Scène 33 : Les Gagnants écrivent l'Histoire
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La décision d'Arthur de laisser Jayne en liberté avait été loin de rencontrer l'approbation de l'ensemble de ses Chevaliers mais le forgeron chevauchait tout de même librement à leurs côtés maintenant. Évidemment, cela s'était fait au prix de son épée, de sa dague longue et du reste de son équipement. Jayne avait tout de même protesté face à ce traitement. On ne pouvait pas lui prendre ses armes alors qu'on allait faire face à des Dragons quand même !
En vérité, il n'avait protesté que pour la forme. Arthur avait de la chance. Si Merlin n'avait pas été là, il n'aurait jamais accepté de telles conditions de semi-liberté.
Dès son réveil, le forgeron avait commencé à observer le jeune Dragonnier. Bien sûr, il savait bien que rien ne différenciait les Dragonniers et les Sorciers des utanbealucræft mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Le serviteur d'Arthur était un putain de Sorcier. Cet idiot qui restait au service du prince Pendragon était un putain de Dragonnier. Et tous ceux qui l'entouraient ne se doutaient de rien. Jayne commença à sourire quand un Chevalier se mit à essayer de rassurer Merlin à propos de leur futur combat contre les Dragons car le serviteur affichait un air soucieux depuis son réveil. Tout ira bien Merlin. Nous te protégerons. Le Prince tuera le Dragon. Jayne était sur le point d'éclater de rire en écoutant tout ça. Le gamin pouvait sans doute mettre hors course la moitié des Chevaliers qui se trouvaient actuellement avec Arthur d'un claquement de doigt.
« Quelque chose vous semble drôle Maître Cobb ? » lui demanda tout d'un coup Arthur.
Le Prince ne le quittait pas d'une semelle et cela pour deux raisons. Jayne l'avait très vite compris. Tout d'abord, et malgré la pseudo-liberté dont il disposait, il était le prisonnier d'Arthur. Première raison. Un prisonnier qui avait vécu dans la Vallée des Dragons et c'était la deuxième raison. Arthur n'avait pas encore essayé de lui poser la moindre question sur la Vallée mais elles étaient là, toutes proches. Le Prince allait bien finir par les lui poser à un moment ou à un autre. Jayne se demandait quelle serait alors la réaction de Merlin. Le soudain sommeil qui s'était emparé d'Arthur lors de son tour de garde était sans doute un tour de son serviteur d'ailleurs.
Merlin finit par se trahir. Enfin aux yeux des autres ce que Jayne voyait ne devait pas sortir de l'ordinaire mais pour lui…
Merlin était jeune. Merlin n'avait pas été élevé dans la Vallée. Il n'était donc pas habitué à communiquer mentalement sans se trahir un peu. Ses rêveries soudaines n'en étaient pas. Il souriait. Il hochait la tête. Il levait les yeux au ciel. Comme s'il était en train de discuter avec quelqu'un et c'était ce qu'il faisait. Jayne le savait.
Ils finirent par faire une halte en milieu de journée pour manger mais pas de grotte pour les abriter cette fois-ci. Ils se contentèrent de l'abri d'un arbre sous lequel il n'y avait pas trop de neige. La facilité avec laquelle Merlin réussit à allumer le feu lui attira les félicitations des Chevaliers. Jayne garda le silence. Il n'avait pas vu les yeux d'or mais cela ne l'empêchait pas de penser que la Magie n'était pas étrangère à cette prétendue facilité.
Arthur s'installa à côté de Jayne tandis que Merlin commençait à cuisiner. Les questions commencèrent. La première parut sans doute bien innocente aux oreilles des hommes d'Arthur.
« Que faisait un dragonnier quand il était face à un dragon ? Quelle stratégie adoptait-il pour l'approcher et le tuer ?
-Il arrivait. Lui parlait dans leur langue imbitable. Et voilà l'affaire était réglée.
-C'était aussi simple que ça ?
-Face à un seul Dragon ? Oui. Mais ils vous diraient tous le contraire j'en suis sûr.
-Et contre plusieurs dragons ?
-Plusieurs Dragonniers. Mais un Dragonnier suffisamment expérimenté était parfaitement capable de s'en charger. »
Avec de l'aide cependant mais Jayne ne leur parlerait pas des Hwïtãnhlyta puisqu'Arthur n'avait pas du tout l'air au courant de leur existence. Oui, le Prince avait vu le fantôme de River mais s'il avait su ce qu'elle était, il lui en aurait certainement parlé non ?
« Comment fonctionne le pouvoir d'un Dragonnier exactement ?
-Comment le saurais-je ?
-Vous viviez avec eux.
-Mais je n'étais pas l'un deux. »
Jayne regarda les chevaliers. Ils n'allaient certainement pas comprendre ce qu'il était sur le point de leur dire.
