Message pour Skarine : Donner des cours ? Moi ? J'ai été heureuse de quitter l'école ! Bon, aux études supérieures j'ai regretté mon école où tout le monde me connaissait… Mais hors de question d'y retourner ! Je suis dans la jungle impitoyable du monde du travail et j'y reste !

Mais j'avoue que j'ai toujours eu un faible pour l'histoire ! Un gros faible même. Mais à l'école, c'était toujours les mêmes sujets dont on nous parlait ! Attendre la dernière année pour avoir droit à la première et à la seconde guerre mondiale ! Non mais ! Faut tout faire soi-même si on veut savoir !

Entre nous, j'avoue que je dois avoir un léger côté sadique quelque part… très léger ! Mais je le ferai encore ! J'te le jure !


Chapitre 43 : Explications de logique féminine ! (le 20 mars)

Au petit matin, alors que j'étais toujours entre deux eaux, émergeant lentement des brumes du sommeil, je sentis un état de béatitude m'envahir.

Subitement, j'émergeai tout à fait du sommeil quand je sentis que c'était la main d'Hélène me caressant à un certain endroit qui avait déclenché cet état de satisfaction intense.

Je me relevai tel un diable hors de sa boîte et je constatai qu'Hélène me souriait.

- Bonjour William, me dit-elle. Contente de voir à mon réveil que tu étais devenu raisonnable ! Mais tu aurais pu te glisser sous les draps pour me tenir chaud…

- Hélène ! fis-je troublé. Mais bon sang ! Qu'est-ce qui te prends ?

- Tu étais à moitié découvert et c'est cela qui m'a fait apercevoir ton trouble… Même en dormant tu y penses ! Alors, je t'ai caressé tout doucement…

Je roulai hors du lit à sa grande stupéfaction.

- Non Hélène ! lui répondis-je embarrassé. Rien à voir avec mes pensées… c'est juste les « matins glorieux » comme dirait Watson. C'est pareil chez tous les hommes pendant la nuit…et il arrive qu'au réveil, on se retrouve dans cet état fort tendu !

- Pourquoi tu as bondit hors du lit ? Je n'ai pas le droit de profiter de tes bonnes dispositions ?

- Non, il ne faut pas… pas de dérapages au lit ni ailleurs ! Sobriété sexuelle !

- Tu es sérieux ? Qu'est-ce qui te prends ? Tu sais, il n'y a pas grand risque que tu me mettes plus enceinte que je ne le suis… Mais enfin ! Tu en meurs d'envie !

- Je dois conserver mon esprit froid et logique Hélène ! Si je succombe aux plaisirs de la chair, je ne saurai pas me concentrer à cent pour cent sur l'enquête ! Et nous n'avons pas le droit de faire des erreurs !

- Pourquoi en ferais-tu ?

- Parce que j'ai bien vu la dernière fois que j'avais fait un nombre fort élevé d'erreurs ! Tout cela parce que je pensais à autre chose ! Les sentiments sont incompatibles avec la rigueur de mon travail ! J'ai placé la concentration et le raisonnement au-dessus de tout le reste ! Si je laisse ce genre de faiblesse se reproduire, je crains que cela n'interfère dans mon raisonnement froid et logique qui est à la base de ma méthode ! Alors évitons les plaisirs de la chair… Sincèrement désolé Hélène si je vous ai laissé croire que nous reprendrions là où nous en étions resté…J'aurais dû sans doute vous le signaler dès le départ.

- En quoi le fait de prendre du bon temps vous empêcherait-il de raisonner ? La dernière fois, vous aviez des circonstances atténuantes pour vos erreurs…

- Non, aucunes circonstances atténuantes ! J'ai fait des erreurs de débutant et cela aurait pu mal tourner.

Je me laissai tomber sur le lit, à l'opposé d'elle et tentai de me calmer. Elle avait raison, j'en mourrais d'envie, même un peu trop ! Mais si je tombais là dedans, je savais que mon esprit ne serait plus totalement tourné vers l'affaire. J'aurais dû lui signaler que nous aurions une relation platonique. Qu'allait-elle faire maintenant ? Se lever et claquer la porte ?

- Stupide ! dit-elle brusquement. Votre raisonnement le mois dernier a été altéré par le fait que Percy avait abusé de moi et vous avait menacé ! Sans cela, rien ne se serait passé, hormis le dérapage sous le porche…Bon sang Sherlock ! Vous êtes un homme comme les autres ! Pas un moine !

- Non ! Désolé Hélène, je sais que vous pensiez que… Mais je resterai vertueux !

