Partie I. 4 : 500 ans – Histoires de filles

Bientôt la fin de cette partie ! Ah, vraiment, tout est éphémère (j'ai envie de dire : alles ist vergänglich).

Chapitre 37 : Jour 200 (6 mois)

— Bonjour Legolas ! C'est l'heure de te lever et d'honorer tes fidèles sujets de ta présence. Viens vite profiter de ce beau jour ! La nature est en liesse : la Soleil brille, le ciel est bleu, les oiseaux chantent, c'est magnifique.

J'ouvre les yeux, mais je ne vois rien. Je me rends compte que j'ai le visage enfoui au milieu des coussins de mon lit. Ce n'est vraiment pas désagréable. Je resterais bien blotti là toute la journée, mais maintenant que Medrigor est venu me réveiller, j'aurais peine à ne pas me lever dans l'instant pour le suivre. Mon ami a un sourire resplendissant et contagieux. Toute trace de sommeil s'est déjà enfuie de mon corps, et je me sens plein d'énergie pour me lancer dans cette nouvelle journée si prometteuse.

— Bonjour Medrigor, comment vas-tu ?

— À merveille ! Je me suis réveillé tôt et je suis allé me promener à l'orée de la forêt en admirant le lever de la Soleil. Le spectacle était d'une beauté sans pareille.

— Comme je t'envie ! Il faudra recommencer demain matin, et cette fois je t'accompagnerai.

— C'est une bonne idée. Mais profitons d'abord de l'instant présent, veux-tu ? Le printemps de cette année mérite vraiment que nous passions nos journées à l'extérieur. Si nous allions voir Naëlissa pour l'emmener avec nous ?

J'approuve la suggestion de Medrigor, et nous quittons ma chambre pour gagner celle de mes parents. Là, pourtant, aucun des deux n'est présent : nous trouvons Fidya qui nous explique que Papa travaille avec Telith pour prévoir les nouvelles plantations de cette année, et que Maman a réuni son cercle de couturières pour broder toute la matinée, car elles n'en avaient plus eu l'occasion depuis bien des mois. Quant à Fidya, elle est venue à la demande de Maman pour veiller sur le sommeil de notre petite Princesse.

Nous nous approchons du berceau où elle dort paisiblement, mais Naëlissa n'attend pas que nous la réveillions pour ouvrir un œil. J'adore venir la voir le matin ! Ses petites mèches blondes, encore bien courtes pour une Elfe digne de ce nom, sont toutes emmêlées sur sa tête. Ses joues rondes sont roses de s'être appuyées sur l'oreiller, et ses yeux papillonnent sous le poids des restes du sommeil.

— Bonjour, ma Princesse, dis-je doucement.

— Bonjou' Gola.

— Tu dis bonjour à Medrigor, aussi ?

— Bonjou' Med'igo'.

— Bonjour Naëlissa. Tu es très bien élevée, tu sais ?

— Evidemment, qu'est-ce que tu crois ? De toute façon, elle est parfaite.

— Oui, mais ne le dis pas trop fort devant elle, Legolas. Elle finirait par le savoir.

Oh, ça, ça ne devrait pas lui faire trop de mal. Moi-même, par exemple, je suis tout à fait conscient de mes nombreuses qualités, et je le vis très bien.

Finalement, j'emporte Naëlissa dans mes bras et, après avoir remercié Fidya de s'être occupée d'elle, nous la délivrons de sa charge et quittons la chambre tous les trois. Très vite, Naëlissa demande que je cesse de la porter et que je la laisse marcher seule. Elle a déjà des désirs d'indépendance !

Je me plie volontiers à sa requête, et je la regarde en riant, petite Princesse Elfe qui trottine à côté de nous. Elle n'arrive même pas aux genoux de Medrigor, mais elle se tient très droite, comme si elle voulait paraître plus grande. Ah, celle-là ! On en fera une Elfe aussi inoubliable que Dame Galadriel elle-même, j'en suis sûr. En attendant, je me réjouis déjà de la voir marcher avec autant d'aisance. Voilà trois mois qu'elle s'exerce activement, et je suis très heureux de pouvoir de plus en plus l'emmener dans mes balades.

