Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 37

Stupéfaites, Emilie et Marietta se rapprochèrent encore l'une de l'autre. Allait-on leur reprocher d'avoir parlé ? Quel serait leur sort ? Elles tremblaient encore violemment, de froid, de peur, et des effets secondaires du Cruciatus. Lisa Turpin s'approcha soudain et arracha deux gros plaids des fauteuils pour les leur donner.

« On s'est fait prendre…

-On sait, coupa Lisa qui pinça les lèvres avec une expression douloureuse : je suis désolée…

-On n'a rien pu faire, chuchota Emilie en claquant des dents : le Veritaserum... »

Les personnes les plus proches d'elles prirent immédiatement un air atterré, tandis que sa déclaration était reprise d'élève à élève jusqu'au fond de la salle. Emilie regarda Marietta droit dans les yeux. L'élève plus âgée pleurait de nouveau, sans doute ramenée deux ans en arrière, lorsqu'elle avait été victime d'un procédé identique. Cette fois-ci toutefois, elle n'avait pas parlé, mais Emilie fut soulagée de constater qu'elle paraissait disposée, pour le moment, à accréditer la version officielle.

La réaction de la préfète la prit de court, comme sa voisine d'ailleurs, qui menaça de s'effondrer, déséquilibrée par son ancienne amie qui s'était jetée sur elle et lui avait passé les bras autour des épaules. La culpabilité de la Serdaigle avait été trop forte et on nota aussi l'air plus qu'embarrassé d'autres élèves de la même classe.

Maintenant qu'elle avait eu le temps de reprendre un peu ses esprits, Emilie essayait de comprendre ce qui se passait à Serdaigle. Pourquoi ce comité d'accueil ? C'était le meilleur moyen de donner à leurs opposants la liste des membres de la résistance ! Marietta devait suivre le même raisonnement, car elle prit bientôt la parole :

« Lisa, il faut qu'on parle, Il y a des mesures à prendre, mais pas ici…

-Tous ceux qui sont ici sont de notre côté, Marietta. L'air ahuri de la jeune fille l'incita à expliquer : la scission est consommée, Marietta. On sait qui vous a dénoncées. On voulait que Mortimer et les autres soient exclus, ou, au moins, qu'ils aillent dans un endroit à part, mais comme ce n'est soi-disant pas possible, on a réorganisé les dortoirs. »

Elle ne put pas continuer, Flitwick venant d'apparaître. Leur chef de maison avait l'air grave et examina sans rien dire ses deux élèves emmitouflées dans leurs plaids dont elles serraient les coins dans des mains mal assurées, un peu courbées, comme si elles avaient du mal à se tenir debout.

« Mesdemoiselles Edgecombe et Snape, suivez-moi tout de suite, je vous prie. »

On claudiqua jusqu'au bureau dont le professeur verrouilla aussitôt la porte. Près de la cheminée se tenait madame Pomfresh, toute bonhommie ayant déserté son visage qui paraissait plus marqué qu'à l'accoutumée. Elle les regarda sans rien dire, s'attarda sur Emilie puis demanda à Flitwick de les laisser quelques minutes. Les deux jeunes filles durent se déshabiller pour subir un examen rapide, tandis que la guérisseuse leur posait des questions sur leur interrogatoire. Que leur avait-on fait ? Combien de Cruciatus ? Pendant combien de temps ? Le Veritaserum, combien de gouttes ? Et l'effet s'était dissipé au bout de combien de minutes ? Marietta et Emilie répondirent du mieux qu'elles purent, mais elles affirmèrent qu'elles avaient été incapables de noter ce genre de détails. Madame Pomfresh avait eu l'air particulièrement choquée de constater qu'Emilie avait subi le même sort que sa camarade. L'impunité d'Emilie Snape était bel et bien terminée.

