Posté le : 27 Septembre 2011. On se retrouvera donc au pays de vas te faire foutre.


LES VAGINS SONT DES ÊTRES AYANT SOIF DE CONNAISSANCE.

Note explicative sur l'attente : Eh bien, les amis, il s'est passé un sacré bout de temps depuis la dernière publication. Je pourrai tout simplement faire comme si de rien n'était et ne pas me justifier - après tout, je n'ai aucun contrat qui me rattache à cette histoire ou à vous. Mais j'ai un certain respect pour les lecteurs (j'en suis une moi-même), et je sais qu'il peut être frustrant de ne pas avoir la suite lorsqu'on l'attend. En fait, peu avant la publication du dernier chapitre, c'est-à-dire, début septembre, j'accumulais déjà énormément de sentiments contradictoires en moi, et, surtout, du stress. J'ai eu très peur à un moment donné, pour ma vie, celles des autres, tout ça. Ça prenait un tournant qui m'échappait. J'ai dû faire face à trop d'événements en même temps. Même pour une armoire à glace comme moi. Alors j'ai encaissé silencieusement. Je n'ai rien dit parce qu'au fond, il n'y avait rien à dire. Ma vie n'est pas plus palpitante qu'une autre, c'est sûr. J'ai juste eu beaucoup de poisse : Je me suis bloquée le dos pendant une semaine à dix jours (j'ai perdu la notion du temps enfermé dans une pièce). J'ai dû passé un examen. J'ai eu peur de rater mon code. J'ai appris des choses sur des supposés « amis ». J'ai perdu la trace d'une des personnes que j'aimais le plus au monde. Silence radio. Je ne savais pas si je passais bien en deuxième année ou non. J'ai eu ma réputation de traînée qui est revenue au galop (ça encore, c'est tout à fait gérable). J'ai aussi participer à un déménagement.

Et puis le reste, la vie qui continue. Toujours aussi belle : cet hiver, je serai la tante d'un neveu ET une nièce. Ça m'a refoutu un coup de pied au cul. Et tout d'un coup, en une semaine, le ciel s'est dégagé. J'ai pu affronter les problèmes restants ou les mettre de côté. Je crois que j'ai traversé la pire crise de mon existence depuis… mes douze ans. Et ouais, et je remercie mes amis de ne pas avoir été là. C'est pour toutes ces merdes que je n'ai pas écrit. C'est pour tout ce bordel. En fait, étant donné qu'on m'a dit texto que j'écrivais pour me faire aimer parce que je ne recevais de l'amour de nulle part ailleurs, eh bien, ça m'a fait cogité sévère. Ça va faire… un mois, maintenant, que je n'ai plus touché à mes romans, que je n'en parle plus. Parce qu'il paraît qu'ils sont mauvais et incompréhensibles. Je n'ai pas trop profité de la fin de mon été, en réalité. Partagée entre l'impossibilité de bouger (paralysée) et mon envie qui disparaissait. Qui aller voir de toute manière ? Ouais, je pensais comme ça à un moment donné. Puis le déclic s'est fait de lui-même. J'ai repensé à mes envies originelles. Et à cette question que j'avais posé une fois, à mon mentor : « Est-ce possible de passer toute sa vie sur Terre et ne pas savoir pourquoi on est fait ? » « Oui », m'avait-il répondu. Alors, ce matin-là, j'ai allumé la lumière de ma chambre vers quatre heures du matin et j'ai contemplé mon monde… Rien n'avait changé et pourtant, quelque chose se métamorphosait en moi. Comme… Je ne sais pas. Et j'ai compris pourquoi j'étais faite. C'est ça le plus beau. J'ai compris. Peu importe si Baba O'Riley, ROCKRITIC ou mes romans soient mauvais. Peu importe si je ne suis pas quelqu'un d'aimable et d'aimé. Peu importe si je découvre les choses trop tardivement à mon goût. L'essentiel, c'est que le reste n'ait pas bougé : Livres - Musique - Peinture. Mon triumvirat à moi. Celui qui me fait bader et bander, par cycle épisodique. Je vous aime toujours autant, et - si vous avez lu tout ce charabia, je vous aime deux fois plus. Merci de votre patience, votre indulgence, votre soutien.

D.


Yniversitek : Quand je parle russe, je me sens proche d'Aleksei, bizarrement. En plus, il y a un magnifique mec type Lenny Kravitz dans mon cours. J'en suis baba. Prochainement, je prends les devants avec lui J J'vous tiens au courant mes loulous. Par contre, le Blaise Zabini de Science Po de l'an dernier, c'est mourut. Il a déménagé à l'étranger. L Bad Trip. Mais tant pis, y'a suffisamment de beaux garçons pour rendre une femme épanouie et heureuse dans cette fac. Ma fac.