- Sherlock ! Regardez-moi quand je vous parle sinon je me lève et je vais me planter devant vous ! (Je tournai la tête vers elle). Nous sommes un couple marié depuis six mois ! On ne trompera personne si nous restons vertueux comme vous dites ! Pourquoi croyez-vous que tout le monde ait pensé que vous et moi étions ensemble ? Même ma tante y a cru !

- Elle vous l'a dit ?

- Oui ! C'est parce que nous avons eu dès le départ une grande complicité que Watson nous a regardé de travers ! Même votre logeuse ! Et c'est parce que nous avons franchi la ligne rouge que tout le monde a soupçonné que vous et moi étions « ensemble ». Sans ça, personne n'y aurait jamais pensé ! Même le coroner l'a supposé ! J'ai vu un petit sourire sur ses lèvres ce matin là… Voilà déjà une première raison pour laquelle nous avons intérêt à faire des bêtises !

- Mais enfin, fis-je, je ne…

- Silence ! Laissez-moi vous exposer mon point de vue ! Si vous et moi restons vertueux, cela risque de faire capoter votre enquête ! Oui monsieur ! Parce que nous serons frustrés ! Vous parce que vous crevez d'envie de recommencer et n'osez pas franchir le pas et moi parce que je vais me retrouver au lit avec un « mari » qui joue au moine chaste. Les frustrations donneront naissance à de l'amertume et le jour du bal, on se regardera en chiens de faïence ! Pire que Watson et moi ! Nous en sommes déjà repassés au vouvoiement !

Je restai silencieux. Elle n'avait pas tout à fait tort, j'avais déjà senti une pointe d'acrimonie hier quand je lui ai annoncé que je ne dormirais pas avec elle. Pareil quand je lui avais dit « non » pour les ébats au lit… Hélène poursuivit sa charge :

- Nous sommes au théâtre Sherlock ! Décors grandeur nature et scénario non communiqué à l'avance, mais c'est le théâtre quand même ! Nous jouons un rôle ! Mari et femme ! Vous avez déjà une certaine dualité en vous…Watson ne sait même pas quel genre d'homme vous êtes vraiment ! Cette facette de votre personnalité, il ne la voit que très rarement…Vous êtes capable de passer d'un personnage à l'autre, de jouer tous les rôles, vous m'avez dit que vous aviez déjà fait le rôle de plusieurs personnages lors d'une pièce... Vous êtes un grand homme et un très bon acteur ! Vous pouvez séparer le rôle du détective de celui du mari ! La journée, nous travaillons sur l'enquête et lorsque nous sommes au repos, pourquoi ne pas en profiter pour passer du bon temps ? Nous avons le droit de souffler non ? Sauf que au lieu de jouer du violon ou du piano, nous ferons autre chose…Si on tempère nos ardeurs et que nous les canalisons, tout devrait bien se passer… Deus adultes qui passent un peu de bon temps au lit…Méditez là dessus !

- Votre réquisitoire est terminé ?

- Oui votre Honneur…Si vous le permettez, je vais m'habiller et descendre pour le petit déjeuner. Enfin, je ne crois pas que je vais savoir avaler quelque chose avant quelques temps… les nausées vont reprendre… je vous rejoindrai en bas.

- Hélène ! Vous ne pouvez pas nier qu'il y a un mois, j'ai oublié beaucoup de choses ! Même que le coroner devait venir pour faire signer le compte-rendu ! J'ai été étonné quand je l'ai vu entrer et je n'étais pas prêt à le recevoir…

- Nous avions passé tout notre temps pendant le petit-déjeuner à tenter de contrer votre ami… Moi, j'étais fatiguée de ma joute oratoire avec lui et vous aussi ! Nous avions été un peu trop ardents au lit et ailleurs… Moi parce que je découvrais et vous parce que vous aviez fait abstinence pendant dix ans ! C'était la première fois que vous mélangiez les relations charnelles avec une enquête…et nous l'avions fait sept fois ! Il y a sûrement moyen d'être plus calme et moins impétueux… Une fois au soir, cela doit être suffisant non ?

Elle se dirigea vers la salle de bain et me laissa planté avec mes pensées.

Une fois au soir ? Elle ne me connaissait pas elle ! Si je me laissais aller… et j'en avais envie en plus ! Je dû me faire violence pour ne pas me lever et aller la rejoindre à la salle de bain…

Fou que j'étais d'avoir cru que je pourrais garder mes distances avec Hélène sans problèmes ! Fou de ne pas avoir pensé qu'elle aussi en aurait envie… Fou tout simplement…

Je la laissai s'habiller à son aise et je m'habillai de mon côté, dans la chambre.

Vu qu'elle avait encore les nausées, elle me congédia et je descendis prendre le petit déjeuner. Hélène m'avait assuré qu'elle me rejoindrait lorsqu'elle irait mieux.