« Vous allez prendre tout de suite un bain bouillant. Je vais vous faire apporter un repas mais ne vous jetez pas dessus ! Mâchez tranquillement : il est inutile d'irriter votre estomac. Le professeur Flitwick vous apportera de l'anti-Cruciatus dans quelques minutes. Prenez-le tout de suite, c'est compris ? »

Trempant chacune dans une baignoire, Emilie et Marietta avait pu dans leurs dortoirs respectifs mesurer la révolution qui avait eu lieu en leur absence, pourtant courte. La nouvelle de la convocation d'Emilie avait fait le tour de Serdaigle et Lisa Turpin avait bientôt fait le rapprochement avec l'absence de Marietta Edgecombe, toujours manquante alors qu'on allait descendre dans la Grande salle. Peter Strattford avait tenté de trouver Flitwick, mais il était déjà au rez-de-chaussée avec ses collègues. Lucrezia avait battu le rappel des responsables des autres organisations, les Conjurés et l'Armée de Dumbledore et leur avait décrit la situation en quelques mots. Avant même d'être attablés, les élèves des quatre maisons savaient qu'une crise majeure avait éclaté entre « résistants » et admirateurs de Voldemort. Ce qui rendait la situation inédite était que, pour la première fois, s'opposaient des adolescents de la même maison. Sans qu'on se soit donné le mot, le dîner fut avalé à une vitesse record. Flitwick avait été prévenu par un Elfe sur le chemin du retour et, quand il entra dans la tour de Serdaigle, ce fut pour faire face à une véritable fronde. Mortimer, Beaufort et leur bande avaient été exposés et vilipendés. On voulait échanger les dortoirs : les brebis galeuses d'un côté et les autres à part. Impossible, avait répondu Flitwick, on n'avait jamais réuni les filles et les garçons et il s'y opposerait fermement. Les discussions avaient escaladé et le professeur avait fini par faire la morale à tous, distribuant plusieurs consignes dans le lot. Les élèves avaient cependant pris le mors aux dents et, puisque leur solution était rejetée, avaient procédé manu militari à l'éjection de leurs dortoirs de tous ceux qu'ils savaient être des « traîtres ». Leur chef de maison avait été assez fin pour entériner cette modification de l'occupation des dortoirs.

Marietta et Emilie avaient livré, avant même de prendre leurs remèdes, les noms des autres élèves qu'elles avaient dû impliquer pour pouvoir s'en sortir. Lucrezia avait sur le champ averti les Serdaigles concernés et transmis la liste des autres à Gabelli, Haffner, Cauldwell, Londubat et Ginny Weasley. Il fallait s'attendre à de nouveaux interrogatoires, ou au moins à une surveillance étroite de leurs agissements à l'avenir. Malgré le danger, l'atmosphère à Serdaigle était survoltée.

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Le lieu d'un rendez-vous discret s'était assez vite imposé à Filius Flitwick. Il leur fallait un terrain neutre si on voulait essayer de faire avaler la présence d'Aurora Sinistra à Minerva McGonagall et il refusait de mettre les pieds au sommet de la tour d'astronomie qui aurait paru d'un auspice des plus funestes. Sans compter qu'une réunion nocturne à cet emplacement aurait été interprétée comme une déclaration de guerre. Or, Flitwick ne voulait pas d'une guerre dans un lieu réunissant plusieurs centaines d'enfants et d'adolescents. Finalement, quoi de mieux que cette bonne vieille salle des professeurs où personne ne trainait plus en dehors des réunions, depuis qu'elle signifiait leur allégeance forcée au nouveau directeur ?

Le professeur de Sortilèges n'avait pas envie de perdre du temps en discussions oiseuses et entra dans le vif du sujet, surprenant ses trois collègues et madame Pomfresh qui ne l'avaient jamais vu aussi énergique.

« Je viens de récupérer deux élèves torturées par les Carrow. J'ai aussi une révolte sur les bras, à Serdaigle. Les élèves opposés à Vous-savez-qui ont cherché à exclure une faction d'admirateurs des Mangemorts. Ceux-là même qui avaient dénoncé deux de leurs camarades. Je crains qu'il ne faille s'attendre à une contagion dans les autres maisons dans les heures qui viennent.