IN-A-GADDA-DA-VIDA

ROCKRITIC : J'ai repris l'écriture de ROCKRITIC ! C'est dit, c'est fait, c'est l'homme de ma vie ! Je ne pouvais pas quitter cette histoire et ses personnages comme ça. Parce qu'il y a encore des points à éclairer… Vous retrouverez la suite sous le nom de ROCKRITIC II, depuis mon profil. N'hésitez pas à donner votre avis si l'envie vous prend. Cela sera basé sur la vie de Scorpius, à partir de l'épilogue « Le Matin d'Après ». On en saura plus sur la famille qu'ils forment etc. Il s'agit d'un Scorpius x Albus S. P. J Il y aura quatorze chapitres et, peut-être, un bonus. Quelques chapitres sont déjà postés.

~ Lecteur passif deviendra un jour un grand lecteur actif. C'est la Mère Michelle qui vous le dit ! (et elle n'a pas perdu sa chatte)

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Baba O'Riley

Single 37 : « Back In Black »


''Back In Black'' - AC/DC. 1980. Piste de 4 min 14. Détonant. Particulier. Entraînant. Secouer sa tête en rythme. Essayer d'avoir cette voix sortant de la normale, un peu brisée à la Janis Joplin. Rêver de concert en plein air. Se rouler par terre, et se dire : « Mais c'est génial ! » Ouais, ça l'est.

Back in Black

I hit the sack

It's been too long I'm glad to be back

Yes, I'm let loose

From the noose

That's kept me hanging around

I've been looking at the sky

And it's getting me High

Forget the hearse 'cause I nerver die

I got nine lives

Cats eyes

Abusing everyone of them and running wilde

« La musique classique ? Je peux en faire… Si si, avec une bouteille de Jack Daniels », Malcolm Young.

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Blaise remonte l'impasse menant au Baba O'Riley en lisant la page Economie de son journal. De son autre main, il tient son attaché-case, concentré sur les chiffres qu'il découvre.

La bourse de Londres a encore chuté de quelques points. Les sourcils noirs de Blaise font un bond spectaculaire en voyant que les prix de l'immobilier ont haussé de trois pourcent cette semaine.

- C'est mauvais, ça, grogne-t-il.

Plus ça coûte cher, moins il vend de logements dans le mois. Et on peut dire que son train de vie était tout sauf modeste.

Blaise est né dans le luxe. Il s'est fait une résolution de mourir dedans. De toute manière, c'est une chose trop difficile pour les personnes aisées que de retourner à la « normale ».

Blaise continue de marcher, le nez dans son journal. Il dépasse un groupe de secrétaires se rendant travailler pour la Banque d'à côté. Il évite de peu une crotte de chien et sent son portable vibrer dans sa poche. Agacé, Blaise le sort, s'attendant à voir un message d'Aleksei lui disant de ne pas oublier son fils à l'école cet après-midi. Il ouvre le message et lit :

« Draco : Ne fais pas un pas de plus. Je te vois par la fenêtre du Baba. N'entre surtout pas. Une bombe a explosé ici. Harry est en train de se retenir de pleurer. »

Blaise lève la tête et voit le visage de Draco découpé par un rideau multicolore. Il fait une atroce grimace et fait le signe de quelqu'un qui va se faire couper la tête. Blaise prend alors son combiné et répond :

« Me Myself and I : Que se passe-t-il à l'intérieur ? Je voulais un café avant d'aller travailler. Je ne sais pas comment fonctionne ma machine et Aleksei était déjà parti avant mon réveil… »

Il eut un mouvement à l'intérieur.

« Draco : Je t'apporte ton café tout de suite. »

Quelques instants plus tard, Draco sort du Baba O'Riley avec deux tasses fumantes.

En ouvrant la porte, des cris se font alors entendre. Elle se referme en un claquement. Blaise arque un sourcil et Draco le dépasse, lui faisant alors signe de s'éloigner.

Il marche en de grandes enjambées. Il pleut. Draco entre dans une cabine téléphonique et Blaise lui emboîte le pas. Draco pose les deux tasses sur le petit rebord en acier et plante enfin son regard gris dans le sien.

- C'est la merde, vieux.

- Qu'est-ce qui se trame là-dedans ? demande Blaise en déposant son attaché-case à ses pieds.

Draco lui donne sa tasse et prend la sienne. Il trempe ses lèvres dans l'arabica et cherche ses mots.

- Quelqu'un… Quelqu'un est mort ?