Notre peuple est également ravi de profiter ainsi de sa petite présence. Beaucoup d'Elfes du palais ou de la forêt sont venus me dire à quel point ils affectionnaient leur Princesse et appréciaient de la voir gambader ainsi parmi eux. Qu'est-ce que je suis fier d'elle ! Nous sortons du palais, et je constate que Medrigor n'a rien exagéré : le temps est vraiment magnifique. Il y a dans l'air une douce fragrance qui émane de tous les arbres en fleurs. La forêt ressemble à un immense et glorieux bouquet que nous offririons à Yavanna Kementari, Reine de la Terre, en remerciement de tous ses bienfaits.

À défaut de Valie, j'aperçois Sithiel qui marche dans notre direction. Elle est resplendissante et porte une robe que je ne lui avais jamais vue, parée des plus douces couleurs du printemps. Je m'apprête à lui faire signe, mais Naëlissa est plus vive que moi :

— Sissi ! s'exclame-t-elle dans un cri de joie.

Aussitôt, Naëlissa lâche ma main qu'elle tenait encore et se précipite vers Sithiel en riant aux éclats. Sithiel est rose de plaisir en recevant la petite dans ses bras, et je partage son émotion. Elle raffole de Naëlissa depuis sa naissance, et ma petite sœur le lui rend bien, n'hésitant jamais à le témoigner avec un enthousiasme assez bruyant pour que tout le Rhovanion en soit informé. Mes deux Elfes préférées – à part Maman et Fidya – se sont rejointes sur le pont qui traverse la Rivière de la Forêt, et Medrigor et moi allons les retrouver.

— Attention Sithiel, ne la laisse pas non plus t'étrangler, prévient Medrigor en constatant que Naëlissa est fermement agrippée à son cou.

— J'y prends garde, Medrigor, ne t'en fais pas. Comment allez-vous par cette belle journée ?

— On ne peut mieux ! J'ai l'impression que la Soleil essaie de se faire pardonner le temps triste et pluvieux que nous avons eu tout l'hiver.

— Si c'est le cas, elle est tout excusée.

— Que diriez-vous d'aller nous asseoir sur les berges de la rivière ? propose Medrigor. L'eau doit en être d'une fraîcheur agréable.

— Qu'en dis-tu, Naëlissa ? Tu serais bien, là-bas. Si la Soleil continue de briller ainsi, tu pourrais finir par avoir trop chaud avant la fin de la journée.

— Oui, je veux bien y aller, répond-elle.

La proposition de Medrigor ayant ainsi été honorée de l'accord de la Princesse, nous traversons le pont pour aller nous asseoir dans l'herbe tendre qui borde le lit de la rivière. Sithiel prend Naëlissa contre elle, et la laisse s'émerveiller sur sa jolie robe neuve dont les jupes chatoyantes évoquent un bourgeon de rose. Medrigor la complimente sur sa tenue, et Sithiel nous apprend qu'elle y a consacré une grande partie de ses soirées d'hiver en rêvant du retour des beaux jours.

Soudain, Medrigor se redresse et pousse une exclamation admirative en regardant la rivière.

— Regardez un peu ces poissons, là-bas, tout dorés ! Ils sont petits, mais si nombreux qu'on les distingue d'ici. Naëlissa, voudrais-tu que je te montre ces jolis poissons ?

— Oh oui, je veux !

— J'étais sûr que ton grand frère ne t'avait rien appris sur le sujet. Allons, Princesse, je t'emmène.

— Faites tout de même attention, l'eau peut être profonde.

— Ne t'en fais pas pour ta protégée, Sithiel, j'ai l'œil sur elle. Viens, Naëlissa, je suis sûr qu'on pourra même trouver des canards.

Très enthousiaste, Naëlissa s'élance à la suite de Medrigor. Le grand Elfe marche à tous petits pas pour ne pas la distancer, et j'éclate de rire à ce spectacle.

— Regarde, Sithiel, comme Naëlissa mène son petit monde autour d'elle.

— J'espère qu'elle veillera bien sur Medrigor, il ne faudrait pas qu'il lui arrive quelque chose.

— Tout à fait. Il a de la chance de l'avoir avec lui.

— Elle pourra le protéger des poissons.

— Ou bien des canards. C'est dangereux, les canards, sais-tu ? Je ne sais pas si je t'ai déjà raconté cette histoire.