-Pas à Slytherin, contra Sinistra : il en faudra plus à ces élèves pour se montrer à découvert.

-Comme toujours, murmura Minerva McGonagall.

-Cela ne veut pas dire qu'ils soutiennent Qui-tu-sais, affirma le professeur d'astronomie avec force.

-Y-a-t-il là-bas des mouvements de résistance comme dans les autres maisons ?

-Un ou plusieurs, acquiesça Sinistra en hochant la tête avec grâce : j'ignore le détail, mais la résistance d'un bon nombre d'élèves est un fait avéré. Elle poursuivit : les Slytherins n'aiment pas afficher leurs convictions au grand jour lorsqu'elles vont à l'encontre du courant majoritaire le plus puissant. Ils ne bougeront pas encore. Le jour où les Slytherins se révolteront, commenta-t-elle avec dérision : il n'y aura plus qu'à rétablir la guillotine en place de Grève.

-Statu quo à Slytherin, donc, résuma Flitwick. Que se passe-t-il à Poufsouffle et Gryffondor ?

-Si les Serdaigles montrent l'exemple, alors il est possible que les Poufsouffles suivent, soupira Pomona Chourave.

-As-tu une idée du rapport de forces dans ta maison ?

-Non, mais je l'estime équivalent à ce qui se passe chez toi. Les Poufsouffles sont moins individualistes, ceci dit : peut-être ne voudront-ils pas montrer leurs dissensions ? »

Elle n'y croyait pas elle-même et ses collègues, Flitwick et Sinistra, secouèrent chacun la tête, se préparant à devoir affronter un éclatement de la maison des Poufsouffles avant la fin du lendemain.

« Minerva, demanda enfin Flitwick : les Gryffondors vont-ils suivre le même chemin ? »

La vieille femme, le dos bien droit, pinça ses lèvres fines et prit un certain temps pour répondre, mal à l'aise.

« Il faut que vous compreniez que pour un Gryffondor, l'appartenance à la clique de Vous-savez-qui équivaut à la pire des traîtrises. Tout comme manifester un intérêt pour la Magie noire… Elle soupira, parut rassembler ses forces et déclara du bout des lèvres : un Gryffondor se définit en général comme l'antithèse d'un Slytherin.

-Le contraire est vrai aussi, avoua Sinistra, recueillant un regard soulagé de sa collègue.

-Ces derniers temps il règne une atmosphère délétère dans la maison des Gryffondors, et ce ne sont pas les actions irréfléchies de ceux qui s'autoproclament « Armée de Dumbledore » qui vont arranger les choses. C'est une question de temps je crois… elle reprit : mais j'ai peur de ce à quoi mènera l'intransigeance de plusieurs d'entre eux lorsqu'ils se retourneront non plus contre les Slytherins, les Carrow et Snape, mais contre leurs propres rangs. »

Le tableau d'une possible guerre civile au sein de Poudlard n'avait rien de réjouissant. Fliwick et Chourave échangèrent des regards, se demandant chacun de leur côté s'il y avait encore un moyen d'empêcher des règlements de compte au sein de leurs maisons. On en venait presque à préférer les embuscades dans les couloirs…

« Qu'est-il arrivé à tes élèves ? »

Le professeur de Sortilèges se demanda s'il minimiserait, craignant la réaction de la chef des Gryffondors. Il finit par se dire qu'il valait mieux regarder la vérité en face puisque les rumeurs avaient de toutes façons déjà commencé à circuler :

« Elles ont subi le Cruciatus et on les a forcé à boire du Veritaserum.

-Quoi ? explosa McGonagall avant de siffler avec rage : Snape…

-Ce sont les Carrow qui s'en sont pris à elles, Snape a fourni la potion plus tard.

