui ne le concernent pas et qu'il n'est pas en âge de comprendre.
- Ce ne serait sûrement pas arrivé si vous m'aviez accordé un peu d'attention depuis que vous m'avez conduite auprès de ce village il y a quelques mois.
- Ainsi donc votre colère n'était destinée qu'à attirer mon attention ? demanda t'il presque moqueur.
- Pas seulement. Il est hors de question que mon fils emploie certains termes à votre égard.
Voldemort laissa passer un moment de silence que Fiona interpréta aisément.
- S'il m'était donné de voir le sourire que je devine sur votre visage à cet instant, je crois que je pourrais vous gifler, le menaça t'elle.
- Je ne vous en voudrais pas. Après tout je l'aurais mérité. Mais il ne vous est pas venu à l'idée que je m'étais fait plus distant pour vous laisser le temps d'accepter ?
- Parce que vous pensez vraiment que trois mois pourraient suffire ? Vous êtes depuis longtemps rompu aux pratiques de la violence et du meurtre, il n'en sera jamais de même pour moi.
- Les choses ont pourtant été claires dès le départ et vous savez pourquoi vous êtes ici. D'ailleurs, je vais à nouveau avoir besoin de vous, la prévint-il en se levant.
- Quoi… ?! fit Fiona complètement déstabilisée par cette déclaration.
Voldemort prit un malin plaisir à attendre avant de poursuivre.
- Je vous en reparlerai dans quelques jours. En attendant, je vous conseille de vous y préparer.
Il laissa Fiona seule dans la salle à manger, désemparée que le dialogue n'ait été renoué que pour lui annoncer une terrible nouvelle. Elle se laissa basculer sur le dossier de sa chaise et passa de longues minutes à tenter de se faire à l'idée de ce qu'elle venait d'entendre.
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Les nouveaux projets de Voldemort eurent au moins l'avantage de le faire moins présent au domaine. Il partait le matin pour ne revenir que le soir, mais ça ne changeait rien. Fiona savait que ces absences lui permettaient d'aller en repérage et d'organiser les missions de ses Mangemorts de façon à les poster à des endroits stratégiques pour faire le travail à sa place si elle refusait de coopérer.
Il ne lui restait plus qu'à savoir en quoi consisterait le prochain carnage tout en faisant bonne figure auprès de Jeffrey, seule petite lueur de bonheur et de joie de vivre au milieu de l'attente qui lui était de plus en plus insupportable.
Ce n'est que quatre jours plus tard que Voldemort lui demanda d'être prête et de le rejoindre dans le hall. Il conduisit Fiona dans une région bien plus peuplée que la vallée sauvage de l'inondation. Ici, les villages étaient très proches les uns des autres et des routes encombrées de voitures sillonnaient la campagne qui s'étendait en vallons boisés. D'ailleurs, les bois prédominaient largement sur le paysage et Fiona commençait à comprendre.
Une fois encore, les deux sorciers se placèrent de manière à surplomber le site sans être vus et ce fut un incendie que Voldemort lui demanda de déclencher. Fiona pleura à nouveau mais fit tout son possible pour garder le ciel clair qui ne demandait pourtant qu'à l'accompagner dans sa détresse. La pluie ne devait pas interférer avec le pouvoir du feu mais le vent, Fiona pourrait s'en servir et certainement pas dans le but de renforcer la vigueur du brasier.
Elle eut tout le temps d'y réfléchir avant de commencer et fit partir un premier foyer au milieu des arbres sombres. Puis un autre un peu plus loin en choisissant le sommet d'un vallon qui aurait au moins l'avantage de projeter des flammes plus hautes qu'on verrait à des kilomètres à la ronde. Elle enlaça les brasiers de tourbillons de vent invisibles à l'œil nu et créa ainsi des courants contraires qui se chargeraient de repousser le feu loin des habitations lorsque celles-ci seraient menacées.
Voldemort ne s'aperçut pas de la supercherie et Fiona jubila d'entendre déjà les premières sirènes annonciatrices d'un précieux renfort qui venait s'ajouter au temps qu'elle avait réussi à gagner.
- Vous voilà satisfait ! lança t'elle à Voldemort en retournant toucher le Portoloin.
Elle rentra seule en Albanie mais, contrairement à la première fois, elle parvint à affronter la présence du mage noir durant le reste de la journée.
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Cela faisait trois semaines que Fiona avait ravagé quatre hectares de forêt dans le sud de la France. Elle en avait lu les détails en consultant la presse moldue qui fut la seule à relater le sinistre. La Gazette du Sorcier lui apparaissait aujourd'hui comme une vague feuille de chou comparé aux articles précis des journaux moldus qui n'omettaient aucun élément ; ce qui reléguait à un bien piètre niveau l'image qu'elle se faisait de la vigilance des sorciers qui furent autrefois ses amis qui ne s'aperçurent de rien, comme d'habitude.
Voldemort n'avait fait aucun commentaire cette fois, mais n'avait pas commis deux fois l'erreur de laisser Fiona ruminer dans son coin. Même s'il revenait rarement sur les exploits qu'elle avait accomplis, il avait au moins la délicatesse de faire en sorte de maintenir la placidité de leurs relations. Cela n'empêchait pas à Fiona de se maudire de céder si facilement à ce qu'elle avait toujours refusé, mais l'idée de maîtriser un tant soit peu la situation en épargnant des vies lui apportait tout de même une maigre consolation.
Voilà, c'est fini pour celui-là…
Je rappelle (ou informe en ce qui concerne mes nouveaux revieweurs), que les réponses aux reviews du chapitre 36 sont en ligne depuis hier sur mon blog : « De la plume au parchemin… », dont vous trouverez le lien dans mon profil.
J'attends avec impatience de savoir comment vous percevez les nouveaux évènements intervenus dans la vie de Fiona, alors laissez tout plein de reviews !
A bientôt…
Volderine