- Non ! Personne n'est mort, ducon, argue Draco. C'est juste qu'on a fait trois pas en arrière en quelques heures. Luna est en haut du Baba O'Riley, dans l'appartement de Remus et Tonks à pleurer. Elle n'arrête pas de pleurer. Lee… Lee ne dit rien du tout. Mel a poussé la crise du siècle. Bill a essayé de tempérer tout le monde, mais rien à faire. J'avoue avoir jeté de l'huile sur le feu. Quant à Harry… Fidèle à lui-même. Il essaie de toujours voir le bons côtés des choses sans oser dévoiler le fond de sa pensée.

- Mais bordel, dis-moi ce qui se passe !

- Woodrow est revenue.

- Woodrow ? C'est qui ?

Draco a subitement envie de se taper la tête quelque part.

- Il y a cinq ans, à la Gay Pride, il y avait une jolie brune avec nous. Elle sortait avec Luna à l'époque.

Le visage de Blaise s'éclaire subitement :

- Woodrow la lesbienne activiste ?

- Celle-là, en effet. On était, il y a deux heures, tous au Baba pour le petit-déjeuner. Harry et moi, nous avions même apporté des donuts. Je devais l'emmener au musée d'art moderne pour qu'il aille découvrir une expo. Je voulais… m'intéresser de près à l'art, lui faire plaisir et… le comprendre. Je voulais d'une journée rien que lui et moi. Vu que c'est près d'ici, on a pensé que ça serait bien de voir tout le monde dans la matinée. Luna a dormi au Baba, dans l'ancienne chambre de Remus. On venait juste de mettre les croissants au four, quand elle est descendu dans sa nuisette d'un jaune écœurant (Draco sourit). Elle est quand même belle le matin… Mais tout a été gâché. La porte s'est ouverte. Harry est allé dire bonjour au nouvel arrivant. On était tous dans le living-room, à discuter. Puis il y a eu un silence. De l'autre côté du hall, nous ne savions pas ce qu'il se passait. Je me suis levé parce que j'ai eu un affreux pressentiment. J'ai rejoint Harry et là, j'ai vu Woodrow. J'ai tout de suite compris qu'on courrait à la catastrophe. Luna recommençait juste à se reconstruire, tu comprends ? À cause de cette histoire, Harry et moi, nous nous sommes déjà trop disputé. J'en ai eu marre. Alors je lui ai gueulé de se tirer de là, de suite, sans qu'elle ait encore ouvert la bouche. Harry m'a demandé de rester en-dehors de ça. Il m'a dit de ne pas me mettre en colère, de me calmer. Mais j'ai le sang chaud. Ça a débordé. Woodrow et moi nous nous sommes engueulés comme pas possible. On s'est insulté. Mel est arrivé, puis, de suite après, Luna. Elle a vu Woodrow et… et j'ai vraiment eu mal pour elle. Elle nous a demandé de les laisser seules un moment. Je ne sais même pas ce qu'elles se sont dit. Mais Luna a beaucoup pleuré. Et Harry fait de la putain d'empathie. Il supporte pas de voir les autres malheureux. Et moi je n'aime pas le voir triste. Donc ça m'a énervé. Elle n'avait pas le droit de la quitter, de partir sans donner de nouvelles et de revenir… Je ne me serai jamais permis un quart avec Harry, par peur de le perdre définitivement. Je l'aime, tu vois.

- Ouais, je vois bien, dit Blaise qui semble avoir fini sa tasse de café trop rapidement à son goût. Et Luna l'aime encore ?

- Personne ne sait vraiment. On n'ose même pas lui parler d'elle, alors de ses sentiments… tu penses bien que non ! Théodore est avec Harry. Ils essaient de consoler Luna. Woodrow est en train de s'expliquer avec Mel. Je n'ai même pas envie de l'entendre, cette pétasse.

- Elle a fait quoi de mal à part larguer sa copine sans dire un mot ? Elle avait peut-être ses raisons. Tout le monde ne conçoit pas les relations amoureuses de la même façon. Par exemple, Aleksei veut qu'on soit enterré l'un à côté de l'autre parce qu'il croit aux réincarnations. Mais moi, quand il m'a dit ça la première fois, j'ai cru que c'était un psychopathe. C'est… C'est peut-être un gros problème de communication. Un malentendu. Peut-être que Woodrow l'aime encore. Peut-être que ça peut fonctionner cette fois-ci. C'est à Luna de choisir, pas à vous. C'est ça le problème des groupes d'amis trop soudés : quand un couple rompt, on se sent obligé de prendre parti pour l'un ou l'autre. Mais c'est faux tout ça. Vous pouvez être amis des deux à la fois, même séparées.

- Je ne peux plus la blairer, Woodrow. Elle est trop pétasse pour moi…

- Tu veux la frapper ?

- Si seulement tu savais à quel point.