-Pour quel motif ? demanda Sinistra.

-Trafic de Potions, soupira Flitwick : Marietta Edgecombe et Emilie Snape faisaient partie d'un réseau qui écoulait parmi les différentes organisations clandestines des élèves des remèdes pris à l'infirmerie. Poppy était bien entendu au courant.

-Je n'aurais jamais dû accepter… commença la guérisseuse.

-Emilie Snape ? articula Sinistra, incrédule.

-Ce salaud a torturé sa propre fille ?

-Non, les Carrow. Il a… »

Flitwick eut la parole coupée par McGonagall qui s'était levée, outrée, et s'était mise à crier :

« Le fait qu'il a donné du Veritaserum à sa fille prouve qu'il cautionne les actions des Mangemorts ! Quand je pense que…

-Minerva, il faut que nous arrivions à canaliser ces mouvements clandestins et que nous enrayions l'escalade.

-Il faudrait déjà commencer par nous débarrasser de Snape et de ses sbires !

-Tu sais que ce n'est pas possible pour l'instant !

-Evidemment, si nous nous contentons de compter les points et de discuter, ce ne sera jamais le moment ! » cracha McGonagall.

Flitwick leva les bras au ciel et partit à l'autre bout de la pièce, excédé.

« Si nous liquidons Snape et les Carrow, murmura Sinistra : c'est-à-dire, si nous trouvons le moyen de dépouiller le directeur de la protection accordée par le château, ce qui n'a rien d'évident, que croyez-vous qu'il se passera ? Tout le monde observait la responsable des Slytherins sans rien dire. Elle prit cela comme un encouragement et poursuivit son raisonnement : le Bureau des Bienfaiteurs cherchera à désigner un nouveau directeur car il ne peut y avoir vacance de poste en cours d'année scolaire. Ce bureau dépend directement du Département de l'Education, lequel est placé sous la responsabilité du Ministre de la Magie. Dans ce cas, j'ai bien peur que Thicknesse ne nous remplace Snape par un autre Mangemort, un que nous aurons encore plus de mal à, hum, maîtriser. »

Le silence commençait à porter sur les nerfs du professeur d'Astronomie qui n'avait jamais été très à l'aise avec les autres, et encore moins depuis qu'elle avait eu à devenir la responsable des Slytherins.

« Dans ce cas, que pouvons-nous faire ?

-Protéger les élèves, répondit immédiatement la Slytherin en se tournant vers madame Pomfresh. Ça passe par une connaissance des factions en présence, éventuellement par des explications avec les chefs des groupes pour leur faire comprendre l'ensemble de la situation. Ce n'est pas dans une école que nous battrons Vous-savez-qui. Tant que le Ministère sera aux mains des Mangemorts, nous serons condamnés à l'inaction. Il n'y a pas de honte à cela, c'est une question de bon sens : voulons-nous sauver la face en sacrifiant des enfants ou décidons-nous de ravaler notre orgueil pour les protéger et faire en sorte qu'ils grandissent armés pour se défendre ? »

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A Serdaigle, le grand bazar qui avait mené à la réattribution des lits dans les différents dortoirs n'avait rien changé à celui d'Emilie, composé de personnes partageant les mêmes idées et impliquées jusqu'au cou dans les Détraqués. Soulagée par l'anti-Cruciatus et le long bain qu'elle avait pris, qui l'avait laissée rouge comme une écrevisse, les doigts tous plissés, et un peu endormie, Emilie devait ronger son frein et accepter de répondre encore et encore aux questions dont on ne cessait de les bombarder, Marietta et elle.