« Je vivais dans la Vallée mais je suis un utanbealucræft, un sans-pouvoir, un de ceux qui ont le choix. On ne devient pas Dragonnier. C'est dans leur sang. Ils n'ont pas le choix. Moi je l'avais. »
Il surprit le regard de Merlin posé sur lui. A quel moment le serviteur avait-il cessé de s'occuper du repas pour sortir du cercle formé par les Chevaliers, Arthur et lui-même ? Il restait maintenant à l'écart. Il observait et écoutait. Jayne le vit fermer les yeux pendant un court instant puis pencher la tête sur le côté. Eolhsand aussi était en train d'observer et d'écouter. Jayne ne devait pas l'oublier. Parler devant un Dragonnier, c'était au moins parler devant une Hwïtãnhlyta. C'était souvent parler devant tout un Clan. C'était parfois parler devant l'ensemble de la Vallée.
Putain de lien.
« Vos amis aussi avaient le choix. La preuve. Ils nous ont attaqués. » dit Sagramor.
Si un regard pouvait tuer, Sagramor serait mort sur place, pensa Arthur. Il avait bien fait de prendre les armes du forgeron.
« Vous nous avez attaqué les premiers, cria Jayne en se levant. NOUS ne vous avons rien fait et VOUS avez débarqué dans la Vallée pour tout détruire ! »
Il était en colère.
« Vous aviez des dragons. » répliqua Sagramor.
Jayne éclata de rire.
« Nous avions des Dragons ? Un Dragon n'appartient à personne. Si vous ne comprenez pas ça, vous ne comprendrez rien à la Vallée.
-Qui a envie de comprendre l'Enfer et ses Démons ?
-Vous avez raison. Qui a envie de comprendre Camelot et Uther de toute façon ? »
Sagramor préféra ignorer cette réponse pour se tourner vers Arthur.
« Sire, cet homme est un traître. Il n'a aucun pouvoir mais il soutient activement la magie. De plus, il a avoué de son propre chef avoir vécu avec les Dragonniers et nous savons tous comment ces gens vivaient. Je pense pouvoir avancer avec certitude que c'est aussi sa manière de vivre. Rien que pour cette raison, il mérite la mort.
-Oh non je suis sûr que vos petits camarades ne savent pas comment vivaient les Dragonniers, répliqua Jayne. Vous devriez peut-être le leur dire. Je suis moi-même curieux de savoir comment je vivais quand j'habitais la Vallée.
-Maitre Cobb, intervint Arthur, je pense que cette conversation doit cesser immédiatement…
-Mais non Princesse. Continuons. Après tout c'est une question d'honneur maintenant. J'ai insulté Camelot. A votre Chevalier, d'insulter la Vallée.
-Je n'insulte pas votre Vallée. Je dis la vérité. Mon père faisait partie du raid. Il m'a tout raconté. »
Arthur n'était pas au courant. Il allait devoir parler avec Sagramor en ce cas, pour savoir ce que son père lui avait confié sur la Vallée.
« Je devrais vous remercier de me donner autant de raison de vous tuer…
-Maitre Cobb ça suffit !
-Appelez-moi Jayne Princesse, lâcha-t-il en jetant un léger coup d'œil au Prince avant de regarder de nouveau Sagramor. J'attends Sire Chevalier. Dîtes-moi donc quelles sont les horribles habitudes que j'ai prises en vivant dans la Vallée ?
-Les dragonniers kidnappaient des enfants pour les donner en sacrifice à leurs dragons. Je suis sûr que vous les avez aidés à le faire.
-Ravi de l'entendre. Et comment votre père a-t-il réussi à justifier les meurtres d'enfant qu'il a lui-même commis ?
-Mon père était un homme d'honneur !
-Oui je sais. Il y a vingt ans, ce sont des hommes d'honneur contre lesquels je me suis battu. Oh ! Il y en avait sûrement quelques-uns qui l'étaient vraiment dans le tas. Il y en a toujours. Mais curieusement je me souviens surtout de ces hommes d'honneur que j'ai vu tuer des enfants et des femmes qui n'avaient aucun moyen de se défendre
-Vous parlez des enfants que vous avez corrompus et des femmes que vous avez rendues folles. »
Jayne leva les yeux au ciel. Cette discussion commençait sérieusement à l'ennuyer. Mais il n'allait pas laisser Sagramor s'en tirer de cette manière. Les mots n'auraient aucun impact sur le Chevalier. Peut-être que ses poings…
Jayne se jeta sur le Chevalier qui ne s'attendait pas à une telle attaque de la part du forgeron. Bien sûr, on les sépara très rapidement mais Jayne avait eu le temps de faire quelques dégâts.
« Sire, dit Sagramor, loin de moi l'idée de vous donner des ordres mais cet homme est fou et dangereux. Il faudrait sans doute mieux le rattacher. »
Les Chevaliers d'Arthur s'entreregardèrent. Certaines étaient d'accord avec Sagramor mais ils n'osaient pas le montrer ouvertement. Ils avaient vu comment Arthur se comportait avec le forgeron.
« Ce serait tellement plus simple si ce n'était que ça, cria alors Jayne en essayant de se libérer de l'étreinte de fer de Léon et Arthur. Ça serait tellement plus simple si j'avais des pouvoirs aussi hein ! »
Jayne cessa de se débattre mais Léon et Arthur préféraient continuer de le retenir.
« On m'a appris à ne pas écouter les traîtres.