- Ecoute, Draco, ravale ta rage et ton dégoût et sois Malefoy jusqu'au bout des ongles. Harry n'a pas besoin d'un mec colérique près à taper sur n'importe quoi. Il a besoin d'un gars qui garde son sang-froid. C'est à Luna de faire un scandale. Ne lui vole pas la vedette, merde !

- Toi aussi tu lis un magazine de psychologie féminine ? demande Draco, tout à coup soupçonneux.

- Oui, avoue Blaise un peu gêné. Je le lis dès que je vais chez le dentiste. Ils sont trop bien faits leurs numéros. Mais je n'ose pas m'abonner. Déjà qu'Aleksei m'a surpris en train de pleurer devant une série américano-mexicaine…

Draco étouffe un rire.

- Et il a dit quoi ?

Blaise se racle la gorge et caricature le timbre de voix grave et un peu chantant d'Aleksei - dû au russe :

- « Khady, va cracher sur Papa. Il me fait trop honte. »

- Et il l'a fait ?

- Il était à deux doigts. Je l'ai vu s'approcher de moi, la bouche en cœur. J'ai levé la main en guise d'avertissement. Khady a déguerpis. C'est beau l'amour paternel… Tu as encore un peu de café dans ta tasse ?

Blaise jette un regard au contenu de celle de Draco et se permet de transvaser un peu de boisson dans la sienne. Draco le regarde faire puis il s'exclame tout à coup :

- Aleksei veut mourir avec toi ? Mais il est complètement timbré, ce mec !

- Oui, il a vraiment un grain, prononce Blaise d'un air consterné. Il dit qu'à la prochaine réincarnation on sera à nouveau un couple etc. etc. etc. jusqu'à la fin des temps. C'est une tradition dans sa famille. Tu imagines, être en couple avec lui y compris dans l'au-delà et dans mes « hypothétiques futures vies » ? Tyrannisé à travers le temps et l'espace ? Tuez-moi, Seigneur.

Draco a de plus en plus de mal à retenir un fou rire devant l'air sérieusement inquiet de Blaise.

- Surtout que je ne peux pas lui dire que je veux que ma tombe soit à l'autre bout du cimetière. Il le prendrait trop mal… Il serait capable de me passer les couilles au mixeur et d'en servir la bouillie à ma propre mère.

- Je suis sûr qu'il n'est pas si terrible que ça… Il doit bien avoir des moments de faiblesse comme tout le monde.

Blaise se racle la gorge et fuit son regard.

- L'autre soir, il a rêvé qu'il me plantait une dague dans le ventre après avoir pris son pied… Charmant. Tu sais, les crimes passionnels c'est si vite arrivé. Si ça se trouve, dans quelques temps, j'aurais le droit à un petit encadré dans les faits divers.

Il montre son journal et le rejette nonchalamment sur le combiné de la cabine.

- Je ne sais pas comment la magie s'opère entre nous, mais je l'aime comme je n'ai jamais aimé… Et pour en revenir à Luna, je pense qu'elle a vécu trop de souvenirs profonds avec sa Woodrow. Je sais que si Aleksei me quittait, je serai vraiment… Enfin, j'ose même pas y penser. Mais ça fait trop mal. Si elle s'était imaginé faire sa vie avec elle, c'est normal qu'elle soit dans cet état. Tu as déjà parlé avec Luna de ce que représentait réellement Woodrow pour elle ?

Draco fait non de la tête.

- Tu devrais. Tu comprendrais certainement plus de choses que tu sembles voir aujourd'hui…

- Ma vie n'est pas une merde, loin de là, mais ton couple m'intéresse, bizarrement. Ça doit tenir de mon côté commère.

L'agent immobilier lève les yeux au ciel tandis que la pluie redouble au-dehors.

- Il est comment Aleksei, en vrai ?

- En vrai ? Dans la vie de tous les jours tu veux dire ? Eh bien, il aime les câlins. Je te jure, il adore ça. Il a besoin de… de contacts pour savoir que je tiens à lui, que je l'aime. Il a peur que je me trouve quelqu'un d'autre, au fond de lui. Il a toujours cette crainte et donc il riposte comme il peut. Ça peut paraître étouffant pour certaines personnes, mais moi je sais que c'est de l'amour. Aleksei m'aime un peu maladroitement, mais il fait ce qu'il peut avec ce qu'il a - c'est-à-dire, un sale caractère.

- T'es pas mal fournis niveau caractère, tu sais ?

- Parle pour toi, maugréé Blaise. Et toi, ta vie de couple avec Harry-Chou d'amour ?

- Le Nirvana. Je n'ai jamais autant pris mon pied dernièrement. Plus on passe de temps ensemble, plus on s'améliore sexuellement parlant. La symbiose. Imbriqué comme des Lego.