Le défilé des Serdaigles responsables d'une section ou d'une autre des Détraqués était quasi permanent, sans parler de celui des curieuses de savoir à quoi ressemblait une Snape revenue du Cruciatus. Ladite Snape finit par se mettre au lit et fermer les rideaux, en méditant un bon moyen de se débarrasser des inopportuns. De toutes façons, ce qui devait être réglé l'était : on suspendait pendant la semaine toute activité d'entrainement et il était interdit de tenter d'accéder à la Tour des Elfes. La petite révolution qui avait éclaté plus tôt ne devait pas masquer qu'on était arrivé à une impasse et qu'on ne savait toujours pas comment gérer les « traîtres » ni surtout les empêcher de nuire. Lucrezia attendait de voir ce qui se passerait dans les autres maisons : irait-on aussi là-bas au conflit ouvert ?

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Le réveil fut difficile le lendemain. Personne n'avait vraiment fermé l'œil. Ceux et celles dont le dortoir était le plus proche de ceux des « moutons noirs » avaient épié un bon bout de temps leurs anciens camarades : qu'est-ce qu'ils faisaient ? Est-ce qu'ils y allaient en premier ? Personne ne paraissait se décider, et il fallut que leur chef de maison, d'une humeur massacrante, fasse de nouveau sonner un gong pour susciter un mouvement. On se retrouva donc nez à nez, et muet. La logique triompha et ceux qui se trouvaient près des portes bougèrent en premier, suivis de ceux qu'ils avaient exclus et refoulés dans les profondeurs de la tour.

Marietta et Emilie s'attendirent mutuellement. Le soulagement qu'elles avaient ressenti la veille au soir n'était plus qu'un lointain souvenir. Elles étaient percluses de courbatures et leurs mains tremblaient aux moments les plus inopportuns, sans qu'elles puissent prévoir ces accès. La descente des marches était pénible, surtout en ayant le sentiment d'être observées de tous. A l'entrée de la grande salle, un murmure courrait de lèvres en lèvres : « Snape est là ! ». Emilie ne leva pas la tête, ni pour marcher, ni pour manger. Ce n'était pourtant pas l'envie qui lui en manquait, mais elle ne voulait pas alimenter les spéculations et ce qu'elle aurait cherché à savoir n'aurait pu être deviné d'un simple regard. Or, observer Snape longuement, à loisir, essayer de lire quelque chose dans ses yeux inexpressifs et le masque qui recouvrait ses traits, était impossible, sans même imaginer lui parler.

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Des cours qu'elle avait suivis comme un automate, ponctués par l'absorption d'une nouvelle dose d'anti-Cruciatus à la récréation de l'après-midi et d'un bain brûlant juste avant le dîner et la punition du soir, Emilie aurait été incapable de s'en rappeler un mot ou même le thème général. Elle avait écrit, parfois en luttant pour éviter sa main de trembler lorsque les effets de l'Impardonnable revenaient, elle avait fait quelques mouvements de baguettes (et raté quelques sorts quand sa main avait de nouveau décidé de vivre sa petite vie à part). Elle comptait sur ses voisines pour repiquer ses cours un peu plus tard quand elle irait mieux, ou quand elle aurait la tête à ça.

Elle essayait de démêler l'écheveau de ses pensées et surtout de comprendre l'énigme vivante que constituait Severus Snape. C'aurait été un euphémisme que de dire qu'Emilie avait « mal pris » la trahison de son père, l'ultime volte-face du Mangemort. Elle n'y avait rien compris. Pire encore : des mois même après les faits, quand la preuve de la prise de pouvoir des Mangemorts, les récits de leurs crimes étaient véhiculés jour après jour par les élèves (et les journaux, du temps du Chicaneur), ce n'était pas tant l'assassinat de Dumbledore et l'infamie de Snape qui la choquaient le plus. Non, c'était le fait qu'elle ait pu être dupée et qu'un homme dans lequel elle avait placé sa confiance ait pu l'abandonner, comme l'avait fait sa mère auparavant. Ça, elle ne pouvait l'avaler et avait honte d'elle-même. Ce n'était pas normal, une telle réaction, elle le sentait bien. Pareil, comment expliquer qu'elle n'arrivait toujours pas à détester Snape ? Dans ces conditions, ce qui c'était passé le soir précédent remettait tout en question. Est-ce qu'elle comptait pour lui, pour qu'il choisisse de l'épargner ? Il aurait pu alors la soustraire aux Carrow et laisser Marietta, non ? Est-ce qu'il ne voulait pas qu'elles parlent ? Mais, dans ce cas, pourquoi, quand elles battaient toutes deux son autorité en brèche ? Que savait Snape des Détraqués et des autres organisations ? Il avait pris un sacré risque en prétendant leur donner le Veritaserum exigé par les Carrow : alors qui était vraiment Severus Snape et à quel jeu jouait-il ?