— De laquelle s'agit-il ? demande Sithiel. Tu m'en as raconté beaucoup, mais j'aime à les entendre.

— J'étais un tout petit Elfe, à peine plus âgé que Naëlissa l'est aujourd'hui. À l'époque, j'étais encore très sensible aux températures, et il faisait une chaleur insupportable. Pour me rafraîchir, ma Mère, Telith et Fidya avaient eu la même idée que nous : ils m'avaient emmené au bord d'une rivière qui coulait non loin de notre campement. Et c'est là, pendant que Telith me faisait observer ces fameux canetons, qu'ils ont exercé sur moi leur magie ténébreuse.

— Ténébreuse ? Vraiment ?

— Juges-en par toi-même : il a suffit qu'ils posent sur moi leurs terribles yeux de canards pour que je tombe à l'eau ! Si Telith n'avait pas été là pour me sauver, je me serais noyé et j'aurais succombé aux terribles pouvoirs des canards.

— Mon pauvre Legolas ! Tu as échappé à un bien sombre destin.

À Sithiel qui éclate de rire, je choisis de répondre par un mépris très digne.

— C'est cela, Sithiel, moque-toi de moi ! Je ne viendrais pas te sauver le jour où tu t'aventureras sans méfiance près d'une famille de canetons.

Je dois cependant admettre que ma dignité souffre du grand sourire qui menace dangereusement de naître sur mes lèvres. Après une lutte vaine, je finis par céder et je me joins au rire de Sithiel. Mes oreilles perçoivent aussi les pépiements excités de Naëlissa qui joue un peu plus loin avec Medrigor.

— Ils ont l'air de bien s'amuser, eux aussi.

— Le contraire m'aurait étonné, répond Sithiel. Ta petite sœur est vraiment merveilleuse, Legolas. Cela m'amuse toujours de la voir au milieu de nous trois, comme si elle n'appartenait qu'à nous.

— Oui, c'est comme si Medrigor et toi étiez aussi ses frères et sœurs. Je suis sûr que ça lui plairait beaucoup si c'était le cas.

— Enfin, ses frères et sœurs, ou bien ...

Comme Sithiel s'interrompt, je la regarde et je la vois chercher ses mots, l'air un peu gênée. Puis Sithiel me rend mon regard et m'adresse un sourire hésitant.

— Dis-moi, Legolas ...

Sans l'écouter, je me dresse soudain sur mes pieds, complètement paniqué. J'ai entendu le bruit d'un plongeon ! Un plongeon, j'en suis sûr ! Et il venait de l'endroit où Naëlissa et Medrigor se trouvent. Que s'est-il passé ? Qui a plongé ? Qui est tombé à l'eau ? Qui est en train de se noyer ? Affolé, je me précipite vers l'origine de ce bruit terrifiant, courant à toutes jambes.

— Medrigor ! Medrigor ! Naëlissa !

J'arrive sur les lieux du drame et je m'arrête net. Naëlissa est dans l'eau. Mais, contrairement à ce que je croyais, elle ne se noie pas. Non, elle barbote en riant, et elle tape des mains et des pieds pour maîtriser l'eau. Medrigor est avec elle, debout au milieu de la rivière, et il la tient pour maintenir sa tête hors de l'eau. Me voyant arriver ainsi en trombe, il lève vers moi des yeux étonnés.

— Qu'y a-t-il, Legolas ?

— Mais ... Mais ... Que fais-tu, Medrigor ?

— Eh bien, j'apprends à nager à Naëlissa ! N'est-ce pas, Princesse ?

— Oui, comme les petits poissons !

— Exactement. Ne t'en fais pas, Legolas, je ne prends aucun risque. Au contraire : à force de vivre aussi près de cette rivière, Naëlissa pourrait bien un jour tomber à l'eau, et il faudra bien ce jour-là qu'elle sache nager.

Je regarde Medrigor et ma sœur, incrédule.

Comment fait-elle pour être déjà capable de se débrouiller dans l'eau ? Si jeune ! Je suis jaloux !

Medrigor est un sacré entremetteur ... Son coup a raté cette fois-ci, mais qu'en sera-t-il la prochaine ?

Vous le saurez en lisant le prochain chapitre !

À très bientôt

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Lily Evans 2004