- C'est bon, râle Blaise, pas la peine de pousser l'image mentale jusque là. Je sais de quoi est capable Harry au lit. Je te signale que je suis sorti avec un an, pratiquement.

Draco grimace et balaie ses propos d'un geste de la main.

- Ça ne compte pas. Il n'était pas amoureux.

- Vipère. En tout cas, je peux te dire qu'entre Harry et Aleksei, c'est Aleksei qui fait les meilleures fellations…, provoque Blaise. Ne sois pas fâché, Malefoy. Il te fallait bien un lot de consolation. Tiens, regarde, il ne pleut plus.

Blaise désigna l'extérieur de la cabine téléphonique avec son menton et en profita pour en sortir, un pan de sa veste un peu froissée par l'exigüité du lieu. Son ami le suit et emporte les deux tasses avec lui.

- C'est pour ça que je ne voulais pas que tu entres au Baba. Et puis tu aurais encore une fois mis les pieds dans le plat avec ta délicatesse légendaire.

- Je te remercie de m'avoir épargné une énième humiliation, grogne-t-il en fermant les boutons de sa veste. Bon, merci du café, je vais aller travailler et essayer de rendre rentable ce qui n'est rien d'autre que des taudis aux prix exorbitants. Salue tout le monde de ma part.

Blaise s'en va.

Le ciel est toujours aussi moche, dans un camaïeu de gris inquiétant. Draco le regarde s'éloigner et rejoint le Baba O'Riley. Cette fois, c'est le silence qui l'accueille.

Mel est assis à la petite table bleu-ciel de la cuisine et parle à mi-voix avec Woodrow. Cette dernière a la tête baissée et trempe son sachet de thé en l'écoutant. Ses cheveux bruns sont coupés courts et des éclats bleus sont perceptibles ci et là.

Lorsque la porte d'entrée claque, Woodrow se retourne et fixe Draco, comme si elle était sur ses gardes. Ce dernier met les deux tasses sales dans le lave-vaisselle et tourne les talons.

Dans le living-room, Lee et Bill parlent en chuchotant, leurs voix couvertes par la voix de Malcolm Young s'échappant du mégaphone. Draco s'assoit auprès d'eux en soufflant. Lee se décale légèrement pour lui faire de la place sur le canapé en formes de lèvres rouges.

- Il s'est passé quoi ? demande-t-il d'un air indifférent en contemplant le lustre à pampilles.

- On ne sait pas trop, avoue Lee. À côté se tient un conseil extraordinaire et secret ; En haut c'est la réunion de consolation. Théodore est juste descendu prendre une boîte de mouchoirs. Je crois que pour la soirée mime de ce soir, c'est râpé.

Bill approuve sombrement et jette un regard à sa montre. Elle indique neuf heures moins le quart. Lee chantonne et se lève pour saisir un nouveau recueil de poésie sur l'étagère dédiée aux découvertes culturelles.

De temps à autre, Bill lit par-dessus ses épaules. À part les cris stridents du groupe ACDC, c'est un silence murmurant qui plane sur le Baba O'Riley.

Tout à coup, des pas résonnent dans l'escalier en colimaçon.

Luna a ses longs cheveux blonds nattés. Elle porte un jean slim qu'Harry avait laissé lors de sa dernière visite. Le jean tombe légèrement le long de ses hanches. Son débardeur orangé qui lui colle pratiquement à la peau souligne ce contraste de taille.

Ses yeux bleus sont rouges. Elle les essuie d'un geste pressé et dévale les dernières marches. Elle adresse un maigre sourire à Lee, Bill et Draco. Ils la regardent les dépasser et filer vers la cuisine.

Mel en sort quelques secondes après et il s'assoit derrière son comptoir, comme le capitaine d'un navire.

Peu de temps après, Théodore et Harry arrivent dans le living-room en échangeant un regard éloquent. Draco meurt d'envie de leur demande ce qu'ils se sont dit tous les trois là-haut, mais se retient, par décence plus que pour autre chose…

Draco ouvre ses bras pour que Harry puisse s'assoir sur ses genoux. Mais ce dernier ne semble pas avoir remarqué ce petit geste et s'assoit à l'opposé de la pièce, sur le canapé rond mauve, en tailleur. Un magazine est coincé sous une de ses fesses. Il le saisit et le lit sans en saisir le moindre mot.

Théodore siège dans le fauteuil victorien, les jambes étendues devant lui. Le tic tac de l'horloge ponctue le silence désagréable. Tout à coup, Bill se lève et prétexte aller fumer.

- Je viens avec toi, lance Draco en sautant sur ses jambes.

Tous les deux ferment la porte du Baba O'Riley derrière eux et s'accoudent contre la rambarde jouxtant le perron. Ils grillent deux clopes en regardant des personnes se rendre à la Banque.