Elle retrouva Marietta Edgecombe dans le grand hall, près des portes d'entrée. L'autre Serdaigle avait une mine affreuse, sans doute assez proche de la sienne, jugea Emilie. Les trois autres élèves consignés, tous plus jeunes et Gryffondors, attendaient à quelques mètres de distance et les observaient sans s'en cacher. Bientôt, Hagrid parut et les consignés partirent à sa suite, cheminant à la queue-leu-leu en direction de la Forêt interdite. Un froid mordant, encore accentué par la nuit, à peine éclaircie par les lumières du château, des dortoirs encore allumés, régnait et faisait souffler les élèves. Dans ces cas, c'était pire, car la vapeur qui se formait devant eux leur donnait l'impression qu'il faisait encore plus froid. On dépassa la cabane du géant où on prit la peine de se munir de lanternes, puis on continua en trébuchant parfois sur une racine cachée par la neige. Devant eux, la forêt se dressait de sa masse sombre et inhospitalière. Emilie n'y avait jamais été et accélérait le pas pour ne pas risquer de perdre ceux qui étaient devant eux.

« Emilie, attends ! »

L'intéressée avait envie d'aller encore plus vite, mais elle se força à ralentir le pas. Marietta fermait la marche et avait le plus de mal à avancer, ayant été soumise plus longtemps au Cruciatus qu'elle. La Serdaigle ne cessait de tourner des regards inquiets en direction des élèves qui les avaient déjà un peu distancées.

« Ne t'inquiète pas, on n'y est pas encore. Hagrid ne nous laissera pas toutes seules. »

Emilie aurait bien aimé en être sûre, mais la peur était la plus forte.

« J'aime pas les forêts. On ne voit rien, chuchota-t-elle.

-J'habite juste à la lisière d'un grand bois, répondit Marietta : j'adore m'y promener, en été. En hiver, c'est différent, les arbres paraissent plus sombres sans leurs feuilles, un peu mystérieux, mais avec la neige, c'est… c'est juste beau, quoi. »

Sa compagne se retourna, regarda bien la forêt, mais n'y vit rien de très attrayant.

« On dirait que les arbres ont avalé la neige, constata-t-elle en frissonnant : les branches sont nues. Regarde du côté du lac, les arbres sont blancs. Ici, c'est juste sinistre. »

Marietta hocha la tête d'un air grave et ne dit rien. On venait de rejoindre les autres et Hagrid les fit se placer en demi-cercle et leur expliqua ce qu'il attendait d'eux.

« Nous allons entrer bien gentiment dans la forêt. Bianca, John et William, vous resterez avec moi pour chercher des larves de vers luisants pour nourrir les Grinchebourdons. Il nous en faut trois sacs et les nids se trouvent près d'une petite colline. Pas de bruit à l'approche, s'il-vous-plaît, sinon nous pourrions alerter des prédateurs. »

Personne n'avait envie de savoir à quoi ressemblait un prédateur des espèces de lombrics géants qu'on donnait aux Grinchebourdons, aussi on acquiesça en silence.