Watson se trouvait déjà à table, il était sept heures et la salle était vide. Nous nous saluâmes et je me servis du café pour me remettre les idées en place. Le regard de Watson était posé sur moi. Comme la salle était vide, il me demanda :

- Où est madame ? Vous l'avez déjà liquidée ?

- Wat… John ! fis-je en me reprenant in extremis. Vous êtes sot ! Madame va descendre. Elle n'était pas prête…

- Un jeune époux ne descend jamais sans son épouse ! Non ! Ne me fusillez pas du regard, c'est comme ça ! Pensez-y à l'auberge… ici, ce n'est pas trop grave, mais là bas oui !

- Merci du conseil cher ami, je garderais cette règle à l'esprit. Conseil, goûtez les croissants ! C'est merveilleux !

Hélène nous rejoignit au bout de vingt minutes. Watson m'avait déjà lancé des regards inquiets. Elle salua Watson d'un « bonjour John » et s'assit à table. Après quelques hésitations, elle se servit une tasse de thé, déclina les croissants que Watson lui proposait et fit l'impasse sur le café.

- Vous ne mangez rien ? lui demanda-t-il inquiet. Vous n'allez toujours pas mieux ? Vous voulez que je vous donne quelque chose ?

- Non merci John. Je vous remercie de votre sollicitude mais cela va passer… du moins jusqu'à la fois suivante.

- Cela fait depuis hier matin que vous n'êtes pas en forme ! C'est votre deuxième jour de méforme…

- Malheureusement, ce genre d'inconvénient dure plus que deux jours…Mais je n'ai pas du tout l'envie de disserter au petit déjeuner sur les petits soucis mensuels des femmes… Prendre quelque chose ne servirait à rien ! La fois prochaine, ce sera pareil ! Merci quand même…

Mon esprit tournait à plein régime, j'étais plongé dans des pensées que je n'aurais pas du avoir ! Mon cerveau aurait dû être libre pour penser à l'affaire ! Pas moyen !

Perdu au plus profond de moi-même je ne vis pas Hélène se lever. C'est quand elle parla que je revins sur terre.

- Messieurs, je vous laisse ! Je vais humer l'air français au jardin ! William ? Oui c'est bien vous ! Appelez-moi lorsque vous quittez la table. A tout à l'heure.

Watson me regarda et fronça les sourcils. Il n'osait pas trop parler vu qu'il y avait maintenant d'autres personnes dans la pièce. Il se pencha vers sa mallette, sortit le journal d'hier (il l'avait emmené pour lire pendant le voyage), le déplia et le mit entre nous deux. Devant mon air interrogateur, il me précisa :

- Ainsi nous pouvons parler à voix basse sans que les gens se demandent pourquoi. Ils penseront que nous discutons d'un article…

- Watson, chuchotais-je au dessus du journal, nous pouvons parler de l'affaire dans le train qui nous emmènera à Saint-Morelle non ?

- Appelez-moi John ! Ce n'est pas de l'affaire que je veux vous entretenir ! (Il fit semblant de me montrer une partie d'un article) Mais de vous deux !

- Ah non ! Vous n'allez pas vous y remettre ! Gardez vos esclandres pour le retour !

- Mais non ! fit-il en faisant un petit geste des épaules. Je voulais vous demander ce qu'il s'est passé entre vous ? (Je sursautai, il ne voulait quand même pas savoir si elle et moi avions…) Holmes enfin ! Pas besoin de faire ce regard outré ! Je ne vous parlais pas de ce que vous croyez !

- De toute façon la réponse est : rien du tout ! Même si vous ne me croirez pas…

- Si ! Là je vous crois sur parole ! Où a disparu votre petite complicité ? On dirait que vous vous êtes disputé ! Vous ne l'avez pas rejoint sous les draps ou quoi ?

- Je vous ai dit que je dormirais dans le canapé ou au-dessus des couvertures ! Pas sous les draps ! Vous m'énervez… John ! En plus, je n'ai pas l'habitude de vous appeler par votre prénom ! Et non, je ne me suis pas disputé avec elle !

- Vous mentez ! Elle n'a rien mangé, à peine bu du thé ! Elle a même boudé le café ! Votre complicité a disparu ce matin ! C'est bien là le problème… Vous ne l'avez pas rejointe sous les draps…

- Je n'ai jamais eu l'intention de me glisser à ses côtés ! C'est vous qui imaginez que…Oh John ! Vous êtes un emmerdeur avec ça !

- Vous l'avez bien rejointe dans le lit à Baker Street ! Alors que j'étais dans la chambre à côté ! Très dangereux, même si vous êtes resté chaste tous les deux… Et vous voulez me faire croire qu'à l'hôtel vous auriez des scrupules ?