- C'est classe, hein, finit par dire Bill en désignant la plaque en or décrétant que le Baba O'Riley appartenait désormais au patrimoine culturel et immatériel de la ville de Londres. Ça fait rager les voisins mais ce n'est pas plus mal. Tant qu'on a cette plaque, on ne peut plus nous attaquer. On est protégé, en quelque sorte.

Draco expire un nuage de fumée.

- Théodore est heureux, maintenant. Il a trouvé un repère. Il peut jouer du piano ici tous les soirs, s'il le désire - grâce au Baba. C'est magique le sourire qu'il peut avoir dans ces moments-là. Je sais que… que durant la période où j'ai merdé, il était très proche de Luna, qu'elle a été là pour lui, qu'une amitié sincère les lient. Elle a été là dans les hauts et les bas. Woodrow aussi. C'était le couple. À côté, nous étions tous des faire-valoir.

- Puis tout s'est cassé la gueule, complète Draco. Mais c'est de la faute de Woodrow : elle ne s'est pas suffisamment battu pour son couple. Tant pis pour elle. Luna rencontrera quelqu'un d'extraordinaire et elle l'oubliera bien vite.

- Je n'en suis pas si sûr : on n'oublie jamais son premier amour.

Bill dépose quelques cendres dans un pot de terre cuite contenant des géraniums aux pétales chargées de pluie froide. Il joue avec du bout des doigts, les chatouillant et les faisant tomber une à une.

- La preuve : même fiancé, je n'ai pas pu oublier Théo, poursuit Bill avec un petit sourire. Il a changé ma vie. J'ai changé la sienne. Et je ne changerai ça pour rien au monde. Laisse à Luna le temps de savoir où elle en est, quitte à ce qu'elle se trompe. On n'est pas dans son cœur ou dans sa tête : la décision lui revient. Tu sais, Lithium, quand je vois le comportement que tu as envers Luna, j'ai l'impression de me voir agir avec Ginny, ma petite sœur.

- C'est un peu ça. Je me fais juste du souci pour elle. Je serai curieux de savoir ce qu'elle se disent en ce moment. À ton avis, elle a préparé quoi comme excuse Woodrow ?

- Elle n'en a aucune. Elle pourra remuer ciel et terre, mais dans ces cas là, ça ne servirait à rien. Elle devra juste encaisser les reproches de Luna si elle souhaite vraiment la récupérer… C'est-ce que j'ai fait avec Théo. J'ai baissé la tête et j'ai demandé pardon sans croire une seule seconde qu'il accepterait mon retour dans sa vie. Théodore est de nature plutôt rancunière. J'ai eu très peur de le perdre connement. En fait, j'ai cru l'avoir perdu pour de bon. Un mal est si vite fait en amour.

Les notes irrégulières et un peu folk d'un titre de Bob Dylan s'échappent au travers les carreaux légèrement embués du Baba O'Riley. Harry ouvre la porte et tend une écharpe grise, rouge et noire à Draco avant de retourner à l'intérieur. Ce dernier murmure un merci et l'enroule autour de son cou. Elle sent Harry.

- De toute façon, même si Luna lui pardonne, ça risque d'être tendu au Baba prochainement. Personne n'a oublié. On a dû ramasser Luna à la petite cuillère, reprend Bill. J'étais à New York avec elle et c'était pas joli à voir. Luna n'a déjà pas vraiment confiance en elle alors… cette histoire a anéanti le semblant d'estime qu'elle avait. Une femme, ça a besoin d'être rassuré…

- Ah oui, j'avais oublié que tu avais été hétéro cinq ans de ta vie, charrie Draco en rejetant un énième nuage de fumée. Au fait, tes parents ont dit quoi lorsqu'ils ont su que tu aimais bouffer la bite ? Ils ont eu un ulcère ?

- Ma mère ne m'adresse plus la parole. Mon père essaie de tasser l'histoire. Ça ne semble pas gêner le moins du monde Théo de ne pas être accepté dans la famille. Il m'a dit ne pas sortir avec moi pour ça. Ma mère ne l'aime pas et il le lui rend bien. Ce qui compte c'est que je sois bien dans mes baskets. À un moment donné, plus personne ne pourra nier qu'on s'aime sincèrement, que deux hommes ensemble ce n'est pas la fin du monde.

- Amen.

Draco trace une croix dans l'air avec sa cigarette coincée entre ses doigts pour bénir ces paroles. Bill esquisse un sourire.

- Et ta mère elle en a pensé quoi que tu sois homo ?