-Mieux vaut être un traître qu'un putain de sang de wyverne ! »
Jayne cracha ensuite sur le Chevalier puis il commença à parler dans la langue de l'Ancienne Religion. Arthur jeta un léger coup d'œil à Merlin pour avoir une traduction mais au vue de l'expression qui était en train d'apparaître sur le visage de son serviteur, il n'avait sans doute pas envie de savoir ce qu'était en train de dire le forgeron. Après tout, avec ce ton, il n'y avait pas grand-chose qu'un homme pouvait dire à part un tissu d'insultes.
« Arrêtez ça tout de suite Maître Cobb !
-Tu n'es pas mon Roi et tu n'as pas ma loyauté Princesse !
-Princesse…
-Ça suffit. »
Chevaliers, Prince et forgeron regardèrent le serviteur. L'ordre les avait tous surpris. Merlin en profita pour se déplacer jusque devant Jayne. Il posa la main sur son bras.
« Ça suffit. » répéta-t-il plus calmement.
Jayne observa longuement le jeune Dragonnier. Les Chevaliers et le Prince ne devaient pas voir le moindre changement mais lui reconnaissait les signes. Il les avait souvent vus dans la Vallée mais aussi dans le monde extérieur. Il pensa à résister pendant un moment. C'était difficile de lutter contre un Dragonnier et une Hwïtãnhlyta mais pas impossible et Merlin n'allait tout de même pas trahir ainsi son secret devant tout le monde.
« Tu as une promesse à tenir. » murmura Merlin.
Oui. C'était vrai. Il avait fait une promesse. Protéger Inara. Rester fidèle à la Vallée. Les venger.
« Comment… »
Il se tut aussitôt.
Question idiote.
« Putain de lien. » fit-il aussi bas que possible pour qu'Arthur ne l'entende pas.
Merlin lui sourit et s'éloigna pour retourner auprès du feu et s'occuper de leur déjeuner. Les Chevaliers et Arthur dévisageaient le serviteur sans savoir quoi dire.
« Vous pouvez me lâcher. »
Ils avaient tous complètement oublié Jayne.
« Maître Cobb ?
-Je me tiendrais tranquille.
-Promettez-le.
-Je le promets mais je vous promets aussi que si votre petit chevalier ne fait ne serait-ce que me regarder de travers, je le tue. Je vous le jure et la Vallée m'en est témoin. »
Il ne regarda pas Merlin en prononçant ses mots mais le serviteur avait soudain tourné la tête vers lui. Il était sur le point de réagir mais se tut en voyant qu'Arthur était en train de relâcher Jayne. Après un coup d'œil à son prince, Léon fit de même.
« Sagramor, je t'ordonne de laisser cet homme tranquille pour le moment, déclara Arthur sans quitter des yeux le forgeron.
-Mais Sire…
-Nous avons besoin de lui Sagramor. Il sait des choses sur les Dragons qui pourraient nous être utiles. Mon père décidera de ce que nous devons faire de lui quand nous serons de retour à Camelot, je te le promets. »
Le Chevalier se renfrogna mais la promesse d'Arthur adoucit sa rage. Cet homme allait finir par mourir pour les crimes qu'il avait commis. Il y veillerait personnellement. Ce n'était pas parce qu'il n'avait aucun pouvoir qu'il fallait se montrer indulgent. C'était tout le contraire même.
« Quant à vous… » fit Arthur en se tournant vers Jayne.
La suite de la phrase du Prince faillit se noyer dans un cri de colère en voyant que le forgeron s'était éloigné de lui pour s'installer à côté de Merlin qui était en train de lui donner en souriant une assiette de ragoût.
Quelque chose lui échappait ? Pourquoi Merlin et Jayne semblaient soudain être devenus les meilleurs amis du monde ?
Arthur s'approcha des deux hommes pour se planter devant le forgeron.
« Quant à vous, si jamais vous touchez à un seul cheveu d'un de mes chevaliers, je vous jure que vous ne vous en sortirez pas en un seul morceau.
-Ce serait un plaisir pour Vera et moi de nous battre contre vous Sire.
-Vera ?
-Vous n'avez vraiment pas envie de savoir Sire. » intervint Merlin.
Arthur était sur le point de se tourner vers son serviteur pour lui demander ce qu'il voulait dire par là quand il vit Jayne se figer tout d'un coup. Le forgeron finit même par se lever en observant le ciel. Il fronçait les sourcils. Quand de la neige commença à tomber, Jayne leva le bras pour toucher la perle d'ambre qu'il avait à l'oreille. Il n'aimait pas ce qu'il était en train de sentir.
Merlin, lui, était resté assis mais avait levé le bras pour recueillir sur sa paume quelques flocons de neige. Quelques secondes plus tard, le serviteur approcha sa main de son visage pour les observer d'un peu plus près.
« Ce sont des cendres. » murmura-t-il.
…
A : Voilà venu le moment d'un petit jeu !
PvC : Encore ?
A : Ouep.
PvC : Avec la même récompense que d'habitude ?
A : Bien sûr… Donc saurez-vous retrouver la réplique de Buffy contre les Vampires qui se trouve dans cette scène ?
Scène 34 : Feu et Sang