- Je ne vous réponds plus ! Je sens que je vais perdre mon sang-froid…

- Mais reprenez-vous enfin ! Où sont passées votre ironie et toutes les grivoiseries que vous m'avez sortit ces derniers temps ? Il s'est passé quelque chose…Vous ne lui avez même pas servi le thé ! Oui mon ami, il y a des petits détails que je remarque ! À chaque fois qu'elle s'est assise à table avec nous, vous lui avez servi une tasse de thé, de café ou du vin. Sauf aujourd'hui ! Rien ! Pas un regard ! Et vous êtes repassé au vouvoiement ! Elle arrive avec vingt minutes de retard sur vous et puis elle sort humer l'air ! Je m'y connais en femme ! Elle est fâchée sur vous ! Reprenez-vous tous les deux sinon vous ne ferez pas illusion !

- John ! Elle n'est pas bien ! Je me doutais bien que sur un mois d'enquête, ce genre de petits « désagréments » arriveraient… Nous avons de la chance que cela se passe au début ! Il vaut mieux qu'elle ne soit pas bien maintenant que plus tard ! C'est tout… Je ne sais rien faire pour l'aider ! Sa migraine lui a fait mal une partie de la nuit, je lui ai conseillé l'eau froide pour apaiser les lancements. Je ne lui ai rien proposé ce matin parce que je ne savais pas ce qu'elle voulait boire. J'ai préféré la laisser choisir ! Elle ne va pas bien et je lui fiche la paix ! C'est tout ce qu'elle demande, elle me l'a dit… Il y a des chances pour que nous n'y connaissions strictement rien aux femmes John ! Le jour où un type se penchera sur leur personnalité complexe, la décodera et publiera une sorte de guide sur « comprendre le fonctionnement des femmes », il fera fortune en un rien de temps !

- Alors, je ferai réserver deux guides ! me dit mon ami avec un petit sourire.

- Entendu ! Et entre nous, dans le milieu bourgeois où nous allons évoluer, il vaut mieux se vouvoyer… question de prestige ! Ne voyez pas toujours le mal partout John !

- Bien, monsieur Ramsay, me dit-il en hochant la tête.

Encore un mensonge de plus à mon actif ! Je ne les comptais plus de ces temps-ci ! Mais je venais d'avoir la preuve qu'Hélène avait raison ! Si la complicité qui nous unissait disparaissait, tout allait sombrer !

Il fallait donc que je me sacrifie et que je paie de ma personne…Ce soir, je me glisserais sous les draps et au diable les faux-semblants ! J'en avais besoin de cette petite complicité. Pire ! J'aimais cette petite complicité et j'avais envie de sentir son corps chaud contre le mien ! J'étais irrécupérable…

- Demain, je parie qu'elle ira mieux ! lui dis-je. C'est l'affaire d'un jour ou deux ce genre de petits désagréments…

- Cela dure un peu plus que deux jours vous savez !

- Je parlais des migraines !

- Oh pardon ! Attention, voilà madame qui revient, me glissa Watson à l'oreille.

En effet, Hélène vint se rasseoir à mes côtés et resta silencieuse.

- Ils n'ont toujours pas fini de construire la cathédrale dans ta tête ? lui demandais-je avec un petit sourire en posant ma main sur la sienne.

- S'il te plait ? me demanda-t-elle étonnée par ma phrase, mon tutoiement et surtout par mon geste.

- Vieille expression de Meredith pour illustrer ses migraines ! Elle disait qu'elle avait l'impression d'avoir des bâtisseurs de cathédrale dans la tête ! Et comme tu n'es toujours pas au mieux de ta forme… (Je lui tapotai la main et lui fis mon plus beau sourire).

- Merci, mais ça devrait passer en principe ! Enfin, j'espère… (Je la voyais regarder le pot de café, tentée par une tasse sûrement)

- Tu crois qu'une tasse de café est bien indiquée ?

- Oui ! Ainsi qu'un croissant ! Je ne le crie pas trop fort mais j'ai comme l'impression que les travaux sont en train de se terminer…En espérant qu'ils ne m'installent pas un orgue dans la tête pour me jouer les Requiem…

- Une pure merveille si c'est celui de Mozart, lui répondis-je. Mais on l'apprécie mieux à l'opéra ! Ils peuvent jouer aussi la « Toccata & Fugue » BWV 565 en D mineur…

- Jean-Sébastien Bach ! Magnifique ! Je sais la jouer à l'orgue en plus !

Pour finir, elle bu du café et dévora quatre croissants ! Ensuite, nous regagnâmes nos chambres, fîmes nos valises pour prendre le train pour notre destination finale.