- Ma mère ? répète Draco. Je ne suis pas très proche d'elle. J'ai plus de liens avec mon père… Ma mère me laisse vivre ma vie parce que je suis son fils unique chéri. Au début, elle culpabilisait parce qu'elle pensait m'avoir trop couvé. En fait, je ne pensais pas être homo mais bi. Ça ne me dérangeait pas de le faire avec une femme. Mais… ça relevait plus d'un besoin animal plus qu'autre chose. Je me déchargeais. Point. Je me suis découvert en cours de route.

- Moi, je peux dire adieu aux fêtes de Noël. Tu vois, il y a deux semaines c'était mon anniversaire et elle m'a rien envoyé. Je l'ai fêté avec Théo, Ron et Hermione dans une fête foraine. Je me suis bien amusé mais c'est vrai que ce n'est plus pareil…

- Rien ne sera plus pareil dorénavant, murmure Draco. Dire à son entourage qu'on est gay révèle bien des visages - en bien ou en mal d'ailleurs. Par exemple, mon père a une tête d'homophobe activiste et pourtant, il est aussi tolérant que Gandhi dans ses plus beaux jours. Ta mère devait faire une tonne de sourires par devant mais être faux-derche par derrière. Harry m'a dit que pour ton mariage, il ne l'avait jamais vu aussi…

- Méchante ? devine Bill. Je l'ai découverte aussi ce jour-là. Rasure-toi. J'ai ouvert les yeux. On ne peut pas plaire à tout le monde, et surtout pas à ses parents. J'ai pris un chemin qui les déplaît fortement. Dommage pour moi.

Draco esquisse un sourire.

- Un chemin qui les déplaît fortement ? Tu parles de l'anus de Théo ? C'est vrai que c'est un terrain semé d'embuches…

Bill lui assène un coup de coude dans les côtes.

- Il est parfait son cul. Tu es juste frustré parce que tu ne l'as jamais vu.

- Si, une fois. Mais je ne m'en souviens pas…

Les yeux bleus de Bill s'ouvrent en grand. Aussitôt, Draco comprend qu'il est sur le point de divulguer un énorme secret - celui de son plan à quatre avec Harry, Blaise et Théodore.

- Quand on était au lycée, tu vois, essaie de se rattraper Draco. C'était il y a très longtemps, donc… Enfin bref. Tu as une autre clope ?

- Je n'ai même pas envie de savoir ce qu'il s'est passé entre vous deux, grogne Bill, désappointé. J'ai laissé mon paquet de clope dans la cuisine et je ne peux pas y retourner : Luna et Woodrow discutent.

Draco râle d'impatience et jette un coup d'œil par la fenêtre. Il ne voit que le dos de Luna. Cette dernière semble parler en de grands gestes.

- Je vais aller à l'intérieur demander à Harry si ça tient toujours cette journée en amoureux ou si je peux aller me la passer sous le bras, finit par dire Draco en jetant son mégot dans le petit caniveau.

Il ouvre la porte du Baba O'Riley et son ouïe est agressée par les cris de Luna. Il fait mine de se boucher les oreilles et entre dans le living-room. Harry est toujours assis au même endroit et se ronge les ongles, les yeux perdus dans le vague.

- On y va ? demande Draco en s'approchant.

Les paupières d'Harry papillonnent un instant, se demandant sûrement de quoi il parle. Finalement, il se lève et attrape sa veste sur le porte-manteau en forme de patte d'autruche. Après avoir fait un léger signe de main à Lee et Théodore improvisant un Poker sur le canapé rond, ils sortent alors que Bill entre.

Draco et Harry se tiennent par la main en descendant l'impasse. Ils entrent dans l'Underground. Harry est bizarrement silencieux. Sa main est toujours dans celle de Draco.

- Ça va, toi ? demande doucement Draco en essayant d'attirer son attention. Tu as l'air ailleurs.

- Je suis juste en train de penser à Woodrow et Luna. À comment elles en sont arrivées là. C'est vraiment étrange de se quitter alors qu'on s'aime si fort… Tu crois que ça nous arrivera un jour à nous ?

- J'en sais rien, avoue-t-il. Mais je ferai tout pour que ça n'arrive pas… Je t'aime trop. Tu le sais ça, hein ?

- Toi aussi tu as peur ?

Draco acquiesce.

- C'est normal, tu sais. Tout le monde a peur de perdre la personne qu'on aime. Ça arrive parfois et pas forcément de la manière dont on le prévoit… Quand on chope l'amour, on n'est pas prêt de le lâcher de sitôt. J'ai lu cette phrase sur mon yaourt de ce matin.

Draco éclate de rire. Son nez se fronce légèrement. Harry jette un regard circulaire sur le quai du métro et l'embrasse furtivement. Il sait que Draco n'aime pas les démonstrations affectives - quelle qu'en soit la nature.