« Marietta et Emilie, vous nous suivez et vous vous arrêterez un peu avant pour récolter de l'Alihotsy. Elle servira de paillage aux Mandragores de madame Chourave. Vous la cueillerez délicatement avec ces serpettes (le géant sortit deux petites serpettes en argent d'une poche), mais faites attention, hein, ne prenez que les plants qui auront été touchées par les rayons de la lune, sinon, vous seriez contaminées ! »

La neige qui avait assourdi le bruit de leurs pas sur le sentier, n'avait pas réussi à pénétrer la Forêt interdite où les arbres qui poussaient si près les uns des autres au point de paraître oppressants, avaient dû arrêter les flocons sur leurs branches les plus hautes. Il n'y avait plus de vent, tout d'un coup. Le sol était un peu spongieux, comme détrempé, et étouffait l'écho de leur passage. On progressait lentement car les obstacles étaient nombreux. Ici c'était des racines, là un tronc renversé, là encore des espèces de champignons géants à la couleur douteuse et qu'Hagrid leur enjoignit de contourner. Le sol était glissant. Il régnait une odeur désagréable, comme d'une quantité de déchets en décomposition, pas totalement anéantie par le froid polaire. Leurs lanternes jetaient des ombres fantastiques à droite et à gauche, une multitude de petits bruits, frôlement, raclements, craquements plus inquiétants, rappelaient aux élèves que les lieux étaient habités. Licornes, centaures, araignées géantes… et quoi d'autre encore ? Personne ne désirait le découvrir.

Pliées en deux, Marietta et Emilie avançaient centimètre par centimètre, en se redressant à intervalles régulier en poussant des soupirs à fendre l'âme. Madame Pomfresh les avait assurées que la plupart des effets du Cruciatus passeraient avant le lendemain. Ce lendemain tardait à venir… Il avait fallu baisser la lumière de leurs lanternes au minimum car le seul moyen de distinguer une Alihotsy touchée par les rayons de la lune d'une autre « normale » était de se fier à la petite lueur argentée qui paraissait jaillir des feuillages. On récoltait donc les plants presque dans le noir, en sursautant de temps en temps quand un bruit paraissait plus étrange qu'un autre. Même Marietta, pourtant plus aguerrie qu'Emilie, fille des villes, n'avait pas l'air très rassurée.

« Emilie ? »

L'intéressée se rapprocha et prêta oreille aux chuchotements de sa voisine.

« Qu'est-ce qui s'est passé, hier ? »

La question qu'elle redoutait, parce qu'elle essayait d'y répondre sans succès depuis qu'elles avaient échappé aux griffes des Carrow.

« Ce n'était pas du Veritaserum.

-Non, confirma Emilie.

-Pourquoi a-t-il… Il aurait pu te faire sortir de là, déclara Marietta après quelques hésitations. Pourquoi ne voulait-il pas que nous parlions ?

-Je ne sais pas, avoua Emilie.

-Hum, Marietta se racla la gorge : peut-être qu'il ne voulait pas que tu sois compromise et qu'il soit obligé de punir sa fille, convaincue de faire partie des opposants, non ? »

Tiens, elle n'avait pas pensé à ça. Oui, c'était une possibilité. Elle réfléchit à haute voix :

« Il aurait été gêné par ma conduite ? Pourquoi pas… Ce n'est pourtant pas son genre de fermer les yeux sur une infraction, surtout de cet ordre. Trafic de potions….

-Alors, pourquoi ? »

Emilie secoua la tête et reprit sa tâche. Elles travaillèrent encore de concert quelques minutes, puis Marietta demanda, dans un souffle :

« S'il ne voulait pas qu'on parle, et si cela n'avait rien à voir avec la honte d'avoir sa fille compromise, alors de quel côté est-il ?

-Je ne sais pas, finit par avouer Emilie. Elle rectifia aussitôt : je ne sais plus.

-Moi non plus, répondit Marietta : et c'est ça qui m'effraie le plus, car, après tout, où est la vérité, maintenant ? »


Note de l'auteur : Bonjour Turner, merci pour tes encouragements ! Je suis contente que tu aimes les Conjurés et j'espère que les chapitres suivants continueront de te plaire.