- Tu sais ce que j'ai commencé à faire ? continue Harry. J'ai décidé de mettre de l'argent de côté pour qu'on se paie un voyage à New York. J'ai envie de me faire pardonner de la dernière fois.

- Oh ? Et t'as réussi à mettre combien de côté depuis ta résolution ?

- Vingt-sept livres… Mais ce n'est qu'un début !

- On y sera pour nos quarante ans à ce rythme.

- Tu verras, bientôt j'arriverais à vivre de mon art. Je ne vivrai plus à tes crochets.

- Tu vis à mes crochets depuis le premier regard que tu m'as lancé. C'était écrit quelque part que tu étais né pour m'emmerder.

Le métro glisse jusque devant eux et ils s'engouffrent dans un wagon. Avec entrain, Harry chantonne « Diamonds are the gays best friend ». Draco, pendant ce temps, continue de recevoir des messages de Blaise lui demandant des informations pour se rendre à tel ou tel endroit car il ne trouve pas un appartement à visiter.

- Tu sais, finit par prononcer Harry en mâchant bruyamment un chewing-gum, Ron m'a demandé dernièrement comment j'ai découvert que j'étais gay.

- Et tu lui as répondu quoi ?

- Qu'après avoir vécu toute son enfance en devant mettre les petites culottes de ma tante dans la machine à laver, ça m'avait tellement perturbé que maintenant, je ne pouvais pas en voir une seule.

- Il t'a cru ? s'exclame Draco, ébahi.

- On parle de Ron, là… Le mec qui croit encore que le Lac Titicaca est la plus grande décharge de déchets humains du monde.

Draco explose littéralement de rire.

- Mais c'est à moitié vrai : je suis dégouté des femmes à cause de ma tante. Tu ne l'as jamais vu dans sa nuisette pourpre à dentelle. J'avais l'impression que ça sortait d'un film d'horreur vintage. J'en faisais des cauchemars de cette nuisette… Et puis, j'avais un facteur très sexy. Ça me travaillait les hormones. Après, je crois que ma destinée était déjà toute tracée quand je commençais à essayer les jupes de ma tante pendant son absence et que j'éprouvais une fascination presque bestiale pour le maquillage. Sans compter mon goût prononcer pour les musiques de pétasses. J'ai dû être gay plusieurs fois dans des vies antérieurs pour cumuler à ce point. S'il y avait plus d'hommes sur Terre, je n'aurais plus de raison de vivre… Mais arrête de te marrer ! Je suis très sérieux.

Draco a le bras enfouit au creux de son bras. Ses épaules tressautent régulièrement. Harry le pince doucement, en vain.

- Et puis, je ne regrette pas d'aimer les hommes si c'est pour sortir avec un canon pareil. Tu peux bomber le torse, chéri.

- Je vois ça.

Ils arrivent finalement à destination.

Le musée est en face de la sortie de métro. L'espace d'une journée, ils parviennent à gommer tout le reste pour passer un bon moment ensemble… Mais finalement, Draco est appelé en toute urgence au bureau. Harry promet que ça ne le dérange pas d'écourter leur virée, et l'accompagne.

Valerie les attend de pied ferme, des dossiers en main. Harry s'assoit sur des sièges dans un corridor et met son casque audio sur ses oreilles, en attendant que Draco règle vite l'affaire. Ce dernier enlève sa chemise et allume son ordinateur, son assistante sur les talons.

- On a eu un appel de nos investisseurs à la Bourse de Paris il y a trente minutes. J'ai essayé de vous joindre mais…

- Je passais ma journée avec Harry, coupe-t-il les sourcils froncés.

- Je suis désolée mais je ne pouvais pas prendre une décision aussi importante sans vous consulter, explique Valerie. J'ai essayé de vous appeler sur votre portable ce matin pour vous avertir des transactions qui allaient être faites plus tard mais vous ne répondiez pas.

- Je l'avais éteint, répond tranquillement Draco en s'asseyant à son bureau. Il se passait quelque chose d'important au Baba O'Riley.

- Oh, et quoi donc ? C'était le concours de celui ayant les testicules les plus lourdes ?

- Mmh, si seulement… L'ex de Luna est revenue. Elle veut reprendre.

Draco a le nez collé son ordinateur et passe quelques coups de fil. Si bien qu'il ne voit pas le léger tressaillement de la part de Valerie, ni même son visage s'assombrissant en quelques secondes à peine…

À suivre


(!) Je m'excuse d'avance des possibles fautes d'orthographe. Mais je n'ai toujours pas de bêta. Alors je fais avec les moyens du bord. Je suis un peu crevée par les cours du soir et donc pour me relire. Je corrigerais probablement demain. Ne soyez pas médisants, mes amours.